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Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Team Medical Dragon
Team Medical Dragon

Après « La Main droite de Lucifer », voici Team Medical Dragon sur le même thème à savoir la pratique de la médecine. Pour autant, il y a une très grande différence de traitement. Il est dommage que le titre gâche un peu le propos sérieux de ce manga. C’est un genre de dream team de l’opération chirurgicale à cœur ouvert. En fait, on nous dit d’emblée que le système de la médecine au Japon est une vraie catastrophe avec des médecins qui sont des seigneurs accompagnés de vassaux qui sont les internes et les patients sont les serfs. Ils ont un droit de vie ou de mort sur les malades. D'ailleurs, le médecin ne s’intéresse pas au malade mais à la maladie ce qui est un challenge pour pouvoir progresser. Honnêtement, si l’ordre des médecins avait vent de cette BD, il pourrait la faire interdire. C’est très grave ce qui est dénoncé d’autant que ce sont des vies qui sont en jeu. Pour faire passer la pilule, on ridiculise le titre et on présente un héros un peu insouciant qui se tape l’infirmière dès les premières pages. Après l’amour, celle-ci fait un pneumothorax et le récit est lancé. C’est d’ailleurs diablement efficace dans la mise en scène. On ne perd pas le fil. C’est un seinen plutôt joliment dessiné qui a d’ailleurs reçu un grand prix au Japon (prix du manga Shōgakukan pour ceux que cela intéresse). c'est un peu un mélange d'Urgences, Dr House et Grey's Anatomy. Outre les histoires sentimentales, cela pointe du doigt les défaillances du système médical japonais. C'est là qu'on se dit qu'on a bien de la chance dans notre pays la France.

17/11/2015 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Un Père vertueux
Un Père vertueux

Ce livre est un accident. Accident de parcours puisqu'il se veut le début, la suite et la fin de Trois fils du même auteur. Pourquoi donc le dissocier de la série dite d'origine ? C'est bien simple, Trois fils était conçu comme le premier tome d'une trilogie qui n'aura jamais lieu. Ce n'est pas pour autant une série abandonnée puisque le présent ouvrage fait effectivement office de séquelle et de préquelle MAIS qu'il peut se lire complètement indépendamment du livre d'origine. Ce tour de force, suffisamment rare pour être souligné, on le doit à Ludovic Debeurme qui a déjà fait ses armes chez le même éditeur mais également chez Futuropolis avec Lucille et Renée. Parti timidement de "3 Fils" en aquarelle et avec un style peu bavard mais peu avare en poésie, Debeurme renoue avec son style d'origine essentiellement constituée de traits de crayons de couleur (comme ne le laisse pas supposer l'austère couverture) et le résultat me laisse pantois : c'est simplement magnifique. On passe à 160 pages pour un résultat qui prend aux tripes et qu'il est difficile de reposer sans en arriver à l'ultime page. Le tour de force est effectivement de revenir sur les origines de ces trois fils, de garder le fil même pour quiconque n'aura pas lu son oeuvre précédente et d'en trouver une unité parfaite. Après il faut aimer les récits un peu barrés avec moult références de fratrie, de stigmates et de spiritualité déviante rappelant l'inoubliable prédicateur Bliss Blister de Charles Burns dans son recueil Fleur de peau. Il s'agit surtout du portrait de trois adolescents et de la peur d'un Père effrayant et imprévisible, de leurs états d’âme, de leur propre identité et de leur éveil à la sexualité dans un univers pas forcément clément mais suffisamment mystérieux pour en lire davantage. Debeurme use de styles différents passant de la bande dessinée à l'illustration avec un sens du découpage qui frôle le respect absolu. Macabre, beau et moderne, le récit use de métaphores et de pertes de repères sans jamais abandonner le lecteur grâce à une construction adroite. C'est un véritable coup de cœur dont la réalisation éditoriale est juste magnifique. Les trois frères deviennent des symboles dissociables d'une jeunesse en totale rupture avec une éducation pieuse. Les mots me manquent pour décrire un tel univers que Ludovic Debeurme a su synthétiser et rendre accessible pour tous les curieux sensibles au charme latent de ses dessins maitrisés à la perfection. Voici une œuvre indépendante dont vous risquez vite de devenir dépendant qu'il ne faudrait pas louper !

16/11/2015 (modifier)
Couverture de la série Persepolis
Persepolis

Persepolis est l’œuvre fondatrice et majeure de Marjane Satrapi – et peut-être le best-seller de L’Association. La série a même eu l’honneur d’une adaptation cinématographique (que je n’ai pas vue). C’est une série que je voulais lire depuis pas mal de temps, et c’est enfin chose faite. Et je dois dire que je suis très content de cette découverte – même si je connaissais déjà les grandes lignes de l’histoire. Cette histoire justement, est celle de l’Iran moderne, post Révolution islamique, qu’un petit rappel historique introduit dans le premier album. Mais c’est surtout, plus que l’Histoire d’un pays, l’histoire de Marjane Satrapi, petite fille au début, puis adolescente et enfin femme. Ces deux histoires sont inséparables (malgré ou peut-être à cause des périodes d’exil de Marjane, en Autriche par exemple). A noter que dans un univers à la fois machiste, sclérosant pour une femme, Satrapi bénéficie de la présence de parents aimants et particulièrement ouverts – et, accessoirement, relativement aisés… Son regard sur la société iranienne est de ce fait probablement atypique. Cette chronique bâtie sur deux plans à la fois parallèles et complémentaires donne ici un très bon résultat. Le regard parfois décalé de Marjane Satrapi sur les bouleversements de la société iranienne donne de la fraîcheur à une histoire pas toujours rose. Et, un peu comme le récent L'Arabe du futur de Sattouf, cela donne un humour discret et efficace. Le dernier album de cette série s’arrête au moment où Marjane Satrapi s’installe en France. Et donc qu’elle rédige ces quatre albums, qui vont lui permettre de sortir des périodes moroses qu’elle a connues – du moins j’imagine. Voilà donc quatre albums vraiment à découvrir, pour avoir un éclairage intéressant sur la société et l’histoire iraniennes, mais aussi pour faire connaissance avec une auteure originale et qui a depuis produit d’autres albums que je vais m’empresser d’aller lire.

16/11/2015 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Le Caravage
Le Caravage

Il est rare que j'apprécie autant une BD de Manara. Autant je trouve son dessin superbe, autant ses séries m'ont toujours plus ou moins déçu parce que trop faciles, trop racoleuses ou trop de violence gratuite quand il aborde des sujets historiques comme dans Borgia (même si cette dernière vient en réalité du scénario de Jodorowsky). Mais avec cette série, Le Caravage, nous avons les qualités indéniables de Manara sans presque aucun défaut en contrepartie. Alors oui, les filles sont souvent nues et leurs corps sont trop parfaits et trop sensuels pour ne pas y voir une touche racoleuse très italienne et très habituelle chez Manara. Mais cette nudité et l'érotisme de ces femmes s'accordent plutôt bien au récit historique. Et pour ce qui est de ce dernier, c'est excellent. Manara met en scène une Italie du 16e siècle et surtout une ville de Rome assez grandioses dans leur beauté et leur dépaysement historique. On y sent de nombreuses influences, gravures romantiques ou dessins de Piranese, et le tout est parfaitement digéré par son style graphique impeccable et envoûtant. Et en même temps, le réalisme est bien présent. L'histoire du jeune peintre surdoué qu'on connaîtra plus tard sous le nom de Caravage est pleine de vie, de dynamisme et d'intérêt. On sent la fougue du personnage, sa passion, ses emportements et la vie complexe et mouvementée qui s'ensuit. Il n'est pas forcément attachant, mais il est indéniablement intéressant et le suivre ainsi ressemble presque à un récit d'aventures sans céder à la biographie ennuyeuse. De la belle ouvrage à même de plaire aux amateurs d'Histoire, d'Art et de récits impétueux !

16/11/2015 (modifier)
Couverture de la série DesSeins
DesSeins

Que voilà un joli recueil de nouvelles ! DesSeins, dont le titre est tout sauf anodin et la majuscule du deuxième S encore moins nous propose sept portraits de femme signés… par un homme. Olivier Pont, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’est pas un inconnu dans le monde de la bande dessinée même si on ne le connait que très peu dans ce registre. Personnellement, je trouve qu’il signe là un bel album, sensible, touchant, dans la lignée de ce que peut faire Zidrou, par exemple. De seins, il sera donc question tout au long de ces sept portraits, des seins symboles de féminité, parfois trop lourds à porter, parfois trop stigmatisés. Olivier Pont joue joliment du silence pour nous surprendre et nous entrainer là où l’on ne s’y attendait pas toujours. A une occasion, j’ai trouvé qu’il versait dans la facilité, dans la caricature. Pour le reste, l’auteur signe un sans-faute à mes yeux. Au niveau du dessin comme du découpage, il s’agit là aussi d’un travail frôlant la perfection. Les histoires disposent de l’espace nécessaire pour se développer tout en restant très concentrées (format de la nouvelle oblige). Le dessin est clair, immédiat et séduisant. Le travail sur les regards est soigné et permet de faire passer beaucoup d’informations sans commentaires inutiles. Un album que je ne peux que vous recommander.

16/11/2015 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5
Couverture de la série Trois fils
Trois fils

Conte des temps modernes, Debeurme délivre avec ce qui a été pensé comme une trilogie une drôle d’histoire d’abandon et d’errances autour de 3 frères difformes et de leur père. Utilisant de nombreuses métaphores par l’aquarelle, l’histoire débute par l’abandon du père, un homme massif et barbu par ses enfants sur une ile déserte, ce dernier finira par revenir hanter ses enfants pris au dépourvu et devant élaborer un nouveau plan pour se défendre et contrer ce qui leur semble être une menace. Un flashback va revenir aux origines du malaise avec cette famille sans mère exilée dans un pays lointain où les trois enfants devront se débrouiller pour se nourrir pendant l’absence de leur père parti chercher un travail et un logement. En dire plus serait maladroit. Debeurme arrive avec peu de dialogues mais des illustrations aux contours simples mais stupéfiants de couleur et de beauté à rendre poétique chaque situation grotesque ou inconfortable. Beaucoup de points sont mis volontairement en suspens. On se demande à quelle sauce le lecteur va être mangé mais Debeurme garde ses cartes en main…. Le style naïf en rebutera plus d’un mais l’œuvre reste incroyablement sensitive. L’un des 3 frères voit son père revenir et se liquéfie sur place, caractérisé par les traits vides et non colorés du personnage. Plus efficace que cela, tu meurs… Je ne sais pas si considérer Ludovic Debeurme comme un Charles Burns français est une bonne idée tant ce récit peut s’apparenter à son « Black Hole » dont certains points (difformités et cruauté de l’enfance) se rejoignent mais il est certain que cet artiste mérite un peu plus de reconnaissance que la frange indépendante. Laissez vous donc happer par cet univers bizarre mais terriblement cohérent.

15/11/2015 (modifier)
Par herve
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Facteur pour femmes
Facteur pour femmes

Cela faisait un moment que je tournais autour de cet album. Et puis, je l'ai acheté dans sa version toilée, de très bonne qualité, comme savent le faire les éditions Bamboo. Et puis ce one shot (j'arrête , le plus possible, de me lancer dans des séries interminables) est signé de Morice et Quella-Guyot, les auteurs d'un très original et remarquable Papeete 1914 consacré, entre autre, à un épisode de la Grande Guerre. Justement, nous replongeons ici , non dans les tranchées, mais dans cette période vécue sur une île bretonne, ressemblant étrangement à l'ïle de Houat (pour ceux qui connaissent) A travers Maël, facteur ad hoc, nous découvrons le quotidien de cette île où tout les hommes sont partis combattre, tous sauf un, Maël qui saura à travers des astuces et des mensonges, réconforter ces femmes seules. La grande qualité de cette histoire réside dans ce personnage de Maël, pour lequel, au fil de la lecture, nous éprouvons de moins en moins de sympathie; mais aussi dans le chapitre de conclusion, qui donne envie de relire l'ensemble sous un nouvel éclairage. C'est osé, malin et surtout très intelligent, cette conclusion. Reste un autre point positif de l'album que j'avais, je crois déjà souligné lors du précédent diptyque, la qualité du dessin ...de véritables cartes postales parfois...un dessin magnifique doublé de couleurs fort réussies, cet album ne fait que ravir le breton, amateur de bd que je suis. La guerre de 14 vue autrement..........lisez-le.

15/11/2015 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
Couverture de la série Jade
Jade

Bon, c'est franchement bien parce que le Tibet et son histoire a toujours été un truc qui m'a passionné comme tout ce qui touche au monde asiatique en BD. Ici un occidental nourri aux livres de Rudyard Kipling et à la recherche de son père s'engage dans une quête improbable pour retrouver la Daikini, réincarnation d'une sagesse millénaire Le héros sûr de ses certitudes d'occidental arrive dans ce pays au moment d'événements dramatiques pour le pays qui est en passe de devenir une nouvelle possession chinoise. Beaucoup de manichéisme dans la BD qui heureusement est atténué dans l'appendice final pour nous expliquer la situation et les événements tant chinois que tibétains qui ont amené à la situation que nous connaissons aujourd'hui. Vraiment à découvrir et passons quelques erreurs de jeunesse, finalement assez rafraîchissantes au vu du sujet.

15/11/2015 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
Couverture de la série Galkiddek
Galkiddek

Que voilà une bonne et belle découverte que cette trilogie médiévale fantastique de Franck Giroud dont les talents de scénariste ne sont plus à prouver. L'homme sait mener sa barque et ne doutons point qu'avec cette histoire il saura nous concocter un final égal aux débuts très prometteurs de cette série. Ici tous les éléments sont en place pour nous offrir dans un monde à mi chemin entre un moyen âge plausible comprenant des éléments fantastiques mais sans en faire trop, avec des références évidentes à des récits d'aspects plus sombres. Le tout est parfaitement maîtrisé, la mécanique de narration tourne sans fausse note, c'est divertissant, l'on a envie de connaitre la suite, quoi demander de plus au final lorsque l'on lit ce genre d'histoire. Nous devons le dessin à quelqu'un que je découvre aussi, Paolo Grella, qui dans le genre fait beaucoup mieux que certains de ses petits camarades qui se sont frottés à ce genre avec plus ou moins de bonheur. Les décors sont parfois grandioses et proches de l'iconographie du genre avec ces châteaux aux tours démesurées, la soldatesque peut être sanguinaire à souhait, en fait je n'ai que des louanges pour le dessin. Voilà une série dont j'attends la conclusion avec impatience et il n'est pas dit que je n'en ferai pas l'achat à l'occasion.

15/11/2015 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5
Couverture de la série Le Voyage de Phoenix
Le Voyage de Phoenix

Pour son second roman graphique, le dessinateur d’origine sud-coréenne Jung nous raconte de petites histoires humaines affectées par la grande Histoire : celle d’une guerre froide bloquant quasiment tout échange entre la Corée du Sud et sa voisine du nord « communiste », dirigée d’une main de fer par un régime militaire impitoyable. Kim vient de trouver la mort dans un accident de voiture. Jennifer, à la fois narratrice et personnage principal, est sous le choc. C’est elle qui avait géré le dossier d’adoption du garçonnet lorsqu’elle travaillait en Corée du Sud. Cet événement tragique va raviver le souvenir douloureux de ce père qu’elle n’a pas connu et qui y était allé pour assurer la sécurité face à la menace du voisin communiste. Le thème dominant de ces récits croisés est la résilience face la douleur résultant d’un drame en apparence insurmontable. Celle de Jennifer d’abord, qui pleure ce père inconnu mort dans des circonstances tragiques. Celle des parents de Kim ensuite, qui vivront un cauchemar dans les mois suivant le décès du jeune garçon. Celle de son mari San-Ho enfin, qui a fui la Corée du Nord après avoir supporté l’enfer des camps de rééducation. Et quoi de mieux que le phœnix, cet oiseau légendaire qui a le pouvoir de renaître de ses cendres, pour donner corps à cette notion et servir de fil rouge au récit. Si la narration peut avoir tendance à se diluer dans la kyrielle de personnages, bien campés au demeurant, elle est parfaitement servie par le dessin raffiné et sensible de Jung. Avec ses lavis insufflant sans lourdeur ce qu’il faut de tension ou d’anxiété à l’histoire, le noir et blanc convient bien au propos. Par l’entremise de ces tragédies dénuées de pathos, « Le Voyage de Phoenix » peut être vu comme un don de l’auteur, un hommage à la vie malgré son âpreté, tout simplement. A l’image de San-Ho, « ce grand enfant » au sourire lumineux découvrant la vie après avoir survécu aux pires épreuves dans son propre pays.

14/11/2015 (modifier)