Testament de valeur
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Ce tome contient une histoire complète mettant en scène la créature de Frankenstein, après les événements survenus dans le roman originel. Il comprend les 4 épisodes, initialement parus en 2012 (numéros 1 & 2), 2014 (numéro 3) et 2018 (numéro 4), coécrits par Steve Niles & Bernie Wrightson, dessins, encrés par Bernie Wrightson (pour les épisodes 1 à 3) qui a également appliqué les nuances de gris. Pour l'épisode 4, Wrightson a réalisé le découpage des planches 1 à 19, et réalisé les dessins et l'encrage des planches 1, 2, 8, 10 et 11. Kelley Jones a dessiné et encré les planches 3 à 7, 9, 12 à 19 pour compléter l'épisode après le décès de Bernie Wrightson (27/10/1948-18/03/2017). Cet ouvrage s'ouvre avec une introduction d'une page rédigée par Steve Niles expliquant que ce projet fait suite à leurs trois précédentes collaborations (Dead she said, The ghoul, Doc Macabre) regroupées dans The Monstrous Collection of Steve Niles and Bernie Wrightson en VO. Il indique que le sujet et l'intrigue sont l'œuvre de Bernie Wrightson et que ce dernier avait lui-même choisi Kelley Jones pour terminer le dernier épisode, quand il avait compris qu'il ne pourrait pas le faire lui-même. Il se termine avec 20 pages reprenant des pages préparatoires de Wrightson.
Quelque part dans une zone rurale des États-Unis, à la fin du dix-neuvième siècle, ou peut-être au début du vingtième, le cirque Stenger's Funland s'est installé avec ses tentes, ses maisons, ses roulottes. Les curieux se pressent pour aller voir le monstre de Frankenstein dans l'une des tentes. La créature sait ce qui l'attend : dans un premier temps les curieux seront déçus car il ne ressemble pas à ce que la légende colporte sur son apparence. Il n'a pas de vis qui sorte du cou ou de la tête et cette dernière n'est pas plate. Déçu par son apparence, un gamin lui balance une tomate en pleine tête. La Créature sait qu'il est temps pour lui de réagir : il s'élance en avant, les bras grands écartés en poussant un cri. Tous les spectateurs sortent de la tente en hurlant, considérant qu'ils en ont eu pour leur argent, mais aussi réellement effrayés. Après la représentation, Frank (c'est ainsi que l'appellent les autres) rejoint ses collègues dans la grand tente. Ils l'ont accepté sans question, sans appréhension quant à son apparence. Il se souvient du moment où il se tenait dans le grand nord, sous la neige, devant un océan glacial, songeant à en finir avec la vie. À ce moment-là il avait entendu la voix du Baron Victor Frankenstein, l'interpellant en jugeant que c'était une issue trop facile pour sa créature. Il avait fini par se coucher dans la neige, et se laisser recouvrir d'une gangue de glace, en repensant à la manière dont il avait pris conscience de sa nature monstrueuse.
Des jours, des mois plus tard, sa tombe de glace avait fini par fondre et il avait repris conscience. Les morts qu'il avait causées lui pesaient toujours sur la conscience. Il avait repris sa marche, avec toujours l'idée d'en finir et le spectre de son créateur lui était apparu à nouveau. Cette fois-ci, la Créature s'approche d'un volcan en activité, tout en discutant avec son créateur de leurs échecs réciproques, l'un d'avoir donné la mort, l'autre de ne pas avoir réussi à créer un être parfait. Son corps finit recouvert par une coulée de boue qui forme une gangue protectrice autour de lui. Plusieurs mois plus tard, il est retrouvé par les membres d'une expédition et ramené dans la demeure du docteur Simon Ingles. Là, le docteur lui fait visiter toute une aile de son imposante demeure, et il y découvre une bibliothèque dont il va se plonger dans les ouvrages, profitant de cette hospitalité dépourvue de crainte.
En 1983, l'éditeur Marvel publie une édition de Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818) par Mary W. Shelley, comprenant une cinquantaine d'illustrations réalisées par Bernie Wrightson, sous le titre Bernie Wrightson's Frankenstein. L'artiste indique qu'il a passé 7 ans à réaliser ces somptueuses illustrations s'inspirant de l'œuvre d'artistes comme Franklin Booth, J.C. Coll et Edwin Austin Abbey. Lorsque l'éditeur IDW annonce le présent projet, il précise qu'il s'agit d'une suite directe du roman de Shelley tel qu'illustré par Wrightson. Dans son introduction, Steve Niles précise qu'il s'agit du projet de Wrightson qu'il n'a fait qu'aider à réaliser. Les auteurs effectuent bien la liaison avec le roman, la Créature éprouvant un dégoût de lui-même et cherchant à en finir. Ils utilisent des motifs propres à faire ressortir sa dimension gothique comme la manifestation du spectre de Victor Frankenstein, les individus au corps difforme du cirque montrés comme des monstres, les éléments déchaînés comme la mer ou la neige, l'imposante demeure du docteur aux pièces innombrables présentant des dimensions plus expressionnistes que réalistes. Il donne au lecteur, l'accès aux pensées de la Créature, distillant un état d'esprit désabusé sur sa capacité à avoir un comportement moral, désabusé quant à sa condition et à la réaction des êtres humains vis-à-vis de lui. Pour autant, il ne transforme pas son monologue intérieur en une succession de jérémiades, ou en un soliloque dépressif.
S'il a déjà lu des comics de Steve Niles, le lecteur sait qu'il va trouver une histoire linéaire simple, à l'intrigue légère. Au vu de ce qu'il découvre, il se dit que Bernie Wrightson a dû y contribuer car elle s'avère moins basique que du pur Steve Niles. Par contre, ils n'ont pas souhaité reprendre la structure de récits enchâssés du roman. Avec un peu de recul, le lecteur se dit que le premier épisode sert de transition entre le roman et l'histoire proprement dite de cette minisérie. Il s'agit d'établir l'état d'esprit du monstre et son évolution, ainsi que de montrer comment il passe de la falaise battue par la neige, à la demeure du docteur Simon Ingles. Il n'en reste pas moins que le lecteur est d'abord venu pour les dessins. S'il a suivi la carrière de Bernie Wrightson, il sait qu'il y a peu de chance qu'il retrouve les exquises illustrations de 1983 pour le roman. Il découvre la couverture sympathique et passe à la première page. La vue du ciel de l'installation du cirque montre des constructions assez simplifiées. Les 2 cases avec les gamins se précipitant vers la tente sont sympathiques, sans avoir le degré de détail obsessionnel des illustrations pour le roman. Les poses du présentateur sont assez convenues dans les 2 cases d'après. L'illustration suivante occupe une double page pour la révélation de la Créature devant le public. L'artiste s'est appliqué mais il n'a pas retrouvé la finesse des traits, ni même la richesse des compositions. le lecteur revoit ses attentes à la baisse et se laisse porter par une narration visuelle efficace à raison de 3 ou 4 cases par pages, avec une Créature pas vraiment monstrueuse. Il établit tout de même la comparaison de ces dessins avec ceux de l'épisode 4 réalisés par Kelley Jones et il constate que Wrightson s'est plus investi dans les détails.
Dès la quatrième page de bande dessinée, le lecteur retrouve la sensation des pages de bande dessinée de Bernie Wrightson datant des années 1970/1980. le choc de l'horreur visuelle est moins efficace, mais le goût de l'artiste pour les monstres reste évident. Puis la page 7 le transporte au bon vieux temps, avec la Créature de dos contemplant la mer agitée. Sans retrouver la myriade de petits traits fins, ou l'élégance des aplats de noir, le lecteur voit une composition saisissante : le positionnement des grandes masses et le rendu des textures, ainsi que l'attention portée à chaque centimètre carré de la page. Cette qualité se retrouve sur les 5 pages de la séquence. Bernie Wrightson change un peu sa manière de dessiner, ou plutôt de peaufiner ses cases dans les pages suivantes avec l'évocation du passé de la Créature. Là le lecteur retrouve la méticulosité du grand Wrightson donnant une consistance extraordinaire à chaque élément au point que le lecteur ressent l'impression d'être en train de les toucher. Il ne s'agit pas d'une séquence miraculée, car les compositions en double page dans l'intérieur de la demeure du docteur sont tout aussi somptueuses. le rendu est un peu différent des illustrations du roman, car Wrightson fait usage de nuances de gris, mais aucunement pour cacher la misère. Les deux tiers des épisodes 2 & 3 ramènent ainsi le lecteur au bon vieux temps, mais plus simplement le projette avec une force de conviction remarquable dans ces endroits portant la marque des obsessions de son propriétaire. Les autres séquences de ces 3 épisodes bénéficient d'une narration directe, avec des dessins qui restent dans le registre de ces compositions en double page, même s'ils ne présentent pas le même degré de méticulosité.
Avec le quatrième épisode, le lecteur regrette bien sûr que sa santé n'ait pas permis à l'artiste de terminer son œuvre. Il se rappelle que l'influence de Bernie Wrightson était manifeste dans les premiers comics cde Kelley Jones au point d'y voir son fils spirituel sur le plan artistique. Jones s'appuie plus sur les nuances de gris pour finir les dessins. Il respecte l'esprit des croquis de Wrightson, sans y apporter le fini de l'artiste. du coup, le lecteur prête plus d'attention à la structure des pages, à la manière dont Wrightson agence les cases et les prises de vue pour raconter son histoire. Il peut ainsi constater comment le positionnement et les postures des personnages participent à guider l'œil d'une case à l'autre, pour une lecture très fluide. Ainsi absorbé par la narration visuelle, il en vient presqu'à oublier l'intrigue. Wrightson sait doser les éléments réalistes et les éléments bénéficiant de la licence artistique pour renforcer les ambiances, souligner l'état d'esprit d'un personnage, jouer sur les émotions du lecteur. Sans être très originale, l'intrigue réserve quelques surprises et joue sur la dualité humain/monstre, et la relativité de ces deux conditions.
Pas forcément complètement confiant de la qualité de l'ouvrage, le lecteur ne peut résister à la tentation de retrouver ou de découvrir la Créature de Frankenstein mise en scène par Bernie Wrightson, maître de l'horreur gothique. Si l'entrée en matière peut lui sembler convenue et en deçà de ses espérances esthétiques, il découvre de fort belles pages de Bernie Wrightson, certainement pas venu pour cachetonner, mais totalement impliqué pour donner vie à sa vision de la Créature, pour opposer une forme de pragmatisme à l'avidité, et pour réaliser des planches habitées par une vision créatrice à la personnalité intacte.
Lorsque j’avais croisé cet album en librairie, je ne sais pourquoi, je pensais qu’il était consacré aux conséquences des inondations et glissements de terrain qui avaient frappé la vallée de la Roya il y a quelques années.
En fait pas du tout ! Et le sujet de cet album – les migrants traversant la frontière italo-française, et les réactions que cela entraîne, se révèle un beau sujet, qui plus est traité de belle façon.
Troubs et Baudoin ont presque traité le sujet comme un carnet de voyage. Mais un voyage presque immobile, comme si le voyageur restait posté sur un piton et regardait passer devant lui paysages et personnages (migrants, membres d’associations les aidant) en leur demandant à chaque « passage » de se présenter, ou de se laisser portraiturer.
Certes il y a de l’indignation – comment pourrait-il en être autrement devant tant de misère (et tant de mauvaise foi de la part de ceux qui ne comprennent pas les enjeux humains et éthiques mis en lumière par ces migrants et ce qu’ils ont vécu ou vivent) ? Mais c’est aussi sur un autre registre que ce développe le récit. A savoir une foi non pas en l’humanité, mais en des femmes et des hommes simples, qui s’engagent pour ne pas sombrer.
En cela la préface de J.M.G. Le Clezio est un bon rappel, qui résonne d’autant plus fort que j’écris cet avis au moment où l’extrême droite faisant des immigrés – africains et musulmans de préférence ! – ses boucs émissaires pour arriver au pouvoir. Là aussi, les phrases comme « La France ne peut accueillir toute la misère du monde » ne peuvent se comprendre – à défaut de se justifier – que si l’on n’accentue pas cette misère dans leur pays d’origine avec la mondialisation ultralibérale.
Mais je m’égare. Car cet album se situe à hauteur d’hommes et de femmes que le dessin charbonneux de Baudoin met en valeur (je le préfère à celui de Troubs, même si les deux sont très intéressants et raccords ici avec le sujet).
Une lecture qui, paradoxalement, peut donner le moral, et permettre de combattre la morosité ambiante.
Ouh, c'est très bon ça ! J'avais lu les avis de Cacal qui me donnaient vraiment envie et j'ai trouvé les trois volumes du duo à la médiathèque, que je me suis empressé de ramener chez moi. Et franchement, c'est une lecture que je recommande franchement !
Alors que je m'attendais à une lecture d'un tueur en série type Le Tueur, je me retrouve rapidement dans une histoire bien différente, au trait sombre qui colle au récit comme une angoisse et un propos philosophique sur le sens de l'art. Déroutant, pour le moins.
Le personnage central tue des gens, de façon artistique selon lui, et propose pour cela une vision de l'art et de la souffrance humaine. Mais surtout, il est spécialiste de l'art et de la question de la douleur, la souffrance et la cruauté. Cynique, le type ? Un peu, mais surtout convaincu de sa vision du monde. Et c'est ce qui va se passer dans le récit : toute sa vie va basculer. Le tout entrecoupé par quelques scènes de ses meurtres et de la création artistique qui s'en dégage. C'est assez bien trouvé pour la plupart, avec une frontière floue entre l'acte artistique et le délire macabre.
Mais si la BD m'a étonnée, c'est par son développement du personnage principal qui est finalement un type plutôt sympathique à suivre. Je vois ses meurtres comme le reste de son travail : méticuleux, obsessionnel et surtout froid. Sauf que la fin lui donne presque explicitement tort en montrant qu'une vision radicalement opposée à la sienne fini par triompher sur tout les aspects de sa vie. Malin, de la part de l'auteur ! Cependant, cette victoire du positif ne change finalement rien au personnage, qui reste dans ce qu'il a toujours été.
Il y a pas mal de lectures possibles dans la BD. Outre la question de l'art, il y a celle de l'acte artistique (avec l'opposition entre lui et les performeurs, quand bien même leur actes semblent se rejoindre), mais aussi la question de l'équilibre dans la vie, l'université et les rapports de force à l'intérieur de celle-ci, la question indépendantiste catalane qui vient se greffer ... Les auteurs ne cloisonnent pas les sujets et les font s'entre-connecter, comme cela arrive tout le temps dans la vraie vie, montrant que nous nous construisons dans un ensemble complexe de relations et de connaissances.
Je pense que la BD mérite largement une relecture, ne serait-ce que pour tout les débats entre personnages, mais il y a aussi un aspect noir et dérangeant que le dessin souligne à merveille. Les petites taches rouges qui parsèment les pages soulignent le caractère violent du contenu mais sans jamais verser dans un aspect graphique trop soigné. C'est du polar, hard boiled même, qui laisse songeur une fois fini.
Surprenant, noir et réfléchi, cette BD a indéniablement un caractère unique.
Décidément, je tombe sur quelques belles surprises en fouillant les bacs de la bibliothèque ! Cette BD m'était inconnue et je ne l'avais pas vu passer sur le site où elle est pourtant bien notée, c'est donc une chance que je la découvre de cette façon. Et je pense que la BD doit être prise sans trop d'apriori, puisque si je me suis retrouvé très satisfait de ma lecture, ça reste une BD simple qui fait très bien ce qu'elle doit faire.
C'est une histoire de la Belgique dans la Première Guerre Mondiale et des combats menés en Afrique, dans le Congo Belge. On va suivre un aviateur qui se retrouve avec Madame Livingstone, un noir étrange mais cultivé avec lequel il va progressivement se lier d'amitié. Si le récit n'a rien de follement original, entre la guerre qui déchire des peuples ne se connaissant pas et l'amitié entre deux personnes que la société n'aime pas voir se lier, c'est des trames classiques qui nous sont proposées.
Mais comme j'ai dit plus haut, c'est du classique très bien fait. Livingstone est un personnage intriguant et amusant, son comparse Gaston est touchant dans sa découverte de l'avis d'un colonisé, et l'alchimie entre eux deux marche à merveille. Il y a aussi toute la partie sur les interrogations que Gaston va progressivement avoir sur son pays, sur ses actes et surtout sur la question du racisme et du colonialisme. Ce n'est jamais incroyablement fin ou étonnant, mais ça sonne franchement juste.
Le dessin est en adéquation parfaite avec le propos, transportant facilement dans l'Afrique du début des années 1900 et surtout fait la part belle à des parures et coiffures africaines lors de quelques scènes qui rehaussent la beauté de celles-ci face à des coloniaux qui semblent parfois bien terne.
Une BD qui ne m'a pas surpris par son sujet mais l'exploite très bien, ajoutant quelques détails parfois intéressant, l'ensemble étant fluide à la lecture et laissant une bonne impression globale. C'est du très bon !
3.5
Une série qui me plait bien pour le moment.
On a donc droit à des aventures qui mets surtout en avant les relations de la 'famille' de Batman et le ton est léger et amusant, ce qui manque trop souvent aux comics de super-héros modernes. Évidemment, tout n'est pas marrant, mais la plupart du temps l'humour fonctionne bien et j'ai eu bien du plaisir durant ma lecture.
Cela dit, comme l'indique Ro, cela s'adresse avant tout aux connaisseurs de l'univers de Batman. Je crains que quelqu'un qui ne connait Batman surtout de nom ou via les films risque d'être perdu de voir qu'il n'y pas qu'un Robin ou une Batgirl et aussi que Batman a un fils.
Le dessin est bon. Certes il y a trois des Robin qui se ressemblent, mais ça c'est un problème pour tous les comics de Batman où le seul Robin qu'on peut facile distinguer des autres est Damien à cause de sa petite taille. Ça serait bien que DC règle se problème parce que le fait que les trois fils adoptifs de Batman se ressemblent comme s'ils étaient frères de sangs c'est un peu ridicule.
Je ne connais pas du tout Douglas Burroughs, même si j'ai longtemps cru que c'était William Burroughs qui avait écrit ce livre. Rien à voir donc, et d'ailleurs ceci m'a emmené à découvrir un petit détail intéressant qui va dans le sens de la BD ...
Et le sens de la BD est parfait : comment démêler le vrai du faux dans des médias toujours plus rapides à informer qu'à vérifier l'information ? La réponse de cette histoire ne plaira sans doute pas... Douglas Burroughs explore comme un détective amateur les mystères d'un double meurtre dans une famille, suite à la panique provoquée par Orson Welles et sa fameuse adaptation radiophonique de La Guerre des Mondes. Très vite, j'ai eu la puce à l'oreille quant à la tournure du récit, puisque je connais bien l'histoire de cette fameuse adaptation et surtout la rumeur qui a enflé autour et fini par supplanter les vrais évènements.
Mais le récit porte pas mal de réflexions en son sein et je dois avouer que l'ensemble est une sacrée réussite. Menée d'une main de maitre, l'histoire tourne autour de la vérité jusqu'à la faire éclater, si l'on peut dire. Une vérité bien sale et pas jojo, le genre qui fait tâche dans une jolie petite ville américaine. Le récit est une longue enquête donc, qui va dévoiler bien des sujets, notamment le racisme ou la guerre des médias. Le récit tourne d'ailleurs la fin habilement pour mettre en exergue cet avis, plus modéré et retenu, qui permet de comprendre pleinement la critique qui est faite ici.
Et cette critique est tout à fait pertinente, à l'heure des fakes news et des bots utilisant toute leur énergie dans des ingérences électorales. La question de la vérité, la seule, mais aussi de comment la chercher ou ce qu'elle masque est de plus en plus important, j'aime donc beaucoup cette utilisation d'une contre-vérité comme point de départ d'un sac de nœud à démêler.
L'auteur s'est d'ailleurs fendu d'un coup de crayon pas dégeu qui fait ressortir l'atmosphère des années 30 d'une belle façon, appuyant le propos dans des cases marquantes et plusieurs passages qui ressortent du lot, notamment lors des reconstitutions de scènes.
Le genre de BD sur laquelle il vaut mieux ne rien savoir avant d'entamer la lecture, pour se laisser surprendre par celle-ci et surtout réfléchir ensuite à son propos. Pertinent, efficace en tant que polar et surprenant jusque dans l'après lecture, cette BD est un petit régal !
C'est marrant : j'ai lu cet album juste après avoir relu des histoires de la Jeunesse de Picsou au Klondike et j'ai eu l'impression de m'y retrouver à nouveau. En effet, le fameux Carcajou, vieil aigri vivant seul dans sa concession minière dans le Grand Nord canadien, a beaucoup du personnage de Balthazar Picsou de ces récits, détesté et craint par la fruste population de la petite ville voisine, et cachant ses mystères comme un avare misanthrope.
Cette BD m'a agréablement replongé dans cette ambiance de pionniers du Grand Nord, vivant de grands espaces et de petites relations humaines. On s'attarde en particulier sur le riche arnaqueur du coin, l'équivalent du Soapy Slick des aventures de Picsou. C'est en effet par ses yeux, et non pas par ceux du chercheur d'or, que l'on va suivre l'aventure. Cela m'a offert un contrepoint intéressant pour un récit qui du coup gagnait en originalité. D'autant plus que ce personnage se révèle plus profond qu'envisagé, avec un passif et une relation particulière avec son grande frère et avec une femme de la ville. Tout cela donne du piquant et de l'intérêt à l'histoire.
L'album se scinde en outre en deux chapitres qui auraient pu être 2 tomes séparés, avec une rupture nette entre les deux. De fait, on a 2 types d'histoires différentes entre les deux. L'une très ambiance pionnière, rivalité et affrontements entre l'arnaqueur et le vieil aigri. Et l'autre qui tourne un peu plus au polar, avec le mystère d'un possible fantôme vengeur et meurtrier. C'est rythmé, prenant, agréablement dessiné, les personnages sont bons et l'intrigue ne se laisse pas deviner.
Vraiment pas mal comme lecture.
Un bon moment de lecture, même si tout n'est pas parfait.
Je découvre les deux auteurs avec ce comics.
Yasuke est un samouraï à la peau noire. Les archives sur ce personnage historique sont rares, on sait qu'il arrive esclave en 1579 à kyoto, puis qu'il entre au service du daimyo Oda Nobunaga en 1581 en tant que samouraï et conseiller. On perd sa trace après la défaite de son maître en 1582 contre l'armée d'Akechi Mitsuhide. H.S. Tak propose d'imaginer sa vie à partir de cet instant.
Et c'est là qu'entre en scène la jeune Hitomi, elle ne rêve que de vengeance après avoir assisté aux meurtres de ses parents. Le coupable ? Un samouraï à la peau noire.
Nous sommes en 1590, Hitomi va retrouver un Yasuke devenu rônin et à ma grande surprise, elle lui demande son enseignement pour devenir samouraï.
Je n'ai pas toujours compris le comportement d'Hitomi, mais cela n'enlève en rien l'attachement que je lui porte, elle est fougueuse, indomptable et elle sait ce qu'elle veut, tuer le meurtrier de ses parents.
Yasuke n'est plus que l'ombre du samouraï qu'il était, il a vieilli et doucement il va s'enticher de cette gamine et une relation singulière va s'instaurer.
Une narration qui manque de fluidité mais j'ai pris grand plaisir à suivre le parcours de ce vieux rônin qui va guider Hitomi dans sa quête initiatique et de vengeance jusqu'au dénouement final.
Du classique mais avec une pointe de poésie épique dans un Japon féodal très bien retranscrit où l'honneur et la violence ne sont jamais loin l'un de l'autre.
Une fin que je n'avais pas vu venir.
Isabella Mazzanti est une dessinatrice italienne (avec des origines polonaises), elle a vécu en Chine où elle a suivi un cours sur l'art traditionnel et cela se ressent dans sa proposition graphique. Un rendu qui fait penser aux estampes japonaises avec son trait légèrement charbonneux, soigné et plein de vie. De superbes planches à la mise en page digne d'une chorégraphie de danse kabuki.
Les couleurs sont magnifiques.
Somptueux.
Une artiste à surveiller.
Je ne peux pas mettre moins que 4 étoiles.
Altérité culturelle
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Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Il comprend les cinq épisodes de la minisérie, initialement parus en 2018, écrits par Pornsak Pichetshote, dessinés et encrés par Aaron Campbell, avec une mise en couleurs réalisée par José Villarrubia.
Aisha Hasan est en train de dormir seule dans son lit et elle fait un cauchemar, se souvenant de l'odeur de viande en train de pourrir. Elle se réveille d'un coup en sueur. Dans la journée, elle papote avec sa fille Kris, dans la cuisine, pendant que Leslie (la mère de Tom, la grand-mère de Kris) prépare un gâteau ayant la forme du monstre dans le puits dans la Guerre des Étoiles. Aisha vit en concubinage avec Tom (le père de Kris), chez la mère de Tom pour la rassurer après qu'une bombe artisanale ait explosé à l'étage inférieur, l'œuvre d'un habitant de l'immeuble, musulman supposé terroriste. Tom arrive alors que Leslie est en train de proposer à Aisha d'apprendre à préparer un jambon en croûte. Il tance vertement sa mère en rappelant que le jambon n'est pas hallal et sort en claquant la porte. Aisha le rattrape sur le trottoir et lui demande pour quelle raison il s'est emporté. Il la met en garde car sa mère est une grande manipulatrice. Un peu plus tard, elle papote avec sa meilleure amie Medina Jackson, et évoque la fois où Leslie s'est emportée parce que Kris jouait avec un des hijabs d'Aisha. Medina lui rappelle comment sa mère (celle d'Aisha) s'était emporté contre Aisha quand cette dernière avait décidé de ne plus porter le voile.
Aisha Hasan rentre chez sa belle-mère, et monte l'escalier. Elle croise monsieur Fields, un voisin du dessous, qui rentre chez lui précipitamment en claquant sa porte, pour ne pas avoir à lui parler. Aisha estime qu'il agit ainsi par racisme ordinaire, une méfiance de blanc âgé à l'encontre d'une arabe. Elle passe par l'étage qui a été détruit par le feu et dont le palier reste plongé dans le noir. Elle croit voir un visage spectral et des plumes dans la pénombre. Elle sursaute effrayée en se rendant compte que quelqu'un se tient à ses côtés : il s'agit de Tom son concubin. Ils discutent à nouveau de Leslie, la mère de Tom, de son islamophobie présumée, de savoir si c'est une bonne idée de rester habiter chez elle dans ces conditions. La nuit, Aisha se réveille à nouveau en sursaut et fait le tour de l'appartement. Elle a l'impression d'entrevoir un spectre menaçant se dirigeant vers la cuisine. Sur place, elle le distingue clairement et elle se saisit d'un couteau pour le poignarder. Elle se rend compte d'un coup que c'est Leslie qui se tient devant elle. Elle lâche le couteau et se jette dans ses bras pour y retrouver du réconfort. Après l'accolade, Leslie ramasse le couteau et le tient devant elle. le lendemain, Aisha laisse Kris à Leslie, et se rend chez Medina et son colocataire Ethan (un asiatique) pour papoter avec des copains, autour d'une bière.
Dans la postface, Jeff Lemire explicite son point de vue sur les récits d'horreur en bande dessinée : c'est beaucoup plus difficile à réussir qu'en film car les auteurs ne disposent pas du facteur de surprise dans la mesure où le lecteur est maître de sa vitesse de lecture. En outre, une bande dessinée ne dispose pas de bande originale qui vienne amplifier les effets narratifs. Il n'en est que plus impressionnée par la réussite de Pichetshote & Campbell. La couverture annonce effectivement la couleur : cette main de monstre en haut à droite qui vient pour agripper une femme musulmane portant le hidjab. La scène d'introduction indique qu'il s'agit d'un cas de spectre hantant une femme, et la suite montre que cette entité surnaturelle hante l'immeuble d'habitation tout entier. le lecteur comprend donc qu'il s'agit d'une variation sur la maison hantée. Il sait par avance qu'il y a un monstre qui n'attend que de s'en prendre aux habitants, que sa présence est liée à un acte horrible, vraisemblablement l'attentat raté du quatrième étage. Il sait que l'intrigue va suivre un schéma très cadré : l'horreur surnaturelle s'en prend aux habitants et les fait souffrir ou les tue dans d'horribles souffrances. Un ou deux individus comprennent ce dont il s'agit et combattent la créature en payant le prix cher, avec une fin où soit ils triomphent, soit tout le monde meurt, ou encore un compromis entre les deux. Il n'est pas facile d'innover dans le genre et le lecteur ne s'attend pas à de grosses surprises.
La deuxième composante de la couverture est moins convenue : les auteurs font la promesse que l'un des personnages principaux est une musulmane. En 2018, c'est encore assez inusuel dans les comics américains, avec une exception notoire Kamala Khan (Ms. Marvel, écrite par G. Willow Wilson). le prologue n'en dit pas plus, mais passé la page de titre, le lecteur constate que l'auteur ne fait pas semblant. Aisha Hasan est pratiquante, ne serait-ce que par la prière, ce qui crée une gêne avec sa belle-mère qui montre une défiance ordinaire pour tout ce qui est arabe, même de loin. Dans les 10 premières pages, il est question du hijab, de l'interdit de consommer du porc, du voile, de l'intégrisme. Pour autant, il ne s'agit ni d'opportunisme, ni de leçon de morale. Pichetshote met en scène une distribution de personnages reflétant la diversité, sans artifice. Tom (un blanc) vit en couple avec une musulmane pratiquante. Cette dernière a une copine d'origine arabe qui n'est pas pratiquante. le colocataire de Medina est d'origine asiatique. Les interactions entre les personnages sont rafraîchissantes par leur honnêteté. Il n'y a pas de racisme a priori d'une communauté contre une autre. Il n'y a pas d'entente fraternelle évidente entre les représentants des différentes communautés. Certains restent défiants. D'autres s'interrogent sur les stéréotypes de leurs propres représentations mentales. D'autres se montrent prévenants, mais finissent par ne plus savoir s'ils agissent sur la base de clichés, sur la base de réelles différences culturelles, ou au contraire si certains comportements sont communs aux êtres humains de toutes les origines. le scénariste ne se lance pas dans une leçon de politiquement correct, ou dans une réflexion intellectuelle sur le brassage ethnique et culturel. Il montre avec naturel les interrogations de tous les jours.
Le scénariste montre aussi la peur ordinaire, celle qui nourrit le monstre, ou tout du moins les manifestations de haine ordinaire. À certains moments, le lecteur éprouve la sensation que la créature surnaturelle n'est qu'une incarnation très littérale de cette méfiance inquiète qui génère l'agressivité en défense. À d'autres moments, la créature surnaturelle est indépendante de cette dimension sociale, et l'intrigue occupe le devant de la scène. le lecteur prend conscience qu'il découvre un récit de genre, utilisant les conventions de l'horreur pour faire ressortir des réalités sociales, le récit de genre comme révélateur. Cette approche fonctionne d'autant mieux qu'Aaron Campbell reste dans un registre descriptif et réaliste, laissant donc les dialogues apporter une dimension métaphorique. Il dessine les personnages comme de vrais êtres humains, sans exagération de leur anatomie ou de leurs capacités physiques, avec des tenues vestimentaires ordinaires et pratiques, cohérentes avec le statut social et l'âge de chacun des personnages. le lecteur éprouve presque l'impression de croiser ses voisins ou des membres de sa famille. La direction d'acteur est de type naturaliste ce qui fait beaucoup pour l'immersion du lecteur. Dans un premier temps, le scénariste montre des scènes ordinaires, le spectre n'apparaissant que dans les cauchemars d'Aisha. du coup, le lecteur ne sait pas trop s'il doit pendre ces manifestations au premier degré ou pas. Il regarde donc les personnages en train de discuter, et il scrute leur visage pour y déceler une expression donnant une indication sur leur état d'esprit. Les représentations de Campbell permettent de se livrer à ce jeu d'observation avec des réactions naturelles et normales. Par exemple, le lecteur retient son souffle pour savoir ce que va faire Leslie après avoir ramassé le couteau lâché par Aisha, guettant un signe révélateur.
L'artiste porte également la responsabilité de donner corps à l'immeuble où habite Leslie, ainsi qu'à la rue où il est sis, aux autres appartements, à une chambre d'hôpital, etc. Là encore il réalise des dessins descriptifs et réalistes, avec un degré de détails satisfaisants, avec des accessoires conformes à la réalité, sans exagérer dans le luxe ou la pauvreté. Il prend soin de donner des dimensions plausibles aux pièces et de s'assurer de la cohérence de l'agencement d'un escalier ou d'un palier d'une séquence à l'autre. Campbell doit également représenter la créature surnaturelle de manière à ce qu'elle s'intègre dans l'environnement de l'immeuble et qu'elle puisse coexister sur le même plan que les êtres humains normaux. Dans la première moitié du récit, il peut jouer sur le fait qu'on ne la voit pas complètement, pas distinctement. Il arrive ainsi à conserver la part de mystère nécessaire pour qu'elle reste plausible, entre manifestation incarnée et fantasme de l'esprit. Dans la deuxième moitié, il se heurte à la représentation frontale de la créature, devenant un monstre de plus, malgré des effets de chair sophistiqués, rappelant parfois les récits d'horreur de John Bolton. Les auteurs ont choisi d'amener leur récit vers une confrontation finale très physique qui dénote un peu par rapport à la dimension métaphorique présente dans les quatre cinquièmes précédant.
S'il a lu la quatrième de couverture, le lecteur a des attentes assez élevées concernant le récit. Il plonge dans des pages plutôt sombres rendant bien compte de l'angoisse sourde qui habite les personnages. Il prend plaisir à la description des personnages et à leurs interactions, grâce à un scénariste qui sait mettre en scène la diversité culturelle de manière naturelle, dans toute sa complexité, en faisant ressortir les enjeux et les difficultés à surmonter, sans les caricaturer ou les exagérer. De ce point de vue, ce récit est une grande réussite, sortant de l'ordinaire des comics américains. Les auteurs déroulent également une véritable intrigue respectant les codes du genre horreur. Durant la majeure partie du récit, les deux approches horreur + culturel s'entremêlent et s'enrichissent de manière organique. La conclusion du récit n'arrive pas à rester à ce même niveau littéraire.
Je ne suis pas un grand spécialiste du genre Western mais j'ai beaucoup apprécié la lecture l'histoire de cet apache atypique et souvent solitaire.
Christian Rossi choisit avec bonheur de nous faire suivre le récit des actions de résistances de Géronimo via le parcours de Woan un apache exclu jeune de son clan pour avoir rompu l'harmonie naturelle qui régit la vie de sa tribu.
Le fil conducteur du parcours de Woan sert à Christian Rossi pour aborder le mode de vie des apaches en relation avec les éléments naturels ou historiques. Le récit se partage donc avec justesse entre ethnologie et histoire. La série montre le sérieux des recherches et des références de l'auteur et le côté fictionnel s'insère avec une forte crédibilité à la trame historique.
La narration délivre une empathie certaine pour les indiens mais évite de tomber dans un manichéisme facile. Ainsi un final inattendu essaye de clore le chapitre de la violence pour rebondir vers une hypothétique place des natifs dans une société plus juste.
Le graphisme soutient parfaitement le rythme du récit. Les scènes contemplatives dans la montagne ou la sierra alternent avec bonheur aux scènes plus dynamiques. Rossi a apporté un soin particulier à la gestuelle des combats sans en faire trop.
Les paysages sont grandioses avec l'aide d'une mise en couleur où les jaunes et ocres dominent souvent pour donner une belle luminosité aux images.
Une très belle lecture qui devrait plaire au delà du cercle des amateurs de western.
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Frankenstein - Le monstre est vivant
Testament de valeur - Ce tome contient une histoire complète mettant en scène la créature de Frankenstein, après les événements survenus dans le roman originel. Il comprend les 4 épisodes, initialement parus en 2012 (numéros 1 & 2), 2014 (numéro 3) et 2018 (numéro 4), coécrits par Steve Niles & Bernie Wrightson, dessins, encrés par Bernie Wrightson (pour les épisodes 1 à 3) qui a également appliqué les nuances de gris. Pour l'épisode 4, Wrightson a réalisé le découpage des planches 1 à 19, et réalisé les dessins et l'encrage des planches 1, 2, 8, 10 et 11. Kelley Jones a dessiné et encré les planches 3 à 7, 9, 12 à 19 pour compléter l'épisode après le décès de Bernie Wrightson (27/10/1948-18/03/2017). Cet ouvrage s'ouvre avec une introduction d'une page rédigée par Steve Niles expliquant que ce projet fait suite à leurs trois précédentes collaborations (Dead she said, The ghoul, Doc Macabre) regroupées dans The Monstrous Collection of Steve Niles and Bernie Wrightson en VO. Il indique que le sujet et l'intrigue sont l'œuvre de Bernie Wrightson et que ce dernier avait lui-même choisi Kelley Jones pour terminer le dernier épisode, quand il avait compris qu'il ne pourrait pas le faire lui-même. Il se termine avec 20 pages reprenant des pages préparatoires de Wrightson. Quelque part dans une zone rurale des États-Unis, à la fin du dix-neuvième siècle, ou peut-être au début du vingtième, le cirque Stenger's Funland s'est installé avec ses tentes, ses maisons, ses roulottes. Les curieux se pressent pour aller voir le monstre de Frankenstein dans l'une des tentes. La créature sait ce qui l'attend : dans un premier temps les curieux seront déçus car il ne ressemble pas à ce que la légende colporte sur son apparence. Il n'a pas de vis qui sorte du cou ou de la tête et cette dernière n'est pas plate. Déçu par son apparence, un gamin lui balance une tomate en pleine tête. La Créature sait qu'il est temps pour lui de réagir : il s'élance en avant, les bras grands écartés en poussant un cri. Tous les spectateurs sortent de la tente en hurlant, considérant qu'ils en ont eu pour leur argent, mais aussi réellement effrayés. Après la représentation, Frank (c'est ainsi que l'appellent les autres) rejoint ses collègues dans la grand tente. Ils l'ont accepté sans question, sans appréhension quant à son apparence. Il se souvient du moment où il se tenait dans le grand nord, sous la neige, devant un océan glacial, songeant à en finir avec la vie. À ce moment-là il avait entendu la voix du Baron Victor Frankenstein, l'interpellant en jugeant que c'était une issue trop facile pour sa créature. Il avait fini par se coucher dans la neige, et se laisser recouvrir d'une gangue de glace, en repensant à la manière dont il avait pris conscience de sa nature monstrueuse. Des jours, des mois plus tard, sa tombe de glace avait fini par fondre et il avait repris conscience. Les morts qu'il avait causées lui pesaient toujours sur la conscience. Il avait repris sa marche, avec toujours l'idée d'en finir et le spectre de son créateur lui était apparu à nouveau. Cette fois-ci, la Créature s'approche d'un volcan en activité, tout en discutant avec son créateur de leurs échecs réciproques, l'un d'avoir donné la mort, l'autre de ne pas avoir réussi à créer un être parfait. Son corps finit recouvert par une coulée de boue qui forme une gangue protectrice autour de lui. Plusieurs mois plus tard, il est retrouvé par les membres d'une expédition et ramené dans la demeure du docteur Simon Ingles. Là, le docteur lui fait visiter toute une aile de son imposante demeure, et il y découvre une bibliothèque dont il va se plonger dans les ouvrages, profitant de cette hospitalité dépourvue de crainte. En 1983, l'éditeur Marvel publie une édition de Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818) par Mary W. Shelley, comprenant une cinquantaine d'illustrations réalisées par Bernie Wrightson, sous le titre Bernie Wrightson's Frankenstein. L'artiste indique qu'il a passé 7 ans à réaliser ces somptueuses illustrations s'inspirant de l'œuvre d'artistes comme Franklin Booth, J.C. Coll et Edwin Austin Abbey. Lorsque l'éditeur IDW annonce le présent projet, il précise qu'il s'agit d'une suite directe du roman de Shelley tel qu'illustré par Wrightson. Dans son introduction, Steve Niles précise qu'il s'agit du projet de Wrightson qu'il n'a fait qu'aider à réaliser. Les auteurs effectuent bien la liaison avec le roman, la Créature éprouvant un dégoût de lui-même et cherchant à en finir. Ils utilisent des motifs propres à faire ressortir sa dimension gothique comme la manifestation du spectre de Victor Frankenstein, les individus au corps difforme du cirque montrés comme des monstres, les éléments déchaînés comme la mer ou la neige, l'imposante demeure du docteur aux pièces innombrables présentant des dimensions plus expressionnistes que réalistes. Il donne au lecteur, l'accès aux pensées de la Créature, distillant un état d'esprit désabusé sur sa capacité à avoir un comportement moral, désabusé quant à sa condition et à la réaction des êtres humains vis-à-vis de lui. Pour autant, il ne transforme pas son monologue intérieur en une succession de jérémiades, ou en un soliloque dépressif. S'il a déjà lu des comics de Steve Niles, le lecteur sait qu'il va trouver une histoire linéaire simple, à l'intrigue légère. Au vu de ce qu'il découvre, il se dit que Bernie Wrightson a dû y contribuer car elle s'avère moins basique que du pur Steve Niles. Par contre, ils n'ont pas souhaité reprendre la structure de récits enchâssés du roman. Avec un peu de recul, le lecteur se dit que le premier épisode sert de transition entre le roman et l'histoire proprement dite de cette minisérie. Il s'agit d'établir l'état d'esprit du monstre et son évolution, ainsi que de montrer comment il passe de la falaise battue par la neige, à la demeure du docteur Simon Ingles. Il n'en reste pas moins que le lecteur est d'abord venu pour les dessins. S'il a suivi la carrière de Bernie Wrightson, il sait qu'il y a peu de chance qu'il retrouve les exquises illustrations de 1983 pour le roman. Il découvre la couverture sympathique et passe à la première page. La vue du ciel de l'installation du cirque montre des constructions assez simplifiées. Les 2 cases avec les gamins se précipitant vers la tente sont sympathiques, sans avoir le degré de détail obsessionnel des illustrations pour le roman. Les poses du présentateur sont assez convenues dans les 2 cases d'après. L'illustration suivante occupe une double page pour la révélation de la Créature devant le public. L'artiste s'est appliqué mais il n'a pas retrouvé la finesse des traits, ni même la richesse des compositions. le lecteur revoit ses attentes à la baisse et se laisse porter par une narration visuelle efficace à raison de 3 ou 4 cases par pages, avec une Créature pas vraiment monstrueuse. Il établit tout de même la comparaison de ces dessins avec ceux de l'épisode 4 réalisés par Kelley Jones et il constate que Wrightson s'est plus investi dans les détails. Dès la quatrième page de bande dessinée, le lecteur retrouve la sensation des pages de bande dessinée de Bernie Wrightson datant des années 1970/1980. le choc de l'horreur visuelle est moins efficace, mais le goût de l'artiste pour les monstres reste évident. Puis la page 7 le transporte au bon vieux temps, avec la Créature de dos contemplant la mer agitée. Sans retrouver la myriade de petits traits fins, ou l'élégance des aplats de noir, le lecteur voit une composition saisissante : le positionnement des grandes masses et le rendu des textures, ainsi que l'attention portée à chaque centimètre carré de la page. Cette qualité se retrouve sur les 5 pages de la séquence. Bernie Wrightson change un peu sa manière de dessiner, ou plutôt de peaufiner ses cases dans les pages suivantes avec l'évocation du passé de la Créature. Là le lecteur retrouve la méticulosité du grand Wrightson donnant une consistance extraordinaire à chaque élément au point que le lecteur ressent l'impression d'être en train de les toucher. Il ne s'agit pas d'une séquence miraculée, car les compositions en double page dans l'intérieur de la demeure du docteur sont tout aussi somptueuses. le rendu est un peu différent des illustrations du roman, car Wrightson fait usage de nuances de gris, mais aucunement pour cacher la misère. Les deux tiers des épisodes 2 & 3 ramènent ainsi le lecteur au bon vieux temps, mais plus simplement le projette avec une force de conviction remarquable dans ces endroits portant la marque des obsessions de son propriétaire. Les autres séquences de ces 3 épisodes bénéficient d'une narration directe, avec des dessins qui restent dans le registre de ces compositions en double page, même s'ils ne présentent pas le même degré de méticulosité. Avec le quatrième épisode, le lecteur regrette bien sûr que sa santé n'ait pas permis à l'artiste de terminer son œuvre. Il se rappelle que l'influence de Bernie Wrightson était manifeste dans les premiers comics cde Kelley Jones au point d'y voir son fils spirituel sur le plan artistique. Jones s'appuie plus sur les nuances de gris pour finir les dessins. Il respecte l'esprit des croquis de Wrightson, sans y apporter le fini de l'artiste. du coup, le lecteur prête plus d'attention à la structure des pages, à la manière dont Wrightson agence les cases et les prises de vue pour raconter son histoire. Il peut ainsi constater comment le positionnement et les postures des personnages participent à guider l'œil d'une case à l'autre, pour une lecture très fluide. Ainsi absorbé par la narration visuelle, il en vient presqu'à oublier l'intrigue. Wrightson sait doser les éléments réalistes et les éléments bénéficiant de la licence artistique pour renforcer les ambiances, souligner l'état d'esprit d'un personnage, jouer sur les émotions du lecteur. Sans être très originale, l'intrigue réserve quelques surprises et joue sur la dualité humain/monstre, et la relativité de ces deux conditions. Pas forcément complètement confiant de la qualité de l'ouvrage, le lecteur ne peut résister à la tentation de retrouver ou de découvrir la Créature de Frankenstein mise en scène par Bernie Wrightson, maître de l'horreur gothique. Si l'entrée en matière peut lui sembler convenue et en deçà de ses espérances esthétiques, il découvre de fort belles pages de Bernie Wrightson, certainement pas venu pour cachetonner, mais totalement impliqué pour donner vie à sa vision de la Créature, pour opposer une forme de pragmatisme à l'avidité, et pour réaliser des planches habitées par une vision créatrice à la personnalité intacte.
Humains - La Roya est un fleuve
Lorsque j’avais croisé cet album en librairie, je ne sais pourquoi, je pensais qu’il était consacré aux conséquences des inondations et glissements de terrain qui avaient frappé la vallée de la Roya il y a quelques années. En fait pas du tout ! Et le sujet de cet album – les migrants traversant la frontière italo-française, et les réactions que cela entraîne, se révèle un beau sujet, qui plus est traité de belle façon. Troubs et Baudoin ont presque traité le sujet comme un carnet de voyage. Mais un voyage presque immobile, comme si le voyageur restait posté sur un piton et regardait passer devant lui paysages et personnages (migrants, membres d’associations les aidant) en leur demandant à chaque « passage » de se présenter, ou de se laisser portraiturer. Certes il y a de l’indignation – comment pourrait-il en être autrement devant tant de misère (et tant de mauvaise foi de la part de ceux qui ne comprennent pas les enjeux humains et éthiques mis en lumière par ces migrants et ce qu’ils ont vécu ou vivent) ? Mais c’est aussi sur un autre registre que ce développe le récit. A savoir une foi non pas en l’humanité, mais en des femmes et des hommes simples, qui s’engagent pour ne pas sombrer. En cela la préface de J.M.G. Le Clezio est un bon rappel, qui résonne d’autant plus fort que j’écris cet avis au moment où l’extrême droite faisant des immigrés – africains et musulmans de préférence ! – ses boucs émissaires pour arriver au pouvoir. Là aussi, les phrases comme « La France ne peut accueillir toute la misère du monde » ne peuvent se comprendre – à défaut de se justifier – que si l’on n’accentue pas cette misère dans leur pays d’origine avec la mondialisation ultralibérale. Mais je m’égare. Car cet album se situe à hauteur d’hommes et de femmes que le dessin charbonneux de Baudoin met en valeur (je le préfère à celui de Troubs, même si les deux sont très intéressants et raccords ici avec le sujet). Une lecture qui, paradoxalement, peut donner le moral, et permettre de combattre la morosité ambiante.
Moi, assassin
Ouh, c'est très bon ça ! J'avais lu les avis de Cacal qui me donnaient vraiment envie et j'ai trouvé les trois volumes du duo à la médiathèque, que je me suis empressé de ramener chez moi. Et franchement, c'est une lecture que je recommande franchement ! Alors que je m'attendais à une lecture d'un tueur en série type Le Tueur, je me retrouve rapidement dans une histoire bien différente, au trait sombre qui colle au récit comme une angoisse et un propos philosophique sur le sens de l'art. Déroutant, pour le moins. Le personnage central tue des gens, de façon artistique selon lui, et propose pour cela une vision de l'art et de la souffrance humaine. Mais surtout, il est spécialiste de l'art et de la question de la douleur, la souffrance et la cruauté. Cynique, le type ? Un peu, mais surtout convaincu de sa vision du monde. Et c'est ce qui va se passer dans le récit : toute sa vie va basculer. Le tout entrecoupé par quelques scènes de ses meurtres et de la création artistique qui s'en dégage. C'est assez bien trouvé pour la plupart, avec une frontière floue entre l'acte artistique et le délire macabre. Mais si la BD m'a étonnée, c'est par son développement du personnage principal qui est finalement un type plutôt sympathique à suivre. Je vois ses meurtres comme le reste de son travail : méticuleux, obsessionnel et surtout froid. Sauf que la fin lui donne presque explicitement tort en montrant qu'une vision radicalement opposée à la sienne fini par triompher sur tout les aspects de sa vie. Malin, de la part de l'auteur ! Cependant, cette victoire du positif ne change finalement rien au personnage, qui reste dans ce qu'il a toujours été. Il y a pas mal de lectures possibles dans la BD. Outre la question de l'art, il y a celle de l'acte artistique (avec l'opposition entre lui et les performeurs, quand bien même leur actes semblent se rejoindre), mais aussi la question de l'équilibre dans la vie, l'université et les rapports de force à l'intérieur de celle-ci, la question indépendantiste catalane qui vient se greffer ... Les auteurs ne cloisonnent pas les sujets et les font s'entre-connecter, comme cela arrive tout le temps dans la vraie vie, montrant que nous nous construisons dans un ensemble complexe de relations et de connaissances. Je pense que la BD mérite largement une relecture, ne serait-ce que pour tout les débats entre personnages, mais il y a aussi un aspect noir et dérangeant que le dessin souligne à merveille. Les petites taches rouges qui parsèment les pages soulignent le caractère violent du contenu mais sans jamais verser dans un aspect graphique trop soigné. C'est du polar, hard boiled même, qui laisse songeur une fois fini. Surprenant, noir et réfléchi, cette BD a indéniablement un caractère unique.
Madame Livingstone
Décidément, je tombe sur quelques belles surprises en fouillant les bacs de la bibliothèque ! Cette BD m'était inconnue et je ne l'avais pas vu passer sur le site où elle est pourtant bien notée, c'est donc une chance que je la découvre de cette façon. Et je pense que la BD doit être prise sans trop d'apriori, puisque si je me suis retrouvé très satisfait de ma lecture, ça reste une BD simple qui fait très bien ce qu'elle doit faire. C'est une histoire de la Belgique dans la Première Guerre Mondiale et des combats menés en Afrique, dans le Congo Belge. On va suivre un aviateur qui se retrouve avec Madame Livingstone, un noir étrange mais cultivé avec lequel il va progressivement se lier d'amitié. Si le récit n'a rien de follement original, entre la guerre qui déchire des peuples ne se connaissant pas et l'amitié entre deux personnes que la société n'aime pas voir se lier, c'est des trames classiques qui nous sont proposées. Mais comme j'ai dit plus haut, c'est du classique très bien fait. Livingstone est un personnage intriguant et amusant, son comparse Gaston est touchant dans sa découverte de l'avis d'un colonisé, et l'alchimie entre eux deux marche à merveille. Il y a aussi toute la partie sur les interrogations que Gaston va progressivement avoir sur son pays, sur ses actes et surtout sur la question du racisme et du colonialisme. Ce n'est jamais incroyablement fin ou étonnant, mais ça sonne franchement juste. Le dessin est en adéquation parfaite avec le propos, transportant facilement dans l'Afrique du début des années 1900 et surtout fait la part belle à des parures et coiffures africaines lors de quelques scènes qui rehaussent la beauté de celles-ci face à des coloniaux qui semblent parfois bien terne. Une BD qui ne m'a pas surpris par son sujet mais l'exploite très bien, ajoutant quelques détails parfois intéressant, l'ensemble étant fluide à la lecture et laissant une bonne impression globale. C'est du très bon !
Batman - Wayne Family Adventures
3.5 Une série qui me plait bien pour le moment. On a donc droit à des aventures qui mets surtout en avant les relations de la 'famille' de Batman et le ton est léger et amusant, ce qui manque trop souvent aux comics de super-héros modernes. Évidemment, tout n'est pas marrant, mais la plupart du temps l'humour fonctionne bien et j'ai eu bien du plaisir durant ma lecture. Cela dit, comme l'indique Ro, cela s'adresse avant tout aux connaisseurs de l'univers de Batman. Je crains que quelqu'un qui ne connait Batman surtout de nom ou via les films risque d'être perdu de voir qu'il n'y pas qu'un Robin ou une Batgirl et aussi que Batman a un fils. Le dessin est bon. Certes il y a trois des Robin qui se ressemblent, mais ça c'est un problème pour tous les comics de Batman où le seul Robin qu'on peut facile distinguer des autres est Damien à cause de sa petite taille. Ça serait bien que DC règle se problème parce que le fait que les trois fils adoptifs de Batman se ressemblent comme s'ils étaient frères de sangs c'est un peu ridicule.
A Fake Story (d'après le roman de Douglas Burroughs)
Je ne connais pas du tout Douglas Burroughs, même si j'ai longtemps cru que c'était William Burroughs qui avait écrit ce livre. Rien à voir donc, et d'ailleurs ceci m'a emmené à découvrir un petit détail intéressant qui va dans le sens de la BD ... Et le sens de la BD est parfait : comment démêler le vrai du faux dans des médias toujours plus rapides à informer qu'à vérifier l'information ? La réponse de cette histoire ne plaira sans doute pas... Douglas Burroughs explore comme un détective amateur les mystères d'un double meurtre dans une famille, suite à la panique provoquée par Orson Welles et sa fameuse adaptation radiophonique de La Guerre des Mondes. Très vite, j'ai eu la puce à l'oreille quant à la tournure du récit, puisque je connais bien l'histoire de cette fameuse adaptation et surtout la rumeur qui a enflé autour et fini par supplanter les vrais évènements. Mais le récit porte pas mal de réflexions en son sein et je dois avouer que l'ensemble est une sacrée réussite. Menée d'une main de maitre, l'histoire tourne autour de la vérité jusqu'à la faire éclater, si l'on peut dire. Une vérité bien sale et pas jojo, le genre qui fait tâche dans une jolie petite ville américaine. Le récit est une longue enquête donc, qui va dévoiler bien des sujets, notamment le racisme ou la guerre des médias. Le récit tourne d'ailleurs la fin habilement pour mettre en exergue cet avis, plus modéré et retenu, qui permet de comprendre pleinement la critique qui est faite ici. Et cette critique est tout à fait pertinente, à l'heure des fakes news et des bots utilisant toute leur énergie dans des ingérences électorales. La question de la vérité, la seule, mais aussi de comment la chercher ou ce qu'elle masque est de plus en plus important, j'aime donc beaucoup cette utilisation d'une contre-vérité comme point de départ d'un sac de nœud à démêler. L'auteur s'est d'ailleurs fendu d'un coup de crayon pas dégeu qui fait ressortir l'atmosphère des années 30 d'une belle façon, appuyant le propos dans des cases marquantes et plusieurs passages qui ressortent du lot, notamment lors des reconstitutions de scènes. Le genre de BD sur laquelle il vaut mieux ne rien savoir avant d'entamer la lecture, pour se laisser surprendre par celle-ci et surtout réfléchir ensuite à son propos. Pertinent, efficace en tant que polar et surprenant jusque dans l'après lecture, cette BD est un petit régal !
Carcajou
C'est marrant : j'ai lu cet album juste après avoir relu des histoires de la Jeunesse de Picsou au Klondike et j'ai eu l'impression de m'y retrouver à nouveau. En effet, le fameux Carcajou, vieil aigri vivant seul dans sa concession minière dans le Grand Nord canadien, a beaucoup du personnage de Balthazar Picsou de ces récits, détesté et craint par la fruste population de la petite ville voisine, et cachant ses mystères comme un avare misanthrope. Cette BD m'a agréablement replongé dans cette ambiance de pionniers du Grand Nord, vivant de grands espaces et de petites relations humaines. On s'attarde en particulier sur le riche arnaqueur du coin, l'équivalent du Soapy Slick des aventures de Picsou. C'est en effet par ses yeux, et non pas par ceux du chercheur d'or, que l'on va suivre l'aventure. Cela m'a offert un contrepoint intéressant pour un récit qui du coup gagnait en originalité. D'autant plus que ce personnage se révèle plus profond qu'envisagé, avec un passif et une relation particulière avec son grande frère et avec une femme de la ville. Tout cela donne du piquant et de l'intérêt à l'histoire. L'album se scinde en outre en deux chapitres qui auraient pu être 2 tomes séparés, avec une rupture nette entre les deux. De fait, on a 2 types d'histoires différentes entre les deux. L'une très ambiance pionnière, rivalité et affrontements entre l'arnaqueur et le vieil aigri. Et l'autre qui tourne un peu plus au polar, avec le mystère d'un possible fantôme vengeur et meurtrier. C'est rythmé, prenant, agréablement dessiné, les personnages sont bons et l'intrigue ne se laisse pas deviner. Vraiment pas mal comme lecture.
Hitomi
Un bon moment de lecture, même si tout n'est pas parfait. Je découvre les deux auteurs avec ce comics. Yasuke est un samouraï à la peau noire. Les archives sur ce personnage historique sont rares, on sait qu'il arrive esclave en 1579 à kyoto, puis qu'il entre au service du daimyo Oda Nobunaga en 1581 en tant que samouraï et conseiller. On perd sa trace après la défaite de son maître en 1582 contre l'armée d'Akechi Mitsuhide. H.S. Tak propose d'imaginer sa vie à partir de cet instant. Et c'est là qu'entre en scène la jeune Hitomi, elle ne rêve que de vengeance après avoir assisté aux meurtres de ses parents. Le coupable ? Un samouraï à la peau noire. Nous sommes en 1590, Hitomi va retrouver un Yasuke devenu rônin et à ma grande surprise, elle lui demande son enseignement pour devenir samouraï. Je n'ai pas toujours compris le comportement d'Hitomi, mais cela n'enlève en rien l'attachement que je lui porte, elle est fougueuse, indomptable et elle sait ce qu'elle veut, tuer le meurtrier de ses parents. Yasuke n'est plus que l'ombre du samouraï qu'il était, il a vieilli et doucement il va s'enticher de cette gamine et une relation singulière va s'instaurer. Une narration qui manque de fluidité mais j'ai pris grand plaisir à suivre le parcours de ce vieux rônin qui va guider Hitomi dans sa quête initiatique et de vengeance jusqu'au dénouement final. Du classique mais avec une pointe de poésie épique dans un Japon féodal très bien retranscrit où l'honneur et la violence ne sont jamais loin l'un de l'autre. Une fin que je n'avais pas vu venir. Isabella Mazzanti est une dessinatrice italienne (avec des origines polonaises), elle a vécu en Chine où elle a suivi un cours sur l'art traditionnel et cela se ressent dans sa proposition graphique. Un rendu qui fait penser aux estampes japonaises avec son trait légèrement charbonneux, soigné et plein de vie. De superbes planches à la mise en page digne d'une chorégraphie de danse kabuki. Les couleurs sont magnifiques. Somptueux. Une artiste à surveiller. Je ne peux pas mettre moins que 4 étoiles.
Infidel
Altérité culturelle - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Il comprend les cinq épisodes de la minisérie, initialement parus en 2018, écrits par Pornsak Pichetshote, dessinés et encrés par Aaron Campbell, avec une mise en couleurs réalisée par José Villarrubia. Aisha Hasan est en train de dormir seule dans son lit et elle fait un cauchemar, se souvenant de l'odeur de viande en train de pourrir. Elle se réveille d'un coup en sueur. Dans la journée, elle papote avec sa fille Kris, dans la cuisine, pendant que Leslie (la mère de Tom, la grand-mère de Kris) prépare un gâteau ayant la forme du monstre dans le puits dans la Guerre des Étoiles. Aisha vit en concubinage avec Tom (le père de Kris), chez la mère de Tom pour la rassurer après qu'une bombe artisanale ait explosé à l'étage inférieur, l'œuvre d'un habitant de l'immeuble, musulman supposé terroriste. Tom arrive alors que Leslie est en train de proposer à Aisha d'apprendre à préparer un jambon en croûte. Il tance vertement sa mère en rappelant que le jambon n'est pas hallal et sort en claquant la porte. Aisha le rattrape sur le trottoir et lui demande pour quelle raison il s'est emporté. Il la met en garde car sa mère est une grande manipulatrice. Un peu plus tard, elle papote avec sa meilleure amie Medina Jackson, et évoque la fois où Leslie s'est emportée parce que Kris jouait avec un des hijabs d'Aisha. Medina lui rappelle comment sa mère (celle d'Aisha) s'était emporté contre Aisha quand cette dernière avait décidé de ne plus porter le voile. Aisha Hasan rentre chez sa belle-mère, et monte l'escalier. Elle croise monsieur Fields, un voisin du dessous, qui rentre chez lui précipitamment en claquant sa porte, pour ne pas avoir à lui parler. Aisha estime qu'il agit ainsi par racisme ordinaire, une méfiance de blanc âgé à l'encontre d'une arabe. Elle passe par l'étage qui a été détruit par le feu et dont le palier reste plongé dans le noir. Elle croit voir un visage spectral et des plumes dans la pénombre. Elle sursaute effrayée en se rendant compte que quelqu'un se tient à ses côtés : il s'agit de Tom son concubin. Ils discutent à nouveau de Leslie, la mère de Tom, de son islamophobie présumée, de savoir si c'est une bonne idée de rester habiter chez elle dans ces conditions. La nuit, Aisha se réveille à nouveau en sursaut et fait le tour de l'appartement. Elle a l'impression d'entrevoir un spectre menaçant se dirigeant vers la cuisine. Sur place, elle le distingue clairement et elle se saisit d'un couteau pour le poignarder. Elle se rend compte d'un coup que c'est Leslie qui se tient devant elle. Elle lâche le couteau et se jette dans ses bras pour y retrouver du réconfort. Après l'accolade, Leslie ramasse le couteau et le tient devant elle. le lendemain, Aisha laisse Kris à Leslie, et se rend chez Medina et son colocataire Ethan (un asiatique) pour papoter avec des copains, autour d'une bière. Dans la postface, Jeff Lemire explicite son point de vue sur les récits d'horreur en bande dessinée : c'est beaucoup plus difficile à réussir qu'en film car les auteurs ne disposent pas du facteur de surprise dans la mesure où le lecteur est maître de sa vitesse de lecture. En outre, une bande dessinée ne dispose pas de bande originale qui vienne amplifier les effets narratifs. Il n'en est que plus impressionnée par la réussite de Pichetshote & Campbell. La couverture annonce effectivement la couleur : cette main de monstre en haut à droite qui vient pour agripper une femme musulmane portant le hidjab. La scène d'introduction indique qu'il s'agit d'un cas de spectre hantant une femme, et la suite montre que cette entité surnaturelle hante l'immeuble d'habitation tout entier. le lecteur comprend donc qu'il s'agit d'une variation sur la maison hantée. Il sait par avance qu'il y a un monstre qui n'attend que de s'en prendre aux habitants, que sa présence est liée à un acte horrible, vraisemblablement l'attentat raté du quatrième étage. Il sait que l'intrigue va suivre un schéma très cadré : l'horreur surnaturelle s'en prend aux habitants et les fait souffrir ou les tue dans d'horribles souffrances. Un ou deux individus comprennent ce dont il s'agit et combattent la créature en payant le prix cher, avec une fin où soit ils triomphent, soit tout le monde meurt, ou encore un compromis entre les deux. Il n'est pas facile d'innover dans le genre et le lecteur ne s'attend pas à de grosses surprises. La deuxième composante de la couverture est moins convenue : les auteurs font la promesse que l'un des personnages principaux est une musulmane. En 2018, c'est encore assez inusuel dans les comics américains, avec une exception notoire Kamala Khan (Ms. Marvel, écrite par G. Willow Wilson). le prologue n'en dit pas plus, mais passé la page de titre, le lecteur constate que l'auteur ne fait pas semblant. Aisha Hasan est pratiquante, ne serait-ce que par la prière, ce qui crée une gêne avec sa belle-mère qui montre une défiance ordinaire pour tout ce qui est arabe, même de loin. Dans les 10 premières pages, il est question du hijab, de l'interdit de consommer du porc, du voile, de l'intégrisme. Pour autant, il ne s'agit ni d'opportunisme, ni de leçon de morale. Pichetshote met en scène une distribution de personnages reflétant la diversité, sans artifice. Tom (un blanc) vit en couple avec une musulmane pratiquante. Cette dernière a une copine d'origine arabe qui n'est pas pratiquante. le colocataire de Medina est d'origine asiatique. Les interactions entre les personnages sont rafraîchissantes par leur honnêteté. Il n'y a pas de racisme a priori d'une communauté contre une autre. Il n'y a pas d'entente fraternelle évidente entre les représentants des différentes communautés. Certains restent défiants. D'autres s'interrogent sur les stéréotypes de leurs propres représentations mentales. D'autres se montrent prévenants, mais finissent par ne plus savoir s'ils agissent sur la base de clichés, sur la base de réelles différences culturelles, ou au contraire si certains comportements sont communs aux êtres humains de toutes les origines. le scénariste ne se lance pas dans une leçon de politiquement correct, ou dans une réflexion intellectuelle sur le brassage ethnique et culturel. Il montre avec naturel les interrogations de tous les jours. Le scénariste montre aussi la peur ordinaire, celle qui nourrit le monstre, ou tout du moins les manifestations de haine ordinaire. À certains moments, le lecteur éprouve la sensation que la créature surnaturelle n'est qu'une incarnation très littérale de cette méfiance inquiète qui génère l'agressivité en défense. À d'autres moments, la créature surnaturelle est indépendante de cette dimension sociale, et l'intrigue occupe le devant de la scène. le lecteur prend conscience qu'il découvre un récit de genre, utilisant les conventions de l'horreur pour faire ressortir des réalités sociales, le récit de genre comme révélateur. Cette approche fonctionne d'autant mieux qu'Aaron Campbell reste dans un registre descriptif et réaliste, laissant donc les dialogues apporter une dimension métaphorique. Il dessine les personnages comme de vrais êtres humains, sans exagération de leur anatomie ou de leurs capacités physiques, avec des tenues vestimentaires ordinaires et pratiques, cohérentes avec le statut social et l'âge de chacun des personnages. le lecteur éprouve presque l'impression de croiser ses voisins ou des membres de sa famille. La direction d'acteur est de type naturaliste ce qui fait beaucoup pour l'immersion du lecteur. Dans un premier temps, le scénariste montre des scènes ordinaires, le spectre n'apparaissant que dans les cauchemars d'Aisha. du coup, le lecteur ne sait pas trop s'il doit pendre ces manifestations au premier degré ou pas. Il regarde donc les personnages en train de discuter, et il scrute leur visage pour y déceler une expression donnant une indication sur leur état d'esprit. Les représentations de Campbell permettent de se livrer à ce jeu d'observation avec des réactions naturelles et normales. Par exemple, le lecteur retient son souffle pour savoir ce que va faire Leslie après avoir ramassé le couteau lâché par Aisha, guettant un signe révélateur. L'artiste porte également la responsabilité de donner corps à l'immeuble où habite Leslie, ainsi qu'à la rue où il est sis, aux autres appartements, à une chambre d'hôpital, etc. Là encore il réalise des dessins descriptifs et réalistes, avec un degré de détails satisfaisants, avec des accessoires conformes à la réalité, sans exagérer dans le luxe ou la pauvreté. Il prend soin de donner des dimensions plausibles aux pièces et de s'assurer de la cohérence de l'agencement d'un escalier ou d'un palier d'une séquence à l'autre. Campbell doit également représenter la créature surnaturelle de manière à ce qu'elle s'intègre dans l'environnement de l'immeuble et qu'elle puisse coexister sur le même plan que les êtres humains normaux. Dans la première moitié du récit, il peut jouer sur le fait qu'on ne la voit pas complètement, pas distinctement. Il arrive ainsi à conserver la part de mystère nécessaire pour qu'elle reste plausible, entre manifestation incarnée et fantasme de l'esprit. Dans la deuxième moitié, il se heurte à la représentation frontale de la créature, devenant un monstre de plus, malgré des effets de chair sophistiqués, rappelant parfois les récits d'horreur de John Bolton. Les auteurs ont choisi d'amener leur récit vers une confrontation finale très physique qui dénote un peu par rapport à la dimension métaphorique présente dans les quatre cinquièmes précédant. S'il a lu la quatrième de couverture, le lecteur a des attentes assez élevées concernant le récit. Il plonge dans des pages plutôt sombres rendant bien compte de l'angoisse sourde qui habite les personnages. Il prend plaisir à la description des personnages et à leurs interactions, grâce à un scénariste qui sait mettre en scène la diversité culturelle de manière naturelle, dans toute sa complexité, en faisant ressortir les enjeux et les difficultés à surmonter, sans les caricaturer ou les exagérer. De ce point de vue, ce récit est une grande réussite, sortant de l'ordinaire des comics américains. Les auteurs déroulent également une véritable intrigue respectant les codes du genre horreur. Durant la majeure partie du récit, les deux approches horreur + culturel s'entremêlent et s'enrichissent de manière organique. La conclusion du récit n'arrive pas à rester à ce même niveau littéraire.
Golden West
Je ne suis pas un grand spécialiste du genre Western mais j'ai beaucoup apprécié la lecture l'histoire de cet apache atypique et souvent solitaire. Christian Rossi choisit avec bonheur de nous faire suivre le récit des actions de résistances de Géronimo via le parcours de Woan un apache exclu jeune de son clan pour avoir rompu l'harmonie naturelle qui régit la vie de sa tribu. Le fil conducteur du parcours de Woan sert à Christian Rossi pour aborder le mode de vie des apaches en relation avec les éléments naturels ou historiques. Le récit se partage donc avec justesse entre ethnologie et histoire. La série montre le sérieux des recherches et des références de l'auteur et le côté fictionnel s'insère avec une forte crédibilité à la trame historique. La narration délivre une empathie certaine pour les indiens mais évite de tomber dans un manichéisme facile. Ainsi un final inattendu essaye de clore le chapitre de la violence pour rebondir vers une hypothétique place des natifs dans une société plus juste. Le graphisme soutient parfaitement le rythme du récit. Les scènes contemplatives dans la montagne ou la sierra alternent avec bonheur aux scènes plus dynamiques. Rossi a apporté un soin particulier à la gestuelle des combats sans en faire trop. Les paysages sont grandioses avec l'aide d'une mise en couleur où les jaunes et ocres dominent souvent pour donner une belle luminosité aux images. Une très belle lecture qui devrait plaire au delà du cercle des amateurs de western.