Je ne me lasse pas des BD de Tardi portant sur les deux plus grands conflits qui ont ravagé le monde au siècle dernier...
Le trait est fidèle à lui même, noir, triste, idéal pour dépeindre cette macabre et folle boucherie que fut la première guerre mondiale.
On découvre à quel point l'horreur peut être horrible et les nombreuses facettes qu'elle peut prendre. Encore un témoignage fort et poignant sur la bêtise humaine, espèce qui, pour l'instant, a quand même bien tout foiré et dégueulassé sur son passage.
On a droit aussi à une belle préface, très juste, avec un bon choix des mots qui vont droit au coeur et mettent bien en condition pour lire cet ouvrage.
Un must pour les amateurs d'histoire comme moi, on n'en finit pas d'en apprendre sur cette abomination grâce à Monsieur Tardi.
( 278 )
J'ai bien aimé ce petit (enfin gros...) manga sympathique sans prétention.
Comme pour chaque agréable surprise, je décerne un p'tit coup de coeur à cet ouvrage.
J'ai beaucoup apprécié l'atmosphère du récit. On a vraiment l'impression d'être au Japon dans les années 30, et j'ai appris beaucoup de choses sur cet énigmatique pays, grâce aux nombreuses notes en fin (ou au début, c'est selon...) d'ouvrage.
Plus je lis de mangas de qualité, plus j'ai envie d'en savoir sur le pays du soleil levant !
Je salue aussi la bienveillance de l'éditeur qui a laissé les onomatopées en japonais avec de discrètes astérisques pour nous les expliquer.
L'histoire en elle-même n'est pas vraiment marquante, mais elle est très entraînante. C'est avec grand plaisir que je me replongeais chaque jour dans cette lecture. J'ai bien aimé le mélange du côté authentique, de la vie quotidienne, parfois rude, avec ses coups durs (décès de certains proches de Shigé, par exemple), avec le côté fantastique figuré par les yokaï.
Côté personnages, le héros est attachant, NonNonBâ petite mémé nippone qui maitrise la communication avec les esprits, est excellente !
Concernant le dessin, j'ai un peu moins accroché, c'est pas spécialement beau, notamment les visages, qui sont volontiers caricaturaux, mais bon, ça reste largement lisible et de toute façon je suis moins exigeant sur ce critère.
Un bon moment de lecture.
(276)
Je ne connaissais pas l’histoire de Jeff Dahmer, visiblement un des plus grands et des plus sordides tueurs en série des Etats-Unis (où il y a de la concurrence !), et n’avais pas été plus attiré que ça par la couverture. Après l’avoir vu sur la liste des albums sélectionnés pour Angoulême, je me suis décidé à le lire.
Le dessin, qui ne m’avait pas attiré est assez spécial, pour les formes anguleuses des visages, la perspective un peu faussée des décors, mais se révèle finalement plus que lisible. Original je trouve – dans le bon sens du terme (c’est la première œuvre de Backderf que je lis).
Pour ce qui est de l’histoire, on a là une sorte d’enquête de l’auteur, qui a côtoyé plusieurs années le futur criminel, et qui nous décrit les dernières années de Dahmer avant son entrée dans la folie. Il nous décrit plutôt cette entrée, par petits pas, reconstituant – au travers de ses propres souvenirs et grâces à des témoignages recueillis ultérieurement – la naissance d’un monstre.
Il n’y a ni sensationnalisme, ni dégoût hypocrite, ni empathie. Backderf signale juste à chaque étape de la dégradation perceptible du comportement de Dahmer les signaux que personne n’a vu, ou que personne n’a su ou voulu interpréter.
Même si un épilogue long et documenté nous rappelle la fin de l’histoire (de la série de meurtres jusqu’à l’assassinat de Dahmer en prison), l’album se concentre sur l’avant, s’arrêtant au moment du premier meurtre.
Au final, cette sorte d’enquête dépassionnée est intéressante, et pose question sur nos sociétés individualistes, en plus de nous interpeller sur le cas particulier de ce tueur. Cela aurait-il pu être évité ? Qui est responsable ? Qu’est-ce qui fait que Dahmer a basculé dans cette folie là où d’autres restent dans la « norme » ?
Cet album peut aussi avoir un côté dérangeant pour certains lecteurs (l’auteur ne porte aucun jugement sur Dahmer – même s’il dénonce bien évidemment les meurtres). En le refermant, j’avais un peu la même impression qu’après mon premier visionnage de « Lacombe Lucien » de Louis Malle, décrivant la dérive ordinaire et presque hasardeuse vers la collaboration.
A lire, vraiment.
Note réelle 3,5/5.
Jusqu'à présent je trouve que c'est une bonne série et j'ai bien hâte de lire la suite.
Dès les premières pages j'ai trouvé l'histoire passionnante. Les filles sont intéressantes et leurs personnalités ainsi que leurs problèmes avec leurs mères sont très bien exploités. Le rythme est bien maîtrisé et j'ai lu les deux albums d'un trait tellement je voulais savoir ce qui allait arriver !
Le dessin est clair et précis et je n'avais pas du tout remarqué qu'il y avait deux dessinateurs tant leurs styles s'accordent bien ensemble.
J'avoue toutefois que la facilité qu'a le méchant à attaquer les gens sans avoir vraiment de problème est un peu facile. Je pensais même que c'était un être fantastique comme un esprit ou un démon !
Une très bonne série que je n'aurais certainement pas lue si elle n'avait pas fait partie du thème des meilleures séries terminées en 2013.
J'avais un peu peur de lire une énième histoire d'un poilu revenant de la guerre avec tous les clichés du genre et heureusement ce ne fut pas le cas. L'histoire se lit très bien sans que j'aie la sensation que tout va trop vite et les personnages sont attachants. L'enquête sur le mystérieux tireur m'a tout de suite plu et au cours des deux albums il y aura des retournements de situation que je n'ai pas du tout vu venir ! J'aime être pris par surprise et c'est bien de savoir que je peux encore l'être après avoir lu autant d'histoires.
Le dessin est bon et je n'ai rien à lui reprocher. Toutefois je n'irai pas jusqu'à dire que le trouve superbe car c'est un style qui me laisse quelconque.
Rona et Ninnoc (ex Ninog, ex Ninnog) sont de retour après presque 20 ans d'absence. Ninnoc ? Non, Brigitte ; on n'a pas idée de changer de prénom ainsi !
Mais pourquoi, diable, s'appeler Brigitte ?
Passons sur cette question existentielle. Malo Louarn est toujours aussi bon dans son coup de crayon (un peu zest parfois), mais il reste parfait dans ses histoires et dialogues. Incontestablement. Non, je ne suis pas aveuglé par la joie (et la frustration de 20 ans d'attente) du retour ce dessinateur, je suis pragmatique, je lis et collectionne de la BD depuis plus d'un quart de siècle, et Malo Louarn peut sembler être un fossile des années 70-80, un "élève" de Fournier, adepte de la BD à la papa. Mais je préfère 10 fois, 20 fois, une BD construite comme celle que je viens de lire à certaines fumosités actuelles. Il ne me reste plus qu'à espérer cette nouvelle aventure des nouvelles (sic) aventures de Rona ait une suite... Parce que Malo Louarn a parfois la sale manie de ne pas conclure certains albums... ou de pondre des albums introuvables ("le Bouclier" par exemple, le bien-nommé). Ah oui, en parlant de nom :
Mais pourquoi, diable, s'appeler Brigitte ?
Dans cet album que je tiens dans mes mains (parce que pour le Bouclier, j'ai des doutes de l'avoir en main un jour), Malo Louarn y va de bon coeur avec ses compatriotes bretons (et le voisin gallo), mais avec un humour bon enfant. Ses personnages ont des trognes bien campées, aux dialogues souvent à la masse, avec parfois des sous-entendus. Malo Louarn se défend d'ailleurs très bien dans les personnages secondaires, trop même par rapport à Rona trop lisse à côté. Bref, souvent deux niveaux de lecture dans une histoire qui se tient. Comme le titre de son histoire, il y a différents ruisseaux d'histoire qui vont sous peu se mélanger en plus grandes rivières ou en fleuves, c'est selon la proximité de la mer. Diverses pistes, des questions qui se mettent place doucement. En parlant de question :
Mais pourquoi, diable, s'appeler Brigitte ?
20 ans étant passé, les mangas aussi (mais j'aime aussi les mangas), le "Fan Service" est apparu dans les planches avec quelques dénudés concernant Ninnoc/Brigitte (et pas qu'elle). Comme je l'avais lu ici sur BDthèque, Rona est une sorte de Tintin, mais accompagné d'une Milou très très accorte. C'est le moins que je puisse en dire. Rona attribue du 95D à sa collègue, il n'a pas le compas dans l'oeil, c'est sûr ! Bonnet D, sans doute, 95, c'est largement minoré :) D'ailleurs, on se demande si c'est vraiment Rona qui réellement tire l'aventure à lui seul... Ninnoc, mis à part son physique avantageux, a du caractère et elle est loin d'être bête. C'est souvent elle qui, dans les précédentes aventures, sortait tout le monde du pétrin. Idem pour cet album, elle a largement sa place et droit à son nom sur la couverture comme en Allemagne...
Mais pourquoi, diable, s'appeler Brigitte ?
Tout ça pour dire que je considère cet album comme très bon. Pourquoi pas ne pas avoir mis 5/5 ? Trop d'attente ? J'ai vieilli un peu en 20 ans ? Un dessin parfois rapide ? Un comique parfois trop appuyé ? La colorisation ? Une histoire à suivre ? Une certaine difficulté à mettre la main sur cet album ? Ou...
Mais pourquoi, diable, s'appeler Brigitte ? :) :) :)
---Ajout de janvier 2014---
Je viens de lire l'album 3, et relu plusieurs fois. Le dessin est parfois un peu bâclé, mais le tempo reste intense. On sent que l'auteur a dû avoir qq soucis pour garder la pêche au milieu de l'album, mais il l'a fini correctement, sans sortir un lapin de son chapeau. Bref, il savait ou il allait depuis le début (ou bien, il est drôlement fort dans l'impro).
Donc malgré une petite faiblesse constatée dans l'album 3, je reste grand amateur ! (et vu le nbr de dénudés gentillets, je peux même dire : je reste grand mateur :) )
Dans cet album sobre, ce sont les dernières semaines de la guerre entre Américains et Japonais, à Okinawa qui sont relatées (à part la dernière), en plusieurs petites histoires indépendantes.
Mais qui toutes présentent le désarroi des civils, pris entre deux feux, et qui cherchent, en douceur, à s’éloigner de la propagande officielle jusqu’au-boutiste.
C’est le début de la fin pour le Japon – les bombes nucléaires détruiront Hiroshima et Nagasaki deux mois plus tard, et la désillusion y est grande.
Surtout, les mentalités des militaires japonais et américains, tout à fait opposées et sources d’incompréhension terrible, sont questionnées par Higa, qui investit visiblement dans cet album une bonne part de l’expérience de ses parents.
Je trouve que le dessin et le traitement, tout en sobriété, réussissent pleinement à nous faire entrer dans cette atmosphère de fin d'un monde. Pas de manichéisme, juste ce qu'il faut d'intelligence, pour un sujet douloureux et propice à la surenchère.
Au final, une réflexion sur l’inutilité et l’horreur des combats, renforcée par les quelques précisions sur le bilan effarant de la bataille d’Okinawa, où les civils ont payé cher le simple fait d’être au mauvais endroit. A lire. Et à méditer !
Honte sur moi qui ne connaissait pas la série Thorgal enfin seulement de nom. Il aura fallu que l'on m'offre les quatre premiers albums de cette série parallèle pour en découvrir l'univers.
L'action se déroule entre les tomes 29 et 36 de la série mère et met en avant l'histoire d'un personnage secondaire qui passe ainsi au premier plan : la charismatique Kriss de Valnor.
A noter que même si les renvois et les allusions à la série mère sont assez nombreux, il n'est pas nécessaire d'avoir lu cette dernière pour aprécier pleinement le récit des aventures de notre guerrière de choc et de charme.
Les deux premiers albums nous permettent de découvrir une jeunesse et une adolescence des plus rudes dans un monde sans pitié enclain à la cruauté des hommes.
Les suivants mettent en place une intrigue assez bien foutue entre guerre des pouvoirs, complot et trahison ; pour moi tout cela semble de trés bonne augure pour la suite des évènements. De plus on s'interroge vraiment sur le devenir psychologique de l'héroïne, va-t-elle enfin emprunter la voie de la sagesse et de la bonté ou rester l'éternelle manipulatrice égoïste que l'on connait.
Enfin je trouve les dessins trés réussis.
Bref cette première moitié de récit (il semblerai que l'histoire se poursuive sur huit albums tout au plus) bien rythmée et entrainante m'a vraiment donné envie de connaitre la suite et bien sur de découvrir la fameuse série Thorgal.
Secrets bancaires USA est un bon thriller financier.
Le scénariste Philippe Richelle aime à démêler les intrigues qui se nouent aux plus hauts niveaux de la société, qu’ils soient politiques comme dans Les Coulisses du pouvoir ou Les Mystères de la Troisième République[mais aussi de la IVème et de la Vème… tiens ? il manque les deux premières, encore un effort !], ou financiers, comme dans la première série Secrets bancaires. Dominique Hé et lui se connaissent bien, puisque le dessinateur a repris cette dernière série à partir du troisième tome.
Dans Secrets bancaires USA, les deux complices poursuivent le principe d’histoires policières se déroulant dans l’univers des affaires, mais cette fois elles se déroulent aux États-Unis, du côté de Wall Street. Comme dans la série-mère, chaque histoire est close en deux tomes. Le sixième marque la fin de la série.
Les scénarios sont extrêmement réalistes et sont ancrés dans l’actualité économique de ces dernières années. Chacune des trois histoires est cohérente et habilement menée. Richelle sait raconter ses affaires policières tout en distillant des informations sur les magouilles financières sans sombrer dans la lourdeur didactique. Par exemple, le second cycle explique très bien les mécanismes de la crise des subprimes.
Le calibrage de chacune des histoires en deux albums / 94 planches peut sembler un peu artificiel, avec son lot attendu de rebondissements réguliers, d’alternance de scènes d’action et de tête-à-tête intimistes, de clifhangers à la fin des tomes impairs… Certes, MAIS tout cela est fort bien fait, digne des meilleures séries américaines, et je ne me suis pas du tout ennuyé à la lecture de cette série qui ménage un suspense efficace au fil du récit.
Comme dans les séries télévisées, les personnages principaux sont fortement typés. Capelli, le vieux policier, un peu bourru au grand cœur, divorcé, fan de pop/rock, qui connait les ficelles du métier et n’hésite pas à faire quelques entorses au règlement est accompagné d’Horowitz, brillant jeune homme très BCBG, marié et père de famille, qui se décoince peu à peu et apprend à sortir de son conformisme. Rien de neuf, sans doute, mais je trouve que les deux héros de la série ont une réelle densité, qu’on s’y attache et que l’on a plaisir à les retrouver et à les voir évoluer d’un épisode à l’autre.
Au dessin, Dominique Hé est efficace dans les découpages et ses cadrages évitent de tomber dans le piège de la monotonie lors de certaines scènes nécessaires à la compréhension de l’intrigue mais très bavardes. Les décors sont propres, documentés et très fouillés. Les scènes d’action sont elles aussi convaincantes.
Hé a été marqué à ses débuts par une ligne claire proche du style d’E .P. Jacobs (voir la série Marc Mathieu) et comme souvent pour ceux qui pratiquent ce style, on pouvait lui reprocher son approche un peu caricaturale des personnages ainsi qu'une certaine raideur dans leurs mouvements. Depuis, le dessinateur a beaucoup gagné en réalisme, et c’est ce mélange entre ligne claire et souci du détail réaliste qui donne toute sa force au style de Dominique Hé.
J’espère qu’il reprendra vite la plume pour commencer une nouvelle série car j’apprécie vraiment son travail graphique, toujours propre et sans à-peu-près.
J’accorde un 4/5 à cette série, aux intrigues certes conventionnelles, mais menée de mains de maîtres par deux auteurs qui connaissent parfaitement leurs métiers.
Midnight Nation est un comics atypique et complet en 12 épisodes (plus un promotionnel inclus dans les diverses éditions) que Delcourt a eu le bon réflexe de rééditer pour la première fois en France en une grosse intégrale bien garnie.
Cette réédition 2014 m’a rappelé que je n’avais jamais chroniqué par ici cette œuvre unique par son thème ainsi que son déroulement puisqu’on abandonne les superhéros et autres récits habituels d’action pour se consacrer à la rédemption d’un flic porté disparu suite à une enquête sur des meurtres sordides et pour cause : happé par des créatures funestes, les « gars », on lui a retiré sa propre âme et plongé dans l’oubli d’un monde parallèle : « l’entre-deux monde », terre de tous les dangers regroupant tous les nantis et oubliés du monde réel….
David Grey dispose dès lors d’un an pour substituer son âme avant de devenir à son tour une créature des enfers et parcourir à pied les Etats Unis d’ouest en est avec une guide mystérieuse, la pulpeuse mais déterminée Laurel lors d’un périple de tous les dangers….
A lire les avis précédents très partagés, je suis effectivement moi aussi resté dans l’entre-deux monde entre le chaud et le froid d’un pitch captivant (le lecteur est mis dans le bain dès les premières pages) et d’un cheminement parfois erratique et chaotique sans grande incidence sur le reste du récit, parfois inutilement bavard et parfois très prenant.
Straczynski use aussi bien de métaphores subtiles que pesantes et c’est surtout ce mélange de chaud et de froid qui déstabilise le lecteur dans un monde dont il ignore les clés comme les règles à l’instar de son héros David Grey.
Soutenu par un dessin expressif aux couleurs peut-être un peu trop artificielles (façon Preacher fin des années 90 mais Midnight Nation date également de cette période), le dessin de Frank reste en tous points remarquables avec une excellente palette d’expressions mélancoliques sur l’ensemble de ses personnages humains comme inhumains (les fameux « gars », créatures verdâtres encapuchonnées censées toute se ressembler).
L’intérêt est tout de même bien présent avec quelques flashbacks sur des personnages secondaires tissant un univers des plus intéressants. Il y a juste le passage des enfers inutilement long (l’explication de tout le récit est savamment distillé sur de très longues tirades) avant d’aboutir à l’une des conclusions les plus émouvantes et belles lues dans ce domaine.
La postface de Straczynski est absolument à lire sur ses errances dans un monde de proscrits à la suite d’un deuil sentimental et achève de faire de Midnight Nation une œuvre émouvante dotée de figures christiques pas déplaisantes (histoire de Lazare et autres folklore) qui mérite une relecture dans la foulée.
J’en verrais également une belle adaptation pour le petit écran, entre scènes d’action imposées et réflexions pacifiques sur notre société, Midnight Nation a tout du joli accident mal torché en apparence pour délivrer un message d’apaisement toute en nuances. J’invite donc les déçus de la première heure à y retourner si le cœur leur en dit toujours, le voyage devrait être plus plaisant s’ils abandonnent peut-être ce qu’ils étaient venus chercher à l’origine (les couvertures sont plutôt trompeuses sur le contenu).
De pas réellement plaisant à loin d’être déplaisant, voici donc un comics pas très long et original qui aurait pu prétendre au chef d’œuvre sans quelques petites maladresses d’ordre narratif mais dont au final on se soucie guère une fois arrivé au terme du voyage.
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C'était la guerre des tranchées
Je ne me lasse pas des BD de Tardi portant sur les deux plus grands conflits qui ont ravagé le monde au siècle dernier... Le trait est fidèle à lui même, noir, triste, idéal pour dépeindre cette macabre et folle boucherie que fut la première guerre mondiale. On découvre à quel point l'horreur peut être horrible et les nombreuses facettes qu'elle peut prendre. Encore un témoignage fort et poignant sur la bêtise humaine, espèce qui, pour l'instant, a quand même bien tout foiré et dégueulassé sur son passage. On a droit aussi à une belle préface, très juste, avec un bon choix des mots qui vont droit au coeur et mettent bien en condition pour lire cet ouvrage. Un must pour les amateurs d'histoire comme moi, on n'en finit pas d'en apprendre sur cette abomination grâce à Monsieur Tardi. ( 278 )
NonNonBâ
J'ai bien aimé ce petit (enfin gros...) manga sympathique sans prétention. Comme pour chaque agréable surprise, je décerne un p'tit coup de coeur à cet ouvrage. J'ai beaucoup apprécié l'atmosphère du récit. On a vraiment l'impression d'être au Japon dans les années 30, et j'ai appris beaucoup de choses sur cet énigmatique pays, grâce aux nombreuses notes en fin (ou au début, c'est selon...) d'ouvrage. Plus je lis de mangas de qualité, plus j'ai envie d'en savoir sur le pays du soleil levant ! Je salue aussi la bienveillance de l'éditeur qui a laissé les onomatopées en japonais avec de discrètes astérisques pour nous les expliquer. L'histoire en elle-même n'est pas vraiment marquante, mais elle est très entraînante. C'est avec grand plaisir que je me replongeais chaque jour dans cette lecture. J'ai bien aimé le mélange du côté authentique, de la vie quotidienne, parfois rude, avec ses coups durs (décès de certains proches de Shigé, par exemple), avec le côté fantastique figuré par les yokaï. Côté personnages, le héros est attachant, NonNonBâ petite mémé nippone qui maitrise la communication avec les esprits, est excellente ! Concernant le dessin, j'ai un peu moins accroché, c'est pas spécialement beau, notamment les visages, qui sont volontiers caricaturaux, mais bon, ça reste largement lisible et de toute façon je suis moins exigeant sur ce critère. Un bon moment de lecture. (276)
Mon ami Dahmer
Je ne connaissais pas l’histoire de Jeff Dahmer, visiblement un des plus grands et des plus sordides tueurs en série des Etats-Unis (où il y a de la concurrence !), et n’avais pas été plus attiré que ça par la couverture. Après l’avoir vu sur la liste des albums sélectionnés pour Angoulême, je me suis décidé à le lire. Le dessin, qui ne m’avait pas attiré est assez spécial, pour les formes anguleuses des visages, la perspective un peu faussée des décors, mais se révèle finalement plus que lisible. Original je trouve – dans le bon sens du terme (c’est la première œuvre de Backderf que je lis). Pour ce qui est de l’histoire, on a là une sorte d’enquête de l’auteur, qui a côtoyé plusieurs années le futur criminel, et qui nous décrit les dernières années de Dahmer avant son entrée dans la folie. Il nous décrit plutôt cette entrée, par petits pas, reconstituant – au travers de ses propres souvenirs et grâces à des témoignages recueillis ultérieurement – la naissance d’un monstre. Il n’y a ni sensationnalisme, ni dégoût hypocrite, ni empathie. Backderf signale juste à chaque étape de la dégradation perceptible du comportement de Dahmer les signaux que personne n’a vu, ou que personne n’a su ou voulu interpréter. Même si un épilogue long et documenté nous rappelle la fin de l’histoire (de la série de meurtres jusqu’à l’assassinat de Dahmer en prison), l’album se concentre sur l’avant, s’arrêtant au moment du premier meurtre. Au final, cette sorte d’enquête dépassionnée est intéressante, et pose question sur nos sociétés individualistes, en plus de nous interpeller sur le cas particulier de ce tueur. Cela aurait-il pu être évité ? Qui est responsable ? Qu’est-ce qui fait que Dahmer a basculé dans cette folie là où d’autres restent dans la « norme » ? Cet album peut aussi avoir un côté dérangeant pour certains lecteurs (l’auteur ne porte aucun jugement sur Dahmer – même s’il dénonce bien évidemment les meurtres). En le refermant, j’avais un peu la même impression qu’après mon premier visionnage de « Lacombe Lucien » de Louis Malle, décrivant la dérive ordinaire et presque hasardeuse vers la collaboration. A lire, vraiment. Note réelle 3,5/5.
Tueurs de mamans
Jusqu'à présent je trouve que c'est une bonne série et j'ai bien hâte de lire la suite. Dès les premières pages j'ai trouvé l'histoire passionnante. Les filles sont intéressantes et leurs personnalités ainsi que leurs problèmes avec leurs mères sont très bien exploités. Le rythme est bien maîtrisé et j'ai lu les deux albums d'un trait tellement je voulais savoir ce qui allait arriver ! Le dessin est clair et précis et je n'avais pas du tout remarqué qu'il y avait deux dessinateurs tant leurs styles s'accordent bien ensemble. J'avoue toutefois que la facilité qu'a le méchant à attaquer les gens sans avoir vraiment de problème est un peu facile. Je pensais même que c'était un être fantastique comme un esprit ou un démon !
Pour un peu de bonheur
Une très bonne série que je n'aurais certainement pas lue si elle n'avait pas fait partie du thème des meilleures séries terminées en 2013. J'avais un peu peur de lire une énième histoire d'un poilu revenant de la guerre avec tous les clichés du genre et heureusement ce ne fut pas le cas. L'histoire se lit très bien sans que j'aie la sensation que tout va trop vite et les personnages sont attachants. L'enquête sur le mystérieux tireur m'a tout de suite plu et au cours des deux albums il y aura des retournements de situation que je n'ai pas du tout vu venir ! J'aime être pris par surprise et c'est bien de savoir que je peux encore l'être après avoir lu autant d'histoires. Le dessin est bon et je n'ai rien à lui reprocher. Toutefois je n'irai pas jusqu'à dire que le trouve superbe car c'est un style qui me laisse quelconque.
Les Nouvelles Aventures de Rona
Rona et Ninnoc (ex Ninog, ex Ninnog) sont de retour après presque 20 ans d'absence. Ninnoc ? Non, Brigitte ; on n'a pas idée de changer de prénom ainsi ! Mais pourquoi, diable, s'appeler Brigitte ? Passons sur cette question existentielle. Malo Louarn est toujours aussi bon dans son coup de crayon (un peu zest parfois), mais il reste parfait dans ses histoires et dialogues. Incontestablement. Non, je ne suis pas aveuglé par la joie (et la frustration de 20 ans d'attente) du retour ce dessinateur, je suis pragmatique, je lis et collectionne de la BD depuis plus d'un quart de siècle, et Malo Louarn peut sembler être un fossile des années 70-80, un "élève" de Fournier, adepte de la BD à la papa. Mais je préfère 10 fois, 20 fois, une BD construite comme celle que je viens de lire à certaines fumosités actuelles. Il ne me reste plus qu'à espérer cette nouvelle aventure des nouvelles (sic) aventures de Rona ait une suite... Parce que Malo Louarn a parfois la sale manie de ne pas conclure certains albums... ou de pondre des albums introuvables ("le Bouclier" par exemple, le bien-nommé). Ah oui, en parlant de nom : Mais pourquoi, diable, s'appeler Brigitte ? Dans cet album que je tiens dans mes mains (parce que pour le Bouclier, j'ai des doutes de l'avoir en main un jour), Malo Louarn y va de bon coeur avec ses compatriotes bretons (et le voisin gallo), mais avec un humour bon enfant. Ses personnages ont des trognes bien campées, aux dialogues souvent à la masse, avec parfois des sous-entendus. Malo Louarn se défend d'ailleurs très bien dans les personnages secondaires, trop même par rapport à Rona trop lisse à côté. Bref, souvent deux niveaux de lecture dans une histoire qui se tient. Comme le titre de son histoire, il y a différents ruisseaux d'histoire qui vont sous peu se mélanger en plus grandes rivières ou en fleuves, c'est selon la proximité de la mer. Diverses pistes, des questions qui se mettent place doucement. En parlant de question : Mais pourquoi, diable, s'appeler Brigitte ? 20 ans étant passé, les mangas aussi (mais j'aime aussi les mangas), le "Fan Service" est apparu dans les planches avec quelques dénudés concernant Ninnoc/Brigitte (et pas qu'elle). Comme je l'avais lu ici sur BDthèque, Rona est une sorte de Tintin, mais accompagné d'une Milou très très accorte. C'est le moins que je puisse en dire. Rona attribue du 95D à sa collègue, il n'a pas le compas dans l'oeil, c'est sûr ! Bonnet D, sans doute, 95, c'est largement minoré :) D'ailleurs, on se demande si c'est vraiment Rona qui réellement tire l'aventure à lui seul... Ninnoc, mis à part son physique avantageux, a du caractère et elle est loin d'être bête. C'est souvent elle qui, dans les précédentes aventures, sortait tout le monde du pétrin. Idem pour cet album, elle a largement sa place et droit à son nom sur la couverture comme en Allemagne... Mais pourquoi, diable, s'appeler Brigitte ? Tout ça pour dire que je considère cet album comme très bon. Pourquoi pas ne pas avoir mis 5/5 ? Trop d'attente ? J'ai vieilli un peu en 20 ans ? Un dessin parfois rapide ? Un comique parfois trop appuyé ? La colorisation ? Une histoire à suivre ? Une certaine difficulté à mettre la main sur cet album ? Ou... Mais pourquoi, diable, s'appeler Brigitte ? :) :) :) ---Ajout de janvier 2014--- Je viens de lire l'album 3, et relu plusieurs fois. Le dessin est parfois un peu bâclé, mais le tempo reste intense. On sent que l'auteur a dû avoir qq soucis pour garder la pêche au milieu de l'album, mais il l'a fini correctement, sans sortir un lapin de son chapeau. Bref, il savait ou il allait depuis le début (ou bien, il est drôlement fort dans l'impro). Donc malgré une petite faiblesse constatée dans l'album 3, je reste grand amateur ! (et vu le nbr de dénudés gentillets, je peux même dire : je reste grand mateur :) )
Soldats de sable
Dans cet album sobre, ce sont les dernières semaines de la guerre entre Américains et Japonais, à Okinawa qui sont relatées (à part la dernière), en plusieurs petites histoires indépendantes. Mais qui toutes présentent le désarroi des civils, pris entre deux feux, et qui cherchent, en douceur, à s’éloigner de la propagande officielle jusqu’au-boutiste. C’est le début de la fin pour le Japon – les bombes nucléaires détruiront Hiroshima et Nagasaki deux mois plus tard, et la désillusion y est grande. Surtout, les mentalités des militaires japonais et américains, tout à fait opposées et sources d’incompréhension terrible, sont questionnées par Higa, qui investit visiblement dans cet album une bonne part de l’expérience de ses parents. Je trouve que le dessin et le traitement, tout en sobriété, réussissent pleinement à nous faire entrer dans cette atmosphère de fin d'un monde. Pas de manichéisme, juste ce qu'il faut d'intelligence, pour un sujet douloureux et propice à la surenchère. Au final, une réflexion sur l’inutilité et l’horreur des combats, renforcée par les quelques précisions sur le bilan effarant de la bataille d’Okinawa, où les civils ont payé cher le simple fait d’être au mauvais endroit. A lire. Et à méditer !
Les Mondes de Thorgal - Kriss de Valnor
Honte sur moi qui ne connaissait pas la série Thorgal enfin seulement de nom. Il aura fallu que l'on m'offre les quatre premiers albums de cette série parallèle pour en découvrir l'univers. L'action se déroule entre les tomes 29 et 36 de la série mère et met en avant l'histoire d'un personnage secondaire qui passe ainsi au premier plan : la charismatique Kriss de Valnor. A noter que même si les renvois et les allusions à la série mère sont assez nombreux, il n'est pas nécessaire d'avoir lu cette dernière pour aprécier pleinement le récit des aventures de notre guerrière de choc et de charme. Les deux premiers albums nous permettent de découvrir une jeunesse et une adolescence des plus rudes dans un monde sans pitié enclain à la cruauté des hommes. Les suivants mettent en place une intrigue assez bien foutue entre guerre des pouvoirs, complot et trahison ; pour moi tout cela semble de trés bonne augure pour la suite des évènements. De plus on s'interroge vraiment sur le devenir psychologique de l'héroïne, va-t-elle enfin emprunter la voie de la sagesse et de la bonté ou rester l'éternelle manipulatrice égoïste que l'on connait. Enfin je trouve les dessins trés réussis. Bref cette première moitié de récit (il semblerai que l'histoire se poursuive sur huit albums tout au plus) bien rythmée et entrainante m'a vraiment donné envie de connaitre la suite et bien sur de découvrir la fameuse série Thorgal.
Secrets bancaires USA
Secrets bancaires USA est un bon thriller financier. Le scénariste Philippe Richelle aime à démêler les intrigues qui se nouent aux plus hauts niveaux de la société, qu’ils soient politiques comme dans Les Coulisses du pouvoir ou Les Mystères de la Troisième République [mais aussi de la IVème et de la Vème… tiens ? il manque les deux premières, encore un effort !], ou financiers, comme dans la première série Secrets bancaires. Dominique Hé et lui se connaissent bien, puisque le dessinateur a repris cette dernière série à partir du troisième tome. Dans Secrets bancaires USA, les deux complices poursuivent le principe d’histoires policières se déroulant dans l’univers des affaires, mais cette fois elles se déroulent aux États-Unis, du côté de Wall Street. Comme dans la série-mère, chaque histoire est close en deux tomes. Le sixième marque la fin de la série. Les scénarios sont extrêmement réalistes et sont ancrés dans l’actualité économique de ces dernières années. Chacune des trois histoires est cohérente et habilement menée. Richelle sait raconter ses affaires policières tout en distillant des informations sur les magouilles financières sans sombrer dans la lourdeur didactique. Par exemple, le second cycle explique très bien les mécanismes de la crise des subprimes. Le calibrage de chacune des histoires en deux albums / 94 planches peut sembler un peu artificiel, avec son lot attendu de rebondissements réguliers, d’alternance de scènes d’action et de tête-à-tête intimistes, de clifhangers à la fin des tomes impairs… Certes, MAIS tout cela est fort bien fait, digne des meilleures séries américaines, et je ne me suis pas du tout ennuyé à la lecture de cette série qui ménage un suspense efficace au fil du récit. Comme dans les séries télévisées, les personnages principaux sont fortement typés. Capelli, le vieux policier, un peu bourru au grand cœur, divorcé, fan de pop/rock, qui connait les ficelles du métier et n’hésite pas à faire quelques entorses au règlement est accompagné d’Horowitz, brillant jeune homme très BCBG, marié et père de famille, qui se décoince peu à peu et apprend à sortir de son conformisme. Rien de neuf, sans doute, mais je trouve que les deux héros de la série ont une réelle densité, qu’on s’y attache et que l’on a plaisir à les retrouver et à les voir évoluer d’un épisode à l’autre. Au dessin, Dominique Hé est efficace dans les découpages et ses cadrages évitent de tomber dans le piège de la monotonie lors de certaines scènes nécessaires à la compréhension de l’intrigue mais très bavardes. Les décors sont propres, documentés et très fouillés. Les scènes d’action sont elles aussi convaincantes. Hé a été marqué à ses débuts par une ligne claire proche du style d’E .P. Jacobs (voir la série Marc Mathieu) et comme souvent pour ceux qui pratiquent ce style, on pouvait lui reprocher son approche un peu caricaturale des personnages ainsi qu'une certaine raideur dans leurs mouvements. Depuis, le dessinateur a beaucoup gagné en réalisme, et c’est ce mélange entre ligne claire et souci du détail réaliste qui donne toute sa force au style de Dominique Hé. J’espère qu’il reprendra vite la plume pour commencer une nouvelle série car j’apprécie vraiment son travail graphique, toujours propre et sans à-peu-près. J’accorde un 4/5 à cette série, aux intrigues certes conventionnelles, mais menée de mains de maîtres par deux auteurs qui connaissent parfaitement leurs métiers.
Midnight Nation
Midnight Nation est un comics atypique et complet en 12 épisodes (plus un promotionnel inclus dans les diverses éditions) que Delcourt a eu le bon réflexe de rééditer pour la première fois en France en une grosse intégrale bien garnie. Cette réédition 2014 m’a rappelé que je n’avais jamais chroniqué par ici cette œuvre unique par son thème ainsi que son déroulement puisqu’on abandonne les superhéros et autres récits habituels d’action pour se consacrer à la rédemption d’un flic porté disparu suite à une enquête sur des meurtres sordides et pour cause : happé par des créatures funestes, les « gars », on lui a retiré sa propre âme et plongé dans l’oubli d’un monde parallèle : « l’entre-deux monde », terre de tous les dangers regroupant tous les nantis et oubliés du monde réel…. David Grey dispose dès lors d’un an pour substituer son âme avant de devenir à son tour une créature des enfers et parcourir à pied les Etats Unis d’ouest en est avec une guide mystérieuse, la pulpeuse mais déterminée Laurel lors d’un périple de tous les dangers…. A lire les avis précédents très partagés, je suis effectivement moi aussi resté dans l’entre-deux monde entre le chaud et le froid d’un pitch captivant (le lecteur est mis dans le bain dès les premières pages) et d’un cheminement parfois erratique et chaotique sans grande incidence sur le reste du récit, parfois inutilement bavard et parfois très prenant. Straczynski use aussi bien de métaphores subtiles que pesantes et c’est surtout ce mélange de chaud et de froid qui déstabilise le lecteur dans un monde dont il ignore les clés comme les règles à l’instar de son héros David Grey. Soutenu par un dessin expressif aux couleurs peut-être un peu trop artificielles (façon Preacher fin des années 90 mais Midnight Nation date également de cette période), le dessin de Frank reste en tous points remarquables avec une excellente palette d’expressions mélancoliques sur l’ensemble de ses personnages humains comme inhumains (les fameux « gars », créatures verdâtres encapuchonnées censées toute se ressembler). L’intérêt est tout de même bien présent avec quelques flashbacks sur des personnages secondaires tissant un univers des plus intéressants. Il y a juste le passage des enfers inutilement long (l’explication de tout le récit est savamment distillé sur de très longues tirades) avant d’aboutir à l’une des conclusions les plus émouvantes et belles lues dans ce domaine. La postface de Straczynski est absolument à lire sur ses errances dans un monde de proscrits à la suite d’un deuil sentimental et achève de faire de Midnight Nation une œuvre émouvante dotée de figures christiques pas déplaisantes (histoire de Lazare et autres folklore) qui mérite une relecture dans la foulée. J’en verrais également une belle adaptation pour le petit écran, entre scènes d’action imposées et réflexions pacifiques sur notre société, Midnight Nation a tout du joli accident mal torché en apparence pour délivrer un message d’apaisement toute en nuances. J’invite donc les déçus de la première heure à y retourner si le cœur leur en dit toujours, le voyage devrait être plus plaisant s’ils abandonnent peut-être ce qu’ils étaient venus chercher à l’origine (les couvertures sont plutôt trompeuses sur le contenu). De pas réellement plaisant à loin d’être déplaisant, voici donc un comics pas très long et original qui aurait pu prétendre au chef d’œuvre sans quelques petites maladresses d’ordre narratif mais dont au final on se soucie guère une fois arrivé au terme du voyage.