Les derniers avis (31951 avis)

Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Tombé dans l'oreille d'un sourd
Tombé dans l'oreille d'un sourd

C'est l'histoire pas banale d'une famille qui se bat. Ou plutôt si, c'est l'histoire effrayante d'une famille dont les deux enfants ont des problèmes à la naissance ou dans leurs premières années. Mais c'est surtout pour Tristan que l'histoire est cruelle. Le diagnostic tombe : il est sourd profond. Commence alors un marathon, un chemin de croix, un calvaire pour les enfants : faire reconnaître son handicap, obtenir des aides, financières, matérielles et humaines, pour aider leur fils à s'intégrer à la société. Car les embûches sont multiples : textes de loi aberrants, interlocuteurs butés, médecins hautains... Tout cela est très clairement raconté, d'autant plus que cette histoire est celle des enfants du dessinateur. Et quand on comprend que Nadège et Grégory n'ont jamais, ou presque, baissé les bras, au contraire de nombre de familles dans la même situation, on ne peut qu'être atterré par un système qui laisse l'altérité en marge. Certains passages sont émouvants, très émouvants. L'empathie envers cette famille est énorme. A lire, vraiment.

19/01/2017 (modifier)
Couverture de la série Ardalén - Vent de mémoires
Ardalén - Vent de mémoires

Je ne suis pas vraiment amateur de roman graphique pur, mais je dois dire que cet album épais m’a séduit, et, une fois entré dans cette histoire qui dévoile peu à peu ses dessous, j’ai été captivé. Prado a construit une histoire pointilliste, qui traite de la mémoire, des souvenirs. De la manière de se souvenir, de la construction ou de la reconstruction des souvenirs. Du rêve et de la réalité, et de leur confrontation perpétuelle. Sabela cherche à connaître le passé de son grand père, Fidel cherche à faire surgir son passé. Leur rencontre va les mener à reconstruire un présent qui partait en loques. C’est vraiment une chouette histoire, qu’il faut prendre le temps d’apprivoiser, car c’est assez poétique, contemplatif. Le dessin est très beau, comme la colorisation d’ailleurs ! Et les souvenirs, les rêves de Fidel, qui se mêlent à la réalité, avec des baleines, des poissons « nageant » dans le ciel, m’ont fait penser à un album de Broussaille, mais surtout à certaines planches de Bilal (il faut dire que le bleu domine dans ces dessins de Prado, comme chez Bilal), en particulier dans Le Sommeil du Monstre. On retrouve ici le côté graphique de Trait de craie du même auteur. Même si je préfère ses œuvres d’humour absurde, regroupant des histoires courtes, il faut dire que ses romans graphiques ont vraiment de quoi séduire les amateurs !

19/01/2017 (modifier)
Couverture de la série Batman Anthologie
Batman Anthologie

Ces 20 récits sur le Caped Crusader, de sa première apparition en 1939 sous le crayon de Bob Kane à sa plus récente reprise en 2013 par Greg Capullo, reste forcément un must pour les fans, mais l'ouvrage a aussi le mérite de s'adresser à ceux qui ne connaissent pas l'univers de Gotham, visant ainsi 2 publics... ils sont malins chez Urban. Cette anthologie rend parfaitement hommage à l'un des plus grands super-héros de la grande époque, maintes fois relooké ou retravaillé par de multiples auteurs au cours de plus de 7 décennies d'aventure et de mystère, bref Batman c'est une des légendes de la comic book culture. Les récits sélectionnés sont sans doute de qualité inégale, comme dans toute anthologie, mais ce qui est intéressant et même amusant, c'est que ça permet de voir l'évolution graphique du personnage : le dessin de Bob Kane n'est évidemment pas séduisant, il semble enfantin, naïf et maladroit ; avec celui de Dick Sprang, il y a un mieux, mais la silhouette reste carrée ; il y a une nette amélioration avec l'arrivée de Carmine Infantino, au trait plus fin. Mais là où je me régale, c'est bien sûr avec le dessin de Neal Adams ; je ne vais pas revenir sur son apport graphique que j'ai décrit en détail sur d'autres avis, mais il est clair quand on voit un tel dessin, qu'il a grandement relooké Batounet, en le rendant plus sombre et plus costaud. J'aime bien aussi les dessins de Alan Davis, Tom Mandrake, Graham Nolan et Ardyan Syaf... dans des épisodes qui m'ont permis de découvrir en plus les récits plus récents de Batman. En revanche, comme j'ai dû le dire déjà, je n'aime pas la refonte de Miller, même si je conçois qu'il a apporté un plus, et surtout je n'aime pas quand il dessine. Idéologiquement aussi, l'ouvrage permet de voir cette évolution avec les scénaristes qui se sont succédé, et il en ressort indéniablement que c'est Dennis O'Neil qui a redéfini le personnage après la période Bill Finger. Il est d'ailleurs intéressant de voir que dès le premier épisode, apparaissait le commissaire Gordon, puis on voit l'apparition successive de Robin, de Batgirl, le partenariat avec Superman... mais hélas pas de récit avec la Ligue de Justice, c'est dommage. La partie éditoriale est remarquable, concise mais précise, en donnant les renseignements essentiels. Au final, c'est un bel ouvrage que tout fan batmanien se doit de posséder ; je ne hausse pas ma note car je regrette que la sélection ne soit pas plus qualitative et qu'on n'y voit pas certains personnages de l'univers du Dark Knight, sinon ça méritait le 5 étoiles.

18/01/2017 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Les Intrus
Les Intrus

J’avais découvert cet auteur avec Blonde platine, que j’avais apprécié sans plus. « Les Intrus » est un recueil qui n’innove pas vraiment, et propose des histoires de quotidien ordinaire, mais j’ai beaucoup apprécié le ton, la justesse du propos, et ces personnages tellement humains et misérables. Certaines situations sont cocasses voire comiques, et j’ai beaucoup aimé les chutes des différentes histoires, souvent soudaines et bien vues. Le dessin est sobre mais élégant, et assez typique des comics indépendants américains (à la Chris Ware). Vraiment une chouette découverte, une lecture marquante et agréable, et un ouvrage que je recommande aux amateurs du genre.

17/01/2017 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Karma City
Karma City

Je suis devenu assez difficile et assez sélectif. Un 4 étoiles pour moi, cela se mérite, cela ne se décrète point. Il faut absolument que la bd en question me plaise. Après, il faut des critères assez objectifs et parfois subjectifs. En l’occurrence, c’est mission accomplie pour Karma City, la ville vertueuse. Karma City est certes une bd dans un contexte de science-fiction mais c’est tout d’abord un véritable polar d’anticipation. Cela me rappelle un peu l’excellent dessin d’animation des studios Disney à savoir Zootopie dans le concept. Certes, il n’y a pas de tronches animalières mais il y a une enquête de police qui commence de manière assez banale pour nous révéler de sacrés surprises sous couvert de complot d’envergure. Pour moi, tout y est dans cette bd. Il y a le rythme, la psychologie des différents personnages même s’ils font un peu clichés, l’originalité et surtout cet univers immersif dans une société où la philosophie du karma est religion ou règles. J’adore ce concept de ville vertueuse. On peut toujours prôner de belles valeurs. Cependant, en l’espèce, elles sont réellement mises en application avec un contrôle grâce à un détecteur. Gare à vous si vous réprimandez vos enfants car ils vous mettent en retard de bon matin ! La surveillance électronique est déjà arrivée dans nos vies. Snowden nous avait bien prévenus et il est d’ailleurs pourchassé pour cela. L’intérêt général doit primer sur les intérêts individuels car il en va de la survie du groupe. C’est une belle idée qui montre toutefois certaines limites. Les morts vont s’accumuler au fil de cette enquête qui va se révéler assez passionnante. Le récit est absolument maîtrisé car je n’ai pas perdu une miette. Le graphisme un peu rétro n’est pas celui que je préfère mais cela passe convenablement. Avec un autre dessinateur (qui est à la fois le scénariste), cela aurait pu être bien meilleur. C’est dit. Oui, on peut dire que le premier tome de ce diptyque est une belle réussite. Cette série risque fort bien de faire partie des derniers must.

17/01/2017 (modifier)
Par pol
Note: 4/5
Couverture de la série Proies faciles
Proies faciles

Cet album est un polar qui allie une bonne petite enquête policière avec une chronique sociale assez acerbe sur le monde de la finance d'aujourd'hui. L'auteur dénonce les dérives d'un milieu que rien n'arrête malheureusement lorsque il y a des euros à gagner. Il est question de plusieurs meurtres. Initialement rien ne les relie. Mais lorsque les enquêteurs commencent à voir le début d'un lien, et qu'ils comprennent que tous ces gens occupaient une place dans l'organigramme type des grands établissements bancaires, le puzzle se met en place. Les pistes qu'ils suivent, la façon dont les éléments s'emboîtent, la progression de cette enquête, tout cela est bien mené et crédible. Il y a là tout ce que les amateurs de polars réalistes aiment retrouver. A coté de ça, cette intrigue est également un prétexte pour dénoncer le coté sombre et malsain du système bancaire espagnol. Ou comment des banquiers sans scrupules n'ont pas hésité à sacrifier les économies de milliers de personnes âgées en leur faisant miroiter des bénéfices et qu'en réalité ils ont tout perdu. Ces pratiques ont fait beaucoup de dégâts ces dernières années en Espagne. Prado en dit ici tout le mal qu'il en pense. Si parfois le message est un peu trop appuyé pour paraître 'neutre' dans l'intrigue, l'idée générale passe plutôt bien et est tout à fait au service de l'intrigue policière. Ce mix est réussi et on obtient un album plaisant.

16/01/2017 (modifier)
Couverture de la série Africa Dreams
Africa Dreams

Bien introduit dans le premier tome par la courte présentation de Colette Braeckman – dont j’ai pu apprécier les analyses dans le Monde diplomatique, voilà une série à charge contre les méfaits du colonialisme et de l’appât du gain – le « roi des Belges » pouvant finalement n’être qu’un archétype de l’entrepreneur dénué de scrupules. Si le message passe, c’est que cette série est aussi une belle réussite graphique (j’ai trouvé les dessins beaux, pleins de lumière – dans un univers pourtant très « noir », dans tous les sens du terme !) et narrative. Rien ici de simpliste ou d’exagéré : la petite histoire nous dévoile la grande avec l’évidence que le talent des auteurs (dont c’est la première série que je lis) instille par petites touches, alternant les allez-retours entre l’Europe (essentiellement en Belgique, voire en Angleterre) et l’Afrique (le Congo belge donc). Cette navette scénaristique met davantage en lumière le cynisme et les calculs d’épiciers de la bonne société européenne – et surtout du roi des Belges, et assombrit d’autant le sort réservé aux « colonisés ». Le troisième tome reste sur la même ligne – graphique en tout cas. Pour ce qui est du message, on est aussi dans la dénonciation de l’horreur et de l’hypocrisie entourant la geste coloniale. Stanley se hisse ici au niveau du roi des Belges dans la catégorie des salauds se cachant derrière une façade plus que respectable. Je regrette juste un peu que dans ce tome la petite histoire soit trop éclipsée par la grande, et que la lecture des (arrière) pensées des journalistes, du roi ou de Stanley rende l’ensemble un peu moins fluide. Le propos, toujours louable, est un peu moins subtil ici (mais je chipote sûrement !). A noter l’interview d’un Stanley vieillissant réalisée en début d’album par un jeune journaliste à houppette ressemblant furieusement à Tintin (le chien de Stanley démarquant Milou…). Globalement cela se lit très bien, et donne à réfléchir. A lire, pour aller plus loin, les reportages d’Albert Londres, ou certains livres de Joseph Conrad (comme « Un avant-poste du progrès » ou le très célèbre et excellent « Cœur des ténèbres »). Une réussite donc ! MAJ. Je reviens mettre à jour mon avis après lecture du quatrième et dernier tome de la série, qui n'a fait que confirmer tout le bien que je pense de celle-ci. Fonds et forme sont encore très bons, sur un sujet douloureux. Quant au roi des Belges, au cœur de cet album, il confirme que sa place serait plus parmi les grands salauds de l'histoire, et non au sommet du gotha: un criminel que l'histoire n'a pas encore jugé. Voilà en tout cas une série hautement recommandable.

21/03/2014 (MAJ le 16/01/2017) (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Jojo's Bizarre Adventure - JoJolion
Jojo's Bizarre Adventure - JoJolion

C'est avec ce nouvel opus de l'auteur Hirohiko Araki dans cet univers si particulier que je découvre cette saga aux multiples facettes. Et le moins qu'on puisse dire c'est que cela m'a vraiment donné envie de découvrir le reste de cette fresque si singulière. On se retrouve plongé d'emblée dans cette ville de Morio où d'étrange excroissances appelées "murs aux yeux" sont sorties de terre obligeant la ville à s'adapter à cette nouvelle topologie. Ce tome s'ouvre sur la découverte d'un garçon évanoui qui semble prisonnier de la terre. La jeune et pimpante Yasuho Hirose va s'évertuer à le sortir de cette mauvaise passe. Sauf qu'une fois cet étrange personnage sorti d'affaire, le mystère ne fait que s'installer. Celui-ci ne se rappelle quasi de rien, ni surtout de son identité. Commence alors une quête à travers cette ville pour retrouver son identité qui va plonger nos protagonistes dans un piège des plus mortel... Outre l'intrigue des plus surprenante et ces personnages intrigants, le dessin de Hiroki Araki nous entraine dans un univers très singuliers, à la limite du dérangeant par moment. On retrouve là tout le goût que la culture japonaise peut porter pour ce qui peut déranger et flirter avec le malsain. Mais tout cela se digère ici très bien tant le coup de crayon de l'artiste donne à tout cela une cohérence et une esthétique originale. Ajoutez à cela des découpages et des cadrages très cinématographiques, qui donnent à la narration le coup de fouet nécessaire, et vous avalez votre lecture sans vraiment vous en rendre compte ! C'est donc avec curiosité que j'irais jeter un œil aux autres volets de cette saga si singulière, et j'attends la suite avec impatience ! *** lecture du Tome 2 *** Ce deuxième tome reste complètement dans la lignée du premier. Cependant, la découverte de l'univers concocté n'est plus à faire, et il est ainsi plus simple de replonger dans cette ville si étrange. On reprend donc la quête d'identité de notre cher Josuke. Après avoir échappé au piège mortel qu'on lui avait tendu, le voilà accueilli dans une famille, le temps de retrouver qui il est... Sauf que dans cette ville, les personnages sont tous plus psychopathes les uns que les autres, et qu'entre la fille, les fils et le père, on ne sait qui est le plus dangereux derrière leurs airs très cool ! D'autant que certains possèdent des pouvoirs redoutables ! Ce deuxième tome assoie donc cette étrange histoire en nous confortant dans cette ambiance particulière. Le dessin garde sa facture singulière et confine à l'ensemble ce qui en fait sa qualité et son originalité. Vivement la suite !

11/01/2017 (MAJ le 16/01/2017) (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Chronosquad
Chronosquad

Comme le disent les autres posteurs, cette série est prenante, et les 240 et 220 pages des deux premiers volumes se dévorent sans effort. Le concept des vacances temporelles est rigolo et original, et surtout permet de développer des intrigues intéressantes et variées. Il est parfois un peu difficile de suivre tous les détails du scenario, de s’y retrouver avec tous les personnages, mais les réponses commencent vraiment à arriver dans le tome 2. Le dessin de Grégory Panaccione est joli, même si je le trouve plus adapté à des œuvres un peu plus intimistes. Ce n’est qu’un avis personnel, et j’ai fini par m’y habituer. Vivement la suite !

16/01/2017 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5
Couverture de la série Patience
Patience

Attendue et annoncée comme l'œuvre la plus imposante de Daniel Clowes, Patience marque le retour de l'auteur dans ses thèmes habituels mais aussi une légère touche de science-fiction par le thème du voyage dans le temps. Un couple de trentenaires losers et amoureux mais sans grandes ambitions ou ressources financières attendent leur premier enfant. Jack galère d'un petit boulot à un autre pour assurer l'avenir de leur progéniture et est coupé net par son élan par la mort brutale et crapuleuse de sa bien aimée Patience au domicile conjugal. Considéré comme le principal responsable de ce meurtre non élucidé, Jack va braver l'espace-temps afin de retrouver la vie qu'on lui a volé avec la famille qu'il vient de perdre... En fractionnant son récit par autant d'ellipses temporelles, Clowes prend le pari risqué de perdre son public dans un récit où il ne se reconnait pas. Et c'est tout l'inverse, la partie"science-fiction" n'est qu'un prétexte pour mieux retrouver ses personnages au sortir de l'adolescence et faire de leur mal être le principal vecteur de son scénario. Ainsi le futur est rapidement éclipsé comme un prologue à un retour vers le passé de Patience, jeune fille meurtrie par la vie et désabusée par l'espèce humaine. Jack, homme déchu que la vie a rendu violent va mener son enquête à travers les âges pour retrouver le futur assassin de son épouse sans se soucier des conséquences que ses actes peuvent avoir sur un présent modifié. "Patience" est un très joli conte moderne qui réussit à ne perdre personne en route malgré une profusion de détails comme de personnages secondaires dispensables. Le rythme est soutenu, la narration bascule de Jack vers Patience et vice versa avec aisance. Par contre il me semble que Daniel Clowes ait un peu perdu de sa maîtrise graphique par des dessins beaucoup plus épurés et une palette graphique colorée mais palotte. Les personnages sont tout aussi expressifs qu'auparavant malgré des postures souvent raides et moins naturelles qu'auparavant. Moins de ruptures de style ou de folies graphiques, Patience n'en reste pas moins intéressant par le vague à l'âme de ce couple finalement plus attachant que fascinant et une intrigue policière simple mais intriguante. Un très bon Daniel Clowes après la semi-déception de Rayon de la Mort qui se lit d'une traite sans déplaisir.

15/01/2017 (modifier)