J'ai toujours été intrigué par cette série à chaque fois que je l'apercevais en librairie ou en bibliothèque. Je me suis donc lancé et je dois dire que malheureusement je n'ai pas franchement aimé.
Le style graphique est super original, la mise en page aussi et les dessins sont très bons. Donc cette série a tout pour plaire. Je comprends d'ailleurs parfaitement qu'il y ait une majorité d'avis positif.
Mais voilà l'histoire ne m'a pas captivé. Il faut dire que ça part très mal : nous sommes en 1999 et l'héroïne de 99 ans est une utilisatrice complètement familière d'Internet et des e-mails... Il n'y a que moi que ça choque ? J'ai l'esprit trop cartésien ? Sans rire, ça ne tient pas debout...
L'histoire du passé de son frère m'a pourtant bien intéressé au début. Ca aurait pu être très bon, je pense. Est-il vivant ? Mort ? Que lui est-t-il arrivé ? Mais j'ai trouvé que le récit traînait trop en longueurs pour me passionner. Dommage...
Depuis quelques années déjà, je suis presque quotidiennement les strips comiques et politiques de Ted Rall publiés aux USA et sur Internet. Je sais à quoi m'en tenir avec ce journaliste et humoriste : il est profondément anti-Bush, très cynique, très ironique et il dénonce en permanence l'utilisation du 11 Septembre par le gouvernement américain, la guerre en Afghanistan et bien sûr la guerre en Irak. Pour lui, Bush est un "Généralissimo" dont les deux seuls neurones sont nommés Guerre et Pétrole.
N'étant pas loin de partager l'ensemble de ses idées, c'est toujours avec le sourire ou un vrai rire franc que je lis ses strips mordants. Même si, à chaque fois, je suis obligé de me dire qu'il simplifie peut-être un peu trop les choses, qu'une attaque aussi directe et brutale contre Bush manque peut-être de recul. Mais dans l'ensemble, sans aborder l'aspect de la justesse politique de son discours, on ne peut pas nier que Ted Rall aie vraiment de l'humour et le sens de l'ironie. Et puis de telles attaques flattent tellement l'esprit de l'opposant typique Français à Bush et à ses manipulations guerrières que je ne vais pas m'en priver.
Passage Afghan, tel qu'il a été publié par La Boite à Bulles, est composé de deux livres en un, avec deux couvertures tête-bêche de chaque côté de l'album. D'un côté, une vraie BD en 48 pages racontant le reportage que Ted Rall a effectué en Afghanistan au début de la Guerre entre Alliance du Nord et Talibans, sous les bombardements des avions américains. De l'autre côté, Ted Rall revient sous la forme de textes, de photos et de strips comiques sur les mêmes évènements qu'il racontait en BD et y apporte une foule de données supplémentaires et d'explications.
Le dessin de Ted Rall est dans une veine de strips comiques publiés quotidiennement dans les journaux américains : ce n'est pas un dessin techniquement maîtrisé, il se contente de faire dans l'efficace et le compréhensible. Sur un sujet similaire, on ne peut s'empêcher de comparer Passage Afghan à Le Photographe de Guibert puisque dans les deux cas on aborde, avec photos à l'appui, un reportage dans des conditions très difficiles en Afghanistan, même si plusieurs années séparent les deux récits. Eh bien, on peut affirmer sans crainte que Passage Afghan est nettement moins esthétiquement réussi que Le Photographe.
Et pourtant, personnellement, et ça va faire bondir certains amateurs de Guibert, je préfère Passage Afghan à Le Photographe car en 48 pages, j'en ai appris bien plus et j'ai été nettement plus intéressé.
Le récit est fort, intéressant et drôle à la fois. Ted Rall raconte avec franchise et une bonne dose d'ironie son petit périple en tant que journaliste occidental aux abords de la Guerre. Il nous montre avec acidité l'aspect ubuesque de cette guerre où du jour au lendemain les Talibans se transforment en membres de l'Alliance du nord et vice-versa, où les américains bombardent à peu près tout le monde, où les occidentaux rivalisent de médiocrité, où les Afghans passent leur temps à racketter les occidentaux. Mais il raconte aussi et surtout la guerre, avec son lot de morts de tout côtés, morts qui seront également nombreux aux côtés de Ted Rall, parmi les journalistes qui l'ont accompagné. Sans manichéisme, il est implacable avec tous les partis en présence, dénonçant aussi bien la politique Américaine et le comportement des occidentaux dans leur ensemble que le comportement des Afghans eux-mêmes. Il montre surtout que cette guerre n'est qu'un leurre car les Talibans et l'Alliance du Nord ne sont pas seulement proches les uns des autres : ce sont strictement les mêmes personnes, changeant de camp au gré des évènements. Et bien sûr, c'est une dénonciation de la manipulation de l'information par la presse occidentale puisqu'on nous annonce la libération de l'Afghanistan, le départ des Talibans, mais « la plus grande réussite des Etats-Unis en Afghanistan a consisté à remplacer le pire régime du monde par l’anarchie et le chaos, et d’augmenter sensiblement le mépris des musulmans envers des Américains qu’ils considéraient déjà comme de la racaille. Les femmes portent toujours la burqa, la charia la plus radicale est toujours en vigueur, la nuit appartient aux bandes armées. »
Ce récit noir et pessimiste est raconté pourtant sur un ton humoristique, légèrement cynique. Mais la vérité dans cette guerre n'est-elle pas la plus belle des ironies ?
Le seul reproche que je puisse faire à ce reportage, c'est son aspect très largement politisé et trop directement anti-Bush car certaines affirmations de Ted Rall peuvent peut-être prêter à un peu de reflexion. Mais dans l'ensemble, c'est une vraie bouffée d'informations, de vérité, le tout raconté avec intelligence et humour.
Une série d'une exceptionnelle qualité, tant au niveau du scénario que du dessin. Ayroles s'attaque aux contes de fée qu'il parodie avec une certaine aisance.
Certains diront que le premier cycle est le meilleur des deux. Mais, à mon avis, les deux se valent. L'idée de faire revenir Garulfo avec le personnage de Romuald transformé en grenouille est une très ingénieuse. Les personnages de l'ogre et du lutin sont d'excellentes trouvailles.
Je ne suis pas un fan des séries à rallonge, mais là j'en viens à regretter qu'il n'y ait pas un troisième cycle.
J'ai hésité à mettre 5, mais à mon avis cette série est tout aussi bonne que l'autre oeuvre d'Ayroles De Cape et de Crocs.
Un style très nouveau, des couleurs qui pètent, un sens très chaotiques, des images fortes, vous l'avez compris je suis séduit. A un détail près, on sent quelques fois la tentation de la facilité scénaristique mais à la lecture du 2eme volume la sensation s'estompe un peu. Néanmoins 2 très beaux et riches albums in my collection.
Voici pour moi, LA référence en matière de science-fiction.
Que je m'explique...
Nous sommes plongés dans un univers gigantesque, ouvrant la porte à des possibilités infinies (seule l'imagination des auteurs est la limite).
Axle Munshine, notre héros, s'y promène à la recherche de la femme dont il rêve, puis de son père, puis... [je ne dévoile pas plus]
Dans ses péripéties, différentes histoires se développent : certaines ayant fortement trait à la quête principale, d'autre beaucoup moins (un peu à la X-Files: certains épisodes n'ont rien à voir avec l'intrigue principale). Ces histoires sont généralement amusantes et ponctuées de curiosités intergalactiques qui valent le détour.
Les points forts de Godard sont sans conteste son imagination et la manière dont il arrive à garder une cohérence à son univers et une fluidité dans son histoire.
Marv' a très bien résumé ce point, je cite : "si parfois l'histoire stagne ou se complique trop, Godard trouve toujours l'idée au bon moment pour débloquer le récit."
En effet, quand le lecteur commence à se lasser de l'intrigue principale, on dirait que Godard le sent et entraîne aussitôt Axle dans une nouvelle quête, relançant ainsi l'intérêt pour la série.
Maintenant, bien sûr, certains albums sont moins intéressants que d'autres (mais jamais inintéressants), mais sur 31 tomes, n'est-ce pas normal ?
Pour le dessin, là, je dirais qu'il n'est plus vraiment d'époque, qu'il a mal vieilli (Mais comme cette série débuta dans les années 70, je pense qu'il faut remettre cela dans son contexte). Je peux donc comprendre que ce dessin rebute certaines personnes. A celles-là, je dirais, foncez, vous ratez un chef d'oeuvre !!!
Tout ça pour dire, qu'après 31 tomes, j'en demande encore et que je voudrais que cette série ne s'arrête jamais (si elle reste de cette qualité, bien sûr).
J'aime beaucoup cette série pour le dessin de Yoann, notamment. Omond, le scénariste fait un pastiche des feuilletons populaires du XIXème siècle avec son lot de rebondissements surprenants. Il y a de vraies références au roman le mystérieux docteur Cornélius. De fait, le côté fantastique n'est pas absent du tout, avec les expériences de laboratoire.
La lutte entre passéistes et modernistes est assez amusante.
Une série que je conseille de découvrir, il semble qu'elle n'ait pas eu beaucoup de succès, ce qui est dommage.
C'est le type d'histoires scénarisées par Yann qui me fait dire que c'était mieux avant avec lui. J'ai l'impression que Yann veut faire de la provoc, mais cette fois : ça tombe à plat. Odilon Verjus ne me fait vraiment pas rire ; sans doute l'anticléricalisme est-il passé de mode ? Il n'y plus grand chose de subversif dans cette bd par rapport aux Innommables qui étaient un vrai pavé dans la mare lancé à l'époque dans le journal Spirou.
Les trois premiers albums ne m'ont pas du tout plu, c'est surtout une suite de situations comiques, sans véritable scénario. Le tome 4 Adolf est un peu mieux construit, mais à mon avis le meilleur album est Breiz Atao qui se passe en Bretagne. Ici l'abus de références ne se fait pas au détriment du scénario. Le tome 6 vade retro Hollywood retombe dans les travers des premiers épisodes.
Les dessins de Verron, par contre, sont très bien adaptés à ce genre d'histoire.
Voilà l'exemple type de la bd que j'aimais bien quand j'étais jeune et que je trouve très limite aujourd'hui. Pourtant Natacha l'hôtesse de l'air a été une des premières héroïnes de bande dessinée.
Certains vieux albums comme un trône pour Natacha ou la mémoire de métal sont encore de bonne qualité. Le reste est à mon avis beaucoup moins intéressant.
Le problème de cette série vient peut-être du fait qu'il y a un manque de cohérence scénaristique. Trop de scénaristes différents se sont succédés et cela nuit à la trame générale. Quant aux derniers albums, ce n'est vraiment pas bon.
Anna est un thriller psychologique noir et glauque dans lequel il est difficile d'entrer en première lecture.
Graphiquement parlant, l'ensemble de l'histoire a été tournée en vidéo et ce sont les images de la vidéo qui ont ensuite été reprises et redessinées. Le résultat est un ensemble de planches au style photo-réaliste en noir et blanc, mais surtout en noir. Les personnages s'en retrouvent très réalistes mais dans des poses souvent figées et manquant d'expressivité. La majorité des cases sont très noires, avec juste quelques touches de blanc. Le résultat en est techniquement maîtrisé mais souvent difficilement déchiffrable. Même après inspection, je dois admettre ne tout simplement pas réussir à comprendre le contenu de certaines cases, ce qui est un peu gênant en lecture.
Mais cette noirceur et cette ambiguité du dessin ajoutent à l'ambiance voulue et un peu malsaine du récit. Et c'est presque avec déception que j'ai découvert que le chapitre le plus important, le tournant de l'histoire, n'était pas raconté en images mais directement en texte, peut-être pour rendre plus compréhensible et plus fort le moment en question.
Ici tout est rapports de domination-soumission, pensées perverses, rapports artificiels et cruels entre personnes, relations conflictuelles et pernicieuses. Les personnages ont été rendus sciemment détestables par les auteurs.
Mais tout cela joue pour forger le récit, son ambiance et son final. Après peut-être une relecture des premiers chapitres, un peu trop hermétiques quand on n'est pas encore entré dans le scénario, on se rend compte que tout est bien monté, que les personnages sont justes tout en étant haïssables. L'aspect psychologique du récit est extrême mais crédible. Même si on en vient très vite à se demander comment des personnes peuvent être aussi égocentriques et connards que les héros de cette BD, artistes contemporains (photographes dans notre cas) imbus d'eux-mêmes et ne vivant que pour haïr et mépriser leur prochain.
Un récit psychologique noir et glauque, qui pêche juste par son dessin peu intelligible. Même si personnellement je ne suis pas friand de ce type de récit, je pense qu'il devrait plaire aux amateurs du genre.
Qu’est ce qui a bien pu pousser Art Spiegelman à sortir de son silence, tant d’années après Maus ? Le bonhomme préfère peut-être décrire et analyser les pires évènements de notre histoire, que de se pencher sur des faits plus terre-à-terre ? Ou s’agit-il d’opportunisme malsain ? D’auto thérapie pour évacuer le traumatisme ? De vrai retour d’inspiration et d’envie de faire de la BD ?
Non je pose la question, parce que quand même, cet album n’a de toute évidence pas grand chose à raconter : une analyse un peu simpliste d’un problème bien compliqué, l’inquiétude pour sa petite fille allant à l’école juste à coté de « Ground Zero », le tout saupoudré d’un soupçon de propagande anti-bush primaire bien dans le vent.
« Je veux dire, c'est pas que j'aime mon nez... Mais je ne veux pas qu'on vienne y écraser un bon dieu d'avion dessus ! ». C’est vrai que des remarques de ce genre font bien avancer le problème, bravo le niveau hein.
Désolé de faire mon aigri, mais j’attendais quand même quelque chose de plus profond, de plus documenté, me donnant un début de réponse ou de réflexion sur l’énormité qu’était l’effondrement des twin towers.
Ajoutons à ça un format improbable, un prix prohibitif, et un dessin vraiment moyen rendant la lecture pénible, et « A l'ombre des tours mortes » rejoint le club très privé des BD m’ayant ennuyé de la 1ere à la dernière page.
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XXe ciel.com
J'ai toujours été intrigué par cette série à chaque fois que je l'apercevais en librairie ou en bibliothèque. Je me suis donc lancé et je dois dire que malheureusement je n'ai pas franchement aimé. Le style graphique est super original, la mise en page aussi et les dessins sont très bons. Donc cette série a tout pour plaire. Je comprends d'ailleurs parfaitement qu'il y ait une majorité d'avis positif. Mais voilà l'histoire ne m'a pas captivé. Il faut dire que ça part très mal : nous sommes en 1999 et l'héroïne de 99 ans est une utilisatrice complètement familière d'Internet et des e-mails... Il n'y a que moi que ça choque ? J'ai l'esprit trop cartésien ? Sans rire, ça ne tient pas debout... L'histoire du passé de son frère m'a pourtant bien intéressé au début. Ca aurait pu être très bon, je pense. Est-il vivant ? Mort ? Que lui est-t-il arrivé ? Mais j'ai trouvé que le récit traînait trop en longueurs pour me passionner. Dommage...
Passage Afghan
Depuis quelques années déjà, je suis presque quotidiennement les strips comiques et politiques de Ted Rall publiés aux USA et sur Internet. Je sais à quoi m'en tenir avec ce journaliste et humoriste : il est profondément anti-Bush, très cynique, très ironique et il dénonce en permanence l'utilisation du 11 Septembre par le gouvernement américain, la guerre en Afghanistan et bien sûr la guerre en Irak. Pour lui, Bush est un "Généralissimo" dont les deux seuls neurones sont nommés Guerre et Pétrole. N'étant pas loin de partager l'ensemble de ses idées, c'est toujours avec le sourire ou un vrai rire franc que je lis ses strips mordants. Même si, à chaque fois, je suis obligé de me dire qu'il simplifie peut-être un peu trop les choses, qu'une attaque aussi directe et brutale contre Bush manque peut-être de recul. Mais dans l'ensemble, sans aborder l'aspect de la justesse politique de son discours, on ne peut pas nier que Ted Rall aie vraiment de l'humour et le sens de l'ironie. Et puis de telles attaques flattent tellement l'esprit de l'opposant typique Français à Bush et à ses manipulations guerrières que je ne vais pas m'en priver. Passage Afghan, tel qu'il a été publié par La Boite à Bulles, est composé de deux livres en un, avec deux couvertures tête-bêche de chaque côté de l'album. D'un côté, une vraie BD en 48 pages racontant le reportage que Ted Rall a effectué en Afghanistan au début de la Guerre entre Alliance du Nord et Talibans, sous les bombardements des avions américains. De l'autre côté, Ted Rall revient sous la forme de textes, de photos et de strips comiques sur les mêmes évènements qu'il racontait en BD et y apporte une foule de données supplémentaires et d'explications. Le dessin de Ted Rall est dans une veine de strips comiques publiés quotidiennement dans les journaux américains : ce n'est pas un dessin techniquement maîtrisé, il se contente de faire dans l'efficace et le compréhensible. Sur un sujet similaire, on ne peut s'empêcher de comparer Passage Afghan à Le Photographe de Guibert puisque dans les deux cas on aborde, avec photos à l'appui, un reportage dans des conditions très difficiles en Afghanistan, même si plusieurs années séparent les deux récits. Eh bien, on peut affirmer sans crainte que Passage Afghan est nettement moins esthétiquement réussi que Le Photographe. Et pourtant, personnellement, et ça va faire bondir certains amateurs de Guibert, je préfère Passage Afghan à Le Photographe car en 48 pages, j'en ai appris bien plus et j'ai été nettement plus intéressé. Le récit est fort, intéressant et drôle à la fois. Ted Rall raconte avec franchise et une bonne dose d'ironie son petit périple en tant que journaliste occidental aux abords de la Guerre. Il nous montre avec acidité l'aspect ubuesque de cette guerre où du jour au lendemain les Talibans se transforment en membres de l'Alliance du nord et vice-versa, où les américains bombardent à peu près tout le monde, où les occidentaux rivalisent de médiocrité, où les Afghans passent leur temps à racketter les occidentaux. Mais il raconte aussi et surtout la guerre, avec son lot de morts de tout côtés, morts qui seront également nombreux aux côtés de Ted Rall, parmi les journalistes qui l'ont accompagné. Sans manichéisme, il est implacable avec tous les partis en présence, dénonçant aussi bien la politique Américaine et le comportement des occidentaux dans leur ensemble que le comportement des Afghans eux-mêmes. Il montre surtout que cette guerre n'est qu'un leurre car les Talibans et l'Alliance du Nord ne sont pas seulement proches les uns des autres : ce sont strictement les mêmes personnes, changeant de camp au gré des évènements. Et bien sûr, c'est une dénonciation de la manipulation de l'information par la presse occidentale puisqu'on nous annonce la libération de l'Afghanistan, le départ des Talibans, mais « la plus grande réussite des Etats-Unis en Afghanistan a consisté à remplacer le pire régime du monde par l’anarchie et le chaos, et d’augmenter sensiblement le mépris des musulmans envers des Américains qu’ils considéraient déjà comme de la racaille. Les femmes portent toujours la burqa, la charia la plus radicale est toujours en vigueur, la nuit appartient aux bandes armées. » Ce récit noir et pessimiste est raconté pourtant sur un ton humoristique, légèrement cynique. Mais la vérité dans cette guerre n'est-elle pas la plus belle des ironies ? Le seul reproche que je puisse faire à ce reportage, c'est son aspect très largement politisé et trop directement anti-Bush car certaines affirmations de Ted Rall peuvent peut-être prêter à un peu de reflexion. Mais dans l'ensemble, c'est une vraie bouffée d'informations, de vérité, le tout raconté avec intelligence et humour.
Garulfo
Une série d'une exceptionnelle qualité, tant au niveau du scénario que du dessin. Ayroles s'attaque aux contes de fée qu'il parodie avec une certaine aisance. Certains diront que le premier cycle est le meilleur des deux. Mais, à mon avis, les deux se valent. L'idée de faire revenir Garulfo avec le personnage de Romuald transformé en grenouille est une très ingénieuse. Les personnages de l'ogre et du lutin sont d'excellentes trouvailles. Je ne suis pas un fan des séries à rallonge, mais là j'en viens à regretter qu'il n'y ait pas un troisième cycle. J'ai hésité à mettre 5, mais à mon avis cette série est tout aussi bonne que l'autre oeuvre d'Ayroles De Cape et de Crocs.
Nyx
Un style très nouveau, des couleurs qui pètent, un sens très chaotiques, des images fortes, vous l'avez compris je suis séduit. A un détail près, on sent quelques fois la tentation de la facilité scénaristique mais à la lecture du 2eme volume la sensation s'estompe un peu. Néanmoins 2 très beaux et riches albums in my collection.
Le Vagabond des Limbes
Voici pour moi, LA référence en matière de science-fiction. Que je m'explique... Nous sommes plongés dans un univers gigantesque, ouvrant la porte à des possibilités infinies (seule l'imagination des auteurs est la limite). Axle Munshine, notre héros, s'y promène à la recherche de la femme dont il rêve, puis de son père, puis... [je ne dévoile pas plus] Dans ses péripéties, différentes histoires se développent : certaines ayant fortement trait à la quête principale, d'autre beaucoup moins (un peu à la X-Files: certains épisodes n'ont rien à voir avec l'intrigue principale). Ces histoires sont généralement amusantes et ponctuées de curiosités intergalactiques qui valent le détour. Les points forts de Godard sont sans conteste son imagination et la manière dont il arrive à garder une cohérence à son univers et une fluidité dans son histoire. Marv' a très bien résumé ce point, je cite : "si parfois l'histoire stagne ou se complique trop, Godard trouve toujours l'idée au bon moment pour débloquer le récit." En effet, quand le lecteur commence à se lasser de l'intrigue principale, on dirait que Godard le sent et entraîne aussitôt Axle dans une nouvelle quête, relançant ainsi l'intérêt pour la série. Maintenant, bien sûr, certains albums sont moins intéressants que d'autres (mais jamais inintéressants), mais sur 31 tomes, n'est-ce pas normal ? Pour le dessin, là, je dirais qu'il n'est plus vraiment d'époque, qu'il a mal vieilli (Mais comme cette série débuta dans les années 70, je pense qu'il faut remettre cela dans son contexte). Je peux donc comprendre que ce dessin rebute certaines personnes. A celles-là, je dirais, foncez, vous ratez un chef d'oeuvre !!! Tout ça pour dire, qu'après 31 tomes, j'en demande encore et que je voudrais que cette série ne s'arrête jamais (si elle reste de cette qualité, bien sûr).
La Voleuse du Père Fauteuil
J'aime beaucoup cette série pour le dessin de Yoann, notamment. Omond, le scénariste fait un pastiche des feuilletons populaires du XIXème siècle avec son lot de rebondissements surprenants. Il y a de vraies références au roman le mystérieux docteur Cornélius. De fait, le côté fantastique n'est pas absent du tout, avec les expériences de laboratoire. La lutte entre passéistes et modernistes est assez amusante. Une série que je conseille de découvrir, il semble qu'elle n'ait pas eu beaucoup de succès, ce qui est dommage.
Odilon Verjus
C'est le type d'histoires scénarisées par Yann qui me fait dire que c'était mieux avant avec lui. J'ai l'impression que Yann veut faire de la provoc, mais cette fois : ça tombe à plat. Odilon Verjus ne me fait vraiment pas rire ; sans doute l'anticléricalisme est-il passé de mode ? Il n'y plus grand chose de subversif dans cette bd par rapport aux Innommables qui étaient un vrai pavé dans la mare lancé à l'époque dans le journal Spirou. Les trois premiers albums ne m'ont pas du tout plu, c'est surtout une suite de situations comiques, sans véritable scénario. Le tome 4 Adolf est un peu mieux construit, mais à mon avis le meilleur album est Breiz Atao qui se passe en Bretagne. Ici l'abus de références ne se fait pas au détriment du scénario. Le tome 6 vade retro Hollywood retombe dans les travers des premiers épisodes. Les dessins de Verron, par contre, sont très bien adaptés à ce genre d'histoire.
Natacha
Voilà l'exemple type de la bd que j'aimais bien quand j'étais jeune et que je trouve très limite aujourd'hui. Pourtant Natacha l'hôtesse de l'air a été une des premières héroïnes de bande dessinée. Certains vieux albums comme un trône pour Natacha ou la mémoire de métal sont encore de bonne qualité. Le reste est à mon avis beaucoup moins intéressant. Le problème de cette série vient peut-être du fait qu'il y a un manque de cohérence scénaristique. Trop de scénaristes différents se sont succédés et cela nuit à la trame générale. Quant aux derniers albums, ce n'est vraiment pas bon.
Anna (Hotel particulier)
Anna est un thriller psychologique noir et glauque dans lequel il est difficile d'entrer en première lecture. Graphiquement parlant, l'ensemble de l'histoire a été tournée en vidéo et ce sont les images de la vidéo qui ont ensuite été reprises et redessinées. Le résultat est un ensemble de planches au style photo-réaliste en noir et blanc, mais surtout en noir. Les personnages s'en retrouvent très réalistes mais dans des poses souvent figées et manquant d'expressivité. La majorité des cases sont très noires, avec juste quelques touches de blanc. Le résultat en est techniquement maîtrisé mais souvent difficilement déchiffrable. Même après inspection, je dois admettre ne tout simplement pas réussir à comprendre le contenu de certaines cases, ce qui est un peu gênant en lecture. Mais cette noirceur et cette ambiguité du dessin ajoutent à l'ambiance voulue et un peu malsaine du récit. Et c'est presque avec déception que j'ai découvert que le chapitre le plus important, le tournant de l'histoire, n'était pas raconté en images mais directement en texte, peut-être pour rendre plus compréhensible et plus fort le moment en question. Ici tout est rapports de domination-soumission, pensées perverses, rapports artificiels et cruels entre personnes, relations conflictuelles et pernicieuses. Les personnages ont été rendus sciemment détestables par les auteurs. Mais tout cela joue pour forger le récit, son ambiance et son final. Après peut-être une relecture des premiers chapitres, un peu trop hermétiques quand on n'est pas encore entré dans le scénario, on se rend compte que tout est bien monté, que les personnages sont justes tout en étant haïssables. L'aspect psychologique du récit est extrême mais crédible. Même si on en vient très vite à se demander comment des personnes peuvent être aussi égocentriques et connards que les héros de cette BD, artistes contemporains (photographes dans notre cas) imbus d'eux-mêmes et ne vivant que pour haïr et mépriser leur prochain. Un récit psychologique noir et glauque, qui pêche juste par son dessin peu intelligible. Même si personnellement je ne suis pas friand de ce type de récit, je pense qu'il devrait plaire aux amateurs du genre.
À l'ombre des tours mortes
Qu’est ce qui a bien pu pousser Art Spiegelman à sortir de son silence, tant d’années après Maus ? Le bonhomme préfère peut-être décrire et analyser les pires évènements de notre histoire, que de se pencher sur des faits plus terre-à-terre ? Ou s’agit-il d’opportunisme malsain ? D’auto thérapie pour évacuer le traumatisme ? De vrai retour d’inspiration et d’envie de faire de la BD ? Non je pose la question, parce que quand même, cet album n’a de toute évidence pas grand chose à raconter : une analyse un peu simpliste d’un problème bien compliqué, l’inquiétude pour sa petite fille allant à l’école juste à coté de « Ground Zero », le tout saupoudré d’un soupçon de propagande anti-bush primaire bien dans le vent. « Je veux dire, c'est pas que j'aime mon nez... Mais je ne veux pas qu'on vienne y écraser un bon dieu d'avion dessus ! ». C’est vrai que des remarques de ce genre font bien avancer le problème, bravo le niveau hein. Désolé de faire mon aigri, mais j’attendais quand même quelque chose de plus profond, de plus documenté, me donnant un début de réponse ou de réflexion sur l’énormité qu’était l’effondrement des twin towers. Ajoutons à ça un format improbable, un prix prohibitif, et un dessin vraiment moyen rendant la lecture pénible, et « A l'ombre des tours mortes » rejoint le club très privé des BD m’ayant ennuyé de la 1ere à la dernière page.