Un énième témoignage sur cette période noire de l’Histoire européenne, qui s’intéresse à un aspect pas souvent traité en BD : la reconnaissance des citoyens français ayant aidé et caché des familles juives pendant l’occupation.
Le ton est très juste, l’auteur n’en fait pas trop, n’ajoute pas de grand effets dramatiques. Les évènements sont à ce titre assez anodins pour la plupart (les horreurs sont reportées mais rarement vécues directement par les protagonistes). La narration est académique et linéaire, ce qui n’empêche pas l’histoire d’être très prenante. Cette dernière apporte un peu d’optimisme dans un tableau déprimant, et ces héros de l’ombre redonnent un peu espoir en la race humaine.
La mise en image de David Cénou (l’histoire de l’album est basée sur sa famille !) est superbe, le dessin en noir et blanc est lisible et parfaitement adapté à l’histoire.
Un témoignage essentiel, et un album recommandable.
Certains pourront se dire "encore une Bd sur Jeanne d'Arc". Certes, raconter encore l'épopée de cette petite bergère lorraine qui aurait dû rester dans l'ombre de l'Histoire, peut paraitre vain, tant son histoire a été illustrée soit à l'écran , soit en BD.
Le défi des auteurs consistait donc à ne pas trop répéter ce qui avait été fait avant par d'autres, exercice assez difficile à éviter, mais je dois avouer que j'ai pris un certain intérêt à cette lecture malgré les faits archi connus. L'intérêt vient du fait qu'on perçoit légèrement le but que s'était fixé Jeanne, et la mentalité de son temps sur son rôle (une jeune fille vêtue en armure au milieu de soldats et de capitaines, décidée à bouter l'Anglais hors de France) ; un rôle qui peut sembler ambigu à nos esprits modernes, mais la réalité du XVème siècle était toute différente, et le scénariste Jérôme Legris fait bien ressortir tout ça. Pour les connaisseurs, c'est le scénariste de Horacio d'Alba et Malicorne qui sont de bonnes références.
L'autre intérêt est le dessin d'Ignacio Noé, le prodige argentin qui m'a tapé dans l'oeil depuis longtemps ; il illustre cette épopée avec son crayon toujours aussi aiguisé qui tend vers une sorte de style hyperréaliste assez torturé : visages blafards, yeux presque exorbités, crudité de certaines scènes, saleté ambiante de la guerre... bref un peu comme un relief qui n'hésite pas à montrer des scènes de bataille féroces et sanglantes dans une mise en page heurtée, et l'agonie du bûcher de Jeanne. Déjà dans Helldorado, il imprimait cette tendance graphique qui donne une force incroyable et ultra réaliste à son travail. Vous l'avez compris, son dessin ici est fabuleux !
Le récit se découpe en 3 grandes étapes : l'enfance à Domrémy et la révélation, les batailles contre l'Anglais, le procès et le bûcher. Tout est très condensé, ça va vite, pas le temps de s'attarder sur trop de détails, mais étrangement on n'a pas l'impression que c'est expédié à la va-vite, les auteurs ayant réussi à livrer un récit parfaitement structuré et percutant. Encore une réussite dans cette collection historique.
La loi du talion !
Lorsque l'Histoire vous a méprisé, exploité, souillé et rossé, la vie n'a plus grande importance. On prend chaque jour comme il nous parvient, sans en attendre quoi que ce soit, essayant de ne pas nous faire remarquer, pour conserver le moindre semblant de liberté qu'on nous accorde encore. Mais démunir un homme de sa dernière once d'estime de soi et de son ultime goutte d'espoir, c'est lui laisser nourrir l'aigreur de son existence. Celui qui n'a plus rien à perdre peut devenir extrêmement instable et dangereux !
Old Pa Anderson, d'Yves H. et Hermann, est de ces histoires. Ancrée au fin fond du Mississippi en 1952, elle décline le quotidien d'une bourgade fictive semblable à tant de villes du Sud. La ségrégation raciale y régit l'ordre des choses : d'une part les blancs, qui voient dans la couleur de peau une hiérarchie des races et de l'autre les noirs, contraints de subir la position la plus basse de cette classification qui leur a été infligée. Ils endurent leur condition sans se révolter, malgré les moqueries, l'humiliation et les sévices dont ils sont la cible.
La démarche nonchalante, fatigué par l'existence, le robuste Old Pa évolue dans ce contexte austère. Désabusé, il occupe ses journées entre bières et aventures extra-conjugales, sur lesquelles Old Ma ferme les yeux. La vie suit son court, aussi banale qu'elle puisse l'être, jusqu'à ce soir-là où Old Ma, épuisée, se couche plus tôt qu'à son habitude. Elle ne se réveillera jamais, laissant son mari inconsolable, avec cette idée qu'elle est morte de chagrin. Le couple traîne en effet un lourd secret. Huit ans auparavant, Lizzie, leur petite fille, a mystérieusement disparu sans qu'une réelle enquête ait eu lieu. Le shérif, portant en horreur ceux qu'il appelle « sales négros », n'a jamais voulu la mener. Aujourd'hui, il n'y a plus qu'Old Pa pour endurer ce fardeau et, alors que les funérailles de sa femme se terminent sous la grisaille pluvieuse, son voisin Otis lui révèle des informations concernant Lizzie. La tristesse va se transformer en colère ! Sa vie derrière lui et sans plus aucun parent pouvant subir des représailles, il perd ses dernières inhibitions. Armé d'une batte de base-ball, il part, seul, régler ses comptes. Interrogatoires brutaux, traques, exécutions de sang froid... Une chose est sûre, personne n'en sortira sans séquelles !
Dans cette nouvelle collaboration familiale, Yves H. nous propose un scénario qui, sans être original, s'avère efficace. Les dialogues sont réduits au strict nécessaire, les rapports humains sont évoqués judicieusement et la violence gratuite de l'époque est retranscrite avec une distanciation ne la rendant que plus proche de la réalité. Les témoignages sur lesquels il s'est appuyé pour l'écriture l'ont aidé à construire un univers injuste et sans morale. Un récit brut, illustrant le racisme sans raison qui a sévi dans le sud des États-Unis au cours des années 50, avec le Ku Klux Klan en toile de fond.
Côté graphique, Hermann n'est pas en reste. Il nous livre un dessin à l'aquarelle, parfaitement maîtrisé. Avec des ambiances sombres et lugubres en couleurs directes, il offre des images aux mots, des visages aux oppresseurs et aux opprimés, et une définition de la haine, infondée et sanglante. Visuellement, ces quelques planches permettent de donner un contexte émotionnel à cette honteuse page de l'Histoire si souvent impersonnelle !
Ahhhhhhhh !!! La voilà la BD complètement déjantée que j'attendais depuis quelques temps !!! Eric Powell est de retour, et il ne fait pas semblant avec cet album !
La couverture nous mets d'emblée au parfum : et y'a pas tromperie sur la marchandise ! Ça va saigner ! Car notre Big Man (un nain un peu véner' au passé douloureux) a comme une grosse envie de se soulager et de crier VENGEANCEEEEEE !!! Et comme tout artisan amoureux du travail bien fait (Môôôssieur est bricoleur...), on appréciera le soin qu'il porte à l'ouvrage et son abnégation.
Comme une grenade restée trop longtemps goupillée, ce récit nous pète à la gueule, tant par son histoire que par son dessin. Ici, pas de chichi, on ne joue pas avec la dentelle. Une dent est une dent ; une pince est une pince... Une promesse est une promesse...
Heureusement, ce récit ne se contente pas de se la jouer Boucherie Sanzot. L'histoire est tout d'abord sacrément bien construite, alternant les flashbacks et les petites révélations qui nous font avancer et comprendre les motivations de notre nain. La psychologie des personnages est solide et bien amenée, sans lourdeur, et l’alchimie de ce petit cocktail Molotov n’attendait qu’une étincelle pour inaugurer ce joli feu d’artifice.
Le dessin n’est pas en reste. Il soutient de façon percutante et sinistrement réaliste le parcours de notre demi-portion de service, sans être avare sur les détails. Eric Powell se fait ici plaisir en mettant en scène l’histoire qu’il co signe avec Tim Wiesch, et ma fois, le sieur est partageur, car on en prend nous aussi plein la gueule !
Une TRÈS bonne BD uppercut, comme je les aime, et dont je recommande plus que chaudement la lecture pour les amateurs du genre !
Je suis plutôt amateur de ce que fait Foerster, que ce soit au niveau graphique ou au niveau des histoires plus ou moins noires qu’il concocte généralement à merveille.
Cet album confirme tout son talent. Le visuel d’abord, vraiment réussi. J’aime toujours autant ce dessin, à la fois classique et « arrondi », en tout cas très lisible. Il travaille ici avec une sorte de bichromie, chacune des histoires ayant son habillage, avec une couleur dominante, même si l’ensemble reste cohérent, très sombre, nocturne, jouant sur les ombres et les non-dits, voire les « non montrés » : en cela on est proche d’une esthétique expressionniste, telle qu’elle s’est épanouie dans le cinéma allemand des années 1930.
Pour ce qui est de l’ambiance générale de ces histoires, on n’est plus exactement dans l’horreur qui pouvait parfois dominer davantage dans les histoires de la période « Fluide » (voir la belle intégrale parue récemment), même si Foerster ne l’a pas complètement effacée et que je fais peut-être un distingo trop prononcé. Il y a ici plus de fantastique pur, voire de poésie noire, avec par contre toujours une bonne pincée d’atmosphère « dérangeante » comme peut le faire Blanquet – dans un autre registre il est vrai – (je pense à cette fille/limace par exemple).
Pour ce qui est de l’histoire proprement dite, Foerster l’a découpée en cinq chapitres plus ou moins indépendants : suite à une catastrophe et à la destruction d’une centrale nucléaire près de la ville de Tchernobourg (sic), un personnage a le pouvoir de déclencher la confession de ceux qu’il touche. Chaque confession est le point de départ d’une histoire où le bien et le mal ne sont pas clairement identifiés.
C’est clairement un album que je vous encourage à découvrir !
C'est avec la revue numérique "Pr Cyclope" que j'ai découvert "Tyler Cross" en feuilleton.
Ma première surprise avec cette version papier fut donc de découvrir qu'il s'agissait d'une version colorisée ! Car la version numérique était proposée en noir et blanc, ce qui collait à merveille à cette histoire. Petite appréhension donc... mais vite dissipée. La mise en couleur assurée par Laurence Croix est efficace et donne chaleur et intensité au coup de patte minimaliste et contrasté de Brüno. (Bon après, j'aime tellement le noir et blanc... :P )
Et du côté du scénario, c'est Fabien Nury qui s'y colle. Cool, ça ! Moi qui suis ses différentes productions avec attention et plaisir, c'est tout content que je retrouve l'association de ces deux auteurs qui ont su me conquérir en douceur. J'avais déjà beaucoup aimé Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle et retrouver ce duo aux commandes d'un polar bien trempé, ça fait plutôt plaisir.
Surtout qu'avec "Tyler Cross" on n'est pas déçu. Les codes du genre ont bien été assimilés et nous sont restitués à merveille ! Ça sent le Tarentino, les frères Cohen et tout le tiroir caisse classique des bons polars et autres thriller US.
Une histoire au cordeau, bien sombre, avec des personnages tous plus retors les uns que les autres et prêts à tout pour mettre la main sur le grisbi qui sert de point de départ à cette histoire... Tous les ingrédients sont là et mitonnés avec soin pour nous proposer un album que vous ne lacherez pas avant d'en être arrivé à son terme.
Du très bon polar à ne pas rater pour les inconditionnels du genre et à découvrir de tout urgence pour les autres.
*** 2e tome ***
Fabien Nury et Bruno remettent le couvert pour un deuxième tome tout aussi percutant que le premier !
On retrouve cette fois notre Tyler Cross qu'on croyait plus ou moins rangé directement dans une de ces prisons paumées dans le trou du cul des États-Unis, où la loi se résume au bon vouloir de celui qui la dirige.
Comme dans le précédent opus, la brochette de personnages qui nous est proposée est des plus truculentes, tout en gardant ce côté classique en allant compter fleurette avec les codes établis du genre. C'est dur, impitoyable, violent et noir, comme tout bon polar qui se respecte.
Une nouvelle fois, la qualité du scénario alliée au dessin toujours aussi efficace et stylé de Bruno enfoncent les derniers clous d'une bière fraichement sortie de l'atelier d'un croquemort qui connait son boulot !
Une série à lire pour tout amateur de polar !
J'ai hésité à noter 4/5, mais tout bien réfléchi, cet album le mérite, T. Oger a commis une sorte de sans faute ici, on sent son amour du Far West et des grands espaces, et aussi des héros ordinaires grâce notamment à une solide documentation.
Sa narration est remarquable, il utilise le procédé pourtant classique et banal du flashback pour conter l'histoire d'une vie d'aventurier de l'Ouest, celle d'un vieux gars revenu de tout qui symbolise les personnages de cette conquête de l'Ouest, mais en livrant un autre visage de ce qu'on a pu voir au cinéma, car tous ne sont pas aussi héroïques que ne le voudrait la légende.
Ce Ed Fisher a vécu plusieurs vies et pratiqué plusieurs activités, son histoire c'est tout un pan de l'Histoire du Far West, tout ce qu'un aventurier pouvait faire, et parfois de pas toujours propre. C'est une vraie synthèse de ces gars pris au piège du Far West faisant miroiter ses richesses et ses espoirs fous. Il y a un clin d'oeil à Buffalo Bill qui reste le plus gros chasseur de bisons de l'histoire américaine, dont le revers de médaille funeste sera d'affamer les peuples indiens.
En contant son incroyable parcours et ses vieux souvenirs à une gamine qu'il a sauvé d'une mort certaine, Ed Fisher fait aussi son autocritique, il n'est pas fier de tout ce qu'il a fait, et Oger le démontre souvent par des images cruelles. Son dessin est d'ailleurs bien moins broussailleux que dans ses autres Bd, il m'a peu gêné ici, il est plus maîtrisé, on sent qu'il a peaufiné cet univers westernien avec un souffle toujours présent, la réussite est nettement supérieure à son précédent western La Piste des Ombres. Et malgré l'abondance des flashbacks, le rythme n'en souffre pas et ne s'épuise pas, en tenant le lecteur en haleine jusqu'aux surprenantes dernières pages, avec une fin mélancolique et injuste, à l'image du sort des femmes qu'a aimé Fisher.
A l'heure où le western revient en force en BD, ce one-shot frappe fort, Oger livre sa version à la fois personnelle et très proche de la réalité de cette période mythique de l'Histoire des Etats-Unis, avec un héros magnifique et désabusé.
On retrouve dans cet album au format original ce qui « signe » habituellement le travail de James, auteur que j’apprécie beaucoup.
D’abord son dessin simple, efficace, avec des personnages à tête d’animal. Simple, mais très expressif donc, et agréable.
Ensuite son humour lui aussi simple et efficace, ici doux amer, parfois con (mais pas trop finalement). James se moque de quelques misères du quotidien, avec pas mal d’autodérision car il doit y avoir, à l’instar de ce que fait Trondheim, une part de lui-même dans ces personnages. Comme d’autres avant moi j’ai remarqué un peu de Sempé dans ces strips – mais la poésie en moins quand même ! Par contre, il n’y a pas l’humour noir corrosif et dépressif qui transpirait dans les Idées Noires de Franquin.
Souvent drôle (sans que ce soit hilarant !) et donc réussi. Mais hélas, cela se lit très – trop – vite. Car c’est quasiment muet (aucun dialogue, seuls un ou deux commentaires en bas d’une case) et la mise en page très aérée masque le faible nombre de strips (qui sont issus d’un blog : je ne sais si c’est une sélection ou s’il n’y avait pas matière à en publier davantage).
Bilan positif au final, et un album et un auteur que je vous encourage à découvrir, maintenant qu’il est publié chez des éditeurs moins « confidentiels ».
Note réelle 3,5/5.
Excellente surprise que cette biographie.
D’ailleurs, plus qu’une biographie, ce récit évoque toute une époque et replace le boxeur dans un contexte politique et culturel qui est essentiel à la naissance de sa légende. Né plus tôt ou plus tard, le destin de Cassius Clay aurait été différent, né plus tôt ou plus tard, Muhammad Ali n’aurait pas vu le jour !
C’est en cela que cette biographie est aussi remarquable, en cette capacité à nous expliquer la naissance d’un mythe en allant au-delà de son histoire, en nous dévoilant le contexte, les influences, les combats de son époque. Des rencontres essentielles, des amitiés délicates viennent nourrir l’ambition et les certitudes du boxeur.
Ce récit nous le montre et nous l’explique sans jamais paraître linéaire. La structure est en effet très éclatée et j’ai eu l’impression de découvrir l’homme au travers de coupures de presse, de phrases saisies au vol, de faits divers (en apparence du moins). Les auteurs nous livrent des pièces de puzzle, les assemblent devant nous sans que nous le réalisions vraiment mais avec une force hypnotique qui fait qu’il devient difficile d’abandonner notre lecture alors que le portrait d’un mythe légendaire prend forme devant nous.
Egalement remarquable dans ce récit est la manière dont Sybille Titeux de la Croix semble directement s'adresser à son personnage. L'emploi systématique du "tu" amène une forme de connivence entre la narratrice, le boxeur et le lecteur. Nous devenons témoins de ce monologue directement adressé à cette légende de la boxe aujourd'hui tellement diminuée (Muhammad Ali souffre depuis de longues années de la maladie de Parkinson).
Et si le dessin peut paraître abrupt de prime abord, il participe finalement et d’une manière essentielle à la création de l'idée chez le lecteur qu'il se trouve devant un recueil d’archives illustrant un monologue/hommage au boxeur et non devant une simple biographie linéaire.
Avant d’avoir lu cet album, je connaissais le boxeur légendaire. Après lecture, je comprends le mythe. C’est une sacrée différence à mes yeux.
C'est le premier album que je lis de ces auteurs et je dois dire que c'est une belle surprise.
C'est l'univers graphique tout à fait original qui m'a d'abord interpellé. Les dessins aux couleurs psychédéliques sont superbes et imposent une ambiance très « sixties » délicieusement rétro. Le trait d'Alexandre Clérisse est fluide et dynamique et apporte une jolie singularité dans la production actuelle.
Le scénario n'est pas en reste. Smolderen fait feu de tout bois en proposant une histoire complexe, pleine de rebondissements, qui mélange espionnage, thriller et récit d'initiation. Et ça fonctionne ! Difficile de lâcher l’Été Diabolik avant la fin. Le scénariste navigue habilement entre les deux époques de son récit.
Petit bémol, j'ai trouvé que certains pans de l'intrigue étaient vraiment trop gros. Je ne m'étends pas pour ne pas spoiler. Rien de gênant cependant.
Je ne peux qu'encourager la découverte de ce bel album.
Un très agréable moment de lecture !
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Un énième témoignage sur cette période noire de l’Histoire européenne, qui s’intéresse à un aspect pas souvent traité en BD : la reconnaissance des citoyens français ayant aidé et caché des familles juives pendant l’occupation. Le ton est très juste, l’auteur n’en fait pas trop, n’ajoute pas de grand effets dramatiques. Les évènements sont à ce titre assez anodins pour la plupart (les horreurs sont reportées mais rarement vécues directement par les protagonistes). La narration est académique et linéaire, ce qui n’empêche pas l’histoire d’être très prenante. Cette dernière apporte un peu d’optimisme dans un tableau déprimant, et ces héros de l’ombre redonnent un peu espoir en la race humaine. La mise en image de David Cénou (l’histoire de l’album est basée sur sa famille !) est superbe, le dessin en noir et blanc est lisible et parfaitement adapté à l’histoire. Un témoignage essentiel, et un album recommandable.
Jeanne d'Arc (Glénat)
Certains pourront se dire "encore une Bd sur Jeanne d'Arc". Certes, raconter encore l'épopée de cette petite bergère lorraine qui aurait dû rester dans l'ombre de l'Histoire, peut paraitre vain, tant son histoire a été illustrée soit à l'écran , soit en BD. Le défi des auteurs consistait donc à ne pas trop répéter ce qui avait été fait avant par d'autres, exercice assez difficile à éviter, mais je dois avouer que j'ai pris un certain intérêt à cette lecture malgré les faits archi connus. L'intérêt vient du fait qu'on perçoit légèrement le but que s'était fixé Jeanne, et la mentalité de son temps sur son rôle (une jeune fille vêtue en armure au milieu de soldats et de capitaines, décidée à bouter l'Anglais hors de France) ; un rôle qui peut sembler ambigu à nos esprits modernes, mais la réalité du XVème siècle était toute différente, et le scénariste Jérôme Legris fait bien ressortir tout ça. Pour les connaisseurs, c'est le scénariste de Horacio d'Alba et Malicorne qui sont de bonnes références. L'autre intérêt est le dessin d'Ignacio Noé, le prodige argentin qui m'a tapé dans l'oeil depuis longtemps ; il illustre cette épopée avec son crayon toujours aussi aiguisé qui tend vers une sorte de style hyperréaliste assez torturé : visages blafards, yeux presque exorbités, crudité de certaines scènes, saleté ambiante de la guerre... bref un peu comme un relief qui n'hésite pas à montrer des scènes de bataille féroces et sanglantes dans une mise en page heurtée, et l'agonie du bûcher de Jeanne. Déjà dans Helldorado, il imprimait cette tendance graphique qui donne une force incroyable et ultra réaliste à son travail. Vous l'avez compris, son dessin ici est fabuleux ! Le récit se découpe en 3 grandes étapes : l'enfance à Domrémy et la révélation, les batailles contre l'Anglais, le procès et le bûcher. Tout est très condensé, ça va vite, pas le temps de s'attarder sur trop de détails, mais étrangement on n'a pas l'impression que c'est expédié à la va-vite, les auteurs ayant réussi à livrer un récit parfaitement structuré et percutant. Encore une réussite dans cette collection historique.
Old Pa Anderson
La loi du talion ! Lorsque l'Histoire vous a méprisé, exploité, souillé et rossé, la vie n'a plus grande importance. On prend chaque jour comme il nous parvient, sans en attendre quoi que ce soit, essayant de ne pas nous faire remarquer, pour conserver le moindre semblant de liberté qu'on nous accorde encore. Mais démunir un homme de sa dernière once d'estime de soi et de son ultime goutte d'espoir, c'est lui laisser nourrir l'aigreur de son existence. Celui qui n'a plus rien à perdre peut devenir extrêmement instable et dangereux ! Old Pa Anderson, d'Yves H. et Hermann, est de ces histoires. Ancrée au fin fond du Mississippi en 1952, elle décline le quotidien d'une bourgade fictive semblable à tant de villes du Sud. La ségrégation raciale y régit l'ordre des choses : d'une part les blancs, qui voient dans la couleur de peau une hiérarchie des races et de l'autre les noirs, contraints de subir la position la plus basse de cette classification qui leur a été infligée. Ils endurent leur condition sans se révolter, malgré les moqueries, l'humiliation et les sévices dont ils sont la cible. La démarche nonchalante, fatigué par l'existence, le robuste Old Pa évolue dans ce contexte austère. Désabusé, il occupe ses journées entre bières et aventures extra-conjugales, sur lesquelles Old Ma ferme les yeux. La vie suit son court, aussi banale qu'elle puisse l'être, jusqu'à ce soir-là où Old Ma, épuisée, se couche plus tôt qu'à son habitude. Elle ne se réveillera jamais, laissant son mari inconsolable, avec cette idée qu'elle est morte de chagrin. Le couple traîne en effet un lourd secret. Huit ans auparavant, Lizzie, leur petite fille, a mystérieusement disparu sans qu'une réelle enquête ait eu lieu. Le shérif, portant en horreur ceux qu'il appelle « sales négros », n'a jamais voulu la mener. Aujourd'hui, il n'y a plus qu'Old Pa pour endurer ce fardeau et, alors que les funérailles de sa femme se terminent sous la grisaille pluvieuse, son voisin Otis lui révèle des informations concernant Lizzie. La tristesse va se transformer en colère ! Sa vie derrière lui et sans plus aucun parent pouvant subir des représailles, il perd ses dernières inhibitions. Armé d'une batte de base-ball, il part, seul, régler ses comptes. Interrogatoires brutaux, traques, exécutions de sang froid... Une chose est sûre, personne n'en sortira sans séquelles ! Dans cette nouvelle collaboration familiale, Yves H. nous propose un scénario qui, sans être original, s'avère efficace. Les dialogues sont réduits au strict nécessaire, les rapports humains sont évoqués judicieusement et la violence gratuite de l'époque est retranscrite avec une distanciation ne la rendant que plus proche de la réalité. Les témoignages sur lesquels il s'est appuyé pour l'écriture l'ont aidé à construire un univers injuste et sans morale. Un récit brut, illustrant le racisme sans raison qui a sévi dans le sud des États-Unis au cours des années 50, avec le Ku Klux Klan en toile de fond. Côté graphique, Hermann n'est pas en reste. Il nous livre un dessin à l'aquarelle, parfaitement maîtrisé. Avec des ambiances sombres et lugubres en couleurs directes, il offre des images aux mots, des visages aux oppresseurs et aux opprimés, et une définition de la haine, infondée et sanglante. Visuellement, ces quelques planches permettent de donner un contexte émotionnel à cette honteuse page de l'Histoire si souvent impersonnelle !
Big Man Plans
Ahhhhhhhh !!! La voilà la BD complètement déjantée que j'attendais depuis quelques temps !!! Eric Powell est de retour, et il ne fait pas semblant avec cet album ! La couverture nous mets d'emblée au parfum : et y'a pas tromperie sur la marchandise ! Ça va saigner ! Car notre Big Man (un nain un peu véner' au passé douloureux) a comme une grosse envie de se soulager et de crier VENGEANCEEEEEE !!! Et comme tout artisan amoureux du travail bien fait (Môôôssieur est bricoleur...), on appréciera le soin qu'il porte à l'ouvrage et son abnégation. Comme une grenade restée trop longtemps goupillée, ce récit nous pète à la gueule, tant par son histoire que par son dessin. Ici, pas de chichi, on ne joue pas avec la dentelle. Une dent est une dent ; une pince est une pince... Une promesse est une promesse... Heureusement, ce récit ne se contente pas de se la jouer Boucherie Sanzot. L'histoire est tout d'abord sacrément bien construite, alternant les flashbacks et les petites révélations qui nous font avancer et comprendre les motivations de notre nain. La psychologie des personnages est solide et bien amenée, sans lourdeur, et l’alchimie de ce petit cocktail Molotov n’attendait qu’une étincelle pour inaugurer ce joli feu d’artifice. Le dessin n’est pas en reste. Il soutient de façon percutante et sinistrement réaliste le parcours de notre demi-portion de service, sans être avare sur les détails. Eric Powell se fait ici plaisir en mettant en scène l’histoire qu’il co signe avec Tim Wiesch, et ma fois, le sieur est partageur, car on en prend nous aussi plein la gueule ! Une TRÈS bonne BD uppercut, comme je les aime, et dont je recommande plus que chaudement la lecture pour les amateurs du genre !
Le Confesseur sauvage
Je suis plutôt amateur de ce que fait Foerster, que ce soit au niveau graphique ou au niveau des histoires plus ou moins noires qu’il concocte généralement à merveille. Cet album confirme tout son talent. Le visuel d’abord, vraiment réussi. J’aime toujours autant ce dessin, à la fois classique et « arrondi », en tout cas très lisible. Il travaille ici avec une sorte de bichromie, chacune des histoires ayant son habillage, avec une couleur dominante, même si l’ensemble reste cohérent, très sombre, nocturne, jouant sur les ombres et les non-dits, voire les « non montrés » : en cela on est proche d’une esthétique expressionniste, telle qu’elle s’est épanouie dans le cinéma allemand des années 1930. Pour ce qui est de l’ambiance générale de ces histoires, on n’est plus exactement dans l’horreur qui pouvait parfois dominer davantage dans les histoires de la période « Fluide » (voir la belle intégrale parue récemment), même si Foerster ne l’a pas complètement effacée et que je fais peut-être un distingo trop prononcé. Il y a ici plus de fantastique pur, voire de poésie noire, avec par contre toujours une bonne pincée d’atmosphère « dérangeante » comme peut le faire Blanquet – dans un autre registre il est vrai – (je pense à cette fille/limace par exemple). Pour ce qui est de l’histoire proprement dite, Foerster l’a découpée en cinq chapitres plus ou moins indépendants : suite à une catastrophe et à la destruction d’une centrale nucléaire près de la ville de Tchernobourg (sic), un personnage a le pouvoir de déclencher la confession de ceux qu’il touche. Chaque confession est le point de départ d’une histoire où le bien et le mal ne sont pas clairement identifiés. C’est clairement un album que je vous encourage à découvrir !
Tyler Cross
C'est avec la revue numérique "Pr Cyclope" que j'ai découvert "Tyler Cross" en feuilleton. Ma première surprise avec cette version papier fut donc de découvrir qu'il s'agissait d'une version colorisée ! Car la version numérique était proposée en noir et blanc, ce qui collait à merveille à cette histoire. Petite appréhension donc... mais vite dissipée. La mise en couleur assurée par Laurence Croix est efficace et donne chaleur et intensité au coup de patte minimaliste et contrasté de Brüno. (Bon après, j'aime tellement le noir et blanc... :P ) Et du côté du scénario, c'est Fabien Nury qui s'y colle. Cool, ça ! Moi qui suis ses différentes productions avec attention et plaisir, c'est tout content que je retrouve l'association de ces deux auteurs qui ont su me conquérir en douceur. J'avais déjà beaucoup aimé Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle et retrouver ce duo aux commandes d'un polar bien trempé, ça fait plutôt plaisir. Surtout qu'avec "Tyler Cross" on n'est pas déçu. Les codes du genre ont bien été assimilés et nous sont restitués à merveille ! Ça sent le Tarentino, les frères Cohen et tout le tiroir caisse classique des bons polars et autres thriller US. Une histoire au cordeau, bien sombre, avec des personnages tous plus retors les uns que les autres et prêts à tout pour mettre la main sur le grisbi qui sert de point de départ à cette histoire... Tous les ingrédients sont là et mitonnés avec soin pour nous proposer un album que vous ne lacherez pas avant d'en être arrivé à son terme. Du très bon polar à ne pas rater pour les inconditionnels du genre et à découvrir de tout urgence pour les autres. *** 2e tome *** Fabien Nury et Bruno remettent le couvert pour un deuxième tome tout aussi percutant que le premier ! On retrouve cette fois notre Tyler Cross qu'on croyait plus ou moins rangé directement dans une de ces prisons paumées dans le trou du cul des États-Unis, où la loi se résume au bon vouloir de celui qui la dirige. Comme dans le précédent opus, la brochette de personnages qui nous est proposée est des plus truculentes, tout en gardant ce côté classique en allant compter fleurette avec les codes établis du genre. C'est dur, impitoyable, violent et noir, comme tout bon polar qui se respecte. Une nouvelle fois, la qualité du scénario alliée au dessin toujours aussi efficace et stylé de Bruno enfoncent les derniers clous d'une bière fraichement sortie de l'atelier d'un croquemort qui connait son boulot ! Une série à lire pour tout amateur de polar !
Buffalo Runner
J'ai hésité à noter 4/5, mais tout bien réfléchi, cet album le mérite, T. Oger a commis une sorte de sans faute ici, on sent son amour du Far West et des grands espaces, et aussi des héros ordinaires grâce notamment à une solide documentation. Sa narration est remarquable, il utilise le procédé pourtant classique et banal du flashback pour conter l'histoire d'une vie d'aventurier de l'Ouest, celle d'un vieux gars revenu de tout qui symbolise les personnages de cette conquête de l'Ouest, mais en livrant un autre visage de ce qu'on a pu voir au cinéma, car tous ne sont pas aussi héroïques que ne le voudrait la légende. Ce Ed Fisher a vécu plusieurs vies et pratiqué plusieurs activités, son histoire c'est tout un pan de l'Histoire du Far West, tout ce qu'un aventurier pouvait faire, et parfois de pas toujours propre. C'est une vraie synthèse de ces gars pris au piège du Far West faisant miroiter ses richesses et ses espoirs fous. Il y a un clin d'oeil à Buffalo Bill qui reste le plus gros chasseur de bisons de l'histoire américaine, dont le revers de médaille funeste sera d'affamer les peuples indiens. En contant son incroyable parcours et ses vieux souvenirs à une gamine qu'il a sauvé d'une mort certaine, Ed Fisher fait aussi son autocritique, il n'est pas fier de tout ce qu'il a fait, et Oger le démontre souvent par des images cruelles. Son dessin est d'ailleurs bien moins broussailleux que dans ses autres Bd, il m'a peu gêné ici, il est plus maîtrisé, on sent qu'il a peaufiné cet univers westernien avec un souffle toujours présent, la réussite est nettement supérieure à son précédent western La Piste des Ombres. Et malgré l'abondance des flashbacks, le rythme n'en souffre pas et ne s'épuise pas, en tenant le lecteur en haleine jusqu'aux surprenantes dernières pages, avec une fin mélancolique et injuste, à l'image du sort des femmes qu'a aimé Fisher. A l'heure où le western revient en force en BD, ce one-shot frappe fort, Oger livre sa version à la fois personnelle et très proche de la réalité de cette période mythique de l'Histoire des Etats-Unis, avec un héros magnifique et désabusé.
Comme un lundi
On retrouve dans cet album au format original ce qui « signe » habituellement le travail de James, auteur que j’apprécie beaucoup. D’abord son dessin simple, efficace, avec des personnages à tête d’animal. Simple, mais très expressif donc, et agréable. Ensuite son humour lui aussi simple et efficace, ici doux amer, parfois con (mais pas trop finalement). James se moque de quelques misères du quotidien, avec pas mal d’autodérision car il doit y avoir, à l’instar de ce que fait Trondheim, une part de lui-même dans ces personnages. Comme d’autres avant moi j’ai remarqué un peu de Sempé dans ces strips – mais la poésie en moins quand même ! Par contre, il n’y a pas l’humour noir corrosif et dépressif qui transpirait dans les Idées Noires de Franquin. Souvent drôle (sans que ce soit hilarant !) et donc réussi. Mais hélas, cela se lit très – trop – vite. Car c’est quasiment muet (aucun dialogue, seuls un ou deux commentaires en bas d’une case) et la mise en page très aérée masque le faible nombre de strips (qui sont issus d’un blog : je ne sais si c’est une sélection ou s’il n’y avait pas matière à en publier davantage). Bilan positif au final, et un album et un auteur que je vous encourage à découvrir, maintenant qu’il est publié chez des éditeurs moins « confidentiels ». Note réelle 3,5/5.
Muhammad Ali
Excellente surprise que cette biographie. D’ailleurs, plus qu’une biographie, ce récit évoque toute une époque et replace le boxeur dans un contexte politique et culturel qui est essentiel à la naissance de sa légende. Né plus tôt ou plus tard, le destin de Cassius Clay aurait été différent, né plus tôt ou plus tard, Muhammad Ali n’aurait pas vu le jour ! C’est en cela que cette biographie est aussi remarquable, en cette capacité à nous expliquer la naissance d’un mythe en allant au-delà de son histoire, en nous dévoilant le contexte, les influences, les combats de son époque. Des rencontres essentielles, des amitiés délicates viennent nourrir l’ambition et les certitudes du boxeur. Ce récit nous le montre et nous l’explique sans jamais paraître linéaire. La structure est en effet très éclatée et j’ai eu l’impression de découvrir l’homme au travers de coupures de presse, de phrases saisies au vol, de faits divers (en apparence du moins). Les auteurs nous livrent des pièces de puzzle, les assemblent devant nous sans que nous le réalisions vraiment mais avec une force hypnotique qui fait qu’il devient difficile d’abandonner notre lecture alors que le portrait d’un mythe légendaire prend forme devant nous. Egalement remarquable dans ce récit est la manière dont Sybille Titeux de la Croix semble directement s'adresser à son personnage. L'emploi systématique du "tu" amène une forme de connivence entre la narratrice, le boxeur et le lecteur. Nous devenons témoins de ce monologue directement adressé à cette légende de la boxe aujourd'hui tellement diminuée (Muhammad Ali souffre depuis de longues années de la maladie de Parkinson). Et si le dessin peut paraître abrupt de prime abord, il participe finalement et d’une manière essentielle à la création de l'idée chez le lecteur qu'il se trouve devant un recueil d’archives illustrant un monologue/hommage au boxeur et non devant une simple biographie linéaire. Avant d’avoir lu cet album, je connaissais le boxeur légendaire. Après lecture, je comprends le mythe. C’est une sacrée différence à mes yeux.
L'Eté Diabolik
C'est le premier album que je lis de ces auteurs et je dois dire que c'est une belle surprise. C'est l'univers graphique tout à fait original qui m'a d'abord interpellé. Les dessins aux couleurs psychédéliques sont superbes et imposent une ambiance très « sixties » délicieusement rétro. Le trait d'Alexandre Clérisse est fluide et dynamique et apporte une jolie singularité dans la production actuelle. Le scénario n'est pas en reste. Smolderen fait feu de tout bois en proposant une histoire complexe, pleine de rebondissements, qui mélange espionnage, thriller et récit d'initiation. Et ça fonctionne ! Difficile de lâcher l’Été Diabolik avant la fin. Le scénariste navigue habilement entre les deux époques de son récit. Petit bémol, j'ai trouvé que certains pans de l'intrigue étaient vraiment trop gros. Je ne m'étends pas pour ne pas spoiler. Rien de gênant cependant. Je ne peux qu'encourager la découverte de ce bel album. Un très agréable moment de lecture !