Fabcaro est un auteur qui me fascine véritablement. J'aimerais bien le rencontrer un jour: c'est réellement un souhait. Et dire qu'une de mes connaissances a passé récemment une après-midi avec lui ! J'en suis un peu jaloux. Voilà des années que je prédisais que cet auteur allait faire un tabac. C'est chose faite avec sa dernière oeuvre où il collectionne les prix.
Si je dis cela, c'est qu'en matière de strip, j'ai jamais été emballé par le genre à l'exception de Fabcaro qui est le seul à me faire rire. L'exercice était pourtant difficile car 8 cases pour une séquences qui se reproduit à savoir un talk-show où une présentatrice reçoit un invité à chaque fois différent. Les chutes ne sont pas les mêmes.
C'est parfois assez sarcastique sur la critique des médias et de la culture de masse. Tous les exemples qu'il nous montre me parlent. C'est tellement rare d'être autant en phase avec un auteur.
Bon ok, ok, j'suis plutôt du genre fan du dessin de Julien Loïs... et plutôt fan du boulot de scénariste d'ElDiablo aussi. Alors forcément, me servir sur un plateau un album haut en couleur et bien déjanté comme je les aime regroupant ces deux auteurs, forcément je fonce !!!
Avec "Noticias", premier tome de la série "Rua Viva !", nos deux compères nous plongent dans les méandres et grouillantes rues d'une favela, avec sa faune et ses codes... Personnages forts en gueule, victimes des gangs (ou de la police qui ne vaut guère mieux), habitant fraichement arrivé, chaque chapitre qui découpe cet album nous raconte l'histoire d'un des habitant de Là-en-haut.
Graphiquement, c'est juste magnifique ! J'adore le trait de Julien Loïs et ses personnages zoomorphes si expressifs. C'est clairement inspiré de ce que proposait Jano, mais avec un gros dépoussiérage. La recherche et le soin apporté au graphisme et au style de chaque histoire sont impressionnants ! Chaque case regorge de menus détails qui donnent cette ambiance si particulière et cette impression de vie grouillante qui sert à merveille ces récits sur cette favela.
Les histoires proposées par Eldiablo sont elles aussi aux petits oignons et collent parfaitement avec le style de Julien Loïs. Là aussi, on sent que Kebra et Keubla de Jano ont fait des émules. On retrouve donc ce format d'histoires courtes mais percutantes, teintées d'un humour noir et décalé que j'adore !
Alors, si vous aimez Jano foncez, vous ne serez pas déçu. Si vous ne connaissez pas Jano, foncez aussi ! Et si vous connaissez le travail de Julien Loïs et de Eldiablo, foncez aussi !!! Bref, vous voyez ce qu'il vous reste à faire ! :)
Je n'avais jusqu'ici rien lu du travail de Paco Roca. C'est donc une totale découverte, et ma fois une très agréable.
Déjà, j'ai une affection particulière pour les albums au format à l'italienne. Cela donne presque toujours lieu à des mises en pages et des narrations originales. La couverture aux tons chauds pose tout de suite une ambiance et la première pierre de cette construction d'émotions et de sentiments qui vont transpirer de cet album.
Car à travers cette bâtisse, c'est l'histoire simple mais pourtant universelle de la vie d'un homme, de la maison qu'il a construite et des souvenirs de famille qui vont ressurgir. N'attendez pas d'action ; ici tout passe par le ressenti. Cette fratrie composée de deux frères et une sœur qui vont se retrouver un an après le décès de leur père va faire ressurgir tout un tas de souvenirs, oscillant entre joies et nostalgie. C'est subtil, les personnages sont criant de réalisme et on est très vite pleinement immergé dans cette histoire de famille pourtant des plus banale, mais qui nous renvoie à notre propre existence de façon percutante. Ça sent le vécu, le vivant, la vie avec ses tracas et ses petites et grandes tragédies.
Le dessin de Paco Roca, tout en ligne claire très épurée n'en est pas moins des plus expressif et appuie pleinement les intentions et les sentiments qu'il veut nous faire partager. Surtout que sa mise en couleur, très douce mais tout en contraste, va également appuyer cette volonté. Paco Roca s'amuse également du format à l'italienne quitte à parfois un peu brouiller les pistes narratives classiques dans sa mise en page, mais sans jamais nous perdre.
Bref, vous l'aurez compris, avec "La Maison", vous avez entre les mains un petit écrin de nostalgie, mais qui ne donne pas non plus dans le larmoyant, simplement dans le vivant et ce qui fait une vie.
Après le remarqué Mushishi, qui n'a pas laissé indifférent ses lecteurs, Yuki Urushibara revient avec une histoire aux allures de conte, un récit que ne renierait pas Miyazaki, qui est d'ailleurs explicitement évoqué par l'éditeur. Il faut dire que certains éléments sont typiques : la campagne nipponne, l'arrivée de la modernité qui oblige les habitants d'un village paisible à partir, un personnage insaisissable qui se montre insouciant et intemporel, une créature mythique qui est aussi insaisissable...
L'autre influence manifeste est Quartier lointain, puisque Chinami voyage dans le temps et l'histoire de sa famille, étroitement liée à cet endroit au calme troublant... Et bien sûr un cadre rural enchanteur comme Taniguchi sait tellement bien les peindre.
On est dans une histoire troublante, pleine de faux-semblants, entre onirisme et naturalisme, et on se fait bercer, tout à fait comme ces gamins qui se laissent flotter dans la rivière après avoir sauté du vieux pont... Le charme agit indéniablement, et on se surprend à regretter que ce manga ne soit pas en couleurs pour profiter pleinement des jolis paysages composés par l'auteure...
La fin, qui survient avec le tome 2, ne réserve pas vraiment de surprise, mais conserve ce charme si particulier, lié à la nture (et ses divinités) aussi bien qu'aux personnages, tous frappés de nostalgie mais aussi d'un certain bonheur de vivre.
Je ne suis pas près d'oublier Sumio dans son village, et eux non plus...
Ouf ! Après 16 ans et 13 tomes, Le Tueur s'achève enfin !
L'une des grandes forces de cette série, c'est d'avoir réussi à proposer un récit aussi long et prenant sur la figure pourtant tellement éculé du tueur à gages. Matz a créé son personnage de tueur loin des fantasmes et des stéréotypes que l'on peut d'habitude voir au cinéma, en littérature ou en BD. Le Tueur est un homme au physique ordinaire mais à la psychologie aussi intéressante que développée ; cynique, misanthrope et insaisissable, il fascine le lecteur autant qu'il le dégoûte.
Un autre grande qualité de la saga est son scénario. Matz délivre une intrigue noire, violente, réaliste et complexe qui s'appuie énormément sur la géopolitique et l'envers des relations internationales.
Enfin, les dessins de Jacamon, plutôt honnêtes durant les premiers tomes gagnent progressivement en force et en qualité. Les planches sont plus soignées, plus audacieuses et les décors et les environnement sont de plus en plus travaillés. Bref c'est un très beau travail graphique, d'autant que les lieux et les pays varient énormément.
J'ai quand même un bémol à formuler. Après avoir relu toute la série d'une traite, j'ai trouvé que les pensées et les longs monologues du personnage principal finissaient par être un peu redondants et cassaient par moment le dynamisme et la fluidité du récit. Rien de grave cependant.
Le Tueur est indubitablement une grande série, indispensable à tous les amateurs du genre.
Excellent album que celui-ci, si du moins vous n’avez rien contre les récits nombrilistes plongés dans l’autodérision.
Jonathan Ames se livre en effet avec beaucoup d’humour à l’exercice de l’autobiographie flagellatrice. Son rapport conflictuel avec l’alcool est bien sûr au centre du sujet et sert de moteur à l’évolution de son récit et de son parcours. Et ce livre prend ainsi au fil des pages la forme d’une psychanalyse illustrée, dans laquelle le personnage principal parvient à se distancier de lui-même pour nous livrer un portrait tendre et sensible d’un être fragile, rongé par le doute et la mésestime de soi, en quête d’une renaissance salvatrice et d’une autodestruction permanente.
Ce livre n’aurait pas eu le même impact sans le dessin de Dean Haspiel. Le trait limpide et épuré de l’artiste apporte en effet une dimension caricaturale et légère au récit, accentuant de la sorte l’autodérision voulue par Jonathan Ames.
Un très bel album et une bonne manière de découvrir le créateur de la série télévisée ‘Bored to Death’ tant son propre parcours décrit ici propose bien des points communs avec celui du personnage principal de la série (un romancier juif alcoolique, ne crachant pas sur la drogue à l’occasion ayant pour meilleur ami un dessinateur de comics…)
Je suis un grand fan de ce duo d’auteurs, que j’avais découverts avec le premier tome de leur Petite histoire des colonies françaises, et bien d’autres albums sont venus depuis confirmer tout leur talent.
Ceux qui découvrent ici le dessin d’Otto T le trouveront minimaliste, et ils auront raison. Mais il l’est beaucoup moins que dans les autres séries : ici, pas de bonhommes filiformes. Simple donc, très souvent en plus ou moins léger décalage avec le texte de Grégory Jarry, ajoutant une touche comique – avec des personnages fébriles, énervés – à l’histoire un rien parodique.
Le premier album mêle les faits historiques, sorte de biopic ironique de Speer ou de von Braun, et puis, petit à petit, s’instille l’uchronie, voire le n’importe quoi. Et si Hitler n’était pas mort, et s’il avait réussi à fuir dans l’espace, utilisant les inventions de von Braun ?
C’est amusant – que ce soient la critique des faits et personnages historiques, ou celle de certaines théories du complot (les Américains ont-ils réellement mis les pieds sur la Lune ?).
Le deuxième album, tout en utilisant encore quelques flash-back, est peut-être moins drôle, mais il est plus caustique, se moquant sans en avoir trop l’air des travers de notre société, des jeux télévisés à l’importance des médias. Quant à la Germania nazie, développée sur Mars, la tournure des événements est assez savoureuse et un peu éloignée des idées nazies qui l’avaient pourtant inspirée. Au passage, les auteurs nous donnent une piste pour savoir où se trouve le « docteur » Mengele, boucher d’Auschwitz ayant échappé à la justice après la Seconde guerre mondiale.
Au final, c’est un diptyque intéressant, original, qu’il ne faut vraiment pas hésiter à redécouvrir. Pour ensuite aller vers d’autres œuvres du même duo chez le même éditeur, leurs différentes « petites histoires », des colonies françaises ou du Texas étant franchement excellentes !
Le concept de cette BD est simple mais excellent : Luisa, 33 ans, reçoit un jour la visite de … Luisa 15 ans ! Voyage dans le temps ? Aucune importance finalement, l’idée est surtout prétexte à une réflexion intéressante, mettant en relief un paradoxe (sans doute assez courant) entre les rêves de l’ado, et la réalité de la vie adulte. Il en résulte une remise en question, mais aussi une revisite de sentiments homosexuels enfouis.
Le propos est reste léger, pas de grandes réflexions philosophiques trop sérieuses ou pompeuses. L’auteur fait plutôt place à l’humour, aux sauts d’humeurs et aux caractères « de cochon » de ses personnages. Pas de prise de tête avec le réalisme non plus : les protagonistes semblent accepter l’impossible relativement facilement.
La mise en image est magnifique, le trait est maitrisé, les planches sont superbes, et la colorisation vraiment réussie. L’album lui-même est aussi très joli, grand format, couverture cartonnée… vraiment un bel objet.
Une lecture rafraichissante et prenante.
J'ai bien aimé cette histoire qui est une véritable odyssée à la recherche du bonheur. Ce dernier peut se trouver dans des choses qui paraissent insignifiantes mais qui en disent long.
C'est une première aussi bien pour le scénariste que la dessinatrice suisse. Et pour une première, c'est déjà pas aussi mal. J'ai aimé le ton de ce récit ainsi que le graphisme tout en finesse. On va voyager de Paris à Israël dans une véritable quête du bonheur et de la sérénité.
En conclusion, une oeuvre assez positive malgré les tracas de la vie. L'optimisme ne sera pas béat comme on pouvait le craindre. Une lecture qui peut faire du bien aux lecteurs grâce à ce regard décalé.
Toujours dans la même verve et trempé de son style graphique inimitable, Derf Backderf remet le couvert en abordant cette fois-ci le sujet des déchets... De prime abord, on se dit que cela va être beaucoup moins mystérieux que Mon ami Dahmer, moins rock'n roll et déjanté que Punk Rock et mobile homes, et c'est là qu'on se trompe.
Derf Backderf a le chic pour nous embarquer dans ses histoires improbables, toujours avec cet humour un peu potache et décalé des grands ados/jeunes adultes qui caractérise ses personnages principaux. Là, c'est en nous relatant son expérience d'éboueur qu'il réussit à nous donner un visu assez affligeant (mais en même temps peu surprenant) de ce que notre société produit, consomme et finit par (tenter de) se débarrasser. D'une anecdote liée au temps qu'il subissent, au contenu toujours plus farfelu ou dégoutant de ce qu'ils doivent évacuer, Derf Backderf tire cyniquement le portrait d'une société qui se moque de ce qu'elle laisse derrière elle et des conséquences de son mode de vie.
Heureusement, derrière ce message déprimant, non pas nouveau, mais traité de façon décalée, on s'amuse des situations et des personnages truculents qu'il fait apparaitre au fil du récit.
Encore un très bon cru, fidèle au talent de son auteur, dont je ne peux que recommander la lecture.
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Talk Show
Fabcaro est un auteur qui me fascine véritablement. J'aimerais bien le rencontrer un jour: c'est réellement un souhait. Et dire qu'une de mes connaissances a passé récemment une après-midi avec lui ! J'en suis un peu jaloux. Voilà des années que je prédisais que cet auteur allait faire un tabac. C'est chose faite avec sa dernière oeuvre où il collectionne les prix. Si je dis cela, c'est qu'en matière de strip, j'ai jamais été emballé par le genre à l'exception de Fabcaro qui est le seul à me faire rire. L'exercice était pourtant difficile car 8 cases pour une séquences qui se reproduit à savoir un talk-show où une présentatrice reçoit un invité à chaque fois différent. Les chutes ne sont pas les mêmes. C'est parfois assez sarcastique sur la critique des médias et de la culture de masse. Tous les exemples qu'il nous montre me parlent. C'est tellement rare d'être autant en phase avec un auteur.
Rua Viva !
Bon ok, ok, j'suis plutôt du genre fan du dessin de Julien Loïs... et plutôt fan du boulot de scénariste d'ElDiablo aussi. Alors forcément, me servir sur un plateau un album haut en couleur et bien déjanté comme je les aime regroupant ces deux auteurs, forcément je fonce !!! Avec "Noticias", premier tome de la série "Rua Viva !", nos deux compères nous plongent dans les méandres et grouillantes rues d'une favela, avec sa faune et ses codes... Personnages forts en gueule, victimes des gangs (ou de la police qui ne vaut guère mieux), habitant fraichement arrivé, chaque chapitre qui découpe cet album nous raconte l'histoire d'un des habitant de Là-en-haut. Graphiquement, c'est juste magnifique ! J'adore le trait de Julien Loïs et ses personnages zoomorphes si expressifs. C'est clairement inspiré de ce que proposait Jano, mais avec un gros dépoussiérage. La recherche et le soin apporté au graphisme et au style de chaque histoire sont impressionnants ! Chaque case regorge de menus détails qui donnent cette ambiance si particulière et cette impression de vie grouillante qui sert à merveille ces récits sur cette favela. Les histoires proposées par Eldiablo sont elles aussi aux petits oignons et collent parfaitement avec le style de Julien Loïs. Là aussi, on sent que Kebra et Keubla de Jano ont fait des émules. On retrouve donc ce format d'histoires courtes mais percutantes, teintées d'un humour noir et décalé que j'adore ! Alors, si vous aimez Jano foncez, vous ne serez pas déçu. Si vous ne connaissez pas Jano, foncez aussi ! Et si vous connaissez le travail de Julien Loïs et de Eldiablo, foncez aussi !!! Bref, vous voyez ce qu'il vous reste à faire ! :)
La Maison
Je n'avais jusqu'ici rien lu du travail de Paco Roca. C'est donc une totale découverte, et ma fois une très agréable. Déjà, j'ai une affection particulière pour les albums au format à l'italienne. Cela donne presque toujours lieu à des mises en pages et des narrations originales. La couverture aux tons chauds pose tout de suite une ambiance et la première pierre de cette construction d'émotions et de sentiments qui vont transpirer de cet album. Car à travers cette bâtisse, c'est l'histoire simple mais pourtant universelle de la vie d'un homme, de la maison qu'il a construite et des souvenirs de famille qui vont ressurgir. N'attendez pas d'action ; ici tout passe par le ressenti. Cette fratrie composée de deux frères et une sœur qui vont se retrouver un an après le décès de leur père va faire ressurgir tout un tas de souvenirs, oscillant entre joies et nostalgie. C'est subtil, les personnages sont criant de réalisme et on est très vite pleinement immergé dans cette histoire de famille pourtant des plus banale, mais qui nous renvoie à notre propre existence de façon percutante. Ça sent le vécu, le vivant, la vie avec ses tracas et ses petites et grandes tragédies. Le dessin de Paco Roca, tout en ligne claire très épurée n'en est pas moins des plus expressif et appuie pleinement les intentions et les sentiments qu'il veut nous faire partager. Surtout que sa mise en couleur, très douce mais tout en contraste, va également appuyer cette volonté. Paco Roca s'amuse également du format à l'italienne quitte à parfois un peu brouiller les pistes narratives classiques dans sa mise en page, mais sans jamais nous perdre. Bref, vous l'aurez compris, avec "La Maison", vous avez entre les mains un petit écrin de nostalgie, mais qui ne donne pas non plus dans le larmoyant, simplement dans le vivant et ce qui fait une vie.
Underwater - le village immergé
Après le remarqué Mushishi, qui n'a pas laissé indifférent ses lecteurs, Yuki Urushibara revient avec une histoire aux allures de conte, un récit que ne renierait pas Miyazaki, qui est d'ailleurs explicitement évoqué par l'éditeur. Il faut dire que certains éléments sont typiques : la campagne nipponne, l'arrivée de la modernité qui oblige les habitants d'un village paisible à partir, un personnage insaisissable qui se montre insouciant et intemporel, une créature mythique qui est aussi insaisissable... L'autre influence manifeste est Quartier lointain, puisque Chinami voyage dans le temps et l'histoire de sa famille, étroitement liée à cet endroit au calme troublant... Et bien sûr un cadre rural enchanteur comme Taniguchi sait tellement bien les peindre. On est dans une histoire troublante, pleine de faux-semblants, entre onirisme et naturalisme, et on se fait bercer, tout à fait comme ces gamins qui se laissent flotter dans la rivière après avoir sauté du vieux pont... Le charme agit indéniablement, et on se surprend à regretter que ce manga ne soit pas en couleurs pour profiter pleinement des jolis paysages composés par l'auteure... La fin, qui survient avec le tome 2, ne réserve pas vraiment de surprise, mais conserve ce charme si particulier, lié à la nture (et ses divinités) aussi bien qu'aux personnages, tous frappés de nostalgie mais aussi d'un certain bonheur de vivre. Je ne suis pas près d'oublier Sumio dans son village, et eux non plus...
Le Tueur
Ouf ! Après 16 ans et 13 tomes, Le Tueur s'achève enfin ! L'une des grandes forces de cette série, c'est d'avoir réussi à proposer un récit aussi long et prenant sur la figure pourtant tellement éculé du tueur à gages. Matz a créé son personnage de tueur loin des fantasmes et des stéréotypes que l'on peut d'habitude voir au cinéma, en littérature ou en BD. Le Tueur est un homme au physique ordinaire mais à la psychologie aussi intéressante que développée ; cynique, misanthrope et insaisissable, il fascine le lecteur autant qu'il le dégoûte. Un autre grande qualité de la saga est son scénario. Matz délivre une intrigue noire, violente, réaliste et complexe qui s'appuie énormément sur la géopolitique et l'envers des relations internationales. Enfin, les dessins de Jacamon, plutôt honnêtes durant les premiers tomes gagnent progressivement en force et en qualité. Les planches sont plus soignées, plus audacieuses et les décors et les environnement sont de plus en plus travaillés. Bref c'est un très beau travail graphique, d'autant que les lieux et les pays varient énormément. J'ai quand même un bémol à formuler. Après avoir relu toute la série d'une traite, j'ai trouvé que les pensées et les longs monologues du personnage principal finissaient par être un peu redondants et cassaient par moment le dynamisme et la fluidité du récit. Rien de grave cependant. Le Tueur est indubitablement une grande série, indispensable à tous les amateurs du genre.
Alcoolique
Excellent album que celui-ci, si du moins vous n’avez rien contre les récits nombrilistes plongés dans l’autodérision. Jonathan Ames se livre en effet avec beaucoup d’humour à l’exercice de l’autobiographie flagellatrice. Son rapport conflictuel avec l’alcool est bien sûr au centre du sujet et sert de moteur à l’évolution de son récit et de son parcours. Et ce livre prend ainsi au fil des pages la forme d’une psychanalyse illustrée, dans laquelle le personnage principal parvient à se distancier de lui-même pour nous livrer un portrait tendre et sensible d’un être fragile, rongé par le doute et la mésestime de soi, en quête d’une renaissance salvatrice et d’une autodestruction permanente. Ce livre n’aurait pas eu le même impact sans le dessin de Dean Haspiel. Le trait limpide et épuré de l’artiste apporte en effet une dimension caricaturale et légère au récit, accentuant de la sorte l’autodérision voulue par Jonathan Ames. Un très bel album et une bonne manière de découvrir le créateur de la série télévisée ‘Bored to Death’ tant son propre parcours décrit ici propose bien des points communs avec celui du personnage principal de la série (un romancier juif alcoolique, ne crachant pas sur la drogue à l’occasion ayant pour meilleur ami un dessinateur de comics…)
La Conquête de Mars
Je suis un grand fan de ce duo d’auteurs, que j’avais découverts avec le premier tome de leur Petite histoire des colonies françaises, et bien d’autres albums sont venus depuis confirmer tout leur talent. Ceux qui découvrent ici le dessin d’Otto T le trouveront minimaliste, et ils auront raison. Mais il l’est beaucoup moins que dans les autres séries : ici, pas de bonhommes filiformes. Simple donc, très souvent en plus ou moins léger décalage avec le texte de Grégory Jarry, ajoutant une touche comique – avec des personnages fébriles, énervés – à l’histoire un rien parodique. Le premier album mêle les faits historiques, sorte de biopic ironique de Speer ou de von Braun, et puis, petit à petit, s’instille l’uchronie, voire le n’importe quoi. Et si Hitler n’était pas mort, et s’il avait réussi à fuir dans l’espace, utilisant les inventions de von Braun ? C’est amusant – que ce soient la critique des faits et personnages historiques, ou celle de certaines théories du complot (les Américains ont-ils réellement mis les pieds sur la Lune ?). Le deuxième album, tout en utilisant encore quelques flash-back, est peut-être moins drôle, mais il est plus caustique, se moquant sans en avoir trop l’air des travers de notre société, des jeux télévisés à l’importance des médias. Quant à la Germania nazie, développée sur Mars, la tournure des événements est assez savoureuse et un peu éloignée des idées nazies qui l’avaient pourtant inspirée. Au passage, les auteurs nous donnent une piste pour savoir où se trouve le « docteur » Mengele, boucher d’Auschwitz ayant échappé à la justice après la Seconde guerre mondiale. Au final, c’est un diptyque intéressant, original, qu’il ne faut vraiment pas hésiter à redécouvrir. Pour ensuite aller vers d’autres œuvres du même duo chez le même éditeur, leurs différentes « petites histoires », des colonies françaises ou du Texas étant franchement excellentes !
Luisa - Ici et là
Le concept de cette BD est simple mais excellent : Luisa, 33 ans, reçoit un jour la visite de … Luisa 15 ans ! Voyage dans le temps ? Aucune importance finalement, l’idée est surtout prétexte à une réflexion intéressante, mettant en relief un paradoxe (sans doute assez courant) entre les rêves de l’ado, et la réalité de la vie adulte. Il en résulte une remise en question, mais aussi une revisite de sentiments homosexuels enfouis. Le propos est reste léger, pas de grandes réflexions philosophiques trop sérieuses ou pompeuses. L’auteur fait plutôt place à l’humour, aux sauts d’humeurs et aux caractères « de cochon » de ses personnages. Pas de prise de tête avec le réalisme non plus : les protagonistes semblent accepter l’impossible relativement facilement. La mise en image est magnifique, le trait est maitrisé, les planches sont superbes, et la colorisation vraiment réussie. L’album lui-même est aussi très joli, grand format, couverture cartonnée… vraiment un bel objet. Une lecture rafraichissante et prenante.
L'Odyssée du microscopique
J'ai bien aimé cette histoire qui est une véritable odyssée à la recherche du bonheur. Ce dernier peut se trouver dans des choses qui paraissent insignifiantes mais qui en disent long. C'est une première aussi bien pour le scénariste que la dessinatrice suisse. Et pour une première, c'est déjà pas aussi mal. J'ai aimé le ton de ce récit ainsi que le graphisme tout en finesse. On va voyager de Paris à Israël dans une véritable quête du bonheur et de la sérénité. En conclusion, une oeuvre assez positive malgré les tracas de la vie. L'optimisme ne sera pas béat comme on pouvait le craindre. Une lecture qui peut faire du bien aux lecteurs grâce à ce regard décalé.
Trashed
Toujours dans la même verve et trempé de son style graphique inimitable, Derf Backderf remet le couvert en abordant cette fois-ci le sujet des déchets... De prime abord, on se dit que cela va être beaucoup moins mystérieux que Mon ami Dahmer, moins rock'n roll et déjanté que Punk Rock et mobile homes, et c'est là qu'on se trompe. Derf Backderf a le chic pour nous embarquer dans ses histoires improbables, toujours avec cet humour un peu potache et décalé des grands ados/jeunes adultes qui caractérise ses personnages principaux. Là, c'est en nous relatant son expérience d'éboueur qu'il réussit à nous donner un visu assez affligeant (mais en même temps peu surprenant) de ce que notre société produit, consomme et finit par (tenter de) se débarrasser. D'une anecdote liée au temps qu'il subissent, au contenu toujours plus farfelu ou dégoutant de ce qu'ils doivent évacuer, Derf Backderf tire cyniquement le portrait d'une société qui se moque de ce qu'elle laisse derrière elle et des conséquences de son mode de vie. Heureusement, derrière ce message déprimant, non pas nouveau, mais traité de façon décalée, on s'amuse des situations et des personnages truculents qu'il fait apparaitre au fil du récit. Encore un très bon cru, fidèle au talent de son auteur, dont je ne peux que recommander la lecture.