Découverte lors de son premier tome, je me suis pris une belle bouffée de nostalgie en relisant cette trilogie.
Honnêtement ça a un peu vieilli mais pour rien au monde je ne m’en séparerai. Cette série fait partie intégrante de mon parcours de bedeiste.
Alors c’est clair qu’il y a mieux aujourd’hui et sans doute même à l’époque, mais je reste très attaché à notre héros Pop.
Pourtant tout est loin d’être parfait, le trait de Laurent Cagniat fait souvent preuve d’inconsistance dans les visages mais il y a une telle énergie dans ses planches qu’on pardonne facilement ce détail. En plus au fil des parutions son style évoluera de façon positive.
A noter un changement de coloriste pour le tome 3 qui n’est pas trop préjudiciable au plaisir de lecture, même si je garde une préférence pour le travail de Claude Guth.
Pour l’histoire, on trouve un certain Luc Brunschwig (quasi un inconnu à l’époque) qui nous embarque dans une trilogie médiévale fantastique rondement menée, autour de 2 statuettes aux noms bien trouvés : la clémence et la tourmente. Le récit ne se laisse pas deviner et je n’y ai pas trouvé de scènes superflues. On voit déjà la patte du scénariste au niveau construction.
Une œuvre d’un belle densité, l’idée d’une armée d’enfants me gène toujours un peu mais j’aime l’évolution des personnages et surtout le fin mot de l’aventure.
Sans l’effet nostalgique, je pense que j’aurai mis un bon 3* mais avec, je ne peux mettre en dessous de 4*. Une série que j’ai et qui m’a accompagné.
L’idée est amusante – et globalement bien utilisée : faire un parallèle entre le récit biblique autour de David, et la vie sanglante de mafieux new-yorkais.
Le dessin de Singelin est taillé au couteau, un peu façon Bézian. En moins lisible toutefois, un certain nombre de planches m’ont paru difficile à déchiffrer – même s’il choisit volontairement de laisser du sombre et du flou pour accompagner le scénario. En tout cas ce trait extrêmement dynamique pour ce qui est semble-t-il son premier album fait immanquablement penser à ce qu’on retrouvera plus tard dans le label 619 d’Ankama, qu’intègrera Singelin en améliorant nettement son dessin, et en le rendant plus lisible.
L’histoire utilise habilement la Bible donc, mais hélas en abuse, et se perd souvent dans l’accumulation de noms/références, alors même que des longueurs ralentissent le rythme de l’histoire (qui est l’atout majeur). Autre petit bémol, les « querelles mafieuses » semblent se dérouler hors-sol, tant l’on ne voit jamais apparaitre police et justice dans ce qui ressemble quand même à des bains de sang (accentués par dessin et colorisation).
Il faut donc accepter un scénario pas vraiment réaliste, et une avalanche de références à la Bible pour apprécier cet album. Mais l’intrigue survitaminée empêche que l’on s’ennuie, et la lecture s’est révélée plutôt agréable.
Note réelle 3,5/5.
J'ai toujours apprécié les aventures de Lucky Luke, ce cow-boy solitaire qui tire plus vite que son ombre. Les scénarios, bien que parfois répétitifs, sont toujours divertissants. J'aime particulièrement les personnages secondaires comme Rantanplan et les Dalton.
Le style de Morris est devenu emblématique. Ses dessins, bien que simples, sont efficaces et contribuent à l'humour de la série.
Lucky Luke incarne la justice et la défense des plus faibles. Son côté chevaleresque peut sembler un peu trop parfait, mais c'est ce qui fait son charme.
Lucky Luke reste une valeur sûre de la bande dessinée franco-belge, à lire pour le plaisir et la nostalgie.
Les cousins Bone, avec leurs personnalités distinctes, m'ont rapidement séduit. Fone Bone est l'aventurier rêveur, Smiley le gentil benêt et Phoney le roublard. Leurs interactions sont drôles et touchantes.
L'univers de "Bone" combine habilement humour, action et éléments fantastiques. On y trouve des créatures farfelues, des quêtes épiques et des mystères à résoudre.
Le style simple mais efficace du dessinateur permet de faire passer beaucoup d'émotions. Les expressions des personnages sont très bien rendues.
Au fil des tomes, l'histoire passe d'une farce enfantine à une épopée plus sombre. J'ai apprécié cette transition et l'approfondissement des personnages.
Bone est une BD divertissante et bien construite que je recommande chaudement !
L'histoire m'a profondément touché. Elle raconte le récit de Vladek Spiegelman, un survivant juif des camps de concentration nazis, et la relation complexe entre lui et son fils, l'auteur Art Spiegelman. Le choix de représenter les personnages par des animaux (souris pour les Juifs, chats pour les Allemands) ajoute une dimension symbolique forte. Malgré un dessin minimaliste, l'émotion transparaît à chaque page. Une lecture essentielle pour comprendre l'Histoire et la relation entre générations.
Elles sont vivantes.
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D'un point de vue thématique, ce récit fait suite à Le Démon de midi (1996). Cette bande dessinée est en couleurs, entièrement réalisée par Florence Cestac, et publiée pour la première fois en 2005. Elle a été rééditée avec la précédente et le Démon du soir ou la Ménopause héroïque (2013) dans Les Démons de l'existence.
Noémie et ses deux copines France et Monique ont réussi à s'organiser un week-end au bord de la mer, dans la maison de la première. Pas de chance : il pleut. Elles en profitent pour papoter. Monique est en jogging et elle se plaint que les deux adolescents de Noémie, Sébastien et Laura soient présents, ce qui diminue d'autant la qualité d'entre copines. Leur mère répond qu'il est midi et qu'ils ne sont pas encore levés. Et puis leur père Georges est parti en séjour amoureux avec sa fée, donc dans l'impossibilité de les garder. En réponse à France, elle indique qu'ils sont partis à Venise, un vrai cliché. Elle et Robert n'auraient jamais effectué un séjour à Venise sur une gondole : comble de la ringardise ! Et puis, elle ajoute au profit de France qu'elle n'a pas à l'énerver avec ses ados : elle est venue avec ses deux chiens et son chat. Sa copine répond qu'elle n'entretient plus le moindre espoir d'avoir un homme pour se le garder. Elle en a fini avec les relations amoureuses et elle s'en trouve très contente. Des hommes et de belles histoires d'amour, elle en a eu cent fois plus qu'elles deux. Et puis dépassé les cinquante ans, elle arrête de rêver.
France s'oppose à cette façon d'envisager la cinquantaine. Elle se bat comme une lionne pour faire durer son couple ; le sauver, corrige Monique. Un lien très fort unit encore France et son mari Robert, et ils font encore l'amour avec assiduité. Monique éprouve des difficultés à la croire : Robert est quand même très canapé-télé, très toujours parti pour repas le soir, très foot, potes, bistro et troisième mi-temps, bref très comme ça l'arrange. Elle demande à sa copine s'il a toujours son assistante la toute jolie Amélie. France ne se laisse pas faire. Elle sait qu'ils ont eu une liaison, mais elle sent que c'est fini, car il travaille autour, et ils en ont beaucoup discuté. Ils ont fait une thérapie de couple, une thérapie analytique. Qi-gong, reiki, shiatsu sympathicothérapie, magnétothérapie, hypnose… Une thérapie de couple en Auvergne et un accompagnement de soi dans les Pyrénées. Elle a réussi à ne plus être la belle-mère de Blanche Neige. C'est génial, non ? Et surtout ils restent ensemble pour notre fille. Monique réagit : Élisa a vingt-cinq ans ! France continue : justement ils doivent préserver l'image du couple-procréation. Noémie intervient : elle propose d'ouvrir une petite bouteille de blanc, accompagné par bulots-mayo, tourteaux-mayo, crevettes-mayo, et des huîtres. France s'occupe de préparer la salade. Elle a encore un kilo à perdre. Monique ressent des bouffées de chaleur. France n'y croit pas : elle n'a pas de traitement hormonal de substitution ? Non, Monique laisse faire la nature : plus de ragnagnas, non débarras. Et puis elle n'a pas envie de choper le crabe avec son THS-chose.
Après la crise de la quarantaine dans le Démon de midi, voici la ménopause, et l'évolution de la relation de couple. L'autrice évoque donc les changements physiologiques, à commencer par les bouffées de chaleur (le temps d'une case), la possibilité d'un traitement hormonal de substitution, et bien sûr la fin des règles, avec une liste assez savoureuse de termes imagés. Les ragnagnas, les ours. Les Anglais ont débarqué. Menstrues, périodes. Et certainement la plus élégante : être à cheval sur le torchon (d'ailleurs Monique se fait reprendre par ses deux copines quand elle l'énonce). Cestac évoque ensuite les premières règles, l'avortement clandestin dans les années 1970, la majorité à vingt-et-un ans, la mise sur le marché de la pilule contraceptive, la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse, les souvenirs de comment aguicher un mâle, la chirurgie esthétique, être la plus ancienne au boulot, les enfants qui entament leur propre vie sexuelle et amoureuse. Il y a à la fois un mélange de situation physiologique présente, et de regard en arrière sur le déroulement de la vie. L'autrice dépeint trois femmes de la même tranche d'âge, mais avec une situation différente : Noémie femme divorcée, France toujours mariée mais avec un homme peu impliqué dans le couple, et Monique qui a été une grande séductrice et qui est passée à autre chose.
Les cases montrent des personnages à gros nez, avec des visages dont les blancs d’œil peuvent se toucher pour ne former qu'une seule surface, ou au contraire être réduit à de simples traits. La bouche peut être dessinée en fer à cheval d'un côté ou de l'autre du nez, ou au contraire être complètement masquée par lui. Les mains ne comprennent que quatre doigts. Les corps présentent une très légère exagération élastique. Les postures et les expressions de visage peuvent être caricaturales, ou en tout cas très appuyées comme dans une pantomime pour une expressivité des émotions maximale. L'empathie fonctionne ainsi à plein, sans pour autant tomber dans le vulgaire ou le cynisme artificiel. le lecteur ressent bien l'agacement de France et Noémie vis-à-vis de Monique dont le pragmatisme s'avère un véritable tue l'amour, ou en tout cas totalement incompatible avec toute forme de romantisme, tout en ressentant également l'amitié inconditionnelle sous-jacente. Lorsqu'une case dépeint Noémie jeune adolescente avec des gouttes de sang glissant le long de ses jambes, le lecteur y voit à la fois la panique de la demoiselle qui ne sait ce que sont des règles, à la fois un regard amusé avec le recul des années. Il est également impossible de résister au portrait des quelques mâles qui apparaissent. le très pépère Robert, avec ses demi-lunes, sa posture avachie, son pull sans manche très confortable. Chris, l'ancien copain de Sandra (l'une des filles de Noémie) est irrésistible : un Clint Eastwood du pauvre, en plus chiffonné, surtout en beaucoup plus petit, avec la mine renfrognée. Georges, le mari séparé de Noémie, s'avère tout aussi touchant dans ses contradictions pitoyables : en costume cravate, en train d'appeler son ex pour lui dire qu'il vient de se faire larguer, d'abord tout triste sur ce pont de Venise, avec des touristes autour de lui, puis colérique alors qu'il parle de ses enfants. le lecteur sent monter le mépris vis-à-vis de lui, mais sans pouvoir se départir d'une profonde sympathie pour cet homme aux défauts très humains, à la frustration normale. Elle réussit également très bien Sébastien, l'adolescent qui se lève à quatorze heures pour s'enfiler des tartines de pâte à la noisette.
Rapidement, la présence et l'épaisseur des personnages étant tellement tangibles, le lecteur éprouve l'impression de lire une suite de discussion. Effectivement, l'artiste insuffle une vie et une personnalité incroyable à chacune et à chacun. Pour autant, il ne s'agit pas d'une suite de scènes de théâtre où les personnages ne se tiendraient juste devant un décor en toile de fond. S'il prend un peu de recul, le lecteur constate que les décors sont bien présents et représentés : le salon de la villa au bord de la mer, le bistrot, la cuisine, le wagon de voyageurs pour se rendre à Londres, un bureau, une gondole dans un canal de Venise, le bord de mer, la chambre d'une adolescente, etc. Il suffit d'une case à l'artiste pour créer une ambiance et un personnage. Par exemple, les différents individus auxquels recourir pour un avortement clandestin : madame Michu faiseuse d'anges, le docteur Machin rayé de l'ordre des médecins, monsieur Guiliguili grand marabout : autant de personnages bien croqués sur la base de stéréotypes agrémentés d'une touche d'humour. Sans oublier la séquence au cours de laquelle France a l'impression de se faire draguer par un jeune homme au bureau, ou l'apparition juste en culotte de Laura à son lever devant les trois copines. Effectivement ce qui ajoute encore à la sympathie pour elles, réside dans le fait qu'elles ne sont pas tournées vers le passé à ressasser leur jeunesse perdue.
Pour un lecteur des années 2020, Florence Cestac semble enfoncer pas mal de portes ouvertes et parler de choses qui ne sont plus tabou depuis bien longtemps. En outre, elle ne dit pas grand-chose de la situation sociale et économique de ces dames, mais elles ont à l'air à l'aise, sans grand souci professionnel. D'un autre côté, ce n'est pas une évocation passéiste. Il est également question de leurs enfants, adolescents ou jeunes adultes, ce qui fournit un point de comparaison avec ce qu'elles ont vécu. le lecteur mesure toute la portée de l'IVG ou de la pilule. le propos n'est pas si convenu que ça non plus. Pour commencer, l'autrice ne porte pas de jugement sur Noémie, Monique ou France, chacune dans un parcours de vie sentimental et amoureux différent, ni même finalement sur leurs hommes, malgré leurs lâchetés ordinaires, ou plutôt leur simple faillibilité. Ensuite, ces dames sont elles aussi très humaines, se trouvant à des degrés différents d'acceptation de leur âge, gérant plus ou moins bien leurs difficultés relationnelles avec la famille. Ce dernier point donne lieu à deux séquences très touchantes : Noémie devenant de plus en plus déprimée au fur et à mesure d'une conversation téléphonique avec sa mère, Monique expliquant que ses liens avec sa propre famille se sont distendus au point d'en devenir inexistants. En planche 18, l'autrice donne une vision sans fard du désir sexuel, dépendant de la disparité phallique, exposant le fait que l'envie du phallus est inhérente à la vie de la femme, une affirmation pas forcément consensuelle ou politiquement correcte.
Trois femmes qui évoquent leur ménopause et leur vie amoureuse pendant une quarantaine de pages : pas forcément palpitant. Florence Cestac leur confère une telle présence et une telle vitalité, que le lecteur a tôt fait d'éprouver une grande sympathie pour elles, et de se sentir privilégié de pouvoir être inclus dans leurs échanges. Peut-être que les discussions sont moins novatrices qu'elles pouvaient l'être en 1996, mais elles n'ont rien perdu de leur pertinence, et sont même par certains aspects très modernes, en particulier dans l'absence de jugement porté. La lectrice et le lecteur ne voient pas passer le temps en compagnie de France, Monique et Noémie, et se retrouvent ravis d'avoir ainsi fait le point avec elles, arrivé à la ménopause.
Bercé par Dorothée, le manga pour moi allait forcément de Goldorak à Dragon Ball.
C'est donc avec beaucoup de curiosité que je me suis lancé dans Quartier Lointain.
Et je remercie beaucoup BDThèque pour cette magnifique surprise
Je viens de dévorer d'une traite le tome 2 (qui commence lorsque la grand mère raconte la rencontre des parents d'Hiroshi)
Les dessins sont très propres, dans le pur style manga.
L'histoire d'Hiroshi à l'inverse vous touchera ou vous laissera froid et là forcément c'est très subjectif.
Alors est-ce la proximité de l'âge avec celui du héros, mon histoire personnelle ou la nostalgie de mon adolescence, mais cette histoire m'a beaucoup plu.
En tout cas, un très bel ouvrage qui pourrait séduire les réfractaires du genre manga.
Décidément, les BD jeunesse me plaisent de plus en plus.
Cette histoire se lit rapidement, pas le temps de s'ennuyer. Les dessins me rappellent beaucoup le style de Voro, avec leurs lignes douces et arrondies qui adoucissent les traits. La mise en page et le choix des couleurs sont parfaitement adaptés pour nous immerger dans ce sous-sol sans fin. On s'attache très vite aux différents personnages, et la quête d'une simple chaussette se transforme en une aventure qui fait resurgir des souvenirs et peurs d'enfance, tout en nous rappelons notre imagination débordante et notre soif d'aventure.
-- Merci Bamiléké pour cette mignonne découverte --
C'est dans la tête.
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus de 2016 à 2018, écrits par Warren Ellis, dessinés par Phil Hester et encrés par Eric Gapstur, avec une mise en couleurs de Mark Englert. Il comprend également une introduction d'une page rédigée par Jeff Lemire, ainsi que les couvertures alternatives réalisées par Phil Hester, John McCrea, Declan Shalvey, Elizabeth Torque, et 2 pages de crayonnés.
Un individu est en train de boire la tasse. Il voit par alternance l'eau se refermer au-dessus lui et des corbeaux venir picorer des cadavres, l'un d'eux repartant avec un œil. le professeur Jonathan Shipwright finit par reprendre complètement connaissance. Il est allongé tout habillé sur une route, portant encore un long pardessus tout chiffonné et un bandage autour de la main gauche. Il constate qu'une nuée d'oiseaux noirs est bel et bien en train de tourbillonner au-dessus de sa tête. Il se relève et reprend sa marche sur le ruban d'asphalte dépourvu de circulation, dans une zone désertique. Il arrive dans une ville et pénètre dans le premier diner venu, à l'enseigne délabrée. Il y trouve un décor sous forme de peinture murale dans des teintes claires vert et jaune il se fait interpeller par l'unique client, un individu attablé qui se présente comme étant l'Inspecteur. Ce dernier présente une photographie de Shipwright à son interlocuteur. Il lui dit qu'il sait qu'il est un voyageur venu d'une autre planète, le seul survivant de la mission Janus, mise en œuvre par l'US Air Force.
L'inspecteur explique ensuite la différence entre le terme d'aviation anglais Auger et un augure. Il répète à Shipwright qu'il est le seul survivant du sabotage de son vaisseau et lui demande de lui répondre. Shipwright s'exécute, évoque sa vocation, son parcours scolaire, son parcours professionnel, le fait qu'il ait intégré un programme appelé Forward Escape. Pendant tout le temps, l'inspecteur prend des notes, et des araignées sorties de nulle part se promènent sur le pardessus de Shipwright. Il l'interrompt pour savoir s'il est armé, se désolant de la réponse négative. Ils évoquent le fait que Shipwright est à la poursuite du saboteur du vaisseau Janus, un dénommé Isham, et que c'est la raison pour laquelle il continue de marcher. Shipwright décide qu'il en a assez et essaye de sortir par la porte permettant d'accéder à la cuisine. Elle est solidement fermée. Il passe à travers.
Pour un lecteur régulier de comics, impossible de résister à l'attrait d'une telle équipe de créateurs : un scénariste hors norme et un dessinateur avec une forte personnalité. Pour le coup, il n'est pas déçu en commençant sa lecture. Warren Ellis a concocté une scène d'ouverture dont il a le secret, sur la base de 5 pages muettes. Depuis des années, il a pris l'habitude de ménager des séquences dépourvues de mot dans chaque épisode, pour laisser le dessinateur maître de la narration. Dès la première page, Phil Hester emporte le morceau, avec ces 4 cases de la largeur de la page, alternant la noyade, avec le vol des oiseaux de mauvais augure. le lecteur voit les éléments impitoyables envers l'être humain, l'eau de l'océan comme l'air habité par des volatiles hostiles. le lecteur a encore le droit à une deuxième séquence muette d'anthologie dans ce même épisode, avec un affrontement physique dans la cuisine. Phil Hester détoure ses personnages et les décors comme s'il les sculptait au burin, produisant un aspect brut de décoffrage, très cru et honnête, une vision de la réalité sans fard, ni apprêt. Totalement emballé, le lecteur guette les séquences muettes suivantes et il n'est pas déçu. le deuxième épisode s'ouvre avec une préparation de cadavre pour un rite funéraire, écœurant dans son étrangeté et son exécution pragmatique. Pour l'épisode 3, les auteurs varient le plaisir, en conservant une demi-douzaine de pages muettes, mais réparties dans différentes séquences. Phil Hester épate encore le lecteur avec la séquence d'explosion du vaisseau de l'expédition Janus. le lecteur prend pleinement conscience qu'il se délecte de ces pages muettes si bien exécutées qu'elles donnent l'impression d'avoir été réalisées par un unique créateur.
Le récit commence donc avec un individu qui reprend péniblement conscience et qui marche vers une destination inconnue, à la recherche d'on ne sait quoi. La discussion avec l'inspecteur déroute totalement le lecteur. D'un côté, l'inspecteur explique calmement la situation de Jonathan Shipwright en exposant clairement les faits. le lecteur est tenté de prendre ces informations pour argent comptant, ce qui constitue la base d'une intrigue facilement compréhensible. Phil Hester montre l'inspecteur comme un individu posé, maître de soi. En face, Shipwright apparaît plus désorienté que désemparé, recollant les morceaux avec difficulté, certainement du fait des épreuves qu'il a traversées et de la douleur que doit lui causer sa main gauche. Dans le même temps, le lecteur s'interroge sur la nature de l'environnement dans lequel ils se trouvent. La ville a l'air totalement désaffectée, avec des constructions montrant des signes d'abandon. L'aménagement de la salle du diner et de sa cuisine ressemble à un aménagement réaliste. Dans le même temps, Mark Englert utilise des couleurs un peu décalées, entre couleur claire et vive et couleur boueuse. L'interrogatoire évoque un vaisseau venant d'une autre planète, aiguillant le lecteur vers un récit de science-fiction avec les conventions qui sont propres à ce genre. L'affrontement physique dans la cuisine relève plus d'une scène de type horreur. La prolifération des araignées ne semble pas être à prendre au pied de la lettre. À nouveau, le lecteur s'attache à ce que montrent les dessins pour y trouver des indices qui viendraient le conforter dans la science-fiction, l'horreur, ou peut-être le fantastique, ou même encore autre chose.
Les dessins de Phil Hester montrent des êtres humains à la morphologie normale. L'encrage d'Eric Gapstur accentue un peu l'irrégularité des contours, avec des angles ou des pics, en lieu et place d'arrondis bien sages. Néanmoins, les visages restent parlants sans donner l'impression de caricature, ou d'émotions surjouées. le langage corporel ne donne pas beaucoup d'indications sur l'état d'esprit des personnages, l'artiste s'attachant plus à ce que le jeu d'acteur montre ce que fait le personnage. le dessinateur donne des vêtements de type naturaliste à ses protagonistes. Il joue un peu sur les exagérations pour introduire une touche expressionniste, en particulier les mouvements du pardessus de Shipwright qui semble voler au vent par sa propre volonté. Il adopte également un parti pris personnel pour la représentation des différents décors. Il en garde les lignes les plus structurantes, sans chercher à obtenir une description de nature photographique. Dans le bar, le lecteur peut voir les tabourets, le comptoir, les étagères de rangement derrière le comptoir, les banquettes et les tables, avec des formes aisément reconnaissables, mais sans pouvoir en distinguer la texture. Cela permet à l'artiste de représenter les quelques éléments de science-fiction (à commencer par le vaisseau) dans le même registre, s'attachant plus à leur forme et leur fonction, qu'à la conception technologique. Cela permet aussi à tous ces éléments de coexister sans solution de continuité graphique. Tout du long de l'histoire, l'attention du lecteur reste en éveil pour ne pas rater un indice visuel, sans qu'il ne ressente jamais l'impression de devoir fournir un effort. En effet les dessins se lisent très facilement, et les séquences sont souvent surprenantes, avec parfois des éléments totalement inattendus, comme un alignement de moaïs.
Intrigué dès la première scène, le lecteur suit bien volontiers Jonathan Shipwright pour comprendre comment il en est arrivé là. Warren Ellis donne des éléments de réponse par le truchement de l'inspecteur, ce qui évite au lecteur de s'impatienter. Il surprend le lecteur en continu par ce que Shipwright trouve sur son chemin, d'un rite funéraire très particulier, à un cairn en plein milieu de la route, en passant par le forçage d'un distributeur de boisson et de barres chocolatées. Lors de la séquence dans le diner avec l'inspecteur, certaines réponses et la présence des araignées mettent la puce à l'oreille du lecteur. Il se rend compte qu'il ne peut pas prendre tout ce qui est dit et tout ce qui est montré de manière littérale. Il se passe d'autres choses. Il peut en particulier se demander pour quelle raison cette ville paraît si désolée, pourquoi il n'y a que deux êtres humains en plus de Shipwright, etc. Soit il s'agit d'une dimension alternative, soit plusieurs de ces éléments se trouvent dans la tête de Shipwright, soit encore ça a un rapport direct avec l'appareil qu'il porte sur lui. La lecture prend alors une dimension ludique, incitant le lecteur à se prêter au jeu de découvrir ce qui se trame, d'assembler les pièces du puzzle avant que tout ne soit (peut-être) révélé. Warren Ellis se montre particulièrement adroit en tirant parti de la bizarrerie de la situation initiale pour faire gamberger le lecteur, pour provoquer sa divagation, ses rêveries, pour qu'il génère lui-même d'autres histoires sur la base de celle qui lui est racontée, en échafaudant des hypothèses. Non seulement il réussit à maintenir ce jeu avec son lecteur pendant les 6 épisodes, mais en plus il lui donne une réponse satisfaisante. D'ailleurs si le lecteur reprend le récit au début après l'avoir terminé, il se rend à quel point le scénariste a joué carte sur table depuis le début.
Warren Ellis s'éloigne de ses personnages préférés, des enquêteurs de la science ou du paranormal, pour une histoire complète, suivant les pas d'un naufragé reconstituant peu à peu ce qui lui est arrivé et quel est son but. Il bénéficie d'une mise en images fluide et remarquable, empreinte de la personnalité de l'artiste. Leur complémentarité est telle que le lecteur a la conviction à plusieurs reprises de ne lire le récit que pour la qualité de la narration graphique, et que les dessins en disent beaucoup plus que les dialogues, Ellis faisant porter plus de 50? l'histoire par les dessins, et Phil Hester relevant le défi avec élégance. Il apparaît dès les premières que cette histoire constitue une forme d'enquête dont la narration provoque la participation active du lecteur sans même qu'il s'en rende compte.
Hommage émouvant
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Ce tome contient une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance préalable du personnage. Il comprend les 8 épisodes, initialement parus en 2015/2016, écrits par Garth Ennis, dessinés et encrés par Keith Burns, avec une mise en couleurs réalisé par Jason Wordie. Les couvertures principales ont été réalisées par Keith Burns, les couvertures variantes par Ian Kennedy, sauf celle du numéro 1 réalisée par Carlos Ezquerra. L'ouvrage commence par une introduction d'une page rédigée par Dave Hunt, revenant sur l'intérêt du personnage de Johnny Red. Il se termine avec une interview de 4 pages de David Hunt, menée par Garth Ennis lui-même, sur la genèse de la série originelle de Johnny Red.
En 2015, Tony Iverson se rend sur un petit aérodrome du Suffolk pour acheter la carcasse d'un avion de modèle Hawker Hurricane MKII, en piteux état, récupérée lors de travaux de terrassement en Allemagne de l'Ouest. Il porte le numéro d'identification P7089. le mécanicien lui confirme que cet avion bénéficiait d'un moteur de type Merlin 20, ce qui en fait bien un Mark II. Quelques mois plus tard, Tony Iverson se rend en Russie pour rencontrer un individu appelé Rodimitz qui dit savoir à qui a appartenu cet avion, et connaître son histoire. Arrivé sur place, il bénéficie de l'aide d'une guide qui se prénomme Lyudmila. Ils se rendent dans une HLM où ils rencontrent un homme assez âgé qui est prêt à leur raconter tout ce qu'ils voudront bien écouter. Il part d'un grand éclat de rire quand Iverson lui indique qu'il a acheté cette carcasse pour quatre virgule cinq millions de dollars. Rodimitz choisit de commencer son histoire avec la bataille de Stalingrad, 17 juillet 1942 au 2 février 1943. Il faisait partie d'une unité de pilotes basée dans la région, et sous le commandement officieux d'un individu se faisant appeler Johnny Red et ayant baptisé son escadrille Redburn.
Rodimitz leur raconte l'histoire surprenante d'un pilote anglais nommé Johnny Harris ayant été écarté du pilotage d'avion dans l'armée britannique suite à une infraction caractérisée à des ordres donnés par un supérieur. Il avait continué à servir sur un porte-avions. Suite à un concours de circonstances inattendues, Johnny Red avait trouvé son salut lors d'une attaque, en sautant dans un avion Hawker Hurricane MKII et n'avait pu que rallier la terre la plus proche, située sur le sol russe. Il était tombé sur l'escadrille de Rodimitz dont les pilotes étaient dans une situation périlleuse. Il avait réussi à les convaincre de voler des avions ce qui leur avait permis de rentrer à leur base. Johnny Red avait choisi de les accompagner à bord de son Hurricane. Une fois sur place dans la base russe, il avait participé à plusieurs missions et était devenu leur chef naturel du fait de ses compétences de stratège, et de sa propension à tous les ramener vivants, mission après mission. Si la police secrète communiste n'était pas dupe, elle fermait les yeux du fait des résultats réels. Tout avait changé en 1942 quand deux officiers de la NKVD (Babak et Safonov) étaient arrivés avec une mission devant être effectuée exclusivement par des soldats russes.
Il est peu probable qu'un lecteur tombe par hasard sur ce tome. Soit il connaît la bibliographie de Garth Ennis et il était à la recherche d'une nouvelle œuvre de cet auteur, soit il a déjà entendu parler de Johnny Red. Dans les 2 cas, il sait qu'il va trouver un récit de guerre se déroulant pendant la seconde guerre mondiale, dans une unité d'aviation, avec des combats aériens. le personnage de Johnny Red a été créé en 1977, par Tom Tully & Joe Colquhoun (le dessinateur de la série Charley's war de Pat Mills). La dynamique de la série résidait effectivement dans la présence d'un pilote anglais volant à bord d'un Hurricane au sein d'une formation russe. Garth Ennis a préfacé les tomes de la réédition originale à commencer par Johnny Red: Falcons' First Flight. le lecteur qui a suivi la carrière de ce scénariste sait que les conflits militaires et les guerres font partie de ses thèmes de prédilection, et qu'il en intègre parfois un au sein d'une série au long court, qu'il a aussi écrit des séries ayant pour thème principal les guerres et les batailles, comme Battlefields (édité par Dynamite) et War Stories (d'abord publiée par Vertigo, puis repris par Avatar).
De fait, Garth Ennis se livre à une entreprise d'hommage à Johnny Red, accessible à tous les lecteurs. Il prend soin d'inscrire sa vie dans L Histoire, avec une année précise de déroulement du récit en 1942, des lieux identifiables, à commencer par Stalingrad, mais aussi avec le dispositif de l'histoire dans l'histoire. En effet le vétéran Rodimitz raconte ses souvenirs, le temps qu'il a passé à servir sous les ordres de Johnny Red. le lecteur familier de Garth Ennis sait qu'il ne plaisante pas avec la qualité de la reconstitution historique. Il vérifie lui-même que le dessinateur ne fait pas d'erreur ou de faute d'étourderie, que ce soit pour les modèles d'avion, les tenues militaires des différentes armées, les armes, les véhicules. En outre il peut compter sur les compétences de Keith Burns qui fait partie de la guilde anglaise des artistes de l'aviation. Il peut donc lire en toute confiance ce récit sur le plan de la reconstitution historique, y compris les grades utilisés, le rôle du NKVD (Commissariat du peuple aux Affaires intérieures), ou encore quant à l'existence du régiment de bombardier 588e NBAP composée exclusivement de femmes pilotes. Ennis les avait d'ailleurs déjà mises en scène dans Night Witches avec Russ Braun.
Le scénariste ne se contente pas d'une reconstitution historique très réussie, il intègre également la composante aventure associée à Johnny Red. le premier épisode permet de découvrir le régiment à la tête duquel se trouve Johnny Red. Les personnages ne sont pas très étoffés sur le plan psychologique, mais ils se reconnaissent facilement grâce à une apparence un peu typée, que soit le massif Yakob, le très jeune Popovitch, la baderne qu'est le colonel Yaraslov, ou évidement la capitaine Nina Petrova, du 588e NBAP. Par la suite, le lecteur voit encore arriver les deux officiers du NKVD, assez raides dans leur posture. Conformément à la bande dessinée originale, Ennis fait l'effort de donner une histoire personnelle à Johnny Harris, avec une date de naissance en 1921, et ce qui lui a valu d'être démis de ses fonctions de pilote dans l'armée britannique. Il va même jusqu'à le montrer en train d'apprendre du vocabulaire russe, et il gère l'incompréhension avec les soldats parlant allemand. Parmi les autres personnages, seule Nina Petrova a droit à la présentation de sa motivation, assez classique. L'intrigue s'avère consistante, emmenant le régiment de Johnny Red derrière les lignes ennemis, dans le territoire de l'Allemagne. le scénariste joue également avec le sentiment patriotique russe, qu'il distingue de celui anglais. Bien évidemment, il a intégré dans son scénario plusieurs batailles aériennes.
Keith Burns a donc la lourde tâche d'effectuer la reconstitution historique du point de vue visuel, mais aussi de mettre en scène les combats aériens. Il réalise des dessins de type réalistes, avec un détourage de format un râpeux. Il joue le jeu de se montrer d'un bon niveau descriptif, même si lors de quelques scènes de dialogue, il s'économise un peu sur les arrière-plans. Il joue sur le niveau de détails de ce qu'il représente, de très précis pour les avions, les armes et les uniformes, à des décors tracés à grands traits épais pour les baraquements ou les zones naturelles. Il gère avec efficacité la largeur de ses plans et leur distance, soit pour montrer que les personnages sont dans un milieu confiné pendant les scènes d'intérieur, soit au contraire en élargissant l'horizon lors des séquences de vol et de combats. le lecteur apprécie que chaque mise en scène soit taillée sur mesure à la nature de la séquence. L'encrage appuyé et pas lissé des dessins transcrit bien la dureté des conditions de vie de ces soldats, logés dans des conditions assez rudes (le chauffage n'est pas toujours suffisant), avec une nourriture rationnée et de piètre qualité, et une vie assez spartiate.
Bien évidemment, le lecteur attend avec impatience les séquences de combat aérien, tout en sachant qu'elles constituent un défi pour l'artiste, à la fois pour rendre compte de la profondeur de champ, du positionnement relatif des appareils, et de leurs déplacements relatifs. Il constate que Keith Burns sait représenter les différents modèles d'avion non seulement avec exactitude, mais aussi avec efficacité. L'artiste sait gérer l'espace en deux dimensions de ses cases pour montrer le positionnement relatif des appareils, avec une bonne profondeur de champ. Il résiste le plus souvent à la tentation de dramatiser les angles de vue pour se concentrer sur la narration, plutôt qu'augmenter les effets. Il se réserve le droit d'inclure une ou deux cases plus grandes par combat pour une vision mémorable. Par contre, il se révèle un peu moins à l'aise pour transcrire le mouvement des avions les uns par rapport aux autres. le lecteur a parfois des difficultés à suivre les figures et les manœuvres. Par comparaison, Joe Colquhoun se montrait plus adroit dans ce type de séquence dans la série Charley's War.
Grâce aux dessins, le lecteur plonge donc dans une reconstitution consistante qui lui permet de se projeter aux côtés des personnages, pour ressentir à la fois leurs conditions de vie dans le camp, la tension lors de l'attente de décision des gradés du NKVD, l'arbitraire de leur survie lors des batailles aériennes. Keith Burns ajoute lui aussi des touches d'aventure, conformément au modèle de la série initiale, avec quelques moments de bravoure virile, mais sans systématisme. Garth Ennis fait preuve de retenue dans sa narration, réfrénant sa propension à l'humour énorme et gore. Il montre le prix à payer par Johnny Red, à la fois pour sa bravoure au combat, mais aussi pour la responsabilité des membres de son régiment. Si l'événement central de l'intrigue peut sembler trop appuyé et trop convenu, cela ne l'empêche pas d'évoquer la situation des soldats pris dans un système où ils n'ont d'autre choix que de combattre un ennemi. D'un côté, le lecteur pourrait être tenté de reprocher à l'auteur de ne pas personnaliser les soldats allemands qui forment une armée d'un bloc, un ennemi sans visage à abattre. de l'autre, il met plutôt en avant la volonté des soldats russes de résister à un envahisseur, même s'ils n'entretiennent pas beaucoup d'illusion sur le degré d'implication de leurs dirigeants au plus haut niveau, et sur le fait qu'ils ne sont que de la chair à canon. Ennis ne glorifie pas la guerre, et encore moins les modalités décisionnelles qui y président, rappelant qu'il ne s'agit que d'êtres humains faillibles et susceptibles de se tromper, à tous les échelons.
Garth Ennis & Keith Burns rendent un hommage ému à une ancienne bande dessinée britannique réalisée par Tom Tully & Joe Colquhoun, avec honnêteté et talent. Ils en conservent quelques éléments romanesques, que ce soit dans l'intrigue, ou dans le comportement de certains personnages. Dans le même temps, ils font œuvre d'une solide reconstitution historique, et rendent les honneurs au courage d'individus qui ont donné leur vie pour la patrie, pour leurs concitoyens, sans pour autant réaliser une apologie de la guerre.
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Vauriens
Découverte lors de son premier tome, je me suis pris une belle bouffée de nostalgie en relisant cette trilogie. Honnêtement ça a un peu vieilli mais pour rien au monde je ne m’en séparerai. Cette série fait partie intégrante de mon parcours de bedeiste. Alors c’est clair qu’il y a mieux aujourd’hui et sans doute même à l’époque, mais je reste très attaché à notre héros Pop. Pourtant tout est loin d’être parfait, le trait de Laurent Cagniat fait souvent preuve d’inconsistance dans les visages mais il y a une telle énergie dans ses planches qu’on pardonne facilement ce détail. En plus au fil des parutions son style évoluera de façon positive. A noter un changement de coloriste pour le tome 3 qui n’est pas trop préjudiciable au plaisir de lecture, même si je garde une préférence pour le travail de Claude Guth. Pour l’histoire, on trouve un certain Luc Brunschwig (quasi un inconnu à l’époque) qui nous embarque dans une trilogie médiévale fantastique rondement menée, autour de 2 statuettes aux noms bien trouvés : la clémence et la tourmente. Le récit ne se laisse pas deviner et je n’y ai pas trouvé de scènes superflues. On voit déjà la patte du scénariste au niveau construction. Une œuvre d’un belle densité, l’idée d’une armée d’enfants me gène toujours un peu mais j’aime l’évolution des personnages et surtout le fin mot de l’aventure. Sans l’effet nostalgique, je pense que j’aurai mis un bon 3* mais avec, je ne peux mettre en dessous de 4*. Une série que j’ai et qui m’a accompagné.
King David
L’idée est amusante – et globalement bien utilisée : faire un parallèle entre le récit biblique autour de David, et la vie sanglante de mafieux new-yorkais. Le dessin de Singelin est taillé au couteau, un peu façon Bézian. En moins lisible toutefois, un certain nombre de planches m’ont paru difficile à déchiffrer – même s’il choisit volontairement de laisser du sombre et du flou pour accompagner le scénario. En tout cas ce trait extrêmement dynamique pour ce qui est semble-t-il son premier album fait immanquablement penser à ce qu’on retrouvera plus tard dans le label 619 d’Ankama, qu’intègrera Singelin en améliorant nettement son dessin, et en le rendant plus lisible. L’histoire utilise habilement la Bible donc, mais hélas en abuse, et se perd souvent dans l’accumulation de noms/références, alors même que des longueurs ralentissent le rythme de l’histoire (qui est l’atout majeur). Autre petit bémol, les « querelles mafieuses » semblent se dérouler hors-sol, tant l’on ne voit jamais apparaitre police et justice dans ce qui ressemble quand même à des bains de sang (accentués par dessin et colorisation). Il faut donc accepter un scénario pas vraiment réaliste, et une avalanche de références à la Bible pour apprécier cet album. Mais l’intrigue survitaminée empêche que l’on s’ennuie, et la lecture s’est révélée plutôt agréable. Note réelle 3,5/5.
Lucky Luke
J'ai toujours apprécié les aventures de Lucky Luke, ce cow-boy solitaire qui tire plus vite que son ombre. Les scénarios, bien que parfois répétitifs, sont toujours divertissants. J'aime particulièrement les personnages secondaires comme Rantanplan et les Dalton. Le style de Morris est devenu emblématique. Ses dessins, bien que simples, sont efficaces et contribuent à l'humour de la série. Lucky Luke incarne la justice et la défense des plus faibles. Son côté chevaleresque peut sembler un peu trop parfait, mais c'est ce qui fait son charme. Lucky Luke reste une valeur sûre de la bande dessinée franco-belge, à lire pour le plaisir et la nostalgie.
Bone
Les cousins Bone, avec leurs personnalités distinctes, m'ont rapidement séduit. Fone Bone est l'aventurier rêveur, Smiley le gentil benêt et Phoney le roublard. Leurs interactions sont drôles et touchantes. L'univers de "Bone" combine habilement humour, action et éléments fantastiques. On y trouve des créatures farfelues, des quêtes épiques et des mystères à résoudre. Le style simple mais efficace du dessinateur permet de faire passer beaucoup d'émotions. Les expressions des personnages sont très bien rendues. Au fil des tomes, l'histoire passe d'une farce enfantine à une épopée plus sombre. J'ai apprécié cette transition et l'approfondissement des personnages. Bone est une BD divertissante et bien construite que je recommande chaudement !
Maus
L'histoire m'a profondément touché. Elle raconte le récit de Vladek Spiegelman, un survivant juif des camps de concentration nazis, et la relation complexe entre lui et son fils, l'auteur Art Spiegelman. Le choix de représenter les personnages par des animaux (souris pour les Juifs, chats pour les Allemands) ajoute une dimension symbolique forte. Malgré un dessin minimaliste, l'émotion transparaît à chaque page. Une lecture essentielle pour comprendre l'Histoire et la relation entre générations.
Le Démon d'après Midi...
Elles sont vivantes. - D'un point de vue thématique, ce récit fait suite à Le Démon de midi (1996). Cette bande dessinée est en couleurs, entièrement réalisée par Florence Cestac, et publiée pour la première fois en 2005. Elle a été rééditée avec la précédente et le Démon du soir ou la Ménopause héroïque (2013) dans Les Démons de l'existence. Noémie et ses deux copines France et Monique ont réussi à s'organiser un week-end au bord de la mer, dans la maison de la première. Pas de chance : il pleut. Elles en profitent pour papoter. Monique est en jogging et elle se plaint que les deux adolescents de Noémie, Sébastien et Laura soient présents, ce qui diminue d'autant la qualité d'entre copines. Leur mère répond qu'il est midi et qu'ils ne sont pas encore levés. Et puis leur père Georges est parti en séjour amoureux avec sa fée, donc dans l'impossibilité de les garder. En réponse à France, elle indique qu'ils sont partis à Venise, un vrai cliché. Elle et Robert n'auraient jamais effectué un séjour à Venise sur une gondole : comble de la ringardise ! Et puis, elle ajoute au profit de France qu'elle n'a pas à l'énerver avec ses ados : elle est venue avec ses deux chiens et son chat. Sa copine répond qu'elle n'entretient plus le moindre espoir d'avoir un homme pour se le garder. Elle en a fini avec les relations amoureuses et elle s'en trouve très contente. Des hommes et de belles histoires d'amour, elle en a eu cent fois plus qu'elles deux. Et puis dépassé les cinquante ans, elle arrête de rêver. France s'oppose à cette façon d'envisager la cinquantaine. Elle se bat comme une lionne pour faire durer son couple ; le sauver, corrige Monique. Un lien très fort unit encore France et son mari Robert, et ils font encore l'amour avec assiduité. Monique éprouve des difficultés à la croire : Robert est quand même très canapé-télé, très toujours parti pour repas le soir, très foot, potes, bistro et troisième mi-temps, bref très comme ça l'arrange. Elle demande à sa copine s'il a toujours son assistante la toute jolie Amélie. France ne se laisse pas faire. Elle sait qu'ils ont eu une liaison, mais elle sent que c'est fini, car il travaille autour, et ils en ont beaucoup discuté. Ils ont fait une thérapie de couple, une thérapie analytique. Qi-gong, reiki, shiatsu sympathicothérapie, magnétothérapie, hypnose… Une thérapie de couple en Auvergne et un accompagnement de soi dans les Pyrénées. Elle a réussi à ne plus être la belle-mère de Blanche Neige. C'est génial, non ? Et surtout ils restent ensemble pour notre fille. Monique réagit : Élisa a vingt-cinq ans ! France continue : justement ils doivent préserver l'image du couple-procréation. Noémie intervient : elle propose d'ouvrir une petite bouteille de blanc, accompagné par bulots-mayo, tourteaux-mayo, crevettes-mayo, et des huîtres. France s'occupe de préparer la salade. Elle a encore un kilo à perdre. Monique ressent des bouffées de chaleur. France n'y croit pas : elle n'a pas de traitement hormonal de substitution ? Non, Monique laisse faire la nature : plus de ragnagnas, non débarras. Et puis elle n'a pas envie de choper le crabe avec son THS-chose. Après la crise de la quarantaine dans le Démon de midi, voici la ménopause, et l'évolution de la relation de couple. L'autrice évoque donc les changements physiologiques, à commencer par les bouffées de chaleur (le temps d'une case), la possibilité d'un traitement hormonal de substitution, et bien sûr la fin des règles, avec une liste assez savoureuse de termes imagés. Les ragnagnas, les ours. Les Anglais ont débarqué. Menstrues, périodes. Et certainement la plus élégante : être à cheval sur le torchon (d'ailleurs Monique se fait reprendre par ses deux copines quand elle l'énonce). Cestac évoque ensuite les premières règles, l'avortement clandestin dans les années 1970, la majorité à vingt-et-un ans, la mise sur le marché de la pilule contraceptive, la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse, les souvenirs de comment aguicher un mâle, la chirurgie esthétique, être la plus ancienne au boulot, les enfants qui entament leur propre vie sexuelle et amoureuse. Il y a à la fois un mélange de situation physiologique présente, et de regard en arrière sur le déroulement de la vie. L'autrice dépeint trois femmes de la même tranche d'âge, mais avec une situation différente : Noémie femme divorcée, France toujours mariée mais avec un homme peu impliqué dans le couple, et Monique qui a été une grande séductrice et qui est passée à autre chose. Les cases montrent des personnages à gros nez, avec des visages dont les blancs d’œil peuvent se toucher pour ne former qu'une seule surface, ou au contraire être réduit à de simples traits. La bouche peut être dessinée en fer à cheval d'un côté ou de l'autre du nez, ou au contraire être complètement masquée par lui. Les mains ne comprennent que quatre doigts. Les corps présentent une très légère exagération élastique. Les postures et les expressions de visage peuvent être caricaturales, ou en tout cas très appuyées comme dans une pantomime pour une expressivité des émotions maximale. L'empathie fonctionne ainsi à plein, sans pour autant tomber dans le vulgaire ou le cynisme artificiel. le lecteur ressent bien l'agacement de France et Noémie vis-à-vis de Monique dont le pragmatisme s'avère un véritable tue l'amour, ou en tout cas totalement incompatible avec toute forme de romantisme, tout en ressentant également l'amitié inconditionnelle sous-jacente. Lorsqu'une case dépeint Noémie jeune adolescente avec des gouttes de sang glissant le long de ses jambes, le lecteur y voit à la fois la panique de la demoiselle qui ne sait ce que sont des règles, à la fois un regard amusé avec le recul des années. Il est également impossible de résister au portrait des quelques mâles qui apparaissent. le très pépère Robert, avec ses demi-lunes, sa posture avachie, son pull sans manche très confortable. Chris, l'ancien copain de Sandra (l'une des filles de Noémie) est irrésistible : un Clint Eastwood du pauvre, en plus chiffonné, surtout en beaucoup plus petit, avec la mine renfrognée. Georges, le mari séparé de Noémie, s'avère tout aussi touchant dans ses contradictions pitoyables : en costume cravate, en train d'appeler son ex pour lui dire qu'il vient de se faire larguer, d'abord tout triste sur ce pont de Venise, avec des touristes autour de lui, puis colérique alors qu'il parle de ses enfants. le lecteur sent monter le mépris vis-à-vis de lui, mais sans pouvoir se départir d'une profonde sympathie pour cet homme aux défauts très humains, à la frustration normale. Elle réussit également très bien Sébastien, l'adolescent qui se lève à quatorze heures pour s'enfiler des tartines de pâte à la noisette. Rapidement, la présence et l'épaisseur des personnages étant tellement tangibles, le lecteur éprouve l'impression de lire une suite de discussion. Effectivement, l'artiste insuffle une vie et une personnalité incroyable à chacune et à chacun. Pour autant, il ne s'agit pas d'une suite de scènes de théâtre où les personnages ne se tiendraient juste devant un décor en toile de fond. S'il prend un peu de recul, le lecteur constate que les décors sont bien présents et représentés : le salon de la villa au bord de la mer, le bistrot, la cuisine, le wagon de voyageurs pour se rendre à Londres, un bureau, une gondole dans un canal de Venise, le bord de mer, la chambre d'une adolescente, etc. Il suffit d'une case à l'artiste pour créer une ambiance et un personnage. Par exemple, les différents individus auxquels recourir pour un avortement clandestin : madame Michu faiseuse d'anges, le docteur Machin rayé de l'ordre des médecins, monsieur Guiliguili grand marabout : autant de personnages bien croqués sur la base de stéréotypes agrémentés d'une touche d'humour. Sans oublier la séquence au cours de laquelle France a l'impression de se faire draguer par un jeune homme au bureau, ou l'apparition juste en culotte de Laura à son lever devant les trois copines. Effectivement ce qui ajoute encore à la sympathie pour elles, réside dans le fait qu'elles ne sont pas tournées vers le passé à ressasser leur jeunesse perdue. Pour un lecteur des années 2020, Florence Cestac semble enfoncer pas mal de portes ouvertes et parler de choses qui ne sont plus tabou depuis bien longtemps. En outre, elle ne dit pas grand-chose de la situation sociale et économique de ces dames, mais elles ont à l'air à l'aise, sans grand souci professionnel. D'un autre côté, ce n'est pas une évocation passéiste. Il est également question de leurs enfants, adolescents ou jeunes adultes, ce qui fournit un point de comparaison avec ce qu'elles ont vécu. le lecteur mesure toute la portée de l'IVG ou de la pilule. le propos n'est pas si convenu que ça non plus. Pour commencer, l'autrice ne porte pas de jugement sur Noémie, Monique ou France, chacune dans un parcours de vie sentimental et amoureux différent, ni même finalement sur leurs hommes, malgré leurs lâchetés ordinaires, ou plutôt leur simple faillibilité. Ensuite, ces dames sont elles aussi très humaines, se trouvant à des degrés différents d'acceptation de leur âge, gérant plus ou moins bien leurs difficultés relationnelles avec la famille. Ce dernier point donne lieu à deux séquences très touchantes : Noémie devenant de plus en plus déprimée au fur et à mesure d'une conversation téléphonique avec sa mère, Monique expliquant que ses liens avec sa propre famille se sont distendus au point d'en devenir inexistants. En planche 18, l'autrice donne une vision sans fard du désir sexuel, dépendant de la disparité phallique, exposant le fait que l'envie du phallus est inhérente à la vie de la femme, une affirmation pas forcément consensuelle ou politiquement correcte. Trois femmes qui évoquent leur ménopause et leur vie amoureuse pendant une quarantaine de pages : pas forcément palpitant. Florence Cestac leur confère une telle présence et une telle vitalité, que le lecteur a tôt fait d'éprouver une grande sympathie pour elles, et de se sentir privilégié de pouvoir être inclus dans leurs échanges. Peut-être que les discussions sont moins novatrices qu'elles pouvaient l'être en 1996, mais elles n'ont rien perdu de leur pertinence, et sont même par certains aspects très modernes, en particulier dans l'absence de jugement porté. La lectrice et le lecteur ne voient pas passer le temps en compagnie de France, Monique et Noémie, et se retrouvent ravis d'avoir ainsi fait le point avec elles, arrivé à la ménopause.
Quartier lointain
Bercé par Dorothée, le manga pour moi allait forcément de Goldorak à Dragon Ball. C'est donc avec beaucoup de curiosité que je me suis lancé dans Quartier Lointain. Et je remercie beaucoup BDThèque pour cette magnifique surprise Je viens de dévorer d'une traite le tome 2 (qui commence lorsque la grand mère raconte la rencontre des parents d'Hiroshi) Les dessins sont très propres, dans le pur style manga. L'histoire d'Hiroshi à l'inverse vous touchera ou vous laissera froid et là forcément c'est très subjectif. Alors est-ce la proximité de l'âge avec celui du héros, mon histoire personnelle ou la nostalgie de mon adolescence, mais cette histoire m'a beaucoup plu. En tout cas, un très bel ouvrage qui pourrait séduire les réfractaires du genre manga.
Milo & les créatures du grand escalier.
Décidément, les BD jeunesse me plaisent de plus en plus. Cette histoire se lit rapidement, pas le temps de s'ennuyer. Les dessins me rappellent beaucoup le style de Voro, avec leurs lignes douces et arrondies qui adoucissent les traits. La mise en page et le choix des couleurs sont parfaitement adaptés pour nous immerger dans ce sous-sol sans fin. On s'attache très vite aux différents personnages, et la quête d'une simple chaussette se transforme en une aventure qui fait resurgir des souvenirs et peurs d'enfance, tout en nous rappelons notre imagination débordante et notre soif d'aventure. -- Merci Bamiléké pour cette mignonne découverte --
Shipwreck - Le Naufrage
C'est dans la tête. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus de 2016 à 2018, écrits par Warren Ellis, dessinés par Phil Hester et encrés par Eric Gapstur, avec une mise en couleurs de Mark Englert. Il comprend également une introduction d'une page rédigée par Jeff Lemire, ainsi que les couvertures alternatives réalisées par Phil Hester, John McCrea, Declan Shalvey, Elizabeth Torque, et 2 pages de crayonnés. Un individu est en train de boire la tasse. Il voit par alternance l'eau se refermer au-dessus lui et des corbeaux venir picorer des cadavres, l'un d'eux repartant avec un œil. le professeur Jonathan Shipwright finit par reprendre complètement connaissance. Il est allongé tout habillé sur une route, portant encore un long pardessus tout chiffonné et un bandage autour de la main gauche. Il constate qu'une nuée d'oiseaux noirs est bel et bien en train de tourbillonner au-dessus de sa tête. Il se relève et reprend sa marche sur le ruban d'asphalte dépourvu de circulation, dans une zone désertique. Il arrive dans une ville et pénètre dans le premier diner venu, à l'enseigne délabrée. Il y trouve un décor sous forme de peinture murale dans des teintes claires vert et jaune il se fait interpeller par l'unique client, un individu attablé qui se présente comme étant l'Inspecteur. Ce dernier présente une photographie de Shipwright à son interlocuteur. Il lui dit qu'il sait qu'il est un voyageur venu d'une autre planète, le seul survivant de la mission Janus, mise en œuvre par l'US Air Force. L'inspecteur explique ensuite la différence entre le terme d'aviation anglais Auger et un augure. Il répète à Shipwright qu'il est le seul survivant du sabotage de son vaisseau et lui demande de lui répondre. Shipwright s'exécute, évoque sa vocation, son parcours scolaire, son parcours professionnel, le fait qu'il ait intégré un programme appelé Forward Escape. Pendant tout le temps, l'inspecteur prend des notes, et des araignées sorties de nulle part se promènent sur le pardessus de Shipwright. Il l'interrompt pour savoir s'il est armé, se désolant de la réponse négative. Ils évoquent le fait que Shipwright est à la poursuite du saboteur du vaisseau Janus, un dénommé Isham, et que c'est la raison pour laquelle il continue de marcher. Shipwright décide qu'il en a assez et essaye de sortir par la porte permettant d'accéder à la cuisine. Elle est solidement fermée. Il passe à travers. Pour un lecteur régulier de comics, impossible de résister à l'attrait d'une telle équipe de créateurs : un scénariste hors norme et un dessinateur avec une forte personnalité. Pour le coup, il n'est pas déçu en commençant sa lecture. Warren Ellis a concocté une scène d'ouverture dont il a le secret, sur la base de 5 pages muettes. Depuis des années, il a pris l'habitude de ménager des séquences dépourvues de mot dans chaque épisode, pour laisser le dessinateur maître de la narration. Dès la première page, Phil Hester emporte le morceau, avec ces 4 cases de la largeur de la page, alternant la noyade, avec le vol des oiseaux de mauvais augure. le lecteur voit les éléments impitoyables envers l'être humain, l'eau de l'océan comme l'air habité par des volatiles hostiles. le lecteur a encore le droit à une deuxième séquence muette d'anthologie dans ce même épisode, avec un affrontement physique dans la cuisine. Phil Hester détoure ses personnages et les décors comme s'il les sculptait au burin, produisant un aspect brut de décoffrage, très cru et honnête, une vision de la réalité sans fard, ni apprêt. Totalement emballé, le lecteur guette les séquences muettes suivantes et il n'est pas déçu. le deuxième épisode s'ouvre avec une préparation de cadavre pour un rite funéraire, écœurant dans son étrangeté et son exécution pragmatique. Pour l'épisode 3, les auteurs varient le plaisir, en conservant une demi-douzaine de pages muettes, mais réparties dans différentes séquences. Phil Hester épate encore le lecteur avec la séquence d'explosion du vaisseau de l'expédition Janus. le lecteur prend pleinement conscience qu'il se délecte de ces pages muettes si bien exécutées qu'elles donnent l'impression d'avoir été réalisées par un unique créateur. Le récit commence donc avec un individu qui reprend péniblement conscience et qui marche vers une destination inconnue, à la recherche d'on ne sait quoi. La discussion avec l'inspecteur déroute totalement le lecteur. D'un côté, l'inspecteur explique calmement la situation de Jonathan Shipwright en exposant clairement les faits. le lecteur est tenté de prendre ces informations pour argent comptant, ce qui constitue la base d'une intrigue facilement compréhensible. Phil Hester montre l'inspecteur comme un individu posé, maître de soi. En face, Shipwright apparaît plus désorienté que désemparé, recollant les morceaux avec difficulté, certainement du fait des épreuves qu'il a traversées et de la douleur que doit lui causer sa main gauche. Dans le même temps, le lecteur s'interroge sur la nature de l'environnement dans lequel ils se trouvent. La ville a l'air totalement désaffectée, avec des constructions montrant des signes d'abandon. L'aménagement de la salle du diner et de sa cuisine ressemble à un aménagement réaliste. Dans le même temps, Mark Englert utilise des couleurs un peu décalées, entre couleur claire et vive et couleur boueuse. L'interrogatoire évoque un vaisseau venant d'une autre planète, aiguillant le lecteur vers un récit de science-fiction avec les conventions qui sont propres à ce genre. L'affrontement physique dans la cuisine relève plus d'une scène de type horreur. La prolifération des araignées ne semble pas être à prendre au pied de la lettre. À nouveau, le lecteur s'attache à ce que montrent les dessins pour y trouver des indices qui viendraient le conforter dans la science-fiction, l'horreur, ou peut-être le fantastique, ou même encore autre chose. Les dessins de Phil Hester montrent des êtres humains à la morphologie normale. L'encrage d'Eric Gapstur accentue un peu l'irrégularité des contours, avec des angles ou des pics, en lieu et place d'arrondis bien sages. Néanmoins, les visages restent parlants sans donner l'impression de caricature, ou d'émotions surjouées. le langage corporel ne donne pas beaucoup d'indications sur l'état d'esprit des personnages, l'artiste s'attachant plus à ce que le jeu d'acteur montre ce que fait le personnage. le dessinateur donne des vêtements de type naturaliste à ses protagonistes. Il joue un peu sur les exagérations pour introduire une touche expressionniste, en particulier les mouvements du pardessus de Shipwright qui semble voler au vent par sa propre volonté. Il adopte également un parti pris personnel pour la représentation des différents décors. Il en garde les lignes les plus structurantes, sans chercher à obtenir une description de nature photographique. Dans le bar, le lecteur peut voir les tabourets, le comptoir, les étagères de rangement derrière le comptoir, les banquettes et les tables, avec des formes aisément reconnaissables, mais sans pouvoir en distinguer la texture. Cela permet à l'artiste de représenter les quelques éléments de science-fiction (à commencer par le vaisseau) dans le même registre, s'attachant plus à leur forme et leur fonction, qu'à la conception technologique. Cela permet aussi à tous ces éléments de coexister sans solution de continuité graphique. Tout du long de l'histoire, l'attention du lecteur reste en éveil pour ne pas rater un indice visuel, sans qu'il ne ressente jamais l'impression de devoir fournir un effort. En effet les dessins se lisent très facilement, et les séquences sont souvent surprenantes, avec parfois des éléments totalement inattendus, comme un alignement de moaïs. Intrigué dès la première scène, le lecteur suit bien volontiers Jonathan Shipwright pour comprendre comment il en est arrivé là. Warren Ellis donne des éléments de réponse par le truchement de l'inspecteur, ce qui évite au lecteur de s'impatienter. Il surprend le lecteur en continu par ce que Shipwright trouve sur son chemin, d'un rite funéraire très particulier, à un cairn en plein milieu de la route, en passant par le forçage d'un distributeur de boisson et de barres chocolatées. Lors de la séquence dans le diner avec l'inspecteur, certaines réponses et la présence des araignées mettent la puce à l'oreille du lecteur. Il se rend compte qu'il ne peut pas prendre tout ce qui est dit et tout ce qui est montré de manière littérale. Il se passe d'autres choses. Il peut en particulier se demander pour quelle raison cette ville paraît si désolée, pourquoi il n'y a que deux êtres humains en plus de Shipwright, etc. Soit il s'agit d'une dimension alternative, soit plusieurs de ces éléments se trouvent dans la tête de Shipwright, soit encore ça a un rapport direct avec l'appareil qu'il porte sur lui. La lecture prend alors une dimension ludique, incitant le lecteur à se prêter au jeu de découvrir ce qui se trame, d'assembler les pièces du puzzle avant que tout ne soit (peut-être) révélé. Warren Ellis se montre particulièrement adroit en tirant parti de la bizarrerie de la situation initiale pour faire gamberger le lecteur, pour provoquer sa divagation, ses rêveries, pour qu'il génère lui-même d'autres histoires sur la base de celle qui lui est racontée, en échafaudant des hypothèses. Non seulement il réussit à maintenir ce jeu avec son lecteur pendant les 6 épisodes, mais en plus il lui donne une réponse satisfaisante. D'ailleurs si le lecteur reprend le récit au début après l'avoir terminé, il se rend à quel point le scénariste a joué carte sur table depuis le début. Warren Ellis s'éloigne de ses personnages préférés, des enquêteurs de la science ou du paranormal, pour une histoire complète, suivant les pas d'un naufragé reconstituant peu à peu ce qui lui est arrivé et quel est son but. Il bénéficie d'une mise en images fluide et remarquable, empreinte de la personnalité de l'artiste. Leur complémentarité est telle que le lecteur a la conviction à plusieurs reprises de ne lire le récit que pour la qualité de la narration graphique, et que les dessins en disent beaucoup plus que les dialogues, Ellis faisant porter plus de 50? l'histoire par les dessins, et Phil Hester relevant le défi avec élégance. Il apparaît dès les premières que cette histoire constitue une forme d'enquête dont la narration provoque la participation active du lecteur sans même qu'il s'en rende compte.
Johnny Red - The Hurricane
Hommage émouvant - Ce tome contient une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance préalable du personnage. Il comprend les 8 épisodes, initialement parus en 2015/2016, écrits par Garth Ennis, dessinés et encrés par Keith Burns, avec une mise en couleurs réalisé par Jason Wordie. Les couvertures principales ont été réalisées par Keith Burns, les couvertures variantes par Ian Kennedy, sauf celle du numéro 1 réalisée par Carlos Ezquerra. L'ouvrage commence par une introduction d'une page rédigée par Dave Hunt, revenant sur l'intérêt du personnage de Johnny Red. Il se termine avec une interview de 4 pages de David Hunt, menée par Garth Ennis lui-même, sur la genèse de la série originelle de Johnny Red. En 2015, Tony Iverson se rend sur un petit aérodrome du Suffolk pour acheter la carcasse d'un avion de modèle Hawker Hurricane MKII, en piteux état, récupérée lors de travaux de terrassement en Allemagne de l'Ouest. Il porte le numéro d'identification P7089. le mécanicien lui confirme que cet avion bénéficiait d'un moteur de type Merlin 20, ce qui en fait bien un Mark II. Quelques mois plus tard, Tony Iverson se rend en Russie pour rencontrer un individu appelé Rodimitz qui dit savoir à qui a appartenu cet avion, et connaître son histoire. Arrivé sur place, il bénéficie de l'aide d'une guide qui se prénomme Lyudmila. Ils se rendent dans une HLM où ils rencontrent un homme assez âgé qui est prêt à leur raconter tout ce qu'ils voudront bien écouter. Il part d'un grand éclat de rire quand Iverson lui indique qu'il a acheté cette carcasse pour quatre virgule cinq millions de dollars. Rodimitz choisit de commencer son histoire avec la bataille de Stalingrad, 17 juillet 1942 au 2 février 1943. Il faisait partie d'une unité de pilotes basée dans la région, et sous le commandement officieux d'un individu se faisant appeler Johnny Red et ayant baptisé son escadrille Redburn. Rodimitz leur raconte l'histoire surprenante d'un pilote anglais nommé Johnny Harris ayant été écarté du pilotage d'avion dans l'armée britannique suite à une infraction caractérisée à des ordres donnés par un supérieur. Il avait continué à servir sur un porte-avions. Suite à un concours de circonstances inattendues, Johnny Red avait trouvé son salut lors d'une attaque, en sautant dans un avion Hawker Hurricane MKII et n'avait pu que rallier la terre la plus proche, située sur le sol russe. Il était tombé sur l'escadrille de Rodimitz dont les pilotes étaient dans une situation périlleuse. Il avait réussi à les convaincre de voler des avions ce qui leur avait permis de rentrer à leur base. Johnny Red avait choisi de les accompagner à bord de son Hurricane. Une fois sur place dans la base russe, il avait participé à plusieurs missions et était devenu leur chef naturel du fait de ses compétences de stratège, et de sa propension à tous les ramener vivants, mission après mission. Si la police secrète communiste n'était pas dupe, elle fermait les yeux du fait des résultats réels. Tout avait changé en 1942 quand deux officiers de la NKVD (Babak et Safonov) étaient arrivés avec une mission devant être effectuée exclusivement par des soldats russes. Il est peu probable qu'un lecteur tombe par hasard sur ce tome. Soit il connaît la bibliographie de Garth Ennis et il était à la recherche d'une nouvelle œuvre de cet auteur, soit il a déjà entendu parler de Johnny Red. Dans les 2 cas, il sait qu'il va trouver un récit de guerre se déroulant pendant la seconde guerre mondiale, dans une unité d'aviation, avec des combats aériens. le personnage de Johnny Red a été créé en 1977, par Tom Tully & Joe Colquhoun (le dessinateur de la série Charley's war de Pat Mills). La dynamique de la série résidait effectivement dans la présence d'un pilote anglais volant à bord d'un Hurricane au sein d'une formation russe. Garth Ennis a préfacé les tomes de la réédition originale à commencer par Johnny Red: Falcons' First Flight. le lecteur qui a suivi la carrière de ce scénariste sait que les conflits militaires et les guerres font partie de ses thèmes de prédilection, et qu'il en intègre parfois un au sein d'une série au long court, qu'il a aussi écrit des séries ayant pour thème principal les guerres et les batailles, comme Battlefields (édité par Dynamite) et War Stories (d'abord publiée par Vertigo, puis repris par Avatar). De fait, Garth Ennis se livre à une entreprise d'hommage à Johnny Red, accessible à tous les lecteurs. Il prend soin d'inscrire sa vie dans L Histoire, avec une année précise de déroulement du récit en 1942, des lieux identifiables, à commencer par Stalingrad, mais aussi avec le dispositif de l'histoire dans l'histoire. En effet le vétéran Rodimitz raconte ses souvenirs, le temps qu'il a passé à servir sous les ordres de Johnny Red. le lecteur familier de Garth Ennis sait qu'il ne plaisante pas avec la qualité de la reconstitution historique. Il vérifie lui-même que le dessinateur ne fait pas d'erreur ou de faute d'étourderie, que ce soit pour les modèles d'avion, les tenues militaires des différentes armées, les armes, les véhicules. En outre il peut compter sur les compétences de Keith Burns qui fait partie de la guilde anglaise des artistes de l'aviation. Il peut donc lire en toute confiance ce récit sur le plan de la reconstitution historique, y compris les grades utilisés, le rôle du NKVD (Commissariat du peuple aux Affaires intérieures), ou encore quant à l'existence du régiment de bombardier 588e NBAP composée exclusivement de femmes pilotes. Ennis les avait d'ailleurs déjà mises en scène dans Night Witches avec Russ Braun. Le scénariste ne se contente pas d'une reconstitution historique très réussie, il intègre également la composante aventure associée à Johnny Red. le premier épisode permet de découvrir le régiment à la tête duquel se trouve Johnny Red. Les personnages ne sont pas très étoffés sur le plan psychologique, mais ils se reconnaissent facilement grâce à une apparence un peu typée, que soit le massif Yakob, le très jeune Popovitch, la baderne qu'est le colonel Yaraslov, ou évidement la capitaine Nina Petrova, du 588e NBAP. Par la suite, le lecteur voit encore arriver les deux officiers du NKVD, assez raides dans leur posture. Conformément à la bande dessinée originale, Ennis fait l'effort de donner une histoire personnelle à Johnny Harris, avec une date de naissance en 1921, et ce qui lui a valu d'être démis de ses fonctions de pilote dans l'armée britannique. Il va même jusqu'à le montrer en train d'apprendre du vocabulaire russe, et il gère l'incompréhension avec les soldats parlant allemand. Parmi les autres personnages, seule Nina Petrova a droit à la présentation de sa motivation, assez classique. L'intrigue s'avère consistante, emmenant le régiment de Johnny Red derrière les lignes ennemis, dans le territoire de l'Allemagne. le scénariste joue également avec le sentiment patriotique russe, qu'il distingue de celui anglais. Bien évidemment, il a intégré dans son scénario plusieurs batailles aériennes. Keith Burns a donc la lourde tâche d'effectuer la reconstitution historique du point de vue visuel, mais aussi de mettre en scène les combats aériens. Il réalise des dessins de type réalistes, avec un détourage de format un râpeux. Il joue le jeu de se montrer d'un bon niveau descriptif, même si lors de quelques scènes de dialogue, il s'économise un peu sur les arrière-plans. Il joue sur le niveau de détails de ce qu'il représente, de très précis pour les avions, les armes et les uniformes, à des décors tracés à grands traits épais pour les baraquements ou les zones naturelles. Il gère avec efficacité la largeur de ses plans et leur distance, soit pour montrer que les personnages sont dans un milieu confiné pendant les scènes d'intérieur, soit au contraire en élargissant l'horizon lors des séquences de vol et de combats. le lecteur apprécie que chaque mise en scène soit taillée sur mesure à la nature de la séquence. L'encrage appuyé et pas lissé des dessins transcrit bien la dureté des conditions de vie de ces soldats, logés dans des conditions assez rudes (le chauffage n'est pas toujours suffisant), avec une nourriture rationnée et de piètre qualité, et une vie assez spartiate. Bien évidemment, le lecteur attend avec impatience les séquences de combat aérien, tout en sachant qu'elles constituent un défi pour l'artiste, à la fois pour rendre compte de la profondeur de champ, du positionnement relatif des appareils, et de leurs déplacements relatifs. Il constate que Keith Burns sait représenter les différents modèles d'avion non seulement avec exactitude, mais aussi avec efficacité. L'artiste sait gérer l'espace en deux dimensions de ses cases pour montrer le positionnement relatif des appareils, avec une bonne profondeur de champ. Il résiste le plus souvent à la tentation de dramatiser les angles de vue pour se concentrer sur la narration, plutôt qu'augmenter les effets. Il se réserve le droit d'inclure une ou deux cases plus grandes par combat pour une vision mémorable. Par contre, il se révèle un peu moins à l'aise pour transcrire le mouvement des avions les uns par rapport aux autres. le lecteur a parfois des difficultés à suivre les figures et les manœuvres. Par comparaison, Joe Colquhoun se montrait plus adroit dans ce type de séquence dans la série Charley's War. Grâce aux dessins, le lecteur plonge donc dans une reconstitution consistante qui lui permet de se projeter aux côtés des personnages, pour ressentir à la fois leurs conditions de vie dans le camp, la tension lors de l'attente de décision des gradés du NKVD, l'arbitraire de leur survie lors des batailles aériennes. Keith Burns ajoute lui aussi des touches d'aventure, conformément au modèle de la série initiale, avec quelques moments de bravoure virile, mais sans systématisme. Garth Ennis fait preuve de retenue dans sa narration, réfrénant sa propension à l'humour énorme et gore. Il montre le prix à payer par Johnny Red, à la fois pour sa bravoure au combat, mais aussi pour la responsabilité des membres de son régiment. Si l'événement central de l'intrigue peut sembler trop appuyé et trop convenu, cela ne l'empêche pas d'évoquer la situation des soldats pris dans un système où ils n'ont d'autre choix que de combattre un ennemi. D'un côté, le lecteur pourrait être tenté de reprocher à l'auteur de ne pas personnaliser les soldats allemands qui forment une armée d'un bloc, un ennemi sans visage à abattre. de l'autre, il met plutôt en avant la volonté des soldats russes de résister à un envahisseur, même s'ils n'entretiennent pas beaucoup d'illusion sur le degré d'implication de leurs dirigeants au plus haut niveau, et sur le fait qu'ils ne sont que de la chair à canon. Ennis ne glorifie pas la guerre, et encore moins les modalités décisionnelles qui y président, rappelant qu'il ne s'agit que d'êtres humains faillibles et susceptibles de se tromper, à tous les échelons. Garth Ennis & Keith Burns rendent un hommage ému à une ancienne bande dessinée britannique réalisée par Tom Tully & Joe Colquhoun, avec honnêteté et talent. Ils en conservent quelques éléments romanesques, que ce soit dans l'intrigue, ou dans le comportement de certains personnages. Dans le même temps, ils font œuvre d'une solide reconstitution historique, et rendent les honneurs au courage d'individus qui ont donné leur vie pour la patrie, pour leurs concitoyens, sans pour autant réaliser une apologie de la guerre.