C'est le meilleur Zep sérieux que j'ai lu !
Le pitch inattendu du moine qui a fait vœux de chasteté de silence et de réclusion et qui se retrouve obligé de sortir dans le bruit du monde, est d'autant plus réussi que le scénario qui suit est bien construit, et nous tient en haleine.
La fin est un peu bâclée à mon goût, mais c'est juste un petit bémol.
Doux, attentif, rythmé, comme d'habitude Zep s’intéresse aux petits détails de la vie des gens qui font que cela nous touche. La colorisation un peu minimaliste (genre je découvre Gimp), contribue à recentrer l'attention sur l'histoire.
Le coté introspectif, contemplatif n’empêche pas le bon déroulement d'une intrigue sentimentale et familiale qui parait assez juste.
Émouvant.
Sans être tout le temps poilant, c'est quand même un album vraiment sympa, même si j'ai eu du mal à entrer dedans.
Mais après un temps d'adaptation, j'ai quand même bien rigolé à quelques bons gags (par exemple lorsque de Gaulle raconte ses conneries au haut-parleur, et quelques autres). Pas de franche hilarité le plus souvent, mais c'est tout de même pas mal !
Les strips s'enchaînent, et s'emboîtent dans l'histoire globale. Je regrette juste que le personnage d'Yvonne ne soit pas plus creusé - même si son illustre mari est le coeur du sujet.
Le dessin de Ferri est assez minimaliste, mais il colle bien au propos. Et il n'est pas si méchant que cela pour le grand Charles.
J'ai passé un bon moment à lire cet album. Et il n' y a pas besoin d'avoir trop de connaissances historiques pour l'apprécier.
Une nouvelle relecture me confirme dans l'idée que c'est un album sympa, et j'arrondis à l'étoile supérieure.
Note réelle 3,5/5.
« La lune est blanche » est la poursuite du voyage et du travail commencé avec Voyage aux îles de la Désolation. Mais j’y ai retrouvé aussi les mêmes qualités déjà pointées dans son très beau documentaire Un printemps à Tchernobyl.
D’abord, et c’est évidemment ce qui saute aux yeux, l’aspect graphique. L’excellent coup de crayon d’Emmanuel Lepage (que ce soit à l’aquarelle ou au crayon gras), qui fait passer dans ses dessins l’immensité désolée des paysages, mais aussi son empathie pour les chercheurs qui, tels des moines modernes, s’isolent pour servir la connaissance. Ajoutons que les photos de son frangin, François, sont elles aussi superbes. On a là une sorte de livre d’art vraiment réussi.
Mais, comme dans ses autres documentaires, Emmanuel Lepage insuffle beaucoup d’humain dans son projet. Dans sa manière de présenter et de se présenter aux membres de l’expédition (même si c’est un travail de commande et que, parfois, cela se sent – mais pas trop !). Dans sa manière de se présenter tout court d’ailleurs aussi !
En effet, on devine rapidement – et quelques moments de tension le rappellent, lorsque cela ne se déroule pas comme espéré – que cette expédition est importante pour Emmanuel Lepage et son frère, qu’elle met en jeu, tout en la revigorant (quoi de mieux qu’un vent glacé par moins trente degré pour cela ?), une amitié qui transcende les liens familiaux.
Enfin, autre réussite de cet album, par ailleurs plus personnel qu’il n’y paraît, ce sont les rappels historiques des diverses expéditions ayant marqué la douloureuse conquête de cette Terra Incognita (mention spéciale à Shackleton, dont Emmanuel Lepage semble partager les valeurs).
Un bel album, épais et séduisant, à lire et à offrir. Ou à se faire offrir…
Tronchet est décidément un auteur assez éclectique, mais qui souvent produit des séries très intéressantes et originales.
Raoul Fulgurex fait partie de ses réussites. Une sorte d’administration des œuvres imaginaires (BD, cinéma) surveille le bon fonctionnement des intrigues, chassant les anachronismes, les erreurs de casting ou les dialogues inappropriés. Et, si nécessaire, envoie quelqu’un – comme Fulgurex donc – pour rétablir l’ordre.
L’idée de départ est fumeuse, mais elle est bien exploitée, dans un ton qui vire rapidement au loufoque, à l’humour con et absurde, voire parfois au n’importe quoi (dont je suis friand lorsque c’est réussi, comme c’est le cas ici).
Fulgurex et ses acolytes interviennent donc au milieu d’œuvre plus ou moins connues, même si le gros fil rouge est constitué par Tintin (ici éloigné du boy scout d’Hergé, puisque clope au bec et rêvant de bordel à Shanghai !). Mais, outre des clins d’œil à d’autres personnages de Tronchet, les séries B ou Z hollywoodiennes ou certains films comme King Kong ou Les révoltés du Bounty sont allégrement mis à contribution.
Au milieu de ce foutoir, Fulgurex sort de son rôle, éperdu d’amour pour Balmine, pin-up sortie d’un pauvre film noir, aux traits de Betty Page (il faut dire que dans ces trois albums, les femmes sont toutes des pin-up sexy, peu farouches et peu vêtues), sabotant les efforts de l’administration pour maintenir une certaine cohérence dans les scénarii proposés au public.
Trois albums jouissifs, souvent très drôles, et bourrés de clins d’œil et de détournements. Une série à lire !
Note réelle 3,5/5.
Ben mes aïeux, pour du bel ouvrage c'est du bel ouvrage. Je ne reviendrais pas sur le trait amplement maitrisé d'E. Lepage qui nous offre des planches de toutes beautés, le bougre est excellent dans ses dessins de bateaux et de ports méditerranéens en une fin de dix-neuvième siècle début vingtième. Certains peintres officiels de la marine pourraient en prendre de la graine car ici les personnages ont des visages plutôt bien fait et se reconnaissent facilement.
L'histoire s'appuie sur "L"Odyssée" d'Homère en en reprenant quelques épisodes étudiés il y a bien longtemps au lycée. Pour moi j'ai mis très vite ces références de côté pour m'attacher au récit, à la quête de ce mystérieux peintre disparu.
L'ensemble n'évite pas quelques clichés mais au final c'est une histoire riche et complexe mêlant quête de l'autre et de soi. Au risque d'en fâcher certains j'avoue n'avoir que peu goûter les toiles, dessins du sieur R. Follet qui pour moi évoquent plus un style dit pompier qu'autre chose. Des goûts et des couleurs. Pour autant je ne boude pas mon plaisir et incite à la lecture et sans doute à l'achat.
Contrairement à ce que le titre laisserait supposer, « Winter Road » n’a rien d’un « road trip ». Cette « route d’hiver », ici, serait plutôt une métaphore sur la difficulté d’avancer quand tout semble se liguer contre vous. Et c’est bien ce qui arrive à ces personnages, le frère et la sœur, qui semblent tous deux avoir été marqués au fer rouge par une enfance sous la tyrannie d’un père alcoolique et adepte de la violence conjugale. Après une longue séparation, les retrouvailles de ces demi-orphelins (leur mère est morte sous leurs yeux dans un accident en voulant fuir son mari), marginaux et estropiés par la vie (lui alcoolo et irritable, elle, junkie et subissant la violence de son compagnon), vont provoquer une sorte de déclic, leur faisant prendre conscience qu’il est temps pour eux d’en finir avec cette malédiction familiale et de mettre un peu d’ordre dans leur vie. Comme par un étrange jeu de miroirs dans un cadre naturel, loin du tumulte des humains, c’est en quelque sorte en retournant vers leurs « racines » que ces descendants d’Indiens vont expérimenter cette quête intérieure. Pour la sœur de Derek, la confrontation avec le père sera le déclencheur. Une scène forte où elle le met face à sa lâcheté par des paroles bien senties, lui, ce père looser devenu simple employé dans une scierie du coin, cachant sa peur sous sa morgue de vieux macho fatigué.
Cette histoire humaine et sans fioritures est extrêmement fluide d’un point de vue narratif. Il faut dire que Derek, le personnage central, est à classer dans les taiseux et ne donne guère lieu à des discussions philosophiques. L’intérêt se situe plutôt dans la profondeur psychologique des protagonistes et le dessin aux atours âpres, davantage caractérisé par le cadrage que par une abondance inutile de détails. Et comme évidemment cela se passe en hiver, les couleurs ne sont présentes que dans les souvenirs des protagonistes, ou lorsqu’il s’agit d’évoquer le sang. Car de la bagarre, il y en a, même si ce n’est pas le sujet central, mais après tout, « "Winter Road" is indeed a history of violence ».
Jeff Lemire nous propose ici un roman graphique de bonne tenue, sans prétention et avec des personnages attachants. A travers ce récit, l’auteur tente de comprendre la cause de ces vies brisées dans nos sociétés dites civilisées, avec en filigrane l’importance des racines et d’une transmission sociale harmonieuse.
Dans le genre comics underground, c'est un must.
D'habitude Burns me fatigue, voire me perd, ou me dégoûte, ici je suis convaincue. Le dessin en noir et blanc avec ses arêtes de poisson à l'encre de chine en guise d'ombres, est très net et précis. Pas de couleurs merdiques pour vous donner la nausée. les contours ont une présence presque en relief qui procurent une sorte de plaisir visuel physique. C'est beau.
L'histoire, navigant entre psychanalytique et fantastique, réussit à vous tenir en halène. Cela parlera à toute personne qui est passée par l'adolescence, (peut-on y échapper?) une espèce de black Hole dans lequel nos actions erratiques sont jetées contre des obstacles furtifs sans justifications apparentes... Des fantasmes sexuels nous hantent mais nous finissons par retrouver la réalité à la sortie de ce tunnel angoissant.
Bizarre, construit, laid et beau en même temps, repoussant et excitant : une reconstitution de l'adolescence par un survivant !
Après avoir lu Dans l'intimité de Marie, j'avais envie de découvrir davantage l’œuvre de cet auteur et je suis tombé sur cet excellent manga et je suis content de le voir sortir en français.
L'histoire met en vedette un ado ordinaire dont le seul truc spécial est qu'il aime la lecture, dont Les Fleurs du mal de Baudelaire. Puis un jour sa vie bascule lorsque des événements l'obligent à s'enfuir de l'école avec les vêtements de gym de la fille qu'il aime. Il a été vu par une autre fille qui est étrange et qui va le faire chanter et se servir de lui comme un jouet.
Ce manga est captivant du début jusqu'à la fin. C'est rempli de rebondissements et je ne savais jamais ce qui allait arriver. Les personnages sont intéressants et le scénario est bien maîtrisé. Toutefois, ce n'est pas une série pour tout le monde. Le thème majeur de l’œuvre est la perversion et il y a des scènes assez malsaines qui pourraient rendre la lecture difficile et écœurante pour plusieurs lecteurs. En tout cas, moi j'ai trouvé que c'était intéressant et différent de ce que l'on retrouve dans un manga ordinaire.
Et bien dites moi, voilà un album qui mérite franchement le détour.
L'Afrique! Pour certains j'ai cru comprendre que c'était un continent envoûtant qui une fois que vous y aviez mis les pieds ne vous lâchait plus. Pourquoi pas encore faut-il avoir envie d'y mettre les pieds sus dits. Personnellement cela n'a jamais été mon truc, je ne suis pas attiré par l'endroit. Cela ne veut pas dire que je suis un ignare complet et que je ne m'intéresse pas à ce qui s'y passe ceci par le biais de livres, de films, de documentaires et j'en passe (à ce sujet Le monde diplomatique est une mine !). Pour autant le trip du lion superbe et généreux n'est pas le mien.
Pour en revenir à ce récit je trouve que par certains côtés il mériterait d'être lu dans les écoles. C'est en effet une bien belle démonstration d'une situation qui prêterai à sourire si elle n'était pas aussi dramatique.
Au fil du temps sous couvert "d’œuvre" civilisatrice les pays occidentaux, au temps du colonialisme, ont mis en coupe réglée ce continent. Aujourd'hui, les mêmes, dans une moindre mesure s'y ébattent joyeusement, aidés en cela par de nouveaux venus qui exploitent à bon compte qui les richesses qui les populations.
Attention nous n'avons pas affaire ici à un pamphlet alter mondialiste ou de je ne sais quelle obédience, mais par petites touches, par quelques propos anodins les auteurs nous montrent toute la complexité des choses. De ce fait ils n'évitent pas totalement la caricature mais le trait est suffisamment léger, subtil pour que les choses soient dites intelligemment et avec percussion.
Le trait presque hachuré est du meilleur effet mais la palme revient à une colorisation toute en teintes pastels. Au final cette découverte d'Angoulême 2016 est amplement conseillée et malgré son ancienneté j'en fais mon coup de cœur de ce début d'année.
Outre le fait qu’il codirige les éditions Warum/Vraoum, Benoit Preteseille est l’auteur d’une œuvre reconnaissable entre mille, et très originale. Une œuvre en tout cas très éloignée des canons du main stream, et qui mériterait une plus forte exposition.
Les éditions Cornelius lui offrent ici un bel écrin, après le déjà très intéressant L'Art et le sang. Si les deux histoires sont très différentes, on y retrouve tout de même quelques points communs.
D’abord des pages aérées, avec absence du gaufrier traditionnel, un dessin parfois à peine esquissé et une colorisation terne, comme insolée.
Ensuite un univers où perce l’influence des romans feuilletons d’il y a un siècle, des débuts du cinéma. Mais surtout, un cheminement de conserve avec l’esprit dada ou du surréalisme de la grande époque. Cet album peut – et doit sans doute – se lire comme un poème noir. Et il est sûr qu’il faut être réceptif à cet univers pour apprécier cet album, et cet auteur, à la fois atypique et créatif.
L’histoire en elle-même semble n’avoir ni queue ni tête – encore que cela tourne autour des têtes de cheval qu’arborent les personnages, pour un « artiste par hasard » qui, malgré (ou à cause) d’une richesse mal acquise, reste un artiste maudit.
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Un bruit étrange et beau
C'est le meilleur Zep sérieux que j'ai lu ! Le pitch inattendu du moine qui a fait vœux de chasteté de silence et de réclusion et qui se retrouve obligé de sortir dans le bruit du monde, est d'autant plus réussi que le scénario qui suit est bien construit, et nous tient en haleine. La fin est un peu bâclée à mon goût, mais c'est juste un petit bémol. Doux, attentif, rythmé, comme d'habitude Zep s’intéresse aux petits détails de la vie des gens qui font que cela nous touche. La colorisation un peu minimaliste (genre je découvre Gimp), contribue à recentrer l'attention sur l'histoire. Le coté introspectif, contemplatif n’empêche pas le bon déroulement d'une intrigue sentimentale et familiale qui parait assez juste. Émouvant.
De Gaulle à la plage
Sans être tout le temps poilant, c'est quand même un album vraiment sympa, même si j'ai eu du mal à entrer dedans. Mais après un temps d'adaptation, j'ai quand même bien rigolé à quelques bons gags (par exemple lorsque de Gaulle raconte ses conneries au haut-parleur, et quelques autres). Pas de franche hilarité le plus souvent, mais c'est tout de même pas mal ! Les strips s'enchaînent, et s'emboîtent dans l'histoire globale. Je regrette juste que le personnage d'Yvonne ne soit pas plus creusé - même si son illustre mari est le coeur du sujet. Le dessin de Ferri est assez minimaliste, mais il colle bien au propos. Et il n'est pas si méchant que cela pour le grand Charles. J'ai passé un bon moment à lire cet album. Et il n' y a pas besoin d'avoir trop de connaissances historiques pour l'apprécier. Une nouvelle relecture me confirme dans l'idée que c'est un album sympa, et j'arrondis à l'étoile supérieure. Note réelle 3,5/5.
La Lune est blanche
« La lune est blanche » est la poursuite du voyage et du travail commencé avec Voyage aux îles de la Désolation. Mais j’y ai retrouvé aussi les mêmes qualités déjà pointées dans son très beau documentaire Un printemps à Tchernobyl. D’abord, et c’est évidemment ce qui saute aux yeux, l’aspect graphique. L’excellent coup de crayon d’Emmanuel Lepage (que ce soit à l’aquarelle ou au crayon gras), qui fait passer dans ses dessins l’immensité désolée des paysages, mais aussi son empathie pour les chercheurs qui, tels des moines modernes, s’isolent pour servir la connaissance. Ajoutons que les photos de son frangin, François, sont elles aussi superbes. On a là une sorte de livre d’art vraiment réussi. Mais, comme dans ses autres documentaires, Emmanuel Lepage insuffle beaucoup d’humain dans son projet. Dans sa manière de présenter et de se présenter aux membres de l’expédition (même si c’est un travail de commande et que, parfois, cela se sent – mais pas trop !). Dans sa manière de se présenter tout court d’ailleurs aussi ! En effet, on devine rapidement – et quelques moments de tension le rappellent, lorsque cela ne se déroule pas comme espéré – que cette expédition est importante pour Emmanuel Lepage et son frère, qu’elle met en jeu, tout en la revigorant (quoi de mieux qu’un vent glacé par moins trente degré pour cela ?), une amitié qui transcende les liens familiaux. Enfin, autre réussite de cet album, par ailleurs plus personnel qu’il n’y paraît, ce sont les rappels historiques des diverses expéditions ayant marqué la douloureuse conquête de cette Terra Incognita (mention spéciale à Shackleton, dont Emmanuel Lepage semble partager les valeurs). Un bel album, épais et séduisant, à lire et à offrir. Ou à se faire offrir…
Raoul Fulgurex
Tronchet est décidément un auteur assez éclectique, mais qui souvent produit des séries très intéressantes et originales. Raoul Fulgurex fait partie de ses réussites. Une sorte d’administration des œuvres imaginaires (BD, cinéma) surveille le bon fonctionnement des intrigues, chassant les anachronismes, les erreurs de casting ou les dialogues inappropriés. Et, si nécessaire, envoie quelqu’un – comme Fulgurex donc – pour rétablir l’ordre. L’idée de départ est fumeuse, mais elle est bien exploitée, dans un ton qui vire rapidement au loufoque, à l’humour con et absurde, voire parfois au n’importe quoi (dont je suis friand lorsque c’est réussi, comme c’est le cas ici). Fulgurex et ses acolytes interviennent donc au milieu d’œuvre plus ou moins connues, même si le gros fil rouge est constitué par Tintin (ici éloigné du boy scout d’Hergé, puisque clope au bec et rêvant de bordel à Shanghai !). Mais, outre des clins d’œil à d’autres personnages de Tronchet, les séries B ou Z hollywoodiennes ou certains films comme King Kong ou Les révoltés du Bounty sont allégrement mis à contribution. Au milieu de ce foutoir, Fulgurex sort de son rôle, éperdu d’amour pour Balmine, pin-up sortie d’un pauvre film noir, aux traits de Betty Page (il faut dire que dans ces trois albums, les femmes sont toutes des pin-up sexy, peu farouches et peu vêtues), sabotant les efforts de l’administration pour maintenir une certaine cohérence dans les scénarii proposés au public. Trois albums jouissifs, souvent très drôles, et bourrés de clins d’œil et de détournements. Une série à lire ! Note réelle 3,5/5.
Les Voyages d'Ulysse
Ben mes aïeux, pour du bel ouvrage c'est du bel ouvrage. Je ne reviendrais pas sur le trait amplement maitrisé d'E. Lepage qui nous offre des planches de toutes beautés, le bougre est excellent dans ses dessins de bateaux et de ports méditerranéens en une fin de dix-neuvième siècle début vingtième. Certains peintres officiels de la marine pourraient en prendre de la graine car ici les personnages ont des visages plutôt bien fait et se reconnaissent facilement. L'histoire s'appuie sur "L"Odyssée" d'Homère en en reprenant quelques épisodes étudiés il y a bien longtemps au lycée. Pour moi j'ai mis très vite ces références de côté pour m'attacher au récit, à la quête de ce mystérieux peintre disparu. L'ensemble n'évite pas quelques clichés mais au final c'est une histoire riche et complexe mêlant quête de l'autre et de soi. Au risque d'en fâcher certains j'avoue n'avoir que peu goûter les toiles, dessins du sieur R. Follet qui pour moi évoquent plus un style dit pompier qu'autre chose. Des goûts et des couleurs. Pour autant je ne boude pas mon plaisir et incite à la lecture et sans doute à l'achat.
Winter Road
Contrairement à ce que le titre laisserait supposer, « Winter Road » n’a rien d’un « road trip ». Cette « route d’hiver », ici, serait plutôt une métaphore sur la difficulté d’avancer quand tout semble se liguer contre vous. Et c’est bien ce qui arrive à ces personnages, le frère et la sœur, qui semblent tous deux avoir été marqués au fer rouge par une enfance sous la tyrannie d’un père alcoolique et adepte de la violence conjugale. Après une longue séparation, les retrouvailles de ces demi-orphelins (leur mère est morte sous leurs yeux dans un accident en voulant fuir son mari), marginaux et estropiés par la vie (lui alcoolo et irritable, elle, junkie et subissant la violence de son compagnon), vont provoquer une sorte de déclic, leur faisant prendre conscience qu’il est temps pour eux d’en finir avec cette malédiction familiale et de mettre un peu d’ordre dans leur vie. Comme par un étrange jeu de miroirs dans un cadre naturel, loin du tumulte des humains, c’est en quelque sorte en retournant vers leurs « racines » que ces descendants d’Indiens vont expérimenter cette quête intérieure. Pour la sœur de Derek, la confrontation avec le père sera le déclencheur. Une scène forte où elle le met face à sa lâcheté par des paroles bien senties, lui, ce père looser devenu simple employé dans une scierie du coin, cachant sa peur sous sa morgue de vieux macho fatigué. Cette histoire humaine et sans fioritures est extrêmement fluide d’un point de vue narratif. Il faut dire que Derek, le personnage central, est à classer dans les taiseux et ne donne guère lieu à des discussions philosophiques. L’intérêt se situe plutôt dans la profondeur psychologique des protagonistes et le dessin aux atours âpres, davantage caractérisé par le cadrage que par une abondance inutile de détails. Et comme évidemment cela se passe en hiver, les couleurs ne sont présentes que dans les souvenirs des protagonistes, ou lorsqu’il s’agit d’évoquer le sang. Car de la bagarre, il y en a, même si ce n’est pas le sujet central, mais après tout, « "Winter Road" is indeed a history of violence ». Jeff Lemire nous propose ici un roman graphique de bonne tenue, sans prétention et avec des personnages attachants. A travers ce récit, l’auteur tente de comprendre la cause de ces vies brisées dans nos sociétés dites civilisées, avec en filigrane l’importance des racines et d’une transmission sociale harmonieuse.
Black Hole
Dans le genre comics underground, c'est un must. D'habitude Burns me fatigue, voire me perd, ou me dégoûte, ici je suis convaincue. Le dessin en noir et blanc avec ses arêtes de poisson à l'encre de chine en guise d'ombres, est très net et précis. Pas de couleurs merdiques pour vous donner la nausée. les contours ont une présence presque en relief qui procurent une sorte de plaisir visuel physique. C'est beau. L'histoire, navigant entre psychanalytique et fantastique, réussit à vous tenir en halène. Cela parlera à toute personne qui est passée par l'adolescence, (peut-on y échapper?) une espèce de black Hole dans lequel nos actions erratiques sont jetées contre des obstacles furtifs sans justifications apparentes... Des fantasmes sexuels nous hantent mais nous finissons par retrouver la réalité à la sortie de ce tunnel angoissant. Bizarre, construit, laid et beau en même temps, repoussant et excitant : une reconstitution de l'adolescence par un survivant !
Les Fleurs du mal
Après avoir lu Dans l'intimité de Marie, j'avais envie de découvrir davantage l’œuvre de cet auteur et je suis tombé sur cet excellent manga et je suis content de le voir sortir en français. L'histoire met en vedette un ado ordinaire dont le seul truc spécial est qu'il aime la lecture, dont Les Fleurs du mal de Baudelaire. Puis un jour sa vie bascule lorsque des événements l'obligent à s'enfuir de l'école avec les vêtements de gym de la fille qu'il aime. Il a été vu par une autre fille qui est étrange et qui va le faire chanter et se servir de lui comme un jouet. Ce manga est captivant du début jusqu'à la fin. C'est rempli de rebondissements et je ne savais jamais ce qui allait arriver. Les personnages sont intéressants et le scénario est bien maîtrisé. Toutefois, ce n'est pas une série pour tout le monde. Le thème majeur de l’œuvre est la perversion et il y a des scènes assez malsaines qui pourraient rendre la lecture difficile et écœurante pour plusieurs lecteurs. En tout cas, moi j'ai trouvé que c'était intéressant et différent de ce que l'on retrouve dans un manga ordinaire.
Les Heures Noires
Et bien dites moi, voilà un album qui mérite franchement le détour. L'Afrique! Pour certains j'ai cru comprendre que c'était un continent envoûtant qui une fois que vous y aviez mis les pieds ne vous lâchait plus. Pourquoi pas encore faut-il avoir envie d'y mettre les pieds sus dits. Personnellement cela n'a jamais été mon truc, je ne suis pas attiré par l'endroit. Cela ne veut pas dire que je suis un ignare complet et que je ne m'intéresse pas à ce qui s'y passe ceci par le biais de livres, de films, de documentaires et j'en passe (à ce sujet Le monde diplomatique est une mine !). Pour autant le trip du lion superbe et généreux n'est pas le mien. Pour en revenir à ce récit je trouve que par certains côtés il mériterait d'être lu dans les écoles. C'est en effet une bien belle démonstration d'une situation qui prêterai à sourire si elle n'était pas aussi dramatique. Au fil du temps sous couvert "d’œuvre" civilisatrice les pays occidentaux, au temps du colonialisme, ont mis en coupe réglée ce continent. Aujourd'hui, les mêmes, dans une moindre mesure s'y ébattent joyeusement, aidés en cela par de nouveaux venus qui exploitent à bon compte qui les richesses qui les populations. Attention nous n'avons pas affaire ici à un pamphlet alter mondialiste ou de je ne sais quelle obédience, mais par petites touches, par quelques propos anodins les auteurs nous montrent toute la complexité des choses. De ce fait ils n'évitent pas totalement la caricature mais le trait est suffisamment léger, subtil pour que les choses soient dites intelligemment et avec percussion. Le trait presque hachuré est du meilleur effet mais la palme revient à une colorisation toute en teintes pastels. Au final cette découverte d'Angoulême 2016 est amplement conseillée et malgré son ancienneté j'en fais mon coup de cœur de ce début d'année.
Maudit Victor
Outre le fait qu’il codirige les éditions Warum/Vraoum, Benoit Preteseille est l’auteur d’une œuvre reconnaissable entre mille, et très originale. Une œuvre en tout cas très éloignée des canons du main stream, et qui mériterait une plus forte exposition. Les éditions Cornelius lui offrent ici un bel écrin, après le déjà très intéressant L'Art et le sang. Si les deux histoires sont très différentes, on y retrouve tout de même quelques points communs. D’abord des pages aérées, avec absence du gaufrier traditionnel, un dessin parfois à peine esquissé et une colorisation terne, comme insolée. Ensuite un univers où perce l’influence des romans feuilletons d’il y a un siècle, des débuts du cinéma. Mais surtout, un cheminement de conserve avec l’esprit dada ou du surréalisme de la grande époque. Cet album peut – et doit sans doute – se lire comme un poème noir. Et il est sûr qu’il faut être réceptif à cet univers pour apprécier cet album, et cet auteur, à la fois atypique et créatif. L’histoire en elle-même semble n’avoir ni queue ni tête – encore que cela tourne autour des têtes de cheval qu’arborent les personnages, pour un « artiste par hasard » qui, malgré (ou à cause) d’une richesse mal acquise, reste un artiste maudit. Album et auteur à découvrir !