J'ai trouvé cette lecture pour la jeunesse sympa mais je n'ai pas réussi à vibrer outre mesure.
Marco Paschetta nous offre un récit initiatique assez classique autour des valeurs d'amitié, d'entraide et de découverte du monde. L'auteur introduit une touche écologique avec la perturbation des écosystèmes à la suite des activités humaines. La scène du petit garçon est un message limpide aux plus jeunes de respecter la vie qui nous environne. L'auteur n'élude pas côté naturellement "cruel" en faisant intervenir des carnivores sans pour autant porter de jugement. Le récit est fluide et bien adapté pour des lecteurs et lectrices débutant(e)s.
J'ai moins accroché sur le graphisme qui verse un peu trop dans un onirisme froid. Toutefois la construction est moderne et originale loin des standards vus mille fois.
Une bonne lecture pour les plus jeunes.
J'avais lu un peu sur le cas de Barbora sur un forum reddit consacré au crime et ça soit être un des cas les plus étranges que j'ai lu de ma vie. C'est vraiment le genre de truc que si un auteur avait imaginé ça pour une fiction, j'aurais trouvé que c'est tiré par les cheveux, mais non c'est vraiment arrivé !
Les auteurs présent le cas au travers d'une journaliste qui enquête sur le cas. Je comprends que c'est pour rendre la narration excitante, mais le problème c'est qu'au final je ne savais pas trop ce qui était vraiment vrai, de la fiction ou juste de la spéculation de la part des auteurs. Et comme ils ont virés les deux garçons victimes de sévissent de la part de leur mère complétement sur le contrôle de Barbora de (je comprends ce choix) il y a déjà dès le départ des informations qui ne sont pas incus dans le livre.
Il faut dire que le cas lui-même est tellement hors de l'ordinaire et qu'il y a tellement de gens qui seraient peut-être impliqué dans les étranges agissements de Barbora et de sa complice que c'est facile de s'y perdre. Les motivations des protagonistes sortent vraiment de l'ordinaire et la mère est une des personnes les plus connes que j'ai vu de ma vie. Je pensais que j'aillais lire un résume facile à comprendre sur l'affaire et ça n'a pas trop été le cas.
Un thriller original vu que c'est une histoire de tueur en série vu du points de vues des chiens des femmes que le tueur tuent et qu'ils emmènent ensuite chez lui.
Le scénario est bien fait même si je trouve qu'il y a un peu de facilité dans le scénario. Je peux comprendre que les chiens ont des problèmes de mémoires à court terme, mais là on dirait carrément qu'ils oublient leurs anciennes maitresses la minute qu'elles se font tuer (et en passant aucun des chiens ne réagissent trop s'ils sont présents sur les lieux du meurtre, bravo pour le travail de chien de gardes). Je peux comprendre pour ceux qui étaient des chiots, mais là certains sont clairement des adultes lorsque les gros changements dans leurs vies sont survenues.
Malgré cela j'ai trouvé que le scénario était captivant. Je voulais absolument savoir ce qui allait se passer ensuite, surtout qu'il y a quelques surprises dans le scénario. En plus, le dessin mignon qui semble sortir d'une série pour enfant donne une atmosphère différente des autres thrillers. Malheureusement, la dernière partie s'arrête un peu subitement sans qu'on ait des réponses à toutes les questions. Même si on peut s'imaginer facilement les réponses, c'est un peu frustrant que ça se termine comme ça. C'est encore un polar/thriller qui est excellent durant une bonne partie et qui finit par s'écrouler à la fin.
Cela reste à lire pour les amateurs du genre.
Avis pour le premier tome
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Voyages dans le temps pour touristes
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Ce tome constitue une histoire complète et indépendante de toute autre. Il contient les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2015, écrits par Mark Millar, dessinés et encrés par Sean Murphy, avec une mise en couleurs de Matt Hollingsworth.
De nos jours, dans le sud-est de la Turquie, un guide amène Corbin Quinn dans une excavation archéologique, où se trouve un avion de chasse F-14 Tomcat, en bon état de conservation. de retour à son complexe scientifique au Texas, il explique sa trouvaille à son collègue Danny Reilly.
Quelques temps plus tard, leur équipe projet réussit à envoyer une sonde spatiale à la bataille de Gettysburg en 1863. Tous les téléspectateurs pleurent en voyant un jeune garçon battre le tambour sur le champ de bataille. La suite s'annonce comme une certitude : Corbin Quinn et Danny Rilley seront les premiers êtres humains à voyager dans le temps.
Depuis la création du label Millarwolrd, le scénariste Mark Millar enchaîne les projets de comics, prévendus pour l'industrie du cinéma, avec des dessinateurs top niveau. Il est difficile pour le lecteur de bouder son plaisir à l'idée de lire un comics bien dessiné (l'artiste ayant disposé du temps nécessaire pour peaufiner ses planches), avec un scénario comprenant plusieurs bonnes idées. Impossible de résister à l'attrait d'un comics dessiné par Sean Murphy, l'auteur de Punk Rock Jesus, ou encore le dessinateur de Joe the Barbarian avec Grant Morrison, ou de The Wake avec Scott Snyder.
Comme sur du velours, Mark Millar a encore concocté un début de récit endiablé : c'est parti pour des voyages dans le temps. L'histoire tient en 4 épisodes, c'est-à-dire que le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer. le récit est mené tambour battant, la conclusion arrive pour amener une clôture nette et sans bavure (même si les auteurs ne s'interdisent pas d'écrire un deuxième tome). Sans surprise encore, le scénariste a choisi de mettre en scène 2 héros blancs, sans problèmes financiers, sans rôle féminin important. On est dans de la littérature pour jeune adolescent mâle, ou pour adulescent, du pur divertissement (il ne suffit pas de baptiser la sonde temporel Mark Twain), pour prétendre à la littérature.
Millar met à profit son point de départ (pas si original que ça) pour jouer avec différentes époques. Par exemple, un personnage va recruter des soldats en 812 en Norvège, en -43 à Spartes, en 1916 en France, et en -225 à Tome. Tout ça tient sur une page, à raison d'une case par époque visitée. le lecteur n'a donc pas à craindre la leçon d'histoire, il s'agit d'un récit entièrement consacré à l'aventure et à l'action. En scénariste malin et aguerri, Millar prend soin de flatter son lectorat américain : la première scène de voyage dans le temps est donc pour la bataille de Gettysburg (mais d'un autre côté, cela se justifie par le fait qu'il s'agit d'un projet financé et réalisé par les États-Unis). La caméra temporelle ne manque pas d'immortaliser la présence d'un enfant soldat avec son tambour (larmichette et nostalgie assurées pour cette évocation historique). En tous les cas, il prend également soin de raconter une histoire avant tout visuelle.
Effectivement, Sean Murphy a tout le loisir de s'en donner à cœur joie. le lecteur retrouve son habitude de dessiner des nez un peu pointus (c'est moins systématique que dans ses précédents travaux, ça dépend des personnages), de rajouter des petits traits secs sur les visages et sur quelques surfaces, pour figurer les textures, et donner l'impression que les émotions irradient des visages. Il voit avec plaisir que les personnages sourient régulièrement, montrant ainsi leur satisfaction sur leur situation, le contentement de voir leurs efforts récompensés, ou l'anticipation des résultats de leurs actions plus ou moins facétieuses.
Les divers rebondissements et sauts dans le temps offrent au dessinateur des occasions multiples de se lâcher, et Sean Murphy est à chaque fois au rendez-vous. le premier visuel qui décoiffe montre le chasseur F-14 Tomcat, avec une perspective ambitieuse, et un niveau de détails remarquables. Les 3 cases consacrées à la bataille de Gettysburg sont un peu moins estomaquantes dans la mesure, où Murphy s'en tient aux compositions habituelles sur le sujet : les soldats au bivouac (belle authenticité des uniformes, des armes et des ustensiles), une scène de charge, et la vue sur l'enfant tambour.
La narration visuelle monte de plusieurs crans en intensité, avec l'arrivée à Samarkand en 1504 : Danny Reilly apparaît juste devant la charge d'une cavalerie. Sean Murphy réalise un dessin occupant une double page plaçant le personnage (et le lecteur) juste sur le passage de dizaines de cavaliers bien armés, avec leurs armures, et plein d'entrain. La scène est spectaculaire à souhait, avec un dynamisme renforcé par un point de fuite savamment positionné. En outre, il ne manque pas un détail aux armures, ou aux harnachements des montures.
Pour l'arrivée à Samarkand même, l'artiste dessine une vue du ciel permettant de se délecter de l'architecture de la ville de ses ornements, et des costumes de ses habitants. Il ne s'agit pas d'éventer toutes les surprises (et elles sont nombreuses) contenues dans le récit. Un seul exemple supplémentaire : lors de 2 séquences, Corbin Quinn et Danny Reilly se déplacent dans une immense demeure à New York en 1929. le lecteur laisse son regard se promener sur l'incroyable façade de la bâtisse, il observe avec curiosité les décorations intérieures, il apprécie la sophistication des tenues de soirée. Il sourit devant la pièce secrète parfaitement intégrée à l'aménagement, et son sourire s'agrandit lorsqu'il comprend quelle est son usage.
Tout au long de ces 4 épisodes, Sean Murphy s'est amusé comme un gosse à donner vie à ces endroits mythiques, à représenter les costumes avec précision, à sculpter les décors avec relief, à insuffler du mouvement dans les personnages le lecteur en prend plein les yeux, sans impression d'agressivité, avec des personnages souvent aimables. Il est impossible de bouder son plaisir devant un tel spectacle sans cesse renouvelé. Mais c'est aussi un peu la limite de ce récit.
Du fait du format court, les auteurs en sont réduits à s'en tenir à de brèves évocations, soit de lieux ou de faits historiques, soit des figures historiques comme Norma Jean (une brève apparition avant qu'elle ne se fasse appeler Marylin Monroe) ou Steven Patrick Morrissey (Moz, dans une séquence très drôle). D'un côté le lecteur constate que Mark Millar sait de quoi il parle ; de l'autre il est évident qu'il s'agit de figuration de luxe, sans conséquence faute de place dans ce récit ramassé. Il devient alors difficile de se débarrasser de l'impression que le scénariste case ces références pour prouver que son récit se prête à toute sorte de clins d’œil, et donc que cette trame peut être développée jusqu' à en devenir un film, ou pourquoi par une série télévisuelle (il y a même un dinosaure).
L'intrigue présente un autre aspect qui empêche de prendre cette aventure grand spectacle, au sérieux. Mark Millar joue donc avec les voyages dans le temps. Très vite, il montre qu'il a choisi l'option que les interventions faites dans le passé par les 2 aventuriers n'ont aucune conséquence sur le présent. C'est l'une des règles du jeu possibles pour les voyages dans le temps. Très vite, il s'agit pour l'un des personnages de remonter dans le temps pour empêcher un autre de commettre l'irréparable. Déjà cette notion d'irréparable devient relative, voire idiote, si les actes commis dans le passé n'ont pas de conséquence dans le présent. Mais, en plus, si l'agent intervient à une date (au pif : en mars d'une année) et qu'il échoue dans sa mission, il lui suffit de recommencer quelques jours ou semaines plutôt, avec la connaissance de ce qui va se passer par la suite (c'est-à-dire en janvier ou février de la même année). Il n'a même pas besoin de se presser puisqu'il peut se déplacer dans le temps à sa guise. Millar insiste bien sur ce dernier point, en montrant même un personnage à deux endroits différents, à une même date. du coup le lecteur éprouve quelques difficultés à prendre cette histoire au sérieux.
Comme la couverture l'indique, ce récit complet met en jeu des voyages dans le temps. Mark Millar a imaginé une histoire ramassé (en 4 épisodes) jouant avec les époques, pour des mélanges amusants et divertissants. Sean Murphy est le dessinateur de la situation, ne ménageant pas sa peine pour montrer au mieux les lieux, les personnages et les époques, au lecteur. le taux de divertissement est élevé, un peu obéré par l'usage primaire des voyages dans le temps, tout paradoxe temporel étant ignoré, jusqu'à aboutir à une logique trop mise à mal. Ce recueil se lit aussi 2 fois plus vite qu'un comics de superhéros de même pagination.
Un petit album sympathique, vite lu (l’histoire est vraiment très courte, il n’y a pas beaucoup de texte). Mais en peu de temps, l’intrigue arrive quand même à se développer, et à mettre en avant des thématiques intéressantes.
En particulier l’utilisation des animaux de laboratoire (et les mauvais traitements qu’on leur inflige), l’utilisation d’animaux pour en faire des armes (ici deux chiens, un chat et un lapin, mais dans les années 1970 en pleine guerre froide, on avait bien dressé des dauphins pour placer des mines – et cela n’a sans doute jamais cessé). Une réflexion aussi sur les armes « non humaines » qui fait réfléchir à l’heure où l’intelligence artificielle est utilisée sans trop de filtre (voir ce qui se passe à Gaza).
Mon seul reproche, c’est justement le manque de développement de l’histoire, des personnages (en particulier la « dresseuse », mais aussi les « méchants du gouvernement). On aurait assez facilement pu faire un diptyque sur la trame de départ.
Mais ça reste une lecture agréable.
Parce que son génie visionnaire est à l’origine d'une certaine vision de l’informatique et du principe d’une Intelligence Artificielle (d’une machine qui apprendrait de ses erreurs), parce que son rôle dans le décryptage d’Enigma durant la seconde guerre mondiale en a fait un personnage romanesque, parce que sa condamnation pour homosexualité (et le traitement auquel il sera soumis ensuite et qui le détruira) nous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps encore l’homosexualité était considérée comme un crime dans certains pays d’Europe occidentale, pour toutes ces raisons, Alan Turing est aujourd’hui connu du grand public.
Cette biographie nous permet d’un peu plus connaître l’homme derrière son œuvre. Pour ce faire, les auteurs optent pour un récit à trois facettes. La première est le procès pour homosexualité auquel est soumis Turing. Ce procès permet aux auteurs de plonger Turing dans ses pensées, se remémorant les moments marquants de son existence. Le procédé est simple et efficace. Surtout, il crée une connivence entre le lecteur et Turing, qui se dévoile ainsi fragile et maladroit tout autant que génial. Le deuxième volet découle directement du premier puisque lorsqu’Alan Turing se recroqueville dans ses pensées, c’est toute sa trajectoire qui nous est racontée, depuis sa jeunesse jusqu’à l’après seconde guerre mondiale. Derrière l’homme, nous découvrons ainsi les faits qui l’ont amené à être qui il était. Enfin, troisième volet, des passages oniriques nous plongent dans les rêves cauchemardesques de Turing et dans son subconscient. C’est clairement la partie que j’ai le moins aimée, ne comprenant pas toujours où les auteurs voulaient en venir. Heureusement, ces derniers passages sont courts et se lisent vite.
Le dessin d’Aleksi Cavaillez, en noir et blanc, est agréable à lire. Son trait épais et charbonneux bénéficie de suffisamment d’espace pour garder une belle lisibilité. Le découpage aéré favorise une lecture fluide et relativement rapide d’un livre qui compte tout de même plus de 250 pages.
Le scénario est bien pensé et nous permet de découvrir et la vie et la personnalité d’Alan Turing. Le portrait est touchant. Les données techniques (notamment lorsque Turing explique la technique du décryptage d’Enigma) ne sont pas toujours évidentes à suivre mais elles mettent en évidence le génie et les qualités intuitives de Turing.
Au final, j’ai bien aimé cette lecture, même si elle reste une ‘simple’ biographie, car elle révèle autant l’homme que son œuvre… et parce que cet homme était complexe, touchant et passionné.
C'est le premier ouvrage du duo Brubaker/Phillips que je lis. J'y ai trouvé une grosse maîtrise à la fois dans le scénario et surtout dans le graphisme.
Le scénario de Brubaker est à la fois limpide et énigmatique. C'est limpide car un personnage qui est entrainé dans une suite d'événements dramatiques à la suite d'une usurpation d'identité est un classique.
Le personnage de Rainer est plus énigmatique dans ses motivations à s'adjoindre à s'adjoindre un tel complice. Brubaker parsème son histoire d'indices qui donnent du sens mais je trouve le final vraiment décevant. L'histoire est bien construite mais il manque une touche de vulnérabilité à Griffin/Webb pour y croire vraiment. Ainsi le personnage principal m'a surtout laissé indifférent puisqu'aucun de ses actes criminels n'avait de conséquence sur le récit ou sur sa personnalité.
Par contre j'ai trouvé le graphisme de Phillips excellent. Les détails extérieurs et des personnages sont très bien travaillés avec beaucoup de soins. L'ambiance nocturne (Paris ?) donne une belle atmosphère pour initiés fortunés. Le découpage est très moderne et dynamique. L'auteur reste à la porte des situations violentes ou sexuelles ce qui rend l'ambiance bien plus séduisante et piquante.
Une bonne lecture divertissante mais il manque un quelque chose au personnage central pour la rendre plus attractive. Un bon 3
En commençant ma lecture, j’ai rapidement eu le sentiment que ça allait être pas mal mais sans plus. Le dessin me plaisait bien, la narration était fluide malgré quelques difficultés à suivre les sauts temporels, ça se lisait donc sans déplaisir… mais il me manquait quelque chose : de la tension, un intérêt autre que cette simple évocation historique. En fait, je ne voyais pas vraiment ce qui avait poussé les auteurs à nous raconter cette histoire.
Progressivement, mon opinion a changé et au plus la relation entre Truman Capote et Perry Smith évolue, au plus l’écrivain dévoile sa face sombre de manipulateur narcissique, au plus l’écriture de son livre l’obsède, le laissant finalement vidé (il ne terminera plus aucun livre après celui-ci), au plus j’ai été pris par ma lecture.
Je sors donc de ma lecture avec un sentiment positif. Il ne s’agit pas d’une grande œuvre ni d’un récit bouleversant mais il permet de découvrir la personnalité ambigüe de Truman Capote tout en illustrant avec talent une époque et un milieu qui restent charismatiques. Les nombreux sauts temporels qui m’avaient gêné au début de ma lecture n’ont pas constitué des obstacles bien longtemps car il est facile de différencier les époques, la narration étant très claire et les codes graphiques aidant à la distinction des époques.
Les supercriminels s'invitent sous nos fenêtres
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Ce tome comprend les 6 épisodes de la minisérie parue en 2008, écrite par Mark Millar et illustrée par Tommy Lee Edwards.
La première page présente un dessinateur à sa table de travail et une personne en train de lui parler derrière, les 2 sont mangés par l'ombre, mais le commentaire indique clairement qu'il s'agit de Stan Lee et Jack Kirby et que la scène se passe en 1961. Les 2 pages suivantes évoquent un moment clef de Les Guerres Secrètes. Un gérant de boutique de comics est en train de faire l'article au jeune Toby Goodman, la scène se passe en 1985. Un autre employé de la boutique peste contre la prédominance des superhéros dans les comics et estime que Toby aurait beaucoup à gagner à découvrir Cerebus ou Love and Rockets.
Les parents de Toby sont divorcés, il ne s'entend pas particulièrement bien avec son beau-père et sa passion pour les comics le rend étrange aux yeux de ses camarades de classe. L'histoire se déroule donc dans un univers qui pourrait être le notre, et dans lequel les personnages Marvel sont des personnages de bandes dessinées.
Un jour comme un autre, Jerry Goodman (son père biologique) l'emmène faire un tour qui les amène devant une vieille demeure dont les nouveaux propriétaires sont en train d'emménager. Toby croit apercevoir le Red Skull à la fenêtre. Plus tard à la télévision, un journaliste commente une agression qui semble avoir été perpétrée par Vulture (Adrian Toomes, un ennemi de Spiderman). Seul Toby avec sa connaissance des superhéros semble prendre la mesure de ce qui se passe : les supercriminels de la terre 616 ont trouvé une terre sans superhéros où ils vont pouvoir s'épanouir.
Mark Millar aime bien donner le rôle principal aux supercriminels que ce soit dans Wanted, Nemesis, ou des réalités dans lesquelles ils ont gagné comme dans Old Man Logan. Ici ils ont la possibilité de mettre à feu et à sang un monde vierge d'ennemis. D'une manière plus inattendue, Millar semble évoquer ses propres souvenirs de lecteur de comics. Je dis "semble" parce qu'il prend bien soin de situer l'action aux États-Unis et qu'il dépeint des ambiances typiquement américaines (alors qu'il est écossais).
Le vrai héros de ce récit est donc bien Toby Goodman et le thème majeur est celui du souvenir des plaisirs engendrés par la lecture des aventures des superhéros Marvel. Je ne me suis retrouvé que pour partie dans cette évocation qui sonne juste, mais qui manque de profondeur émotionnelle.
Et puis il y a le reste de l'histoire où Toby essaye de trouver comment agir pour sauver la bourgade où il habite et qui est mise à feu et à sang par les supercriminels. Millar a concocté un scénario prenant avec une aventure à grand spectacle qui repose sur des personnages qui se réduisent à 2 ou 3 traits de caractère maximum. Les supercriminels en question n'ont aucune personnalité. Millar a 2 bonnes idées : il n'y a personne de leur catégorie pour s'opposer à eux, et quand il se déchaîne les destructions sur notre réalité sont terrifiantes.
Cette histoire bénéficie de la mise en en images très personnelle de Tommy Lee Edwards (il avait déjà illustré Bullet Points sur un scénario de JM Straczynski, en anglais). Il utilise un style à l'encrage assez épais, et aux contours un peu rugueux. Ce style lui permet de privilégier les ambiances et les émotions, plutôt que la précision maniaque des différents éléments. le résultat demande un petit temps d'adaptation car il est très éloigné des rondeurs et de l'esthétisme des comics.
Par contre, il permet de donner une densité particulière à ces aventures qui se déroulent dans un monde proche de notre réalité, et éloigné du monde habituel des superhéros. Ce style un peu esquissé permet également de bien saisir l'horreur des crimes, je pense en particulier à Wendigo tenant une tête arrachée et encore sanguinolente dans sa main (épisode 5). Il arrive même à rendre Vulture terrifiant, ce qui n'est pas si facile que ça.
Tommy Lee Edwards utilise une mise en pages simple (que des rectangles) avec un faible nombre de cases par page (entre 3 et 5 en moyenne) et des pleines pages régulières. Ses décors sont remarquables tout au long des 6 épisodes qu'il s'agisse de la première vue de la demeure de Clyde Wyncham, l'hôpital où il séjourne, l'étang dans lequel s'enfoncent des habitants de la bourgade, etc.
Edwards crée des endroits plein de caractère et de spécificités qui les rendent uniques et intéressants. Enfin, il effectue un travail particulier sur les couleurs. Il évite les couleurs trop vives (sauf pour les supercriminels) et il donne une texture à chaque surface, chaque objet, chaque vêtement en y incluant une variation de teintes.
Cette histoire repose sur des idées de départ intéressantes et très accrocheuses, avec de superbes illustrations. Comme souvent dans les récits de Millar, je n'ai éprouvé que peu d'empathie pour les personnages qui me semblent avoir du mal à exister en tant qu'individus au delà des codes narratifs ordinaires et basiques de ce type de récit. C'est même assez frustrant car il propose un point de départ original et plein de promesses qu'il développe de manière intelligente dans un récit bien construit.
Mais le manque de profondeur psychologique du récit m'a empêché de me sentir impliqué émotionnellement. Pour les fans, il convient d'indiquer que Clyde Wyncham a fait des apparitions supplémentaires dans l'univers Marvel classique (Terre 616) dans les Fantastic Four de Millar et dans le futur dystopien de Old Man Logan.
2.5
Une BD pratiquement muette (il y a du texte dans la seconde partie pour qu'on comprenne bien ce qui se passe entre Bix Beiderbecke et la femme qu'il aime) sur un chanteur de jazz que je ne connaissais pas et qui semble avoir lu une influence sur cette musique.
Heureusement qu'il y avait un texte au début pour nous en apprendre un peu sur ce musicien parce qu'au final on n’apprend pas grand chose sur lui durant la BD. En faites si, on apprend des choses, mais vu que c'est la plupart du temps muet on ne fait qu'au final survoler sa vie. Ce qui n'aide pas est que la vie de Beiderbecke est final un peu banal: il est doué pour la musique, lorsque ses notes scolaires commencent à baiser son père est furieux et ne voit pas d'un bon œil l'influence du jazz sur son fils, notre artiste finit par avoir du succès, mais son alcoolisme va le détruire, etc et etc. J
J'ai pas du tout compris comment il est devenu aussi connu et pourquoi s'est une influence dans le monde du jazz. J'ai pratiquement eu l'impression qu'il fallait déjà connaitre la vie de ce type pour bien apprécier ce comics. Malgré tout, cela se laisse lire car l'auteur a un bon dessin et une bonne mise en scène. C'est juste que cela ne m’ait pas laissé une grande impression et je vais surement oublier ce one-shot d'ici quelques temps.
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Le Voyage de Pistil
J'ai trouvé cette lecture pour la jeunesse sympa mais je n'ai pas réussi à vibrer outre mesure. Marco Paschetta nous offre un récit initiatique assez classique autour des valeurs d'amitié, d'entraide et de découverte du monde. L'auteur introduit une touche écologique avec la perturbation des écosystèmes à la suite des activités humaines. La scène du petit garçon est un message limpide aux plus jeunes de respecter la vie qui nous environne. L'auteur n'élude pas côté naturellement "cruel" en faisant intervenir des carnivores sans pour autant porter de jugement. Le récit est fluide et bien adapté pour des lecteurs et lectrices débutant(e)s. J'ai moins accroché sur le graphisme qui verse un peu trop dans un onirisme froid. Toutefois la construction est moderne et originale loin des standards vus mille fois. Une bonne lecture pour les plus jeunes.
L'Étrange Cas Barbora Š.
J'avais lu un peu sur le cas de Barbora sur un forum reddit consacré au crime et ça soit être un des cas les plus étranges que j'ai lu de ma vie. C'est vraiment le genre de truc que si un auteur avait imaginé ça pour une fiction, j'aurais trouvé que c'est tiré par les cheveux, mais non c'est vraiment arrivé ! Les auteurs présent le cas au travers d'une journaliste qui enquête sur le cas. Je comprends que c'est pour rendre la narration excitante, mais le problème c'est qu'au final je ne savais pas trop ce qui était vraiment vrai, de la fiction ou juste de la spéculation de la part des auteurs. Et comme ils ont virés les deux garçons victimes de sévissent de la part de leur mère complétement sur le contrôle de Barbora de (je comprends ce choix) il y a déjà dès le départ des informations qui ne sont pas incus dans le livre. Il faut dire que le cas lui-même est tellement hors de l'ordinaire et qu'il y a tellement de gens qui seraient peut-être impliqué dans les étranges agissements de Barbora et de sa complice que c'est facile de s'y perdre. Les motivations des protagonistes sortent vraiment de l'ordinaire et la mère est une des personnes les plus connes que j'ai vu de ma vie. Je pensais que j'aillais lire un résume facile à comprendre sur l'affaire et ça n'a pas trop été le cas.
Stray dogs
Un thriller original vu que c'est une histoire de tueur en série vu du points de vues des chiens des femmes que le tueur tuent et qu'ils emmènent ensuite chez lui. Le scénario est bien fait même si je trouve qu'il y a un peu de facilité dans le scénario. Je peux comprendre que les chiens ont des problèmes de mémoires à court terme, mais là on dirait carrément qu'ils oublient leurs anciennes maitresses la minute qu'elles se font tuer (et en passant aucun des chiens ne réagissent trop s'ils sont présents sur les lieux du meurtre, bravo pour le travail de chien de gardes). Je peux comprendre pour ceux qui étaient des chiots, mais là certains sont clairement des adultes lorsque les gros changements dans leurs vies sont survenues. Malgré cela j'ai trouvé que le scénario était captivant. Je voulais absolument savoir ce qui allait se passer ensuite, surtout qu'il y a quelques surprises dans le scénario. En plus, le dessin mignon qui semble sortir d'une série pour enfant donne une atmosphère différente des autres thrillers. Malheureusement, la dernière partie s'arrête un peu subitement sans qu'on ait des réponses à toutes les questions. Même si on peut s'imaginer facilement les réponses, c'est un peu frustrant que ça se termine comme ça. C'est encore un polar/thriller qui est excellent durant une bonne partie et qui finit par s'écrouler à la fin. Cela reste à lire pour les amateurs du genre.
Chrononauts
Avis pour le premier tome - Voyages dans le temps pour touristes - Ce tome constitue une histoire complète et indépendante de toute autre. Il contient les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2015, écrits par Mark Millar, dessinés et encrés par Sean Murphy, avec une mise en couleurs de Matt Hollingsworth. De nos jours, dans le sud-est de la Turquie, un guide amène Corbin Quinn dans une excavation archéologique, où se trouve un avion de chasse F-14 Tomcat, en bon état de conservation. de retour à son complexe scientifique au Texas, il explique sa trouvaille à son collègue Danny Reilly. Quelques temps plus tard, leur équipe projet réussit à envoyer une sonde spatiale à la bataille de Gettysburg en 1863. Tous les téléspectateurs pleurent en voyant un jeune garçon battre le tambour sur le champ de bataille. La suite s'annonce comme une certitude : Corbin Quinn et Danny Rilley seront les premiers êtres humains à voyager dans le temps. Depuis la création du label Millarwolrd, le scénariste Mark Millar enchaîne les projets de comics, prévendus pour l'industrie du cinéma, avec des dessinateurs top niveau. Il est difficile pour le lecteur de bouder son plaisir à l'idée de lire un comics bien dessiné (l'artiste ayant disposé du temps nécessaire pour peaufiner ses planches), avec un scénario comprenant plusieurs bonnes idées. Impossible de résister à l'attrait d'un comics dessiné par Sean Murphy, l'auteur de Punk Rock Jesus, ou encore le dessinateur de Joe the Barbarian avec Grant Morrison, ou de The Wake avec Scott Snyder. Comme sur du velours, Mark Millar a encore concocté un début de récit endiablé : c'est parti pour des voyages dans le temps. L'histoire tient en 4 épisodes, c'est-à-dire que le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer. le récit est mené tambour battant, la conclusion arrive pour amener une clôture nette et sans bavure (même si les auteurs ne s'interdisent pas d'écrire un deuxième tome). Sans surprise encore, le scénariste a choisi de mettre en scène 2 héros blancs, sans problèmes financiers, sans rôle féminin important. On est dans de la littérature pour jeune adolescent mâle, ou pour adulescent, du pur divertissement (il ne suffit pas de baptiser la sonde temporel Mark Twain), pour prétendre à la littérature. Millar met à profit son point de départ (pas si original que ça) pour jouer avec différentes époques. Par exemple, un personnage va recruter des soldats en 812 en Norvège, en -43 à Spartes, en 1916 en France, et en -225 à Tome. Tout ça tient sur une page, à raison d'une case par époque visitée. le lecteur n'a donc pas à craindre la leçon d'histoire, il s'agit d'un récit entièrement consacré à l'aventure et à l'action. En scénariste malin et aguerri, Millar prend soin de flatter son lectorat américain : la première scène de voyage dans le temps est donc pour la bataille de Gettysburg (mais d'un autre côté, cela se justifie par le fait qu'il s'agit d'un projet financé et réalisé par les États-Unis). La caméra temporelle ne manque pas d'immortaliser la présence d'un enfant soldat avec son tambour (larmichette et nostalgie assurées pour cette évocation historique). En tous les cas, il prend également soin de raconter une histoire avant tout visuelle. Effectivement, Sean Murphy a tout le loisir de s'en donner à cœur joie. le lecteur retrouve son habitude de dessiner des nez un peu pointus (c'est moins systématique que dans ses précédents travaux, ça dépend des personnages), de rajouter des petits traits secs sur les visages et sur quelques surfaces, pour figurer les textures, et donner l'impression que les émotions irradient des visages. Il voit avec plaisir que les personnages sourient régulièrement, montrant ainsi leur satisfaction sur leur situation, le contentement de voir leurs efforts récompensés, ou l'anticipation des résultats de leurs actions plus ou moins facétieuses. Les divers rebondissements et sauts dans le temps offrent au dessinateur des occasions multiples de se lâcher, et Sean Murphy est à chaque fois au rendez-vous. le premier visuel qui décoiffe montre le chasseur F-14 Tomcat, avec une perspective ambitieuse, et un niveau de détails remarquables. Les 3 cases consacrées à la bataille de Gettysburg sont un peu moins estomaquantes dans la mesure, où Murphy s'en tient aux compositions habituelles sur le sujet : les soldats au bivouac (belle authenticité des uniformes, des armes et des ustensiles), une scène de charge, et la vue sur l'enfant tambour. La narration visuelle monte de plusieurs crans en intensité, avec l'arrivée à Samarkand en 1504 : Danny Reilly apparaît juste devant la charge d'une cavalerie. Sean Murphy réalise un dessin occupant une double page plaçant le personnage (et le lecteur) juste sur le passage de dizaines de cavaliers bien armés, avec leurs armures, et plein d'entrain. La scène est spectaculaire à souhait, avec un dynamisme renforcé par un point de fuite savamment positionné. En outre, il ne manque pas un détail aux armures, ou aux harnachements des montures. Pour l'arrivée à Samarkand même, l'artiste dessine une vue du ciel permettant de se délecter de l'architecture de la ville de ses ornements, et des costumes de ses habitants. Il ne s'agit pas d'éventer toutes les surprises (et elles sont nombreuses) contenues dans le récit. Un seul exemple supplémentaire : lors de 2 séquences, Corbin Quinn et Danny Reilly se déplacent dans une immense demeure à New York en 1929. le lecteur laisse son regard se promener sur l'incroyable façade de la bâtisse, il observe avec curiosité les décorations intérieures, il apprécie la sophistication des tenues de soirée. Il sourit devant la pièce secrète parfaitement intégrée à l'aménagement, et son sourire s'agrandit lorsqu'il comprend quelle est son usage. Tout au long de ces 4 épisodes, Sean Murphy s'est amusé comme un gosse à donner vie à ces endroits mythiques, à représenter les costumes avec précision, à sculpter les décors avec relief, à insuffler du mouvement dans les personnages le lecteur en prend plein les yeux, sans impression d'agressivité, avec des personnages souvent aimables. Il est impossible de bouder son plaisir devant un tel spectacle sans cesse renouvelé. Mais c'est aussi un peu la limite de ce récit. Du fait du format court, les auteurs en sont réduits à s'en tenir à de brèves évocations, soit de lieux ou de faits historiques, soit des figures historiques comme Norma Jean (une brève apparition avant qu'elle ne se fasse appeler Marylin Monroe) ou Steven Patrick Morrissey (Moz, dans une séquence très drôle). D'un côté le lecteur constate que Mark Millar sait de quoi il parle ; de l'autre il est évident qu'il s'agit de figuration de luxe, sans conséquence faute de place dans ce récit ramassé. Il devient alors difficile de se débarrasser de l'impression que le scénariste case ces références pour prouver que son récit se prête à toute sorte de clins d’œil, et donc que cette trame peut être développée jusqu' à en devenir un film, ou pourquoi par une série télévisuelle (il y a même un dinosaure). L'intrigue présente un autre aspect qui empêche de prendre cette aventure grand spectacle, au sérieux. Mark Millar joue donc avec les voyages dans le temps. Très vite, il montre qu'il a choisi l'option que les interventions faites dans le passé par les 2 aventuriers n'ont aucune conséquence sur le présent. C'est l'une des règles du jeu possibles pour les voyages dans le temps. Très vite, il s'agit pour l'un des personnages de remonter dans le temps pour empêcher un autre de commettre l'irréparable. Déjà cette notion d'irréparable devient relative, voire idiote, si les actes commis dans le passé n'ont pas de conséquence dans le présent. Mais, en plus, si l'agent intervient à une date (au pif : en mars d'une année) et qu'il échoue dans sa mission, il lui suffit de recommencer quelques jours ou semaines plutôt, avec la connaissance de ce qui va se passer par la suite (c'est-à-dire en janvier ou février de la même année). Il n'a même pas besoin de se presser puisqu'il peut se déplacer dans le temps à sa guise. Millar insiste bien sur ce dernier point, en montrant même un personnage à deux endroits différents, à une même date. du coup le lecteur éprouve quelques difficultés à prendre cette histoire au sérieux. Comme la couverture l'indique, ce récit complet met en jeu des voyages dans le temps. Mark Millar a imaginé une histoire ramassé (en 4 épisodes) jouant avec les époques, pour des mélanges amusants et divertissants. Sean Murphy est le dessinateur de la situation, ne ménageant pas sa peine pour montrer au mieux les lieux, les personnages et les époques, au lecteur. le taux de divertissement est élevé, un peu obéré par l'usage primaire des voyages dans le temps, tout paradoxe temporel étant ignoré, jusqu'à aboutir à une logique trop mise à mal. Ce recueil se lit aussi 2 fois plus vite qu'un comics de superhéros de même pagination.
NOU3 (WE3)
Un petit album sympathique, vite lu (l’histoire est vraiment très courte, il n’y a pas beaucoup de texte). Mais en peu de temps, l’intrigue arrive quand même à se développer, et à mettre en avant des thématiques intéressantes. En particulier l’utilisation des animaux de laboratoire (et les mauvais traitements qu’on leur inflige), l’utilisation d’animaux pour en faire des armes (ici deux chiens, un chat et un lapin, mais dans les années 1970 en pleine guerre froide, on avait bien dressé des dauphins pour placer des mines – et cela n’a sans doute jamais cessé). Une réflexion aussi sur les armes « non humaines » qui fait réfléchir à l’heure où l’intelligence artificielle est utilisée sans trop de filtre (voir ce qui se passe à Gaza). Mon seul reproche, c’est justement le manque de développement de l’histoire, des personnages (en particulier la « dresseuse », mais aussi les « méchants du gouvernement). On aurait assez facilement pu faire un diptyque sur la trame de départ. Mais ça reste une lecture agréable.
Alan Turing
Parce que son génie visionnaire est à l’origine d'une certaine vision de l’informatique et du principe d’une Intelligence Artificielle (d’une machine qui apprendrait de ses erreurs), parce que son rôle dans le décryptage d’Enigma durant la seconde guerre mondiale en a fait un personnage romanesque, parce que sa condamnation pour homosexualité (et le traitement auquel il sera soumis ensuite et qui le détruira) nous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps encore l’homosexualité était considérée comme un crime dans certains pays d’Europe occidentale, pour toutes ces raisons, Alan Turing est aujourd’hui connu du grand public. Cette biographie nous permet d’un peu plus connaître l’homme derrière son œuvre. Pour ce faire, les auteurs optent pour un récit à trois facettes. La première est le procès pour homosexualité auquel est soumis Turing. Ce procès permet aux auteurs de plonger Turing dans ses pensées, se remémorant les moments marquants de son existence. Le procédé est simple et efficace. Surtout, il crée une connivence entre le lecteur et Turing, qui se dévoile ainsi fragile et maladroit tout autant que génial. Le deuxième volet découle directement du premier puisque lorsqu’Alan Turing se recroqueville dans ses pensées, c’est toute sa trajectoire qui nous est racontée, depuis sa jeunesse jusqu’à l’après seconde guerre mondiale. Derrière l’homme, nous découvrons ainsi les faits qui l’ont amené à être qui il était. Enfin, troisième volet, des passages oniriques nous plongent dans les rêves cauchemardesques de Turing et dans son subconscient. C’est clairement la partie que j’ai le moins aimée, ne comprenant pas toujours où les auteurs voulaient en venir. Heureusement, ces derniers passages sont courts et se lisent vite. Le dessin d’Aleksi Cavaillez, en noir et blanc, est agréable à lire. Son trait épais et charbonneux bénéficie de suffisamment d’espace pour garder une belle lisibilité. Le découpage aéré favorise une lecture fluide et relativement rapide d’un livre qui compte tout de même plus de 250 pages. Le scénario est bien pensé et nous permet de découvrir et la vie et la personnalité d’Alan Turing. Le portrait est touchant. Les données techniques (notamment lorsque Turing explique la technique du décryptage d’Enigma) ne sont pas toujours évidentes à suivre mais elles mettent en évidence le génie et les qualités intuitives de Turing. Au final, j’ai bien aimé cette lecture, même si elle reste une ‘simple’ biographie, car elle révèle autant l’homme que son œuvre… et parce que cet homme était complexe, touchant et passionné.
Night Fever
C'est le premier ouvrage du duo Brubaker/Phillips que je lis. J'y ai trouvé une grosse maîtrise à la fois dans le scénario et surtout dans le graphisme. Le scénario de Brubaker est à la fois limpide et énigmatique. C'est limpide car un personnage qui est entrainé dans une suite d'événements dramatiques à la suite d'une usurpation d'identité est un classique. Le personnage de Rainer est plus énigmatique dans ses motivations à s'adjoindre à s'adjoindre un tel complice. Brubaker parsème son histoire d'indices qui donnent du sens mais je trouve le final vraiment décevant. L'histoire est bien construite mais il manque une touche de vulnérabilité à Griffin/Webb pour y croire vraiment. Ainsi le personnage principal m'a surtout laissé indifférent puisqu'aucun de ses actes criminels n'avait de conséquence sur le récit ou sur sa personnalité. Par contre j'ai trouvé le graphisme de Phillips excellent. Les détails extérieurs et des personnages sont très bien travaillés avec beaucoup de soins. L'ambiance nocturne (Paris ?) donne une belle atmosphère pour initiés fortunés. Le découpage est très moderne et dynamique. L'auteur reste à la porte des situations violentes ou sexuelles ce qui rend l'ambiance bien plus séduisante et piquante. Une bonne lecture divertissante mais il manque un quelque chose au personnage central pour la rendre plus attractive. Un bon 3
Truman Capote - Retour à Garden City
En commençant ma lecture, j’ai rapidement eu le sentiment que ça allait être pas mal mais sans plus. Le dessin me plaisait bien, la narration était fluide malgré quelques difficultés à suivre les sauts temporels, ça se lisait donc sans déplaisir… mais il me manquait quelque chose : de la tension, un intérêt autre que cette simple évocation historique. En fait, je ne voyais pas vraiment ce qui avait poussé les auteurs à nous raconter cette histoire. Progressivement, mon opinion a changé et au plus la relation entre Truman Capote et Perry Smith évolue, au plus l’écrivain dévoile sa face sombre de manipulateur narcissique, au plus l’écriture de son livre l’obsède, le laissant finalement vidé (il ne terminera plus aucun livre après celui-ci), au plus j’ai été pris par ma lecture. Je sors donc de ma lecture avec un sentiment positif. Il ne s’agit pas d’une grande œuvre ni d’un récit bouleversant mais il permet de découvrir la personnalité ambigüe de Truman Capote tout en illustrant avec talent une époque et un milieu qui restent charismatiques. Les nombreux sauts temporels qui m’avaient gêné au début de ma lecture n’ont pas constitué des obstacles bien longtemps car il est facile de différencier les époques, la narration étant très claire et les codes graphiques aidant à la distinction des époques.
1985 - Visiteurs
Les supercriminels s'invitent sous nos fenêtres . - Ce tome comprend les 6 épisodes de la minisérie parue en 2008, écrite par Mark Millar et illustrée par Tommy Lee Edwards. La première page présente un dessinateur à sa table de travail et une personne en train de lui parler derrière, les 2 sont mangés par l'ombre, mais le commentaire indique clairement qu'il s'agit de Stan Lee et Jack Kirby et que la scène se passe en 1961. Les 2 pages suivantes évoquent un moment clef de Les Guerres Secrètes. Un gérant de boutique de comics est en train de faire l'article au jeune Toby Goodman, la scène se passe en 1985. Un autre employé de la boutique peste contre la prédominance des superhéros dans les comics et estime que Toby aurait beaucoup à gagner à découvrir Cerebus ou Love and Rockets. Les parents de Toby sont divorcés, il ne s'entend pas particulièrement bien avec son beau-père et sa passion pour les comics le rend étrange aux yeux de ses camarades de classe. L'histoire se déroule donc dans un univers qui pourrait être le notre, et dans lequel les personnages Marvel sont des personnages de bandes dessinées. Un jour comme un autre, Jerry Goodman (son père biologique) l'emmène faire un tour qui les amène devant une vieille demeure dont les nouveaux propriétaires sont en train d'emménager. Toby croit apercevoir le Red Skull à la fenêtre. Plus tard à la télévision, un journaliste commente une agression qui semble avoir été perpétrée par Vulture (Adrian Toomes, un ennemi de Spiderman). Seul Toby avec sa connaissance des superhéros semble prendre la mesure de ce qui se passe : les supercriminels de la terre 616 ont trouvé une terre sans superhéros où ils vont pouvoir s'épanouir. Mark Millar aime bien donner le rôle principal aux supercriminels que ce soit dans Wanted, Nemesis, ou des réalités dans lesquelles ils ont gagné comme dans Old Man Logan. Ici ils ont la possibilité de mettre à feu et à sang un monde vierge d'ennemis. D'une manière plus inattendue, Millar semble évoquer ses propres souvenirs de lecteur de comics. Je dis "semble" parce qu'il prend bien soin de situer l'action aux États-Unis et qu'il dépeint des ambiances typiquement américaines (alors qu'il est écossais). Le vrai héros de ce récit est donc bien Toby Goodman et le thème majeur est celui du souvenir des plaisirs engendrés par la lecture des aventures des superhéros Marvel. Je ne me suis retrouvé que pour partie dans cette évocation qui sonne juste, mais qui manque de profondeur émotionnelle. Et puis il y a le reste de l'histoire où Toby essaye de trouver comment agir pour sauver la bourgade où il habite et qui est mise à feu et à sang par les supercriminels. Millar a concocté un scénario prenant avec une aventure à grand spectacle qui repose sur des personnages qui se réduisent à 2 ou 3 traits de caractère maximum. Les supercriminels en question n'ont aucune personnalité. Millar a 2 bonnes idées : il n'y a personne de leur catégorie pour s'opposer à eux, et quand il se déchaîne les destructions sur notre réalité sont terrifiantes. Cette histoire bénéficie de la mise en en images très personnelle de Tommy Lee Edwards (il avait déjà illustré Bullet Points sur un scénario de JM Straczynski, en anglais). Il utilise un style à l'encrage assez épais, et aux contours un peu rugueux. Ce style lui permet de privilégier les ambiances et les émotions, plutôt que la précision maniaque des différents éléments. le résultat demande un petit temps d'adaptation car il est très éloigné des rondeurs et de l'esthétisme des comics. Par contre, il permet de donner une densité particulière à ces aventures qui se déroulent dans un monde proche de notre réalité, et éloigné du monde habituel des superhéros. Ce style un peu esquissé permet également de bien saisir l'horreur des crimes, je pense en particulier à Wendigo tenant une tête arrachée et encore sanguinolente dans sa main (épisode 5). Il arrive même à rendre Vulture terrifiant, ce qui n'est pas si facile que ça. Tommy Lee Edwards utilise une mise en pages simple (que des rectangles) avec un faible nombre de cases par page (entre 3 et 5 en moyenne) et des pleines pages régulières. Ses décors sont remarquables tout au long des 6 épisodes qu'il s'agisse de la première vue de la demeure de Clyde Wyncham, l'hôpital où il séjourne, l'étang dans lequel s'enfoncent des habitants de la bourgade, etc. Edwards crée des endroits plein de caractère et de spécificités qui les rendent uniques et intéressants. Enfin, il effectue un travail particulier sur les couleurs. Il évite les couleurs trop vives (sauf pour les supercriminels) et il donne une texture à chaque surface, chaque objet, chaque vêtement en y incluant une variation de teintes. Cette histoire repose sur des idées de départ intéressantes et très accrocheuses, avec de superbes illustrations. Comme souvent dans les récits de Millar, je n'ai éprouvé que peu d'empathie pour les personnages qui me semblent avoir du mal à exister en tant qu'individus au delà des codes narratifs ordinaires et basiques de ce type de récit. C'est même assez frustrant car il propose un point de départ original et plein de promesses qu'il développe de manière intelligente dans un récit bien construit. Mais le manque de profondeur psychologique du récit m'a empêché de me sentir impliqué émotionnellement. Pour les fans, il convient d'indiquer que Clyde Wyncham a fait des apparitions supplémentaires dans l'univers Marvel classique (Terre 616) dans les Fantastic Four de Millar et dans le futur dystopien de Old Man Logan.
Bix
2.5 Une BD pratiquement muette (il y a du texte dans la seconde partie pour qu'on comprenne bien ce qui se passe entre Bix Beiderbecke et la femme qu'il aime) sur un chanteur de jazz que je ne connaissais pas et qui semble avoir lu une influence sur cette musique. Heureusement qu'il y avait un texte au début pour nous en apprendre un peu sur ce musicien parce qu'au final on n’apprend pas grand chose sur lui durant la BD. En faites si, on apprend des choses, mais vu que c'est la plupart du temps muet on ne fait qu'au final survoler sa vie. Ce qui n'aide pas est que la vie de Beiderbecke est final un peu banal: il est doué pour la musique, lorsque ses notes scolaires commencent à baiser son père est furieux et ne voit pas d'un bon œil l'influence du jazz sur son fils, notre artiste finit par avoir du succès, mais son alcoolisme va le détruire, etc et etc. J J'ai pas du tout compris comment il est devenu aussi connu et pourquoi s'est une influence dans le monde du jazz. J'ai pratiquement eu l'impression qu'il fallait déjà connaitre la vie de ce type pour bien apprécier ce comics. Malgré tout, cela se laisse lire car l'auteur a un bon dessin et une bonne mise en scène. C'est juste que cela ne m’ait pas laissé une grande impression et je vais surement oublier ce one-shot d'ici quelques temps.