Les derniers avis (32056 avis)

Par Blue Boy
Note: 4/5
Couverture de la série Blast
Blast

Larcenet, on ne le présente plus. On sait qu’il est capable d’appréhender plusieurs genres très différents, qui vont des simples délires potaches à gros nez où le dessin se pare de couleurs vives à des récits introspectifs plus sombres recourant à un trait noir et épais proche de l’abstraction. Deux facettes à l’extrême opposé qui en font une personnalité aussi ambivalente qu’intéressante, une sorte de clown triste de la bédé. Ici on est évidemment plus dans la seconde approche. Le trait est parfois épuré à l’extrême, grossier ou abstrait, parfois glauque, mais cette « laideur » plus ou moins voulue colle à l’âpreté du sujet et sait se faire oublier, contrebalancée par la poésie qui imprègne le récit, avec un lavis noir et blanc donnant une touche très artistique à l’ensemble. Toujours cette fameuse ambivalence… J’ai été vraiment captivé par cette drôle d’histoire avec ce personnage hors du commun, Polza Mancini, énorme baudruche quasi difforme, en apparence primaire et innocent mais beaucoup plus complexe qu’il ne veut le laisser paraître, plongeant les deux inspecteurs de police qui l’interrogent dans des abîmes de perplexité. C’est ainsi que Polza, soupçonné d’être à l’origine d’un acte monstrueux dont on ne sait quasiment rien, va dérouler le fil de son histoire, forçant par là même le lecteur à approcher au plus près son âme noircie par une enveloppe meurtrie. Au départ rebuté par ce héros au corps monstrueux, vaguement inquiétant, dont on ne sait s’il est lucide ou fou (quoique lucidité et folie ne sont jamais si éloignées), on finit par s’y attacher. Comme lui, on finit par ressentir les souffrances qu’il a traversé, lui, cet être intrinsèquement pacifique qui ne demande rien à personne, élevé par un père à la fois protecteur et austère. On finit par comprendre sa rage face à la bêtise et la cruauté du monde, une rage intériorisée mais qu’on devine prête à se déchainer à un moment ou à un autre… Et puis il y a le fameux « blast » visiblement à l’origine de sa garde à vue, sorte d’orgasme psychique intervenant sous l’emprise de l’alcool ou d’une émotion forte, modifiant son état de conscience, un « instant en suspension » où le corps et l’esprit se dissolvent dans un absolu originel et sans limites, où surviennent ces visions obsédantes des moïas, ces fameuses statues de l’île de Pâques… Il faut vraiment avoir le cœur bien accroché pour suivre cette odyssée âpre et mystique, où le sordide est à la hauteur du mystère. Cherchant à échapper au monde prétendument rationnel et civilisé qui le croit fou et requiert son internement, Mancini ne sera pas pour autant tranquille à l’extérieur. La communion avec la nature a un prix : l’errance, le froid et la cruauté humaine pour les parias comme lui…. Ce récit en quatre tomes est à la fois lent et immersif. Les pages se contemplent plus qu’elles ne se lisent, mais le texte, d’une qualité littéraire évidente, n’en est pas moins soigné. C’est véritablement la métamorphose d’un dessinateur à laquelle on assiste avec cette série, comme si Larcenet se débarrassait peu à peu de ses oripeaux d’ado régressif pour entrer de plein pied dans l’âge mûr. Une mue qui avait commencé avec Le Combat ordinaire, où, si le dessin s’apparentait au Larcenet première époque, le propos devenait peu à peu beaucoup plus grave malgré les quelques saillies humoristiques ça et là. Un questionnement toutefois : même si la série reste captivante de bout en bout, on peut se demander si quatre tomes étaient réellement justifiés. Certes, le talent de l’auteur fait qu’on ne s’ennuie pas avec cette œuvre mi-polar mi-contemplative, très puissante et avec risques d’effets secondaires… Sans doute avait-il besoin de ce format pour poser son intrigue. Mais le scénario en lui-même ne me semble pas si complexe pour le délayer sur 800 pages. Bref, chacun pourra se faire son propre avis sur la question. Mais il ne fait aucun doute que « Blast » restera une des œuvres marquantes de cet auteur et une référence du neuvième art.

02/11/2013 (modifier)
Couverture de la série Western
Western

Une histoire sombre, dure, dans un farwest un peu sale. Un western comme je les aime. Pas de couleurs criardes, pas de bons sentiments (ou si peu), pas de happy end. Juste la dure loi du farwest, celle qui m'a fait aimer le genre. Les dessins sont de toute beauté, et le nombre de pages inhabituellement élevé permet de vraiment s'attarder sur les persos et construire une histoire riches sur plusieurs époques. L'une des meilleures BD de Van Hamme, et la meilleure avec son compère Rosinsky (avec Le grand pouvoir du Chninkel, bien sûr).

02/11/2013 (modifier)
Couverture de la série Astérix
Astérix

Bon, je ne parlerai que très peu des 33 premiers albums de la série : . tous les Goscinny sont excellents, mon préféré étant Astérix légionnaire . les quelques suivants 100% Uderzo sont très bons aussi (jusqu'à Chez Rahazade) . après ça devient de pire en pire tant que Uderzo est seul aux commandes. Et de nouvelles mains se sont alors essayées à Astérix. Il était temps. Avec Astérix chez les pictes, il y a clairement du mieux par rapport aux quelques derniers tomes, mais la narration reste laborieuse et les quelques très bons jeux de mots ne rattrapent une histoire laborieuse et un peu longue. Goscinny restera irremplaçable encore de très longues années. Le dessin à la Uderzo est bon, mais le trait rondouillard d'Uderzo me manque quand même. Au final, déception mais avec quand même une toute petite lueur d'espoir pour les tomes à venir.

02/11/2013 (modifier)
Par fab11
Note: 4/5
Couverture de la série Une nuit à Rome
Une nuit à Rome

J'ai passé un agréable moment avec ce diptyque, pourtant ce n'est pas du tout le genre de BD que j'affectionne et loin de là car en général je préfère les récits fantastiques. J'avais acheté à l'époque (en 2012, c'est pas si lointain finalement) le tirage limité Canal BD pour l'offrir à ma compagne. Et cerise sur le gâteau, Jim était présent dans ma région au salon de Palavas les Flots, j'ai donc réussi à faire dédicacer ce très bel album. Depuis j'avais presque oublié que nous possédions ce premier tome et c'est lors d'un passage dans une grande librairie montpelliéraine que je me suis aperçu que le tome 2 était paru . Après avoir acheté le tirage limité au dos toilé (toujours pour ma compagne je le rappelle) je me suis plongé dans cette histoire par curiosité et je vais être sincère avec vous en disant que je me suis régalé avec cette histoire d'amour . L'histoire est relativement simple, deux amants le jour de leur 20 ans se font la promesse de se retrouver 20 ans plus tard quoi qu'il arrive dans la ville romantique de Rome. Effectivement ce scénario peut paraître improbable, peu crédible, irréaliste et je pourrais continuer avec d'autres adjectifs, mais c'est sans doute pour cela que ce récit m'a énormément plu. Jim veut nous faire rêver donc il nous concocte une histoire d'amour peu probable bien sûr mais qui dans l'absolu pourrait être réelle. Pourquoi le personnage principal ne plaquerai pas tout sur un coup de tête pour tenir une promesse faite à l'amour de sa vie 20 ans auparavant ? Cela peut paraître nul mais pourtant je suis certain que tous ceux qui liront ce diptyque se demanderont ce qu'ils feraient à sa place. C'est ça que Jim a voulu faire, faire rêver les lecteurs et leur donner la possibilité de se mettre à la place du personnage principal afin de les faire sortir de leur vie rangée, tranquille, mais aussi plus calme et moins mouvementée il faut quand même le dire. Le dessin de Jim est réussi et très agréable. Les paysages urbains de la ville de Rome dans le deuxième tome sont superbement mis en image, on a l'impression de se retrouver dans ce que certains nomment la plus belle ville d'Europe. Je ne connaissais pas cet auteur et je pense bien remédier à cette lacune en me plongeant dans certaines de ses œuvres plus anciennes. Je conseille vivement la lecture de ce diptyque car en plus de l'histoire vous pourrez voyager au cœur d'une ville qui fait rêver de nombreuses personnes. Qui ne voudrait pas passer une nuit à Rome ? A découvrir.

02/11/2013 (modifier)
Par fab11
Note: 4/5
Couverture de la série Avec les morts
Avec les morts

Et bien moi aussi j'ai beaucoup apprécié ce one shot. D'ailleurs je le préfère à l'album des mêmes auteurs, à savoir Ma Vie de zombie qui traitait également de zombies dans un cimetière. Est-ce une coïncidence ou alors Sébastien Viozat adore les cimetières et les zombies ? Vous me direz pourquoi pas car moi aussi j'aime bien ce genre d'histoire. En tout cas l'histoire est beaucoup plus prenante et originale que dans l'album précédent. J'ai trouvé vraiment intéressant ce récit traitant d'un gardien de cimetière, dont les locataires reviennent tous à la vie (on ne sait pas comment d'ailleurs mais peut importe finalement), et qui tient d'une main de fer cette "charmante communauté". Il devait être maton dans une autre vie ce gardien de cimetière assez particulier en réalité, pour ne pas dire "complétement barré". J'ai adoré le fait que ces zombies aient des sentiments, des souvenirs et des envies de liberté. Ces aspects font de ce récit une histoire assez originale. Ce n'est pas du tout le genre d'histoires "zombiesques" auxquelles nous sommes habitués grâce à des séries comme Walking Dead ou encore "La Nuit des Morts Vivants" (série parue chez Panini Comics et inspirée du chef d'œuvre de Georges Romero). Le dessin et la colorisation sont toujours aussi agréables que dans Ma Vie de zombie, même si le style de RaphaëlB ne plaira pas à tout le monde. Je ne peux donc que conseiller la lecture et même l'achat de cet agréable one shot, qui se lit certes rapidement mais qui nous fait passer un agréable moment.

01/11/2013 (modifier)
Par Dunkaan
Note: 4/5
Couverture de la série Elric (Glénat)
Elric (Glénat)

J’ai eu la chance de lire en avant-première et dans le cadre d’une Masse Critique organisé par Babelio une nouvelle adaptation en format bd du cycle d’Elric écrit par Michael Moorcock et adapté par un groupe talentueux d'auteurs... Autant dire rien que faire l’adaptation d’un univers aussi riche est un challenge en soi. Pour la petite histoire, je n’ai pas encore pu lire ce classique de la fantasy mais j’en avais entendu beaucoup parler en mon jeune temps (ouch, mon arthrite), où je fréquentais les clubs de jeu de rôle, dans les folles discussions nocturnes sur les différents univers (genre qui a la plus grosse) voire même dans les premières adaptations pourries (si si on peut le dire) … Maintenant que j’y repense je crois bien avoir lu un truc à l’époque mais c’est si loin... Bref, d’avance pardonnez-moi si je lache des spoilers à mort ci-dessous, c’est vraiment au-delà de tout contrôle mental de ma part (ou presque) et si vous ne me pardonnez pas c’est le même prix ! (non mais, c’est qui qui tient le clavier ici ?) « Elric » n' a pas de bol, il est né empereur, albinos, intelligent et beau de surcroît … Il aurait pu être l’idole des jeunes dans les années 60 (époque à laquelle le romans a été édité) si le film Twilight avait été tourné. Elric est donc une sorte de Edward Cullen en plus balaise avec des cheveux longs mais là je m’égare (de train) mais c’est juste histoire d’égayer un peu car le roman, lui, est très premier degré. Alors faisons un reset, un petit bonhomme sans rire et remettons les compteurs à zéro. Où en étais-je ? Ah oui ! Bien avant la domination de l’homme, notre monde était peuplé de créatures puissantes et étranges, mi-hommes, mi-dieux. L’homme n’était que viande et bétail dans ce monde-là. Elric, né albinos et affublé d’une maladie, est le dernier empereur de l’arrogante Melniboné, puissante civilisation guerrière en plein déclin. Il n’est pas juste un empereur comme les autres, il est un puissant sorcier-roi capable d’invoquer de terribles créatures provenant du monde du Chaos. Mais qui a besoin d’un philosophe pour gouverner un royaume ? C’est exactement ce que pense son cousin Yyrkoon, assoiffé de pouvoir et qui veut redonner la splendeur d’antan à son peuple. Pour ce faire, il mettra tout en oeuvre afin de destituer Elric de son trône de Rubis, et ce à n’importe quel prix. Elric l’arrogant, l’aristocrate, agnostique, avec sa terrible maladie et la blancheur de sa peau... Autant d'éléments qui le rendent faible aux yeux de certains ; et sa maladie qui le condamne à s’abreuver, tel un junkie, de sang humain ne fait que l’enfoncer dans l’abîme de sa malédiction. Mais ce qu’Elric ne sait pas, c’est qu’il n’est qu’un pion dans les intrigues et les plans écrits par les seigneurs du Chaos. Elric à un destin tout tracé : détruire l’empire de Melniboné et commencer une nouvelle ère. Voilà un monde des plus originaux, transposé en bd. Pour la petite histoire, il faut savoir que Michael Moorcock a écrit cette saga à l’époque de la publication du fameux Conan (ouais vous savez le guerrier pur taureau reproducteur aux cheveux longs bataillant un peu partout) ; Elric, lui, fait surtout référence au néoromantisme-gothique alliant torture et douleur (un peu SM style Clive Barker pendant sa période Hellraiser et donc pas pour le tout jeune publique). Graphiquement grandiose, les auteurs de cette adaptation ont vraiment réussi la prouesse de montrer un monde froid et cruel, digne des plus grandes sagas épiques. Décors grandioses, baroques, sombres, colorés, le tout dégageant une ambiance mélancolique et de rages retenues ; on sent qu’il y a eu un vrai travail de recherche et une excellente collaboration entre les auteurs. Au niveau de la narration, des voix off et des dialogues bien dosés afin de bien faire ressentir et remonter la froideur des mots tout en mélangeant des réflexions sur l’intrigue, lutte de pouvoir, manipulation des dieux, amour, le bien et le mal, la Loi ou le Chaos, le choix de notre destinée … bref on brasse tout un tas de sujets ... Et bien entendu, la clé de voute de ce récit ; un personnage Shakespearien, sombre et paradoxal, mélange d’héros et d’anti-héros, dont le principal ennemi semble être lui-même. On sent qu’on a mis le paquet dans ce premier opus introduisant les personnages et l’intrigue, dont les numéros suivants sont déjà planifiés (si si). Néanmoins, un petit bémol (comme d’habitude on va dire, on cherche toujours le petit truc qui manque pour que ce soit LE chef d’œuvre intergénérationnel )... ce premier livre a des difficultés pour approfondir la psychologie des personnages mais je ne doute pas que les volumes suivants vont approfondir et étoffer Elric. Pour conclure ? Une lecture pour un public adolescent et plus, clairement pleine de gageures avec des prémisses intéressantes et surtout une adaptation de qualité qui m’a clairement donné envie de me plonger dans la lecture des romans (ah on me souffle à l’oreille que ma femme me conseille VIVEMENT de terminer d’abord la pile de romansssss/bdsssssssss qui trône sur le chevet ; ce que femme dit … ) ! Je vous laisse, j’ai des tonnes de bouquins à terminer … (aïe pas sur la tête). (NDMF : Et par la même occasion, ta femme te conseille de faire une brocante pour faire un peu de place et vider quelques caisses...)

01/11/2013 (modifier)
Couverture de la série Le Loup des Mers
Le Loup des Mers

Après A bord de l'Etoile Matutine, voici la deuxième œuvre de Riff Reb’s que je découvre, et c’est encore un grand plaisir de lecture. Visuellement d’abord, c’est une réussite, que ce soit le dessin, très expressif ou la colorisation, que j’ai trouvée très bonne. On a là plus qu’une ambiance, une sorte de canon avec le texte, qui nous raconterait l’histoire à plusieurs voix. On pourrait presque lire cet album sans le texte et le comprendre ! Mais les dialogues ont aussi leur part dans la réussite de cet album, qui nous embarque, nous ballotte au gré des chapitres comme une tempête sans fin, noire. Au vu des deux lectures de Riff Reb’s que j’ai faites, je me demande – avec envie ! ce qu’il pourrait faire d’une œuvre de Joseph Conrad (Lord Jim ou Typhon par exemple) : la rencontre des deux univers me semble prometteuse. En tout cas, lecture et achat fortement recommandés !

01/11/2013 (modifier)
Couverture de la série Peter Pan
Peter Pan

J’aime les œuvres qui donnent du grain à moudre au lecteur même après avoir refermé le dernier tome, il n’y a qu’à voir la longueur des avis pour se rendre compte à quel point le Peter Pan de Loisel passionne les foules. Et il y a tellement à dire sur cette série que ça me donne le tournis, je vais donc faire court (faut dire aussi que je n’ai pu vraiment tous les détails en tête). Loisel dépoussière le conte et met un sacré coup de pied au cul à la version "Mickey parade" de Walt Disney et fait honneur à son créateur écossais J.M. Barrie. Un Peter Pan plus psychologique, adulte et sombre qu’aucune des précédentes adaptations, une lecture à plusieurs niveaux qui donne envie de replonger dans le pays du cauchemar imaginaire pour essayer de tout comprendre. L’impression qui ressort à la fin est d’avoir à faire à une œuvre maîtrisée par son auteur. Je n’ai pas du tout apprécié le dessin de Loisel dans La Quête de l'Oiseau du Temps mais avec le temps ce dernier s’est affiné et j’ai enfin pu découvrir le talent d’un auteur au sommet de son art. La couleur par contre n’est toujours pas au point. J’ai vu quelques planches en noir et blanc et je ne peux que conseiller la lecture dans ce format là où ça devient sublime pour le coup, ce qui est assez rare en ce qui me concerne car je suis un fervent défenseur de la couleur dans les BDs. Pour ceux qui ont de l’oseille je ne peux que chaudement recommander l’achat de la version intégrale grand format en noir et blanc avec la couverture en imitation de peau de croco, géniale! Comptez dans les 200e.

01/11/2013 (modifier)
Couverture de la série Le Décalogue
Le Décalogue

Avec ce Décalogue, Frank Giroud aborde une série ambitieuse, un concept extrêmement novateur, sans aucun précédent dans la bande dessinée, fondé sur 10 albums formant un tout ; de quoi dérouter un éditeur. Mais lorsque Jacques Glénat reçut ce projet, il s'est aussitôt enthousiasmé et a accordé à Giroud une entière liberté. Pour une entreprise de cette envergure, la coordination devait être établie solidement dès le départ, car toute modification sur l'un des récits risquait de déséquilibrer l'ensemble. Ce projet permit de mettre en valeur le travail du scénariste de BD qui bien souvent s'efface derrière le dessinateur, son travail servant l'aspect graphique ; mais depuis quelques années, on a assisté à une revalorisation du scénariste, car dans les années 60 et 70, on s'en souciait peu, à part Charlier et Goscinny, peu d'entre eux étaient connus, alors qu'aujourd'hui, il existe un panthéon de scénaristes dont certains sont attachés à un éditeur (Cauvin chez Dupuis, Cothias chez Glénat, Arleston chez Soleil...). Pour le Décalogue, nul doute que la cohésion de l'ensemble a contribué à donner au scénariste une valeur dans l'esprit du public. Au fil des albums dont chacun met en relief un commandement, on découvre le mystère même de la création de ce décalogue qui mêle des principes juifs, chrétiens et musulmans, traversant les âges et influant directement sur le destin de ceux qui ont possédé ou approché ce Nahik. Comme dans toute série utilisant plusieurs dessinateurs, le concept peut s'avérer déstabilisant comme je l'ai dit ailleurs, car à chaque fois, il faut se réhabituer à un style, un graphisme, une vision différents, et ici plus que dans Le Triangle Secret (où dans un même album, il n'y avait que quelques pages dessinées par des "invités"), ce qui explique l'inégalité graphique que le lecteur peut ressentir, chacun aura ses préférés, car la narration restant stable, c'est le visuel qui séduit alors. Personnellement, j'ai aimé les tomes illustrés par De Vita, Gillon, Faure et Franz, et j'ai pris cette oeuvre comme un immense one-shot en 10 chapitres, car il y a quand même une forte cohésion. Et autre singularité : chacun des 10 volumes peut être lu séparément, même si le récit gagne à être lu dans son ensemble, en sachant bien qu'il fonctionne à rebours, c'est-à-dire qu'il peut être lu du premier au dernier ou inversement, chacun étant consacré à une date et une époque précises, le fil rouge restant toujours Nahik. Voici donc une oeuvre exceptionnelle en BD, d'un grand souci d'exactitude, à plusieurs niveaux de lecture, utilisant un procédé audacieux, qui sera repris par d'autres et par Giroud lui-même (pour Destins), qui traite des désirs universels poussant l'homme vers un but, au scénario hardi et complexe, un pari insensé, passionnant qui a été plébiscité à juste titre par la critique et le public, mais dans lequel il faut s'immerger totalement si on veut en avoir une approche correcte ; en effet, pas question de lire ça à la va-vite dans le bruit et en s'arrêtant toutes les 10 minutes. L'ultime album, le XIème Commandement, révèle certaines zones d'ombre, mais n'est pas absolument essentiel, sauf pour un fan.

01/11/2013 (modifier)
Par peckexcel
Note: 4/5
Couverture de la série La Caste des Méta-barons
La Caste des Méta-barons

Il y a 2 ou 3 ans je me suis interrogé sur les bd que je devais lire, et celle-ci est sortie du lot pour 2 raisons : la première est que je n'avais jamais lu une bd de Jodorowski, la seconde est que je lis assez peu de SF. Je me jette sur l'intégrale et j'entame ma lecture... La première chose qui étonne est avant tout le graphisme, ça envoit et ça a plutôt bien vieilli, même si sur certaines cases on a un aspect quelque peu figé, c'est hélas un défaut de ce style. L'univers parait riche et envoûtant. Concernant le scénario, je n'avais et je n'ai pas encore lu L'Incal (mais c'est prévu) donc je ne parlerai pas de la relation entre les 2 "univers". J'ai beaucoup aimé la forme de diptyque car elle oblige à la relative concision de l'intrigue (s'opposant à la frustration qu’amène le dessin en nous suggérant un univers vaste et infini). De plus j'aime voir l'évolution de l'univers ces changements politique au cours du temps le rendent vivant. Après certaines histoires de membres de la caste sont plus faibles que d'autres mais globalement c'est très acceptable voire très bon. Le scénario m'a beaucoup fait penser à Dune et j'ai appris par la suite pourquoi... Toutefois j'ai hésité à mettre 3 étoiles... Il y a un problème, quelque chose que j'ai détesté et le soucis c'est qu'il est récurrent ! Je hais ces 2 robots !!!!!!! Je comprends leur utilisation dans le processus de narration et même si c'est un peu facile pourquoi pas, mais ce sont les dialogues qui me gênent !!!! Dans une bd on a 2 éléments fondamentaux directement perceptibles : les dessins (dans ce cas c'est très bon) et les dialogues!!! (et ils rendent les 2 robots parfaitement antipathiques ! Alors que narrativement ça ne devrait pas!) Pour conclure : cela reste néanmoins une excellente série que j'ai beaucoup aimée : de très bons dessins, une structure narrative en diptyque très intéressante.

01/11/2013 (modifier)