Voici une série bien élaborée que j'ai lue d'affilée sans pause tant ça m'a enthousiasmé. L'insurrection cathare réprimée par l'Eglise et le pape a laissé l'Occitanie marquée à jamais par cet épisode sanglant, mais elle est restée fière ; quand on va là-bas visiter ces ruines de châteaux cathares perchées à 600 ou 800 m d'altitude, on le ressent. Le sujet avait déjà été fort bien traité dans Mémoire de cendres, mais de façon totalement différente.
En fait, on n'est pas dans une Bd historique qui décrit directement l'épisode cathare, mais plus dans un récit qui se sert de la période et de son décor comme fond pour y conter une histoire annexe qui lui est directement liée. Makyo agence remarquablement son scénario de façon à ce que le lecteur sache que les épisodes principaux de ce conflit aient eu lieu (croisade de Simon de Montfort, sac de Béziers, massacre de Carcassonne, Montségur etc... tout ceci est cité), et il en profite pour fustiger cette répression féroce, où il appuie sur le fanatisme des moines ; il fait de même avec les parfaits et les préceptes de cette religion jugée hérétique aux yeux de l'Eglise (un Etat dans l'Etat), renvoyant ainsi dos à dos les deux camps.
Makyo joue sur l'aspect mystique et insiste aussi sur la rudesse de l'époque, on est dans un monde de paysans, pas chez les princes, on y voit plein de pauvres paillasses à même le sol, une vie austère, une vraie ambiance médiévale dure, ce qui donne une indéniable authenticité à cette Bd, où l'on reconnaît au passage quelques monuments connus.
Mis à part une erreur de noms au début (Oleyrac ou Olac ?), c'est une série excellente au dialogue riche et soigné, et dont le dessin est l'un des grands atouts. Vigoureux, épais, avec de beaux décors intérieurs de châteaux très soignés et aux belles proportions, ce dessin me plaît beaucoup ; par contre, les châteaux sont fictifs, mais dessinés d'après des vrais. Du beau travail dont la lecture est suffisamment enrichissante pour le néophyte ignorant cette sombre période historique.
En fouillant dans les bacs de ma médiathèque, je tombe par hasard sur ce one-shot en me disant, tiens, un western que je ne connais pas, je prends ! Et toc, une vraie jubilation du début à la fin pour un fan du genre comme moi, aussi bien du western hollywoodien de la grande époque que du spaghetti à la Sergio et consorts.
Cette histoire de vengeance et de règlement de compte qui s'intercale dans un contexte historique (les Français au Mexique contre Juarez) est totalement jouissive dans sa vision, avec son lot de violence et d'images sanglantes. C'est très inspiré par le western spaghetti à tendance révolutionnaire, comme El Chuncho, ou Los Amigos, et certains westerns hollywoodiens des années 70 qui avaient subi l'influence du western italien, comme El Condor, Sierra Torride, ou Joe Kidd..ces 2 derniers avec l'ami Clint ; aussi fallait-il un héros de BD avec une gueule et des allures à la Clint, ce dont les auteurs ne se sont pas privés.
Le trait heurté et très vigoureux de Lamy contribue énormément à rendre ce western violent et frénétique, il est ici plus soigné que dans Colt Walker, avec un découpage très cinématographique et des plans typiques (contre-plongées, panoramiques, gros plans de flingues et de sales gueules...). Les ingrédients sont classiques mais brillamment utilisés, ça se lit vite et bien, j'ai adoré.
Voilà deux albums qui ne devraient pas avoir de raison d’être. Et qui ne devraient avoir de source d’inspiration hors de l’imagination de leur auteur.
Malheureusement, la partie « créative » de cette œuvre s’abreuve de réalité, d’une scandaleuse, et triste réalité. Et malheureusement ces albums sont aussi nécessaires. Car la réalité qu’ils décrivent – avec un regard extérieur, mais posé « de l’intérieur » !- est de celle qui n’est que rarement traitée dans les actualités, même travesties par toutes sortes de contrevérités ou d’oublis (même s’il faut reconnaître que les reportages de Charles Enderlin dans les journaux de France2 [et dans les livres très intéressants qu’il a publiés] et de nombreux articles publiés par Le Monde Diplomatique démentent cette affirmation).
A son corps défendant, Sacco est donc devenu une sorte de porte parole pour ces internés/dépossédés que sont devenus les Palestiniens depuis plus de soixante ans. Eux à qui l’on refuse le droit de parole. Eux à qui l’on refuse l’application du droit – que ce soient les conventions internationales, ou les résolutions de l’ONU.
Car Sacco décrit les crimes de guerre subis quotidiennement par les habitants (tortures, punitions collectives, destructions de plantation ou d’infrastructures, humiliations des couvre-feux et autres check-points…), de la part des colons israéliens, de Tsahal et, in fine, de l’Etat d’Israël.
Si le résultat paraît manichéen, il faut dire que s’il y a des victimes des deux côtés dans ce conflit où se mêlent colonialisme, extrémisme religieux et racisme (mais aussi toutes les arrière-pensées habituelles à la mondialisation et aux petits calculs de politiciens), les victimes israéliennes – bien réelles, ont plus souvent l’occasion d’être médiatisées (d’où une empathie très déséquilibrée dans l’opinion publique).
Mais Sacco, sorte de candide au pays des valeurs détournées, ne cherche pas à cacher ce qu’il a pu voir et qui contrarierait les catégories dans lesquelles on range trop facilement les gens. Ainsi de la place des femmes et du port du voile chez les Palestiniens, ainsi des questions que se posent de nombreux israéliens (soldats ou membres du mouvement La Paix Maintenant)…
Un témoignage partial probablement. Mais un témoignage à lire. S’il ne justifie aucune action terroriste, il éclaire l’une des causes de certains attentats commis par des Palestiniens (ou en leur nom), même si les pays arabes voisins ont instrumentalisé cette souffrance. Les accords de Camp David comme ceux d’Oslo n’ont fondamentalement rien changé. Ils ne faisaient qu’entériner une défaite ou une victoire (selon le camp où l’on se place), mais n’annonçaient pas la paix, hélas.
Pour revenir au médium bande dessinée, je dois dire que j’ai vraiment aimé le dessin de Sacco, et le découpage des planches (je regrette juste les trop nombreuses coquilles ou fautes d’orthographe).
A lire donc !
Saga est une chouette série de science-fantasy.
Son intrigue de base est relativement classique, celle d'un couple d'amoureux à la Roméo et Juliette qui fuient avec leur bébé la vindicte mortelle de leurs peuples respectifs qui refusent une union contre-nature. Mais ce sont surtout les personnages et le monde qui forment le décor de cette intrigue qui sont originaux et réjouissants.
C'est un univers un peu foutraque mais qui tient la route. Les lieux et personnages rencontrés présentent une diversité et une légère folie qui m'a rappelé une série comme Le Vagabond des Limbes. Il y a un mélange de science-fiction avec vaisseaux et armes lasers et de fantasy avec des créatures surnaturelles et des formules magiques.
L'ensemble est soutenu par un graphisme que j'aurais aimé un petit peu plus soigné pour les décors mais qui est bien agréable quand même.
Ce sont surtout les personnages et leurs relations qui m'ont plu. J'aime beaucoup le chat-mensonge, de même que la relation entre la Traque et le Testament, ou encore le comportement de ce dernier avec l'orpheline qu'il décide de protéger. La fille fantôme est sympa aussi, ainsi que le caractère assez marqué des deux amoureux. Quant au prince robot, il est assez intriguant.
J'espère que la suite gardera un aussi bon niveau. L'entrée en jeu de Gwendolyne notamment m'inquiète un peu car je n'aime pas les récits de vengeance d'anciennes fiancées revanchardes. Et surtout j'espère que la série ne va pas s'éterniser en nombreux tomes au risque de diluer son intérêt. Le 3e tome qui paraîtra en Avril 2014 rattrapera le niveau de parution aux USA mais la série n'y est pas encore achevée. A voir si l'auteur arrive à clore son intrigue sans trop s'y perdre.
Mais en tout cas, pour le moment, c'est une lecture vraiment réjouissante et divertissante.
Une très bonne série dont j'adore le titre qui prend un deuxième voire même un troisième sens à la fin !
Le dessin réaliste est très beau et j'ai adoré les décors. Un peu moins les personnages, mais au moins le dessinateur sait comment retranscrite leurs émotions sur leurs visages. Le scénario m'a dès le départ plu et au fil des pages j'ai de plus en plus accroché au scénario.
Les points forts selon moi sont les personnages que j'ai trouvés réels. Même les pires connards qu'on croise m'ont semblé être des connards que je pourrais rencontrer dans la vraie vie et non des méchants super-méchants sortis d'un dessin animée pour enfants. La vie de cette pauvre femme née d'un père blanc et d'une mère noire au temps où les relations entre noirs et blancs n'étaient pas roses m'a touché et m'a semblé complètement crédible.
J'espère que cette série a eu du succès parce qu'elle le mériterait amplement.
Le fait de lire cette bande dessinée dans une version noir et blanc m’aura sans doute permis d’apprécier davantage le trait de cet auteur au nom on ne peut plus prédestiné… dommage que le format poche soit quelque peu frustrant pour un dessin aussi raffiné et détaillé que celui-là. Du grand art, en effet, même si certains pourront arguer d’un certain conformisme, et pourtant... Qu’il s’agisse des personnages, des paysages ou de l’architecture, Swolfs fait preuve d’un réalisme stupéfiant, à la précision si diabolique qu’on se demande s’il n’a pas été mordu lui-même par le personnage de Kergen.
Pour le reste, cette saga fantastique, calquée sur une trame assez académique, est également menée de main de maître. Le scénario est parfaitement huilé, jamais ennuyeux, et on se laisse aspirer par cette histoire au classicisme de bon aloi. Le thème du vampire y est traité de façon honnête et respecte à la lettre le mythe stokerien, s’autorisant à jouer avec le contexte historique dans le but de ridiculiser les thuriféraires du nazisme, lesquels cherchaient eux-mêmes à mythifier leur raison d’être. Pas la peine de bouder son plaisir donc, et quiconque durant son enfance a adoré trembler sous la couette à la simple évocation des vampires ne pourra être que conquis par cette série.
3.5
J'ai bien aimé ces différentes histoires courtes quoique j'aurais aimé voir ce que cela aurait donné si c'était une longue histoire plus développée. L'humour m'a bien fait rire quoique cela devient un peu répétitif de voir toutes les femmes harceler la pauvre Miyuki.
Le point fort de cet ouvrage sont les femmes. Je les trouve toutes attirantes donc j'ai adoré le coté érotique des histoires ! Je trouve toutefois dommage que le prix soit un peu trop élevé à mon goût. Certes, l'album (j'ai lu la réédition qui est plus petite) est joli avec une couverture dure et des bonus sur l'OAV, mais cela se lit tout de même un peu vite si on ne passe pas son temps à regarder les femmes à moitié nues.
Il n'y a rien à faire: je suis fan d'une certaine catégorie de bande dessinée résolument moderne et d'une certaine manière d'amener le scénario. Bref, ici l'efficacité sera de mise car on ne lâche plus la lecture et vers la fin, on n'a qu'une envie: découvrir la suite. Tout est parfaitement bien dosé.
Les personnages ont du caractère notamment nos trois rebelles qui forment un trio de choc. Il y a également une mise en scène savamment orchestrée. La lecture est fluide et très agréable. Le récit qui situe une institution scolaire dans une île non loin de la côte d'azur est franchement très original. Il y a une ambiance oppressante qui y règne et qui est palpable. Le second tome n'a fait que renforcer mon impression première...
En conclusion, il n'y a aucune raison de ne pas accorder le 4 étoiles. C'est amplement mérité et cela change de ces vieilles bd dont les jeunes s'extasient pour faire plaisir à leurs ainés tout en s'ennuyant réellement à la lecture. Rien de tel en l'occurrence. Hell school lance un vent rebelle de renouveau avec pour thématique la souffrance dans le groupe. Très intéressant !
Un polar en Sibérie sur un vol de diamants, ça paraît pas original comme ça, et pourtant ça tient bien la route. L'histoire et les personnages sont plutôt correctement traités, posant un soupçon de psychologie bienvenue sur les natures jamais roses et aux motivations diverses mais toujours intéressées.
Le casse en lui même est adroit et tendu à souhait et les conclusions adéquates, invitant même à la relecture plus attentive des cases un poil verbeuses aux premier abords et de leurs details, nous montrant par a+b que tout nous était déjà sous les yeux.
Cependant, je ne conseille pas l'achat, la faute au dessin bien trop classique et primitif pour sortir le casse du lot. C'est bien dommage car l'association avec un trait plus audacieux et aux cadrages élaborés aurait rempli le contrat.
En 1950, aux Etats-Unis, lors de l'essoufflement des super-héros, un nouveau genre apparaît : les horror-comics, dont la firme E.C. sera le pourvoyeur. "Tales from the crypt" n'est pas le seul de ces comic books d'horreur, il y eut "Vault of horror" ou "Haunt of fear" qui furent bien meilleurs, mais c'est le seul en France qui donnait accès à ces Bd à une époque. On sait que le genre sera vilipendé par la censure, entrainant progressivement sa disparition.
Le succès de ces horror-comics provient du ton macabre et accrocheur déployé dans ces bandes, et c'est exactement ce qu'on retrouve dans la crypte ; elles sont devenues aujourd'hui un pan important de la culture populaire américaine, et de nombreux hommages leur ont été rendus, notamment avec le film Creepshow, puis la série TV, et aussi une autre série TV des années 90, le Voyageur, dont les situations macabres et les personnages ambigus rappelaient beaucoup les Bd dont la qualité des dessins et des histoires a été également un atout important. Tous les grands dessinateurs de comic books qui allaient chez Marvel ou D.C. passaient un jour chez E.C. : Jack Davis, Al Williamson, Wallace Wood, Bernie Kriegstein, Frank Frazetta, Joe Orlando, Roy Krenkel ou Graham Ingels, mon préféré, dont l'aspect horrifique de ses contes était exacerbé par son dessin lourd et torturé avec des ombres envahissantes, sur des décors étouffants, des maisons en ruine ou décrépites, des personnages difformes...
Chaque dessinateur selon son propre style, se complaisait dans la charge constante des tares de la société U.S., comme le culte de l'argent, la violence, le racisme, la haine...
Quand on voit tout ça aujourd'hui, on se dit que la censure était bien sévère au vu des Bd sanglantes modernes. Cette horreur là a un peu vieilli, mais le plaisir de lecture est encore là si on oublie certains défauts ; c'est quand même de bons crus qui sont offerts dans ces albums. La profusion des bulles s'apparente à la technique des super-héros de l'époque Marvel du temps de Stan Lee, et c'est une épouvante qui ne fait plus vraiment peur, même si elle se nourrit de grosses ficelles et utilise des éléments classiques (catacombes humides, châteaux lugubres, spectres hideux, couteau qui brille dans la nuit, rat qui grimpe aux murs, chauve-souris, squelettes...). Ce qui compte, c'est l'ambiance.
Je préfère les premières éditions Albin Michel, avec des couvertures plus belles et plus accrocheuses que celles de ces 2 intégrales, plus mornes, mais c'est mon choix ; le contenu est plus important.
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Je suis Cathare
Voici une série bien élaborée que j'ai lue d'affilée sans pause tant ça m'a enthousiasmé. L'insurrection cathare réprimée par l'Eglise et le pape a laissé l'Occitanie marquée à jamais par cet épisode sanglant, mais elle est restée fière ; quand on va là-bas visiter ces ruines de châteaux cathares perchées à 600 ou 800 m d'altitude, on le ressent. Le sujet avait déjà été fort bien traité dans Mémoire de cendres, mais de façon totalement différente. En fait, on n'est pas dans une Bd historique qui décrit directement l'épisode cathare, mais plus dans un récit qui se sert de la période et de son décor comme fond pour y conter une histoire annexe qui lui est directement liée. Makyo agence remarquablement son scénario de façon à ce que le lecteur sache que les épisodes principaux de ce conflit aient eu lieu (croisade de Simon de Montfort, sac de Béziers, massacre de Carcassonne, Montségur etc... tout ceci est cité), et il en profite pour fustiger cette répression féroce, où il appuie sur le fanatisme des moines ; il fait de même avec les parfaits et les préceptes de cette religion jugée hérétique aux yeux de l'Eglise (un Etat dans l'Etat), renvoyant ainsi dos à dos les deux camps. Makyo joue sur l'aspect mystique et insiste aussi sur la rudesse de l'époque, on est dans un monde de paysans, pas chez les princes, on y voit plein de pauvres paillasses à même le sol, une vie austère, une vraie ambiance médiévale dure, ce qui donne une indéniable authenticité à cette Bd, où l'on reconnaît au passage quelques monuments connus. Mis à part une erreur de noms au début (Oleyrac ou Olac ?), c'est une série excellente au dialogue riche et soigné, et dont le dessin est l'un des grands atouts. Vigoureux, épais, avec de beaux décors intérieurs de châteaux très soignés et aux belles proportions, ce dessin me plaît beaucoup ; par contre, les châteaux sont fictifs, mais dessinés d'après des vrais. Du beau travail dont la lecture est suffisamment enrichissante pour le néophyte ignorant cette sombre période historique.
Wayne Redlake - 500 Fusils
En fouillant dans les bacs de ma médiathèque, je tombe par hasard sur ce one-shot en me disant, tiens, un western que je ne connais pas, je prends ! Et toc, une vraie jubilation du début à la fin pour un fan du genre comme moi, aussi bien du western hollywoodien de la grande époque que du spaghetti à la Sergio et consorts. Cette histoire de vengeance et de règlement de compte qui s'intercale dans un contexte historique (les Français au Mexique contre Juarez) est totalement jouissive dans sa vision, avec son lot de violence et d'images sanglantes. C'est très inspiré par le western spaghetti à tendance révolutionnaire, comme El Chuncho, ou Los Amigos, et certains westerns hollywoodiens des années 70 qui avaient subi l'influence du western italien, comme El Condor, Sierra Torride, ou Joe Kidd..ces 2 derniers avec l'ami Clint ; aussi fallait-il un héros de BD avec une gueule et des allures à la Clint, ce dont les auteurs ne se sont pas privés. Le trait heurté et très vigoureux de Lamy contribue énormément à rendre ce western violent et frénétique, il est ici plus soigné que dans Colt Walker, avec un découpage très cinématographique et des plans typiques (contre-plongées, panoramiques, gros plans de flingues et de sales gueules...). Les ingrédients sont classiques mais brillamment utilisés, ça se lit vite et bien, j'ai adoré.
Palestine
Voilà deux albums qui ne devraient pas avoir de raison d’être. Et qui ne devraient avoir de source d’inspiration hors de l’imagination de leur auteur. Malheureusement, la partie « créative » de cette œuvre s’abreuve de réalité, d’une scandaleuse, et triste réalité. Et malheureusement ces albums sont aussi nécessaires. Car la réalité qu’ils décrivent – avec un regard extérieur, mais posé « de l’intérieur » !- est de celle qui n’est que rarement traitée dans les actualités, même travesties par toutes sortes de contrevérités ou d’oublis (même s’il faut reconnaître que les reportages de Charles Enderlin dans les journaux de France2 [et dans les livres très intéressants qu’il a publiés] et de nombreux articles publiés par Le Monde Diplomatique démentent cette affirmation). A son corps défendant, Sacco est donc devenu une sorte de porte parole pour ces internés/dépossédés que sont devenus les Palestiniens depuis plus de soixante ans. Eux à qui l’on refuse le droit de parole. Eux à qui l’on refuse l’application du droit – que ce soient les conventions internationales, ou les résolutions de l’ONU. Car Sacco décrit les crimes de guerre subis quotidiennement par les habitants (tortures, punitions collectives, destructions de plantation ou d’infrastructures, humiliations des couvre-feux et autres check-points…), de la part des colons israéliens, de Tsahal et, in fine, de l’Etat d’Israël. Si le résultat paraît manichéen, il faut dire que s’il y a des victimes des deux côtés dans ce conflit où se mêlent colonialisme, extrémisme religieux et racisme (mais aussi toutes les arrière-pensées habituelles à la mondialisation et aux petits calculs de politiciens), les victimes israéliennes – bien réelles, ont plus souvent l’occasion d’être médiatisées (d’où une empathie très déséquilibrée dans l’opinion publique). Mais Sacco, sorte de candide au pays des valeurs détournées, ne cherche pas à cacher ce qu’il a pu voir et qui contrarierait les catégories dans lesquelles on range trop facilement les gens. Ainsi de la place des femmes et du port du voile chez les Palestiniens, ainsi des questions que se posent de nombreux israéliens (soldats ou membres du mouvement La Paix Maintenant)… Un témoignage partial probablement. Mais un témoignage à lire. S’il ne justifie aucune action terroriste, il éclaire l’une des causes de certains attentats commis par des Palestiniens (ou en leur nom), même si les pays arabes voisins ont instrumentalisé cette souffrance. Les accords de Camp David comme ceux d’Oslo n’ont fondamentalement rien changé. Ils ne faisaient qu’entériner une défaite ou une victoire (selon le camp où l’on se place), mais n’annonçaient pas la paix, hélas. Pour revenir au médium bande dessinée, je dois dire que j’ai vraiment aimé le dessin de Sacco, et le découpage des planches (je regrette juste les trop nombreuses coquilles ou fautes d’orthographe). A lire donc !
Saga
Saga est une chouette série de science-fantasy. Son intrigue de base est relativement classique, celle d'un couple d'amoureux à la Roméo et Juliette qui fuient avec leur bébé la vindicte mortelle de leurs peuples respectifs qui refusent une union contre-nature. Mais ce sont surtout les personnages et le monde qui forment le décor de cette intrigue qui sont originaux et réjouissants. C'est un univers un peu foutraque mais qui tient la route. Les lieux et personnages rencontrés présentent une diversité et une légère folie qui m'a rappelé une série comme Le Vagabond des Limbes. Il y a un mélange de science-fiction avec vaisseaux et armes lasers et de fantasy avec des créatures surnaturelles et des formules magiques. L'ensemble est soutenu par un graphisme que j'aurais aimé un petit peu plus soigné pour les décors mais qui est bien agréable quand même. Ce sont surtout les personnages et leurs relations qui m'ont plu. J'aime beaucoup le chat-mensonge, de même que la relation entre la Traque et le Testament, ou encore le comportement de ce dernier avec l'orpheline qu'il décide de protéger. La fille fantôme est sympa aussi, ainsi que le caractère assez marqué des deux amoureux. Quant au prince robot, il est assez intriguant. J'espère que la suite gardera un aussi bon niveau. L'entrée en jeu de Gwendolyne notamment m'inquiète un peu car je n'aime pas les récits de vengeance d'anciennes fiancées revanchardes. Et surtout j'espère que la série ne va pas s'éterniser en nombreux tomes au risque de diluer son intérêt. Le 3e tome qui paraîtra en Avril 2014 rattrapera le niveau de parution aux USA mais la série n'y est pas encore achevée. A voir si l'auteur arrive à clore son intrigue sans trop s'y perdre. Mais en tout cas, pour le moment, c'est une lecture vraiment réjouissante et divertissante.
L'Appel des Origines
Une très bonne série dont j'adore le titre qui prend un deuxième voire même un troisième sens à la fin ! Le dessin réaliste est très beau et j'ai adoré les décors. Un peu moins les personnages, mais au moins le dessinateur sait comment retranscrite leurs émotions sur leurs visages. Le scénario m'a dès le départ plu et au fil des pages j'ai de plus en plus accroché au scénario. Les points forts selon moi sont les personnages que j'ai trouvés réels. Même les pires connards qu'on croise m'ont semblé être des connards que je pourrais rencontrer dans la vraie vie et non des méchants super-méchants sortis d'un dessin animée pour enfants. La vie de cette pauvre femme née d'un père blanc et d'une mère noire au temps où les relations entre noirs et blancs n'étaient pas roses m'a touché et m'a semblé complètement crédible. J'espère que cette série a eu du succès parce qu'elle le mériterait amplement.
Le Prince de la Nuit
Le fait de lire cette bande dessinée dans une version noir et blanc m’aura sans doute permis d’apprécier davantage le trait de cet auteur au nom on ne peut plus prédestiné… dommage que le format poche soit quelque peu frustrant pour un dessin aussi raffiné et détaillé que celui-là. Du grand art, en effet, même si certains pourront arguer d’un certain conformisme, et pourtant... Qu’il s’agisse des personnages, des paysages ou de l’architecture, Swolfs fait preuve d’un réalisme stupéfiant, à la précision si diabolique qu’on se demande s’il n’a pas été mordu lui-même par le personnage de Kergen. Pour le reste, cette saga fantastique, calquée sur une trame assez académique, est également menée de main de maître. Le scénario est parfaitement huilé, jamais ennuyeux, et on se laisse aspirer par cette histoire au classicisme de bon aloi. Le thème du vampire y est traité de façon honnête et respecte à la lettre le mythe stokerien, s’autorisant à jouer avec le contexte historique dans le but de ridiculiser les thuriféraires du nazisme, lesquels cherchaient eux-mêmes à mythifier leur raison d’être. Pas la peine de bouder son plaisir donc, et quiconque durant son enfance a adoré trembler sous la couette à la simple évocation des vampires ne pourra être que conquis par cette série.
Miyuki au pays des merveilles (Miyukichan in the Wonderland)
3.5 J'ai bien aimé ces différentes histoires courtes quoique j'aurais aimé voir ce que cela aurait donné si c'était une longue histoire plus développée. L'humour m'a bien fait rire quoique cela devient un peu répétitif de voir toutes les femmes harceler la pauvre Miyuki. Le point fort de cet ouvrage sont les femmes. Je les trouve toutes attirantes donc j'ai adoré le coté érotique des histoires ! Je trouve toutefois dommage que le prix soit un peu trop élevé à mon goût. Certes, l'album (j'ai lu la réédition qui est plus petite) est joli avec une couverture dure et des bonus sur l'OAV, mais cela se lit tout de même un peu vite si on ne passe pas son temps à regarder les femmes à moitié nues.
Hell School
Il n'y a rien à faire: je suis fan d'une certaine catégorie de bande dessinée résolument moderne et d'une certaine manière d'amener le scénario. Bref, ici l'efficacité sera de mise car on ne lâche plus la lecture et vers la fin, on n'a qu'une envie: découvrir la suite. Tout est parfaitement bien dosé. Les personnages ont du caractère notamment nos trois rebelles qui forment un trio de choc. Il y a également une mise en scène savamment orchestrée. La lecture est fluide et très agréable. Le récit qui situe une institution scolaire dans une île non loin de la côte d'azur est franchement très original. Il y a une ambiance oppressante qui y règne et qui est palpable. Le second tome n'a fait que renforcer mon impression première... En conclusion, il n'y a aucune raison de ne pas accorder le 4 étoiles. C'est amplement mérité et cela change de ces vieilles bd dont les jeunes s'extasient pour faire plaisir à leurs ainés tout en s'ennuyant réellement à la lecture. Rien de tel en l'occurrence. Hell school lance un vent rebelle de renouveau avec pour thématique la souffrance dans le groupe. Très intéressant !
Le Casse - Diamond
Un polar en Sibérie sur un vol de diamants, ça paraît pas original comme ça, et pourtant ça tient bien la route. L'histoire et les personnages sont plutôt correctement traités, posant un soupçon de psychologie bienvenue sur les natures jamais roses et aux motivations diverses mais toujours intéressées. Le casse en lui même est adroit et tendu à souhait et les conclusions adéquates, invitant même à la relecture plus attentive des cases un poil verbeuses aux premier abords et de leurs details, nous montrant par a+b que tout nous était déjà sous les yeux. Cependant, je ne conseille pas l'achat, la faute au dessin bien trop classique et primitif pour sortir le casse du lot. C'est bien dommage car l'association avec un trait plus audacieux et aux cadrages élaborés aurait rempli le contrat.
Tales from the crypt
En 1950, aux Etats-Unis, lors de l'essoufflement des super-héros, un nouveau genre apparaît : les horror-comics, dont la firme E.C. sera le pourvoyeur. "Tales from the crypt" n'est pas le seul de ces comic books d'horreur, il y eut "Vault of horror" ou "Haunt of fear" qui furent bien meilleurs, mais c'est le seul en France qui donnait accès à ces Bd à une époque. On sait que le genre sera vilipendé par la censure, entrainant progressivement sa disparition. Le succès de ces horror-comics provient du ton macabre et accrocheur déployé dans ces bandes, et c'est exactement ce qu'on retrouve dans la crypte ; elles sont devenues aujourd'hui un pan important de la culture populaire américaine, et de nombreux hommages leur ont été rendus, notamment avec le film Creepshow, puis la série TV, et aussi une autre série TV des années 90, le Voyageur, dont les situations macabres et les personnages ambigus rappelaient beaucoup les Bd dont la qualité des dessins et des histoires a été également un atout important. Tous les grands dessinateurs de comic books qui allaient chez Marvel ou D.C. passaient un jour chez E.C. : Jack Davis, Al Williamson, Wallace Wood, Bernie Kriegstein, Frank Frazetta, Joe Orlando, Roy Krenkel ou Graham Ingels, mon préféré, dont l'aspect horrifique de ses contes était exacerbé par son dessin lourd et torturé avec des ombres envahissantes, sur des décors étouffants, des maisons en ruine ou décrépites, des personnages difformes... Chaque dessinateur selon son propre style, se complaisait dans la charge constante des tares de la société U.S., comme le culte de l'argent, la violence, le racisme, la haine... Quand on voit tout ça aujourd'hui, on se dit que la censure était bien sévère au vu des Bd sanglantes modernes. Cette horreur là a un peu vieilli, mais le plaisir de lecture est encore là si on oublie certains défauts ; c'est quand même de bons crus qui sont offerts dans ces albums. La profusion des bulles s'apparente à la technique des super-héros de l'époque Marvel du temps de Stan Lee, et c'est une épouvante qui ne fait plus vraiment peur, même si elle se nourrit de grosses ficelles et utilise des éléments classiques (catacombes humides, châteaux lugubres, spectres hideux, couteau qui brille dans la nuit, rat qui grimpe aux murs, chauve-souris, squelettes...). Ce qui compte, c'est l'ambiance. Je préfère les premières éditions Albin Michel, avec des couvertures plus belles et plus accrocheuses que celles de ces 2 intégrales, plus mornes, mais c'est mon choix ; le contenu est plus important.