Que ça c'est de la bonne BD! Si je l'avise c'est dans le but de la faire connaitre ou plutôt reconnaitre. Donnington est une sorte de héros nonchalant qui possède un flegme britannique à toutes épreuves, il se déplace dans la vie comme un oisif qu'il est et se trouve entrainé souvent malgré lui dans de sombres histoires. Cette série possède un côté suranné, ce qui ne veut pas dire nostalgique ou vieillot, plein de charme.
Les scénarios sont tous construit de belle manière, l'humour, british of course!, est présent mais c'est surtout la qualité du dessin qu'il faut noter. Dans l'épisode qui se passe en Egypte il faut admirer quelques cases ou sont reproduites des felouques sur le Nil. Un grand soin est apporté aux détails.
Une série qui ne doit plus se trouver que dans les librairies d'occasions, mais si vous tombez dessus il ne faut pas hésiter.
Cette Bd brasse plein d'éléments propres à l'époque traitée, les "roaring twenties" où le jazz est roi, celle des speakeasies, des bootleggers, des artistes noirs, des caïds violents, de l'effervescence, du Cotton Club, des clubs de Harlem où l'on y chante "Stormy Weather"... tout ceci constitue des références solides dues à une excellente documentation.
Le récit se scinde en 2 : une partie à New York, une autre en Afrique, la plus longue et vue en tant qu'Afrique mystérieuse, fiévreuse, pleine de périls, telle qu'on la découvrait à cette époque, et telle qu'on la montrait au cinéma dans les vieux Tarzan ou des films comme les Mines du roi Salomon (1ère version), ou plus tard dans Aux Sources du Nil...
Les personnages réels comme ceux de Karen Blixen ou de Fitch-Hatton (bel hommage à Out of Africa), ainsi que l'aspect historique et documenté donnent du poids à ce récit passionnant, avec une héroïne jolie et très attachante. L'aspect romanesque est inévitable mais bien dosé.
Sous couvert d'une intrigue qui peut paraître légère, la bande aborde un point important : le questionnement sur ce qu'est le racisme, et notamment la condition des métis est exemplaire dans la mesure où ils n'appartiennent à aucune des 2 races dont ils sont issus ; l'ostracisme subi par le fruit de la mixité symbolisé ici par Anna, est bien réel, et ce rejet s'exerce aussi bien de la part des Blancs que des Noirs.
Le dessin merveilleux de grâce et d'élégance qui lorgne un peu vers Guarnido, sauf qu'ici, les personnages sont mieux dessinés que les animaux, contribue à la qualité de cette série aux couleurs chaudes pour les scènes africaines, plus sombres pour les scènes newyorkaises.
L'épilogue est formidable, il est nécessaire, et l'effet de surprise est excellent car à ce moment du récit, le lecteur veut savoir ce qui est arrivé au père d'Anna.
Une très belle série, avec le souffle de la grande aventure, avec du romanesque un peu désuet, du mystère, des sentiments, des animaux sauvages, une quête de découverte archéologique, et un beau visuel, bref un beau moment à passer à cette lecture..
Le titre original, « The arrival », en faisant référence à la figure de l’immigré autour duquel va tourner tout l’album me parait bien plus adapté que le titre français « Là où vont nos pères », qui semble lui mettre l’accent sur ceux qui sont restés (et qui pensent à ceux qui sont partis).
En effet, si l’immigré pense ici à ce qu’il a laissé derrière lui (famille, amis, pays, mœurs), c’est bien lui et pas ses regrets qui forme l’ossature de ce très bel album.
C’est un immigré et une immigration impersonnels qui traversent cet album, et Shaun Tan n’a pas cherché à « situer » précisément, dans le temps et dans l’espace, l’errance ici présentée. Même si l’on peut y reconnaître certains motifs « historiques » de départ (la guerre, les pogroms, l’hydre fasciste, etc…) et certains lieux de passage plus ou moins tristement célèbres de l’immigration (avec quelques planches inspirées d’Ellis Island).
C’est un album assez épais, mais qui se lit très bien et assez vite. Pas si vite en fait, quand on pense qu’il est entièrement muet. En effet, on est happé par l’histoire, et surtout par son traitement, très doux, non pas humaniste (je n’aime pas ce terme), mais à la recherche d’hommes ou de femmes, de relations humaines : Shaun Tan a su avec cet album toucher quelque chose d’universel.
C’est aussi – mais il aurait peut-être fallu commencer par là, une grande réussite graphique ! Sur des tons sépias, des dégradés du marron au vert, la colorisation est à la fois très belle, et en plus en adéquation avec les couleurs des vieilles photos associées au passé, aux ancêtres, ces photos que les immigrés ont emportées avec eux dans leur grand voyage ou leurs souvenirs.
Le dessin quant à lui est excellent, très expressif, ce qui rend la lecture de cette bande dessinée muette très fluide.
Enfin, ultime qualité, c’est un album d’ambiance très onirique. Le dessin et la colorisation font un peu « phase de réveil », et les décors réalistes se mélangent à des architectures imaginaires, un bestiaire fantastique, eux aussi en parfaite harmonie avec le reste de l’album.
Une grande réussite donc, à côté de laquelle il serait vraiment dommage de passer ! A lire absolument !
Surprenante œuvre que cet Edwin, qui nous propose un mélange des genres aussi étonnant que bien maîtrisé.
Tout débute comme une œuvre réaliste et historique avant de basculer dans le fantastique (jusque là, rien de réellement désarçonnant) pour ultérieurement nous offrir un final inattendu et subtil (mais je ne vous en dirai pas plus). Un peu comme si vous écoutiez un morceau musical qui débuterait sur une longue introduction de Bach, basculerait sur le Whiter Shade of Pale de Procol Harum (ce qui paraîtrait presque logique) pour finir sur un Tango Argentin bien plus déconcertant.
Le plus étonnant, c’est que tout cela est bel et bien logique ! Les origines de l’homme et la création du monde nous sont ainsi proposées sous un angle original et ludique (car Manon Textoris aime se jouer des mots et de ses lecteurs).
Au niveau du dessin, le style de Julien Lambert (dont il s’agit de la première œuvre publiée) m’a rappelé Cossu… mais sans parler de plagiat pour autant. L’artiste (car c’en est un) a un style bien personnel, singulier, avec une touche de naïveté qui convient parfaitement au scénario concocté par sa complice (et talentueuse coloriste).
Première œuvre oblige, tout n’est pas parfait et j’ai trouvé çà et là quelques passages un peu longuets, voire inutiles. Mais, dans l’ensemble, pour l’ambiance que les deux auteurs ont su instaurer, pour l’originalité de la construction de cette histoire, pour ce surprenant final et pour le soin apporté à l’ensemble de l’album (on sent qu’ils l’ont peaufiné, celui-là !) je ne peux dire que « Chapeau ! »
Cette œuvre est le premier fruit du prix Raymond Leblanc, qui offre à des auteurs n’ayant pas encore publié d’album de bande dessinée la possibilité de se consacrer pleinement à leur projet. Au vu du résultat, je ne peux qu’applaudir l’initiative et la pertinence du choix effectué.
Ma note oscille entre un « pas mal » enthousiaste et un « franchement bien » peut-être un peu flatteur. Mais il s’agit d’une première œuvre et elle me semble tellement prometteuse que je vais me montrer généreux.
Voici la première bd de l’auteur de Billy the cat.
C’est un récit court (30 pages environ) mené nonchalamment mais sans temps mort. Cet album narre la rencontre improbable de Luke Monkee, un paysan de l’Amérique profonde mis au ban de la société, avec un extraterrestre qu’il prénommera White en raison de la blancheur de son teint. En fait, on suit la déposition de Luke auprès du sheriff sur sa rencontre avec White depuis le crash de sa soucoupe jusqu’à leur venue en ville. On a donc droit à un long plaidoyer sous forme de monologue savoureusement argoté jusqu’à un final que je n’avais pas vu venir. La chute est donc surprenante et donne une nouvelle dimension au récit. C’est bigrement bien vu ! Côté dessin, le trait de Colman est typé ligne claire mais avec un certain dynamisme en sus. Les planches en bichromie sont très belles.
Bref, un tel ovni déniché à 5 euros, une aubaine !
J'hésitais à m'embarquer dans une nouvelle série de pirates, mais le dessin de Cassini, ça aide ainsi que le talent de conteur de Ramaïoli alias Rocca que j'ai toujours apprécié. D'autant plus que la piraterie en 1585 a été beaucoup moins explorée en BD que celle des XVIIème et XVIIIème siècles. C'est l'époque de Francis Drake et des "aigles des mers" anglais qui s'acharnaient sur les navires espagnols de retour du Pérou après avoir pillé l'or des Incas ; Bouffe-Doublon fait une allusion à Drake et à tous ses condisciples réels qui ont écumé les océans au service de la "virgin queen".
C'est par la même occasion une façon de faire un joli clin d'oeil à Errol Flynn dont L'Aigle des Mers (The Sea Hawk) en 1940 reste l'un de ses plus prestigieux films bondissants dont il était l'interprète idéal à cette époque. D'ailleurs, je soupçonne l'ami Rocca de s'être fortement inspiré du caractère truculent et bravache que Flynn mettait dans son personnage pour composer cette attachante figure du captain Wolfe dit Bouffe-Doublon.
Finalement, cette Bd que j'avais abordée avec une certaine condescendance suspecte, étant lassé des Bd de pirates, m'a bien diverti, je trouve l'ensemble très proprement réalisé, c'est du joli travail, soigné à tous points de vue, même si ça n'a rien de vraiment original par son sujet. C'est assez difficile vu que tout a été dit dans les histoires de pirates, et ici, tous les ingrédients de ce type d'aventures sont réunis, avec en prime une légère pointe d'humour.
J'aime particulièrement le dessin chargé de Cassini avec son visuel toujours agréable à l'oeil ; sa grande scène d'abordage du début, avec une pleine page, est superbe par son détail et son mouvement, de même que l'abordage du tome 2. Ses cases sont toujours très remplies, c'est toujours plaisant à scruter.
De la BD remuante et très attrayante pour s'offrir un bon moment de détente.
Quand on découvre le contenu de Bouncer on prend une grosse claque en pleine face. Parce qu’on n’a pas forcément l’habitude de lire et voir ce genre de western au ton que je qualifierai de « grim and gritty » (traduisez par sinistre et graveleux) ultra poussé et faisant presque figure d’avant-gardiste (une pensée pour Al Crane). Alexandro Jodorowsky n’a en effet pas attendu que le récit noir et glauque revienne à la mode comme c’est le cas de nos jours, en littérature de genre ainsi qu’au cinéma. Cela fait un moment qu’il carbure à ce genre là. On retrouve comme toujours certaines thématiques récurrentes à l’auteur comme les passages d’hallucinations mystiques révélatrices par la prise de drogue mais qui heureusement ici, ne prennent pas une trop grosse ampleur du fait que François Boucq intervient avec parcimonie dans le scénario et permet de mettre le frein sur les « délires » de Jodo. Sauf sur les femmes qu’il aime comme son héros « belle et soumise ». Bon chacun son trip et ses trauma après…
Le premier cycle est un chef d’œuvre de décrépitude et de violence où il n’y a quasiment rien ni personne à sauver de cet enfer. Les personnages ont les mœurs les plus vils, ils forniquent n’importe où, avec n’importe qui, ils jurent comme des charretiers et n’ont absolument aucune morale. La seule valeur qu’ils reconnaissent est celle de l’or. On peut avoir l’impression que tout cela n’a rien de nouveau, que ça a déjà été fait par d’autres, mais je pense qu’un scénario d’une telle noirceur n’est pas aussi commun qu’on peut le supposer de prime abord. Dans les récits branchés grim and gritty il y a toujours un soupçon de bonne morale et de bons sentiments qui font qu’on ne va jamais concrètement au fond des choses. Ici, je peux dire merci à Jodorowsky, d’être allé au bout de ses idées, sans tabou. Il n’épargne personne et ne se refuse rien : viols, tueries, infanticide, fratricide, des gosses eux-mêmes bouchers, la mort qui frappe jusqu’aux personnages d'importances, etc. Tout y passe et c’est ça qu’on adore justement dans Bouncer.
L’auteur veut raconter la construction du far-west sous un angle que j'estime réaliste, et bien il y va franchement, car c’est un monde nouveau, où la loi et la justice n’ont pas encore pris racine ou bien seulement les racines pourries et corrompues; seule la loi du plus fort y règne, et dans ce monde une vie humaine vaut moins que rien pour les opportunistes égoïstes.
Après il faut aussi relativiser cette violence. Je ne la trouve pas spécialement plus exacerbée que sur un Django Unchained de Quentin Tarantino pour donner un ordre de grandeur. C’est sur tout le reste que les scènes sont plus « libres » de parole.
Le second cycle est selon moi le plus abouti car il lève le voile sur la fondation de Barro-City, ville maudite qui s’est épanouie sur le versant de 5 pics rocheux surnommés « La Main du diable » comme si elle était sous la coupe de celui-ci. Le ton et les thématiques restent les mêmes et on prend plaisir à suivre le Bouncer, seul lumière qui incarne le peu d’humanité présente dans cette contrée infernale, même si lui-même est loin d’être parfait, il est comme une éponge, il est né et vit dans cet environnement putride et glauque qui a déteint sur lui. Et le pauvre, il ne lui arrive que des emmerdes dans sa chienne de vie.
La justice qu’il exerce est expéditive façon Punisher mais face à toutes ces raclures cupides qui vénèrent Mammon le dieu du fric et qui sont près à tuer leur père, mère et enfants pour toujours engranger plus de pouvoirs ou d’argent, il n’y a que cette méthode qui vaille. Ne vous attendez pas au poor lonesome cowboy, c’est un monde d’homme qui est dépeint ici, et pas les meilleurs.
Le troisième cycle a fait un peu retomber mon enthousiasme pour cette série du fait que certains éléments narratifs m’ont parus incohérents et je trouve que l’on s’éloignait de l’esprit de la série. C’est toujours très orienté cul, violence, fusillade à foison, mais le ton est à des années-lumière du cynisme du premier cycle.
Le dernier cycle paru m’a rassuré et ce, par une entame sur les chapeaux de roue très dramatique et un retour aux thématiques toujours aussi dérangeantes et qui ont le don de vous mettre mal à l’aise.
Le dessin est très plaisant et a le luxe de s'améliorer avec le temps, notamment sur la partie couleur lorsque Boucq s’y colle à partir du troisième cycle. Il a tout de même du mal à rendre les femmes attirantes avec ses gros plans mal fichus.
Je ne la considère pas comme une œuvre culte car il y a aussi beaucoup d’éléments qui ne m’ont pas séduits et que je ne vais pas tous énumérer.
Je trouve les phases de duel mollassonnes notamment sur le final du premier cycle qui aurait pu être grandiose avec son trio Tuco-Blondin-Sentenza mais la tension dramatique n’est pas là et est vite expédiée. Sans faire de révélation, le neveu de Bouncer qui fini par se marier, j’ai l’impression d’être le seul que ça dérange. En tout cas aucun des protagonistes ne semblent relever que machin et machine son cousin. Bizarre… mais en même temps c’est volontairement fait pour déranger.
Et puis de manière générale, je trouve parfois les ficelles narratives trop grosses, les personnages semblent accepter certaines situations de façon trop facile, histoire que le récit puisse avancer. De nombreux points qui vont de la psychologie de certains personnages, aux petites histoires dans la grande histoire (comme la romance Bouncer-Yin Li), et d’autres ; sont survolés et manquent d’approfondissement. Les scènes d’actions s’enchaînent alors qu’il aurait peut être fallu rythmé le récit de manière plus posée.
En tout les cas, à l’image d’Ogre Jim, le cannibale bouffeur d’enfants du tome 3, j’ai eu une fringale et j'ai dévoré les 9 albums les uns derrières les autres. Du très bon western.
Tout d'abord j'ai bien aimé le dessin. Il a un trait sec, aride tant pour les personnages que les décors et s'harmonise parfaitement avec le climat et les paysages de la Kabylie. De même les couleurs dans des tons pastels sont agréables à l’œil même si elles adoucissent parfois le propos.
Quand à l'histoire que dire sinon qu'elle est tirée au cordeau, que l'on suit la recherche de cette section avec beaucoup d'intérêt. Par ailleurs j'ai appris beaucoup de choses sur cette guerre qui à l'époque ne disait pas son nom, chaque camp comportait son lot de salauds, de braves gars à qui on n'avait pas demandé leurs avis, (dans les deux camps). Encore une fois quand les idéologies deviennent trop radicales, (mais n'est ce pas leur lot à toutes?), nous voyons bien les dégâts qu'elles peuvent causer.
Dans cette recherche, cette quête, même si de nombreux points s'en éloignent, j'ai perçu un petit côté Au cœur des ténèbres. Là aussi l'on voit des hommes qu'une mission va changer à tout jamais.
Au final une excellente BD qui offre la possibilité de faire un travail de mémoire indispensable concernant cette guerre et quelques autres...
Un album gracieux, parfois désopilant, parfois ardu dans son vocabulaire. Des dialogues magnifiquement bien rédigés, une maîtrise de la langue de Molière qui fait rêver et surtout qui donne envie de plus. Une petite pépite de la langue française qui se révèle intéressante dans son intrigue, pleine de jeux de mots et bien agréable à parcourir. J'ai appris de (nouveaux) mots et ai eu l'occasion d'en recroiser d'autres. Dans cette surproduction manquant parfois d'exactitude linguistique, voilà une oeuvre qui prouve que l'on peut faire du bon sans pour autant se réduire à des onomatopées (j'exagère sans doute).
Je suis un peu surpris par les avis plutôt réservés que j'ai pu lire de cette adaptation de Wul... Moi j'ai trouvé ça franchement bien et intéressant !
Peut-être est-ce du au fait que je n'ai pas lu les deux autres séries sorties précédemment dans la même collection, auxquelles on la compare ? Pour ma part, je n'ai lu dans cette collection que Rayons pour Sidar (que je n'ai vraiment pas aimé, alors que je suis plutôt fan du dessin de Civiello) et La Peur Géante dont j'attends le dénouement, mais qui m'avait laissé un peu perplexe au sortir de ma lecture.
Ou bien alors au fait que je n'ai pas lu ce roman de Stefan Wul et que du coup, les libertés prises par Yann au scénario ne m'ont pas perturbé plus que ça. Bon, OK, certains de ses jeux de mots et transpositions linguistiques pour faire parler les autochtones de Zarkass sont un peu pourris et je ne suis pas sûr que certaines références à notre quotidien ou personnalités actuelles traversent le temps. Mais à côté de ça, ça donne un ton frais et assez percutant aux dialogues parfois assez savoureux ! :) Et ses idées (surtout celle d'inverser la place des sexes dans la société) qu'il distille au fil des pages sont plutôt bien vues.
Quant au dessin de Didier Cassegrain, s'il peut surprendre au début par il est vrai un aspect un peu anguleux ou caricatural des personnages, je m'y suis très vite habitué et j'ai même apprécié ce trait personnel qui donne du caractère à son dessin. Surtout que Didier Cassegrain s'en donne à cœur joie pour ce qui est des décors et surtout des paysages ! Woww ! Quelle faune et quelle flore ! Ça grouille, c'est surprenant, c'est dépaysant... Bref, on est ailleurs, et c'est aussi le but de ce genre de fiction ! Et quelle mise en couleur ! Certaines cases m'ont scotché par le dépaysement qu'elles imposent et le côté majestueux rendu à la nature. Car c'est un des thèmes majeurs qu'aborde aussi l’œuvre de Wul, et il lui rend ici merveilleusement grâce.
Alors si l'envie vous prends de vous lancer dans un voyage planétaire bien dépaysant au ton mordant et humoristique, vous avez là tout ce qu'il vous faut pour passer un bon moment de lecture !
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Donnington
Que ça c'est de la bonne BD! Si je l'avise c'est dans le but de la faire connaitre ou plutôt reconnaitre. Donnington est une sorte de héros nonchalant qui possède un flegme britannique à toutes épreuves, il se déplace dans la vie comme un oisif qu'il est et se trouve entrainé souvent malgré lui dans de sombres histoires. Cette série possède un côté suranné, ce qui ne veut pas dire nostalgique ou vieillot, plein de charme. Les scénarios sont tous construit de belle manière, l'humour, british of course!, est présent mais c'est surtout la qualité du dessin qu'il faut noter. Dans l'épisode qui se passe en Egypte il faut admirer quelques cases ou sont reproduites des felouques sur le Nil. Un grand soin est apporté aux détails. Une série qui ne doit plus se trouver que dans les librairies d'occasions, mais si vous tombez dessus il ne faut pas hésiter.
L'Appel des Origines
Cette Bd brasse plein d'éléments propres à l'époque traitée, les "roaring twenties" où le jazz est roi, celle des speakeasies, des bootleggers, des artistes noirs, des caïds violents, de l'effervescence, du Cotton Club, des clubs de Harlem où l'on y chante "Stormy Weather"... tout ceci constitue des références solides dues à une excellente documentation. Le récit se scinde en 2 : une partie à New York, une autre en Afrique, la plus longue et vue en tant qu'Afrique mystérieuse, fiévreuse, pleine de périls, telle qu'on la découvrait à cette époque, et telle qu'on la montrait au cinéma dans les vieux Tarzan ou des films comme les Mines du roi Salomon (1ère version), ou plus tard dans Aux Sources du Nil... Les personnages réels comme ceux de Karen Blixen ou de Fitch-Hatton (bel hommage à Out of Africa), ainsi que l'aspect historique et documenté donnent du poids à ce récit passionnant, avec une héroïne jolie et très attachante. L'aspect romanesque est inévitable mais bien dosé. Sous couvert d'une intrigue qui peut paraître légère, la bande aborde un point important : le questionnement sur ce qu'est le racisme, et notamment la condition des métis est exemplaire dans la mesure où ils n'appartiennent à aucune des 2 races dont ils sont issus ; l'ostracisme subi par le fruit de la mixité symbolisé ici par Anna, est bien réel, et ce rejet s'exerce aussi bien de la part des Blancs que des Noirs. Le dessin merveilleux de grâce et d'élégance qui lorgne un peu vers Guarnido, sauf qu'ici, les personnages sont mieux dessinés que les animaux, contribue à la qualité de cette série aux couleurs chaudes pour les scènes africaines, plus sombres pour les scènes newyorkaises. L'épilogue est formidable, il est nécessaire, et l'effet de surprise est excellent car à ce moment du récit, le lecteur veut savoir ce qui est arrivé au père d'Anna. Une très belle série, avec le souffle de la grande aventure, avec du romanesque un peu désuet, du mystère, des sentiments, des animaux sauvages, une quête de découverte archéologique, et un beau visuel, bref un beau moment à passer à cette lecture..
Là où vont nos pères
Le titre original, « The arrival », en faisant référence à la figure de l’immigré autour duquel va tourner tout l’album me parait bien plus adapté que le titre français « Là où vont nos pères », qui semble lui mettre l’accent sur ceux qui sont restés (et qui pensent à ceux qui sont partis). En effet, si l’immigré pense ici à ce qu’il a laissé derrière lui (famille, amis, pays, mœurs), c’est bien lui et pas ses regrets qui forme l’ossature de ce très bel album. C’est un immigré et une immigration impersonnels qui traversent cet album, et Shaun Tan n’a pas cherché à « situer » précisément, dans le temps et dans l’espace, l’errance ici présentée. Même si l’on peut y reconnaître certains motifs « historiques » de départ (la guerre, les pogroms, l’hydre fasciste, etc…) et certains lieux de passage plus ou moins tristement célèbres de l’immigration (avec quelques planches inspirées d’Ellis Island). C’est un album assez épais, mais qui se lit très bien et assez vite. Pas si vite en fait, quand on pense qu’il est entièrement muet. En effet, on est happé par l’histoire, et surtout par son traitement, très doux, non pas humaniste (je n’aime pas ce terme), mais à la recherche d’hommes ou de femmes, de relations humaines : Shaun Tan a su avec cet album toucher quelque chose d’universel. C’est aussi – mais il aurait peut-être fallu commencer par là, une grande réussite graphique ! Sur des tons sépias, des dégradés du marron au vert, la colorisation est à la fois très belle, et en plus en adéquation avec les couleurs des vieilles photos associées au passé, aux ancêtres, ces photos que les immigrés ont emportées avec eux dans leur grand voyage ou leurs souvenirs. Le dessin quant à lui est excellent, très expressif, ce qui rend la lecture de cette bande dessinée muette très fluide. Enfin, ultime qualité, c’est un album d’ambiance très onirique. Le dessin et la colorisation font un peu « phase de réveil », et les décors réalistes se mélangent à des architectures imaginaires, un bestiaire fantastique, eux aussi en parfaite harmonie avec le reste de l’album. Une grande réussite donc, à côté de laquelle il serait vraiment dommage de passer ! A lire absolument !
Edwin (Le Voyage aux Origines)
Surprenante œuvre que cet Edwin, qui nous propose un mélange des genres aussi étonnant que bien maîtrisé. Tout débute comme une œuvre réaliste et historique avant de basculer dans le fantastique (jusque là, rien de réellement désarçonnant) pour ultérieurement nous offrir un final inattendu et subtil (mais je ne vous en dirai pas plus). Un peu comme si vous écoutiez un morceau musical qui débuterait sur une longue introduction de Bach, basculerait sur le Whiter Shade of Pale de Procol Harum (ce qui paraîtrait presque logique) pour finir sur un Tango Argentin bien plus déconcertant. Le plus étonnant, c’est que tout cela est bel et bien logique ! Les origines de l’homme et la création du monde nous sont ainsi proposées sous un angle original et ludique (car Manon Textoris aime se jouer des mots et de ses lecteurs). Au niveau du dessin, le style de Julien Lambert (dont il s’agit de la première œuvre publiée) m’a rappelé Cossu… mais sans parler de plagiat pour autant. L’artiste (car c’en est un) a un style bien personnel, singulier, avec une touche de naïveté qui convient parfaitement au scénario concocté par sa complice (et talentueuse coloriste). Première œuvre oblige, tout n’est pas parfait et j’ai trouvé çà et là quelques passages un peu longuets, voire inutiles. Mais, dans l’ensemble, pour l’ambiance que les deux auteurs ont su instaurer, pour l’originalité de la construction de cette histoire, pour ce surprenant final et pour le soin apporté à l’ensemble de l’album (on sent qu’ils l’ont peaufiné, celui-là !) je ne peux dire que « Chapeau ! » Cette œuvre est le premier fruit du prix Raymond Leblanc, qui offre à des auteurs n’ayant pas encore publié d’album de bande dessinée la possibilité de se consacrer pleinement à leur projet. Au vu du résultat, je ne peux qu’applaudir l’initiative et la pertinence du choix effectué. Ma note oscille entre un « pas mal » enthousiaste et un « franchement bien » peut-être un peu flatteur. Mais il s’agit d’une première œuvre et elle me semble tellement prometteuse que je vais me montrer généreux.
White Le Choc !
Voici la première bd de l’auteur de Billy the cat. C’est un récit court (30 pages environ) mené nonchalamment mais sans temps mort. Cet album narre la rencontre improbable de Luke Monkee, un paysan de l’Amérique profonde mis au ban de la société, avec un extraterrestre qu’il prénommera White en raison de la blancheur de son teint. En fait, on suit la déposition de Luke auprès du sheriff sur sa rencontre avec White depuis le crash de sa soucoupe jusqu’à leur venue en ville. On a donc droit à un long plaidoyer sous forme de monologue savoureusement argoté jusqu’à un final que je n’avais pas vu venir. La chute est donc surprenante et donne une nouvelle dimension au récit. C’est bigrement bien vu ! Côté dessin, le trait de Colman est typé ligne claire mais avec un certain dynamisme en sus. Les planches en bichromie sont très belles. Bref, un tel ovni déniché à 5 euros, une aubaine !
Bouffe-Doublon
J'hésitais à m'embarquer dans une nouvelle série de pirates, mais le dessin de Cassini, ça aide ainsi que le talent de conteur de Ramaïoli alias Rocca que j'ai toujours apprécié. D'autant plus que la piraterie en 1585 a été beaucoup moins explorée en BD que celle des XVIIème et XVIIIème siècles. C'est l'époque de Francis Drake et des "aigles des mers" anglais qui s'acharnaient sur les navires espagnols de retour du Pérou après avoir pillé l'or des Incas ; Bouffe-Doublon fait une allusion à Drake et à tous ses condisciples réels qui ont écumé les océans au service de la "virgin queen". C'est par la même occasion une façon de faire un joli clin d'oeil à Errol Flynn dont L'Aigle des Mers (The Sea Hawk) en 1940 reste l'un de ses plus prestigieux films bondissants dont il était l'interprète idéal à cette époque. D'ailleurs, je soupçonne l'ami Rocca de s'être fortement inspiré du caractère truculent et bravache que Flynn mettait dans son personnage pour composer cette attachante figure du captain Wolfe dit Bouffe-Doublon. Finalement, cette Bd que j'avais abordée avec une certaine condescendance suspecte, étant lassé des Bd de pirates, m'a bien diverti, je trouve l'ensemble très proprement réalisé, c'est du joli travail, soigné à tous points de vue, même si ça n'a rien de vraiment original par son sujet. C'est assez difficile vu que tout a été dit dans les histoires de pirates, et ici, tous les ingrédients de ce type d'aventures sont réunis, avec en prime une légère pointe d'humour. J'aime particulièrement le dessin chargé de Cassini avec son visuel toujours agréable à l'oeil ; sa grande scène d'abordage du début, avec une pleine page, est superbe par son détail et son mouvement, de même que l'abordage du tome 2. Ses cases sont toujours très remplies, c'est toujours plaisant à scruter. De la BD remuante et très attrayante pour s'offrir un bon moment de détente.
Bouncer
Quand on découvre le contenu de Bouncer on prend une grosse claque en pleine face. Parce qu’on n’a pas forcément l’habitude de lire et voir ce genre de western au ton que je qualifierai de « grim and gritty » (traduisez par sinistre et graveleux) ultra poussé et faisant presque figure d’avant-gardiste (une pensée pour Al Crane). Alexandro Jodorowsky n’a en effet pas attendu que le récit noir et glauque revienne à la mode comme c’est le cas de nos jours, en littérature de genre ainsi qu’au cinéma. Cela fait un moment qu’il carbure à ce genre là. On retrouve comme toujours certaines thématiques récurrentes à l’auteur comme les passages d’hallucinations mystiques révélatrices par la prise de drogue mais qui heureusement ici, ne prennent pas une trop grosse ampleur du fait que François Boucq intervient avec parcimonie dans le scénario et permet de mettre le frein sur les « délires » de Jodo. Sauf sur les femmes qu’il aime comme son héros « belle et soumise ». Bon chacun son trip et ses trauma après… Le premier cycle est un chef d’œuvre de décrépitude et de violence où il n’y a quasiment rien ni personne à sauver de cet enfer. Les personnages ont les mœurs les plus vils, ils forniquent n’importe où, avec n’importe qui, ils jurent comme des charretiers et n’ont absolument aucune morale. La seule valeur qu’ils reconnaissent est celle de l’or. On peut avoir l’impression que tout cela n’a rien de nouveau, que ça a déjà été fait par d’autres, mais je pense qu’un scénario d’une telle noirceur n’est pas aussi commun qu’on peut le supposer de prime abord. Dans les récits branchés grim and gritty il y a toujours un soupçon de bonne morale et de bons sentiments qui font qu’on ne va jamais concrètement au fond des choses. Ici, je peux dire merci à Jodorowsky, d’être allé au bout de ses idées, sans tabou. Il n’épargne personne et ne se refuse rien : viols, tueries, infanticide, fratricide, des gosses eux-mêmes bouchers, la mort qui frappe jusqu’aux personnages d'importances, etc. Tout y passe et c’est ça qu’on adore justement dans Bouncer. L’auteur veut raconter la construction du far-west sous un angle que j'estime réaliste, et bien il y va franchement, car c’est un monde nouveau, où la loi et la justice n’ont pas encore pris racine ou bien seulement les racines pourries et corrompues; seule la loi du plus fort y règne, et dans ce monde une vie humaine vaut moins que rien pour les opportunistes égoïstes. Après il faut aussi relativiser cette violence. Je ne la trouve pas spécialement plus exacerbée que sur un Django Unchained de Quentin Tarantino pour donner un ordre de grandeur. C’est sur tout le reste que les scènes sont plus « libres » de parole. Le second cycle est selon moi le plus abouti car il lève le voile sur la fondation de Barro-City, ville maudite qui s’est épanouie sur le versant de 5 pics rocheux surnommés « La Main du diable » comme si elle était sous la coupe de celui-ci. Le ton et les thématiques restent les mêmes et on prend plaisir à suivre le Bouncer, seul lumière qui incarne le peu d’humanité présente dans cette contrée infernale, même si lui-même est loin d’être parfait, il est comme une éponge, il est né et vit dans cet environnement putride et glauque qui a déteint sur lui. Et le pauvre, il ne lui arrive que des emmerdes dans sa chienne de vie. La justice qu’il exerce est expéditive façon Punisher mais face à toutes ces raclures cupides qui vénèrent Mammon le dieu du fric et qui sont près à tuer leur père, mère et enfants pour toujours engranger plus de pouvoirs ou d’argent, il n’y a que cette méthode qui vaille. Ne vous attendez pas au poor lonesome cowboy, c’est un monde d’homme qui est dépeint ici, et pas les meilleurs. Le troisième cycle a fait un peu retomber mon enthousiasme pour cette série du fait que certains éléments narratifs m’ont parus incohérents et je trouve que l’on s’éloignait de l’esprit de la série. C’est toujours très orienté cul, violence, fusillade à foison, mais le ton est à des années-lumière du cynisme du premier cycle. Le dernier cycle paru m’a rassuré et ce, par une entame sur les chapeaux de roue très dramatique et un retour aux thématiques toujours aussi dérangeantes et qui ont le don de vous mettre mal à l’aise. Le dessin est très plaisant et a le luxe de s'améliorer avec le temps, notamment sur la partie couleur lorsque Boucq s’y colle à partir du troisième cycle. Il a tout de même du mal à rendre les femmes attirantes avec ses gros plans mal fichus. Je ne la considère pas comme une œuvre culte car il y a aussi beaucoup d’éléments qui ne m’ont pas séduits et que je ne vais pas tous énumérer. Je trouve les phases de duel mollassonnes notamment sur le final du premier cycle qui aurait pu être grandiose avec son trio Tuco-Blondin-Sentenza mais la tension dramatique n’est pas là et est vite expédiée. Sans faire de révélation, le neveu de Bouncer qui fini par se marier, j’ai l’impression d’être le seul que ça dérange. En tout cas aucun des protagonistes ne semblent relever que machin et machine son cousin. Bizarre… mais en même temps c’est volontairement fait pour déranger. Et puis de manière générale, je trouve parfois les ficelles narratives trop grosses, les personnages semblent accepter certaines situations de façon trop facile, histoire que le récit puisse avancer. De nombreux points qui vont de la psychologie de certains personnages, aux petites histoires dans la grande histoire (comme la romance Bouncer-Yin Li), et d’autres ; sont survolés et manquent d’approfondissement. Les scènes d’actions s’enchaînent alors qu’il aurait peut être fallu rythmé le récit de manière plus posée. En tout les cas, à l’image d’Ogre Jim, le cannibale bouffeur d’enfants du tome 3, j’ai eu une fringale et j'ai dévoré les 9 albums les uns derrières les autres. Du très bon western.
Azrayen'
Tout d'abord j'ai bien aimé le dessin. Il a un trait sec, aride tant pour les personnages que les décors et s'harmonise parfaitement avec le climat et les paysages de la Kabylie. De même les couleurs dans des tons pastels sont agréables à l’œil même si elles adoucissent parfois le propos. Quand à l'histoire que dire sinon qu'elle est tirée au cordeau, que l'on suit la recherche de cette section avec beaucoup d'intérêt. Par ailleurs j'ai appris beaucoup de choses sur cette guerre qui à l'époque ne disait pas son nom, chaque camp comportait son lot de salauds, de braves gars à qui on n'avait pas demandé leurs avis, (dans les deux camps). Encore une fois quand les idéologies deviennent trop radicales, (mais n'est ce pas leur lot à toutes?), nous voyons bien les dégâts qu'elles peuvent causer. Dans cette recherche, cette quête, même si de nombreux points s'en éloignent, j'ai perçu un petit côté Au cœur des ténèbres. Là aussi l'on voit des hommes qu'une mission va changer à tout jamais. Au final une excellente BD qui offre la possibilité de faire un travail de mémoire indispensable concernant cette guerre et quelques autres...
Une affaire de caractères
Un album gracieux, parfois désopilant, parfois ardu dans son vocabulaire. Des dialogues magnifiquement bien rédigés, une maîtrise de la langue de Molière qui fait rêver et surtout qui donne envie de plus. Une petite pépite de la langue française qui se révèle intéressante dans son intrigue, pleine de jeux de mots et bien agréable à parcourir. J'ai appris de (nouveaux) mots et ai eu l'occasion d'en recroiser d'autres. Dans cette surproduction manquant parfois d'exactitude linguistique, voilà une oeuvre qui prouve que l'on peut faire du bon sans pour autant se réduire à des onomatopées (j'exagère sans doute).
Piège sur Zarkass
Je suis un peu surpris par les avis plutôt réservés que j'ai pu lire de cette adaptation de Wul... Moi j'ai trouvé ça franchement bien et intéressant ! Peut-être est-ce du au fait que je n'ai pas lu les deux autres séries sorties précédemment dans la même collection, auxquelles on la compare ? Pour ma part, je n'ai lu dans cette collection que Rayons pour Sidar (que je n'ai vraiment pas aimé, alors que je suis plutôt fan du dessin de Civiello) et La Peur Géante dont j'attends le dénouement, mais qui m'avait laissé un peu perplexe au sortir de ma lecture. Ou bien alors au fait que je n'ai pas lu ce roman de Stefan Wul et que du coup, les libertés prises par Yann au scénario ne m'ont pas perturbé plus que ça. Bon, OK, certains de ses jeux de mots et transpositions linguistiques pour faire parler les autochtones de Zarkass sont un peu pourris et je ne suis pas sûr que certaines références à notre quotidien ou personnalités actuelles traversent le temps. Mais à côté de ça, ça donne un ton frais et assez percutant aux dialogues parfois assez savoureux ! :) Et ses idées (surtout celle d'inverser la place des sexes dans la société) qu'il distille au fil des pages sont plutôt bien vues. Quant au dessin de Didier Cassegrain, s'il peut surprendre au début par il est vrai un aspect un peu anguleux ou caricatural des personnages, je m'y suis très vite habitué et j'ai même apprécié ce trait personnel qui donne du caractère à son dessin. Surtout que Didier Cassegrain s'en donne à cœur joie pour ce qui est des décors et surtout des paysages ! Woww ! Quelle faune et quelle flore ! Ça grouille, c'est surprenant, c'est dépaysant... Bref, on est ailleurs, et c'est aussi le but de ce genre de fiction ! Et quelle mise en couleur ! Certaines cases m'ont scotché par le dépaysement qu'elles imposent et le côté majestueux rendu à la nature. Car c'est un des thèmes majeurs qu'aborde aussi l’œuvre de Wul, et il lui rend ici merveilleusement grâce. Alors si l'envie vous prends de vous lancer dans un voyage planétaire bien dépaysant au ton mordant et humoristique, vous avez là tout ce qu'il vous faut pour passer un bon moment de lecture !