Une petite déception.
Certes, c'est une BD pour jeune public, mais j'en attendais plus quand même.
Le moyen-age, un temps où il ne fait pas bon être différent, c'est le cas de ce petit garçon : Martino, il est albinos. L'Église l'accusera de tous les maux qui affectent le village. Il va trouver refuge au milieu de la forêt chez une sorcière, la jolie Viviana et un lien fort va se tisser entre ces deux êtres rejetés.
Un récit sur les différences (dont la transidentité), le rejet et l'acceptation de soi. Mais un récit très (trop) léger, les bons sentiments sont de mise, les enchaînements des péripéties de Martino sont prévisibles et les thèmes ne sont traités que superficiellement. Ça manque de moelle et c'est un peu tiré par les cheveux.
La narration alerte permet de ne pas s'ennuyer, la lecture est rapide.
Visuellement, un beau rendu avec ce trait précis et lisible, dans un style jeunesse. Les couleurs sont belles et la mise en page est classique.
J'ai bien aimé.
Un album avant tout pour les 10/13 ans.
Voilà un album difficile à noter...
Ce serait mentir de dire que je ne me suis pas ennuyée en le lisant. J’ai dû m’y reprendre à 3 ou 4 fois étalées sur une bonne semaine pour venir à bout de ma lecture. Il faut dire qu’il ne se passe pas grand-chose dans cette BD, il s’agit essentiellement de suivre les déambulations du personnage principal qui cherche à cartographier le quartier d’Edo. C’est lent, très lent. C’est très contemplatif. Il est donc très facile de tomber dans l’ennui, et de se désintéresser de cet album.
Mais malgré cela, Taniguchi a un immense talent pour poser les décors, faire ressentir les atmosphères, initier des rencontres poétiques. La magie n’est jamais bien loin, et à de nombreux moments le charme opère. En fin de compte, ce fut une lecture plutôt plaisante, agréable, comme une promenade printanière.
C’est clairement un album qu’il faut aborder en ayant à l’esprit qu’il ne s’y passe pas grand-chose, juste avec l’envie de se promener aux côtés du cartographe, et découvrir cette atmosphère du Japon du XIXe siècle.
C’est du feel good parfois un peu trop sirupeux (affaire de goûts certainement pour cette remarque), mais qui se laisse quand même lire très agréablement.
Si l’histoire commence par le suicide d’un vieil homme – mort qui alimente une très légère tension à propos de ces éventuelles causes – le reste de l’histoire transpire de la positive attitude, de belles relations entre tous les habitants de l’immeuble dans lequel se déroule la quasi-totalité de l’intrigue. Les rares sources de tensions sont désamorcées (comme lorsqu’il est question de détruire l’immeuble pour une « réhabilitation » du quartier).
Saint-Dizier explique dans un dossier final s’être inspiré du quartier, de l’immeuble de son enfance – et de pas mal de ses anciens voisins de l’époque pour les personnages. En tout cas tout est crédible et vivant, même si on se doute que toutes les cages d’escaliers ne bénéficient pas des mêmes relations apaisées et bienveillantes.
La narration est agréable, aérée, avec un certain nombre de pages muettes. Le dessin de Crosa aide à la fluidité. J’ai bien aimé ce trait plaisant, et cette colorisation elle aussi sympathique. Les pages présentant les différents appartements en coupe sont intéressantes.
Bref, un album vite lu, peut-être trop rempli de bons sentiments ? Je ne sais pas, mais par les temps qui courent, ça ne fait pas de mal.
Le début est intrigant. Une sorte de mélange de La Horde du contrevent et La Route, avec cet homme et ses deux filles, errant, patinant sur la glace d’une longue piste entre deux falaises de glace, dans un univers dangereux, hostile et froid (dans tous les sens du terme !).
Avec une économie de moyens, Lemire – qui décidément a l’imagination fertile ! – réussit à nous faire entrer dans cet univers et cette histoire en partie désespérante. La narration est minimaliste, mais elle nous embarque bien. J’ai juste un peu moins accroché au dernier tiers, qui nous ramène vers quelque chose de trop « commun » en SF (même si Lemire laisse volontairement certaines questions sans réponse). Le relatif happy end est un peu surprenant, il vient un peu à contre-courant d’un récit où le désespoir semblait prendre toute la place.
Le dessin de Jock (dont je découvre ici le travail) accompagne très bien l’histoire de Lemire. Lui aussi montre peu et suggère beaucoup. La noirceur du récit, les étendues neigeuses et glacées des décors, tout ceci est bien rendu.
Une lecture plaisante en tout cas.
Voilà une lecture qui n’est pas vraiment désagréable, mais celle-ci m’a quand même laissé sur ma faim.
Disons que ça se laisse lire. Nous suivons l’évolution des relations – parfois entremêlées – de trois couples (qui chacun représente une génération). C’est du roman graphique classique, qui manque de profondeur et/ou de péripéties.
Pour dynamiser un peu l’intrigue, interviennent au milieu de cette ronde amoureuse les animaux des alentours, qui parlent entre eux, philosophent, commentent ce que font les humains que nous suivons. Ça m’a un peu surpris, et au final je n’ai pas été convaincu par ce mélange des genres. Ça faisait artificiel je trouve.
Une petite déception.
Note réelle 2,5/5.
La Légende de Korra est la suite de la série animée éponyme. Les deux séries (animée comme comics) sont des suites à la série animée Avatar - Le dernier maître de l'air (elle aussi continuée en série de comics prenant donc place dans la même continuité).
Cette suite n'a duré que deux histoires, aux qualités variables.
La première joue, d'une certaine manière, un rôle extradiégétique, à savoir consolider la relation Korra/Asami jetée à la volée du dernier épisode de la série animée, le groupe Nickoledeon faisant visiblement pressions aux créateurs qui voulaient l'implémenter plus tôt. Ce besoin de consolider cette relation à tout prix, même si cela se fait sans subtilité ou que cela s'insère bizarrement, c'est l'erreur fatale de cet album selon moi. J'aime bien ce couple et j'avais sincèrement voulu le voir être développé dans une suite après la série animée, mais j'avoue que là c'est un peu maladroit. J'ai vraiment l'impression de lire la retranscription de post-its des scénaristes qui voulaient absolument que l'on soit bien sûr que l'on comprenne qu'elles sont en couple, qu'elles sont saphiques et tout et tout , ce qui est compréhensible si effectivement ils voulaient canoniser cette relation plus tôt et se lâchent enfin, mais là c'est vraiment surligné au feutre rouge et... bah j'ai pas vraiment l'impression de vivre cette relation avec ces personnages, plutôt de voir une liste de "raisons" pour laquelle elles sont bien ensemble. Alors que j'aime bien le couple !
Bon, la romance est bateau, mais quid du reste de l'album ? L'intrigue tourne autour de triades, d'une guerre de gangs au cœur de la ville. Cela sonne intéressant mais malheureusement je me suis profondément ennuyée. Pour tout dire, ma première lecture m'avait tellement ennuyée par le passé que j'ai redoutée ma relecture pour cet avis (j'ai même lu en diagonale vers la moitié, honte à moi). La romance mal gérée et rythmée c'est dommageable mais pardonnable, le scénario peu palpitant l'est moins. Bon, j'exagère un peu, c'est sans doute très personnel comme ressenti. Mais il n'empêche : je trouve l'histoire moyenne et peu passionnante, donc si je m'étais arrêtée à ce premier album, je ne sais pas si je serais allée jusqu' la troisième étoile.
Fort heureusement, le deuxième album rehausse le niveau. Celui-ci tourne autour du procès de Kuvira, une militaire ayant eu des envolées fascistes lors de la dernière saison et qui avait voulu unifier tous les territoires du Royaume de la Terre. Ici, on se centre sur le point de vue intéressant de cette ancienne antagoniste, pourtant intimement liée à des alliés de nos héros (enfant adoptée, pupille, …) qui doit faire face aux conséquences de ses actions et surtout l'impact sur les personnes auxquelles elle tient. L'antagoniste de l'album est un peu uni-dimensionnel mais marche dans sa représentation du spectre d'un coup d'état raté qui revient aujourd'hui hantée son ancienne instigatrice, et symbolise le fanatisme militaire refusant la défaite coûte que coûte. On apporte une conclusion à Kuvira et à sa relation avec Suyin et Baatar Jr, ce qui n'était pas nécessaire mais sincèrement bienvenu. Vraiment cet album est bien plus intéressant, pas révolutionnaire dans son scénario mais prenant.
(Et là, la relation Korra/Asami m'a parue plus naturelle !)
Je conseille volontiers la lecture de cette série d'albums aux personnes ayant aimé la série animée (avec une préférence pour le tome 2, d'autant qu'à part consolider la relation Korra/Asami le tome 1 reste assez anecdotique).
Je ne pense pas que quelqu'un ne connaissant pas déjà l'univers y trouvera un intérêt, cependant.
2.5
J'ai mieux accroché à ce one-shot qu'à la relecture du mythe du minotaure par le même scénariste, mais cela ne m'a pas paru non plus comme un récit captivant.
Ça se laisse lire, mais j'aurais aimé être plus touché par ce récit parce que sur papier la fin est bien faite, mais je ne me suis pas attaché aux personnages alors je n'ai pas ressenti grand chose. Il faut dire que Pygmalion, du moins comment il est décrit ici (je ne me rappelle plus du mythe original), est un personnage trop égocentré pour être sympathique. J'ai aussi l'impression que le scénario ne faisait qu'effleurer les éléments du scénario parce qu'on saute rapidement d'une scène à l'autre alors qu'on aurait pu plus approfondir l'intrigue.
Encore une fois, je trouve que le dessin est meilleur qu'un scénario signé Le Tendre.
Je vais me démarquer du plus grand nombre. A la sortie de ma lecture, je suis mi-figue, mi-raisin.
Un récit qui ne m'a pas complètement convaincu, je lui trouve un côté trop gnangnan et très adolescent pour me satisfaire pleinement. Alors oui c'est une belle histoire sur un sujet sérieux, une maladie héréditaire d'origine génétique, mais les émotions ne sont pas passées. Un côté girly très présent aussi. Un récit qui reste instructif, mais j'aurais aimé en apprendre plus sur cette maladie rare et le devenir des enfants.
J'ai trouvé le scénario sans surprise, les personnages sont lisses, ils sont cependant attachants, mais ils ne m'ont jamais touché (même si cela peut paraître contradictoire).
Le dessin de Anne-Lise Nalin a du charme avec ce trait fin, rond et expressif. J'ai moins aimé le choix des couleurs, certaines planches sont ternes. Une mise en page simple et efficace.
Du bon boulot.
Une lecture sympathique, mais je n'y reviendrai pas.
Tiens, la nouvelle mini-série de Tsutsui, connu pour des thrillers assez malins comme Prophecy ou Poison City). Il s'est intéressé à un phénomène de société réel qui s'est développé au Japon (et ailleurs) à l'occasion de la crise sanitaire mondiale du Covid-19. La situation de confinement a exacerbé certaines envies de se couper du monde, de vivre aussi reclus que possible. Il a donc pris comme héros un individu tout à fait ordinaire, un quadragénaire qui se rendait compte que son humanité était en train de disparaître jour après jour, dans une société aliénante et un employeur enclin à humilier ses salariés, à les pressurer, ad nauseam.
Il nous décrit le processus, qui commence par l'achat d'un appartement quelconque dans un bâtiment pourri, sans voisins directs, une rupture conventionnelle qui lui permet de toucher un joli pactole et l'investissement dans un certain nombre d’équipements (tente, urinol, abonnements streaming, compte premium sur une plate-forme d'e-commerce), un peu de bricolage pour arriver à ne plus avoir besoin de mettre un pas dehors. Un plan sans accroc, jusqu'au jour où Kentaro se rend compte que quelqu'un a tenté de s'introduire chez lui pendant la nuit. Peu de temps après c'est l'emménagement d'une étudiante fan de jeux video qui vient troubler sa petite routine...
L'immersion dans l'esprit de Kentarô est plutôt réussi, le personnage semble un peu dérangé sans être totalement paranoïaque, et c'est assez plaisant à suivre, même s'il ne se passe franchement pas grand-chose dans le premier volume. Mais connaissant Tsutsui, on imagine que ça va bouger dans le deuxième opus, qui va probablement faire exploser le consensus dans lequel le reclus s'est installé... J'ai même ma petite idée là-dessus.
Comme je l'imaginais, le deuxième volume propose une accélération de l'action, avec une intrusion qui va changer pas mal de choses chez Kentarô, et l'amener à reconsidérer sa situation. Un autre évènement, plus meta celui-là, va chambouler pas mal de choses, et un dernier, plutôt intime/infime, entraîne un changement de paradigme.
Au final cette série très courte est une sorte d'exercice d'anticipation, que Tsutsui a composé en réfléchissant sur la crise de covid-19. Pas inintéressant, même si j'ai trouvé le volume deux plus "précipité" que le premier...
Graphiquement c'est du classique, l'essentiel de l'action se passant dans un appartement anonyme. Tsutsui s'offre un peu d'action lorsque des rôdeurs s'approche dudit appartement, ou qu'il nous montre les parties de jeu video en ligne du célibataire.
J'ai des regrets de mettre une note aussi moyenne à ce joli collectif car il est composé par des grands maîtres de la BD, mais son contenu réel reste anecdotique pour qui ne le lit pas avec la nostalgie de l'époque.
Il s'agit donc d'hommages rendus par une trentaine d'auteurs pour fêter les 10 ans de la série Buddy Longway dans les pages du journal Tintin. L'album est structuré en double pages : une page de texte de l'auteur invité indiquant affectueusement ce qu'il pense de Buddy Longway et de son auteur Derib, et la seconde page composée de la planche qu'il lui a offert en cadeau. S'y sont attelés presque tous les grands noms du journal Tintin de l'époque ainsi que d'ailleurs comme Roba, Lambil, Giraud ou Peyo par exemple. Il n'y en a pas un qui n'ait pas marqué de son empreinte le monde de la BD franco-belge et c'est donc un vrai bonheur de les voir mettre leur style, leurs personnages et leur univers au service d'un hommage anniversaire à la série par ailleurs très sympathique qu'est Buddy Longway. Ils y ont mis du cœur car les planches sont soignées et félicitent avec sincérité l'auteur et son personnage.
Cependant, le contenu reste anecdotique car ce sont vraiment juste de courts hommages, se ponctuant le plus souvent par un "bon anniversaire" bien classique. Certains sont amusants, d'autres vraiment jolis, mais ils amènent davantage un simple sourire et une part de nostalgie plutôt qu'une BD véritablement concrète et mémorable.
C'est une BD pour les collectionneurs, pour ceux qui se rappellent avec plaisir de l'ère Tintin et de la BD franco-belge en général dans les années 80, mais ça se lit plus par curiosité que par réel plaisir de lire une vraie BD.
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Rebis
Une petite déception. Certes, c'est une BD pour jeune public, mais j'en attendais plus quand même. Le moyen-age, un temps où il ne fait pas bon être différent, c'est le cas de ce petit garçon : Martino, il est albinos. L'Église l'accusera de tous les maux qui affectent le village. Il va trouver refuge au milieu de la forêt chez une sorcière, la jolie Viviana et un lien fort va se tisser entre ces deux êtres rejetés. Un récit sur les différences (dont la transidentité), le rejet et l'acceptation de soi. Mais un récit très (trop) léger, les bons sentiments sont de mise, les enchaînements des péripéties de Martino sont prévisibles et les thèmes ne sont traités que superficiellement. Ça manque de moelle et c'est un peu tiré par les cheveux. La narration alerte permet de ne pas s'ennuyer, la lecture est rapide. Visuellement, un beau rendu avec ce trait précis et lisible, dans un style jeunesse. Les couleurs sont belles et la mise en page est classique. J'ai bien aimé. Un album avant tout pour les 10/13 ans.
Furari
Voilà un album difficile à noter... Ce serait mentir de dire que je ne me suis pas ennuyée en le lisant. J’ai dû m’y reprendre à 3 ou 4 fois étalées sur une bonne semaine pour venir à bout de ma lecture. Il faut dire qu’il ne se passe pas grand-chose dans cette BD, il s’agit essentiellement de suivre les déambulations du personnage principal qui cherche à cartographier le quartier d’Edo. C’est lent, très lent. C’est très contemplatif. Il est donc très facile de tomber dans l’ennui, et de se désintéresser de cet album. Mais malgré cela, Taniguchi a un immense talent pour poser les décors, faire ressentir les atmosphères, initier des rencontres poétiques. La magie n’est jamais bien loin, et à de nombreux moments le charme opère. En fin de compte, ce fut une lecture plutôt plaisante, agréable, comme une promenade printanière. C’est clairement un album qu’il faut aborder en ayant à l’esprit qu’il ne s’y passe pas grand-chose, juste avec l’envie de se promener aux côtés du cartographe, et découvrir cette atmosphère du Japon du XIXe siècle.
Plein ciel
C’est du feel good parfois un peu trop sirupeux (affaire de goûts certainement pour cette remarque), mais qui se laisse quand même lire très agréablement. Si l’histoire commence par le suicide d’un vieil homme – mort qui alimente une très légère tension à propos de ces éventuelles causes – le reste de l’histoire transpire de la positive attitude, de belles relations entre tous les habitants de l’immeuble dans lequel se déroule la quasi-totalité de l’intrigue. Les rares sources de tensions sont désamorcées (comme lorsqu’il est question de détruire l’immeuble pour une « réhabilitation » du quartier). Saint-Dizier explique dans un dossier final s’être inspiré du quartier, de l’immeuble de son enfance – et de pas mal de ses anciens voisins de l’époque pour les personnages. En tout cas tout est crédible et vivant, même si on se doute que toutes les cages d’escaliers ne bénéficient pas des mêmes relations apaisées et bienveillantes. La narration est agréable, aérée, avec un certain nombre de pages muettes. Le dessin de Crosa aide à la fluidité. J’ai bien aimé ce trait plaisant, et cette colorisation elle aussi sympathique. Les pages présentant les différents appartements en coupe sont intéressantes. Bref, un album vite lu, peut-être trop rempli de bons sentiments ? Je ne sais pas, mais par les temps qui courent, ça ne fait pas de mal.
Snow angels
Le début est intrigant. Une sorte de mélange de La Horde du contrevent et La Route, avec cet homme et ses deux filles, errant, patinant sur la glace d’une longue piste entre deux falaises de glace, dans un univers dangereux, hostile et froid (dans tous les sens du terme !). Avec une économie de moyens, Lemire – qui décidément a l’imagination fertile ! – réussit à nous faire entrer dans cet univers et cette histoire en partie désespérante. La narration est minimaliste, mais elle nous embarque bien. J’ai juste un peu moins accroché au dernier tiers, qui nous ramène vers quelque chose de trop « commun » en SF (même si Lemire laisse volontairement certaines questions sans réponse). Le relatif happy end est un peu surprenant, il vient un peu à contre-courant d’un récit où le désespoir semblait prendre toute la place. Le dessin de Jock (dont je découvre ici le travail) accompagne très bien l’histoire de Lemire. Lui aussi montre peu et suggère beaucoup. La noirceur du récit, les étendues neigeuses et glacées des décors, tout ceci est bien rendu. Une lecture plaisante en tout cas.
Nos rives partagées
Voilà une lecture qui n’est pas vraiment désagréable, mais celle-ci m’a quand même laissé sur ma faim. Disons que ça se laisse lire. Nous suivons l’évolution des relations – parfois entremêlées – de trois couples (qui chacun représente une génération). C’est du roman graphique classique, qui manque de profondeur et/ou de péripéties. Pour dynamiser un peu l’intrigue, interviennent au milieu de cette ronde amoureuse les animaux des alentours, qui parlent entre eux, philosophent, commentent ce que font les humains que nous suivons. Ça m’a un peu surpris, et au final je n’ai pas été convaincu par ce mélange des genres. Ça faisait artificiel je trouve. Une petite déception. Note réelle 2,5/5.
La Légende de Korra
La Légende de Korra est la suite de la série animée éponyme. Les deux séries (animée comme comics) sont des suites à la série animée Avatar - Le dernier maître de l'air (elle aussi continuée en série de comics prenant donc place dans la même continuité). Cette suite n'a duré que deux histoires, aux qualités variables. La première joue, d'une certaine manière, un rôle extradiégétique, à savoir consolider la relation Korra/Asami jetée à la volée du dernier épisode de la série animée, le groupe Nickoledeon faisant visiblement pressions aux créateurs qui voulaient l'implémenter plus tôt. Ce besoin de consolider cette relation à tout prix, même si cela se fait sans subtilité ou que cela s'insère bizarrement, c'est l'erreur fatale de cet album selon moi. J'aime bien ce couple et j'avais sincèrement voulu le voir être développé dans une suite après la série animée, mais j'avoue que là c'est un peu maladroit. J'ai vraiment l'impression de lire la retranscription de post-its des scénaristes qui voulaient absolument que l'on soit bien sûr que l'on comprenne qu'elles sont en couple, qu'elles sont saphiques et tout et tout , ce qui est compréhensible si effectivement ils voulaient canoniser cette relation plus tôt et se lâchent enfin, mais là c'est vraiment surligné au feutre rouge et... bah j'ai pas vraiment l'impression de vivre cette relation avec ces personnages, plutôt de voir une liste de "raisons" pour laquelle elles sont bien ensemble. Alors que j'aime bien le couple ! Bon, la romance est bateau, mais quid du reste de l'album ? L'intrigue tourne autour de triades, d'une guerre de gangs au cœur de la ville. Cela sonne intéressant mais malheureusement je me suis profondément ennuyée. Pour tout dire, ma première lecture m'avait tellement ennuyée par le passé que j'ai redoutée ma relecture pour cet avis (j'ai même lu en diagonale vers la moitié, honte à moi). La romance mal gérée et rythmée c'est dommageable mais pardonnable, le scénario peu palpitant l'est moins. Bon, j'exagère un peu, c'est sans doute très personnel comme ressenti. Mais il n'empêche : je trouve l'histoire moyenne et peu passionnante, donc si je m'étais arrêtée à ce premier album, je ne sais pas si je serais allée jusqu' la troisième étoile. Fort heureusement, le deuxième album rehausse le niveau. Celui-ci tourne autour du procès de Kuvira, une militaire ayant eu des envolées fascistes lors de la dernière saison et qui avait voulu unifier tous les territoires du Royaume de la Terre. Ici, on se centre sur le point de vue intéressant de cette ancienne antagoniste, pourtant intimement liée à des alliés de nos héros (enfant adoptée, pupille, …) qui doit faire face aux conséquences de ses actions et surtout l'impact sur les personnes auxquelles elle tient. L'antagoniste de l'album est un peu uni-dimensionnel mais marche dans sa représentation du spectre d'un coup d'état raté qui revient aujourd'hui hantée son ancienne instigatrice, et symbolise le fanatisme militaire refusant la défaite coûte que coûte. On apporte une conclusion à Kuvira et à sa relation avec Suyin et Baatar Jr, ce qui n'était pas nécessaire mais sincèrement bienvenu. Vraiment cet album est bien plus intéressant, pas révolutionnaire dans son scénario mais prenant. (Et là, la relation Korra/Asami m'a parue plus naturelle !) Je conseille volontiers la lecture de cette série d'albums aux personnes ayant aimé la série animée (avec une préférence pour le tome 2, d'autant qu'à part consolider la relation Korra/Asami le tome 1 reste assez anecdotique). Je ne pense pas que quelqu'un ne connaissant pas déjà l'univers y trouvera un intérêt, cependant.
Pygmalion et la vierge d'ivoire
2.5 J'ai mieux accroché à ce one-shot qu'à la relecture du mythe du minotaure par le même scénariste, mais cela ne m'a pas paru non plus comme un récit captivant. Ça se laisse lire, mais j'aurais aimé être plus touché par ce récit parce que sur papier la fin est bien faite, mais je ne me suis pas attaché aux personnages alors je n'ai pas ressenti grand chose. Il faut dire que Pygmalion, du moins comment il est décrit ici (je ne me rappelle plus du mythe original), est un personnage trop égocentré pour être sympathique. J'ai aussi l'impression que le scénario ne faisait qu'effleurer les éléments du scénario parce qu'on saute rapidement d'une scène à l'autre alors qu'on aurait pu plus approfondir l'intrigue. Encore une fois, je trouve que le dessin est meilleur qu'un scénario signé Le Tendre.
Journal d'un Enfant de Lune
Je vais me démarquer du plus grand nombre. A la sortie de ma lecture, je suis mi-figue, mi-raisin. Un récit qui ne m'a pas complètement convaincu, je lui trouve un côté trop gnangnan et très adolescent pour me satisfaire pleinement. Alors oui c'est une belle histoire sur un sujet sérieux, une maladie héréditaire d'origine génétique, mais les émotions ne sont pas passées. Un côté girly très présent aussi. Un récit qui reste instructif, mais j'aurais aimé en apprendre plus sur cette maladie rare et le devenir des enfants. J'ai trouvé le scénario sans surprise, les personnages sont lisses, ils sont cependant attachants, mais ils ne m'ont jamais touché (même si cela peut paraître contradictoire). Le dessin de Anne-Lise Nalin a du charme avec ce trait fin, rond et expressif. J'ai moins aimé le choix des couleurs, certaines planches sont ternes. Une mise en page simple et efficace. Du bon boulot. Une lecture sympathique, mais je n'y reviendrai pas.
Neeting Life
Tiens, la nouvelle mini-série de Tsutsui, connu pour des thrillers assez malins comme Prophecy ou Poison City). Il s'est intéressé à un phénomène de société réel qui s'est développé au Japon (et ailleurs) à l'occasion de la crise sanitaire mondiale du Covid-19. La situation de confinement a exacerbé certaines envies de se couper du monde, de vivre aussi reclus que possible. Il a donc pris comme héros un individu tout à fait ordinaire, un quadragénaire qui se rendait compte que son humanité était en train de disparaître jour après jour, dans une société aliénante et un employeur enclin à humilier ses salariés, à les pressurer, ad nauseam. Il nous décrit le processus, qui commence par l'achat d'un appartement quelconque dans un bâtiment pourri, sans voisins directs, une rupture conventionnelle qui lui permet de toucher un joli pactole et l'investissement dans un certain nombre d’équipements (tente, urinol, abonnements streaming, compte premium sur une plate-forme d'e-commerce), un peu de bricolage pour arriver à ne plus avoir besoin de mettre un pas dehors. Un plan sans accroc, jusqu'au jour où Kentaro se rend compte que quelqu'un a tenté de s'introduire chez lui pendant la nuit. Peu de temps après c'est l'emménagement d'une étudiante fan de jeux video qui vient troubler sa petite routine... L'immersion dans l'esprit de Kentarô est plutôt réussi, le personnage semble un peu dérangé sans être totalement paranoïaque, et c'est assez plaisant à suivre, même s'il ne se passe franchement pas grand-chose dans le premier volume. Mais connaissant Tsutsui, on imagine que ça va bouger dans le deuxième opus, qui va probablement faire exploser le consensus dans lequel le reclus s'est installé... J'ai même ma petite idée là-dessus. Comme je l'imaginais, le deuxième volume propose une accélération de l'action, avec une intrusion qui va changer pas mal de choses chez Kentarô, et l'amener à reconsidérer sa situation. Un autre évènement, plus meta celui-là, va chambouler pas mal de choses, et un dernier, plutôt intime/infime, entraîne un changement de paradigme. Au final cette série très courte est une sorte d'exercice d'anticipation, que Tsutsui a composé en réfléchissant sur la crise de covid-19. Pas inintéressant, même si j'ai trouvé le volume deux plus "précipité" que le premier... Graphiquement c'est du classique, l'essentiel de l'action se passant dans un appartement anonyme. Tsutsui s'offre un peu d'action lorsque des rôdeurs s'approche dudit appartement, ou qu'il nous montre les parties de jeu video en ligne du célibataire.
Les Amis de Buddy Longway
J'ai des regrets de mettre une note aussi moyenne à ce joli collectif car il est composé par des grands maîtres de la BD, mais son contenu réel reste anecdotique pour qui ne le lit pas avec la nostalgie de l'époque. Il s'agit donc d'hommages rendus par une trentaine d'auteurs pour fêter les 10 ans de la série Buddy Longway dans les pages du journal Tintin. L'album est structuré en double pages : une page de texte de l'auteur invité indiquant affectueusement ce qu'il pense de Buddy Longway et de son auteur Derib, et la seconde page composée de la planche qu'il lui a offert en cadeau. S'y sont attelés presque tous les grands noms du journal Tintin de l'époque ainsi que d'ailleurs comme Roba, Lambil, Giraud ou Peyo par exemple. Il n'y en a pas un qui n'ait pas marqué de son empreinte le monde de la BD franco-belge et c'est donc un vrai bonheur de les voir mettre leur style, leurs personnages et leur univers au service d'un hommage anniversaire à la série par ailleurs très sympathique qu'est Buddy Longway. Ils y ont mis du cœur car les planches sont soignées et félicitent avec sincérité l'auteur et son personnage. Cependant, le contenu reste anecdotique car ce sont vraiment juste de courts hommages, se ponctuant le plus souvent par un "bon anniversaire" bien classique. Certains sont amusants, d'autres vraiment jolis, mais ils amènent davantage un simple sourire et une part de nostalgie plutôt qu'une BD véritablement concrète et mémorable. C'est une BD pour les collectionneurs, pour ceux qui se rappellent avec plaisir de l'ère Tintin et de la BD franco-belge en général dans les années 80, mais ça se lit plus par curiosité que par réel plaisir de lire une vraie BD.