Les derniers avis (32292 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Mort aux Vaches
Mort aux Vaches

Alors là, j'ai pris un pied incroyable à lire cette BD. Entre les gueules, le scénario qui fait polar noir immanquable, le déroulé qui oscille entre l'humour et le polar, les pirouettes surtout final, les personnages, c'est du tout bon d'un bout à l'autre ! Je pensais pas m'amuser autant, mais ce casse suivi d'une retraite rurale dans la propriété où tout semble s'enchainer de façon incontrôlable est parfaitement menée. Il y a un air de vieux film français, entre les dialogues à la Audiart, les gueules reprenant celles d'un cinéma français des années 60/70 (on reconnait sans peine Lino Ventura) mais aussi un ancrage dans la ruralité et une certaine façon de représenter la société qui m'a fait penser à plusieurs vieux films (genre Les démons de Jésus). J'ai senti que le découpage, les cadrages et même l'histoire sont construits cinématographiquement, avec un cadrage qui fait justement très cadrage de cinéma notamment dans les plans, quasiment tous de la même taille. Peu de pleines pages, quelques cases légèrement plus allongées, on sent le travail effectué sur le dessin et ça fait plaisir. Entre l'hommage et la reprise bien faite, je trouve que la BD navigue sur le fil et s'en sort parfaitement bien. C'est plaisant à lire de bout en bout, et je pense que je me la relirais de temps en temps avec plaisir, ne serait-ce que pour l'ambiance qui s'en dégage !

28/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Seek You - Un voyage dans la solitude contemporaine
Seek You - Un voyage dans la solitude contemporaine

Dessinatrice intervenant dans différents magazine US, Kristen Radtke propose pour sa deuxième Bande Dessinée publiée une étude documentée sur la solitude qu'elle vient confronter à son propre vécu. Le résultat est convainquant et se révèle très intéressant et abouti. On y apprend pas mal de choses pour tous néophytes en la matière. Les très belles illustrations (assez hypnotique) ainsi que les multiples références viennent soutenir et renforcées le propos. Je mettrais toutefois une petite réserve sur ce titre, il y manque un "je ne sais quoi" qui le ferait basculer dans la catégorie des chef d'oeuvres. Peut-être son coté trop didactique. En tout cas, l'objectif de cette BD est pleinement accompli: Cette réflexion sur la solitude nous interpelle et en vient à nous interroger sur ce rapport à nous même et aux autres, nos expériences passés, nos désirs/positionnements futurs.... Un immanquable de 2023.

28/09/2023 (modifier)
Par Titanick
Note: 4/5
Couverture de la série Stupor Mundi
Stupor Mundi

Merci à mon bibliothécaire de me mettre dans les mains des ouvrages dont la couverture ne m’attire a priori pas. Une petite visite sur notre site préféré me confirme qu’il a raison, je prends. Je passe sur le dessin qui n’est pas ma tasse de thé, mais que je suis prête à accepter, voire même à apprécier, pour son originalité si l’histoire est bonne. Et l’histoire est bonne. J’aime bien ce contexte historique. Celui où un prince éclairé, indépendamment de sa politique, était prêt à s’opposer à la papauté et à s’entourer des meilleurs penseurs, artistes et surtout scientifiques de son temps. Point d’obscurantisme ici. Malgré les contraintes des pouvoirs religieux, les idées fusent et se diffusent. Pouvoir de la réflexion, pouvoir de l’expérimentation, pouvoir du dialogue, pouvoir de l’écrit, entre les mains d’esprits libres et emprunts de raison… dans le meilleur des cas. Mais notre savant est impatient de voir l’oeuvre de sa vie aboutir, fixer l’image de la « camera obscura ». Et même si on est entre gens civilisés, les inimitiés se créent, le pouvoir devient pressant, les compromissions sont tentantes. Sera t’il prêt à toutes les bassesses par orgueil ? J’ai bien aimé. Une subtile réflexion sur ce rapport au pouvoir dans un quasi polar médiéval. Et élégamment raconté en plus.

28/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Fela back to Lagos
Fela back to Lagos

J'ai bien aimé la lecture de cette série sur Lagos. Il faut dire que j'ai vécu deux ans au Nigéria et que cela fait plaisir de trouver un scénariste français qui s'intéresse à ce pays qui est pourtant un géant. Pour rappel le Nigéria sera probablement le deuxième pays le plus peuplé au monde dans 30 ans devant la Chine si l'on en croit les courbes des démographes. Le scénario est un composite des thèmes favoris de l'auteur : la musique à travers Fela, l'esprit africain avec ses croyances mais aussi ce "far west" moderne où richesse extrême (le pétrole) côtoie criminalité et faux pasteurs qui profitent d'une nombreuse population encore très sous instruite et pauvre. Fela n'est qu'un prétexte pour introduire une vision de la réalité moderne du pays. J'ai vécu en pays Haoussa du nord qui est différent des Yoruba du sud mais j'ai bien retrouvé l'ambiance du pays qui m'a profondemment marqué. Bien sûr quand j'y étais Eko Atlantic n'existait pas. Il faut se rendre compte de l'image que cela est pour l'Afrique subsaharienne dans son estime personnelle de savoir que des frères peuvent construire de tels complexes. Une grande partie des nombreuses séries tv nigérianes se passent là. Le dénouement montre que l'on est entre rêve et réalité un peu comme le futur du Nigéria et par extension le futur d'une grande partie de l'Afrique voire de l'Europe qui ne peut pas ignorer un tel voisin. Je trouve que le graphisme de Luca Ferrara rend très bien l'atmosphère pluri directionnelle de l'histoire. Dans une construction assez Comics il y a des passages très flashy et déjanté sur Fela et sur la mythologie nigériane. Le trait devient plus réaliste dans l'intrigue policière avec un côté très dynamique qui donne beaucoup de rythme au récit. Une lecture atypique que j'ai beaucoup appréciée.

27/09/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Les Deux Vies de Baudouin
Les Deux Vies de Baudouin

C'est ma deuxième incursion dans l’œuvre de Toulmé, et j'ai vraiment hâte de découvrir la suite (j'ai mis L'Odyssée d'Hakim dans ma liste d'envie depuis des mois). Il sait manier son histoire pour être prenant mais aussi chargé en émotion, malgré un dessin qui peut sembler simple. Et c'est tout ce que je lui demande ! J'avais lu la BD une première fois et connaissait donc l'histoire et surtout son très beau final, mais le relire malgré tout a fonctionné encore un fois. J'ai trouvé notamment que la relation entre les deux frères est bien menée. Je trouve qu'elle est sincère et très jolie, entre deux frères qui incarnent les deux aspects de la vie, mais aussi deux façons de prendre la charge des parents, véritable moteurs de la vie de Baudoin. Entre les souvenirs montrant comment il s'est englué dans un mode de vie qui ne lui convient pas et le tue à petit feu, et la vie actuelle, démontrant l'absurdité de ce qu'il vit, j'ai trouvé que Baudoin incarnait parfaitement celui qui s'est laissé prendre dans une vie bien rangée parce que papa et maman le voulaient. Le fait de changer de pays et de vie aussi radicalement peut sembler excessif pour certains, mais je suis parfois étonné que si peu de monde le fasse. Notre mode de vie est parfois si aliénant qu'on en oublie que vivre n'est pas seulement respirer. Le dessin de Toulmé va parfaitement avec ce genre de récits. Il dessine ses personnages de façon simple et efficace, avec une lisibilité qui permet de faire passer immédiatement les intentions. J'aime beaucoup l'image qu'il fait du Bénin, loin des clichés d'une Afrique sous-développée ou réservoir merveilleux de paysages. En parlant de chemin personnel, il brosse aussi un tableau d'un monde qui a plus à nous offrir qu'une grisaille parisienne et des bureaux dans lesquels passer l'essentiel de notre temps libre. Peut-être que le récit fait plus écho à ma vie actuelle, toujours est-il qu'il a su me charmer. Et je dois dire qu'il y a une réelle et sincère émotion dans ces dernières pages. J'ai des adelphes également, et je peux bien imaginer ce qu'est cette émotion qui nous prend à la gorge. Une très belle lecture, recommandée !

27/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Colorado train
Colorado train

Comme quelques-uns de mes prédécesseurs, je ressens une certaine frustration au sortir de cette lecture. En effet, il y a des longueurs, et sans doute que parfois on s’attend à une action plus développée, plus dynamique. Mais le positif l’emporte néanmoins largement au final. D’abord, j’ai beaucoup aimé le dessin. Pourtant, il n’est pas toujours très clair ! Mais ce trait charbonneux, très noir, se révèle beau et agréable. Et surtout, parfaitement approprié au ton du récit, franchement très noir. Et c’est cette noirceur que je retiendrai, malgré les passages plus « cool », sur l’amitié entre les adolescents, la soif de vivre affichée à plusieurs reprises. C’est avant tout un album d’ambiance, et cette ambiance est prenante. C’est un roman graphique qui vire au thriller, dans un recoin de l’Amérique profonde, avec des hobos modernes et des décors sauvages (qu’ils soient naturels dans les grandes étendues neigeuses vers la fin de l’album, ou virtuellement en friche dans cette immense gare de triage) qui écrasent les individus. Les dernières cases sont par contre déroutantes. Si les précédentes reviennent sur le traumatisme du Vietnam – un grand classique pour expliquer les fêlures d’américains déclassés, la dernière page m’a laissé perplexe. Mais la lecture se révèle rapide finalement, et surtout agréable. Un album à découvrir (je ne connais pas le roman d’origine). Note réelle 3,5/5.

27/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Torpedo 1972
Torpedo 1972

J’avais beaucoup aimé la série d’origine, que ce soit les scénarios d’Abuli ou le dessin de Bernet. Sans doute l’une des meilleures séries de polar noir, alliant action et bons mots (l’humour accompagne bien ce récit noir), avec des personnages charismatiques. J’étais curieux – et un chouia circonspect – de découvrir ce qu’Abuli avait pu faire, en situant son héros plus que vieillissant plusieurs décennies après nous l’avoir installé au cœur des années 1930. Eh bien le fait est que j’ai trouvé excellent cet album. Torpedo est toujours vaillant. Il se méfie de ses amis, mais il n’en a plus (à part son sempiternel « second » Rascal). Quant à ses ennemis, il les a tous enterrés. Et ceux qui font les malins, croyant que c’est un vieux schnock, vont aussi creuser leur tombe (et Torpedo va les aider à y tomber). Pas de fioritures dans cette histoire, le scénario est aussi sec que Torpedo, ça va droit au but, les coups, les balles fusent, comme les bons mots, tout fonctionne très bien ! Bernet n’est plus au dessin. Mais Risso s’en sort ici très bien. Son trait est très différent de Bernet, plus dans la lignée de celui de Brüno. Mais son Noir et Blanc très tranché est très complémentaire de l’ambiance développée par Abuli (et je trouve son dessin meilleur que sur pas mal d’autre séries qu'il a illustrées). Bref, un album de genre qui remplit parfaitement ses objectifs. Un polar rythmé, et une revisite d’un personnage haut en couleurs, toujours aussi misanthrope et asocial, un pète-sec à qui il ne faut pas chercher des noises !

27/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Les Parrains - Il était une fois à New York (Ce qui est à nous)
Les Parrains - Il était une fois à New York (Ce qui est à nous)

Je lis à rebours le travail de Chauvel sur la mafia, après l’avoir découvert sur Mafia Story, qui traitait des années 1930, alors qu’ici ce sont en gros les deux décennies précédentes qui sont éclairées. C’est une sorte d’encyclopédie illustrée de la mafia américaine, où nous voyons apparaitre – puis grandir – ceux qui en feront la triste renommée (Lucky Luciano, Al Capone et consorts). La narration est un peu rigide, l’action est parfois presque décomposée, comme décryptée au ralenti. Mais le gros travail de recherche paye, et c’est toujours très intéressant. Malgré les remarques précédentes, on est captivé, et les tomes s’enchainent rapidement (les « cycles » sont ici plus étoffés, 5 tomes chacun, contre 2 à la série suivante). Mais les albums peuvent presque se lire séparément, racontant une histoire complète. Mais comme ils se suivent chronologiquement, et que des personnages (le futur gratin de la pègre américaine !) se croisent, c’est quand même mieux de les lire dans l’ordre, et plusieurs à la suite (au moins cycle par cycle – 5 tomes à chaque fois). La lecture est rapide, car la pagination est assez faible (une trentaine de pages), même si un petit dossier citant des sources complète chaque histoire. Du travail solide, entre polar classique et récit historique : les amateurs du genre et de la période y trouveront leur compte.

27/09/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tananarive
Tananarive

Je mets bien plus souvent des avis positifs que négatifs, la faute aux posteurs de BDthèque qui m'encouragent à me tourner vers des BD de qualités plutôt que des BD oubliables et oubliées. Je suis donc plutôt client de bonnes BD, et cette BD n'échappe pas à la règle. J'ai lu sans chercher à savoir de quoi elle parlait, ayant juste l'impression d'un road-trip entre deux vieux, mais la BD est finalement bien plus que ça. J'ai lu avec grand plaisir ce petit voyage d'un papy notaire, concerné par la mort de son ami qui lui racontait quantité de voyages autour du monde. L'histoire est excellente, le récit prend à cœur de nous montrer le mélange entre les récits et la réalité, bien plus terre-à-terre que le fantasme qu'il s'en faisait, avec une excellente idée visuelle qui mélange animaux exotiques et ambiance de villes françaises. En posant ainsi des ambiances exotiques, on ressent le fait de vivre dans ces récits, tout comme ce petit vieux. J'ai aussi aimé le déroulé de l'histoire et la quête presque inutile d'un éventuel héritier, prétexte à enfin bouger de chez soi et faire ce qu'il n'a jamais osé avant : partir à l'aventure. Une toute petite aventure, de rien du tout, mais qui s'achèvera sur une très belle image, triste mais chargée en émotion. C'est le genre de BD tout con mais qui marque parce qu'elle est bien faite, plaisante à lire et envoutante. Au sortir de ma lecture, j'ai eu ce petit moment de flottement où j'étais encore dans la BD, plutôt que dans la réalité, goutant à l'histoire et aux ambiances, avant de revenir sur terre. C'est parfait, je n'en demandais pas plus et je recommande la lecture.

26/09/2023 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série A quoi pensent les russes
A quoi pensent les russes

Quel plaisir de retrouver la verve de Nicolas Wild dans ce nouvel album dont le titre annonce clairement la couleur : l’auteur s’est rendu en Russie (pourtant fermée aux journalistes) en 2022 pour découvrir « A quoi pensent les russes ». Lors de sa visite, il a rencontré des politiciens, des artistes, des journalistes, des activistes, mais aussi des simples citoyens, et il est fascinant de découvrir les avis variés et divisés sur la question épineuse de « l’opération militaire spéciale » en Ukraine. L’auteur se contente de poser ses questions, il ne juge pas, il n’influence pas. On retrouve son humour décalé, parfois incongru (comme si rajouté après coup) mais qui rend cette lecture agréable et fluide. Il en profite également pour faire du tourisme, on visite donc la Russie avec lui… il a d’ailleurs eu la bonne idée d’intégrer des photos dans ses planches (à la manière du superbe « Le Photographe »). Un album fascinant et instructif, qui donne la parole aux gens et nous montre la propagande Russe de l’intérieur.

26/09/2023 (modifier)