J'avais envie de découvrir depuis longtemps la série Secrets de Frank Giroud et je me suis laissé aller à lire celui qui était présent à la bibliothèque du quartier. Coup de bol, le mieux noté de l'ensemble !
Et franchement, je suis dans une très belle surprise ! La première chose qui m'a frappé c'est le dessin de José Homs, que je ne connaissais pas du tout mais qui a un sacré coup de crayon, je dois le dire. Entre le dessin dynamique et la colorisation réussie, les cases communiquent parfaitement bien ce qu'elles doivent dire. On a le gris de la vie morne et triste, la couleur qui s'invite, les différents personnages parfaitement reconnaissable et les nombreuses cases de petits moments de vie partagés qui nous entrainent sans avoir besoin de parler.
Le récit se concentre sur la double enquête de l'Angelus de Miller, œuvre légendaire surtout depuis la réinterprétation presque totale du tableau par Dali. Je connaissais déjà cette histoire mais j'ai adoré la façon dont le récit l'intègre pour avoir une porte d'entrée vers les secrets de la famille qui éclatent autour de ce brave monsieur qui découvre tout ce qu'on lui a caché.
Ce qui m'a surtout plu, c'est que le récit ne se concentre pas seulement sur le secret de famille, qui reste le fil rouge du récit, mais explore véritablement la vie de ce pauvre monsieur. C'est une remise en question, style crise de la quarantaine, mais bien menée et apportant la touche de rêve, de couleur et de nouveauté qu'il lui fallait. C'est joliment amené, positif et agréable à lire.
Le diptyque est parfaitement réussi je trouve. Le premier apportait déjà beaucoup d'informations mais le second poursuit sans faiblir jusqu'à une conclusion qui permets de reboucler l'ensemble. Tout n'est pas fini, des nouveaux secrets émergent mais franchement ... c'est une fin qui me convient parfaitement. L'orage est passé, le soleil revient et l'avenir est entre les mains des personnages. Une jolie histoire qui donne le sourire, parfois ça me suffit !
L’album est globalement bien fait, et la narration est dynamique : c’est une lecture rapide, agréable et intéressante. Voilà déjà de quoi la recommander.
Je reste juste sur ma faim à la marge, car certains passages m’ont paru « faciles », auraient sans doute mérité d’être davantage développés, dans un documentaire d’une plus grande ampleur. Mais c’est une bonne entrée en matière, et les rappels historiques sont intéressants, et permettent de remettre dans leur contexte certains événements marquants, comme le développement de l’automobile individuelle à moteur à explosion aux dépends d’autres modes de transports (là j’aurais bien aimé voir des choses sur le lobbying des pétroliers et des constructeurs pour saborder leurs « concurrents), ou les « chocs pétroliers » de 1973 et 1979.
Les rappels sur la fortune des Nobel dans le Caucase, et de Rockefeller sont eux aussi bien vus, comme l’importance stratégique de l’or noir dans les guerres (que ce soit pour les mener et les gagner, ou simplement comme cause d’une guerre – l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 aurait pu être mise en avant je pense).
Mais, malgré quelques petites critiques, j’ai trouvé cet album intéressant et recommandable. Je suis juste étonné de voir à la baguette Pécau, plutôt habitué à des sujets plus « légers » et moins historiques. Mais il s’en sort plutôt bien ici. Quant au dessin de Blanchard, il est un peu statique et stylisé, mais je l’ai bien aimé, et dessin et colorisation – sombres forcément – accompagnent très bien le sujet.
Note réelle 3,5/5.
Rochette cultive un amour pour la montagne que je trouve admirable et son dessin veut magnifier un lieu magnifique qui disparait par la faute de l'homme. La Dernière Reine est une suite spirituelle à Ailefroide - Altitude 3954 et Le Loup, avec ce trait charbonneux en noir et blanc, la montagne comme lieu de vie et l'interrogation sur l'humain qui se lance à l'assaut de ces géantes, pour le meilleur et le pire.
La Dernière Reine reprend l'ours comme symbole d'une nature puissante, belle et magnifique qui se fait progressivement chasser par l'homme, encouragé par les pâturages de moutons et la plantation de sapin. Rochette veut conter son histoire autour de Édouard Roux, mais en même temps passe par plusieurs époques pour mettre en lumière la façon dont l'homme a considéré l'ours, en le mettant en parallèle des femmes notamment.
Le récit est très porté sur les deux personnages principaux, Roux et Sauvage, deux personnages aux noms évocateurs. Il cultive les marginaux, se permet de brocarder sur l'art et veut magnifier la beauté sauvage et naturelle, celle que l'humain détruit consciemment et méthodiquement. Je ne suis pas toujours d'accord avec la réutilisation d'anciens liens supposés que l'homme aurait eu avec la nature, mais je suis malheureusement bien obligé de reconnaitre que l'homme a du mal à respecter cette nature et la voire autrement que comme une source de profit ou d'emmerdes.
C'est beau, bien mené et la BD invite à se poser, respirer l'air des montagnes et échapper à un monde industriel qui produit des guerres industrielles, des malheurs à la chaine, la destruction du beau et la marchandisation de l'art. Un message qu'on peut trouver simple, mais que je trouve beau aussi. C'est aussi le genre de message qu'il devient plus qu'urgent de rappeler au monde.
Une belle histoire jeunesse (d'où ma note élevé), bien que classique dans son scénario, m'a fait passer un agréable moment. J'ai tout de suite été séduit par le magnifique dessin à l'aquarelle, qui apporte une véritable douceur et une poésie visuelle à l'ensemble. Puis, en tant qu'amoureux de la nature et des animaux, je ne pouvais qu'être touché par cette histoire attendrissante, bien qu'elle sera vite oublié.
Mes enfant m'ont offert ce one shot à sa sortie pour mon anniversaire.
En 2021 je n'avais pas encore repris gout à la lecture et je pense qu'ils n'ont fait ce choix que sur le "Goldorak" héros de ma petite enfance
L'intrigue est bien ficelé, Actarus m'apparait sous un jour plus sombre que dans le dessin animé de l'époque
Pour le dessin c'est du très très haut niveau. C'est tellement beau que ca trône "couverture de face" dans ma bibliothèque pour être bien visible (comme le tome 1 de Sanctuaire).
Puis il y a peu j'ai prêté attention aux auteurs, et là j'ai tout de suite compris pourquoi j'avais été emballé. Dorrison, Bajram, Cossu et Sentenac; Que de beaux noms, qui grâce à vous, m'étaient devenus familier.
Il n'y a pas tortiller, le travail quand c'est fait par des pros passionnés c'est propre et beau
Merci à eux ( et à mes petits) d'avoir fait revivre en moi le petit garçon avec ce très bel ouvrage.
C'est une lecture surprenante, c'est le moins qu'on puisse dire. En fait, je pense qu'il vaut mieux ne rien savoir du tout avant de commencer la lecture afin de se laisser emporter par la découverte.
Et la surprise a été totale pour moi, puisque j'ai été vite entrainé dans ce huis-clos déjanté où rien ne va comme on l'imagine. C'est en grande partie dû aux personnages truculents qu'on découvre, mais aussi aux différents twist qui vont découler de tout ça. De surprises en surprises, de nouveauté en déjanté, on en vient à se demander comment tout cela finira. Et la réponse est là aussi une surprise de taille, le genre qui ne mettra pas tout le monde d'accord. Et les autres avis ont bien nuancé à ce propos : c'est du genre qui nécessite d'accepter le peu de crédibilité qu'on lui confère.
Mais en dehors de cette fin qui semble vouloir trop surprendre et passe dans le camp du trop, ça reste une BD étonnante et surprenante. Le genre dont je préfère ne pas dire grand chose pour que vous découvriez, mais je peux dire qu'il y a peu de chances que vous ayez lu ça avant !
Borboleta est une chouette BD, pleine de bonnes intentions et de qualités. A commencer par son dessin qui ne comblera toutefois pas les plus exigeants des BDphiles. Pour ma part, je le trouve très touchant, et malgré un côté approximatif assumé, il est très expressif. Les pages sont pleines de vie. Finalement, le plus gros reproche concernera les choix de colorisation, un peu terne alors que le Portugal est plutôt a priori un pays de soleil. Est-ce un choix volontaire afin de ne pas ensoleiller le totalitarisme ?...
La narration est habile et emmenée par un bon rythme qui ne connait aucun temps mort. Passé et présent s'entremêlent avec fluidité. Les scènes se succèdent sans connaître aucun problème de compréhension, et les dialogues sont bons, dans le jus, et étayent le côté très réaliste.
La fin est chouette et très ouverte, laissant augurer une sorte de "réconciliation" entre l'autrice et son père.
On en apprend un peu plus sur cette dictature qui figea le pays jusqu'à une date finalement pas si éloignée de nous. Et si certains étaient tenter de le croire, ce ne fut pas une dictature soft, loin de là. Comme dans tout régime autoritaire, on torturait allégrement, on désinformait à tire-larigot, on faisait régner la peur, on retenait la population à l'intérieur de ses frontières, on mobilisait la jeunesse pour mener des guerres coloniales, et autres joyeusetés du même acabit. On réalise aussi ce que fut la difficile condition des réfugiés portugais qui sont parvenus à fuir le pays.
A ce stade de l'affaire, après avoir égrainé tant de points positifs, on peut se demander pourquoi dès lors je ne lui fais pas bénéficier d'une meilleure note. Et bien parce que d'une part, je m'attendais à davantage de souvenirs personnels de la part de l'autrice. J'aurais aimé saisir avec plus de force en quoi cette histoire tragique a d'une certaine manière façonné Madeleine Pereira. Au lieu de cela, on a une succession de témoignages, certes très significatifs et plein d'émotions, mais émanant de personnes finalement peu liées à l'autrice si l'on veut bien faire exception de celui de Tia (tata) Joana. D'autre part, j'aurais également aimé en apprendre plus sur cette période douloureuse, avoir plus de détails historiques.
Oui, je boude un peu mon plaisir, et je me sens un peu minable de venir critiquer cette tranche d'existence, moi qui ai été bercé dans un pays où "tout allait bien" (ah ah). Mais c'est la dure dure loi de l'ouest. Ce qui fait qu'on rate une marche tient parfois à peu de choses ; un ensemble de petites choses en fait, qui mises bout à bout fait rétrograder l'ouvrage. Disons que j'aurais mis un très honnête 3,5/5.
(Quelques jours plus tard) : allez, 4 !
Auteur prolifique, Gregory Panaccione n’a conservé que sa casquette de dessinateur pour revenir avec un récit scénarisé par Giovanni di Gregorio. Si « L’Homme en noir » a trait au monde de l’enfance, il aborde un thème grave, celui de la pédophilie. La narration efficace, tout en subtilité et en évitant l’écueil du voyeurisme, va permettre à Panaccione d’y déployer toute sa créativité, le dessin contenant ici une réelle valeur ajoutée.
Le récit démarre avec cette ombre noire et inquiétante, qui plane tel un gigantesque croquemitaine sur une barre d’immeuble HLM aux dimensions démesurées, puis embraye vers un registre beaucoup plus rassurant. Dans un avenant pavillon familial, Mattéo est réveillé par sa mère, c’est l’heure d’aller à l’école ! Le garçonnet émerge à peine d’un cauchemar saturé de visions terrifiantes du fameux homme en noir. Mais heureusement le quotidien familier reprend vite ses droits avec l’irruption du chiot Tommy, turbulent compagnon de Mattéo, qui vient le couvrir de léchouilles bien baveuses. Pour un peu, on se croirait dans « Boule et Bill », allusion évidente à l’insouciance du jeune âge… Mattéo ressemblerait presque à tous les garçons de son âge, si ce n’est pour son côté hyperactif, ces mictions récurrentes durant son sommeil ou ces sautes d’humeur lorsque par exemple son copain Ivan lui parle de l’homme en noir. Peu à peu, les obsessions du gamin vont s’imposer au fil de l’histoire, notamment cette peur du noir incontrôlable quand vient l’heure de dormir. Et de plus en plus, il montrera un visage accablé par la tristesse et l’angoisse. Jusqu’au dénouement final, où jaillira la terrible vérité, que le déni dans lequel s’est barricadé Mattéo ne suffira plus à contenir.
D’un point de vue graphique, ce qui frappe est le contraste entre l’univers coloré du gosse et ses cauchemars représentés dans des tonalités très sombres, comme celles où Panaccione avait excellé dans un de ces récents opus, « La Petite Lumière ». Les pleines pages panoramiques renforcent l’aspect absolument terrifiant de l’homme en noir (faisant que cette BD n’est peut-être pas à mettre entre toutes les mains !) et décuplent la sensation de vertige, lorsque Mattéo rêve qu’il chute du haut de cet immeuble sinistre d’où se dégage une cruelle solitude, avec ces silhouettes mélancoliques contemplant la laideur des inhumaines cages à poules environnantes.
« L’Homme en noir » s’avère indiscutablement une réussite où les partitions graphiques et narratives sont totalement en phase sur un sujet de société extrêmement délicat. Sans doute plus répandue qu’on ne pourrait le croire, la pédophilie prospère sur la loi du silence et la manipulation retorse d’individus certes détraqués psychologiquement mais hautement dangereux. Les auteurs tentent ici de nous avertir, avec subtilité, de certains signes qui font que l’on devrait s’inquiéter pour les jeunes victimes murées dans un silence mortifère, celles-ci risquant de voir leur enfance littéralement broyée par leurs prédateurs.
Merveilleusement ordinaire
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre qui ne nécessite pas de lecture ou de connaissance préalable pour être comprise. Il comprend les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2017, écrits par Mariko Tamaki, dessinés par Joëlle Jones, encrés par Jones, à l'exception du premier épisode qui est encré par Sandu Florea, et mis en couleurs par Kelly Fitzpatrick.
Dans un champ, non loin de Midvale, une fusée s'écrase à proximité d'une grange et une voiture s'arrête pour que le couple aille voir de quoi il en retourne. Au temps présent, c'est la photographie de classe pour le livre d'année, alors que c'est le début de l'année. Dolly Ganger est venue avec un teeshirt portant une inscription drôle. Elle enlève sa casquette de baseball avant la photographie, découvrant une belle mèche de cheveux bleus. Jennifer Bard s'attache les cheveux en arrière en conservant sous sweater. Kara Danvers se rend compte qu'elle a un bouton qui commence à pousser au niveau de la mâchoire, sans réussir à le percer. Elles se rendent ensuite toutes les trois au cours de sport, où la coach Stone leur remet une montre connectée pour pouvoir surveiller et enregistrer des paramètres physiologiques. Après le sport, elles se rendent au diner local, l'une pour consommer un bon hamburger, l'autre une salade pour respecter son régime de sportive. Après avoir travaillé ensemble sur leurs devoirs, le temps est venu pour chacune de rentrer chez elle.
Kara rentre à la ferme et retrouve ses parents adoptifs Eliza et Jeremiah Danvers. Son père ne fête pas ses propres anniversaires et a toujours vécu à la ferme. Avant que Kara n'aille finir ses devoirs, il lui demande de venir l'aider dans la grange, pour déplacer un tracteur. Kara le soulève à main nue. Elle jette ensuite un coup d'œil au vaisseau dans lequel elle est arrivée sur Terre frappé d'un emblème qui ressemble à un S dans un pentagone. Elle pense au rêve étrange qu'elle fait chaque nuit, où elle se trouve dans un aéroport ou une gare ferroviaire, et elle regarde l'obscurité à travers une vitre. Elle décide d'aller voler un peu dans le ciel pour prendre l'air. Puis elle revient dans sa chambre et se plonge dans la lecture de L'insoutenable légèreté de l'être (1982) de Milan Kundera. le matin elle se lève et va percer son bouton dans la salle de bain, avec des résultats peu ragoutants, une façon peu agréable de commencer la journée de ses 16 ans. le train-train reprend le dessus, avec une journée de cours peu excitante, un peu de sport, et ses mains qui se mettent à luire de manière inopportune dans les vestiaires alors qu'elle s'y trouve seule.
Supergirl avait-elle besoin d'une nouvelle itération de ses origines ? Quoi qu'il en soit, le lecteur a conscience que cette histoire est déconnectée de toute continuité et qu'elle propose une version à prendre pour elle-même, devant justifier son existence, sans rapport avec une série continue, ou des développements ultérieurs. le lecteur relève le nom des auteures. Mariko Tamaki s'est fait connaitre en tant que co-auteure de l'excellente chronique adolescente This one summer (avec Jilian Tamaki) et une saison très personnelle de She-Hulk. Joëlle Jones a réalisé deux saisons épatantes de Lady Killer et a participé au mariage Batman Vol. 7: The Wedding écrit par Tom King. Par la force des choses, le personnage de Supergirl étant assez connu, le début du récit passe par toutes les étapes attendues : son arrivée sur Terre (en 1 page), sa relation avec ses parents (un père un peu psychorigide et s'en tenant à des certitudes qu'il a érigées en autant de principes, une mère compréhensive et attentionnée), ses 2 meilleures copines, la vie au lycée, l'utilisation de ses pouvoirs en catimini de peur de la réaction des citoyens lambda, le drame personnel (la mort d'une personne qui lui est chère) qui va déclencher sa vocation de superhéroïne. Mais s'il a succombé à la tentation de ce tome, le lecteur est surtout venu rechercher les particularités des auteures.
Joëlle Jones a donc illustré ces quatre épisodes de quarante-deux pages chacun. Elle a choisi de donner une silhouette d'adolescente longiligne à Kara Danvers, en cohérence totale avec la nature du récit. Elle ne porte aucun costume de superhéros du début jusqu'à la fin, et porte donc des vêtements ordinaires et très fonctionnels : jean, chemisier, pull, débardeur, pyjama très confortable, short et teeshirt pour le sport, basket, blouson. Il n'y a qu'à l'occasion de l'enterrement qu'elle porte une robe noire avec un boléro carmin. Les tenues de ses copines sont tout aussi basiques et normales, Jennifer étant un peu plus affinée que Kara du fait de son régime de sportive et d'une pratique du sport plus intensive. Dolly est un peu plus enrobée du fait de son appréciation pour la nourriture de fastfood. Les autres personnages ont des tenues vestimentaires adaptées à leur âge, salopette et chemise en jean pour le père, robe ample pour la mère, etc. L'artiste sait donner l'impression d'une Amérique rurale, vivant de manière simple, mais sans cette patine intemporelle propre à Ma & Pa Kent figés dans l'Amérique des années 1950. Elle s'investit fortement dans la représentation des différents environnements : gymnase du lycée, piste de course du stade, cuisine un peu encombrée des Danvers, grange avec du matériel agricole, salle de bain à l'aménagement un peu vieillot, salle de cours et vestiaires fonctionnels, cantine impersonnelle, paysages ruraux à base de grands espaces, chantier de construction désaffecté, chambre parentale confortable sans être luxueuse. Les décors sont présents avec une plus grande régularité que dans un comics de superhéros industriel, avec un niveau de détails satisfaisant.
L'enjeu visuel de cette histoire est de montrer une vie quotidienne plausible, sans tomber dans l'image d'Épinal figée dans un passé idéalisé. Kara Danvers est présente sur toutes les pages car le récit se focalise sur elle. Jones sait lui donner des postures naturelles, gracieuses sans donner l'impression d'avoir été piochées dans un magazine de mode. le lecteur observe une jeune fille naturelle, se déplaçant normalement, avec des réactions émotionnelles à l'intensité cohérente avec son âge. Il voit Kara utiliser discrètement ses pouvoirs, là encore avec un grand naturel, une chose normale pour elle, qui n'est plus sujet à un émerveillement, mais sans qu'elle ne soit blasée pour autant. Joëlle Jones se montre très à l'aise dans les gestes de tous les jours, dans les petits détails du quotidien, dans les différents types de marque d'affection, qui ne sont pas les mêmes entre amies, ou entre une mère et sa fille. Elle met en scène avec le même naturel les scènes d'action : le tracteur soulevé d'une main, l'envol dans le ciel, les manifestations lumineuses corporelles involontaires de Kara, l'affrontement physique contre Tan-On dans le dernier épisode. le fait que chaque scène ait l'air naturel n'est pas synonyme d'insipidité, loin de là. le lecteur est régulièrement surpris soit par un dessin (Kara enveloppée dans une couverture de survie, ou en train de percer son bouton), ou par une séquence à la mise en scène très fluide ou au découpage en cases bien pensé.
Le lecteur retrouve toute la sensibilité de Mariko Tamaki, et sa capacité à faire exister ses personnages, sans sensiblerie ni stéréotype émotionnel. Alors qu'elle respecte à la fois les points de passage obligés d'un récit mettant en scène une adolescente dans un milieu rural, et les étapes obligatoires du développement de ses pouvoirs, la scénariste raconte une histoire spécifique, unique du fait de la personnalité de Kara et de son histoire personnelle, inattendue du fait des rebondissements. En effet, soit le lecteur ne connaît pas le personnage et il a tout à découvrir. Soit il connaît déjà le personnage, mais il se rend compte que cette histoire des origines est autonome, sans avoir de compte à rendre à une continuité ou à une autre, ce qui l'autorise à la raconter comme elle l'entend. de fait, il ne s'agit pas du récit habituel, même si Kara vient bien de Krypton et qu'elle dispose des pouvoirs attendus. Sous le charme discret et naturel de Kara, le lecteur partage ses émotions, que ce soit l'amitié avec ses copines qui n'ont rien de pimbêches, d'écervelées ou de cyniques avant l'heure, avec ses parents (sa tendresse pour sa mère, son respect décillé pour son père malgré ses défauts), son deuil pour l'être cher trouvant la mort, sa colère face à la trahison, son espoir dans l'avenir en découvrant un individu disposant de pouvoirs identiques au sien, etc. Comme à son habitude, Mariko Tamaki sait faire exister Kara sous les yeux du lecteur, lui donne vie avec une personnalité propre sans être excentrique ou caricaturale, avec une aisance remarquable.
Bien sûr que Supergirl n'a pas besoin d'une énième origine secrète pour la mettre à jour dans une continuité percluse d'incohérence. Cela n'enlève rien à la qualité de ce récit qui montre une adolescente passer le cap des 16 ans et commencer à prendre une indépendance, à la fois contrainte par les événements, et à la fois soutenue par ses proches, dans une mise en image très agréable, cohérente avec la vision de la scénariste. le lecteur prend plaisir à passer ces moments de lecture, avec une demoiselle sympathique sans être nunuche ou déjà adulte, réalisant progressivement que le monde des adultes est plus complexe que celui de l'enfance, promettant des aventures pour un futur qui n'est pas encore déterminé, rempli de potentiels, aussi bien celui de déterminer que faire de ses aptitudes, que rencontrer d'autres personnes partageant ses convictions, ses valeurs, ses centres d'intérêt.
Loin de l'univers de Gaston, Franquin nous livre une pépite d'humour noir, Pour qui aime l'humour noir c'est clairement du pain béni et chaque "gag" arrachera un sourire.
Il nous livre une vision très critique du monde qui l'entoure et des craintes que le chemin pris par la société pouvait charrier.
Par ailleurs le dessin et l'utilisation du noir colle parfaitement à l'esprit de la BD.
Alors oui depuis 40 ans la société a évolué et pourtant tous les sujets restent d'actualité.
N'est ce pas ça finalement qui fait le plus peur ...
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Secrets - L'Angélus
J'avais envie de découvrir depuis longtemps la série Secrets de Frank Giroud et je me suis laissé aller à lire celui qui était présent à la bibliothèque du quartier. Coup de bol, le mieux noté de l'ensemble ! Et franchement, je suis dans une très belle surprise ! La première chose qui m'a frappé c'est le dessin de José Homs, que je ne connaissais pas du tout mais qui a un sacré coup de crayon, je dois le dire. Entre le dessin dynamique et la colorisation réussie, les cases communiquent parfaitement bien ce qu'elles doivent dire. On a le gris de la vie morne et triste, la couleur qui s'invite, les différents personnages parfaitement reconnaissable et les nombreuses cases de petits moments de vie partagés qui nous entrainent sans avoir besoin de parler. Le récit se concentre sur la double enquête de l'Angelus de Miller, œuvre légendaire surtout depuis la réinterprétation presque totale du tableau par Dali. Je connaissais déjà cette histoire mais j'ai adoré la façon dont le récit l'intègre pour avoir une porte d'entrée vers les secrets de la famille qui éclatent autour de ce brave monsieur qui découvre tout ce qu'on lui a caché. Ce qui m'a surtout plu, c'est que le récit ne se concentre pas seulement sur le secret de famille, qui reste le fil rouge du récit, mais explore véritablement la vie de ce pauvre monsieur. C'est une remise en question, style crise de la quarantaine, mais bien menée et apportant la touche de rêve, de couleur et de nouveauté qu'il lui fallait. C'est joliment amené, positif et agréable à lire. Le diptyque est parfaitement réussi je trouve. Le premier apportait déjà beaucoup d'informations mais le second poursuit sans faiblir jusqu'à une conclusion qui permets de reboucler l'ensemble. Tout n'est pas fini, des nouveaux secrets émergent mais franchement ... c'est une fin qui me convient parfaitement. L'orage est passé, le soleil revient et l'avenir est entre les mains des personnages. Une jolie histoire qui donne le sourire, parfois ça me suffit !
La Malédiction du pétrole
L’album est globalement bien fait, et la narration est dynamique : c’est une lecture rapide, agréable et intéressante. Voilà déjà de quoi la recommander. Je reste juste sur ma faim à la marge, car certains passages m’ont paru « faciles », auraient sans doute mérité d’être davantage développés, dans un documentaire d’une plus grande ampleur. Mais c’est une bonne entrée en matière, et les rappels historiques sont intéressants, et permettent de remettre dans leur contexte certains événements marquants, comme le développement de l’automobile individuelle à moteur à explosion aux dépends d’autres modes de transports (là j’aurais bien aimé voir des choses sur le lobbying des pétroliers et des constructeurs pour saborder leurs « concurrents), ou les « chocs pétroliers » de 1973 et 1979. Les rappels sur la fortune des Nobel dans le Caucase, et de Rockefeller sont eux aussi bien vus, comme l’importance stratégique de l’or noir dans les guerres (que ce soit pour les mener et les gagner, ou simplement comme cause d’une guerre – l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 aurait pu être mise en avant je pense). Mais, malgré quelques petites critiques, j’ai trouvé cet album intéressant et recommandable. Je suis juste étonné de voir à la baguette Pécau, plutôt habitué à des sujets plus « légers » et moins historiques. Mais il s’en sort plutôt bien ici. Quant au dessin de Blanchard, il est un peu statique et stylisé, mais je l’ai bien aimé, et dessin et colorisation – sombres forcément – accompagnent très bien le sujet. Note réelle 3,5/5.
La Dernière Reine (Rochette)
Rochette cultive un amour pour la montagne que je trouve admirable et son dessin veut magnifier un lieu magnifique qui disparait par la faute de l'homme. La Dernière Reine est une suite spirituelle à Ailefroide - Altitude 3954 et Le Loup, avec ce trait charbonneux en noir et blanc, la montagne comme lieu de vie et l'interrogation sur l'humain qui se lance à l'assaut de ces géantes, pour le meilleur et le pire. La Dernière Reine reprend l'ours comme symbole d'une nature puissante, belle et magnifique qui se fait progressivement chasser par l'homme, encouragé par les pâturages de moutons et la plantation de sapin. Rochette veut conter son histoire autour de Édouard Roux, mais en même temps passe par plusieurs époques pour mettre en lumière la façon dont l'homme a considéré l'ours, en le mettant en parallèle des femmes notamment. Le récit est très porté sur les deux personnages principaux, Roux et Sauvage, deux personnages aux noms évocateurs. Il cultive les marginaux, se permet de brocarder sur l'art et veut magnifier la beauté sauvage et naturelle, celle que l'humain détruit consciemment et méthodiquement. Je ne suis pas toujours d'accord avec la réutilisation d'anciens liens supposés que l'homme aurait eu avec la nature, mais je suis malheureusement bien obligé de reconnaitre que l'homme a du mal à respecter cette nature et la voire autrement que comme une source de profit ou d'emmerdes. C'est beau, bien mené et la BD invite à se poser, respirer l'air des montagnes et échapper à un monde industriel qui produit des guerres industrielles, des malheurs à la chaine, la destruction du beau et la marchandisation de l'art. Un message qu'on peut trouver simple, mais que je trouve beau aussi. C'est aussi le genre de message qu'il devient plus qu'urgent de rappeler au monde.
Kodi
Une belle histoire jeunesse (d'où ma note élevé), bien que classique dans son scénario, m'a fait passer un agréable moment. J'ai tout de suite été séduit par le magnifique dessin à l'aquarelle, qui apporte une véritable douceur et une poésie visuelle à l'ensemble. Puis, en tant qu'amoureux de la nature et des animaux, je ne pouvais qu'être touché par cette histoire attendrissante, bien qu'elle sera vite oublié.
Goldorak
Mes enfant m'ont offert ce one shot à sa sortie pour mon anniversaire. En 2021 je n'avais pas encore repris gout à la lecture et je pense qu'ils n'ont fait ce choix que sur le "Goldorak" héros de ma petite enfance L'intrigue est bien ficelé, Actarus m'apparait sous un jour plus sombre que dans le dessin animé de l'époque Pour le dessin c'est du très très haut niveau. C'est tellement beau que ca trône "couverture de face" dans ma bibliothèque pour être bien visible (comme le tome 1 de Sanctuaire). Puis il y a peu j'ai prêté attention aux auteurs, et là j'ai tout de suite compris pourquoi j'avais été emballé. Dorrison, Bajram, Cossu et Sentenac; Que de beaux noms, qui grâce à vous, m'étaient devenus familier. Il n'y a pas tortiller, le travail quand c'est fait par des pros passionnés c'est propre et beau Merci à eux ( et à mes petits) d'avoir fait revivre en moi le petit garçon avec ce très bel ouvrage.
La Cage aux cons
C'est une lecture surprenante, c'est le moins qu'on puisse dire. En fait, je pense qu'il vaut mieux ne rien savoir du tout avant de commencer la lecture afin de se laisser emporter par la découverte. Et la surprise a été totale pour moi, puisque j'ai été vite entrainé dans ce huis-clos déjanté où rien ne va comme on l'imagine. C'est en grande partie dû aux personnages truculents qu'on découvre, mais aussi aux différents twist qui vont découler de tout ça. De surprises en surprises, de nouveauté en déjanté, on en vient à se demander comment tout cela finira. Et la réponse est là aussi une surprise de taille, le genre qui ne mettra pas tout le monde d'accord. Et les autres avis ont bien nuancé à ce propos : c'est du genre qui nécessite d'accepter le peu de crédibilité qu'on lui confère. Mais en dehors de cette fin qui semble vouloir trop surprendre et passe dans le camp du trop, ça reste une BD étonnante et surprenante. Le genre dont je préfère ne pas dire grand chose pour que vous découvriez, mais je peux dire qu'il y a peu de chances que vous ayez lu ça avant !
Borboleta
Borboleta est une chouette BD, pleine de bonnes intentions et de qualités. A commencer par son dessin qui ne comblera toutefois pas les plus exigeants des BDphiles. Pour ma part, je le trouve très touchant, et malgré un côté approximatif assumé, il est très expressif. Les pages sont pleines de vie. Finalement, le plus gros reproche concernera les choix de colorisation, un peu terne alors que le Portugal est plutôt a priori un pays de soleil. Est-ce un choix volontaire afin de ne pas ensoleiller le totalitarisme ?... La narration est habile et emmenée par un bon rythme qui ne connait aucun temps mort. Passé et présent s'entremêlent avec fluidité. Les scènes se succèdent sans connaître aucun problème de compréhension, et les dialogues sont bons, dans le jus, et étayent le côté très réaliste. La fin est chouette et très ouverte, laissant augurer une sorte de "réconciliation" entre l'autrice et son père. On en apprend un peu plus sur cette dictature qui figea le pays jusqu'à une date finalement pas si éloignée de nous. Et si certains étaient tenter de le croire, ce ne fut pas une dictature soft, loin de là. Comme dans tout régime autoritaire, on torturait allégrement, on désinformait à tire-larigot, on faisait régner la peur, on retenait la population à l'intérieur de ses frontières, on mobilisait la jeunesse pour mener des guerres coloniales, et autres joyeusetés du même acabit. On réalise aussi ce que fut la difficile condition des réfugiés portugais qui sont parvenus à fuir le pays. A ce stade de l'affaire, après avoir égrainé tant de points positifs, on peut se demander pourquoi dès lors je ne lui fais pas bénéficier d'une meilleure note. Et bien parce que d'une part, je m'attendais à davantage de souvenirs personnels de la part de l'autrice. J'aurais aimé saisir avec plus de force en quoi cette histoire tragique a d'une certaine manière façonné Madeleine Pereira. Au lieu de cela, on a une succession de témoignages, certes très significatifs et plein d'émotions, mais émanant de personnes finalement peu liées à l'autrice si l'on veut bien faire exception de celui de Tia (tata) Joana. D'autre part, j'aurais également aimé en apprendre plus sur cette période douloureuse, avoir plus de détails historiques. Oui, je boude un peu mon plaisir, et je me sens un peu minable de venir critiquer cette tranche d'existence, moi qui ai été bercé dans un pays où "tout allait bien" (ah ah). Mais c'est la dure dure loi de l'ouest. Ce qui fait qu'on rate une marche tient parfois à peu de choses ; un ensemble de petites choses en fait, qui mises bout à bout fait rétrograder l'ouvrage. Disons que j'aurais mis un très honnête 3,5/5. (Quelques jours plus tard) : allez, 4 !
L'Homme en noir
Auteur prolifique, Gregory Panaccione n’a conservé que sa casquette de dessinateur pour revenir avec un récit scénarisé par Giovanni di Gregorio. Si « L’Homme en noir » a trait au monde de l’enfance, il aborde un thème grave, celui de la pédophilie. La narration efficace, tout en subtilité et en évitant l’écueil du voyeurisme, va permettre à Panaccione d’y déployer toute sa créativité, le dessin contenant ici une réelle valeur ajoutée. Le récit démarre avec cette ombre noire et inquiétante, qui plane tel un gigantesque croquemitaine sur une barre d’immeuble HLM aux dimensions démesurées, puis embraye vers un registre beaucoup plus rassurant. Dans un avenant pavillon familial, Mattéo est réveillé par sa mère, c’est l’heure d’aller à l’école ! Le garçonnet émerge à peine d’un cauchemar saturé de visions terrifiantes du fameux homme en noir. Mais heureusement le quotidien familier reprend vite ses droits avec l’irruption du chiot Tommy, turbulent compagnon de Mattéo, qui vient le couvrir de léchouilles bien baveuses. Pour un peu, on se croirait dans « Boule et Bill », allusion évidente à l’insouciance du jeune âge… Mattéo ressemblerait presque à tous les garçons de son âge, si ce n’est pour son côté hyperactif, ces mictions récurrentes durant son sommeil ou ces sautes d’humeur lorsque par exemple son copain Ivan lui parle de l’homme en noir. Peu à peu, les obsessions du gamin vont s’imposer au fil de l’histoire, notamment cette peur du noir incontrôlable quand vient l’heure de dormir. Et de plus en plus, il montrera un visage accablé par la tristesse et l’angoisse. Jusqu’au dénouement final, où jaillira la terrible vérité, que le déni dans lequel s’est barricadé Mattéo ne suffira plus à contenir. D’un point de vue graphique, ce qui frappe est le contraste entre l’univers coloré du gosse et ses cauchemars représentés dans des tonalités très sombres, comme celles où Panaccione avait excellé dans un de ces récents opus, « La Petite Lumière ». Les pleines pages panoramiques renforcent l’aspect absolument terrifiant de l’homme en noir (faisant que cette BD n’est peut-être pas à mettre entre toutes les mains !) et décuplent la sensation de vertige, lorsque Mattéo rêve qu’il chute du haut de cet immeuble sinistre d’où se dégage une cruelle solitude, avec ces silhouettes mélancoliques contemplant la laideur des inhumaines cages à poules environnantes. « L’Homme en noir » s’avère indiscutablement une réussite où les partitions graphiques et narratives sont totalement en phase sur un sujet de société extrêmement délicat. Sans doute plus répandue qu’on ne pourrait le croire, la pédophilie prospère sur la loi du silence et la manipulation retorse d’individus certes détraqués psychologiquement mais hautement dangereux. Les auteurs tentent ici de nous avertir, avec subtilité, de certains signes qui font que l’on devrait s’inquiéter pour les jeunes victimes murées dans un silence mortifère, celles-ci risquant de voir leur enfance littéralement broyée par leurs prédateurs.
Supergirl - Being Super
Merveilleusement ordinaire - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre qui ne nécessite pas de lecture ou de connaissance préalable pour être comprise. Il comprend les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2017, écrits par Mariko Tamaki, dessinés par Joëlle Jones, encrés par Jones, à l'exception du premier épisode qui est encré par Sandu Florea, et mis en couleurs par Kelly Fitzpatrick. Dans un champ, non loin de Midvale, une fusée s'écrase à proximité d'une grange et une voiture s'arrête pour que le couple aille voir de quoi il en retourne. Au temps présent, c'est la photographie de classe pour le livre d'année, alors que c'est le début de l'année. Dolly Ganger est venue avec un teeshirt portant une inscription drôle. Elle enlève sa casquette de baseball avant la photographie, découvrant une belle mèche de cheveux bleus. Jennifer Bard s'attache les cheveux en arrière en conservant sous sweater. Kara Danvers se rend compte qu'elle a un bouton qui commence à pousser au niveau de la mâchoire, sans réussir à le percer. Elles se rendent ensuite toutes les trois au cours de sport, où la coach Stone leur remet une montre connectée pour pouvoir surveiller et enregistrer des paramètres physiologiques. Après le sport, elles se rendent au diner local, l'une pour consommer un bon hamburger, l'autre une salade pour respecter son régime de sportive. Après avoir travaillé ensemble sur leurs devoirs, le temps est venu pour chacune de rentrer chez elle. Kara rentre à la ferme et retrouve ses parents adoptifs Eliza et Jeremiah Danvers. Son père ne fête pas ses propres anniversaires et a toujours vécu à la ferme. Avant que Kara n'aille finir ses devoirs, il lui demande de venir l'aider dans la grange, pour déplacer un tracteur. Kara le soulève à main nue. Elle jette ensuite un coup d'œil au vaisseau dans lequel elle est arrivée sur Terre frappé d'un emblème qui ressemble à un S dans un pentagone. Elle pense au rêve étrange qu'elle fait chaque nuit, où elle se trouve dans un aéroport ou une gare ferroviaire, et elle regarde l'obscurité à travers une vitre. Elle décide d'aller voler un peu dans le ciel pour prendre l'air. Puis elle revient dans sa chambre et se plonge dans la lecture de L'insoutenable légèreté de l'être (1982) de Milan Kundera. le matin elle se lève et va percer son bouton dans la salle de bain, avec des résultats peu ragoutants, une façon peu agréable de commencer la journée de ses 16 ans. le train-train reprend le dessus, avec une journée de cours peu excitante, un peu de sport, et ses mains qui se mettent à luire de manière inopportune dans les vestiaires alors qu'elle s'y trouve seule. Supergirl avait-elle besoin d'une nouvelle itération de ses origines ? Quoi qu'il en soit, le lecteur a conscience que cette histoire est déconnectée de toute continuité et qu'elle propose une version à prendre pour elle-même, devant justifier son existence, sans rapport avec une série continue, ou des développements ultérieurs. le lecteur relève le nom des auteures. Mariko Tamaki s'est fait connaitre en tant que co-auteure de l'excellente chronique adolescente This one summer (avec Jilian Tamaki) et une saison très personnelle de She-Hulk. Joëlle Jones a réalisé deux saisons épatantes de Lady Killer et a participé au mariage Batman Vol. 7: The Wedding écrit par Tom King. Par la force des choses, le personnage de Supergirl étant assez connu, le début du récit passe par toutes les étapes attendues : son arrivée sur Terre (en 1 page), sa relation avec ses parents (un père un peu psychorigide et s'en tenant à des certitudes qu'il a érigées en autant de principes, une mère compréhensive et attentionnée), ses 2 meilleures copines, la vie au lycée, l'utilisation de ses pouvoirs en catimini de peur de la réaction des citoyens lambda, le drame personnel (la mort d'une personne qui lui est chère) qui va déclencher sa vocation de superhéroïne. Mais s'il a succombé à la tentation de ce tome, le lecteur est surtout venu rechercher les particularités des auteures. Joëlle Jones a donc illustré ces quatre épisodes de quarante-deux pages chacun. Elle a choisi de donner une silhouette d'adolescente longiligne à Kara Danvers, en cohérence totale avec la nature du récit. Elle ne porte aucun costume de superhéros du début jusqu'à la fin, et porte donc des vêtements ordinaires et très fonctionnels : jean, chemisier, pull, débardeur, pyjama très confortable, short et teeshirt pour le sport, basket, blouson. Il n'y a qu'à l'occasion de l'enterrement qu'elle porte une robe noire avec un boléro carmin. Les tenues de ses copines sont tout aussi basiques et normales, Jennifer étant un peu plus affinée que Kara du fait de son régime de sportive et d'une pratique du sport plus intensive. Dolly est un peu plus enrobée du fait de son appréciation pour la nourriture de fastfood. Les autres personnages ont des tenues vestimentaires adaptées à leur âge, salopette et chemise en jean pour le père, robe ample pour la mère, etc. L'artiste sait donner l'impression d'une Amérique rurale, vivant de manière simple, mais sans cette patine intemporelle propre à Ma & Pa Kent figés dans l'Amérique des années 1950. Elle s'investit fortement dans la représentation des différents environnements : gymnase du lycée, piste de course du stade, cuisine un peu encombrée des Danvers, grange avec du matériel agricole, salle de bain à l'aménagement un peu vieillot, salle de cours et vestiaires fonctionnels, cantine impersonnelle, paysages ruraux à base de grands espaces, chantier de construction désaffecté, chambre parentale confortable sans être luxueuse. Les décors sont présents avec une plus grande régularité que dans un comics de superhéros industriel, avec un niveau de détails satisfaisant. L'enjeu visuel de cette histoire est de montrer une vie quotidienne plausible, sans tomber dans l'image d'Épinal figée dans un passé idéalisé. Kara Danvers est présente sur toutes les pages car le récit se focalise sur elle. Jones sait lui donner des postures naturelles, gracieuses sans donner l'impression d'avoir été piochées dans un magazine de mode. le lecteur observe une jeune fille naturelle, se déplaçant normalement, avec des réactions émotionnelles à l'intensité cohérente avec son âge. Il voit Kara utiliser discrètement ses pouvoirs, là encore avec un grand naturel, une chose normale pour elle, qui n'est plus sujet à un émerveillement, mais sans qu'elle ne soit blasée pour autant. Joëlle Jones se montre très à l'aise dans les gestes de tous les jours, dans les petits détails du quotidien, dans les différents types de marque d'affection, qui ne sont pas les mêmes entre amies, ou entre une mère et sa fille. Elle met en scène avec le même naturel les scènes d'action : le tracteur soulevé d'une main, l'envol dans le ciel, les manifestations lumineuses corporelles involontaires de Kara, l'affrontement physique contre Tan-On dans le dernier épisode. le fait que chaque scène ait l'air naturel n'est pas synonyme d'insipidité, loin de là. le lecteur est régulièrement surpris soit par un dessin (Kara enveloppée dans une couverture de survie, ou en train de percer son bouton), ou par une séquence à la mise en scène très fluide ou au découpage en cases bien pensé. Le lecteur retrouve toute la sensibilité de Mariko Tamaki, et sa capacité à faire exister ses personnages, sans sensiblerie ni stéréotype émotionnel. Alors qu'elle respecte à la fois les points de passage obligés d'un récit mettant en scène une adolescente dans un milieu rural, et les étapes obligatoires du développement de ses pouvoirs, la scénariste raconte une histoire spécifique, unique du fait de la personnalité de Kara et de son histoire personnelle, inattendue du fait des rebondissements. En effet, soit le lecteur ne connaît pas le personnage et il a tout à découvrir. Soit il connaît déjà le personnage, mais il se rend compte que cette histoire des origines est autonome, sans avoir de compte à rendre à une continuité ou à une autre, ce qui l'autorise à la raconter comme elle l'entend. de fait, il ne s'agit pas du récit habituel, même si Kara vient bien de Krypton et qu'elle dispose des pouvoirs attendus. Sous le charme discret et naturel de Kara, le lecteur partage ses émotions, que ce soit l'amitié avec ses copines qui n'ont rien de pimbêches, d'écervelées ou de cyniques avant l'heure, avec ses parents (sa tendresse pour sa mère, son respect décillé pour son père malgré ses défauts), son deuil pour l'être cher trouvant la mort, sa colère face à la trahison, son espoir dans l'avenir en découvrant un individu disposant de pouvoirs identiques au sien, etc. Comme à son habitude, Mariko Tamaki sait faire exister Kara sous les yeux du lecteur, lui donne vie avec une personnalité propre sans être excentrique ou caricaturale, avec une aisance remarquable. Bien sûr que Supergirl n'a pas besoin d'une énième origine secrète pour la mettre à jour dans une continuité percluse d'incohérence. Cela n'enlève rien à la qualité de ce récit qui montre une adolescente passer le cap des 16 ans et commencer à prendre une indépendance, à la fois contrainte par les événements, et à la fois soutenue par ses proches, dans une mise en image très agréable, cohérente avec la vision de la scénariste. le lecteur prend plaisir à passer ces moments de lecture, avec une demoiselle sympathique sans être nunuche ou déjà adulte, réalisant progressivement que le monde des adultes est plus complexe que celui de l'enfance, promettant des aventures pour un futur qui n'est pas encore déterminé, rempli de potentiels, aussi bien celui de déterminer que faire de ses aptitudes, que rencontrer d'autres personnes partageant ses convictions, ses valeurs, ses centres d'intérêt.
Idées Noires
Loin de l'univers de Gaston, Franquin nous livre une pépite d'humour noir, Pour qui aime l'humour noir c'est clairement du pain béni et chaque "gag" arrachera un sourire. Il nous livre une vision très critique du monde qui l'entoure et des craintes que le chemin pris par la société pouvait charrier. Par ailleurs le dessin et l'utilisation du noir colle parfaitement à l'esprit de la BD. Alors oui depuis 40 ans la société a évolué et pourtant tous les sujets restent d'actualité. N'est ce pas ça finalement qui fait le plus peur ...