A ce qu'il paraît, Tardi est un des grands noms de la bande-dessinée franco-belge. Je décide donc de me plonger dans son "cri du peuple", oeuvre historique autant que dramatique.
Il apparaît tout d'abord que "le cri du peuple" est une oeuvre dense, très dense. Plusieurs histoires parallèles s'enchevêtrent tout au long des quatre albums. D'un côté cela donne du grain à mouler à l'histoire, mais d'un autre côté certains trouveront que cet imbroglio rend l'ensemble confus.
Pour ma part j'ai trouvé assez adroit la façon dont l'auteur pose les pièces du puzzle, des événements et des faits qu'on croyait distincts révèlent avoir un rapport entre eux, les intrigues se recoupent en mailles de plus en plus serrées, jusqu'à nous offrir -pour ceux qui vont jusqu'au bout évidemment- un ensemble cohérent.
Néanmoins, l'auteur a, au début, tellement complexifié les différentes histoires parallèles, que l'ensemble final peut paraître bien pauvre et décevant au regard des espoirs construits au fil du récit. La frustration engendrée par cette déception est préjudiciable à l'attention qu'on peut apporter aux autres points d'intérêts de l’œuvre, ce qui est dommage.
Je veux bien sûr parler de l'aspect historique. Cette BD a l'immense mérite de nous éclairer sur une des périodes les plus sombres, mais aussi énigmatiques, tant les motivations qui ont poussé aux événements qui se sont déroulés à Paris en ce début de 1870 pouvaient paraître obscures et incompréhensibles.
Tardi nous décortique la Commune -sa genèse, son apogée, sa fin- à partir de la rue-même, d'où le titre "le cri du peuple". J'ai été vraiment abasourdi de découvrir les différences sociales de la France de l'époque, en pleine révolution industrielle. L'apparition du prolétariat ouvrier, la naissance d'une classe bourgeoise, tout cela concourait à la propagation des idéaux de Marx, à la révolte, voire à la révolution.
Il y a beaucoup de personnages, mais je pense qu'aucun ne parvient à éclipser le vrai personnage principal: Paris. La ville de Paris, révoltée, brûlante sous les décombres, jonchées de cadavres. Son peuple si prompt à se battre et à se faire massacrer. Paris est vivante, c'est en son ventre que grouillent toutes les passions humaines.
Maintenant que j'ai compris que ce qui importe est le contenu, cette BD mérite une vraie relecture, et peut-être monterai-je la note.
Après tout, sans doute Tardi voulait-il qu'à travers cet événement historique, retentisse pour toujours le "cri du peuple"...
Wimbledon Green est un petit mais très bel album. Superbe couverture, papier épais et beau, 120 pages d'une réelle densité permettant une lecture très longue (2 heures pour tout l'album en ce qui me concerne). Cet album vaut donc largement son prix et même moi qui, après lecture, ne trouve le contenu que "pas mal", je ne suis pas mécontent de l'avoir acheté.
J'étais vraiment curieux de découvrir cette BD qui gardait sa part de mystère par son originalité et son traitement particulier. Il s'agit donc d'un album traitant, par le biais d'histoires courtes, d'interviews en quelques cases ou d'anecdotes en quelques pages, d'un grand collectionneur fictif de comics : Wimbledon Green. C'est donc une vue d'ensemble à la fois affectueuse et sarcastique du monde des collectionneurs compulsifs voire tout simplement professionnels.
Le dessin est à la manière de certains anciens comic strips américains : tout rond, tout simple mais efficace. Il n'y a pas de quoi crier à la splendeur mais ça colle bien avec l'ambiance, même le héros Green avec son physique de gros pacman sur pattes. Et puis les cases de chaque page sont tellement petites qu'on n'a pas de quoi s'attarder trop sur le dessin.
J'ai passé un moment de lecture pas désagréable mais je dois dire que je n'ai guère été captivé par cette description du monde des collectionneurs. N'en étant pas un, je n'ai pas su m'attacher à quelque personnage que ce soit, ni ressentir ce que l'album tente de faire passer sur les merveilles des comics de l'âge d'or. J'ai juste apprécié la fluidité de la narration, l'originalité de la construction et du thème. Un album sympathique et de très belle qualité mais pas un indispensable.
J'ai découvert Riad Satouff avec "Retour au collège", et je ne m'en plains pas!
Cette BD m'a réellement fait rire, certains passages sont géniaux, par exemple les passages où il se rappelle ses années de collège. J'ai rarement autant ri devant une BD (à part devant du Gotlib mais c'est une autre histoire...).
De plus je trouve le concept vraiment intéressant. Si cette BD n'est pas un documentaire, elle s'en rapproche quand même. Disons que c'est une immersion (humoristique certes). J'ai été jeune il y a peu de temps, et je peux vraiment dire que les portraits que nous brossent Satouff sont loin de la caricature gratuite. Tout juste exagère-t-il le trait, mais la plupart des collégiens sont VRAIMENT comme ça. Je pense que ça pourrait être instructif pour tout le monde.
Mais n'oublions pas ce qui fait l'essence de cette BD: une oeuvre cathartique destinée à chasser les vieux démons de la pré-adolescence. En effectuant ce travail, Satouff nous offre une oeuvre hilarante et qui peut nous parler à tous. Pas un chef-d'oeuvre, mais il n'empêche que je le relirai plusieurs fois avec plaisir...
C'est grâce à BDthèque que j'ai appris l'existence de cette série, c'est grâce aux avis tous plus dythirambiques les uns que les autres que je m'y suis lancé, et c'est maintenant après plus d'un an d'une interminable lecture entrecoupée de longues coupures que fais part de mes sentiments sur les "Passagers du vent".
Le maître-mot est avant tout: bluffant. Jamais je n'aurais cru qu'on pouvait faire de la bande-dessinée de la sorte. Une série courte -cinq tomes, pas plus- pour une histoire qui peut s'apparenter à une tranche de vie d'une galerie de personnages.
L'esprit de cette série exprime le grand large, l'Océan avec un grand O. Le parfum de l'aventure transporté par les alizées. Et en effet, on ne quitte jamais les grands navires, et l'on ne s'éloigne jamais trop des ports, de la mer. La série commence par l'image du l'océan, et se termine de même. Comme si tout revenait à l'Océan. Comme si tous les personnages étaient prisonniers de l'appel du large. Ils sont bien les "passagers du vent", et ce bien souvent contre leur gré.
Cette série a le goût d'une tragédie grecque. Le poids du Destin pèse plus que toute autre chose sur les protagnistes de ce ballet de pantonymes. Ils ne sont pas les maîtres de leur vie, et un rien suffit pour que leur existence bascule du meilleur vers le pire. Jouets d'une Destinée aveugle et froide plus que cruelle, nos héros ne peuvent que combattre ou s'accomoder de leurs mésaventures, et leurs efforts pour influer sur le cours des choses se révèlent souvent vains ou à côté du but initial.
Face à des événements qu'ils ne choisissent pas, qu'ils refusent parfois, nos héros ne peuvent opposer que l'amitié et l'amour. Amitié parfois trahie, amour souvent brutal, érotisme par moment vulgaire, humour désespéré ou blasé. Paradoxe des sentiments et des comportements, comme quoi même leur coeur n'est pas à l'abris de soubresauts. C'est sans doute cela qui les rend tellement humains.
Leurs aventures en mer sur les vaisseaux de guerre ou les négriers, en Angleterre, sur les côtes africaines, je ne les oublierai sans doute pas. La fin de la série surprend, mais elle emplit de joie car on comprend qu'en fin de compte, "tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir".
Ce qui m'empêche de qualifier cette série de "culte", c'est sans doute le fait qu'Isa soit trop en avance sur ses contemporains sur la question de l'esclavage, et peut-être le déroulement du récit parfois trop confus.
Mais cette série, malgré son âge, n'a pas vieilli, les dessins restent somptueux, et le fond toujours aussi fort. La documentation annexe est très intéressante. "Les Passagers du vent", une série-phare, à lire et à relire.
On me dit que Tony Corso est l'une des BD en forme du moment, et j'ai décidé de me faire mon propre avis sur la question.
Le premier point positif est le cadre des aventures du héros. Ils nous renvoient tout de suite à des rêves de vacances ensoleillées. C'est surtout la variété des thèmes envisagés qui est intéressante. On propose en effet au lecteur de plonger dans le monde de la jet-set, du business, du blanchissement d'argent, toute ces choses inaccessibles au grand public, cet univers de gens riches, corrompus, et envieux. Je crois que c'est ce qu'aime et attend le public actuel.
Les scénarios en eux-mêmes ne sont pas d'une grande virtuosité, et j'ai assez peu apprécié avec quel manque de subtilité et de finesse les événements étaient amenés au lecteur: sur un plateau. Pas de place pour la réflexion.
Bref, en lisant Tony Corso, on n'assiste pas à une enquête auquelle est conviée le lecteur, mais pour ma part j'ai eu l'impression de prendre part à un divertissement nonchalent.
Largo Winch, pour citer une série qui s'en rapproche, pour ce qui est du déroulement de l'histoire, est autrement mieux construite.
Le héros en lui-même n'est pas très attachant. Trop cynique, trop sûr de lui, il lui manque ce grain de charisme et ces petites faiblesses qui auraient pu le rendre attachant. Néanmoins, j'ai apprécié que (presque) toutes les femmes ne tombassent pas dans ses bras -contrairement à Largo Winch.
Quant au dessin, on ne peut pas dire qu'il soit très beau. Agréable de loin, mais franchement laid pour les plans rapprochés. Sur ce point-là, le dessinateur doit faire des efforts.
Comme je ne peux pas mettre deux étoiles à cette série, mais qu'elle n'en mérite pas vraiment trois, je vais mettre "pas mal" en signe d'encouragement, car elle possède un vrai potentiel.
Criminal Macabre, ou retour aux sources.
Car pour être franc, le vampire de base ça se tue comme un boucher le ferait, pas de classe, pas de costume de héros de comics, un flingue et ça va! D'ailleurs le héros le dit lui-même "Je ne connais rien sur cette terre qu'un bon coup de fusil ne puisse buter", ou un truc dans le genre...
Pourquoi retour aux sources ? Et bien parce que le héros n'est pas un jeune dandy immortel, mais bien un humain comme les autres (mis à part le fait qu'il voit les morts, on a tous nos faiblesses...), qu'il est alcoolique, toxicomane et qu'après tout il fait son boulot, pas avec plaisir, mais c'est comme ça.
Au moins ça change.
L'ambiance est magnifique, elle marque avec perfection le contraste entre le héros, qui trouve tout à fait normal la tournure que les évènements prennent, et les autres humains (des couillons comme vous et moi) qui refusent de croire au fantastique et qui se bouffent tout ça d'un bloc en une journée montre en main !
Et l'histoire ? Rahh l'histoire ! Génialement menée, classique, on nous sort pas des vampires apocalyptiques, mais bien des vraies rumeurs moyenâgeuses, enfin voilà quoi... retour aux sources.
Le dessin quant à lui, c'est ça qui m'a fait découvrir Templemsith, et là, je ne dirai rien. Le mélange de dessin et de photos est vraiment le style rêvé pour ces histoires glauques, c'est le novateur qui s'oppose à ce retour aux sources, génial quoi !
Et là vous vous demandez certainement pourquoi je n'ai pas mis 5/5 ?
Bug de souris, tout simplement...
En début de lecture de cette intégrale de 4 tomes, j'ai été légèrement charmé par le dessin, par l'ambiance, par l'atmosphère langoureuse qui se dégageait de ce café perdu au bout d'une plage déserte, une atmosphère très cinématographique. Je n'appréciais pas plus que cela les dialogues et les histoires de coeur et d'espoirs déçus que se racontaient les personnages mais je les ai lus en me laissant plus ou moins porté par la vague de l'ambiance particulière. Le dessin, sans être exceptionnel, me plaisait bien aussi par ses compositions épurées et esthétiques.
Mais avant la fin du premier tome, j'ai commencé à franchement me lasser. Les états d'âme des personnages m'ennuyaient, les péripéties hollywoodiennes de Rita m'ont lassé dès le début, les dialogues emplissant l'ensemble des planches m'ont parus rebutants et l'envie de zapper des pages et de feuilleter de plus en plus vite m'a prise. En outre, le dessin se faisait de moins en moins esthétique au fil des pages pour finir dans un style très moyen.
Je reconnais donc un certain charme et une certaine originalité à cette BD, à ses personnages bavards et à leurs dialogues et pensées, mais ce n'est clairement pas le genre de BD qui me passionne plus que quelques pages... Et là, des pages et de l'ennui, il y en a beaucoup trop pour moi.
Plutôt un 2.5/5 qu'un 3/5 franc et massif, parce qu'après Il faut tuer José Bové qui m'avait franchement bien fait marrer, je suis plutôt déçu par cet album que j'espérais très drôle mais qui ne fait qu'emprunter des sentiers battus ou bien d'autres, des "Guignols de l'info" à Team America, se sont déjà largement aventurés.
6 ans après la 1ère élection de Bush, 5 ans après les attentats de New York, 3 ans après le début de l'invasion de l'Irak, il ne reste plus grand'chose d'original ou rigolo à dire sur tout ça. Certes on trouve quand même quelques bons gags, mais l'ensemble sent vraiment le réchauffé. A lire pour passer 5 minutes, mais vraiment pas un achat indispensable.
J’ai découvert assez tardivement cette série qui tranche avec la production habituelle de "Soleil", celle des quêtes et des bimbos.
Ici, c'est le destin de quatre personnages que l'on suit et dans le présent volume deux d'entre eux vont se revoir pour faire cause commune. Certes, le titre de cet opus est "Olgo" (un des quatre personnages principaux), pourtant à l'image de la couverture (comme celle des trois autres), c'est la belle Sylène qui est toujours mise en avant. Il faut dire que Laurent Sieurac sait particulièrement la mettre en valeur. Le dessin est extrêmement soigné, et le scénario est riche en rebondissements (même si comme certains l'ont écrit précédemment, l'esprit du film "the gang of New York" plane sur cette aventure).
A l'image du très réussi Le Feul, du même scénariste, Jean-Charles Gaudin, les éditions "Soleil" arrivent à nous proposer une bande dessinée hors des canons de l'heroic-fantasy traditionnelle tout en en conservant l'univers.
Paru dans les années 60 en magazine, cette BD se rapproche des archétypes de la BD d'aventure jeunesse de l'époque.
Godard y fait preuve d'un dessin pas mauvais, au trait à mi-chemin entre les styles Franquin et Greg tout en étant plus raide et moins maîtrisé. Les couleurs sont également typiques de l'époque. Bref, en lisant cette BD, on a l'impression de lire des pages du journal Tintin ou l'Intrépide.
Le scénario des deux histoires que contient cet album ("la Secte de l'Hippocampe" suivi de "Poison à foison", "Chauve qui peut" n'ayant jamais été édité en album) est très basique. Nos deux héros, le grand beau fort et courageux et son compagnon plus rigolo, se retrouvent à chaque fois embarqués par hasard dans une intrigue légèrement criminelle sans jamais représenter vraiment de danger. C'est de l'aventure campagnarde, avec une secte villageoise de "sorciers" ou un gangster en cavale. Rien d'autre que du divertissement, avec un humour un peu trop diffus qui n'attire que quelques sourires par-ci par-là.
Bref, c'est une série qui ne marquera pas son lecteur ni par son originalité ni par sa réussite, mais qui reste très correcte.
A lire par curiosité, pour voir le type de récits d'aventures que pouvait imaginer Godard avant de devenir le génial scénariste de Le Vagabond des Limbes.
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Le Cri du Peuple
A ce qu'il paraît, Tardi est un des grands noms de la bande-dessinée franco-belge. Je décide donc de me plonger dans son "cri du peuple", oeuvre historique autant que dramatique. Il apparaît tout d'abord que "le cri du peuple" est une oeuvre dense, très dense. Plusieurs histoires parallèles s'enchevêtrent tout au long des quatre albums. D'un côté cela donne du grain à mouler à l'histoire, mais d'un autre côté certains trouveront que cet imbroglio rend l'ensemble confus. Pour ma part j'ai trouvé assez adroit la façon dont l'auteur pose les pièces du puzzle, des événements et des faits qu'on croyait distincts révèlent avoir un rapport entre eux, les intrigues se recoupent en mailles de plus en plus serrées, jusqu'à nous offrir -pour ceux qui vont jusqu'au bout évidemment- un ensemble cohérent. Néanmoins, l'auteur a, au début, tellement complexifié les différentes histoires parallèles, que l'ensemble final peut paraître bien pauvre et décevant au regard des espoirs construits au fil du récit. La frustration engendrée par cette déception est préjudiciable à l'attention qu'on peut apporter aux autres points d'intérêts de l’œuvre, ce qui est dommage. Je veux bien sûr parler de l'aspect historique. Cette BD a l'immense mérite de nous éclairer sur une des périodes les plus sombres, mais aussi énigmatiques, tant les motivations qui ont poussé aux événements qui se sont déroulés à Paris en ce début de 1870 pouvaient paraître obscures et incompréhensibles. Tardi nous décortique la Commune -sa genèse, son apogée, sa fin- à partir de la rue-même, d'où le titre "le cri du peuple". J'ai été vraiment abasourdi de découvrir les différences sociales de la France de l'époque, en pleine révolution industrielle. L'apparition du prolétariat ouvrier, la naissance d'une classe bourgeoise, tout cela concourait à la propagation des idéaux de Marx, à la révolte, voire à la révolution. Il y a beaucoup de personnages, mais je pense qu'aucun ne parvient à éclipser le vrai personnage principal: Paris. La ville de Paris, révoltée, brûlante sous les décombres, jonchées de cadavres. Son peuple si prompt à se battre et à se faire massacrer. Paris est vivante, c'est en son ventre que grouillent toutes les passions humaines. Maintenant que j'ai compris que ce qui importe est le contenu, cette BD mérite une vraie relecture, et peut-être monterai-je la note. Après tout, sans doute Tardi voulait-il qu'à travers cet événement historique, retentisse pour toujours le "cri du peuple"...
Wimbledon Green
Wimbledon Green est un petit mais très bel album. Superbe couverture, papier épais et beau, 120 pages d'une réelle densité permettant une lecture très longue (2 heures pour tout l'album en ce qui me concerne). Cet album vaut donc largement son prix et même moi qui, après lecture, ne trouve le contenu que "pas mal", je ne suis pas mécontent de l'avoir acheté. J'étais vraiment curieux de découvrir cette BD qui gardait sa part de mystère par son originalité et son traitement particulier. Il s'agit donc d'un album traitant, par le biais d'histoires courtes, d'interviews en quelques cases ou d'anecdotes en quelques pages, d'un grand collectionneur fictif de comics : Wimbledon Green. C'est donc une vue d'ensemble à la fois affectueuse et sarcastique du monde des collectionneurs compulsifs voire tout simplement professionnels. Le dessin est à la manière de certains anciens comic strips américains : tout rond, tout simple mais efficace. Il n'y a pas de quoi crier à la splendeur mais ça colle bien avec l'ambiance, même le héros Green avec son physique de gros pacman sur pattes. Et puis les cases de chaque page sont tellement petites qu'on n'a pas de quoi s'attarder trop sur le dessin. J'ai passé un moment de lecture pas désagréable mais je dois dire que je n'ai guère été captivé par cette description du monde des collectionneurs. N'en étant pas un, je n'ai pas su m'attacher à quelque personnage que ce soit, ni ressentir ce que l'album tente de faire passer sur les merveilles des comics de l'âge d'or. J'ai juste apprécié la fluidité de la narration, l'originalité de la construction et du thème. Un album sympathique et de très belle qualité mais pas un indispensable.
Retour au collège
J'ai découvert Riad Satouff avec "Retour au collège", et je ne m'en plains pas! Cette BD m'a réellement fait rire, certains passages sont géniaux, par exemple les passages où il se rappelle ses années de collège. J'ai rarement autant ri devant une BD (à part devant du Gotlib mais c'est une autre histoire...). De plus je trouve le concept vraiment intéressant. Si cette BD n'est pas un documentaire, elle s'en rapproche quand même. Disons que c'est une immersion (humoristique certes). J'ai été jeune il y a peu de temps, et je peux vraiment dire que les portraits que nous brossent Satouff sont loin de la caricature gratuite. Tout juste exagère-t-il le trait, mais la plupart des collégiens sont VRAIMENT comme ça. Je pense que ça pourrait être instructif pour tout le monde. Mais n'oublions pas ce qui fait l'essence de cette BD: une oeuvre cathartique destinée à chasser les vieux démons de la pré-adolescence. En effectuant ce travail, Satouff nous offre une oeuvre hilarante et qui peut nous parler à tous. Pas un chef-d'oeuvre, mais il n'empêche que je le relirai plusieurs fois avec plaisir...
Les Passagers du vent
C'est grâce à BDthèque que j'ai appris l'existence de cette série, c'est grâce aux avis tous plus dythirambiques les uns que les autres que je m'y suis lancé, et c'est maintenant après plus d'un an d'une interminable lecture entrecoupée de longues coupures que fais part de mes sentiments sur les "Passagers du vent". Le maître-mot est avant tout: bluffant. Jamais je n'aurais cru qu'on pouvait faire de la bande-dessinée de la sorte. Une série courte -cinq tomes, pas plus- pour une histoire qui peut s'apparenter à une tranche de vie d'une galerie de personnages. L'esprit de cette série exprime le grand large, l'Océan avec un grand O. Le parfum de l'aventure transporté par les alizées. Et en effet, on ne quitte jamais les grands navires, et l'on ne s'éloigne jamais trop des ports, de la mer. La série commence par l'image du l'océan, et se termine de même. Comme si tout revenait à l'Océan. Comme si tous les personnages étaient prisonniers de l'appel du large. Ils sont bien les "passagers du vent", et ce bien souvent contre leur gré. Cette série a le goût d'une tragédie grecque. Le poids du Destin pèse plus que toute autre chose sur les protagnistes de ce ballet de pantonymes. Ils ne sont pas les maîtres de leur vie, et un rien suffit pour que leur existence bascule du meilleur vers le pire. Jouets d'une Destinée aveugle et froide plus que cruelle, nos héros ne peuvent que combattre ou s'accomoder de leurs mésaventures, et leurs efforts pour influer sur le cours des choses se révèlent souvent vains ou à côté du but initial. Face à des événements qu'ils ne choisissent pas, qu'ils refusent parfois, nos héros ne peuvent opposer que l'amitié et l'amour. Amitié parfois trahie, amour souvent brutal, érotisme par moment vulgaire, humour désespéré ou blasé. Paradoxe des sentiments et des comportements, comme quoi même leur coeur n'est pas à l'abris de soubresauts. C'est sans doute cela qui les rend tellement humains. Leurs aventures en mer sur les vaisseaux de guerre ou les négriers, en Angleterre, sur les côtes africaines, je ne les oublierai sans doute pas. La fin de la série surprend, mais elle emplit de joie car on comprend qu'en fin de compte, "tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir". Ce qui m'empêche de qualifier cette série de "culte", c'est sans doute le fait qu'Isa soit trop en avance sur ses contemporains sur la question de l'esclavage, et peut-être le déroulement du récit parfois trop confus. Mais cette série, malgré son âge, n'a pas vieilli, les dessins restent somptueux, et le fond toujours aussi fort. La documentation annexe est très intéressante. "Les Passagers du vent", une série-phare, à lire et à relire.
Tony Corso
On me dit que Tony Corso est l'une des BD en forme du moment, et j'ai décidé de me faire mon propre avis sur la question. Le premier point positif est le cadre des aventures du héros. Ils nous renvoient tout de suite à des rêves de vacances ensoleillées. C'est surtout la variété des thèmes envisagés qui est intéressante. On propose en effet au lecteur de plonger dans le monde de la jet-set, du business, du blanchissement d'argent, toute ces choses inaccessibles au grand public, cet univers de gens riches, corrompus, et envieux. Je crois que c'est ce qu'aime et attend le public actuel. Les scénarios en eux-mêmes ne sont pas d'une grande virtuosité, et j'ai assez peu apprécié avec quel manque de subtilité et de finesse les événements étaient amenés au lecteur: sur un plateau. Pas de place pour la réflexion. Bref, en lisant Tony Corso, on n'assiste pas à une enquête auquelle est conviée le lecteur, mais pour ma part j'ai eu l'impression de prendre part à un divertissement nonchalent. Largo Winch, pour citer une série qui s'en rapproche, pour ce qui est du déroulement de l'histoire, est autrement mieux construite. Le héros en lui-même n'est pas très attachant. Trop cynique, trop sûr de lui, il lui manque ce grain de charisme et ces petites faiblesses qui auraient pu le rendre attachant. Néanmoins, j'ai apprécié que (presque) toutes les femmes ne tombassent pas dans ses bras -contrairement à Largo Winch. Quant au dessin, on ne peut pas dire qu'il soit très beau. Agréable de loin, mais franchement laid pour les plans rapprochés. Sur ce point-là, le dessinateur doit faire des efforts. Comme je ne peux pas mettre deux étoiles à cette série, mais qu'elle n'en mérite pas vraiment trois, je vais mettre "pas mal" en signe d'encouragement, car elle possède un vrai potentiel.
Criminal Macabre
Criminal Macabre, ou retour aux sources. Car pour être franc, le vampire de base ça se tue comme un boucher le ferait, pas de classe, pas de costume de héros de comics, un flingue et ça va! D'ailleurs le héros le dit lui-même "Je ne connais rien sur cette terre qu'un bon coup de fusil ne puisse buter", ou un truc dans le genre... Pourquoi retour aux sources ? Et bien parce que le héros n'est pas un jeune dandy immortel, mais bien un humain comme les autres (mis à part le fait qu'il voit les morts, on a tous nos faiblesses...), qu'il est alcoolique, toxicomane et qu'après tout il fait son boulot, pas avec plaisir, mais c'est comme ça. Au moins ça change. L'ambiance est magnifique, elle marque avec perfection le contraste entre le héros, qui trouve tout à fait normal la tournure que les évènements prennent, et les autres humains (des couillons comme vous et moi) qui refusent de croire au fantastique et qui se bouffent tout ça d'un bloc en une journée montre en main ! Et l'histoire ? Rahh l'histoire ! Génialement menée, classique, on nous sort pas des vampires apocalyptiques, mais bien des vraies rumeurs moyenâgeuses, enfin voilà quoi... retour aux sources. Le dessin quant à lui, c'est ça qui m'a fait découvrir Templemsith, et là, je ne dirai rien. Le mélange de dessin et de photos est vraiment le style rêvé pour ces histoires glauques, c'est le novateur qui s'oppose à ce retour aux sources, génial quoi ! Et là vous vous demandez certainement pourquoi je n'ai pas mis 5/5 ? Bug de souris, tout simplement...
Le Café de la plage
En début de lecture de cette intégrale de 4 tomes, j'ai été légèrement charmé par le dessin, par l'ambiance, par l'atmosphère langoureuse qui se dégageait de ce café perdu au bout d'une plage déserte, une atmosphère très cinématographique. Je n'appréciais pas plus que cela les dialogues et les histoires de coeur et d'espoirs déçus que se racontaient les personnages mais je les ai lus en me laissant plus ou moins porté par la vague de l'ambiance particulière. Le dessin, sans être exceptionnel, me plaisait bien aussi par ses compositions épurées et esthétiques. Mais avant la fin du premier tome, j'ai commencé à franchement me lasser. Les états d'âme des personnages m'ennuyaient, les péripéties hollywoodiennes de Rita m'ont lassé dès le début, les dialogues emplissant l'ensemble des planches m'ont parus rebutants et l'envie de zapper des pages et de feuilleter de plus en plus vite m'a prise. En outre, le dessin se faisait de moins en moins esthétique au fil des pages pour finir dans un style très moyen. Je reconnais donc un certain charme et une certaine originalité à cette BD, à ses personnages bavards et à leurs dialogues et pensées, mais ce n'est clairement pas le genre de BD qui me passionne plus que quelques pages... Et là, des pages et de l'ennui, il y en a beaucoup trop pour moi.
La croisade s'amuse
Plutôt un 2.5/5 qu'un 3/5 franc et massif, parce qu'après Il faut tuer José Bové qui m'avait franchement bien fait marrer, je suis plutôt déçu par cet album que j'espérais très drôle mais qui ne fait qu'emprunter des sentiers battus ou bien d'autres, des "Guignols de l'info" à Team America, se sont déjà largement aventurés. 6 ans après la 1ère élection de Bush, 5 ans après les attentats de New York, 3 ans après le début de l'invasion de l'Irak, il ne reste plus grand'chose d'original ou rigolo à dire sur tout ça. Certes on trouve quand même quelques bons gags, mais l'ensemble sent vraiment le réchauffé. A lire pour passer 5 minutes, mais vraiment pas un achat indispensable.
Les Princes d'Arclan
J’ai découvert assez tardivement cette série qui tranche avec la production habituelle de "Soleil", celle des quêtes et des bimbos. Ici, c'est le destin de quatre personnages que l'on suit et dans le présent volume deux d'entre eux vont se revoir pour faire cause commune. Certes, le titre de cet opus est "Olgo" (un des quatre personnages principaux), pourtant à l'image de la couverture (comme celle des trois autres), c'est la belle Sylène qui est toujours mise en avant. Il faut dire que Laurent Sieurac sait particulièrement la mettre en valeur. Le dessin est extrêmement soigné, et le scénario est riche en rebondissements (même si comme certains l'ont écrit précédemment, l'esprit du film "the gang of New York" plane sur cette aventure). A l'image du très réussi Le Feul, du même scénariste, Jean-Charles Gaudin, les éditions "Soleil" arrivent à nous proposer une bande dessinée hors des canons de l'heroic-fantasy traditionnelle tout en en conservant l'univers.
Tim et Anthime
Paru dans les années 60 en magazine, cette BD se rapproche des archétypes de la BD d'aventure jeunesse de l'époque. Godard y fait preuve d'un dessin pas mauvais, au trait à mi-chemin entre les styles Franquin et Greg tout en étant plus raide et moins maîtrisé. Les couleurs sont également typiques de l'époque. Bref, en lisant cette BD, on a l'impression de lire des pages du journal Tintin ou l'Intrépide. Le scénario des deux histoires que contient cet album ("la Secte de l'Hippocampe" suivi de "Poison à foison", "Chauve qui peut" n'ayant jamais été édité en album) est très basique. Nos deux héros, le grand beau fort et courageux et son compagnon plus rigolo, se retrouvent à chaque fois embarqués par hasard dans une intrigue légèrement criminelle sans jamais représenter vraiment de danger. C'est de l'aventure campagnarde, avec une secte villageoise de "sorciers" ou un gangster en cavale. Rien d'autre que du divertissement, avec un humour un peu trop diffus qui n'attire que quelques sourires par-ci par-là. Bref, c'est une série qui ne marquera pas son lecteur ni par son originalité ni par sa réussite, mais qui reste très correcte. A lire par curiosité, pour voir le type de récits d'aventures que pouvait imaginer Godard avant de devenir le génial scénariste de Le Vagabond des Limbes.