Après un premier album très réussi (Le Dernier Envol), Sylvain Hugault s’associe cette fois-ci avec Régis Hautière au scénario pour réaliser une série prévue en 2 tomes « Au-delà des nuages ». L’action se situe entre les 2 guerres mondiales à une époque où des aviateurs s’affrontaient lors des courses.
Je considère Sylvain Hugault comme l’un des dessinateurs les plus prometteurs de sa génération. Il suffit de feuilleter rapidement sa nouvelle BD pour s’apercevoir que son dessin est époustouflant de réalisme et de beauté. En plus de son bon coup de crayon, ce jeune auteur a apparemment une excellente faculté de mettre en page des scènes d’action à couper le souffle. Et la mise en couleurs ? Là encore, Sylvain Hugault assure ! Sa technique consiste tout d’abord à aquareller et à encrer ses planches puis à les retoucher sur ordinateur, le tout donne un savant dosage entre la mise en couleurs directe et celle sur informatique. Après Le Dernier Envol, Sylvain Hugault confirme donc l’excellente impression que j’avais en lui.
Au niveau scénaristique, le récit est très bien construit et l’histoire m’est apparue prenante. Par rapport à ses premiers albums, Régis Hautière a fait beaucoup de progrès au niveau du rythme à donner à ses histoires. Ainsi, dans « Au-delà des nuages », j’ai énormément apprécié les moments de silence où le dessinateur peut livrer libre cours à des séquences centrées sur des émotions à travers des gros plans sur les personnages ou sur la beauté des paysages.
Sylvain Hugault et Régis Hautière signent là une nouvelle série captivante et de grande beauté prévue en 2 tomes. L’histoire m’est apparue captivante, je pense que même les lecteurs qui ne sont pas fanas d’aviation apprécieront aussi cette BD. A découvrir d’urgence !
A mon avis, lorsqu'on feuillette « Achevé d'imprimer », on ne peut qu'être attiré le noir et blanc de Rémi Mabesoone. Et si je vous rapporte que l'histoire m'est apparue très prenante, il n'y a plus d'hésitation : Lisez ce one-shot !
« Achevé d'imprimer » est un road-movie qui met en scène Julien, un jeune écrivain raté. Celui-ci vit chez un homme qui l'a recueilli après la mort de ses parents. Frustré de ne pas avoir paru un seul de ses romans et vivant dans l'indifférence de ses confrères, Julien décide un jour de devenir un « écrivain d'action », c'est à dire un romancier qui fait ce qu'il rédige, c'est sûr, il va devenir célèbre en faisant ça ! Mais... quand on sait que notre bonhomme veut écrire un polar, on peut s'attendre à que ça gifle... fortement et avec folie !
L'histoire est assez violente, les morts s'accumulent au fil des pages. Rémi Mabesoone possède un style gras comme si son seul outil se résumait à un stylo plume « pentel », personnellement, j'aime beaucoup ce « coup de patte ».
Rémi Mabesoone met beaucoup d'arrières plans sombres et de gros plans sur ses personnages. Ceux-ci apparaissent la plupart du temps avec un visage très expressif et déformé souvent représentatif de l'horreur que doivent affronter ces personnages, l' album présente finalement beaucoup de vitalité renforcée par une histoire qui nous fait parcourir une bonne partie de la France en très peu de temps !
A niveau du scénario, je n'ai que deux reproches à faire :
En dehors de Julien, les autres protagonistes ont été vite congédiés alors que la plupart d'entre eux possédait une personnalité qui aurait pu être intéressante à développer. Mais d'un autre côté, si ça avait été le cas, « achevé d'imprimer » n'aurait pas été un one-shot...
Certains passages ne me sont pas apparus très utiles à la trame de l'histoire. Quand un personnage tue froidement 3 ou 4 hommes, je comprends très bien que c'est un meurtrier, pas la peine d'en rajouter !
Les dialogues sont courts et efficaces, en tout cas, ils marquent les esprits.
Mention spéciale à la fin qui surprendra plus d'un lecteur !
En conclusion je ne peux que vous conseiller cette lecture surtout si vous aimez les polars. Rémi Mabesoone possède un style gras que j'aime énormément et qui sied à merveille avec ce scénario. L'histoire est très prenante et la fin, à mon avis, vous déconcertera agréablement, j'en suis certain !
J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir l’univers et les aventures de Zola Vernor lors de la lecture de ces 4 volumes. C’est riche, bien imaginé, les thèmes abordés sont nombreux et se fondent remarquablement dans ce récit qui arrive habilement à osciller de l’humour léger au dramatique.
Le dessin lui, est simple et très soigné et les couleurs très agréables.
Au-delà de l’histoire, je dois dire que pour un ouvrage auto-édité, le résultat est qualitativement très réussi.
David De Thuin est un auteur que je vais dorénavant suivre de prés.
Un tome 5 aussi plaisant que les précédents, j'attends avec impatience la sortie du sixième et dernier tome en avril 07.
Gipi a été la révélation de l’année 2005, puisque pas moins de 4 ouvrages de cet auteur ont été édités au cours de l’année. Il confirme ici tout le bien que l’on pouvait penser de lui avec ce très bel ouvrage.
Ce S énigmatique symbolise le père de Gipi, car c’est bien à une autobiographie que l’on a affaire. C’est à la mode en cette fin d’année, après le très troublant Fun Home d’Alison Bechdel.
D’ailleurs, les points communs entre les deux oeuvres sont assez nombreux : dans les deux cas, on cherche à comprendre un père qui peut sembler parfois lointain en utilisant une construction narrative très fragmentée. La chronologie n’est pas respectée : on passe des années 40, à une période plus récente où Gipi enterre son père ; on revient à une partie de bateau où Gipi est enfant et qui s’est déroulée à côté d’un camp militaire. La mémoire semble se faire imprécise, un peu comme dans les romans de Faulkner, où le narrateur saute d’une idée à une autre sans chercher de liens clairement évidents.
Gipi essaye de reconstruire le passé d’un père disparu, en mettant en doute par moment les souvenirs qui lui reviennent en mémoire. Le récit n’est pas toujours aisé à suivre et nécessite une bonne relecture.
On retrouve les thèmes cher à Gipi : les relations familiales, la guerre (ici celle de 39-45), l’adolescence et ses dérives. Ces personnages ont des « gueules magnifiques » pleines de vie qui font de cet auteur un dessinateur au style tout à fait singulier.
Bon... j'ai un peu honte de l'avouer, mais cette série me plaît. C'est bourrée d'humour, dans ce genre de BD le dessin est plutôt réussi, les couleurs passent bien, le découpage en strip maintien un bon rythme de lecture. Succession de gags désopilants assurée.
Le petit plus de cette série est évidement ce kid. Il s'invente un monde d'horreur, de massacre, de sang, de vomi, de monstre, et j'en passe, qui reste complètement décalé par rapport à son quotidien d'écolier, de frère et de fils. Je trouve très réussi cette interaction entre monde réel et imagination infantile débordante.
Par contre, intellectuellement cela ne vole pas très haut. Pas de choc métaphysique à la lecture. Tous les personnages sont des caricatures extrêmes: le père seul qui perd pied avec son fils, les 2 frères et soeurs qui se détestent cordialement, les jeux vidéo qui sont la raison d'être des gamins... Mais l'ensemble reste tout de même réussi et cohérent.
Bonne lecture divertissante !
Les albums de Lepage font partie de ces rares oeuvres dont j’ai d’abord plaisir à longuement feuilleter les pages pour en admirer les dessins avant de me plonger dans l’histoire.
Muchacho est graphiquement superbe, c’est un réel plaisir pour les yeux et même si la sortie du tome 2 s’est faite un peu attendre, cela en valait vraiment la peine.
Le scénario, lui, n’est pas en reste avec une histoire passionnante dont je peux juste regretter dans le tome 2 les quelques pauses un peu trop fréquentes utilisées par l'auteur pour rechercher un effet visuel dramatique, rappelant celles utilisées dans la terre sans mal, et qui coupent un peu la dynamique du premier tome.
Ceci dit, l’ensemble est vraiment remarquable et à conseiller.
Alors bien évidemment, avec autant d’albums parus depuis sa création, et de nombreux auteurs ayant participé à sa conception, la série alterne du très bon au moins bon.
Si j’ai adoré la période Franquin, quelques albums m’ont déçu par la suite, mais c’est assez normal tant l’héritage était difficile à porter….
C’est tout de même une des séries de mon enfance que je relis avec beaucoup de plaisir et peut être une de celles qui paraît le moins vieillir.
Si je dois noter la série complète, je donne 4/5, mais il est évident que sur la quarantaine d’albums parus, prés d’une dizaine sont pour moi vraiment cultes.
Seules Contres Tous, revisite un thème maintes fois exploité en BD et surtout ailleurs.
De ce fait, quand sort un ouvrage de ce type, il est légitime de se demander si sa lecture en vaudra la peine. Plusieurs des aspects de la Seconde Guerre mondiale on déjà été présentés, romancés, et parfois même brillamment analysés, en BD Maus fait office de référence, il y a aussi d'autres oeuvres de bonne qualité comme Yossel 1945 par exemple.
Pourquoi, en tant que lecteur, se sentir titillé, chaque fois que paraît une BD prenant pour cadre la Seconde Guerre mondiale. La réponse me parait simple, cette période fascine, son souvenir marquant résonne encore assez, à mon avis, dans l'inconscient collectif, pour que l'on se sente interpellé par les oeuvres s'y rapportant.
Seules Contre Tous, au travers de son témoignage, montre un des aspects assez peu exploité de cette guerre. Seules Contre Tous est construit en trois actes distincts, la fuite brusquée de la ville, la dure vie de la campagne, et l'incertitude mêlée de soulagement qu'annonce la fin de la guerre.
Dans cette histoire, magnifiquement narrée, on voit uniquement des évènements de la vie de Miriam Katin et sa mère. Aucun des faits de guerre n'est montré, aucune date n'est donnée, les mots que sont déportation ou libération ne sont pas utilisés, on ne cite même pas le nom d'Hitler. On voit surtout la peur et la confusion qui régnait dans les esprits à cette époque, plus encore peut-être dans les campagnes où se déroule l'action. Les gens vivaient dans l'ignorance totale de ce qui se jouait dans les sphères internationales, ils se méfiaient de tout et de tous. Ils craignaient les bombardements et les armées, quelle qu'en soit la couleur ou le drapeau. Ce sentiment de peur et d'inquiétude est incroyablement retranscrit. Dans cette atmosphère de vie difficile mais assez monotone, quelques drames ponctuaient parfois le quotidien, les visites inquiétantes d'officiers du Reich et les pillages barbares en tous genres, perpétrés par les soudards qu'étaient les soldats russes, sont de vrais moments de frayeur. Quand le danger se présentait, la mère de Miriam faisait tout ce qu'il était humainement possible pour protéger sa fille.
Après le calvaire, une magnifique et émouvante dernière partie nous est offerte, ce récit est captivant de bout en bout, c'est un témoignage touchant et intime qui nous est livré ici.
Les crayonnés font honneur à l'histoire, le trait précis et fin de la première partie fait place à des croquis qui semblent plus approximatifs pour la période de la campagne, comme si ils étaient chargés d'émotion, pris sur le vif de souvenirs flous et pénibles... La fin se refait doucement plus nette. De rares pages en couleurs présentant des moments de la vie d'après guerre font parfois une apparition et contrastent fortement graphiquement, mais aussi avec le contexte. Ce sont d'autres souvenirs, plus joyeux, mais rappelant parfois tristement les plus durs.
Seule Contre Tous est un vrai roman graphique, même s'il inscrit son histoire dans le cadre de l'Histoire.
Le destin d'une fillette et de sa mère dans les sombres heures de l'histoire de l'humanité. Il est bon de lire ce type de livre et se dire que cette guerre aura laissé sa trace noire sur les champs de batailles, dans les camps d'extermination mais aussi dans l'esprit des gens qui l'ont vécue de plus loin, avec certainement moins de souffrances mais tout autant de peurs.
Au vu de la conception étrange de cet album et de son prix élevé (comme souvent aux éditions du Seuil!) je ne conseille pas l'achat de cet album.
En revanche, je recommande chaudement sa lecture.
JJJ
Hellblazer est une série qui a eu la malchance d'être adaptée au cinéma. Un film que je vous conseille fortement d'éviter dont le titre est Constantine. On y voit le pantin Keanu Reeves en John Constantine américain, traînant ses cheveux bruns à Los Angeles dans ce qui ressemble à une gigantesque publicité anti-tabac indigeste. On ne peut-être que consterné devant la médiocrité d'une telle adaptation.
Pour qu'il n'y ait aucune confusion possible, je vais dire qui est réellement John Constantine. John Constantine est anglais, il est d'un blond éclatant, il a une certaine élégance, il est charmant et inquiétant, il fume cigarette sur cigarette et il utilise très très souvent le mot fuck. John Constantine a un étrange pouvoir, il voit toutes les dimensions, il voit toutes les créatures issues des enfers, les fous furieux issus d'autres mondes, les pauvres diables sauvagement assassinés... Il les voit tous.
John Constantine, enfin, est un détective spécialiste du paranormal, un personnage parlant souvent de façon énigmatique, un personnage réellement charismatique.
Oubliez la fadasse version cinématographique, venez à la source, entrez prudemment, doucement, très doucement... dans le monde du Hellblazer...
Hellblazer... John Constantine... Ce personnage a été créé par Alan Moore dans Swamp Thing en mille neuf cent quatre vingt cinq, avec Hellblazer, il a eu sa propre série. Neil Gaman a écrit des scénarios, Warren Ellis... Bien des plumes de renom ont écrit de sombres histoires pour cette saga. Les dessinateurs ne sont pas en reste, avec entre autres Phil Jimenez ou encore Steve Dillon...
Enfin Tim Bradstreet en est le cover artist régulier, il excelle pour retranscrire parfaitement la particularité d'une atmosphère en un seul dessin.
Les noms prestigieux se sont succédés sur cette série qui ne l'est pas moins.
Pour la présente histoire, Hard Time, les artistes sont Brian Azzarello et Richard Corben. Hard Time est une histoire complète en quatre épisodes, issue de la série Hellblazer qui en compte plus de deux cent. Hard time, tout en restant fidèle à l'ambiance si particulière de la série, s'en éloigne sensiblement, se parant d'un côté plus dur, peut-être un peu moins mystique, mais tout aussi subtilement surnaturel.
Des les premières images, le choc! Tant au niveau des images que des dialogues, il suffit de tourner à peine quelques pages pour comprendre que l'on est en train de lire un chef-d'oeuvre. Quelle noirceur, quelle saine lecture en diront les amateurs.
Constantine apparaît dans le plus menaçant des univers, où déchéance et violence dictent les règles. Sa venue va faire sombrer ce lieu dans les plus profonds abysses infernaux.
La narration d'Azzarello est extraordinaire, il dépeint ce monde carcéral en exacerbant ses aspects les plus sinistres, l'ambiance et lourde, on s'en imprègne sans difficulté et l'on s'enfonce dans l'horreur et la folie avec de petits picotements d'exaltation au fil de la lecture. Les talents de dialoguistes d'Azzarello font merveille et y sont à mon avis pour beaucoup, ça sonne vrai, on a l'impression de sentir la prison.
La mise en images est assurée par Richard Corben, combien de fois déjà ai-je parlé des dessins du grand Rich? Peut importe... je ne m'en lasserai jamais.
Ici Corben se surpasse, dans une période où l'artiste sortait tout juste d'une longue traversée du désert, son talent explose littéralement. En illustrant Hellblazer, Richard Corben démontre qu'il sait dessiner autre chose que des barbares imberbes affrontant de nombreuses hordes de monstres roses bonbons. Dans cette atmosphère crasseuse, Corben nous montre son talent, son trait le plus pur, dégagé des ses étranges effets psychédéliques mais ayant conservé tout son caractère, sa fantaisie, sa démesure...
Les corps sont tendus, nerveux, musculeux, les yeux exorbités expriment de noirs reflets d'âmes perdues, quelques personnages, représentés la bave écumante à la bouche, nous font ressentir toute leur colère en l'espace d'une seule case. Les quelques femmes que croque Corben pour cette histoire sont exagérément plantureuses, leurs seins surdimensionnés dissimulent parfois presque leurs nombrils, leurs lèvres pulpeuses sont de vraies gourmandises.
Le style de Corben est toujours aussi sensuel et sexué. Richard Corben est toujours aussi grand.
Je remercie les éditions Toth d'avoir continué à publier Richard Corben en France quand plus grand monde ne croyait en lui, je regrette en revanche que la couverture originale de Bradstreet n'ai pas été utilisée, l'éditeur -sans doute pour rendre hommage à Corben- a préféré utiliser un dessin de l'album. Cela élimine un peu la finesse du dessin en question, ce qui est assez laid, et ne reflète pas vraiment le contenu du livre. Fort heureusement les dernières pages offrent un portfolio reprenant les couvertures originales de chaque épisode ainsi que celle du recueil.
J'adore cet album, c'est un indispensable qui mérite d'être lu au moins une fois, surtout si le surnaturel traité avec originalité vous tente. J'émets cependant une réserve d'importance, bien qu'il ait été publié comme tel, Hard Time n'est pas un vrai one shot, cette histoire risque de ne pas se laisser facilement apprécier si vous ne connaissez pas un peu l'univers de Hellblazer.
Cet épisode est vraiment très bon... mais à mes yeux seule la série dans son ensemble est culte.
JJJ
Je n’ai pas toujours été fan de Rabaté, mais cet album m’a beaucoup amusé.
Le thème est vraiment original. On s’attache à ce petit vieux qui « découvre la vie » de manière tardive. La partie dans la communauté baba est hilarante. Comme le dit le sous-titre c'est sex, drugs and rock'n'roll.
Le sujet : la vie sexuelle des personnes âgées aurait pu rebuter, il n’en est rien. C’est drôle, attendrissant, voire émouvant par moment. Les couleurs sont assez chaleureuses et accentuent le bien-être que l’on peut avoir en lisant cet album. Les éditions Futuropolis nous ont quand même gratifiés de quelques-uns des meilleurs albums de l'année.
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Au-delà des nuages
Après un premier album très réussi (Le Dernier Envol), Sylvain Hugault s’associe cette fois-ci avec Régis Hautière au scénario pour réaliser une série prévue en 2 tomes « Au-delà des nuages ». L’action se situe entre les 2 guerres mondiales à une époque où des aviateurs s’affrontaient lors des courses. Je considère Sylvain Hugault comme l’un des dessinateurs les plus prometteurs de sa génération. Il suffit de feuilleter rapidement sa nouvelle BD pour s’apercevoir que son dessin est époustouflant de réalisme et de beauté. En plus de son bon coup de crayon, ce jeune auteur a apparemment une excellente faculté de mettre en page des scènes d’action à couper le souffle. Et la mise en couleurs ? Là encore, Sylvain Hugault assure ! Sa technique consiste tout d’abord à aquareller et à encrer ses planches puis à les retoucher sur ordinateur, le tout donne un savant dosage entre la mise en couleurs directe et celle sur informatique. Après Le Dernier Envol, Sylvain Hugault confirme donc l’excellente impression que j’avais en lui. Au niveau scénaristique, le récit est très bien construit et l’histoire m’est apparue prenante. Par rapport à ses premiers albums, Régis Hautière a fait beaucoup de progrès au niveau du rythme à donner à ses histoires. Ainsi, dans « Au-delà des nuages », j’ai énormément apprécié les moments de silence où le dessinateur peut livrer libre cours à des séquences centrées sur des émotions à travers des gros plans sur les personnages ou sur la beauté des paysages. Sylvain Hugault et Régis Hautière signent là une nouvelle série captivante et de grande beauté prévue en 2 tomes. L’histoire m’est apparue captivante, je pense que même les lecteurs qui ne sont pas fanas d’aviation apprécieront aussi cette BD. A découvrir d’urgence !
Achevé d'imprimer
A mon avis, lorsqu'on feuillette « Achevé d'imprimer », on ne peut qu'être attiré le noir et blanc de Rémi Mabesoone. Et si je vous rapporte que l'histoire m'est apparue très prenante, il n'y a plus d'hésitation : Lisez ce one-shot ! « Achevé d'imprimer » est un road-movie qui met en scène Julien, un jeune écrivain raté. Celui-ci vit chez un homme qui l'a recueilli après la mort de ses parents. Frustré de ne pas avoir paru un seul de ses romans et vivant dans l'indifférence de ses confrères, Julien décide un jour de devenir un « écrivain d'action », c'est à dire un romancier qui fait ce qu'il rédige, c'est sûr, il va devenir célèbre en faisant ça ! Mais... quand on sait que notre bonhomme veut écrire un polar, on peut s'attendre à que ça gifle... fortement et avec folie ! L'histoire est assez violente, les morts s'accumulent au fil des pages. Rémi Mabesoone possède un style gras comme si son seul outil se résumait à un stylo plume « pentel », personnellement, j'aime beaucoup ce « coup de patte ». Rémi Mabesoone met beaucoup d'arrières plans sombres et de gros plans sur ses personnages. Ceux-ci apparaissent la plupart du temps avec un visage très expressif et déformé souvent représentatif de l'horreur que doivent affronter ces personnages, l' album présente finalement beaucoup de vitalité renforcée par une histoire qui nous fait parcourir une bonne partie de la France en très peu de temps ! A niveau du scénario, je n'ai que deux reproches à faire : En dehors de Julien, les autres protagonistes ont été vite congédiés alors que la plupart d'entre eux possédait une personnalité qui aurait pu être intéressante à développer. Mais d'un autre côté, si ça avait été le cas, « achevé d'imprimer » n'aurait pas été un one-shot... Certains passages ne me sont pas apparus très utiles à la trame de l'histoire. Quand un personnage tue froidement 3 ou 4 hommes, je comprends très bien que c'est un meurtrier, pas la peine d'en rajouter ! Les dialogues sont courts et efficaces, en tout cas, ils marquent les esprits. Mention spéciale à la fin qui surprendra plus d'un lecteur ! En conclusion je ne peux que vous conseiller cette lecture surtout si vous aimez les polars. Rémi Mabesoone possède un style gras que j'aime énormément et qui sied à merveille avec ce scénario. L'histoire est très prenante et la fin, à mon avis, vous déconcertera agréablement, j'en suis certain !
Le Roi des bourdons
J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir l’univers et les aventures de Zola Vernor lors de la lecture de ces 4 volumes. C’est riche, bien imaginé, les thèmes abordés sont nombreux et se fondent remarquablement dans ce récit qui arrive habilement à osciller de l’humour léger au dramatique. Le dessin lui, est simple et très soigné et les couleurs très agréables. Au-delà de l’histoire, je dois dire que pour un ouvrage auto-édité, le résultat est qualitativement très réussi. David De Thuin est un auteur que je vais dorénavant suivre de prés. Un tome 5 aussi plaisant que les précédents, j'attends avec impatience la sortie du sixième et dernier tome en avril 07.
S.
Gipi a été la révélation de l’année 2005, puisque pas moins de 4 ouvrages de cet auteur ont été édités au cours de l’année. Il confirme ici tout le bien que l’on pouvait penser de lui avec ce très bel ouvrage. Ce S énigmatique symbolise le père de Gipi, car c’est bien à une autobiographie que l’on a affaire. C’est à la mode en cette fin d’année, après le très troublant Fun Home d’Alison Bechdel. D’ailleurs, les points communs entre les deux oeuvres sont assez nombreux : dans les deux cas, on cherche à comprendre un père qui peut sembler parfois lointain en utilisant une construction narrative très fragmentée. La chronologie n’est pas respectée : on passe des années 40, à une période plus récente où Gipi enterre son père ; on revient à une partie de bateau où Gipi est enfant et qui s’est déroulée à côté d’un camp militaire. La mémoire semble se faire imprécise, un peu comme dans les romans de Faulkner, où le narrateur saute d’une idée à une autre sans chercher de liens clairement évidents. Gipi essaye de reconstruire le passé d’un père disparu, en mettant en doute par moment les souvenirs qui lui reviennent en mémoire. Le récit n’est pas toujours aisé à suivre et nécessite une bonne relecture. On retrouve les thèmes cher à Gipi : les relations familiales, la guerre (ici celle de 39-45), l’adolescence et ses dérives. Ces personnages ont des « gueules magnifiques » pleines de vie qui font de cet auteur un dessinateur au style tout à fait singulier.
Kid Paddle
Bon... j'ai un peu honte de l'avouer, mais cette série me plaît. C'est bourrée d'humour, dans ce genre de BD le dessin est plutôt réussi, les couleurs passent bien, le découpage en strip maintien un bon rythme de lecture. Succession de gags désopilants assurée. Le petit plus de cette série est évidement ce kid. Il s'invente un monde d'horreur, de massacre, de sang, de vomi, de monstre, et j'en passe, qui reste complètement décalé par rapport à son quotidien d'écolier, de frère et de fils. Je trouve très réussi cette interaction entre monde réel et imagination infantile débordante. Par contre, intellectuellement cela ne vole pas très haut. Pas de choc métaphysique à la lecture. Tous les personnages sont des caricatures extrêmes: le père seul qui perd pied avec son fils, les 2 frères et soeurs qui se détestent cordialement, les jeux vidéo qui sont la raison d'être des gamins... Mais l'ensemble reste tout de même réussi et cohérent. Bonne lecture divertissante !
Muchacho
Les albums de Lepage font partie de ces rares oeuvres dont j’ai d’abord plaisir à longuement feuilleter les pages pour en admirer les dessins avant de me plonger dans l’histoire. Muchacho est graphiquement superbe, c’est un réel plaisir pour les yeux et même si la sortie du tome 2 s’est faite un peu attendre, cela en valait vraiment la peine. Le scénario, lui, n’est pas en reste avec une histoire passionnante dont je peux juste regretter dans le tome 2 les quelques pauses un peu trop fréquentes utilisées par l'auteur pour rechercher un effet visuel dramatique, rappelant celles utilisées dans la terre sans mal, et qui coupent un peu la dynamique du premier tome. Ceci dit, l’ensemble est vraiment remarquable et à conseiller.
Spirou et Fantasio
Alors bien évidemment, avec autant d’albums parus depuis sa création, et de nombreux auteurs ayant participé à sa conception, la série alterne du très bon au moins bon. Si j’ai adoré la période Franquin, quelques albums m’ont déçu par la suite, mais c’est assez normal tant l’héritage était difficile à porter…. C’est tout de même une des séries de mon enfance que je relis avec beaucoup de plaisir et peut être une de celles qui paraît le moins vieillir. Si je dois noter la série complète, je donne 4/5, mais il est évident que sur la quarantaine d’albums parus, prés d’une dizaine sont pour moi vraiment cultes.
Seules contre tous
Seules Contres Tous, revisite un thème maintes fois exploité en BD et surtout ailleurs. De ce fait, quand sort un ouvrage de ce type, il est légitime de se demander si sa lecture en vaudra la peine. Plusieurs des aspects de la Seconde Guerre mondiale on déjà été présentés, romancés, et parfois même brillamment analysés, en BD Maus fait office de référence, il y a aussi d'autres oeuvres de bonne qualité comme Yossel 1945 par exemple. Pourquoi, en tant que lecteur, se sentir titillé, chaque fois que paraît une BD prenant pour cadre la Seconde Guerre mondiale. La réponse me parait simple, cette période fascine, son souvenir marquant résonne encore assez, à mon avis, dans l'inconscient collectif, pour que l'on se sente interpellé par les oeuvres s'y rapportant. Seules Contre Tous, au travers de son témoignage, montre un des aspects assez peu exploité de cette guerre. Seules Contre Tous est construit en trois actes distincts, la fuite brusquée de la ville, la dure vie de la campagne, et l'incertitude mêlée de soulagement qu'annonce la fin de la guerre. Dans cette histoire, magnifiquement narrée, on voit uniquement des évènements de la vie de Miriam Katin et sa mère. Aucun des faits de guerre n'est montré, aucune date n'est donnée, les mots que sont déportation ou libération ne sont pas utilisés, on ne cite même pas le nom d'Hitler. On voit surtout la peur et la confusion qui régnait dans les esprits à cette époque, plus encore peut-être dans les campagnes où se déroule l'action. Les gens vivaient dans l'ignorance totale de ce qui se jouait dans les sphères internationales, ils se méfiaient de tout et de tous. Ils craignaient les bombardements et les armées, quelle qu'en soit la couleur ou le drapeau. Ce sentiment de peur et d'inquiétude est incroyablement retranscrit. Dans cette atmosphère de vie difficile mais assez monotone, quelques drames ponctuaient parfois le quotidien, les visites inquiétantes d'officiers du Reich et les pillages barbares en tous genres, perpétrés par les soudards qu'étaient les soldats russes, sont de vrais moments de frayeur. Quand le danger se présentait, la mère de Miriam faisait tout ce qu'il était humainement possible pour protéger sa fille. Après le calvaire, une magnifique et émouvante dernière partie nous est offerte, ce récit est captivant de bout en bout, c'est un témoignage touchant et intime qui nous est livré ici. Les crayonnés font honneur à l'histoire, le trait précis et fin de la première partie fait place à des croquis qui semblent plus approximatifs pour la période de la campagne, comme si ils étaient chargés d'émotion, pris sur le vif de souvenirs flous et pénibles... La fin se refait doucement plus nette. De rares pages en couleurs présentant des moments de la vie d'après guerre font parfois une apparition et contrastent fortement graphiquement, mais aussi avec le contexte. Ce sont d'autres souvenirs, plus joyeux, mais rappelant parfois tristement les plus durs. Seule Contre Tous est un vrai roman graphique, même s'il inscrit son histoire dans le cadre de l'Histoire. Le destin d'une fillette et de sa mère dans les sombres heures de l'histoire de l'humanité. Il est bon de lire ce type de livre et se dire que cette guerre aura laissé sa trace noire sur les champs de batailles, dans les camps d'extermination mais aussi dans l'esprit des gens qui l'ont vécue de plus loin, avec certainement moins de souffrances mais tout autant de peurs. Au vu de la conception étrange de cet album et de son prix élevé (comme souvent aux éditions du Seuil!) je ne conseille pas l'achat de cet album. En revanche, je recommande chaudement sa lecture. JJJ
Brian Azzarello présente Hellblazer
Hellblazer est une série qui a eu la malchance d'être adaptée au cinéma. Un film que je vous conseille fortement d'éviter dont le titre est Constantine. On y voit le pantin Keanu Reeves en John Constantine américain, traînant ses cheveux bruns à Los Angeles dans ce qui ressemble à une gigantesque publicité anti-tabac indigeste. On ne peut-être que consterné devant la médiocrité d'une telle adaptation. Pour qu'il n'y ait aucune confusion possible, je vais dire qui est réellement John Constantine. John Constantine est anglais, il est d'un blond éclatant, il a une certaine élégance, il est charmant et inquiétant, il fume cigarette sur cigarette et il utilise très très souvent le mot fuck. John Constantine a un étrange pouvoir, il voit toutes les dimensions, il voit toutes les créatures issues des enfers, les fous furieux issus d'autres mondes, les pauvres diables sauvagement assassinés... Il les voit tous. John Constantine, enfin, est un détective spécialiste du paranormal, un personnage parlant souvent de façon énigmatique, un personnage réellement charismatique. Oubliez la fadasse version cinématographique, venez à la source, entrez prudemment, doucement, très doucement... dans le monde du Hellblazer... Hellblazer... John Constantine... Ce personnage a été créé par Alan Moore dans Swamp Thing en mille neuf cent quatre vingt cinq, avec Hellblazer, il a eu sa propre série. Neil Gaman a écrit des scénarios, Warren Ellis... Bien des plumes de renom ont écrit de sombres histoires pour cette saga. Les dessinateurs ne sont pas en reste, avec entre autres Phil Jimenez ou encore Steve Dillon... Enfin Tim Bradstreet en est le cover artist régulier, il excelle pour retranscrire parfaitement la particularité d'une atmosphère en un seul dessin. Les noms prestigieux se sont succédés sur cette série qui ne l'est pas moins. Pour la présente histoire, Hard Time, les artistes sont Brian Azzarello et Richard Corben. Hard Time est une histoire complète en quatre épisodes, issue de la série Hellblazer qui en compte plus de deux cent. Hard time, tout en restant fidèle à l'ambiance si particulière de la série, s'en éloigne sensiblement, se parant d'un côté plus dur, peut-être un peu moins mystique, mais tout aussi subtilement surnaturel. Des les premières images, le choc! Tant au niveau des images que des dialogues, il suffit de tourner à peine quelques pages pour comprendre que l'on est en train de lire un chef-d'oeuvre. Quelle noirceur, quelle saine lecture en diront les amateurs. Constantine apparaît dans le plus menaçant des univers, où déchéance et violence dictent les règles. Sa venue va faire sombrer ce lieu dans les plus profonds abysses infernaux. La narration d'Azzarello est extraordinaire, il dépeint ce monde carcéral en exacerbant ses aspects les plus sinistres, l'ambiance et lourde, on s'en imprègne sans difficulté et l'on s'enfonce dans l'horreur et la folie avec de petits picotements d'exaltation au fil de la lecture. Les talents de dialoguistes d'Azzarello font merveille et y sont à mon avis pour beaucoup, ça sonne vrai, on a l'impression de sentir la prison. La mise en images est assurée par Richard Corben, combien de fois déjà ai-je parlé des dessins du grand Rich? Peut importe... je ne m'en lasserai jamais. Ici Corben se surpasse, dans une période où l'artiste sortait tout juste d'une longue traversée du désert, son talent explose littéralement. En illustrant Hellblazer, Richard Corben démontre qu'il sait dessiner autre chose que des barbares imberbes affrontant de nombreuses hordes de monstres roses bonbons. Dans cette atmosphère crasseuse, Corben nous montre son talent, son trait le plus pur, dégagé des ses étranges effets psychédéliques mais ayant conservé tout son caractère, sa fantaisie, sa démesure... Les corps sont tendus, nerveux, musculeux, les yeux exorbités expriment de noirs reflets d'âmes perdues, quelques personnages, représentés la bave écumante à la bouche, nous font ressentir toute leur colère en l'espace d'une seule case. Les quelques femmes que croque Corben pour cette histoire sont exagérément plantureuses, leurs seins surdimensionnés dissimulent parfois presque leurs nombrils, leurs lèvres pulpeuses sont de vraies gourmandises. Le style de Corben est toujours aussi sensuel et sexué. Richard Corben est toujours aussi grand. Je remercie les éditions Toth d'avoir continué à publier Richard Corben en France quand plus grand monde ne croyait en lui, je regrette en revanche que la couverture originale de Bradstreet n'ai pas été utilisée, l'éditeur -sans doute pour rendre hommage à Corben- a préféré utiliser un dessin de l'album. Cela élimine un peu la finesse du dessin en question, ce qui est assez laid, et ne reflète pas vraiment le contenu du livre. Fort heureusement les dernières pages offrent un portfolio reprenant les couvertures originales de chaque épisode ainsi que celle du recueil. J'adore cet album, c'est un indispensable qui mérite d'être lu au moins une fois, surtout si le surnaturel traité avec originalité vous tente. J'émets cependant une réserve d'importance, bien qu'il ait été publié comme tel, Hard Time n'est pas un vrai one shot, cette histoire risque de ne pas se laisser facilement apprécier si vous ne connaissez pas un peu l'univers de Hellblazer. Cet épisode est vraiment très bon... mais à mes yeux seule la série dans son ensemble est culte. JJJ
Les Petits Ruisseaux
Je n’ai pas toujours été fan de Rabaté, mais cet album m’a beaucoup amusé. Le thème est vraiment original. On s’attache à ce petit vieux qui « découvre la vie » de manière tardive. La partie dans la communauté baba est hilarante. Comme le dit le sous-titre c'est sex, drugs and rock'n'roll. Le sujet : la vie sexuelle des personnes âgées aurait pu rebuter, il n’en est rien. C’est drôle, attendrissant, voire émouvant par moment. Les couleurs sont assez chaleureuses et accentuent le bien-être que l’on peut avoir en lisant cet album. Les éditions Futuropolis nous ont quand même gratifiés de quelques-uns des meilleurs albums de l'année. Alors, un bon conseil : courez l'acheter, vous ne serez pas déçu.