Récemment nous avons eu des BD sur Gainsbourg, Glenn Gould, Michael Jackson... Mais encore rien sur Kurt Cobain, symbole tourmenté des années 1990. Sa vie fut dramatique, et qui d'autre que Nicolas Otéro, lui-même personnage particulier dans le paysage de la BD francophone, aurait pu faire cet album ?
Entendons-nous bien, il a en fait adapté un roman d'Héloïse Guay de Bellssen, y ajoutant sa sauce, son énergie et se spropres tourments. Le résultat est un album qui ressemble à un trip hallucinogène, en même temps qu'un cri d'amour et une explosion de jouissance. A l'image du sujet, en fait.
La couverture, déjà, est marquante : Cobain y apparaît marqué, amaigri, une cigarette à la main, habillé d'une robe. Une image forte, empruntée à une séquence présente dans l'album, lorsque le chanteur et musicien en est au début de sa fin... Otéro ne nous épargnera rien : ni les scènes de sexe torride avec Courtney Love, l'épouse controversée du chanteur, ni les séances de fix qui apporteront à Cobain autant d'inspiration que de souffrance, ni le suicide de celui-ci, et son résultat morbide le plus visible : un visage réduit en cendres. Et tout cela avec la musique, ou plutôt les paroles des morceaux de Nirvana en fond sonore, comme une résonance de la vie tortueuse de son chanteur...
Mais comme une partie de l'histoire est supposée, ou plutôt inventée par Héloïse Guay de Bellissen, elle se met à la place de Boddah, ami imaginaire de Cobain, qui ne l'a a priori pas quitté depuis son enfance et sert de miroir à ses plus sombres pensées. Malin mais casse-gueule. Pourtant Otéro garde le même point de vue, laissant parfois Boddah dans les limbes, nous mettant directement face aux turpitudes de Cobain.
Le récit est bien mené, bien qu'on ne comprenne pas forcément tous les délires du chanteur (qui, je le rappelle, était rarement clean à une certaine époque). Le dessin torturé d'Otero trouve ici une belle occasion de s'exprimer, offrant de nombreuses cases inoubliables, ainsi qu'un subtil jeu sur les couleurs.
Le Roman de Boddah est-il le Nirvana de Nicolas Otéro ? L'avenir le dira. En tous les cas on ne pourra pas lui reprocher de ne pas avoir mis ses tripes dans cet album.
Michel Rabagliati continue son autobiographie plus ou moins romancée avec ce nouvel album, qui retrace deux ou trois années d'adolescence, entre virée hasardeuse, premiers émois sexuels et autres découvertes.
On retrouve les mêmes caractéristiques qui font le sel de l'oeuvre de l'auteur québécois : une narration fluide, la pudeur dans le récit, l'humour très fin distillé au fil des pages... Petit à petit Paul devient un adulte, mais ce n'est pas toujours simple... On en apprend plus, en creux, sur l'organisation des Jeux Olympiques de 1976 à Montréal, et leur perception par les Québécois... C'est vraiment prenant, je n'ai pas décroché avant d'avoir terminé les 180 pages de ce nouvel opus...
Le dessin est vraiment très agréable, une ligne claire très expressive. C'est un régal.
Et il y a toujours la langue québécoise, si chantante, si inventive...
Pourquoi franchement bien pour un album très ancien et qui plus est pas franchement abouti tant en ce qui concerne le dessin que la couleur. En effet une des premières bandes de Druillet et le moins que l'on puisse dire et que le garçon est encore en recherche. Proportions parfois bizarroïdes, récit finalement assez simpliste.
Mais car il y a un mais, tout le Druillet ultérieur est là, le foisonnement des décors, le trait est encore retenu, mais je trouve pour ma part fort intéressant de voir celui qui deviendra un maitre dans son style, balbutier encore son dessin.
Peut être est ce un album, fort rare à dégotter, qu'il faut réserver aux seuls fans, cependant si l'occasion vous en est donnée un petit coup d’œil permettra de vous faire une idée sur un genre et un style en gestation.
Au vu de mon pseudo sur le site vous aurez compris tout l'attachement que je porte au travail de Philippe Druillet. Au milieu des années 70 je me suis abonné à Pilote et un peu plus tard à Métal Hurlant. Dire que j'ai pris une claque est totalement galvaudé.
Auparavant je lisais gentiment dirais je; Astérix, Tintin, Blueberry, Bob Morane et moult autres choses du même acabit. Attention, aucun regret mais visuellement et quoi qu'on en pense Druillet fait partie de ces gens qui ont réinventé le genre. Ajoutons que grand lecteur de SF, je voyais enfin un auteur me proposer des récits oh combien alléchants pour ma fébrile imagination.
Là j'étais aux anges, un héros traversant des mondes plus fantastiques les uns que les autres et qui tel un moderne Ulysse affrontait mille dangers.
Alors oui cet album en particulier à sans doute un peu vieillit, Druillet n'atteindra sa pleine maturité que plus tard, mais c'est pour moi un incontournable pour qui veut comprendre la véritable révolution qui s'est opérée le jour ou ou ces voyages sont parus.
Les séries-concept fleurissent dans la BD de ces dernières années et en voici une nouvelle axée sur les assassinats célèbres ayant pour titre générique "J'ai tué" (les deux autres étant consacré à Philippe II de Macédoine et François-Ferdinand, Archiduc d'Autriche)
Mais je dois dire que, moins que le concept lui-même ou l'intérêt historique, c'est surtout la collaboration (inédite) d'un grand scénariste que j'admire (Le Tendre, alias celui-qui-écrivit-La Quête de l'Oiseau du Temps) et le dessinateur Guillaume Sorel (L'Ile des morts, Algernon Woodcock) que je révère presque tout autant qui m'a décidé à acheter l'album.
Je craignais tout de même une déception à la mesure de l'attente. Je me trompais.
Les planches de Sorel jouent sur le contraste frappant entre l'austérité du désert où vivent une poignée de nomades pacifistes (parmi lesquels le "héros" de l'histoire, l'humble berger Hamor) et le déploiement fastueux et décadent de la cité mésopotamienne, décor grandiose et mortifère qui s'accorde si bien avec les frasques de son roi tyran et sanguinaire, Nébunedzar. Il y a dans ce personnage quelque chose du Kurtz d'Apocalypse Now mais je n'en dis pas plus.
Fulgurances de violence, sensualité vénéneuse, cadrages et postures des personnages audacieuses, intensité des expressions : Sorel met son dessin expressif et son trait souvent acéré au service d'une époque antique qu'il n'avait jamais encore, à ma connaissance, traitée. Et son style se prête aussi bien à ce type de contexte âpre et violent qu'à celui, pourtant autrement plus poétique, d'un Algernon Woodcock.
Quand à Serge Le Tendre, il démontre à nouveau qu'il est un grand conteur, capable de se réapproprier un matériau de base très classique (comme il l'avait fait avec La Gloire d'Héra et Tirésias) et de susciter l'intérêt du lecteur avec une version décalée dans le temps qui tient davantage lieu, sur le fond, d'une confrontation psychologique que d'une aventure épique (même s'il laisse aussi toute latitude à Sorel pour certaines scènes impressionnantes, comme la prise de Jérusalem). Et d'y ajouter, en plus de son sens de la narration éprouvée, cette touche d'ironie et cette cruauté dont sont souvent victimes chez lui des humains manipulés autant par leurs pulsions primaires et leur passion que par des dieux retors et dénués de compassion.
Avec lui, le tragique et la fatalité des hommes se développent au sein d'un éclat de rire sardonique et gigantesque de l'univers pour nous rappeler à quel point nous ne sommes, finalement, que de dérisoires pantins.
Le twist final surprenant de l'album ainsi que la dernière planche contribuent à étayer ce point de vue.
Une BD qui, loin de se contenter d'en mettre plein les mirettes comme tant d'autres à notre époque, se révèle aussi profonde et s'ancre durablement dans la mémoire du lecteur.
Au travers de ce conte africain très beau dans sa mise en couleurs, Zidrou nous propose un pamphlet finalement assez violent contre toutes les dictatures.
Le montreur d'histoire, vient nous dire à l'aide de ses marionnettes que malgré les horreurs auxquelles sont confrontés les habitants de ce pays factice, l'imagination est le dernier rempart contre l'absurdité et la violence aveugle ou ciblée de la dictature.
Cette histoire fonctionne de manière plutôt intelligente par des ruptures de ton et d'ambiances. A des plages , tranquilles, bucoliques et pleines de poésies ou l'invention est reine, y succèdent d'autres qui nous font comprendre la difficulté de vivre et de pouvoir penser qu'on les habitants de ce pays.
De manière fort subtile le récit en quelques images donne le ton. Goalkiper, l'enfant devenu idiot suite aux coups reçus sur la tête, le mari affalé au fond de sa case mourant de ce qui pourrait être le Sida, la vieielle femme qui rêve d'Europe, imaginant que du haut de la tour Eiffel on peut apercevoir l'Afrique, les policiers incultes et corrompus qui ne savent que taper aux ordres d'un tyran de province mais que l'on imagine aisément despote à la tête d'un état. Grâce à ses éléments le scénario offre un condensé des quelques maux qui frappent ce continent. Ceci sans juger mais en appuyant là ou ça fait mal.
Le dessin réaliste est plutôt bon magnifié par des couleurs chaudes, pétantes mais qui ne piquent pas les yeux.
Pour ma part une heureuse découverte dont je ne peux que recommander la lecture.
Dès l’entame du premier album se trouvent un dicton catalan critiquant la notion de travail, et des affiches du Frente Popular. Et il est vrai que Jean-Pierre Levaray (qui adapte ici ses livres et qui est un militant anarchiste) se place dans son histoire sous le signe de la CNT, une vision anarchiste des rapports humains, et surtout une critique virulente et argumentée de l’aliénation que constitue pour les individus le travail salarié.
Le premier album met quelques coups de projecteur sur des moments signifiants de la vie d’une usine (dangereuse, classée SEVESO), d’ouvriers, en montrant aussi ceux qui sont devenus invisibles, au siège social, et qui gèrent les « ressources humaines » comme les autres ressources, en cherchant la moins chère et en la pressant tant qu’il y a du jus (objectifs intenables, cadences infernales, on rogne sur la sécurité, précarisation par emploi massif de CDD et intérimaires…) pour atteindre les 10 à 15% de retour sur investissement par an. En deçà, l’usine n’est « pas rentable », on la ferme et on jette les ressources humaines (à la poubelle) au chômage. S’il y a bien un sentiment d’insécurité qui existe, c’est bien celui-là, qui n’est pas qu’un sentiment, mais qui n’est pas reconnu car toujours présenté comme inéluctable.
Apparaît aussi la quasi impossibilité de lutter pour les travailleurs issus des milieux populaires et peu ou pas diplômés, quand bien même seraient-ils compétents et formés sur le tas : âgés, sans diplôme, ils resteront en bas de la hiérarchie, et donc seront parmi les premiers à « partir » (licenciement, maladie, accident, mort…).
Ces milieux populaires, « déclassés », une sorte d’hommage leur est rendu dans le tome suivant, en sortant de l’usine pour aller « à côté » voir à quoi ressemblent ces « fantômes », cette classe laborieuse et dangereuse ignorée des médias (alors même qu’évoquer la lutte des classes pourtant bien vivante apparaît aujourd’hui comme incongrue).
Dans le dernier tome, cette misère (accentuée par le chômage), cette haine trop souvent contenue explose, avec l’idée de « tuer son patron ». On n’est plus à l’usine, on va vers les tours des quartiers d’affaire qui ressemblent ici à un Mordor fantasmé.
Pour ce thème dur, le dessin d’Efix fait un peu « gentil », mais au final ça passe bien, cela donne un peu d’humanité à un monde qui en manque singulièrement.
Une trilogie à lire, en se disant que cet univers, cet envers du décor que l’on ne nous montre que rarement, est le prix que beaucoup payent (en France, mais aussi et surtout dans les pays « en voie de développement ») pour que quelques-uns s’enrichissent, sans qu’aucun débat réel n’ait lieu sur les fondements de la société dans laquelle nous vivons.
Une série noire et engagée à avoir en tête au moment de la lecture des pages économiques de votre quotidien.
Ma lecture de Bob Morane se résume à quelques albums dispersés dans la tomaison et dans le temps, pour un souvenir à la fois flou et partiel. Par contre, l’annonce d’un reboot par deux scénaristes que j’apprécie beaucoup, à savoir Luc Brunschwig et Aurélien Ducoudray, avait de quoi m’intéresser, surtout par le souci de modernisme et de réalisme qui émaillent leurs scripts, à mille lieues, quelque part, du personnage de Morane.
C’est donc sans a priori que j’ai entamé ma lecture. Très vite elle a confirmé ce que je pensais : il ne s’agit a priori pas d’une nouvelle adaptation d’un roman d’Henri Vernes (qui en a écrit 200 pour son héros fétiche), mais c'est bel et bien du Morane. Pour l’occasion on en apprend un peu plus sur Bill Ballantine, leur rencontre est très différente de celle décrite par Vernes. Il garde par contre le caractère un peu bourrin, très dépendant de sa condition de soldat. Et on ne fait pas table rase de l’univers créé par Vernes, car trois personnages majeurs, en plus de Morane et Ballantine, sont d’ores et déjà présents.
Au-delà de la rigueur narrative, cet album fait preuve d’une belle documentation en termes de docu-fiction, puisqu’on nous parle d’action humanitaire, de nouvelles technologies et de « retour de la Françafrique ». Il est aussi fait mention d’un certain « discours de Dakar » d’il y a quelques années, où un chef d’Etat français (suivez mon regard… non, plus bas, genre 1,60 m) a fustigé l’absence de l’Homme africain dans l’Histoire. La patte de Ducoudray, ancien grand reporter, est posée. Ce premier tome est bien sûr, quelque part, un tome d’exposition, mais les auteurs ont le bon goût de ne pas s’appesantir sur les origines « remasterisées » de l’un ou de l’autre, et de nous faire entrer dans le dur plutôt vite, avec des scènes fortes, une situation déjà compliquée et intrigante à la fin du premier tome.
Côté dessin, Dimitri Armand est un peu inattendu dans ce style, puisqu’il passe du semi-réalisme qui fait merveille en fantasy à quelque chose de plus nerveux et puissant, dans la parenté de ce que fait Ralph Meyer, par exemple. Le résultat est globalement convaincant, même si j’ai trouvé une ou deux pages un peu plus légères, au niveau des visages surtout. Le travail de Facio sur les couleurs est de qualité.
Je suivrai ces nouvelles aventures avec plaisir.
On va dire que je suis du courant des suivistes mais ce n'est pas vraiment le cas. Certes, 4 étoiles également pour cette série qui débute et qui est consacré au peintre italien le Caravage.
A mon crédit, j'ai toujours aimé le dessin de Milo Manara qui est à la fois sensuelle et sensationnelle. On dirait même qu'avec cette série, Manara tient son chef d'oeuvre tant il excèlle dans une perfection du trait et de l'utilisation des couleurs. Les femmes sont belles et les tableaux sont à croquer (ou plutôt le contraire). Il y a une véritable quête dans la recherche de la beauté.
Cela ressemble un peu au travail qu'il a effectué sur la série Borgia scénarisé par Jodorowsky qui avait déjà pour cadre la ville éternelle de Rome. Pour le reste, c'est un plaisir que de découvrir la vie de ce peintre de génie exalté qui n'hésitait pas à défendre la veuve et l'orphelin. Il mourra jeune à 38 ans. Je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec ce héros du Thalys Spencer Stone qui a bien failli terminer ses jours en défendant une jeune femme deux mois après son acte de bravoure. La comparaison s'arrête là.
Le Caravage est une oeuvre qui séduit incontestablement ce qui explique le flot de bonnes critiques.
Quand Urasawa adapte Tezuka, forcément ça pique quelque peu ma curiosité.
Après la lecture des huit tomes, je dois reconnaitre que le résultat est « Pluto » réussi, même si à mon sens, cette série n’atteint pas le niveau de Monster et 20th Century Boys.
Cependant, cette fois l’auteur a réussi à surmonter ses défauts habituels (fin brouillonne, multiplication des personnages) pour nous proposer une relecture moderne d’Astro Boy. Tout en restant relativement fidèle à la trame principale d’origine, Urasawa prend le parti de retravailler complètement l’épisode Le Robot le plus fort du monde. Il passe d’un seul album à huit, ce qui lui permet de développer et de faire évoluer les personnages (le vrai héros est Gesicht et non plus Astro), de densifier et complexifier son intrigue et d’aborder de nouvelles thématiques.
Pluto « nouvelle version » se révèle être passionnant grâce aux qualités habituelles de l’auteur : suspense savamment entretenu, grande maitrise narrative, un scénario travaillé et des dessins réalistes de grande qualité.
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Le Roman de Boddah - Comment j'ai tué Kurt Cobain
Récemment nous avons eu des BD sur Gainsbourg, Glenn Gould, Michael Jackson... Mais encore rien sur Kurt Cobain, symbole tourmenté des années 1990. Sa vie fut dramatique, et qui d'autre que Nicolas Otéro, lui-même personnage particulier dans le paysage de la BD francophone, aurait pu faire cet album ? Entendons-nous bien, il a en fait adapté un roman d'Héloïse Guay de Bellssen, y ajoutant sa sauce, son énergie et se spropres tourments. Le résultat est un album qui ressemble à un trip hallucinogène, en même temps qu'un cri d'amour et une explosion de jouissance. A l'image du sujet, en fait. La couverture, déjà, est marquante : Cobain y apparaît marqué, amaigri, une cigarette à la main, habillé d'une robe. Une image forte, empruntée à une séquence présente dans l'album, lorsque le chanteur et musicien en est au début de sa fin... Otéro ne nous épargnera rien : ni les scènes de sexe torride avec Courtney Love, l'épouse controversée du chanteur, ni les séances de fix qui apporteront à Cobain autant d'inspiration que de souffrance, ni le suicide de celui-ci, et son résultat morbide le plus visible : un visage réduit en cendres. Et tout cela avec la musique, ou plutôt les paroles des morceaux de Nirvana en fond sonore, comme une résonance de la vie tortueuse de son chanteur... Mais comme une partie de l'histoire est supposée, ou plutôt inventée par Héloïse Guay de Bellissen, elle se met à la place de Boddah, ami imaginaire de Cobain, qui ne l'a a priori pas quitté depuis son enfance et sert de miroir à ses plus sombres pensées. Malin mais casse-gueule. Pourtant Otéro garde le même point de vue, laissant parfois Boddah dans les limbes, nous mettant directement face aux turpitudes de Cobain. Le récit est bien mené, bien qu'on ne comprenne pas forcément tous les délires du chanteur (qui, je le rappelle, était rarement clean à une certaine époque). Le dessin torturé d'Otero trouve ici une belle occasion de s'exprimer, offrant de nombreuses cases inoubliables, ainsi qu'un subtil jeu sur les couleurs. Le Roman de Boddah est-il le Nirvana de Nicolas Otéro ? L'avenir le dira. En tous les cas on ne pourra pas lui reprocher de ne pas avoir mis ses tripes dans cet album.
Paul dans le Nord
Michel Rabagliati continue son autobiographie plus ou moins romancée avec ce nouvel album, qui retrace deux ou trois années d'adolescence, entre virée hasardeuse, premiers émois sexuels et autres découvertes. On retrouve les mêmes caractéristiques qui font le sel de l'oeuvre de l'auteur québécois : une narration fluide, la pudeur dans le récit, l'humour très fin distillé au fil des pages... Petit à petit Paul devient un adulte, mais ce n'est pas toujours simple... On en apprend plus, en creux, sur l'organisation des Jeux Olympiques de 1976 à Montréal, et leur perception par les Québécois... C'est vraiment prenant, je n'ai pas décroché avant d'avoir terminé les 180 pages de ce nouvel opus... Le dessin est vraiment très agréable, une ligne claire très expressive. C'est un régal. Et il y a toujours la langue québécoise, si chantante, si inventive...
Lone Sloane 66
Pourquoi franchement bien pour un album très ancien et qui plus est pas franchement abouti tant en ce qui concerne le dessin que la couleur. En effet une des premières bandes de Druillet et le moins que l'on puisse dire et que le garçon est encore en recherche. Proportions parfois bizarroïdes, récit finalement assez simpliste. Mais car il y a un mais, tout le Druillet ultérieur est là, le foisonnement des décors, le trait est encore retenu, mais je trouve pour ma part fort intéressant de voir celui qui deviendra un maitre dans son style, balbutier encore son dessin. Peut être est ce un album, fort rare à dégotter, qu'il faut réserver aux seuls fans, cependant si l'occasion vous en est donnée un petit coup d’œil permettra de vous faire une idée sur un genre et un style en gestation.
Lone Sloane
Au vu de mon pseudo sur le site vous aurez compris tout l'attachement que je porte au travail de Philippe Druillet. Au milieu des années 70 je me suis abonné à Pilote et un peu plus tard à Métal Hurlant. Dire que j'ai pris une claque est totalement galvaudé. Auparavant je lisais gentiment dirais je; Astérix, Tintin, Blueberry, Bob Morane et moult autres choses du même acabit. Attention, aucun regret mais visuellement et quoi qu'on en pense Druillet fait partie de ces gens qui ont réinventé le genre. Ajoutons que grand lecteur de SF, je voyais enfin un auteur me proposer des récits oh combien alléchants pour ma fébrile imagination. Là j'étais aux anges, un héros traversant des mondes plus fantastiques les uns que les autres et qui tel un moderne Ulysse affrontait mille dangers. Alors oui cet album en particulier à sans doute un peu vieillit, Druillet n'atteindra sa pleine maturité que plus tard, mais c'est pour moi un incontournable pour qui veut comprendre la véritable révolution qui s'est opérée le jour ou ou ces voyages sont parus.
J'ai tué Abel
Les séries-concept fleurissent dans la BD de ces dernières années et en voici une nouvelle axée sur les assassinats célèbres ayant pour titre générique "J'ai tué" (les deux autres étant consacré à Philippe II de Macédoine et François-Ferdinand, Archiduc d'Autriche) Mais je dois dire que, moins que le concept lui-même ou l'intérêt historique, c'est surtout la collaboration (inédite) d'un grand scénariste que j'admire (Le Tendre, alias celui-qui-écrivit-La Quête de l'Oiseau du Temps) et le dessinateur Guillaume Sorel (L'Ile des morts, Algernon Woodcock) que je révère presque tout autant qui m'a décidé à acheter l'album. Je craignais tout de même une déception à la mesure de l'attente. Je me trompais. Les planches de Sorel jouent sur le contraste frappant entre l'austérité du désert où vivent une poignée de nomades pacifistes (parmi lesquels le "héros" de l'histoire, l'humble berger Hamor) et le déploiement fastueux et décadent de la cité mésopotamienne, décor grandiose et mortifère qui s'accorde si bien avec les frasques de son roi tyran et sanguinaire, Nébunedzar. Il y a dans ce personnage quelque chose du Kurtz d'Apocalypse Now mais je n'en dis pas plus. Fulgurances de violence, sensualité vénéneuse, cadrages et postures des personnages audacieuses, intensité des expressions : Sorel met son dessin expressif et son trait souvent acéré au service d'une époque antique qu'il n'avait jamais encore, à ma connaissance, traitée. Et son style se prête aussi bien à ce type de contexte âpre et violent qu'à celui, pourtant autrement plus poétique, d'un Algernon Woodcock. Quand à Serge Le Tendre, il démontre à nouveau qu'il est un grand conteur, capable de se réapproprier un matériau de base très classique (comme il l'avait fait avec La Gloire d'Héra et Tirésias) et de susciter l'intérêt du lecteur avec une version décalée dans le temps qui tient davantage lieu, sur le fond, d'une confrontation psychologique que d'une aventure épique (même s'il laisse aussi toute latitude à Sorel pour certaines scènes impressionnantes, comme la prise de Jérusalem). Et d'y ajouter, en plus de son sens de la narration éprouvée, cette touche d'ironie et cette cruauté dont sont souvent victimes chez lui des humains manipulés autant par leurs pulsions primaires et leur passion que par des dieux retors et dénués de compassion. Avec lui, le tragique et la fatalité des hommes se développent au sein d'un éclat de rire sardonique et gigantesque de l'univers pour nous rappeler à quel point nous ne sommes, finalement, que de dérisoires pantins. Le twist final surprenant de l'album ainsi que la dernière planche contribuent à étayer ce point de vue. Une BD qui, loin de se contenter d'en mettre plein les mirettes comme tant d'autres à notre époque, se révèle aussi profonde et s'ancre durablement dans la mémoire du lecteur.
Le Montreur d'histoires
Au travers de ce conte africain très beau dans sa mise en couleurs, Zidrou nous propose un pamphlet finalement assez violent contre toutes les dictatures. Le montreur d'histoire, vient nous dire à l'aide de ses marionnettes que malgré les horreurs auxquelles sont confrontés les habitants de ce pays factice, l'imagination est le dernier rempart contre l'absurdité et la violence aveugle ou ciblée de la dictature. Cette histoire fonctionne de manière plutôt intelligente par des ruptures de ton et d'ambiances. A des plages , tranquilles, bucoliques et pleines de poésies ou l'invention est reine, y succèdent d'autres qui nous font comprendre la difficulté de vivre et de pouvoir penser qu'on les habitants de ce pays. De manière fort subtile le récit en quelques images donne le ton. Goalkiper, l'enfant devenu idiot suite aux coups reçus sur la tête, le mari affalé au fond de sa case mourant de ce qui pourrait être le Sida, la vieielle femme qui rêve d'Europe, imaginant que du haut de la tour Eiffel on peut apercevoir l'Afrique, les policiers incultes et corrompus qui ne savent que taper aux ordres d'un tyran de province mais que l'on imagine aisément despote à la tête d'un état. Grâce à ses éléments le scénario offre un condensé des quelques maux qui frappent ce continent. Ceci sans juger mais en appuyant là ou ça fait mal. Le dessin réaliste est plutôt bon magnifié par des couleurs chaudes, pétantes mais qui ne piquent pas les yeux. Pour ma part une heureuse découverte dont je ne peux que recommander la lecture.
Putain d'usine
Dès l’entame du premier album se trouvent un dicton catalan critiquant la notion de travail, et des affiches du Frente Popular. Et il est vrai que Jean-Pierre Levaray (qui adapte ici ses livres et qui est un militant anarchiste) se place dans son histoire sous le signe de la CNT, une vision anarchiste des rapports humains, et surtout une critique virulente et argumentée de l’aliénation que constitue pour les individus le travail salarié. Le premier album met quelques coups de projecteur sur des moments signifiants de la vie d’une usine (dangereuse, classée SEVESO), d’ouvriers, en montrant aussi ceux qui sont devenus invisibles, au siège social, et qui gèrent les « ressources humaines » comme les autres ressources, en cherchant la moins chère et en la pressant tant qu’il y a du jus (objectifs intenables, cadences infernales, on rogne sur la sécurité, précarisation par emploi massif de CDD et intérimaires…) pour atteindre les 10 à 15% de retour sur investissement par an. En deçà, l’usine n’est « pas rentable », on la ferme et on jette les ressources humaines (à la poubelle) au chômage. S’il y a bien un sentiment d’insécurité qui existe, c’est bien celui-là, qui n’est pas qu’un sentiment, mais qui n’est pas reconnu car toujours présenté comme inéluctable. Apparaît aussi la quasi impossibilité de lutter pour les travailleurs issus des milieux populaires et peu ou pas diplômés, quand bien même seraient-ils compétents et formés sur le tas : âgés, sans diplôme, ils resteront en bas de la hiérarchie, et donc seront parmi les premiers à « partir » (licenciement, maladie, accident, mort…). Ces milieux populaires, « déclassés », une sorte d’hommage leur est rendu dans le tome suivant, en sortant de l’usine pour aller « à côté » voir à quoi ressemblent ces « fantômes », cette classe laborieuse et dangereuse ignorée des médias (alors même qu’évoquer la lutte des classes pourtant bien vivante apparaît aujourd’hui comme incongrue). Dans le dernier tome, cette misère (accentuée par le chômage), cette haine trop souvent contenue explose, avec l’idée de « tuer son patron ». On n’est plus à l’usine, on va vers les tours des quartiers d’affaire qui ressemblent ici à un Mordor fantasmé. Pour ce thème dur, le dessin d’Efix fait un peu « gentil », mais au final ça passe bien, cela donne un peu d’humanité à un monde qui en manque singulièrement. Une trilogie à lire, en se disant que cet univers, cet envers du décor que l’on ne nous montre que rarement, est le prix que beaucoup payent (en France, mais aussi et surtout dans les pays « en voie de développement ») pour que quelques-uns s’enrichissent, sans qu’aucun débat réel n’ait lieu sur les fondements de la société dans laquelle nous vivons. Une série noire et engagée à avoir en tête au moment de la lecture des pages économiques de votre quotidien.
Bob Morane Renaissance
Ma lecture de Bob Morane se résume à quelques albums dispersés dans la tomaison et dans le temps, pour un souvenir à la fois flou et partiel. Par contre, l’annonce d’un reboot par deux scénaristes que j’apprécie beaucoup, à savoir Luc Brunschwig et Aurélien Ducoudray, avait de quoi m’intéresser, surtout par le souci de modernisme et de réalisme qui émaillent leurs scripts, à mille lieues, quelque part, du personnage de Morane. C’est donc sans a priori que j’ai entamé ma lecture. Très vite elle a confirmé ce que je pensais : il ne s’agit a priori pas d’une nouvelle adaptation d’un roman d’Henri Vernes (qui en a écrit 200 pour son héros fétiche), mais c'est bel et bien du Morane. Pour l’occasion on en apprend un peu plus sur Bill Ballantine, leur rencontre est très différente de celle décrite par Vernes. Il garde par contre le caractère un peu bourrin, très dépendant de sa condition de soldat. Et on ne fait pas table rase de l’univers créé par Vernes, car trois personnages majeurs, en plus de Morane et Ballantine, sont d’ores et déjà présents. Au-delà de la rigueur narrative, cet album fait preuve d’une belle documentation en termes de docu-fiction, puisqu’on nous parle d’action humanitaire, de nouvelles technologies et de « retour de la Françafrique ». Il est aussi fait mention d’un certain « discours de Dakar » d’il y a quelques années, où un chef d’Etat français (suivez mon regard… non, plus bas, genre 1,60 m) a fustigé l’absence de l’Homme africain dans l’Histoire. La patte de Ducoudray, ancien grand reporter, est posée. Ce premier tome est bien sûr, quelque part, un tome d’exposition, mais les auteurs ont le bon goût de ne pas s’appesantir sur les origines « remasterisées » de l’un ou de l’autre, et de nous faire entrer dans le dur plutôt vite, avec des scènes fortes, une situation déjà compliquée et intrigante à la fin du premier tome. Côté dessin, Dimitri Armand est un peu inattendu dans ce style, puisqu’il passe du semi-réalisme qui fait merveille en fantasy à quelque chose de plus nerveux et puissant, dans la parenté de ce que fait Ralph Meyer, par exemple. Le résultat est globalement convaincant, même si j’ai trouvé une ou deux pages un peu plus légères, au niveau des visages surtout. Le travail de Facio sur les couleurs est de qualité. Je suivrai ces nouvelles aventures avec plaisir.
Le Caravage
On va dire que je suis du courant des suivistes mais ce n'est pas vraiment le cas. Certes, 4 étoiles également pour cette série qui débute et qui est consacré au peintre italien le Caravage. A mon crédit, j'ai toujours aimé le dessin de Milo Manara qui est à la fois sensuelle et sensationnelle. On dirait même qu'avec cette série, Manara tient son chef d'oeuvre tant il excèlle dans une perfection du trait et de l'utilisation des couleurs. Les femmes sont belles et les tableaux sont à croquer (ou plutôt le contraire). Il y a une véritable quête dans la recherche de la beauté. Cela ressemble un peu au travail qu'il a effectué sur la série Borgia scénarisé par Jodorowsky qui avait déjà pour cadre la ville éternelle de Rome. Pour le reste, c'est un plaisir que de découvrir la vie de ce peintre de génie exalté qui n'hésitait pas à défendre la veuve et l'orphelin. Il mourra jeune à 38 ans. Je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec ce héros du Thalys Spencer Stone qui a bien failli terminer ses jours en défendant une jeune femme deux mois après son acte de bravoure. La comparaison s'arrête là. Le Caravage est une oeuvre qui séduit incontestablement ce qui explique le flot de bonnes critiques.
Pluto
Quand Urasawa adapte Tezuka, forcément ça pique quelque peu ma curiosité. Après la lecture des huit tomes, je dois reconnaitre que le résultat est « Pluto » réussi, même si à mon sens, cette série n’atteint pas le niveau de Monster et 20th Century Boys. Cependant, cette fois l’auteur a réussi à surmonter ses défauts habituels (fin brouillonne, multiplication des personnages) pour nous proposer une relecture moderne d’Astro Boy. Tout en restant relativement fidèle à la trame principale d’origine, Urasawa prend le parti de retravailler complètement l’épisode Le Robot le plus fort du monde. Il passe d’un seul album à huit, ce qui lui permet de développer et de faire évoluer les personnages (le vrai héros est Gesicht et non plus Astro), de densifier et complexifier son intrigue et d’aborder de nouvelles thématiques. Pluto « nouvelle version » se révèle être passionnant grâce aux qualités habituelles de l’auteur : suspense savamment entretenu, grande maitrise narrative, un scénario travaillé et des dessins réalistes de grande qualité.