Les derniers avis (32041 avis)

Couverture de la série Spirou et Fantasio
Spirou et Fantasio

Comme beaucoup, j’ai découvert cette série avec les albums de Franquin, et c’est à son aune que j’étalonne tous les albums de la série. Si les premiers essais de Franquin peuvent paraître poussifs au niveau du dessin, il a rapidement trouvé le rythme pour les aventures. Et puis son génie a éclot. Que ce soit au niveau du dessin, qui évolue pour atteindre une apogée, un style personnel, tellement copié depuis qu’on peut parler d’école. C’est rond, mais très dynamique, et très efficace (même évolution que pour son génial Gaston Lagaffe). Quant aux scénarii, si le côté aventure est de mieux en mieux maîtrisé, Franquin va y insuffler de l’humour, de la loufoquerie, avec des personnages secondaires excellents (parce que ni parfaits ni monolithiques), comme Pacome de Champignac, ou Zorglub par exemple, parfois même capables de s’émanciper comme le Marsupilami (je pense que le Marsupilami aurait dû rester ce poil à gratter des aventures de Spirou et Fantasio et ne pas s’épuiser, en épuisant le filon dans ses propres aventures, mais c’est une autre histoire). Les albums réalisés par Franquin font partie des « vieilles » séries que j’ai le plus relues, sans que s’épuise le plaisir de s’y replonger. Ce « cœur » de la série mériterait les 5 étoiles (malgré les défauts des premiers albums de Franquin). Puis Franquin a passé le relais, ce qui est le principe dans cette série historique, mais pas datée. Même si je place le travail de Fournier en dessous de celui de Franquin, ses albums sont intéressants. Je n’ai pas du tout aimé ce qu’ont fait Broca et Cauvin, et ce sont les albums de Tom et Janry qui ont redynamisé ce mythe de la bande dessinée franco belge : sans copier Franquin, ils ont su à la fois revisiter et moderniser la série. J’avoue avoir un peu décroché ensuite, et n’avoir lu qu’en pointillé les différents successeurs : trop de changements, d’ailleurs avec un succès inégal (même si Vehlmann fait des choses intéressantes). Ces hauts et bas m’empêchent d’aller au-delà des quatre étoiles. Mais cela laisse tout de même pas mal d’albums fortement recommandés, à la lecture comme à l’achat (les éditions Dupuis sortant d’ailleurs depuis quelques années une intégrale où vous pouvez piocher vos albums et auteurs favoris…).

25/01/2014 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Vois comme ton ombre s'allonge
Vois comme ton ombre s'allonge

Une histoire envoutante à la narration volontairement décousue, présentant des fragments de vie confus et sans lien apparent. Tout ne tourne pas rond dans la tête du narrateur (schizophrénie subite ?) et on s’amuse à l’aider à rassembler les pièces d’un puzzle que l’on devine être sa vie. Alors bien entendu il faut être friand de ce genre d’histoire un peu onirique où l’on ne comprend pas tout (surtout au début !), mais moi j’ai adoré. Surtout que le dessin de Gipi est à tomber par terre. Il alterne les esquisses encrées et les cases en couleurs – les aquarelles de l’auteur sont vraiment magnifiques – voir galerie. Un album intriguant et dont se dégage un mystère, une mélancolie et une poésie qui m’ont beaucoup touché.

24/01/2014 (modifier)
Couverture de la série Gédéon
Gédéon

Animal aux attitudes anthropomorphes, le canard Gédéon a mené de multiples activités ; cet univers animalier est doté de sentiments humains transposés dans une basse-cour avec parfois une certaine cruauté. Gédéon reste le personnage le plus connu de Benjamin Rabier, décliné en dessin animé, en jouets, disques pour enfants, publicités... Le style de B. Rabier est inimitable et immédiatement reconnaissable. Je m'en rappelle en avoir lu dans des grands albums plats de format à l'italienne tout écornés des éditions Garnier qui dataient des années 30, et qui avaient fait la joie de mes parents, bien que leurs familles n'étaient pas spécialement portées sur ces Bd balbutiantes ; c'était pas toujours bien vu. Mais le trait magique de Rabier avait réussi à percer la méfiance des parents de ce temps, car c'était aussi un formidable illustrateur qui avait laissé un souvenir impérissable dans les écoles primaires des années 20 en ayant illustré notamment les Fables de La Fontaine. Les Fables par Benjamin Rabier, c'était une pièce de musée très appréciée pour ce trait vif représentant des animaux rieurs, avec souvent de grosses têtes, très caractéristique que Rabier avait mis au point lors de ses travaux pour l'imagerie Pellerin d'Epinal. C'est lui aussi qui a dessiné la Vache qui rit, c'est vous dire la renommée dont il jouissait. Ces albums Garnier doivent valoir une fortune, il m'en reste 1 ou 2 quelque part, c'est un précieux trésor, mon précieux comme dirait Gollum. Je suis donc assez surpris de trouver Gédéon sur le site, car c'est surtout de l'illustration de livres pour enfants, branche dans laquelle Rabier s'était spécialisé dès 1906. Il est vrai que ces courts récits en images étaient déjà de forme très moderne : peu ou pas de légendes, quelques répliques placées dessous ou à côté des dessins qui eux, constituaient le support privilégié de la narration ou du gag. Cette technique peut donc se rapprocher de la bande dessinée telle qu'on la concevait alors à cette époque, notamment dans Zig et Puce de Saint-Ogan. Pour moi, ces albums Garnier et le style pictural à l'ancienne de Benjamin Rabier ont une saveur particulière, ils me replongent dans une enfance dorée, d'où ma note sans doute dictée par la nostalgie, mais Benjamin Rabier, c'était aussi un immense artiste.

24/01/2014 (modifier)
Couverture de la série La Colère de Fantômas
La Colère de Fantômas

Voilà un challenge de derrière les fagots, faire redécouvrir au public à travers un prisme nouveau les aventures de Fantômas alors que l’imagerie populaire a toujours en tête le film ultra-kitch sorti dans les années soixante avec Jean Marais et De Funès dans le rôle-titre. Mais siiii rappelez-vous ce film mitonné d’humour et de cascades, qui a convaincu tout le monde que Fantômas était un genre de clown avec des préservatifs mauves sur la tête, qui roulait en « Citroën DS » kitée comme une voiture de James Bond ; et que l’inspecteur Juve était complètement abruti et survolté. Ridicule me direz-vous ? Il faut croire que les réalisateurs étaient sous l’emprise d’un savant mélange d’ecstasy et d’amphétamine car l’histoire n’a retenu que celle du condom bleu. « Je t’aurai un jour Fantômas, je t’aurai ! » Il faut tout de même savoir qu’à l’origine, les histoires de Fantômas sont des romans feuilletons écrits lors de l’avant-guerre par Marcel Allain et Pierre Souvestre (à qui nous envoyons le bonjour), et qui mettaient en scène un méchant méchant genre très méchant dans un Paris dépravé du début du XXe siècle. Ces romans à succès, qui ont inspiré une multitude d’auteurs célèbres de l’époque (Sartre, Apollinaire …), racontaient les histoires machiavéliques et diaboliques de cet anti-héros français, terroriste, ennemi public numéro un, pourchassé et traqué par le duo Juve et Fandor. Autant dire que tout cela faisait vibrer les pacemakers des papys mamys au son des pages tournées. Mais avant toute chose, back to the past, back to… Paris, début du XXe siècle, il neige. Juve, encore agent de police, se laisse distraire lors d’une de ses rondes routinières par un spectacle fascinant présentant le renouveau du théâtre, le cinématographe. Mal lui en prend car lors de la projection, une femme terrorisée surgit de nulle part et le supplie de protéger son fils car elle est pourchassée par un mystérieux homme masqué. Policier dans l’âme, Juve se lance à la poursuite de ce dernier et lors d’une lutte acharnée, alors que les deux adversaires ont un pied à terre, l’un deux se relève brusquement et avant de dire mot, lancera un regard qui scellera leur destinée à jamais : « Je suis Fantômas » (à noter que le lascar m’a l’air de mesurer 1m80, ce qui s’avère être une taille relativement moyenne par ce que je peux en juger dans le métro tous les jours). Fantômas, génie du mal, gangrènera tout Paris et même l’Europe ; bien des années plus tard, le 21 août 1911, Fantômas est décapité ! … mais même la tête sous la guillotine, il criera à la foule « Je me vengerai ». La légende du maitre de l’effroi et le spectacle peuvent ENFIN commencer car … Fantômas ne perd jamais (musique siouplé). Edité chez Dargaud avec Olivier Bocquet à la bouche et Julie Rocheleau (très sympa au passage) à la brosse, les auteurs nous proposent, sous forme d’un triptyque, une série librement inspirée de l’œuvre initiale. Pour être honnête au début, quand on m’a parlé de triptyque j’ai rapidement fait l’amalgame avec le film qui lui aussi s’étalait sur 3 épisodes. Mais n’ayez crainte, c’est ici que s’arrête la parenté avec le film (ouf !). La colère de Fantômas est avant tout une très bonne adaptation qui nous fait (re)découvrir la genèse de ce personnage mythique ainsi que l’origine qui poussera le commissaire Juve et son ami Fandor à rentrer dans ce jeu du chat et de la souris. Secondée par un scénario bien rythmé, vif et surtout expressif faisant la part belle à l’imagination, l’histoire arrive à mettre en abîme la société de l’époque, son ambiance et les personnages en trouvant le ton adéquat pour le récit. Fantômas, au final, incarne cette autre facette de Paris, celle de ses bas-fonds (un peu comme son opposé le Spirit de Wil Eisner). Graphiquement on a une pâte graphique très stylisée, peu commune, voire singulière et qui rajoute un petit « plus » au côté immersif de l’histoire grâce à des jeux d’ombres subtils et un choix de couleurs puisant allégrement dans les tons orange, sang et neige. Maintenant c’est aussi cette singularité qui tranchera le lectorat entre ceux qui aimeront et les autres. Le trait, quant à lui, est tourmenté, parfois violent, et donne une belle impression morbide. Cette bd redonne, à mon sens, toutes ses lettres de noblesse à la saga en la réhabilitant ; à tel point que j’ai presque eu envie de plonger dans les romans même (je ne vous le conseille pas, les romans ont mal vieilli, et ça pique aux yeux !). Pour finir mes élucubrations de répondeur téléphonique, c’est donc une belle revisite du vil criminel avec un récit destiné principalement aux 14+ vu l’histoire et son côté sombre. À noter que le 2ème tome vient de sortir sous presse et mon petit doigt (le droit) me dit que cela va être du même acabit. Alors un conseil, laissez-vous emporter car le crime paie et ce soir, il va régler ses comptes ! Ps : Avec Fantômas, c’est joie, détente et bonheur assurés…nan je plaisante ^^

24/01/2014 (modifier)
Couverture de la série Mon Papa
Mon Papa

Voilà probablement mon album préféré de cet auteur, qui a eu une production assez prolifique et inégale. Le dessin est assez épuré, peut-être plus lisible que sur certaines oeuvres ultérieures, avec un trait efficace, proche de Sempé (ce qui est un compliment). Je trouve que Reiser n’est jamais aussi percutant que lorsqu’il se lance dans la critique sociale, en usant d’un sens de l’humour décapant. Et ici, c’est essentiellement la famille qui voit sa valeur repensée à coup d’historiettes « bêtes et méchantes » (pour reprendre le slogan d’un magazine qui s’en faisait la spécialité). C’est souvent bien fait, fort, et si on le replace dans le contexte de la France pompidolienne et giscardienne des années 1970, on peut imaginer l’impact de ce genre de publication – qui pourrait paraître « anodine » aujourd’hui. L’humour est parfois con, souvent noir, mais pas aussi trash que ça finalement. Il y a aussi beaucoup de poésie – noire évidemment. On sent que le regard de Reiser pour l’enfant qui parle de son père – je ne sais ce qu’il peut y avoir d’autobiographique dans ces « anecdotes » - est empli d’empathie, et qu’il n’y a pas de méchanceté gratuite. C’est donc un album à lire, vraiment, et à acheter (il se trouve très facilement et pas cher en Folio).

23/01/2014 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Charly 9
Charly 9

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans cet album, qui m’a d’abord paru ennuyeux car ne racontant finalement pas grand-chose de plus que le résumé en 4eme de couverture. Et puis je me suis laissé prendre au jeu, et j’ai commencé à apprécier cet humour noir et cynique, cette légèreté malgré l’histoire sombre. L’engrenage qui pousse petit à petit le roi vers la folie est assez jubilatoire, et je dois avouer avoir ri assez souvent sur la 2eme moitié de l’album. Un album qui ne m’a pas spécialement marqué, mais que je recommande néanmoins pour son humour noir.

23/01/2014 (modifier)
Par Telenk0
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Ambulance 13
L'Ambulance 13

Une immersion totale dans l'horreur de la seconde guerre mondiale. On tremble sous les coups d'obus et les membres arrachés, on sent les odeurs des chairs qui pourrissent, on s'offusque devant le manque de considération de la vie humaine des personnages hauts placés qui n'hésitent pas à envoyer les noirs en première ligne car jugés moins précieux et qui exécutent de faux espions et de vrais poilus pour donner l'exemple. Le personnage principal, le sous-lieutenant Bouteloup, que l'on suit de ses débuts sur le front à sa transformation en vrai poilu, est profondément humain et n'hésite pas à reprocher à ses supérieurs leurs injustices, même si cela doit lui apporter des problèmes. Son caractère est bien trempé, même s'il garde toujours ses bonnes manières bourgeoises, ce qui confère au personnage un aspect charismatique. Le dessin n'est pas figé comme les couvertures pourraient le laisser penser et il révèle bien l'horreur des combats. A la fin du second cycle, on commence à percevoir le changement d'opinion des civils sur les poilus, qu'ils commencent à considérer comme "dérangeants", ce qui laisse entrevoir une suite très intéressante.

23/01/2014 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Passage Afghan
Passage Afghan

Sans essayer de copier les avis précédents, il faut bien avouer que cette BD présente une situation intrigante. J'ai beaucoup aimé la lecture de ce roman graphique très court (48 pages) mais bien complété par une deuxième partie qui, elle, est entièrement rédigée et contient quelques cases de BD et des photos. Cette deuxième partie est très intéressante aussi. Me dessin de Ted Rall est franchement minimaliste, voir très moche, qui rend très faiblement compte de la situation. En dehors de ça, il n'apporte rien à l'histoire, qui est largement plus supporté par le texte. Ce texte est assez étonnant. Ce que j'ai beaucoup aimé, c'est qu'en croisant la lecture avec Le photographe et Kaboul Disco, nous avons trois points de vues sur l'Afghanistan à trois époques différentes, selon trois points de vues différents et usant de méthodes différentes, mais les trois étant un carnet de voyage. Le propos de Ted Rall est ici double. A la fois un rapport sur la guerre menée par les USA en Afghanistan, mais aussi tout une dénonciation des médias américains et de la propagande servie au monde. C'est assez amusant comme double lecture, d'autant que Ted Rall ne se prive pas d'accuser tout ceux qu'il estime responsable de cette guerre absurde et illogique. Lors de ma lecture, j'ai été frappé de remarquer combien elle était complémentaire des deux autres BD citées ci-haut. Elles trois nous font l'étalage d'un pays vraiment différent, qu'un occidental à du mal à concevoir et comprendre. C'est une géopolitique à part entière que cette Afghanistan, complété par tout les pays avoisinant et qui donnent un échiquier géopolitique complexe. C'est un véritable piège dans lequel il ne faut surtout pas mettre les doigts, comme le firent les USA en 2001. Cette BD nous fait aussi comprendre pourquoi tout cela est arrivé, arrive, et arrivera sans doute. Entre les attentats, les kamikazes, les guerres, les déplacements, les extrémismes religieux, les questions d'argent, les enjeux pétroliers, les ethnies et les peuplades, tout est à prendre en compte dans cette région du monde, et la BD nous montre un petit pan de cette complexité. En ce sens, elle réussit parfaitement son propos, et la fin résume bien tout cela : "Ça n'est vraiment qu'un jeu." Mais un jeu très dangereux. Amateurs de renseignements, avide de comprendre le Moyen-Orient, simplement curieux, lisez cette BD et vous verrez que vous êtes loin, très loin de comprendre la réalité du terrain. C'est quelque chose qui nous dépasse, délicat, et qui pourtant est à l'heure actuelle encore très important. C'est un pays qui a son importance aujourd'hui, et qui est situé dans la région du monde la plus remuée. Connaitre un peu mieux ce qu'il s'y passe n'est pas négligeable. C'est pour cela que je vous recommande cette BD.

21/01/2014 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Annie Sullivan & Helen Keller
Annie Sullivan & Helen Keller

Je me suis souvent posé la question suivante : comment éduquer une personne qui ne peut ni entendre, ni voir, et ce depuis sa naissance (ou en tout cas depuis la petite enfance). Comment établir la communication, leur apprendre à lire, à parler ? Cet album passionnant raconte le travail acharné d’Annie Sullivan, pionnière en la matière à une époque où l’inclusion des handicapés dans la société était loin d’être une priorité d’ordre public. Le récit est un poil académique, mais instructif au possible et passionnant. Annie Sullivan est un personnage intéressant, borné et sans compromis. Son combat est incessant et se livre sur plusieurs fronts : son élève n’est pas spécialement coopératif au début, les parents n’approuvent pas de ses méthodes, son employeur n’a pas forcément les mêmes ambitions qu’elle… sans compter ses démons personnels. La mise en image est également classique, mais la représentation de l’univers « sourd muet » de Helen Keller est ingénieux et vaut le coup d’œil. Bref joli coup pour les éditions Cà et Là, qui se reflète dans les ventes – 6146 exemplaires vendus en 2013, soit leur 2eme plus grosse vente de l’année (après Mon ami Dahmer). Un album recommandable.

21/01/2014 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Désespoir du Singe
Le Désespoir du Singe

J’ai été très séduit par cette bande dessinée envoûtante qui m’avait déjà interpelé par ses couvertures très réussies, reflétant parfaitement l’atmosphère générale : à l’image de ce train illustrant le troisième tome, cette saga à la fois fiévreuse et ténébreuse nous embarque à tombeau ouvert vers des horizons rougeoyants d’aventures périlleuses et de romanesque débridé. L’ambiance est souvent très sombre et pourtant jamais glauque. Le dessinateur Alfred a un sacré coup de patte qu’il gère sans coup férir. Toujours intéressantes à détailler, les cases comportent de nombreuses références à la peinture moderne du début du XXème siècle, deux des protagonistes étant d’ailleurs peintres eux-mêmes. Son trait, anguleux et tendu comme un arc, s’inspire d’un néo-expressionnisme à la fois nerveux et menaçant, se voyant renforcé par une composition audacieuse. A souligner une certaine évolution au fil des tomes, inconsciente ou non : perdant en précision, le crayon semble s’adapter, plus naïf, plus abstrait, plus onirique alors que l’histoire s’accélère et que l’abattement semble gagner du terrain. Les couleurs sont superbes, passant avec bonheur des tons chauds bouillants à des nuances obscures et glaciales. Il n’y a quasiment rien à reprocher du point de vue visuel, c’est très original, efficace et stylé, et reflète bien l’atmosphère lourde de menaces de l’entre-deux-guerres sur le vieux continent, ici en l'occurrence dans un pays (imaginaire) qui pourrait être l'URSS. Le scénario est très bien construit, à la façon d’une sarabande dont le rythme ne cesse de s’accélérer jusqu’à l’apothéose du troisième tome. On suit ce récit tour à tour fasciné, émerveillé et inquiet pour ces héros romantiques (au vrai sens du terme), car on sait que d’une manière ou d’une autre, tout ça finira mal… Cette bande dessinée très riche allie avec grand talent l’aventure, la politique, le monde des arts et le romanesque : l’histoire d’un amour passionné entre une pasionaria et un peintre raté, amour menacé par la folie d’un régime tyrannique. Une ode à la vie et à la liberté, tout simplement. Je regretterais seulement le manque d’émotion (sauf à la fin du dernier tome), peut-être due au caractère un peu simpliste des personnages. Mais que l’on ne s’y trompe pas : cette BD demeure un petit bijou à découvrir absolument.

21/01/2014 (modifier)