Steinkis est une maison d'édition qui explore et présente des thématiques sérieuses et variées. J'aime bien son univers qui place la BD comme un vrai médium d'information sur des sujets pointus et pas spécialement grand public.
La thématique de Cynthia n'est pas de celle qui me passionne au premier regard. Je me sens assez loin de ce questionnement sur la détermination du genre et personne dans mon entourage familial ou amical n'a été confronté à cette situation.
Pourtant avec surprise j'ai bien aimé la lecture de l'ouvrage de Léo Ortolani. Les premières pages sont graphiquement difficiles avec ces visages quasi identiques mi clowns mi singes qui vont à l'encontre du premier postulat du livre : l'importance de l'apparence (surtout chez une jeune femme).
Mais une fois ce parti pris accepté je suis rentré avec plaisir dans le récit proposé par l'auteur sans lâcher mon livre en y trouvant seulement quelques moments de longueurs.
En effet j'ai beaucoup aimé l'humour un peu désabusé que nous livrent Paul/Cynthia et son ami(e) Tamara. Je n'ai été choqué ni par le vocabulaire qui tourne autour du sexe de façon insistante et impertinente (c'est la thématique) ni par l'adjonction de Noé et du Déluge dans une réflexion assez amusante des arguments naturalistes.
Je trouve que la série préfère l'humour à un militantisme frontal. Ainsi il y a plusieurs scènes d'autodérision dans les réunions "LGBTIQSW" qui équilibrent la dérision des discours de leurs adversaires.
J'ai trouvé le personnage de Cynthia très empathique dans son humanité qui aspire à ce que tous nous espérons : une rencontre sentimentale solide et véritable, un job épanouissant et une reconnaissance de notre entourage.
Le trait souple de l'auteur réussit bien à dynamiser le récit. Il rend souvent Cynthia séduisante ce qui montre que l'apparence à son importance dans l'image que Cynthia a d'elle-même.
L'auteur sait rebondir grâce à la rencontre imprévue avec Thomas pour finir sur un dénouement inattendu et ouvert.
Une lecture particulière sur une thématique pointue mais que je trouve bien maîtrisée. 3.5
J'aime beaucoup l'humour de Ced. Je me régale à chacune de ses séries et ici encore je n'ai pas été déçu.
Je pense que cette série s'adresse à un public plus ado tellement le côté décalé et déjanté des gags est appuyé.
Un public très jeune pourrait être déstabilisé par le rôle donné à ses héros (le Père Noël, Jack...). C'est d'autant plus vrai que le vocabulaire qui accompagne certains gags n'est pas en direction des jeunes enfants.
C'est toutefois très amusant dans une lecture adulte capable de reconnaître les clins d'oeil ou les remarques d'autodérision sur les incohérences ou les anachronismes.
Chaque gag est rapide et renouvelle assez bien le récit.
Le graphisme de Ced est un ton en dessous de son humour à mon goût. Cela produit un trait assez rond et simple qui va à l'essentiel pour renforcer le comique des dialogues.
La lecture reste plaisante et permet de passer un bon moment de détente. 3.5
Salpêtre est un récit qui débute en 1914 dans la ville de Cadix, Vidal nous partage avec réalisme le quotidien de la population espagnole pendant plus d'un siècle.
Nous découvrons l'influence de la religion, l'importance des coutumes comme le carnaval ou les conséquences parfois dramatiques de la dictature sur les hommes. Un témoignage sur les conditions de vie et l'importance de la vie communautaire, une plongée réaliste dans l'intimité d'une famille parmi tant d'autres et représentative de la vie quotidienne des habitants au cours du siècle passé.
L'explosion de l'arsenal militaire qui détruit le quartier fait basculer en quelques secondes le destin de cette famille. C'est l'évènement central sur lequel Vidal construit son scénario avec un avant et un après. Une mise en lumière sur un drame qui fait beaucoup de victimes et où les coupables ne seront jamais inquiétés. Une population marquée à jamais par cette tragédie qui n'est pas sans rappeler l'explosion dans le port de Beyrouth.
Le dessin est composé de plusieurs styles avec des passages flous en noir et blanc et des passages en couleur suivant la période et les évènements.Les doubles pages figent les moments clés de cette histoire. Le dessin de Gonzalez passe du noir et blanc à la couleur avec toujours autant de talent et de maitrise, un vrai plaisir visuel.
Des femmes et des hommes espagnols qui font l'histoire de leurs pays, à découvrir.
J'ai beaucoup aimé la lecture de cette série. Je la trouve très représentative du parcours dramatique de jeunes hommes et femmes (souvent de "bonnes familles") qui sont devenus les terroristes assassins des Brigades Rouges.
Anna Laura Braghetti, la vingtaine, issue d'une famille bourgeoise de gauche dans une vie sans réelle difficulté se construit une toile idéologique superficielle qui va la conduire à intégrer les Brigades Rouges.
Le fait majeur dans ce parcours est qu'elle va participer à l'enlèvement d'Aldo Moro la principale action du groupe terroriste italien. Elle commet aussi un assassinat contre le procureur Bachelet.
Le témoignage d'Anna permet ainsi aux auteurs de nous livrer le face à face entre Moro et ses kidnappeurs. Personnellement c'est la première fois que je lis un témoignage aussi crédible sur un épisode majeur de la politique des années 80. J'ai été captivé par la qualité de ce passage qui possède en outre une très bonne qualité littéraire.
Son incarcération de 15 ans est centrée sur sa rencontre avec le père Bachelet, frère de l'homme que Anna a assassiné.
Au delà du pardon chrétien accordé par le père de façon classique, il y a un dialogue très intéressant sur l'humanité irréductible de chacun qui se brise face à l'idéologie. Anna était prédisposée à faire ce questionnement car elle l'avait en germe déjà dans ses promenades nocturnes quand elle préparait ses actions violentes. En aparté, j'ai trouvé que son incarcération semblait assez cool et bienveillante. C'est à mettre au crédit de la justice italienne.
La mise en scène qui intercale des passages présents et passés est très intelligemment construite pour garder la fluidité et donner du sens au récit.
Le graphisme est du type journalistique assez minimaliste mais dynamique et très expressif sans aucune caricature des différents personnages.
À noter que le passage sur Aldo Moro est traité avec une dignité exemplaire.
La série se termine par un article du Professeur Alessandro Orsini nommé "Idéologie et Terrorisme" d'un niveau universitaire.
Une excellente lecture qui éclaire sur le déclenchement d'actions criminelles liées à l'idéologie.
Un beau boulot à 4 mains :
- Côté scénario, des récits courts qui offrent un cadre à une époque où le contrôle est roi qui trouvent des ramifications pour une fin dans laquelle tous les personnages se retrouvent.
- Côté graphisme, on est bien dans les années 80, c'est propre.
J'ai lu cette série il y a longtemps et ces absurdités administratives me faisaient marrer. L'ayant relu récemment, le contraire s'est opéré: je constate que le fossé entre cette fiction et la réalité se comble petit à petit depuis 10 ans. Les attentats de 2015 ont lancé l'idée que tous peuvent être dangereux, le fichage est la solution. La crise Covid de 2020 a permis le regroupement des fichiers de police et de la sécurité sociale. Les assurances proposent des contrats discount en contrepartie de l'installation d'un boîtier enregistrant votre conduite. Des formateurs confient la rédaction de leurs cours à ChatGPT. Les signes avant-coureurs sont légion, on marche vers un avenir gris.
Ce livre est une sorte de Black Mirror sur papier à la française, prenant et angoissant à la fois.
Tronchet est un auteur que j’aime bien, surtout pour le versant de son œuvre humoristique. Mais j’ai trouvé pas mal de qualités dans cette histoire, pourtant pas très drôle (même si deux ou trois passages d’autodérision prêtent à sourire).
J’étais un peu sceptique au départ, car je n’étais pas sûr que Tronchet arrive à captiver le lecteur avec une histoire aussi simple, presque creuse, et qui semblait n’intéresser que Tronchet lui-même : la quête d’un chanteur auteur d’un seul disque, totalement oublié depuis 30 ans, sans réels « à-côtés », digressions.
Et pourtant, je dois dire que Tronchet (qui avance ici sous les traits d’un bibliothécaires un peu asocial et aigri) a réussi son pari, et qu’il a réussi à m’embarquer dans son enquête. Ses souvenirs plus ou moins fantasmés, ses intuitions, les coups de bols et le fil rouge de ces chansons, et de ceux qui ont connu ce chanteur « perdu » (Pierre Perret ou Georges Brassens par exemple), tout ce bric-à-brac donne au final un récit où l’on ne s’ennuie jamais.
Une lecture plaisante.
Note réelle 3,5/5.
Ma note est un peu large, mais disons que le 3.5 a été arrondi au supérieur.
C'est une BD très tendre et positive, parlant de ces fameuses tours d'immeubles, modèle de développement économique des années 70 aujourd'hui devenue bien souvent des cités désenchantées. J'ai personnellement grandi à côté de Mulhouse, dont le quartier des Coteaux à servi d'inspiration à cette BD. Disons que j'ai une attache sentimentale à cette représentation des quartiers !
L'histoire est simple mais bien menée : un vieux se jette par la fenêtre dans une tour d'appartements, les voisins s'interrogent et tout le monde se demande ce qu'il s'est passé. Le déroulé de l'histoire n'est pas une enquête haletante, mais plutôt une tranche de vie de quartier et des petites notes sur la vie de ces immeubles. Le sujet est surtout présent par des pleines planches présentant l'intérieur des appartements et la vie de tout à chacun.
C'est le genre de BD que j'apprécie par son côté humain et simple. On pourra lui reprocher une histoire trop positive ou trop de bons sentiments, mais personnellement je trouve que ça fait du bien de temps en temps d'en prendre une bonne dose (surtout en ce moment) et je suis assez content que la représentation de ces grands ensemble change des habituels clichés attribués aux quartiers. Ne serait-ce que de la représentation des intérieurs, loin de la crasse et les murs abimés qu'on associe à ces ensembles.
Je dirais juste un mot sur le dessin qui me semble coller à merveille au récit. C'est très proche de ces gens, on sent que le dessinateur s'est fait plaisir dans les décors pour rendre l'ensemble chaleureux et ça se sent. Je suis surtout impressionné qu'il ait eu le temps de faire autant de détails alors qu'il est paysan à côté !
Une BD sympathique, pas indispensable j'en conviens, mais qui fait plaisir à lire. Je recommande la lecture en tout cas !
Je poursuis la découverte de l'oeuvre jeunesse de Ben Hatke avec un véritable plaisir. J'aime bien l'esprit frais qu'il fait souffler dans ses récits pour enfants. Le récit, bien que classique, se déroule sans mièvrerie et avec une très forte tonicité.
Jack peur être perçu comme un héros garçon assez commun. C'est plutôt dans les personnages féminins que l'auteur excelle. C'était déjà vrai avec Zita dans une série parallèle ici ce sont les personnages de Maddy, la petite soeur autiste et de Lilly qui donnent de la valeur à cette aventure.
L'univers du jardin maléfique qui ouvre une porte sur un monde dangereux est finement équilibré pour être accessible à des lecteurs (trices) entre 6 et 12 ans. On retrouve le même équilibre fille/garçon dans la mise en scène du récit.
Je reviens sur le (très intéressant) personnage de Maddy pour souligner sa perception différente du monde qui l'entoure à cause de sa pathologie. La notion de danger, de bien et de mal ne sont pas les mêmes que celles perçues par Jack, enfant au développement classique. De même Ben Hatke a probablement eu des enfants autistes dans son entourage car il s'inspire de leur rapport à la terre, aux odeurs et aux goûts d'une façon très juste.
Le graphisme de Ben Hatke est assez personnel et se détache avec bonheur des standards d'animation ou de manga qui envahissent les séries jeunesses. Le découpage est très moderne et dynamique. Le visuel domine le texte qui reste toutefois d'un bon niveau sans vulgarité facile.
La mise en couleur est très plaisante et participe au plaisir de la lecture.
Une belle série jeunesse accessible pour des enfants assez jeunes mais aussi pour les ados.
Terrible réinterprétation du roman de Bram Stoker que cette version manga signée par Shin'ichi Sakamoto !
C’est au festival d’Angoulême que j’avais découvert cette série via une projection animée d’extraits de planches dans une chapelle désaffectée. Intrigué, j’ai depuis eu l’occasion de lire le premier tome et le moins que je puisse dire est qu’il est… surprenant ! Mais surprenant dans le bon sens du terme. Certes, terriblement audacieux (les puristes vont voir leurs yeux jaillir de leurs orbites) mais, quitte à faire une énième adaptation du roman, je préfère ce genre de démarche déjantée à une simple adaptation sans audace.
Alors, c’est un peu foutraque, avec un chapitre 0 placé en fin de tome 1, qui ressemble à un chapitre test du genre de ceux que l’on envoie à un éditeur dans le but de l’allécher mais qui, placé ici, revient sur certains faits exposés dans ce tome tout en abordant a posteriori certaines thématiques à peine évoquées au début. Franchement pas très utile ! Idem, cette manie d’entamer chaque chapitre en reprenant la fin du chapitre précédent. Alors, oui, ça donne l’occasion à l’auteur de nous gratifier de superbes planches mais, d’un point de vue narratif, ça fait un peu remplissage.
Malgré ces petits défauts, j’ai dévoré ce premier tome. Tout d’abord pour l’audace du concept (dont je ne vous dirai rien, histoire que vous conserviez la surprise). Ensuite, il est amusant de retrouver les marqueurs du roman ainsi détournés. Un personnage comme Renfield, par exemple, est fameusement gratiné dans cette version (mais Lucy n’est pas en reste). Enfin, le dessin est magnifique ! Un style gothique esthétisé à l’excès avec ce mélange de précision et de froideur très asiatique associés aux courbes très organiques, très sensuelles du genre gothique. Je regrette d’ailleurs que cette série soit publiée sous le format manga car ce format, réduit et empêchant d’ouvrir un livre en grand ne permet de profiter ni de la finesse du trait de l’auteur ni des nombreuses doubles pages proposées.
A titre personnel, j’attends déjà la suite !!
J’ai fait un vraiment joli voyage en lisant cet album. J’ai longuement hésité entre 3 et 4 étoiles.
Nous sommes dans un moyen âge européen, sans plus de précision, et suivons la naissance et l’enfance d’un albinos qui se retrouve rejeté par son père, et pris sous l’aile d’une « Sorcière » vivant en marge de la société.
Il n’y a pas vraiment d’intrigue, ce sont des épisodes de vie qui se succèdent les uns après les autres. Mais la narration est si bien réussie que je me suis pris d’attachement pour ce personnage, Rebis, et ai pris beaucoup de plaisir à me perdre dans cet univers. Il se dégage une ambiance à la fois douce, féerique, et cruelle.
Les dessins et la colorisation vont parfaitement ensemble et s’adaptent avec justesse au scénario, se complétant pour sublimer cette ambiance.
Alors ce n’est clairement pas l’album de l’année, mais ce duo d’autrices italiennes a parfaitement réussi à créer un album avec une certaine personnalité, qui m’a offert un très bon moment de lecture, de détente, et d’évasion le temps d’environ 170 planches, en toute simplicité, et c’est exactement ce que je recherchais dans cette lecture.
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Cynthia
Steinkis est une maison d'édition qui explore et présente des thématiques sérieuses et variées. J'aime bien son univers qui place la BD comme un vrai médium d'information sur des sujets pointus et pas spécialement grand public. La thématique de Cynthia n'est pas de celle qui me passionne au premier regard. Je me sens assez loin de ce questionnement sur la détermination du genre et personne dans mon entourage familial ou amical n'a été confronté à cette situation. Pourtant avec surprise j'ai bien aimé la lecture de l'ouvrage de Léo Ortolani. Les premières pages sont graphiquement difficiles avec ces visages quasi identiques mi clowns mi singes qui vont à l'encontre du premier postulat du livre : l'importance de l'apparence (surtout chez une jeune femme). Mais une fois ce parti pris accepté je suis rentré avec plaisir dans le récit proposé par l'auteur sans lâcher mon livre en y trouvant seulement quelques moments de longueurs. En effet j'ai beaucoup aimé l'humour un peu désabusé que nous livrent Paul/Cynthia et son ami(e) Tamara. Je n'ai été choqué ni par le vocabulaire qui tourne autour du sexe de façon insistante et impertinente (c'est la thématique) ni par l'adjonction de Noé et du Déluge dans une réflexion assez amusante des arguments naturalistes. Je trouve que la série préfère l'humour à un militantisme frontal. Ainsi il y a plusieurs scènes d'autodérision dans les réunions "LGBTIQSW" qui équilibrent la dérision des discours de leurs adversaires. J'ai trouvé le personnage de Cynthia très empathique dans son humanité qui aspire à ce que tous nous espérons : une rencontre sentimentale solide et véritable, un job épanouissant et une reconnaissance de notre entourage. Le trait souple de l'auteur réussit bien à dynamiser le récit. Il rend souvent Cynthia séduisante ce qui montre que l'apparence à son importance dans l'image que Cynthia a d'elle-même. L'auteur sait rebondir grâce à la rencontre imprévue avec Thomas pour finir sur un dénouement inattendu et ouvert. Une lecture particulière sur une thématique pointue mais que je trouve bien maîtrisée. 3.5
Contes à dormir debout
J'aime beaucoup l'humour de Ced. Je me régale à chacune de ses séries et ici encore je n'ai pas été déçu. Je pense que cette série s'adresse à un public plus ado tellement le côté décalé et déjanté des gags est appuyé. Un public très jeune pourrait être déstabilisé par le rôle donné à ses héros (le Père Noël, Jack...). C'est d'autant plus vrai que le vocabulaire qui accompagne certains gags n'est pas en direction des jeunes enfants. C'est toutefois très amusant dans une lecture adulte capable de reconnaître les clins d'oeil ou les remarques d'autodérision sur les incohérences ou les anachronismes. Chaque gag est rapide et renouvelle assez bien le récit. Le graphisme de Ced est un ton en dessous de son humour à mon goût. Cela produit un trait assez rond et simple qui va à l'essentiel pour renforcer le comique des dialogues. La lecture reste plaisante et permet de passer un bon moment de détente. 3.5
Salpêtre
Salpêtre est un récit qui débute en 1914 dans la ville de Cadix, Vidal nous partage avec réalisme le quotidien de la population espagnole pendant plus d'un siècle. Nous découvrons l'influence de la religion, l'importance des coutumes comme le carnaval ou les conséquences parfois dramatiques de la dictature sur les hommes. Un témoignage sur les conditions de vie et l'importance de la vie communautaire, une plongée réaliste dans l'intimité d'une famille parmi tant d'autres et représentative de la vie quotidienne des habitants au cours du siècle passé. L'explosion de l'arsenal militaire qui détruit le quartier fait basculer en quelques secondes le destin de cette famille. C'est l'évènement central sur lequel Vidal construit son scénario avec un avant et un après. Une mise en lumière sur un drame qui fait beaucoup de victimes et où les coupables ne seront jamais inquiétés. Une population marquée à jamais par cette tragédie qui n'est pas sans rappeler l'explosion dans le port de Beyrouth. Le dessin est composé de plusieurs styles avec des passages flous en noir et blanc et des passages en couleur suivant la période et les évènements.Les doubles pages figent les moments clés de cette histoire. Le dessin de Gonzalez passe du noir et blanc à la couleur avec toujours autant de talent et de maitrise, un vrai plaisir visuel. Des femmes et des hommes espagnols qui font l'histoire de leurs pays, à découvrir.
Rouge passé
J'ai beaucoup aimé la lecture de cette série. Je la trouve très représentative du parcours dramatique de jeunes hommes et femmes (souvent de "bonnes familles") qui sont devenus les terroristes assassins des Brigades Rouges. Anna Laura Braghetti, la vingtaine, issue d'une famille bourgeoise de gauche dans une vie sans réelle difficulté se construit une toile idéologique superficielle qui va la conduire à intégrer les Brigades Rouges. Le fait majeur dans ce parcours est qu'elle va participer à l'enlèvement d'Aldo Moro la principale action du groupe terroriste italien. Elle commet aussi un assassinat contre le procureur Bachelet. Le témoignage d'Anna permet ainsi aux auteurs de nous livrer le face à face entre Moro et ses kidnappeurs. Personnellement c'est la première fois que je lis un témoignage aussi crédible sur un épisode majeur de la politique des années 80. J'ai été captivé par la qualité de ce passage qui possède en outre une très bonne qualité littéraire. Son incarcération de 15 ans est centrée sur sa rencontre avec le père Bachelet, frère de l'homme que Anna a assassiné. Au delà du pardon chrétien accordé par le père de façon classique, il y a un dialogue très intéressant sur l'humanité irréductible de chacun qui se brise face à l'idéologie. Anna était prédisposée à faire ce questionnement car elle l'avait en germe déjà dans ses promenades nocturnes quand elle préparait ses actions violentes. En aparté, j'ai trouvé que son incarcération semblait assez cool et bienveillante. C'est à mettre au crédit de la justice italienne. La mise en scène qui intercale des passages présents et passés est très intelligemment construite pour garder la fluidité et donner du sens au récit. Le graphisme est du type journalistique assez minimaliste mais dynamique et très expressif sans aucune caricature des différents personnages. À noter que le passage sur Aldo Moro est traité avec une dignité exemplaire. La série se termine par un article du Professeur Alessandro Orsini nommé "Idéologie et Terrorisme" d'un niveau universitaire. Une excellente lecture qui éclaire sur le déclenchement d'actions criminelles liées à l'idéologie.
S.O.S. Bonheur
Un beau boulot à 4 mains : - Côté scénario, des récits courts qui offrent un cadre à une époque où le contrôle est roi qui trouvent des ramifications pour une fin dans laquelle tous les personnages se retrouvent. - Côté graphisme, on est bien dans les années 80, c'est propre. J'ai lu cette série il y a longtemps et ces absurdités administratives me faisaient marrer. L'ayant relu récemment, le contraire s'est opéré: je constate que le fossé entre cette fiction et la réalité se comble petit à petit depuis 10 ans. Les attentats de 2015 ont lancé l'idée que tous peuvent être dangereux, le fichage est la solution. La crise Covid de 2020 a permis le regroupement des fichiers de police et de la sécurité sociale. Les assurances proposent des contrats discount en contrepartie de l'installation d'un boîtier enregistrant votre conduite. Des formateurs confient la rédaction de leurs cours à ChatGPT. Les signes avant-coureurs sont légion, on marche vers un avenir gris. Ce livre est une sorte de Black Mirror sur papier à la française, prenant et angoissant à la fois.
Le Chanteur perdu
Tronchet est un auteur que j’aime bien, surtout pour le versant de son œuvre humoristique. Mais j’ai trouvé pas mal de qualités dans cette histoire, pourtant pas très drôle (même si deux ou trois passages d’autodérision prêtent à sourire). J’étais un peu sceptique au départ, car je n’étais pas sûr que Tronchet arrive à captiver le lecteur avec une histoire aussi simple, presque creuse, et qui semblait n’intéresser que Tronchet lui-même : la quête d’un chanteur auteur d’un seul disque, totalement oublié depuis 30 ans, sans réels « à-côtés », digressions. Et pourtant, je dois dire que Tronchet (qui avance ici sous les traits d’un bibliothécaires un peu asocial et aigri) a réussi son pari, et qu’il a réussi à m’embarquer dans son enquête. Ses souvenirs plus ou moins fantasmés, ses intuitions, les coups de bols et le fil rouge de ces chansons, et de ceux qui ont connu ce chanteur « perdu » (Pierre Perret ou Georges Brassens par exemple), tout ce bric-à-brac donne au final un récit où l’on ne s’ennuie jamais. Une lecture plaisante. Note réelle 3,5/5.
Plein ciel
Ma note est un peu large, mais disons que le 3.5 a été arrondi au supérieur. C'est une BD très tendre et positive, parlant de ces fameuses tours d'immeubles, modèle de développement économique des années 70 aujourd'hui devenue bien souvent des cités désenchantées. J'ai personnellement grandi à côté de Mulhouse, dont le quartier des Coteaux à servi d'inspiration à cette BD. Disons que j'ai une attache sentimentale à cette représentation des quartiers ! L'histoire est simple mais bien menée : un vieux se jette par la fenêtre dans une tour d'appartements, les voisins s'interrogent et tout le monde se demande ce qu'il s'est passé. Le déroulé de l'histoire n'est pas une enquête haletante, mais plutôt une tranche de vie de quartier et des petites notes sur la vie de ces immeubles. Le sujet est surtout présent par des pleines planches présentant l'intérieur des appartements et la vie de tout à chacun. C'est le genre de BD que j'apprécie par son côté humain et simple. On pourra lui reprocher une histoire trop positive ou trop de bons sentiments, mais personnellement je trouve que ça fait du bien de temps en temps d'en prendre une bonne dose (surtout en ce moment) et je suis assez content que la représentation de ces grands ensemble change des habituels clichés attribués aux quartiers. Ne serait-ce que de la représentation des intérieurs, loin de la crasse et les murs abimés qu'on associe à ces ensembles. Je dirais juste un mot sur le dessin qui me semble coller à merveille au récit. C'est très proche de ces gens, on sent que le dessinateur s'est fait plaisir dans les décors pour rendre l'ensemble chaleureux et ça se sent. Je suis surtout impressionné qu'il ait eu le temps de faire autant de détails alors qu'il est paysan à côté ! Une BD sympathique, pas indispensable j'en conviens, mais qui fait plaisir à lire. Je recommande la lecture en tout cas !
Jack le téméraire
Je poursuis la découverte de l'oeuvre jeunesse de Ben Hatke avec un véritable plaisir. J'aime bien l'esprit frais qu'il fait souffler dans ses récits pour enfants. Le récit, bien que classique, se déroule sans mièvrerie et avec une très forte tonicité. Jack peur être perçu comme un héros garçon assez commun. C'est plutôt dans les personnages féminins que l'auteur excelle. C'était déjà vrai avec Zita dans une série parallèle ici ce sont les personnages de Maddy, la petite soeur autiste et de Lilly qui donnent de la valeur à cette aventure. L'univers du jardin maléfique qui ouvre une porte sur un monde dangereux est finement équilibré pour être accessible à des lecteurs (trices) entre 6 et 12 ans. On retrouve le même équilibre fille/garçon dans la mise en scène du récit. Je reviens sur le (très intéressant) personnage de Maddy pour souligner sa perception différente du monde qui l'entoure à cause de sa pathologie. La notion de danger, de bien et de mal ne sont pas les mêmes que celles perçues par Jack, enfant au développement classique. De même Ben Hatke a probablement eu des enfants autistes dans son entourage car il s'inspire de leur rapport à la terre, aux odeurs et aux goûts d'une façon très juste. Le graphisme de Ben Hatke est assez personnel et se détache avec bonheur des standards d'animation ou de manga qui envahissent les séries jeunesses. Le découpage est très moderne et dynamique. Le visuel domine le texte qui reste toutefois d'un bon niveau sans vulgarité facile. La mise en couleur est très plaisante et participe au plaisir de la lecture. Une belle série jeunesse accessible pour des enfants assez jeunes mais aussi pour les ados.
#DRCL Midnight children
Terrible réinterprétation du roman de Bram Stoker que cette version manga signée par Shin'ichi Sakamoto ! C’est au festival d’Angoulême que j’avais découvert cette série via une projection animée d’extraits de planches dans une chapelle désaffectée. Intrigué, j’ai depuis eu l’occasion de lire le premier tome et le moins que je puisse dire est qu’il est… surprenant ! Mais surprenant dans le bon sens du terme. Certes, terriblement audacieux (les puristes vont voir leurs yeux jaillir de leurs orbites) mais, quitte à faire une énième adaptation du roman, je préfère ce genre de démarche déjantée à une simple adaptation sans audace. Alors, c’est un peu foutraque, avec un chapitre 0 placé en fin de tome 1, qui ressemble à un chapitre test du genre de ceux que l’on envoie à un éditeur dans le but de l’allécher mais qui, placé ici, revient sur certains faits exposés dans ce tome tout en abordant a posteriori certaines thématiques à peine évoquées au début. Franchement pas très utile ! Idem, cette manie d’entamer chaque chapitre en reprenant la fin du chapitre précédent. Alors, oui, ça donne l’occasion à l’auteur de nous gratifier de superbes planches mais, d’un point de vue narratif, ça fait un peu remplissage. Malgré ces petits défauts, j’ai dévoré ce premier tome. Tout d’abord pour l’audace du concept (dont je ne vous dirai rien, histoire que vous conserviez la surprise). Ensuite, il est amusant de retrouver les marqueurs du roman ainsi détournés. Un personnage comme Renfield, par exemple, est fameusement gratiné dans cette version (mais Lucy n’est pas en reste). Enfin, le dessin est magnifique ! Un style gothique esthétisé à l’excès avec ce mélange de précision et de froideur très asiatique associés aux courbes très organiques, très sensuelles du genre gothique. Je regrette d’ailleurs que cette série soit publiée sous le format manga car ce format, réduit et empêchant d’ouvrir un livre en grand ne permet de profiter ni de la finesse du trait de l’auteur ni des nombreuses doubles pages proposées. A titre personnel, j’attends déjà la suite !!
Rebis
J’ai fait un vraiment joli voyage en lisant cet album. J’ai longuement hésité entre 3 et 4 étoiles. Nous sommes dans un moyen âge européen, sans plus de précision, et suivons la naissance et l’enfance d’un albinos qui se retrouve rejeté par son père, et pris sous l’aile d’une « Sorcière » vivant en marge de la société. Il n’y a pas vraiment d’intrigue, ce sont des épisodes de vie qui se succèdent les uns après les autres. Mais la narration est si bien réussie que je me suis pris d’attachement pour ce personnage, Rebis, et ai pris beaucoup de plaisir à me perdre dans cet univers. Il se dégage une ambiance à la fois douce, féerique, et cruelle. Les dessins et la colorisation vont parfaitement ensemble et s’adaptent avec justesse au scénario, se complétant pour sublimer cette ambiance. Alors ce n’est clairement pas l’album de l’année, mais ce duo d’autrices italiennes a parfaitement réussi à créer un album avec une certaine personnalité, qui m’a offert un très bon moment de lecture, de détente, et d’évasion le temps d’environ 170 planches, en toute simplicité, et c’est exactement ce que je recherchais dans cette lecture.