Les derniers avis (32283 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Berceuse assassine
Berceuse assassine

Des années après avoir acheté cette série, pas mal de lectures entre et quelques années de plus dans les dents, je pense que je peux mettre un avis à 3.5 arrondi au supérieur. Parce que la série reste bien construite, même si je continue de penser qu'elle évolue dans deux directions à la fois d'une façon qui n'a pas été préparée au préalable. L'idée originale et bien menée, c'est de raconter trois fois la même histoire avec trois personnages différents qui se croisent, dans un drame en trois actes : un couple à la dérive, un amour corrompu, une famille brisée. Le hic, c'est que le troisième acte n'est pas préparée à mon gout, et la découverte du personnage ainsi que son histoire semble se faire au détriment de l'histoire principale, jusqu'à ce qu'on la recroise pour une fin que j'aime bien. La morale finale est pertinente avec tout le reste, il est dommage que ce moment de flottement subsiste même à la relecture. Mais en dehors de ce point noir précis, le reste est franchement bon. C'est du polar hard boil, avec un couple qui se déteste au centre du récit. Progressivement, par leurs yeux, nous comprendrons ce qui les déchire. La résolution ne sera pas heureuse mais elle ne peut pas l'être. Et j'apprécie le fait que la question au centre soit la violence de nos sociétés occidentales. Une violence crue et omniprésente, une violence de l'être. La BD est servie par le dessin efficace de Ralph Meyer. On sent l'inspiration de films noirs américains, des nuits new-yorkaises et des westerns. C'est une belle mise en image, avec des ombrages et des contrastes, des pages qui rendent l'ambiance et nous plongent dans le récit. Un énorme point fort quand on veut distiller une certaine sensation chez le lecteur. Rien qu'à la couleur des pages, on se sent plongé dans les tourments des humains de la Grande Pomme. C'est le genre de BD que je relis encore aujourd'hui et que je suis content d'avoir, parce qu'elle parle toujours autant visuellement malgré les années. Je pense qu'elle saura ravir le lecteur actuel !

06/04/2012 (MAJ le 13/02/2024) (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Coup du lapin
Le Coup du lapin

Simple et efficace, cette série est franchement drôle même si on reste dans l'exploitation jusqu'au bout d'une idée : un lapin veut se tuer, et essaye de façon extravagante. C'est à peu près tout, l'ensemble exploitant cette idée en image fixe ou en quelques cases dont les chutes sont parfois surprenantes ! Si je maintiens ma note après plus de 1.000 avis, c'est parce qu'en le relisant récemment, je me suis surpris à rire à nouveau aux absurdes trouvailles de ces lapins, jamais à court d'idées débiles. C'est simple, mais ça marche. C'est pas magnifique, ce n'est pas extraordinaire mais c'est rafraichissant et toujours plaisant à lire malgré l'âge. Une petite pépite d'humour que je trouve intemporel. L'auteur parvient même à nous faire des retournements de situations que je n'avais pas vu venir, c'est quand même fort !

08/11/2011 (MAJ le 13/02/2024) (modifier)
Couverture de la série L'Appel de Cthulhu
L'Appel de Cthulhu

Pourtant très classique pour sa bibliographie, ça n’est pas le récit de Lovecraft que je préfère. Mais, comme d’habitude, Tanabe en a tiré quelque hose de très intéressant. Et, comme d’habitude, il faut commencer par son dessin, encore très chouette. Un trait fin, précis, pour les décors et les personnages, et de superbes planches lorsqu’il s’agit de représenter tempête, flots en furie, maelstrom cosmique ou constructions titanesques. Et son utilisation de toutes les nuances de gris est vraiment encore une fois parfaite. Je ne l’avais pas encore fait pour toutes les autres adaptations, mais je dois dire que la maquette de Ki-oon pour les couvertures de cette collection est vraiment très belle, une excellente idée, le résultat est joli, avec un simili cuir aux bords arrondis. Quant à l’histoire, Tanabe accompagne bien le crescendo du récit de Lovecraft. Le lecteur de Lovecraft devait faire travailler son imagination, tandis que celui de Tanabe se voit « guidé », par les yeux exorbités de certains personnages, mais aussi et surtout par ce dessin jouant à fond le contraste entre le calme angoissant et l’explosion du danger sorti du fond des âges et des profondeurs (de l’océan ou de la terre). Tanabe ne déçoit pas les amateurs de l’univers de Lovecraft, et peut tout à fait séduire ceux qui ne le connaissent pas. Note réelle 3,5/5.

13/02/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Parasite
Parasite

Cette série a longtemps été dans les catégories des meilleurs mangas, ce qui m'a donné envie de le lire même s'il était difficile à trouver. Il faut dire que ce papy du manga (il date de 1988 l'ancêtre !) est intriguant. Et j'ai pu le découvrir avec la réédition intégrale dans un très beau coffret, d'ailleurs. Rien que la qualité de celui-ci vaut déjà le coup d'œil ! Maintenant, qu'en est-il de l'intérieur ? Disons qu'il y a du bon et du moins bon … Comme souvent dans les mangas, on se retrouve au lycée, période qui semble définitivement marquer les japonais vu la quantité de mangas qui s'y passent. Le héros, lycéen ordinaire, se voit brutalement emporté dans un conflit qui le dépasse, lorsqu'un parasite prend possession de son bras. Alors que le début laisse présager des dialogues entre le parasite et l'humain ainsi qu'un cache-cache pour conserver le secret, le manga part très rapidement dans une direction étonnante. En même temps, il s'ouvre sur une interrogation qui donne le ton : "Si je tue la moitié de l'humanité, est-ce que je sauve la moitié des forêts ?". En 1988, la réflexion est déjà pas mal ! Et c'est clairement un manga qui privilégie la réflexion écologique avec une histoire sanglante. Les morts s'accumulent vite, de façon parfois surprenante (j'aurais pas soupçonné que certains personnages disparaissent aussi brutalement), le manga ne s'embarrasse pas du bouclier scénaristique pour l'entourage du héros. C'est d'ailleurs ce qui permettra au récit de montrer un personnage de plus en plus détaché de tout, insensible. D'où le questionnement du manga sur l'humanité de son personnage, question que je trouve très sympathique même si le traitement n'est pas toujours fait de façon fine. Au fur et à mesure, par les échanges entre parasite et les discussions de personnage, le manga nous propose une vision assez sombre de l'humanité, considéré comme un parasite de la Terre, mais le genre de parasite à tuer son hôte. Aujourd'hui, 36 ans après, on ne peut que constater que le récit a frappé terriblement juste sur ce point. Reviens l'interrogation de tuer l'humanité pour sauver des forêts … Cependant, le manga a un souci à mes yeux, celui de faire rapidement opposer les parasites qui finissent par se combattre, donnant lieu à plusieurs scènes de combat qui font rapidement les points d'orgue de la série. A ce niveau là, je trouve qu'on glisse vers la facilité d'un shonen standard. Heureusement que la série s'arrête rapidement après une tension progressive et un point d'orgue intelligent qui amène une conclusion que j'ai trouvé correcte mais qui n'a pas la grandeur qu'on pourrait attendre d'un tel récit. En soi, le récit a plusieurs pistes de lectures : l'entrée dans l'âge adulte d'un jeune confronté à la brutalité d'un monde qui est prêt à détruire son environnement, la question écologique au centre des préoccupations, les questionnements de l'être humain sur sa place et l'humanité également. Mine de rien, la BD est dans l'air du temps, avec une quarantaine d'années d'avance : on se pose la question du rapport entre l'humain et les animaux, la nature, la question du parasitisme ou de la symbiose (jamais nommée mais évoquée). Même si l'histoire s'embourbe un peu dans le milieu de son récit sur la question de la traque aux parasites, plusieurs personnages sortent du lot et marquent par leurs discours ou leurs interrogations. D'autre part, le récit reste toujours proche de son sujet d'origine et j'en suis satisfait ! Ni géniale ni honteux, la BD est une histoire prenante et tendue, dans laquelle le récit sait proposer de bonnes réflexions qui restent dans l'esprit même lorsque le dernier volume est déposé. La série accuse son âge d'une très bonne manière et je pense qu'elle mérite encore une lecture aujourd'hui. C'est une bonne lecture, qui ne rassurera pas les éco anxieux en voyant les avertissements d'antan restés lettre morte, mais qui sait rester distrayante dans son déroulé !

13/02/2024 (modifier)
Couverture de la série Ces jours qui disparaissent
Ces jours qui disparaissent

Je me suis enfin procuré ce livre de ma 'whislist', présent dans celle-ci grâce à tous les avis élogieux sur ce titre. J'ai vraiment apprécié cette histoire très originale, dont je n'avais jamais lu semblable auparavant. L'auteur a réussi à me transmettre les émotions des personnages, qui eux-mêmes ont réussi à m'émouvoir... et cette fin tellement magnifique mais tellement frustrante en même temps... Le style graphique ne m'a pas transcendé, mais son point fort est que le dessin est précis, le découpage réussi, en somme, une très bonne technique. Comme quoi, même avec un dessin en deçà, on peut créer une oeuvre fabuleuse et addictive à lire, grâce à une bonne technique qui illustre parfaitement ce scénario original. Il me reste plus qu'à faire un saut périlleux vers son dernier titre, 47 Cordes...

12/02/2024 (modifier)
Couverture de la série La Quête de l'Oiseau du Temps
La Quête de l'Oiseau du Temps

Après 120 avis, je ne vais pas m'appesantir sur l'histoire de cet œuvre faisant partie des immanquables de bdthèque. Comme le disent à juste titre bamiléké et Noirdésir, il est toujours difficile d'émettre un avis sur une BD qui a plus de 40 ans et qui fait partie de la culture bédéphile au même titre que Tintin ou Astérix... Personnellement, n'ayant pas lu cette série dans mon enfance, je ne la noterai pas avec cette pointe de nostalgie que certains, l'ayant lu dans leur plus jeune âge, pourraient avoir. Tous les ingrédients de l'héroïc fantasy y sont et si l’œuvre est somme toute assez classique au départ (chevalier, femmes aux formes généreuses et monstres en tous genres), j'ai été agréablement surpris par la tournure que prend l'histoire au fil des tomes avec une mention spéciale pour les tomes 3 et 4. La chute finale est ainsi particulièrement étonnante et le drame finale que vit le chevalier Bragon ajoute à la dramaturgie de l'ensemble. Au final, au contraire d'un Légendes des Contrées Oubliées où j'ai peiné à entrer dans l'histoire et à m'attacher aux personnages, on se prend rapidement à vouloir connaitre la suite et on a du mal à savoir où se situe réellement le bien et le mal et où les auteurs vont nous mener. Si l'on replace ainsi cette œuvre dans les années 1980, je comprends ainsi son caractère novateur voire cultissime que certains lecteurs peuvent lui attribuer. Côté dessin, je suis assez fan du trait de Loisel et s'il est vrai que ce dernier est plutôt gras et emprunté dans le premier tome, il tend à s'affiner et la colorisation à s'améliorer au fil des tomes pour atteindre un niveau proche de 'Peter Pan' au final. J'ajoute que j'ai eu entre les mains la très belle intégrale parue aux éditions France Loisirs incluant les premiers chapitres en N&B parus dans le magasine "Imagine" en 1975, et permettant d'apprécier l'évolution des personnages et de l'intrigue entre cette version et celle finale de 1981. Une très belle œuvre qui me donne envie de poursuivre avec le cycle "Avant la Quête". Originalité (pour l'époque) : 4,5/5 Histoire : 4/5 Dessin : 3,5/5 Mise en couleur : 4/5 NOTE GLOBALE : 16/20

12/02/2024 (modifier)
Couverture de la série Milo & les créatures du grand escalier.
Milo & les créatures du grand escalier.

Milo est le dernier né des petits héros de l'univers de Ben Hatke. Mais contrairement à Zita ou Jack, notre gentil petit Latino va devoir s'enfoncer loin loin dans les ténèbres de la cave pour accomplir la mission confiée par sa tendre et insouciante maman. Quand on est une maman, descendre chercher du linge au sous-sol n'est qu'une corvée ménagère quotidienne. Pour un petit garçon très imaginatif c'est tout un monde d'ombres, de recoins hostiles ou de bêtes noires et rampantes que l'on doit affronter. Un vilain rat voleur entraîne Milo dans une descente sans fin à travers de multiples escaliers qui l'éloignent de plus en plus de la chaleur de sa famille. En affrontant ses peurs, Milo va découvrir le monde du passé et de l'art à chaque nouvel étage de sa descente. Comme souvent dans l'univers de Ben Hatke l'apparence est souvent trompeuse et des Monstres rebutants au premier regard peuvent s'avérer devenir des compagnons de route solidaires et loyaux. En effet, seul, Milo ne réussirait pas à vaincre toutes les difficultés qui surgissent planches après planches. Le récit est très dynamique avec un texte peu présent mais d'une belle fluidité qui rend l'histoire accessible à un très large public. La narration est donc très visuelle avec un découpage et une mise en scène qui ne laissent aucun répit aux lecteurs et lectrices. L'atmosphère proposée par l'auteur donne le frisson bien dans l'esprit du récit. Les éclairages sont très travaillés pour créer l'ambiance adéquat de la situation. J'ai retrouvé les valeurs qui fondent les récits de Ben Hatke comme le courage, la solidarité, l'ouverture d'esprit et du coeur. Un auteur que j'aime beaucoup dans son approche de la littérature jeunesse.

12/02/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Le Combat d'Henry Fleming
Le Combat d'Henry Fleming

Stephen Crane est un écrivain, poète et journaliste américain de la fin du 19e siècle rendu célèbre par son roman publié en 1895, The Red Badge of Courage, traduit en français sous le titre La Conquête du courage. Considérée comme une œuvre fondatrice de la littérature américaine moderne, elle se déroule durant la Guerre de Sécession et raconte le parcours d'une jeune recrue lors de sa première grande bataille. Loin d'être une fresque épique de guerre avec cartes et descriptions des mouvements de troupe et de qui sont les vainqueurs et les perdants, c'est avant tout une plongée dans les affres de l'esprit d'un soldat et de la peur qu'il ressent face au combat. Le jeune Henry Fleming s'est en effet engagé volontairement et, n'ayant jamais connu de vraie bataille, il s'interroge sur comment il va l'appréhender et se demande s'il va être tenté de déserter comme d'autres l'ont fait auparavant. Ayant rejoint un régiment de bleusailles, aucune autre recrue de ses amis ne sait répondre à ses interrogations. Et c'est tous ensemble qu'ils vont constater comment ils vont réagir une fois véritablement confrontés à l'horreur de la guerre. Steve Cuzor met ce récit en image de superbe manière. Il avait déjà fait la preuve de son talent pour représenter des scènes historiques américaines dans Cinq branches de coton noir. Il renouvelle ici la prouesse dans un style toujours aussi réaliste mais un peu plus sombre, jouant davantage sur les contrastes et les ombres comme pour accentuer le sentiment d'angoisse des soldats avant la bataille. En même temps, il nous propose un festival de costumes d'époque, de décors de nature et de scènes de bataille vues par les yeux des combattants eux-mêmes. C'est visuellement superbe tout au long des 150 pages de l'album. L'histoire est prenante dès les premières pages. L'ambiance est vite posée, celle de simples recrues ignorantes des plans de leurs officiers, attendant la bataille avec un étrange mélange d'envie et de crainte. Envie de pouvoir enfin en découdre puisque c'est pour cela qu'ils se sont engagés, mais crainte aussi d'être confrontés à la terreur une fois mis face aux canons et aux charges d'ennemis sensés être plus expérimentés qu'eux. Peur aussi de finalement succomber au désir de fuir et de déserter le moment venu, et de subir l'humiliation morale et psychologique que cela implique. Le lecteur qui pourrait s'attendre à un récit épique et aventureux risque toutefois d'en être pour ses frais. Car il y aura bien des batailles, de l'action, des retournements de situation et même de l'héroïsme (ou de la folie, c'est selon), mais tout cela sera vu par les yeux d'un héros perdu en pleine guerre, aussi aveuglé par son ignorance de ce qu'il se passe réellement que par la fumée des canons, et malmené par ses propres pensées contradictoires. Thématique sans âge de l'âme humaine confrontée au danger, ce récit se révèle fort en terme de psychologie et du rendu réaliste de ce que peut être la guerre pour les simples soldats. C'est une très belle BD, un superbe objet au contenu intense sur la Guerre de Sécession et toutes les guerres en général.

12/02/2024 (modifier)
Couverture de la série Dictature à Brickaville
Dictature à Brickaville

J'aime bien le travail de POV. J'ai encore été séduit par cette aventure exotique de leur personnage Rémy sorte d'étudiant mode Gaston malgache qui a l'art de créer le désordre autour de lui et d'être là où il ne faut pas. Le point de départ de la série est très classique. Rémy prend par hasard la place d'un malfrat qu'il a aidé à arrêter avant de prendre le car pour Brickaville. Les auteurs nous proposent un récit très tonique et bien ficelé entre corruption, trafic d'alcool frelaté et crime organisé. Le récit se déroule dans une ambiance de cyclone qui a son rôle dans les rebondissements de l'histoire. Le graphisme de Pov est bien rond et humoristique. Il apporte une vraie tonicité au récit. L'ambiance du village sous le déluge est bien rendue et propose une lecture dépaysante. Une lecture divertissante très plaisante pour un moment agréable.

11/02/2024 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 4/5
Couverture de la série Superman & Batman - L'Etoffe des Héros (Mondes à part)
Superman & Batman - L'Etoffe des Héros (Mondes à part)

Un "exercice de style" assez réussi ayant pour but de mettre en exergue les différences (flagrantes) entre les univers très fictifs (Gotham et Metropolis n'existent pas) de Batman et Superman, héros de cette aventure plutôt intimiste qui réunit aussi leurs adversaires les plus emblématiques, à savoir le fameux Joker et l'impitoyable Lex Luthor. D'abord le dessin de Steve Rude, ici parfaitement maitrisé et aux seconds plans extrêmement fouillés : l'action y est quasi non-stop et complimente très efficacement la progression de l'histoire "en direct". Et ce quelle que soit la scène : incendie d'immeuble ou repas "familial", attaque à main armée en pleine rue ou arrivée en gare, la richesse des détails "humains" qui emplit les cases (sans jamais les étouffer : remarquable) offre un plaisir de lecture redoublé quand on y revient. Véritables bulles d'ambiances, elles permettent une immersion immédiate dans l'atmosphère voulue par le scénariste sans l'obliger à multiplier les descriptions -d'ailleurs complètement absentes des pages ! Choix généreux de la part de Dave Gibbons, qui doit du coup se contenter des dialogues -serrés et précis- pour s'exprimer. La caractérisation des personnages est particulièrement soignée, elle aussi : assortis à l'imagerie résolument artificielle de leurs citées respectives, ils accusent un "look" très daté qui magnifie encore le contraste entre les deux. Batman est paré de ses atours les plus "Irv Novick" qu'on puisse imaginer et Superman redevient le monsieur muscle tout en coffre et biceps de ses débuts (tout en demeurant spectaculairement humain au niveau des proportions : talent graphique manifeste oblige !). Dans la même optique Retour aux sources, le Joker et Lex Luthor abandonnent toute leur violence et cruauté modernes pour incarner, respectivement, un clown ridicule et un malfrat ordinaire -mais toutefois loin d'être inoffensifs... Économie des traits pour les expressions (très subtiles) et mouvements plein de vigueur et de naturel des héros, Steve Rude prouve la maturité de son art en donnant à l'ensemble un dynamisme typique du médium, et ce malgré un dessin tellement léché qu'on s'étonne qu'il puisse véhiculer autant d'énergie -bon, ce n'est pas du Miller, non plus, hein ! C'est -volontairement !- suranné mais même le décorum un poil "enluminé" échoue à alourdir les planches, et on suit leurs avatars sans être obligé de s'appesantir (on le fait -pour le plaisir- à la relecture, comme je l'ai dit plus haut). L'histoire est assez originale, surtout dans la modestie de ses proportions : voilà les deux icônes des éditions DC affrontées à des magouilles immobilières ! Mais ça marche ; et c'est un plaisir de les voir jouer "à chat" avec leurs Némésis retorses. Peu de bagarres : l'accent est mis sur le sauvetage des populations, et c'est un vrai soulagement de voir des Super-Héros employés à leur mission originelle ! Ras-le-bol des replâtrages supersoniques... Assez surprenamment, la noirceur inhérente au drame du cofondateur de l'orphelinat (Pauvre Ollie !) clashe avec le reste et donne une profondeur (un peu inconfortable, dans ce qu'elle sous-entend...) au reste de l'intrigue, franchement et délibérément légère. LA touche "moderne" du scénario. Du divertissement de grande qualité et un hommage classieux, très calibré, à une grande époque du genre.

11/02/2024 (modifier)