Les derniers avis (48998 avis)

Par Présence
Note: 3/5
Couverture de la série Apocalypse Nerd
Apocalypse Nerd

Seattle rayé de la carte - Ce tome comprend une histoire complète, découpée en 6 chapitres, et indépendante de toute autre. Elle est parue initialement sus la forme d'une minisérie en 6 épisodes en 2005. Elle est écrite, dessinée, et encrée par Peter Bagge, en noir & blanc, avec des nuances de gris appliquée par Joanne Bagge (la femme de Peter). Perry (un développeur informatique de logiciels) et Gordo (un revendeur de drogues) reviennent d'un week-end à camper dans les montagnes de North Cascades, situées entre Seattle et la frontière canadienne. En rentrant vers Seattle, ils ont la surprise de voir qu'ils croisent beaucoup de voitures en sens inverse, toutes lourdement chargées, avec des conducteurs très pressés. En écoutant la radio, ils comprennent qu'il a dû survenir un événement grave. Ils s'arrêtent à la première station-service sur la route, où la gérante les accueille fusil en main, pour se prémunir des pillards. Elle leur explique qu'une bombe atomique a explosé sur Seattle, et sur d'autres villes des États-Unis. Elle exige malgré tout qu'ils payent pour ce qu'ils emportent. Ils réussissent à faire le plein de carburant à la sauvette, et décident de retourner à la cabane où ils avaient campé. Dans l'introduction, Peter Bagge explique que l'idée de cette histoire lui est venue en entendant les déclarations Kim Jong-il (1941-2011), déclarant que la Corée du Nord disposait de l'arme atomique et que ce pays pouvait s'en servir pour détruire Seattle. Il ne lui en a pas fallu plus pour se lancer dans ce récit d'anticipation. Comme à son habitude, il a choisi de mettre en scène de adultes (environ 30 ans, plus ou moins une poignée d'années), pas très responsables, au sens moral sous-développé, et aux capacités affectives limitées, et ne parlons pas de leur empathie (voir les récits consacrés à Buddy Bradley). Bien sûr, pour que le récit dépasse les 2 semaines en temps narratif, l'un des 2 compères dispose de rudiments de chasseur. Par la suite, ils vont essayer d'opérer un retour vers la civilisation, croiser quelques rescapés en plus ou moins bon état, et plus ou moins bien disposés. Ils vont même réussir à séjourner dans un camp organisé, et à rencontrer des personnes du sexe opposé. Peter Bagge a développé un style narratif, tant au niveau des dialogues que des dessins, qui n'appartient qu'à lui. En feuilletant ce tome, le lecteur découvre (ou retrouve, en fonction de sa familiarité avec cet auteur) des dessins déformés dans un but humoristique. La particularité la plus visible se trouve dans la manière de dessiner les bras et les jambes en arc de cercle, sans pliure pour le coude ou le genou. Cela donne une apparence de bonhomme en caoutchouc aux personnages. Il y a également la façon de dessiner les couches, en forme de C, souvent de profil. Cela donne un air d'ahuris aux personnages, brillants par leur comprenette limitée, et leur incapacité à anticiper grand-chose. Cet artiste applique la même approche graphique aux accessoires et aux décors. Les voitures sont dessinées comme s'il s'agissait de jouet pour enfant. Les bâtiments semblent sortis d'une boîte de Playmobils. Lorsqu'il dessine un clavier d'ordinateur, il s'agit d'un rectangle strié de traits perpendiculaires, sans souci de donner l'impression d'un clavier réel, avec des touches formes différentes, et légèrement décalées d'une ligne à l'autre (ne parlons pas du pavé numérique). Cette représentation simplifiée et exagérée confère une dimension humoristique aux personnages qui semblent évoluer dans un environnement de dessin animé à destination de la jeunesse. Les cases se lisent toutes seules, certaines expressions de visage faisant naître un sourire automatique sur celui du lecteur. Cela ne signifie pas pour autant que Bagge réalise des planches à faible teneur en informations visuelles. Si les dessins sont à l'opposé d'une approche photographique, ils portent une part importante de la narration, qu'il s'agisse des actions des personnages, ou des lieux dans lesquels ils évoluent. le lecteur voit par lui-même l'étendue de la forêt, les animaux sauvages, le campement de mobil-homes, le chalet occupé par la communauté de femmes, les différents type de véhicules, allant de la citadine au camion de transport de troupe militaire. Le lecteur suit donc les tribulations de ces 2 zozos confrontés à l'obligation de survivre par eux-mêmes. Il partage leur inconfort et leur inquiétude, sans aller jusqu'à les plaindre. Sous une apparence humoristique, Peter Bagge dépeint une humanité peu reluisante, dont le vernis cède immédiatement, confronté à l'effondrement de la société. Gordo sait se servir d'une carabine et part chasser le daim, pendant qu'il relègue Perry aux tâches de cueillette, reproduisant le modèle de chasseur & cueilleur. Il réussit à blesser un animal, mais il a besoin de Perry pour l'achever, dans une boucherie peu ragoûtante. L'auteur va donc mettre en scène quelques-unes des conventions inhérentes au genre du récit de survie, à commencer par trouver de la nourriture, trouver de quoi se désaltérer, piller les réserves des magasins, se méfier des communautés organisées, échapper aux troupes armées rackettant les communautés ou les voyageurs isolés, résister à l'hiver. Il met également en scène les bases de la comédie, alors que Perry et Gordo doivent se supporter, résister à l'angoissante grandissante du vide abyssal de leur nouvelle vie, gérer la pénurie. Bagge relance le récit à mi-parcours en écartant Gordo, au profit de Madge, une femme croisée dans la communauté féminine. Avec sa verve acerbe habituelle, Bagge met en avant la veulerie du comportement des êtres humains, capables des bassesses les plus mesquines et les plus égoïstes pour gagner un peu de confort dérisoire. Seule une communauté de scientifique s'avère capable de voir plus loin que le bout de son nez, et capable de penser à l'avenir en termes de mois plutôt que de jours. L'auteur n'épargne pas les détails les plus concrets à ses personnages (et donc à ses lecteurs), en particulier l'effet d'un régime alimentaire déséquilibré, et les gaz qu'il occasionne, ou même les difficultés de transit intestinal. Ça ne vole pas très haut, mais c'est à la fois pertinent au regard de l'intrigue, et en phase avec le niveau des personnages. Ce contexte post apocalyptique rend les protagonistes méfiants et névrotiques à tendance paranoïaque. Dans la mesure où ils sont armés pour pouvoir se défendre, il ne faut pas longtemps avant que d'autres survivants succombent sous des tirs préventifs, pas forcément très bien maîtrisés. Les qualités narratives de Bagge lui permettent de marier le côté grosse farce, avec le côté dramatique, sans que l'un n'annihile l'effet de l'autre, ou prenne le pas sur l'autre. Il ne cherche pas à faire réaliste (en particulier les vêtements de Perry et Gordo semblent résister à l'usure et à l'absence de machine à laver) ; par contre la difficulté de leur situation transparaît bien dans chaque séquence. Perry, Gordo, et Madge n'ont aucune confiance dans quelques sociétés que ce soit. Ils se sentent immédiatement exploités, mal adaptés (comme ils l'étaient dans la société normale), improductifs, et incertains quant à la pérennité de leur situation. Ces sentiments leur font commettre des actes baignant dans l'égoïsme le plus basique et le plus répugnant. Bagge les montre comme s'étant adaptés à cette forme de liberté, libérés des contraintes de la société démocratique. Ils ne cherchent en aucun cas à retrouver cet état antérieur. du coup, ils se comportent sauvagement dès qu'ils décèlent un risque réel ou imaginé de retourner à cet état antérieur. Ils ne voient pas dans leur nouvel environnement la tyrannie des besoins matériels pour lesquels il faut dépenser une grande énergie pour les satisfaire, mais plutôt une forme de liberté en se contentant d'y subvenir, sans avoir à réfléchir, à chercher un sens dans une vie plus complexe. Le lecteur suit donc leurs pérégrinations avec un regard mi amusé, mi excédé par ces adolescents égoïstes attardés. Il se rend compte que la fin du récit approche, alors qu'il n'y a pas de résolution en vue. Effectivement, l'intrigue tourne court, sans morale, ni ouverture vers une évolution probable, avec des personnages qui ont encore aggravé leur cas. En particulier, Madge se retrouve dans un état qui nécessite une attention médicale dispensée par des professionnels, sans s'en soucier, toujours aussi oublieuse des contraintes. Cet aspect de sa condition rappelle au lecteur qu'il est dans un conte édulcoré, finalement éloigné d'un récit de survie réaliste, sans prise en compte des questions de santé (ne serait-ce que les lunettes de Perry, ou celle de Madge). Finalement le lecteur en ressort mi-figue, mi-raisin, amusé par le comportement égotiste de ces individus, incapables d'éprouver de l'empathie pour eux, intrigués par les questions pratiques que pose cette survie mais aussi vaguement désintéressé par cette approche superficielle qui ignore les aspects que l'auteur ne souhaite pas traiter. Entre un récit rigolo sans conséquence, et une comédie acide et grinçante.

21/04/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 3/5
Couverture de la série Matsuo Bashô - Le maître du haïku
Matsuo Bashô - Le maître du haïku

Un seul mot peut tout changer. Fascinant. - Ce tome contient une biographie du poète japonais Matsuo Bash? (1644-1694) en manga. L'histoire est initialement parue en 2012 au Japon, écrite et dessinée par la mangaka Naho Mizuki. le manga en lui-même comporte 100 pages, dont 12 en couleurs, suivies par 88 en noir & blanc. L'ouvrage comporte également une introduction de 3 pages rédigée par Bernard Chevilliat sur la vie et l'œuvre de Matsuo Bash?, une présentation des 8 personnages principaux : Matsuo Bash?, Yoshitada T?d?, Sanpû Sugiyama, Bokuseki Ôzawa, Yozaemon Matsuo, Sora Kawai, Kigin Kitamura, S?in Nishiyama. À la suite des 100 pages de manga se trouve un dossier pour mieux comprendre, avec un texte de 4 pages présentant les différentes formes de poésie avec Matsuo Bash?, ainsi que les principaux poètes, un autre texte de 4 pages sur le grand voyage de Bash?, son oeuvre, la culture populaire d'Edo, et 3 pages présentant 7 haïkus de Bash?, avec un bref commentaire explicatif pour chacun. Enfin, le lecteur trouve une carte du Japon matérialisant le voyage de la Sente étroite du Bout-du-Monde, et une biographie de 2 pages retraçant la vie de Matsuo Bash? en 17 dates. Chapitre 1 : l'enfant d'Iga. Au début de l'été 1689, Matsuo Bash? est en route vers le temple Risshakuji, avec son disciple Sora Kawai qui peine un peu à la montée des marches vers ledit temple. le poète marque une pause et observe la nature qui l'entoure dans cette montagne. Il note que ce paysage, cet air, tout semble disparaître comme aspiré par ces rochers. Il sort alors un papier et un pinceau et trace les caractères (les mores) pour noter ce qu'il vient de dire. Il reformule sa première version qu'il ne juge pas assez bien correspondre à ce qu'il ressent à la vue de ce paysage. Sora Kawai trouve les deux versions très bien. Bash? estime qu'il n'a pas encore réussi à trouver le mot juste pour exprimer parfaitement le caractère de ce paysage, de cet air. Finalement, il aboutit à : Quel paisible silence, il s'infiltre dans les rochers. le chant des cigales. le récit revient alors à l'enfance de Matsuo Bash? pour essayer de déterminer ce qui l'a amené à inventer cette nouvelle forme littéraire que l'on appelle Haïku, alors qu'elle n'existait pas à l'époque. Matsuo Bash? es né en 1644 dans la province d'Iga, région correspondant au bassin d'Ueno situé dans l'ouest de l'actuelle préfecture de Mie. Enfant, il appréciait le spectacle de la montagne, les arbres, les libellules. Il s'appelait Kinsaku, puis son nom changea pour Jinshi-Chirô, en effet dans le Japon d'Edo l'individu changeait de nom au cours de sa vie. Son père se montrait sévère avec lui n'acceptant pas qu'il fasse ainsi l'école buissonnière. Il oblige son fils à suivre les cours de calligraphie et à participer aux entraînements d'arts martiaux. Bien que la famille des Matsuo fut une famille de paysans, elle avait pu occuper un rang lui permettant d'avoir un nom de branche ainsi que le droit de porter le sabre, grâce à la famille Tôdô du domaine de Tsu. L'enfant Matsuo Bash? ne comprend pas la volonté de son père, car il préfère passer sa vie à contempler les splendeurs de la campagne et de la montagne. Son père lui demande de lui parler de leur beauté. L'enfant est vite à cours de mots. C'est la raison pour laquelle le père veut qu'il étudie. En classe de calligraphie, le jeune Matsuo Bash? mesure à quel point un mot peut tout changer dans l'expression et la transmission de ce qu'il a éprouvé, ressenti. Le manga commence donc par l'une des premières étapes dans le voyage qu'entama Matsuo Bash? en 1689, qui dura environ 156 jours et 2.300 kilomètres couverts pour la plupart à pied. L'autrice utilise cette séquence pour expliciter la démarche artistique du poète : exprimer la force d'un paysage, au travers d'un poème dans une forme courte et codifiée. Puis le récit prend une forme chronologique en revenant à l'enfance de Matsuo Bash?. du coup, toute cette biographie devient une illustration d'un destin tout tracé dont l'aboutissement est la création de la forme du haïku, ainsi que son enjeu. Dans un premier temps, le lecteur trouve cette approche simpliste : une prophétie auto-réalisatrice dont l'issue est déjà connue, mais d'un autre côté, c'est bien le seul regard qu'un auteur contemporain peut jeter sur le passé. Ensuite, 100 pages de manga, c'est assez court. S'il a lu l'introduction de Bernard Chevilliat, le lecteur peut avoir l'impression qu'il ne fait que retrouver en images ce qui est dit en 3 pages de texte. Il peut aussi se dire que l'approche de cette biographie est finalement de se rapprocher de l'esprit d'un haïku en étant plus évocateur que longuement descriptif. La narration visuelle de Naho Mizuki utilise de nombreuses conventions spécifiques des mangas de type Sh?jo, c'est-à-dire plutôt à destination d'un lectorat féminins. Elle détoure les visages et les silhouettes avec un trait très fin et délicat. Elle a tendance à utiliser une approche romantique pour les visages, à exagérer certaines expressions de visage en simplifiant la représentation des bouches et des yeux, à ajouter des effets de lumière de type romantique, à se focaliser sur les personnages en ne dessinant les décors que lorsqu'ils sont évoqués par un personnage, à utiliser l'équivalent de trames mécanographiées (des trames de points plus ou moins denses, pour le ciel bleu, pour les feuilles de plante, etc.). Au fil des pages, c'est une évidence qu'il s'agit d'un vrai manga, et le lecteur en vient à s'interroger sur le choix de l'éditeur de l'avoir publié dans le sens occidental, plutôt que dans le sens japonais, de droite à gauche. S'il est curieux, il peut rechercher les cases où un personnage manipule un objet. Elles ne sont pas si nombreuses que ça, mais effectivement, ils sont majoritairement gauchers, du fait de l'inversion des pages. de même, les vêtements ne se ferment pas dans le bon sens. La narration visuelle est donc essentiellement focalisée sur les personnages : ils sont souriants pour la plupart, ce qui les rend immédiatement sympathiques. Ils se comportent correctement, et il n'y a pas de conflit à proprement parler. Même le coup porté par le père de Bash? pour le punir d'avoir fait l'école buissonnière est représenté de manière très édulcorée. le lecteur en déduit que la mangaka a sciemment adopté un mode de dessin tout public. Cela ne l'empêche pas de s'investir pour respecter l'exactitude historique quand nécessaire : les vêtements d'époque, les constructions comme le temple dans la montagne, la maison de la famille Batsuo, la magnifique demeure des Tôdô, et bien sûr l'ermitage du bananier. Elle soigne également les paysages afin que le lecteur puisse ressentir ce qui inspire le poète : le paysage de montagne dans la région de Yamagata, le lieu-dit de Yoshino où s'était arrêté le moine Saigyô, la paysage de Matsuhima, l'impétuosité du fleuve Mogami. Effectivement, cette biographie élude toutes les aspérités de la vie du poète Matsuo Bash?, mais sans verser dans l'hagiographie. C'est l'accomplissement d'un destin déjà connu par le lecteur, raconté en 5 courts chapitres : 1. L'enfant d'Iga, 2 Vers la voie du haïkaï, 3. La vie à Edo, 4. L'ermitage du bananier, 5. La sente étroite du Bout-du-Monde. Il s'agit donc surtout d'un manga de vulgarisation accessible à tous les publics. le lecteur adulte peut en ressortir un peu frustré, à la fois par la brièveté de la pagination, à la fois par la faible densité des éléments historiques. D'un autre côté, en prenant du recul, il constate qu'il a suivi Mastuo Bash? durant ces étapes de formation essentielles dans son parcours de vie qu'il l'a mené à devenir le maître du haïku. Naho Mizuki aligne ces moments essentiels, dans une narration fluide, pas surchargée, mais finalement assez dense en termes d'éléments présentés. Et puis l'ouvrage n'est pas terminé. Étant un peu resté sur sa faim, le lecteur adulte jette un coup d'oeil aux textes qui suivent le manga, regroupés sous le titre générique de Pour mieux comprendre. le premier texte explique ce qu'est un haïku : son origine, l'histoire du renga, la composition d'un haïku, les kigos, les plus célèbres poètes japonais du XVIe et XVIIe siècle, les plus célèbres poètes de l'époque moderne. Avec ces explications, le lecteur comprend mieux certains passages du manga en particulier l'écriture de poèmes de type haïkaï en collectif évoluant en écriture solitaire de haïku, ainsi que sa forme très codifiée en tercet de dix-sept mores, au rythme harmonieux sur une structure 5-7-5. La page consacrée à La sente étroite du Bout-du-Monde, le grand voyage de Bash?, évoque la composition du recueil de haïkus à partir des notes de voyage de Bash?, ainsi que l'intention du voyage, et évoque rapidement Sora Kawai (1649-1710), le disciple de Bash?. le texte suivant présente 5 ouvrages de Matsuo Bash? en un bref paragraphe chacun, puis la culture populaire d'Edo (Voyager à l'ère d'Edo, Les villes étapes, le pèlerinage à Isé, Les cinq routes d'Edo, le pèlerinage de Shikoku). le texte suivant (en 3 pages) présente 7 des haikus les plus célèbres du poète, extraits de la sente étroite du Bout-du-Monde. Il en est donné deux traductions différentes, avec un paragraphe d'explication. Ainsi placé vers la fin d'ouvrage, cette présentation permet au lecteur de mesurer toute la richesse culturelle de ces courts poèmes, inaccessibles au lecteur occidental sans un commentaire et une interprétation, même si leur lecture seule est envoûtante. De prime abord, cet ouvrage est assez surprenant : un manga publié dans le sens occidental, sur un poète majeur du Japon, avec une narration visuelle tout public, et une biographie finalement succincte. Le manga emplit son office de passeur en présentant la figure historique de Matsuo Bash?, tout en paraissant une évocation trop rapide. Sous réserve de lire les autres éléments de l'ouvrage (les différents textes), cette frustration du lecteur disparaît car ils viennent complémenter le manga, et le tout forme un ouvrage de vulgarisation très accessible. Pour lire les haïkus de Matsuo Bash?, le lecteur peut ensuite se lancer dans L'intégrale des haïkus : Edition bilingue français-japonais, édition bilingue, comportant des commentaires pour chaque haïku afin de pouvoir mieux en apprécier les différentes saveurs, grâce à des explications culturelles.

21/04/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Jardin de Minuit
Le Jardin de Minuit

Un conte fantastique tout public, agréable à lire (et à regarder, le dessin est simple et chouette). Le lecteur est rapidement pris par l’intrigue, et oublie aisément de se poser trop de questions. On accepte donc cette rencontre entre ce gamin et cette fille, dans une sorte de « jardin parallèle », plusieurs époques se rencontrant, êtres de chairs et fantômes se côtoyant. Le rythme est assez lent (une bonne partie de l’histoire est racontée sous forme épistolaire par le héros, en quarantaine médicale chez ses oncle et tante, qui écrit à son jeune frère resté chez leur parent). Mais on ne s’ennuie pas, c’est un album sympathique.

21/04/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5
Couverture de la série Plop !
Plop !

Inattendu cet album chez Steinkis. Chez cet éditeur au catalogue "sérieux" (ceci écrit sans sous-entendu négatif), nous avons un album qui ressemble -à première vue- à une gentille petite chronique intimiste, sans vraie prise de tête. Un peu à l'image qu'on peut se faire -là encore de prime abord- du peuple québécois, souvent chaleureux, sympathique, près à sortir une bonne blague. L'humour n'est pas franchement présent dans Plop, mais comme je l'indiquais plus haut, c'est plutôt léger, sans réelle prise de tête, sur un sujet pourtant casse-gueule, celui du changement de sexe, ici subi, et partant, de l'identité sexuelle. Car au détour des réunions informelles de "plopés", on se rend compte qu'on peut préférer être une fille plutôt qu'un homme, parce qu'être une fille, ça peut être douloureux, régulièrement douloureux, mais aussi qu'on peut subir des comportements inappropriés, entendre des choses inacceptables, etc. Le scénariste Sébastien Fleuret n'en rajoute pourtant pas, se contentant d'évoquer ces sujets, et de permettre à son lectorat de réfléchir. Le dessin est assuré par Simon Vergnol, au style naïf, mais plutôt expressif, ce qui donne un album facile à lire, sans prise de tête, mais qui peut, à rebours, permettre de réfléchir un peu sur la condition féminine.

21/04/2024 (modifier)
Couverture de la série Miroir de nos peines
Miroir de nos peines

Je ne connais pas le roman de Lemaitre, mais l’adaptation qu’en a fait De Metter (c’est le deuxième roman de Lemaitre qu’il adapte en BD) donne une lecture agréable. La narration est fluide, on passe d’un personnage à l’autre sans que la lecture n’en soit hachée, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent tous sur la fin. Et, comme d’habitude, son dessin particulier est bon, beau, et très plaisant. L’intrigue a pour cadre le printemps 1940, au moment de l’attaque allemande à l’Ouest, et lors de la débâcle qui s’en est suivi. Un cadre historique intéressant, car il permet de brosser des portraits assez vifs, à un moment révélateur des personnalités, du courage, de la lâcheté de chacun. Et, de fait, toute la palette y passe. Le personnage le plus intéressant n’est a priori pas le plus reluisant : mythomane, voleur, il usurpe identités et situations, et donne chair à des personnages hauts en couleurs (mention spéciale à son rôle de speaker de la radio, annonçant d’une voix affable et sûre d’elle la supériorité de l’armée française, au moment de la percée allemande des Ardennes). Les vrais salauds ne sont en tout cas pas ceux que l’on croit, et de tous les spécimens humains qui se retrouvent mis en avant ici, ce personnage est sans doute celui qui a fait le plus de « bien ». Une lecture que j’ai bien aimée.

21/04/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 3/5
Couverture de la série Batman - Le Culte (Enfer Blanc)
Batman - Le Culte (Enfer Blanc)

En 1988, l'après Dark knight returns - Bruce Wayne se tape un méchant cauchemar dans lequel il rencontre le Joker une fois de trop. Batman massacre le Joker à la hache, mettant un point final à ses exactions. de retour dans le monde éveillé, Batman est attaché par les poignets à une canalisation dans les égouts. Il a été capturé par des sans abris et emmené pour être endoctriné par un fanatique religieux : Joseph Blackfire. Ce dernier possède la verve d'un télévangéliste et sa mentalité. Il prêche la foi en Dieu pour donner Gotham aux déshérités, aux laissés pour compte du système, à ceux qui n'ont pas pu prendre l'ascenseur social. L'objectif de Blackfire est de soumettre la volonté de Batman en appliquant des méthodes de secte : privation de nourriture, coupure d'avec ses proches, endoctrinement forcé, usage de stupéfiants pour briser sa résistance, etc. Entre 2 séances de lavage de cerveau, l'un des sbires de Blackfire raconte son histoire à Batman : comment Blackfire était déjà en activité quand les premiers colons sont arrivés en Amérique. Batman finit par être rongé par le doute quant à ses propres méthodes et leur efficacité relative pour changer la société en profondeur, et par le doute quant au fait que Blackfire a peut être raison sur les moyens à utiliser pour rendre la société plus juste. En tout état de cause, il a perdu son esprit combatif. Blackfire a réussi à organiser les sans abris en une force de frappe efficace en les galvanisant par des propos réactionnaires et bientôt Gotham tombe aux mains de ces miséreux. Même l'intervention de Robin n'arrive pas à sortir Batman de son abattement devant ses échecs. En 1986, The Dark Knight Returns (DKR en abrégé) de Frank Miller donne une vision intense, inédite et remarquable du personnage de Batman. Les fans sont comblés, les responsables des 2 séries mensuelles sont angoissés : qui va oser écrire les aventures mensuelles de Batman ? Quel que soit cet inconscient, il sera comparé à Frank Miller, et il est certain qu'il ne pourra pas faire aussi bien. Pour autant, il faut absolument profiter de ce renouveau d'engouement pour le personnage. C'est John Wagner et Alan Grant qui s'y collent sur "Detective comics" (en février 1988), et Jim Starlin sur "Batman" (en décembre 1987). Peu de temps après son arrivée sur la série mensuelle, Starlin a le droit de réaliser une minisérie en 4 épisodes intitulée "The Cult" initialement parue en 1988. L'influence de DKR est manifeste à la fois dans le scénario et les dessins. Batman a un aspect massif et très musculeux. Les pages regorgent d'extraits d'émissions de télévision (essentiellement des infos). La criminalité des rues est devenue plus cruelle et plus violente. Les méthodes de Batman se durcissent également. Mais bien sûr, Jim Starlin ne sait pas rédiger des dialogues aussi percutants que Miller et les illustrations de Bernie Wrightson n'ont pas l'impact visuel de celles de Miller. Pour autant "The Cult" n'est pas qu'une copie fadasse des aspects les plus saillants de DKR. Jim Starlin utilise une idée intéressante (à défaut d'être nouvelle) mettre Batman dans une posture où sa force de caractère a été anéantie. Comme toujours, ce qui donne toute sa saveur à cette histoire, c'est que le méchant est vraiment réussi. Starlin ne se contente pas de créer un homme de Dieu qui se vautre dans le luxe aux dépends de ses fidèles ; il lui donne la logique des télévangélistes, leur charisme et leur foi. Deacon Blackfire n'est pas dupe de du jeu qu'il joue, mais son cynisme n'est pas incompatible avec sa foi. Alors bien sûr certains passages à la manière de Frank Miller sonnent faux parce que seule la forme est reproduite, pas le fond. Mais d'un autre coté, le scénario place Batman dans une position désespérée où il est vraiment en danger avec une logique narrative solide. Cette histoire marque aussi le retour de Bernie Wrightson aux dessins pour une histoire longue. Cet illustrateur avait fortement marqué sa génération dans les années 1970 sur des titres d'horreur (essentiellement dans "House of Mystery" et "House of Secrets"), dans les premiers épisodes de la série Swamp Thing (réédités dans Roots of the Swamp Thing) et des planches d'illustration maniaque pour le livre de Mary Shelley (Frankenstein, or the Modern Prometheus). Il a donc effectué son retour à la fin des années 1980 avec cette histoire de Batman, puis une histoire de Superman (The Weird, rééditée dans Mystery in Space with Captain Comet 2) et une histoire du Punisher (P.O.V.). Autant être franc tout de suite, il n'est pas au meilleur de sa forme. Il a choisi un mode de dessins rapides, il a recours plusieurs fois au photocopiage pour éviter de redessiner des cases (une même case est reproduite une dizaine de fois sur la même page) et certaines mises en scène relèvent de l'infantilisme (Robin en train d'enfiler sa chaussure verte). Il a par contre de beaux restes pour ce qui est de la mise en page et du rendu des éléments les plus gothiques. Au final, les illustrations sont d'un niveau supérieur à la moyenne, mais très en deçà de ses travaux antérieurs. Bill Wray avait choisi une mise en couleurs audacieuse à base de couleurs primaires pétantes qui a heureusement été adoucie dans cette édition. Cette histoire de Batman sort de l'ordinaire et est divertissante. Elle permet d'assister à une apparition intéressante de Jason Todd dans l'habit de Robin. Mais elle laisse un petit goût amer quand on pense à ce qui aurait pu être si ces créateurs avaient été dans une meilleure forme.

21/04/2024 (modifier)
Couverture de la série Julio Popper - Le Dernier Roi de Terre de Feu
Julio Popper - Le Dernier Roi de Terre de Feu

Décidément, l’Argentine, et plus précisément la Patagonie, attire les aventuriers européens ! J’avais lu il y a quelques temps Roi des Mapuche, qui retraçait le destin d’un Français parti se bâtir un royaume en terre de feu, au milieu du XIXème siècle. Ici, c’est encore un Européen (roumain lui), qui investit (dans tous les sens du terme !) les territoires du sud de l’Argentine, dans les années 1880. Ça commence comme une ruée vers l’or ordinaire, « à l’américaine ». Mais Popper n’est pas qu’un chercheur d’or. Il n’est pas non plus un conquistador. S’enrichir l’intéresse, certes, mais on sent en lisant le récit de Matz (éloigné ici de la majorité de ses productions habituelles, et qui s’est fortement documenté – voir l’abondante bibliographie en fin de volume), que l’essentiel est sans doute ailleurs pour lui. Il parle de nombreuses langues, a suivi des études variées (et il a bourlingué sur tous les continents) : c’est un ingénieur qui invente, c’est un géographe qui veut découvrir (il aurait voulu explorer l’Antarctique peu avant sa mort) : le souffle de l’aventure le fait avancer, même s’il n’est pas exempt de certains travers (il n’hésite pas à user de la violence pour défendre ses exploitations, il use de son entregent pour convaincre les autorités politiques argentines de soutenir ses investissements). Il lui manque sans doute le grain de folie qui l’aurait rendu plus charismatique. Il meurt jeune, avec encore des rêves plein la tête. Le récit est agréable, la narration fluide. Et j’ai bien aimé le dessin. C’est une lecture sympathique donc, qui en plus m’a fait découvrir un personnage atypique.

20/04/2024 (modifier)
Couverture de la série Courtisanes
Courtisanes

L’intrigue nous plonge dans les bouleversements politiques du milieu du XIXème siècle, de la fin de la Monarchie de Juillet au Second Empire, en passant par la Deuxième République (l’histoire s’étale de 1847 à 1853). Au passage, le deuxième album s’ouvre sur les événements révolutionnaires qui amènent le renversement de Louis Philippe. Or, sur la première case, il est indiqué 24 février 1847 ! Une grossière erreur d’un an qui aurait pu/dû être corrigée avant impression : ça fait un peu tache dans cette collection historique Vécu. Une histoire traversée de complots, d’intrigues, qui se déroulent sous les yeux de l’héroïne, Eva, une courtisane qui a « réussi » et qui côtoie – en couchant avec – les milieux d’affaires proches de Louis-Napoléon Bonaparte. Il est parfois difficile de croire qu’Eva ait acquis en si peu de temps une conscience politique, et un tel sens machiavélique et cynique des « affaires ». Autre petit bémol selon moi, Maric abuse du tic consistant à mettre en rapport avec Eva tout ce que Paris compte à l’époque d’artistes (Baudelaire en tête). Ça pimente sans doute l’intrigue, mais ça nuit un peu à sa crédibilité, tant cela parait parfois artificiel. Il y a d’ailleurs dans certains passages (et la plastique et la faconde de l’héroïne nous y ramène aussi) quelque airs d’ « Angélique marquise des anges » chez Eva. Bon, si l’on fait abstraction de la propension d’Eva à se trouver au centre de tous les regards (des révolutionnaires comme de l’Empereur, des milieux d’affaires comme de Vidocq), ça se laisse lire. Le quatrième tome est par contre moins intéressant et moins crédible, sur un navire négrier, loin des cabales parisiennes (il laisse d’ailleurs en suspens la destinée d’Eva, comme si une suite avait été envisagée). Le dessin est globalement bon, avec une colorisation qui m’a par contre un peu moins convaincu, car plus inégale, parfois criarde et datée. Note réelle 2,5/5.

20/04/2024 (modifier)
Couverture de la série Les Petits Monarques
Les Petits Monarques

Un album intéressant avec de bonnes idées mais il m’a manqué un truc pour dire Whaou. Niveau bons points, on trouve le contexte de ce récit post-apo, pas de zombies, de guerres nucléaires … ça change un peu, et l’idée de suivre la migration de papillons pour établir l’antidote est plutôt chouette et originale. Ensuite, les péripéties, bien que classiques pour ce type de récit (danger naturel, rencontres humaines …), sont plutôt agréables à suivre. L’auteur ajoute d’autres trouvailles, comme le carnet de notre jeune héroïne, pour temporiser son histoire. Honnêtement, ça se lit facile et bien, en plus dessins et couleurs sont loin d’être désagréables. Mais (le fameux mais), tout ne m’a pas emporté, il y a pas mal de petits éléments qui m’ont aussi fait tiquer. On montre des choses très dures (comportement humain notamment) qui m’ont bien plu, et d’autres que j’ai trouvées bien trop enfantines ou loupées. La scène du tsunami m’a semblé ridicule, l’âge et le comportement de notre jeune héroïne n’aident pas non plus, un personnage sympathique mais trop « cheaté ». Bien fait, sympa à lire mais je n’y ai jamais cru, j’ai un peu eu le cul entre 2 chaises durant ma lecture.

19/04/2024 (modifier)
Couverture de la série Dionysos
Dionysos

Contrairement à Apollon ou Athéna dans la même collection, ce tome s’en sort nettement mieux. Bon d’une part, je trouve ce Dieu bien plus intéressant que ses frères et sœurs, mais c’est surtout la forme de l’album qui m’a plus convaincu. Ici nous n’aurons pas des petites anecdotes compilées sans liant véritable mais bien toute la genèse de ce Dieu. Au programme : conception, enfance, errance, « faits d’armes », jusqu’à être reconnu par ses paires et trôner à l'Olympe. C’est quand même plus sympa et complet qu’un patchwork sans âme. En plus, le dessin, sans être ébouriffant, accompagne bien le récit. Un bon tome pour découvrir ce Dieu. Par contre, défaut toujours récurrent à la série, la partie bd est fonctionnelle mais peine à faire passer toutes les subtilités de la mythologie que le dossier final met en exergue. A cause de ça, ça ne dépassera jamais le pas mal.

19/04/2024 (modifier)