« Vider la corbeille » traite des relations sociales et des rapports de pouvoirs au sein d’une entreprise. Le sort des employés ne tient qu’à un fil, entre l’irresponsabilité cynique du patron, le dévouement intéressé de la secrétaire de direction, et la naïveté du jeune cadre. Le ton est caustique, cynique, drôle et dramatique à la fois - il fait mouche et on se prend une grande claque. Une excellente BD, à lire pour réfléchir et rire/pleurer sur ce qu’on vit parfois sur notre lieu de travail.
Ayant apprécié d’autres albums de Sébastien Gnaedig et Philippe Thirault, c’est avec curiosité que j’ai acheté l’intégrale de «Mes voisins sont formidables», aux éditions du Cycliste. On suit les tribulations d’une demi-douzaine de gens partageant le même immeuble, paumés et coincés dans une vie déprimante, chacun à sa manière. Le dessin est très sombre, entre Moynot et Tardi (genre Nestor Burma). Même si les trois histiores sont un peu inégales, les situations sont toujours burlesques, les dialogues décapants, et le ton est d’un cynisme noir de chez noir. A lire par ceux qui ne se retrouvent pas dans le petit bonheur bourgeois de Monsieur Jean ou de Premières chaleurs.
Que trouve-t-on au début d’une grande passion amoureuse ? Du sexe, du sexe, et encore du sexe. L’amour et le sexe ne font plus qu’un, on se donne tout entier à l’autre, et on ne vit que pour se fondre dans son partenaire et lui donner un plaisir partagé. C’est ce qui est raconté de manière très impudique dans « fraise et chocolat ». On se sent un peu dans la position d’un voyeur lorsqu’on lit la description de certains des moments les plus intimes et les plus forts de l’existence d’un autre, bien qu’on ne puisse s’empêcher de se regarder dans le miroir et de comparer sa propre vie sexuelle à celle décrite dans le livre. Le ton est frais et léger, ce qui est à la fois heureux (ça fait plaisir de lire la description d’une sexualité épanouie et d’une histoire d’amour qui se passe bien, pour une fois) et un peu malheureux (les sentiments qui dépassent les histoires de bites et de cul sont trop vite traités). Reste un livre à nul autre pareil, qu’on referme avec l’envie de connaître la suite de l’histoire.
«La tranchée» est une nouvelle BD sur la première guerre mondiale, un sujet qui semble inspirer les scénaristes. Un policier militaire arrive sur les lieux d’un crime, dans un abri sur le front, alors que le cadavre n’a pas encore refroidi. Il mène l’enquête pendant qu’une offensive Allemande se prépare. L’album se présente comme un huis clos bavard encadré par deux longues scènes de guerre muettes. On referme l’album sans que l’énigme du meurtre soit révélée, et sans grand espoir qu'elle le devienne un jour. Les scénaristes ont-ils pris le meurtre comme un simple prétexte pour faire parler les personnages et décrire l’horreur de la guerre ou aurons-nous le fin mot de l’histoire dans le second tome ?
Un groupe des brigades internationales essaye de rejoindre le front. Tombés dans une embuscade, le groupe perd ses membres, un à un. On découvre, au fil du récit, les motivations des combattants amateurs, allant des plus égoïstes aux plus altruistes. Les plus motivés dans leur engagement survivent pour assister, impuissants, à la machine de guerre nazie venue à la rescousse de Franco et prenant l’Espagne comme un camp d’entraînement pour la 2e guerre mondiale. Reste le besoin de témoigner et de se souvenir, d’autant plus important que le dernier survivant de la bande est Allemand – comme Andreas. L’auteur, qui avait déjà réglé son compte avec le nazisme dans Capricorne, le refait ici de manière plus explicite en l’accompagnant d’une réflexion sur la responsabilité de chacun face à sa propre histoire personnelle et face à l’Histoire avec un grand «H».
Après Corps de Rêves, Max et Nina, Onomatopées et sans doute d’autres que j’oublie, les BDs racontant une grossesse de son début à sa fin commencent à se faire nombreuses. Celle-ci ne déroge pas à la règle, prenant la grossesse dans son aspect chronologique puis racontant une suite d’anecdotes, de situations dans lesquelles nombre de jeunes parents se reconnaîtront. Le dessin est simple, dans le style humoristique épuré et fonctionnel. La BD est composée de petites histoires courtes, presque des planches de gags bien qu’il s’agisse plutôt de petites tranches de moments particuliers au long d’une grossesse jusqu’à la naissance et les premiers jours du bébé.
Malgré l’aspect déjà assez usé du thème abordé dans Je veux avoir un bébé, j’ai une certaine affection pour cette BD que j’ai lue avec le sourire et avec plaisir. Les anecdotes sont racontées avec justesse et humour, on s’y retrouve tout en voyant que c’est une fiction humoristique. Agréable à lire et amusant, à même de plaire aussi bien aux jeunes mères qu’aux jeunes pères, et à tout ceux qui s’en sentent proches.
L’exemple typique de la BD qu’on trouve en solderie et qui ne s’y vend même pas.
Déjà, avec une couverture aussi kitsch, ça n’attire guère le lecteur lambda. Le dessin est tout juste potable, quoique parfois franchement mauvais notamment au niveau de certaines perspectives foireuses. Les couleurs sont moches. Mais bon, ça reste lisible et certains visages ne sont pas trop mauvais.
Quant au scénario, il n’est pas très original. C’est une grossière confrontation entre riches décadents à la façon des aristos de l'Incal de Jodorowsky et Moebius et exclus de la société. Un peu de cul pour appâter le lecteur mâle, un peu de violence, un peu de social, un peu de tout mais beaucoup de rien. Beaucoup de péripéties, péripéties souvent assez ridicules d’ailleurs, des personnages pas attachants et caricaturaux, une narration souvent trop rapide ou alors trop confuse, et des dialogues qui sonnent mal.
Bref, une BD médiocre dont le seul intérêt est une vision futuriste d’un Brésil géopolitiquement assez intéressant, avec quelques idées de SF sociale pas mauvaises même si pas totalement originales.
J’aime bien Foerster et je pensais avoir lu quasiment l’intégrale de son œuvre mais je n’ai découvert la série Starbuck que tout récemment. Parue à la fin des années 80 dans le journal de Spirou, son public cible est plutôt jeune mais si on retrouve quelques éléments un peu inquiétants qui forment ensuite la touche personnelle des histoires de Foerster.
Au niveau du dessin, hormis quelques personnages aux visages très simples, façon classiques de Dupuis jeunesse, c’est le style typique de Foerster, quoiqu’il soit ici en couleurs contrairement à ses histoires noires éditées chez Fluide Glacial. On note cependant rapidement que son style était encore un peu hésitant à cette époque et les planches manquent de maîtrise par rapport à ses œuvres plus modernes. C’est d’autant plus facile de comparer que Starbuck présente de nombreux éléments picturaux avec le début de Gueule de bois, dont le premier tome est paru récemment, décors de marins et maisons de bois ouvragées, et force m’est de constater que la technique et l’esthétisme est plus présent à mes yeux dans la BD la plus récente, même si Starbuck n’est pas moche du tout. Je chipote en faisant ce comparatif car sincèrement, j’aime quand même bien le dessin de cette plus ancienne série.
Les histoires de Starbuck font la part belle au fantastique et aux légendes maritimes. On y retrouve une part de naïveté qui convient aux histoires destinées à la jeunesse, mais aussi un petit peu des éléments plus noirs sans quoi on ne reconnaîtrait pas la touche de Foerster. Objectivement, les scénarios ne sont pas vraiment captivants ni brillants, ils intéresseront sans doute plus les jeunes lecteurs (je dirais 12 ans en moyenne) que les adultes mais ils sont agréables à lire quoiqu’on en dise et parfois assez amusants.
Une saga familiale dans l’univers des riches familles juives. On se croirait en train de lire la version BD d’un téléfilm du dimanche après-midi avec l’évolution d’une famille sur environ un siècle du milieu du 19e à la seconde moitié du 20e siècle. A mes yeux, cette saga se révèle être, outre une présentation globale de familles juives de diverses origines qui ont su percer en Amérique, une critique de la façon dont le monde des affaires et du pouvoir corrompt les êtres, critique qui se révèle résumée avec une fin « de conte de fées » dans le conte de la page finale.
Will Eisner a un dessin véritablement agréable à lire, dynamique et moderne alors qu’il avait déjà ce style bien avant l’ensemble des auteurs actuels de BD. La Valse des Alliances alterne textes écrits et planches dessinées sans jamais que le rythme de lecture n’en soit gâché. Une lecture fluide, un dessin plaisant.
Le récit, cette observation de l’évolution d’une famille, de son ascension, de ses tourments, des familles et personnes qui s’y sont attachées, est assez prenante dans son ensemble même si je dois admettre l’avoir trouvée un peu longue et m’être lassé à partir de la moitié de cet album qui fait quand même près de 170 pages. Le plus lassant est de voir qu’en fait ceux qu’on suit réellement dans ce récit sont vraiment pourris. Le personnage principal, Conrad, est une vraie ordure, et ceux qui l’entourent ne valent guère mieux. Seule Rosie, sur la fin, mérite un peu de respect, tous les autres étant soit trop faibles, soit trop égocentriques et détestables.
Une saga familiale traitée avec franchise et interêt, un constat sincère et peu reluisant de la laideur de l’âme humaine face à la corruption de l’argent.
Un recueil d’histoires courtes de Goossens, tous les amateurs de cet auteur de BD à part ne peuvent que se réjouir de sa lecture. Et c’est mon cas : c’est une BD que j’ai lue avec envie, avec plaisir, avec le sourire quasiment en permanence. Cependant, les vrais éclats de rire, les moments de génie que j’avais ressentis à la lecture, par exemple, de Voyage au bout de la Lune du même auteur, ne me sont pas ici véritablement apparus. Absurde, humour deuxième, troisième, énième degré, délire : j’adore à la base, mais moins de vraies explosions de rire que je l’aurais voulu.
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Vider la corbeille
« Vider la corbeille » traite des relations sociales et des rapports de pouvoirs au sein d’une entreprise. Le sort des employés ne tient qu’à un fil, entre l’irresponsabilité cynique du patron, le dévouement intéressé de la secrétaire de direction, et la naïveté du jeune cadre. Le ton est caustique, cynique, drôle et dramatique à la fois - il fait mouche et on se prend une grande claque. Une excellente BD, à lire pour réfléchir et rire/pleurer sur ce qu’on vit parfois sur notre lieu de travail.
Mes voisins sont formidables
Ayant apprécié d’autres albums de Sébastien Gnaedig et Philippe Thirault, c’est avec curiosité que j’ai acheté l’intégrale de «Mes voisins sont formidables», aux éditions du Cycliste. On suit les tribulations d’une demi-douzaine de gens partageant le même immeuble, paumés et coincés dans une vie déprimante, chacun à sa manière. Le dessin est très sombre, entre Moynot et Tardi (genre Nestor Burma). Même si les trois histiores sont un peu inégales, les situations sont toujours burlesques, les dialogues décapants, et le ton est d’un cynisme noir de chez noir. A lire par ceux qui ne se retrouvent pas dans le petit bonheur bourgeois de Monsieur Jean ou de Premières chaleurs.
Fraise et Chocolat
Que trouve-t-on au début d’une grande passion amoureuse ? Du sexe, du sexe, et encore du sexe. L’amour et le sexe ne font plus qu’un, on se donne tout entier à l’autre, et on ne vit que pour se fondre dans son partenaire et lui donner un plaisir partagé. C’est ce qui est raconté de manière très impudique dans « fraise et chocolat ». On se sent un peu dans la position d’un voyeur lorsqu’on lit la description de certains des moments les plus intimes et les plus forts de l’existence d’un autre, bien qu’on ne puisse s’empêcher de se regarder dans le miroir et de comparer sa propre vie sexuelle à celle décrite dans le livre. Le ton est frais et léger, ce qui est à la fois heureux (ça fait plaisir de lire la description d’une sexualité épanouie et d’une histoire d’amour qui se passe bien, pour une fois) et un peu malheureux (les sentiments qui dépassent les histoires de bites et de cul sont trop vite traités). Reste un livre à nul autre pareil, qu’on referme avec l’envie de connaître la suite de l’histoire.
La Tranchée
«La tranchée» est une nouvelle BD sur la première guerre mondiale, un sujet qui semble inspirer les scénaristes. Un policier militaire arrive sur les lieux d’un crime, dans un abri sur le front, alors que le cadavre n’a pas encore refroidi. Il mène l’enquête pendant qu’une offensive Allemande se prépare. L’album se présente comme un huis clos bavard encadré par deux longues scènes de guerre muettes. On referme l’album sans que l’énigme du meurtre soit révélée, et sans grand espoir qu'elle le devienne un jour. Les scénaristes ont-ils pris le meurtre comme un simple prétexte pour faire parler les personnages et décrire l’horreur de la guerre ou aurons-nous le fin mot de l’histoire dans le second tome ?
Quintos
Un groupe des brigades internationales essaye de rejoindre le front. Tombés dans une embuscade, le groupe perd ses membres, un à un. On découvre, au fil du récit, les motivations des combattants amateurs, allant des plus égoïstes aux plus altruistes. Les plus motivés dans leur engagement survivent pour assister, impuissants, à la machine de guerre nazie venue à la rescousse de Franco et prenant l’Espagne comme un camp d’entraînement pour la 2e guerre mondiale. Reste le besoin de témoigner et de se souvenir, d’autant plus important que le dernier survivant de la bande est Allemand – comme Andreas. L’auteur, qui avait déjà réglé son compte avec le nazisme dans Capricorne, le refait ici de manière plus explicite en l’accompagnant d’une réflexion sur la responsabilité de chacun face à sa propre histoire personnelle et face à l’Histoire avec un grand «H».
Je veux un bébé !
Après Corps de Rêves, Max et Nina, Onomatopées et sans doute d’autres que j’oublie, les BDs racontant une grossesse de son début à sa fin commencent à se faire nombreuses. Celle-ci ne déroge pas à la règle, prenant la grossesse dans son aspect chronologique puis racontant une suite d’anecdotes, de situations dans lesquelles nombre de jeunes parents se reconnaîtront. Le dessin est simple, dans le style humoristique épuré et fonctionnel. La BD est composée de petites histoires courtes, presque des planches de gags bien qu’il s’agisse plutôt de petites tranches de moments particuliers au long d’une grossesse jusqu’à la naissance et les premiers jours du bébé. Malgré l’aspect déjà assez usé du thème abordé dans Je veux avoir un bébé, j’ai une certaine affection pour cette BD que j’ai lue avec le sourire et avec plaisir. Les anecdotes sont racontées avec justesse et humour, on s’y retrouve tout en voyant que c’est une fiction humoristique. Agréable à lire et amusant, à même de plaire aussi bien aux jeunes mères qu’aux jeunes pères, et à tout ceux qui s’en sentent proches.
Brazil 2022
L’exemple typique de la BD qu’on trouve en solderie et qui ne s’y vend même pas. Déjà, avec une couverture aussi kitsch, ça n’attire guère le lecteur lambda. Le dessin est tout juste potable, quoique parfois franchement mauvais notamment au niveau de certaines perspectives foireuses. Les couleurs sont moches. Mais bon, ça reste lisible et certains visages ne sont pas trop mauvais. Quant au scénario, il n’est pas très original. C’est une grossière confrontation entre riches décadents à la façon des aristos de l'Incal de Jodorowsky et Moebius et exclus de la société. Un peu de cul pour appâter le lecteur mâle, un peu de violence, un peu de social, un peu de tout mais beaucoup de rien. Beaucoup de péripéties, péripéties souvent assez ridicules d’ailleurs, des personnages pas attachants et caricaturaux, une narration souvent trop rapide ou alors trop confuse, et des dialogues qui sonnent mal. Bref, une BD médiocre dont le seul intérêt est une vision futuriste d’un Brésil géopolitiquement assez intéressant, avec quelques idées de SF sociale pas mauvaises même si pas totalement originales.
Starbuck
J’aime bien Foerster et je pensais avoir lu quasiment l’intégrale de son œuvre mais je n’ai découvert la série Starbuck que tout récemment. Parue à la fin des années 80 dans le journal de Spirou, son public cible est plutôt jeune mais si on retrouve quelques éléments un peu inquiétants qui forment ensuite la touche personnelle des histoires de Foerster. Au niveau du dessin, hormis quelques personnages aux visages très simples, façon classiques de Dupuis jeunesse, c’est le style typique de Foerster, quoiqu’il soit ici en couleurs contrairement à ses histoires noires éditées chez Fluide Glacial. On note cependant rapidement que son style était encore un peu hésitant à cette époque et les planches manquent de maîtrise par rapport à ses œuvres plus modernes. C’est d’autant plus facile de comparer que Starbuck présente de nombreux éléments picturaux avec le début de Gueule de bois, dont le premier tome est paru récemment, décors de marins et maisons de bois ouvragées, et force m’est de constater que la technique et l’esthétisme est plus présent à mes yeux dans la BD la plus récente, même si Starbuck n’est pas moche du tout. Je chipote en faisant ce comparatif car sincèrement, j’aime quand même bien le dessin de cette plus ancienne série. Les histoires de Starbuck font la part belle au fantastique et aux légendes maritimes. On y retrouve une part de naïveté qui convient aux histoires destinées à la jeunesse, mais aussi un petit peu des éléments plus noirs sans quoi on ne reconnaîtrait pas la touche de Foerster. Objectivement, les scénarios ne sont pas vraiment captivants ni brillants, ils intéresseront sans doute plus les jeunes lecteurs (je dirais 12 ans en moyenne) que les adultes mais ils sont agréables à lire quoiqu’on en dise et parfois assez amusants.
La Valse des Alliances
Une saga familiale dans l’univers des riches familles juives. On se croirait en train de lire la version BD d’un téléfilm du dimanche après-midi avec l’évolution d’une famille sur environ un siècle du milieu du 19e à la seconde moitié du 20e siècle. A mes yeux, cette saga se révèle être, outre une présentation globale de familles juives de diverses origines qui ont su percer en Amérique, une critique de la façon dont le monde des affaires et du pouvoir corrompt les êtres, critique qui se révèle résumée avec une fin « de conte de fées » dans le conte de la page finale. Will Eisner a un dessin véritablement agréable à lire, dynamique et moderne alors qu’il avait déjà ce style bien avant l’ensemble des auteurs actuels de BD. La Valse des Alliances alterne textes écrits et planches dessinées sans jamais que le rythme de lecture n’en soit gâché. Une lecture fluide, un dessin plaisant. Le récit, cette observation de l’évolution d’une famille, de son ascension, de ses tourments, des familles et personnes qui s’y sont attachées, est assez prenante dans son ensemble même si je dois admettre l’avoir trouvée un peu longue et m’être lassé à partir de la moitié de cet album qui fait quand même près de 170 pages. Le plus lassant est de voir qu’en fait ceux qu’on suit réellement dans ce récit sont vraiment pourris. Le personnage principal, Conrad, est une vraie ordure, et ceux qui l’entourent ne valent guère mieux. Seule Rosie, sur la fin, mérite un peu de respect, tous les autres étant soit trop faibles, soit trop égocentriques et détestables. Une saga familiale traitée avec franchise et interêt, un constat sincère et peu reluisant de la laideur de l’âme humaine face à la corruption de l’argent.
Le Romantisme est absolu
Un recueil d’histoires courtes de Goossens, tous les amateurs de cet auteur de BD à part ne peuvent que se réjouir de sa lecture. Et c’est mon cas : c’est une BD que j’ai lue avec envie, avec plaisir, avec le sourire quasiment en permanence. Cependant, les vrais éclats de rire, les moments de génie que j’avais ressentis à la lecture, par exemple, de Voyage au bout de la Lune du même auteur, ne me sont pas ici véritablement apparus. Absurde, humour deuxième, troisième, énième degré, délire : j’adore à la base, mais moins de vraies explosions de rire que je l’aurais voulu.