Que voile une BD bien faite sur des questions aussi pointues que l'économie ! Sous couvert d'humour, et enrobé dans des explications chevaleresque, euh, chevaline (littéralement, puisqu'on parlera de chevaux tout du long), les auteurs s'attachent à faire de la BD une introduction fouillée et précise sur la question de l'économie.
Je n'ai toujours pas lu la BD Economix, qui semble s'attarder plus longuement sur la question et ses méandres, mais je trouve que cette BD-ci à le mérite de nous fournir une bonne base de connaissances. Sans aller jusqu'à des développements complexes tels ceux des méandres de la pensée économique de Marx, Heggel, Friedriech ou Kaynes, nous avons une simple démonstration de la façon dont l'économie gère le monde aujourd'hui. Guidé par un capitaliste caricaturé en Monsieur Monopoly, et sous métaphore de chevaux, courses et autres paris hippiques, les auteurs expliquent les bases du capitalisme, de la société marchande, de la bourse et des gouvernements maintenant le système économique de domination des riches.
C'est peut-être évident, pour certain plus initiés, mais malgré des cours d'histoire de l'économie que j'ai eu à la fac, je dois dire que j'ai eu grand plaisir à lire cette BD. Peut-être, justement, parce que cette simplicité permet une compréhension rapide et assez nette des mécanismes globaux de ce système. Rien que la compréhension vu par en haut, détachée de toute humanité, permet d'appréhender le rapport inhumain de ce système avec ceux qui en font partie. Le capitalisme, c'est une classe à part et détachée des contingent du réel, qui joue avec ce qu'ils ne considèrent pas comme des vies.
J'ai eu un coup de cœur pour la BD, parce qu'elle a ce qu'il faut pour que l'on comprenne et intègre les principes et les bases de notre économie. Bien orientée, sans aucun doute, elle nous permet aussi de comprendre pourquoi ce système est horrible, aussi bien actuellement qu'a long terme. Les questions et enjeux se développent de plus en plus autour de la question de l'économie (contrôle des marchés, écologie, crise financière/sanitaire, crise politique, réchauffement climatique, pauvreté et ultra-riches ...). Un ouvrage didactique dans ce genre est salutaire pour l’accessibilité de son discours et les questions qu'il fait naitre. Un approfondissement serait nécessaire, bien entendu, mais il ne sera pas à la portée de tous. Pour une première base, cet ouvrage est à mettre entre toutes les mains. Parce que la lutte n'est pas finie, camarade !
Je ne connaissais de Zola que son roman « Au bonheur Des Dames ».
Je savais qu’il avait pris parti pour le capitaine Dreyfus via son célèbre article « J’accuse ».
Je savais qu’il était un écrivain du courant naturaliste, s’évertuant à dépeindre les mœurs et l’injustice sociale de son époque via ses romans, notamment la série des Rougon-Macquart.
Mais je ne connaissais pas l’homme, son enfance, sa vie familiale et sentimentale, ses combats, les circonstances présumées de sa mort, ni l’ampleur de son engagement dans l’affaire Dreyfus.
Je pensais à tort qu’il avait été très reconnu, admiré par ses pairs et compatriotes durant sa vie : je ne savais pas à quel point il avait subi la vindicte populaire de par ses positions sociales et politiques.
Bref, j’ai trouvé cette bd très enrichissante (le scénariste Jean-Charles Chapuzet est historien) car j’ai beaucoup appris dans le plaisir, l’histoire étant très bien contée, c’est pour cela que je lui mets 4. C’est d’ailleurs une bd qui a été appréciée par des proches non bdphiles pour sa facilité de lecture et son apport culturel & historique.
J’ai aussi aimé le dessin, les couleurs, qui font très bien ressortir la violence politique, sociale et populaire de l’époque. Par moment, j’ai revu des images de la série télé « Paris Police 1900 » de Fabien Nury qui se passe à la même période.
Le discours d’Anatole France à ses obsèques et son entrée au Panthéon en présence du commandant Dreyfus, même si ce ne sont que 2 cases dans la bd, m’ont touché. J’avais presque l’impression que c’était l’entrée de Jean Moulin au Panthéon sous le discours d’André Malraux.
Pour résumer, c’est une biographie synthétique, avec un focus important sur l’affaire Dreyfus, qui dépeint une période de l’histoire de France de façon joliment romancée, un peu à la Zola en somme ;-)
Le titre de la bd, clin d’œil à « l’Affaire Dreyfus », est bien trouvé aussi !
Cela faisait quelques temps que je cherchais à me procurer cet album.
Pourquoi ? Pour Adrian Smith, auteur phare de la scène jeu de rôle, que j'avais découvert avec Broz (série que j'apprécie beaucoup). Pour moi une bd, c'est avant tout le dessin et là ..... extase !
Dans un monde de chaos, notre héros difforme va se dresser contre les empires du mal. C'est sombre et violent. L'histoire n'est pas des plus originales, mais la narration très singulière m'a captivée. Les 280 planches se lisent très rapidement, il n'y a presque pas de texte.
Par contre, ma deuxième lecture fût extrêmement longue. Quel graphisme, il s'en dégage une telle puissance. Ce noir et blanc ou plutôt ce noir et gris, tout en contraste est une merveille. Des doubles pages à tomber par terre. Une mise en page dynamique et osée. Chaque case est un tableau devant lequel j'apprécie tantôt la finesse, tantôt le côté "flou". Que c'est beau ! Que c'est BEAU !
Un parallèle pourra être fait avec Le Grand Pouvoir du Chninkel, la quête d'un être insignifiant qui va changer le cours de l'histoire.
C'est de la Dark Fantasy comme on en voit rarement. Cette bd presque "muette" ne va pas plaire à tout le monde, mais si vous êtes amateurs du genre, je vous la conseille grandement.
C'est avec cette intégrale de "Psykoparis" que je découvre cette série. Série qui aura eu bien du mal à trouver sa conclusion, mais qui aura eu le mérite d'y parvenir malgré toutes les péripéties qui ont jalonné ces 10 ans qui sépare le tome 1 de cette fin inclue dans cette intégrale.
Et ça en fallait fichtrement la peine !!! Un bon gros délire comme je les aime, mis en image de la plus belle des façons et nous proposant une brochette de personnages hauts en couleur ! Un Paris futuriste où chacun est autoriser à porter une arme blanche et à tuer son prochain, sans précision de date particulière, est partagé entre différentes factions et triades avec pour point d'ancrage Maman, une vieille usurière qui tient tout le monde par la (ou les ?) bourse, notant scrupuleusement la moindre dette de chacun dans un petit carnet. Quand une bande de jeunes fêtard, profite de son absence pour organiser une bamboche de tous les diables et refourguer chez le brocanteur du coin au passage tout ce qui a un semblant de valeur, c'est le drame ! Car LE carnet était consciencieusement planqué dans un buffet... S'engage alors une course contre la montre entre les gangs, car celui qui mettra la main dessus sera alors le nouveau maître de Paris...
Expliqué comme ça, tout cela peut sembler un brin foutraque, mais c'est ici plus le rythme, les péripéties et les personnages qui font toute la saveur de cette série. Ajoutez à cela le dessin léché de Corentin Martinage et vous obtenez ce petit bâton de dynamite plein de vigueur qui ne demande qu'à nous péter à la gueule ! J'avoue avoir énormément apprécier certains personnages ; que ce soit le Prospecteur ou encore le frère de Maman (un bon gros psychopathe celui-là ! Enfin, vous me direz, les autres valent le détour aussi !), on est pas déçu du voyage !
C'est donc au milieu de ces gangs de fous furieux que nous suivons cette bande de jeunes fêtards impliqués malgré eux dans cet imbroglio sanglant et qui va nous servir de fil conducteur.
Voilà donc une très bonne série, bien déjantée comme il faut, au graphisme soigné et qui promet un très agréable moment de lecture à ceux qui voudront bien se donner la peine de coller une p'tite bise à maman.
Le Club des amis est une BD destinée à la jeunesse, 6 à 10 ans je dirais, et je trouve qu'elle convient parfaitement à ce public, le genre de BD que des parents souhaiteront leur offrir sans hésitation, que les enfants liront sans aucun doute avec plaisir ou que les parents seront aussi heureux de lire aux plus jeunes.
C'est un récit plein de tendresse, de sagesse, d'un peu d'humour et d'un petit aspect ludique également.
Le graphisme est très simple, très naïf. Ce n'est pas lui qui attirera forcément le lecteur vers l'album mais une fois dedans il s'avère bien efficace, agréable, intelligemment mis en scène, et incluant des détails amusants par-ci par-là.
L'histoire, c'est celle d'un enfant serpent un peu froussard gentiment forcé par sa mère à quitter le foyer pour découvrir le monde et se faire des amis. Très rapidement, il rencontrera Tulipe l'ourson avec qui il s'entendra bien et qui l'invitera à venir hiberner ensemble dans la petite grotte douillette où il vit avec sa propre mère bienveillante. Un peu plus tard, ils rencontreront aussi l'oiselle Violette et, à trois, ils formeront le Club des amis et vivront quelques petites aventures toutes en douceur.
L'album est structuré en une poignée de petits chapitres d'une douzaine de pages. Cela permet quelques ellipses et changements de cadre qui transforme cet album d'une cinquantaine de pages en un récit dense se déroulant sur plusieurs saisons. Ce n'est donc pas le genre d'histoire courte plaisante mais frustrante car trop vite lue : on a facilement l'impression d'avoir vécu plusieurs aventures avec ses héros auxquels on finit par réellement s'attacher.
Ces fameuses aventures sont toutes en tendresse et en simplicité et en même temps elles débordent d'une sagesse bienveillante, d'un peu de suspens et d'une touche d'humour. Qui plus est, la narration est impeccable, prenante comme il convient et elle parvient en quelques cases et malgré son dessin naïf à dégager régulièrement une belle émotion.
Sincèrement, c'est un coup de cœur car je me dis que si mes enfants avaient encore l'âge, j'aurais adoré leur lire cet album pour en profiter avec eux.
Avoir récemment découvert Retour sur Aldébaran m’a donné envie de relire tout l’univers de Léo après à peu près 20 ans.
J’ai donc relu pour la seconde fois "Aldébaran" et j’ai réadoré !
Pourtant, à l’époque, je me rappelle avoir longtemps tourné autour de cette bd à la couverture attirante mais dont le dessin me paraissait quelque peu pauvre, figé et rigide. Par conséquent, je ne passais pas le cap et je la reposais toujours sur la pile.
Il faut dire que le dessin était alors mon premier critère, et lorsque je feuilletais une bd en libraire, si le graphisme ne m’accrochais pas tout de suite, je m’en détournais illico. J’étais trop habitué à du Pratt, Tardi, Loisel, Rosinski, Ségur, Giraud/Moebius, Bourgeon etc..
Puis, au bout d’un moment, après avoir entendu tant d’échos positifs à son sujet, j’ai finalement franchi le rubicon. Et avec seulement 2,3 pages de lecture, la magie avait déjà opéré !, la distance initiale ressentie envers le dessin avait complètement disparu. A ce moment-là, j’ai compris ce qu’était un véritable auteur de bd… je m’explique… je ne veux pas dire par là que le dessin devient secondaire... mais que l’histoire, le découpage, le storyboard, le rythme sont si réussis qu’une synergie se crée automatiquement avec le dessin, même si celui-ci n’est pas parfait de prime abord et que du coup, l’histoire étant tellement bien racontée, on finit par aimer ce dessin qu’on ne trouvait pourtant pas terrible au début.
Oui, Léo est un vrai auteur de bd car c’est un formidable conteur et qu'il réalise une osmose récit/storyboard/dessin parfaite !
Ses histoires sont des savants mélanges d’aventures, d’exotisme extra-terrestre et de science-fiction.
Il sait en outre très bien amener ses rebondissements tout au long de l’intrigue.
J’ai particulièrement aimé le cinquième et dernier tome de la série qui se termine en apothéose, notamment l'éprouvante traversée des marais hostiles par les aventuriers, avec un spécial clin d’œil pour la "Chose" créature nocturne très léoesque espèce d’hybride entre une pieuvre et une araignée.
Vivement que je trouve la Mantrisse pour prendre une de ses gélules bleues !
Bon, sauf que dans Matrix ce sont les rouges qu’il faut prendre ;-)
N'ayant jamais rien lu de Joseph Conrad, je ne savais pas à quoi m'attendre, et je me suis donc lancé dans cet album un peu à l'aventure.
Le dessin de Tirabosco, d'abord, est toujours aussi plaisant dans sa particularité. Ses personnages et leurs expressions, s'ils peuvent paraître caricaturaux au premier abord, sont bien rendus, et il sait être superbe dans certains paysages ou même certains détails, comme des arbres impressionnants. J'ai par contre lu cet album dans la réédition au format poche (148 x 200mm), plus petit que l'original, et il me paraît clair qu'on y perd en sensations, le grand format offrant sans doute plus de détails et permettant donc de mieux admirer le dessin.
Le récit, quant à lui, est celui d'Au coeur des ténèbres. Romancé mais très largement inspiré d'éléments autobiographiques et surtout très proche de la réalité vécue par Joseph Conrad, on y découvre avec le narrateur la réalité du Congo belge de l'époque. Sous un discours lénifiant en Europe d'apport de la civilisation, c'est bel et bien une exploitation commerciale des richesses de ce territoire qui a lieu. Et avec elle toute les formes de brutalité qui peuvent aller avec. Toutes les ténèbres de l'Homme...
Aucune dramatisation dans ce récit, il est raconté de façon presque dépassionnée, et parvient à paraître très factuel. On perçoit bien la position du personnage principal, qui n'est pas d'accord avec ce qu'il voit et vit, mais on parvient bien à faire la part des choses, et c'est sans doute une force de ce récit. Les temps actuels sont plutôt à l'indignation et à l'émotion - justifiées ou moins justifiées - et je trouve qu'un tel récit, posé, clair et factuel, parvient à être plus convaincant, à la fois intellectuellement et émotionnellement. Si cela ne suffit pas, le dossier en fin d'album livrera au lecteur intéressé et patient tous les éléments historiques se rapportant au sujet.
Une bonne lecture, donc, que cette plongée au coeur des ténèbres, qui fait une part à l'aventure, la découverte de territoires inaccessibles ou presque, une part encore plus importante à l'Homme et sa nature, et surtout sa part sombre, sans doute encore d'actualité sur son propos et donc pas désuète pour un sou.
Note réelle : 3,5 / 5.
En passant sur cette page,
l'âme tranquille
j'ai découvert avec étonnement que l'on pouvait ne pas aimer Corto Maltese.
Pour être franc ça ne m'était jamais venu à l’esprit.
Corto Maltese me berce depuis l’adolescence et fait partie de mon imaginaire. C'est une BD fondatrice qui jusqu'alors avait une dimension universelle pour moi. Tout le monde aime Corto.
Il est certain que c'est une série qui se prête particulièrement à l’adolescence, c'est très initiatique. Les valeurs développées correspondent, ajouté à cela le voyage, l'aventure...
Les dessins sont sublimes, lâchés, beaux même lorsqu'ils sont "faits à la truelle", voire surtout lorsqu'ils sont particulièrement faits à la truelle. Une gestion du noir et blanc et des aplats...
Mais par dessus tout, c'est la poésie, l'ambiance, le détachement et l'affectation de Corto qui nous portent. Oui autant l'appeler directement Corto, ce n'est pas un personnage mais un ami qui nous accompagne lors de nos lectures ; nous, comme les autres, finissons pour nous attacher à lui. Corto c'est un peu le chat qui s'en va tout seul.
Le rêve,
la mélancolie,
les contes,
l'aventure,
le voyage,
l'amitié,
un zeste de mysticisme,
et vous voilà embarqués pour une nouvelle aventure.
Voilà une lecture que j'ai découverte grâce à BDthèque. Je n'en suis pas déçu !
Il s'agit d'un huis clos, où un homme (un con) est retenu par un autre homme (un con aussi) en otage. Rapidement, une relation d'amour/haine va naitre entre les deux protagonistes et les dialogues qui en découlent sont vraiment succulents. Tout au long des 150 pages, on est fasciné par la tournure que prennent certaines répliques. On peut également rajouter à cela les pensées intérieures de l'otage, rendant le récit beaucoup plus immersif en passionnant.
Enfin, durant toute la lecture, l'auteur parvient à nous tenir en haleine. On n'est jamais lassé du concept tant il arrive à se renouveler pages après pages. Le plot twist est de taille. Je n'ai vraiment rien vu venir. Cela m'a donné envie de relire l'album une 2e fois tellement c'était improbable.
Cette fin est également selon moi, le plus gros défaut de l'album. Certes, on ne s'y attend pas, mais c'est sans doute parce qu'elle n'est pas du tout crédible...
Une agréable lecture tout de même, surtout pour ceux qui, comme moi, adorent les huis clos !
3,5 étoiles
MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Je suis parti très circonspect sur cette BD, me disant qu'il s'agissait là encore d'une énième BD sur les mouvements ouvriers et leurs luttes. Bien que d’obédience radicalement à gauche, je suis assez souvent gavé de retrouver un peu les mêmes combats et les mêmes faits dans d’innombrables récits. C'est plus ou moins ce que je m'attendais à retrouver ici, ce qui explique d'autant plus ma surprise à la lecture de la BD.
Les deux auteurs n'en sont plus au coup d'essais sur les BD politiques ancrées dans les luttes sociales et ouvrières, mais je n'en ai pas eu connaissance pour l'instant. Cependant, à la lecture de celle-ci je dois avouer que j'ai envie d'y jeter un coup d’œil. Parce que Lorraine Cœur d'acier, c'est une BD riche en informations et également didactique dans sa façon d'être. En nous racontant la lutte que menèrent ces ouvriers autour de la fermeture des usines du bassin de Longwy, les auteurs brassent une diversité de thèmes, tout en conservant une cohérence avec cette radio pirate crée par la CGT.
Si aujourd'hui, une radio pirate semble assez peu intéressante (et la radio en générale d'ailleurs), il faut se souvenir que cette BD raconte des évènements datant d'avant la libéralisation des radios par Mitterrand, et donc le moment où émettre illégalement une station était répréhensible et maté parfois violemment. Bref, ce n'est pas une simple radio, c'était un défi à l'autorité et au pouvoir de l'état, ainsi qu'une appropriation du pouvoir de diffusion par le peuple. Symboliquement fort, mais aussi essentiel dans la diffusion d'informations, cette radio animera pendant quelques années les luttes dans la région, mais aussi les débats et la libération de la parole.
Le récit parle d'une famille imaginaire, mais qui sonne terriblement réelle, de condition ouvrière. Et au fur et à mesure des émissions, des luttes et des nouveautés, nous découvrons le quotidien de ceux qui n'avaient rien que leurs mains. Le récit parlera aussi bien de chômage, de lutte, de grèves que de racisme, de féminisme, des mouvements de la gauche. Plusieurs points interpellent encore aujourd'hui, comme ces femmes qui eurent le droit à une émission sur l'avortement et les naissances, ou le parasitage des manifestations par des casseurs de la police. Le récit peut sembler parfois un peu trop fleur bleue, notamment dans la relation père-fils compliqué qui se découvre un peu au travers de la lutte qu'ils mènent. Mais je dois dire que ça permet de comprendre les combats et les motivations qui amenèrent ces gens à lutter ainsi.
Bref, je pourrais être assez long (et je le suis déjà) dans ma critique, mais je voulais retransmettre ce que j'ai ressenti à ma lecture. C'est le genre de BD qui me fait dire que les combats qu'on a menés, c'est un terreau fertile pour l'apprentissage de nos luttes d'aujourd'hui. Parce que nos droits à la liberté d'expression, à la manifestation, aux réclamations légitimes à un patronat de plus en plus gavé d'argent semblent se réduire chaque jour, il est bon de se rappeler que lutter, ce n'est pas seulement pour nous, mais aussi pour les autres. Tous ensemble, nous manœuvrons dans le même bateau, et il n'appartient qu'a nous d'en récupérer le gouvernail.
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La Survie de l'Espèce
Que voile une BD bien faite sur des questions aussi pointues que l'économie ! Sous couvert d'humour, et enrobé dans des explications chevaleresque, euh, chevaline (littéralement, puisqu'on parlera de chevaux tout du long), les auteurs s'attachent à faire de la BD une introduction fouillée et précise sur la question de l'économie. Je n'ai toujours pas lu la BD Economix, qui semble s'attarder plus longuement sur la question et ses méandres, mais je trouve que cette BD-ci à le mérite de nous fournir une bonne base de connaissances. Sans aller jusqu'à des développements complexes tels ceux des méandres de la pensée économique de Marx, Heggel, Friedriech ou Kaynes, nous avons une simple démonstration de la façon dont l'économie gère le monde aujourd'hui. Guidé par un capitaliste caricaturé en Monsieur Monopoly, et sous métaphore de chevaux, courses et autres paris hippiques, les auteurs expliquent les bases du capitalisme, de la société marchande, de la bourse et des gouvernements maintenant le système économique de domination des riches. C'est peut-être évident, pour certain plus initiés, mais malgré des cours d'histoire de l'économie que j'ai eu à la fac, je dois dire que j'ai eu grand plaisir à lire cette BD. Peut-être, justement, parce que cette simplicité permet une compréhension rapide et assez nette des mécanismes globaux de ce système. Rien que la compréhension vu par en haut, détachée de toute humanité, permet d'appréhender le rapport inhumain de ce système avec ceux qui en font partie. Le capitalisme, c'est une classe à part et détachée des contingent du réel, qui joue avec ce qu'ils ne considèrent pas comme des vies. J'ai eu un coup de cœur pour la BD, parce qu'elle a ce qu'il faut pour que l'on comprenne et intègre les principes et les bases de notre économie. Bien orientée, sans aucun doute, elle nous permet aussi de comprendre pourquoi ce système est horrible, aussi bien actuellement qu'a long terme. Les questions et enjeux se développent de plus en plus autour de la question de l'économie (contrôle des marchés, écologie, crise financière/sanitaire, crise politique, réchauffement climatique, pauvreté et ultra-riches ...). Un ouvrage didactique dans ce genre est salutaire pour l’accessibilité de son discours et les questions qu'il fait naitre. Un approfondissement serait nécessaire, bien entendu, mais il ne sera pas à la portée de tous. Pour une première base, cet ouvrage est à mettre entre toutes les mains. Parce que la lutte n'est pas finie, camarade !
L'Affaire Zola
Je ne connaissais de Zola que son roman « Au bonheur Des Dames ». Je savais qu’il avait pris parti pour le capitaine Dreyfus via son célèbre article « J’accuse ». Je savais qu’il était un écrivain du courant naturaliste, s’évertuant à dépeindre les mœurs et l’injustice sociale de son époque via ses romans, notamment la série des Rougon-Macquart. Mais je ne connaissais pas l’homme, son enfance, sa vie familiale et sentimentale, ses combats, les circonstances présumées de sa mort, ni l’ampleur de son engagement dans l’affaire Dreyfus. Je pensais à tort qu’il avait été très reconnu, admiré par ses pairs et compatriotes durant sa vie : je ne savais pas à quel point il avait subi la vindicte populaire de par ses positions sociales et politiques. Bref, j’ai trouvé cette bd très enrichissante (le scénariste Jean-Charles Chapuzet est historien) car j’ai beaucoup appris dans le plaisir, l’histoire étant très bien contée, c’est pour cela que je lui mets 4. C’est d’ailleurs une bd qui a été appréciée par des proches non bdphiles pour sa facilité de lecture et son apport culturel & historique. J’ai aussi aimé le dessin, les couleurs, qui font très bien ressortir la violence politique, sociale et populaire de l’époque. Par moment, j’ai revu des images de la série télé « Paris Police 1900 » de Fabien Nury qui se passe à la même période. Le discours d’Anatole France à ses obsèques et son entrée au Panthéon en présence du commandant Dreyfus, même si ce ne sont que 2 cases dans la bd, m’ont touché. J’avais presque l’impression que c’était l’entrée de Jean Moulin au Panthéon sous le discours d’André Malraux. Pour résumer, c’est une biographie synthétique, avec un focus important sur l’affaire Dreyfus, qui dépeint une période de l’histoire de France de façon joliment romancée, un peu à la Zola en somme ;-) Le titre de la bd, clin d’œil à « l’Affaire Dreyfus », est bien trouvé aussi !
Hate - Chroniques de la haine
Cela faisait quelques temps que je cherchais à me procurer cet album. Pourquoi ? Pour Adrian Smith, auteur phare de la scène jeu de rôle, que j'avais découvert avec Broz (série que j'apprécie beaucoup). Pour moi une bd, c'est avant tout le dessin et là ..... extase ! Dans un monde de chaos, notre héros difforme va se dresser contre les empires du mal. C'est sombre et violent. L'histoire n'est pas des plus originales, mais la narration très singulière m'a captivée. Les 280 planches se lisent très rapidement, il n'y a presque pas de texte. Par contre, ma deuxième lecture fût extrêmement longue. Quel graphisme, il s'en dégage une telle puissance. Ce noir et blanc ou plutôt ce noir et gris, tout en contraste est une merveille. Des doubles pages à tomber par terre. Une mise en page dynamique et osée. Chaque case est un tableau devant lequel j'apprécie tantôt la finesse, tantôt le côté "flou". Que c'est beau ! Que c'est BEAU ! Un parallèle pourra être fait avec Le Grand Pouvoir du Chninkel, la quête d'un être insignifiant qui va changer le cours de l'histoire. C'est de la Dark Fantasy comme on en voit rarement. Cette bd presque "muette" ne va pas plaire à tout le monde, mais si vous êtes amateurs du genre, je vous la conseille grandement.
Psykoparis
C'est avec cette intégrale de "Psykoparis" que je découvre cette série. Série qui aura eu bien du mal à trouver sa conclusion, mais qui aura eu le mérite d'y parvenir malgré toutes les péripéties qui ont jalonné ces 10 ans qui sépare le tome 1 de cette fin inclue dans cette intégrale. Et ça en fallait fichtrement la peine !!! Un bon gros délire comme je les aime, mis en image de la plus belle des façons et nous proposant une brochette de personnages hauts en couleur ! Un Paris futuriste où chacun est autoriser à porter une arme blanche et à tuer son prochain, sans précision de date particulière, est partagé entre différentes factions et triades avec pour point d'ancrage Maman, une vieille usurière qui tient tout le monde par la (ou les ?) bourse, notant scrupuleusement la moindre dette de chacun dans un petit carnet. Quand une bande de jeunes fêtard, profite de son absence pour organiser une bamboche de tous les diables et refourguer chez le brocanteur du coin au passage tout ce qui a un semblant de valeur, c'est le drame ! Car LE carnet était consciencieusement planqué dans un buffet... S'engage alors une course contre la montre entre les gangs, car celui qui mettra la main dessus sera alors le nouveau maître de Paris... Expliqué comme ça, tout cela peut sembler un brin foutraque, mais c'est ici plus le rythme, les péripéties et les personnages qui font toute la saveur de cette série. Ajoutez à cela le dessin léché de Corentin Martinage et vous obtenez ce petit bâton de dynamite plein de vigueur qui ne demande qu'à nous péter à la gueule ! J'avoue avoir énormément apprécier certains personnages ; que ce soit le Prospecteur ou encore le frère de Maman (un bon gros psychopathe celui-là ! Enfin, vous me direz, les autres valent le détour aussi !), on est pas déçu du voyage ! C'est donc au milieu de ces gangs de fous furieux que nous suivons cette bande de jeunes fêtards impliqués malgré eux dans cet imbroglio sanglant et qui va nous servir de fil conducteur. Voilà donc une très bonne série, bien déjantée comme il faut, au graphisme soigné et qui promet un très agréable moment de lecture à ceux qui voudront bien se donner la peine de coller une p'tite bise à maman.
Le Club des amis
Le Club des amis est une BD destinée à la jeunesse, 6 à 10 ans je dirais, et je trouve qu'elle convient parfaitement à ce public, le genre de BD que des parents souhaiteront leur offrir sans hésitation, que les enfants liront sans aucun doute avec plaisir ou que les parents seront aussi heureux de lire aux plus jeunes. C'est un récit plein de tendresse, de sagesse, d'un peu d'humour et d'un petit aspect ludique également. Le graphisme est très simple, très naïf. Ce n'est pas lui qui attirera forcément le lecteur vers l'album mais une fois dedans il s'avère bien efficace, agréable, intelligemment mis en scène, et incluant des détails amusants par-ci par-là. L'histoire, c'est celle d'un enfant serpent un peu froussard gentiment forcé par sa mère à quitter le foyer pour découvrir le monde et se faire des amis. Très rapidement, il rencontrera Tulipe l'ourson avec qui il s'entendra bien et qui l'invitera à venir hiberner ensemble dans la petite grotte douillette où il vit avec sa propre mère bienveillante. Un peu plus tard, ils rencontreront aussi l'oiselle Violette et, à trois, ils formeront le Club des amis et vivront quelques petites aventures toutes en douceur. L'album est structuré en une poignée de petits chapitres d'une douzaine de pages. Cela permet quelques ellipses et changements de cadre qui transforme cet album d'une cinquantaine de pages en un récit dense se déroulant sur plusieurs saisons. Ce n'est donc pas le genre d'histoire courte plaisante mais frustrante car trop vite lue : on a facilement l'impression d'avoir vécu plusieurs aventures avec ses héros auxquels on finit par réellement s'attacher. Ces fameuses aventures sont toutes en tendresse et en simplicité et en même temps elles débordent d'une sagesse bienveillante, d'un peu de suspens et d'une touche d'humour. Qui plus est, la narration est impeccable, prenante comme il convient et elle parvient en quelques cases et malgré son dessin naïf à dégager régulièrement une belle émotion. Sincèrement, c'est un coup de cœur car je me dis que si mes enfants avaient encore l'âge, j'aurais adoré leur lire cet album pour en profiter avec eux.
Aldébaran
Avoir récemment découvert Retour sur Aldébaran m’a donné envie de relire tout l’univers de Léo après à peu près 20 ans. J’ai donc relu pour la seconde fois "Aldébaran" et j’ai réadoré ! Pourtant, à l’époque, je me rappelle avoir longtemps tourné autour de cette bd à la couverture attirante mais dont le dessin me paraissait quelque peu pauvre, figé et rigide. Par conséquent, je ne passais pas le cap et je la reposais toujours sur la pile. Il faut dire que le dessin était alors mon premier critère, et lorsque je feuilletais une bd en libraire, si le graphisme ne m’accrochais pas tout de suite, je m’en détournais illico. J’étais trop habitué à du Pratt, Tardi, Loisel, Rosinski, Ségur, Giraud/Moebius, Bourgeon etc.. Puis, au bout d’un moment, après avoir entendu tant d’échos positifs à son sujet, j’ai finalement franchi le rubicon. Et avec seulement 2,3 pages de lecture, la magie avait déjà opéré !, la distance initiale ressentie envers le dessin avait complètement disparu. A ce moment-là, j’ai compris ce qu’était un véritable auteur de bd… je m’explique… je ne veux pas dire par là que le dessin devient secondaire... mais que l’histoire, le découpage, le storyboard, le rythme sont si réussis qu’une synergie se crée automatiquement avec le dessin, même si celui-ci n’est pas parfait de prime abord et que du coup, l’histoire étant tellement bien racontée, on finit par aimer ce dessin qu’on ne trouvait pourtant pas terrible au début. Oui, Léo est un vrai auteur de bd car c’est un formidable conteur et qu'il réalise une osmose récit/storyboard/dessin parfaite ! Ses histoires sont des savants mélanges d’aventures, d’exotisme extra-terrestre et de science-fiction. Il sait en outre très bien amener ses rebondissements tout au long de l’intrigue. J’ai particulièrement aimé le cinquième et dernier tome de la série qui se termine en apothéose, notamment l'éprouvante traversée des marais hostiles par les aventuriers, avec un spécial clin d’œil pour la "Chose" créature nocturne très léoesque espèce d’hybride entre une pieuvre et une araignée. Vivement que je trouve la Mantrisse pour prendre une de ses gélules bleues ! Bon, sauf que dans Matrix ce sont les rouges qu’il faut prendre ;-)
Kongo
N'ayant jamais rien lu de Joseph Conrad, je ne savais pas à quoi m'attendre, et je me suis donc lancé dans cet album un peu à l'aventure. Le dessin de Tirabosco, d'abord, est toujours aussi plaisant dans sa particularité. Ses personnages et leurs expressions, s'ils peuvent paraître caricaturaux au premier abord, sont bien rendus, et il sait être superbe dans certains paysages ou même certains détails, comme des arbres impressionnants. J'ai par contre lu cet album dans la réédition au format poche (148 x 200mm), plus petit que l'original, et il me paraît clair qu'on y perd en sensations, le grand format offrant sans doute plus de détails et permettant donc de mieux admirer le dessin. Le récit, quant à lui, est celui d'Au coeur des ténèbres. Romancé mais très largement inspiré d'éléments autobiographiques et surtout très proche de la réalité vécue par Joseph Conrad, on y découvre avec le narrateur la réalité du Congo belge de l'époque. Sous un discours lénifiant en Europe d'apport de la civilisation, c'est bel et bien une exploitation commerciale des richesses de ce territoire qui a lieu. Et avec elle toute les formes de brutalité qui peuvent aller avec. Toutes les ténèbres de l'Homme... Aucune dramatisation dans ce récit, il est raconté de façon presque dépassionnée, et parvient à paraître très factuel. On perçoit bien la position du personnage principal, qui n'est pas d'accord avec ce qu'il voit et vit, mais on parvient bien à faire la part des choses, et c'est sans doute une force de ce récit. Les temps actuels sont plutôt à l'indignation et à l'émotion - justifiées ou moins justifiées - et je trouve qu'un tel récit, posé, clair et factuel, parvient à être plus convaincant, à la fois intellectuellement et émotionnellement. Si cela ne suffit pas, le dossier en fin d'album livrera au lecteur intéressé et patient tous les éléments historiques se rapportant au sujet. Une bonne lecture, donc, que cette plongée au coeur des ténèbres, qui fait une part à l'aventure, la découverte de territoires inaccessibles ou presque, une part encore plus importante à l'Homme et sa nature, et surtout sa part sombre, sans doute encore d'actualité sur son propos et donc pas désuète pour un sou. Note réelle : 3,5 / 5.
Corto Maltese
En passant sur cette page, l'âme tranquille j'ai découvert avec étonnement que l'on pouvait ne pas aimer Corto Maltese. Pour être franc ça ne m'était jamais venu à l’esprit. Corto Maltese me berce depuis l’adolescence et fait partie de mon imaginaire. C'est une BD fondatrice qui jusqu'alors avait une dimension universelle pour moi. Tout le monde aime Corto. Il est certain que c'est une série qui se prête particulièrement à l’adolescence, c'est très initiatique. Les valeurs développées correspondent, ajouté à cela le voyage, l'aventure... Les dessins sont sublimes, lâchés, beaux même lorsqu'ils sont "faits à la truelle", voire surtout lorsqu'ils sont particulièrement faits à la truelle. Une gestion du noir et blanc et des aplats... Mais par dessus tout, c'est la poésie, l'ambiance, le détachement et l'affectation de Corto qui nous portent. Oui autant l'appeler directement Corto, ce n'est pas un personnage mais un ami qui nous accompagne lors de nos lectures ; nous, comme les autres, finissons pour nous attacher à lui. Corto c'est un peu le chat qui s'en va tout seul. Le rêve, la mélancolie, les contes, l'aventure, le voyage, l'amitié, un zeste de mysticisme, et vous voilà embarqués pour une nouvelle aventure.
La Cage aux cons
Voilà une lecture que j'ai découverte grâce à BDthèque. Je n'en suis pas déçu ! Il s'agit d'un huis clos, où un homme (un con) est retenu par un autre homme (un con aussi) en otage. Rapidement, une relation d'amour/haine va naitre entre les deux protagonistes et les dialogues qui en découlent sont vraiment succulents. Tout au long des 150 pages, on est fasciné par la tournure que prennent certaines répliques. On peut également rajouter à cela les pensées intérieures de l'otage, rendant le récit beaucoup plus immersif en passionnant. Enfin, durant toute la lecture, l'auteur parvient à nous tenir en haleine. On n'est jamais lassé du concept tant il arrive à se renouveler pages après pages. Le plot twist est de taille. Je n'ai vraiment rien vu venir. Cela m'a donné envie de relire l'album une 2e fois tellement c'était improbable. Cette fin est également selon moi, le plus gros défaut de l'album. Certes, on ne s'y attend pas, mais c'est sans doute parce qu'elle n'est pas du tout crédible... Une agréable lecture tout de même, surtout pour ceux qui, comme moi, adorent les huis clos ! 3,5 étoiles MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Lorraine Coeur d'acier
Je suis parti très circonspect sur cette BD, me disant qu'il s'agissait là encore d'une énième BD sur les mouvements ouvriers et leurs luttes. Bien que d’obédience radicalement à gauche, je suis assez souvent gavé de retrouver un peu les mêmes combats et les mêmes faits dans d’innombrables récits. C'est plus ou moins ce que je m'attendais à retrouver ici, ce qui explique d'autant plus ma surprise à la lecture de la BD. Les deux auteurs n'en sont plus au coup d'essais sur les BD politiques ancrées dans les luttes sociales et ouvrières, mais je n'en ai pas eu connaissance pour l'instant. Cependant, à la lecture de celle-ci je dois avouer que j'ai envie d'y jeter un coup d’œil. Parce que Lorraine Cœur d'acier, c'est une BD riche en informations et également didactique dans sa façon d'être. En nous racontant la lutte que menèrent ces ouvriers autour de la fermeture des usines du bassin de Longwy, les auteurs brassent une diversité de thèmes, tout en conservant une cohérence avec cette radio pirate crée par la CGT. Si aujourd'hui, une radio pirate semble assez peu intéressante (et la radio en générale d'ailleurs), il faut se souvenir que cette BD raconte des évènements datant d'avant la libéralisation des radios par Mitterrand, et donc le moment où émettre illégalement une station était répréhensible et maté parfois violemment. Bref, ce n'est pas une simple radio, c'était un défi à l'autorité et au pouvoir de l'état, ainsi qu'une appropriation du pouvoir de diffusion par le peuple. Symboliquement fort, mais aussi essentiel dans la diffusion d'informations, cette radio animera pendant quelques années les luttes dans la région, mais aussi les débats et la libération de la parole. Le récit parle d'une famille imaginaire, mais qui sonne terriblement réelle, de condition ouvrière. Et au fur et à mesure des émissions, des luttes et des nouveautés, nous découvrons le quotidien de ceux qui n'avaient rien que leurs mains. Le récit parlera aussi bien de chômage, de lutte, de grèves que de racisme, de féminisme, des mouvements de la gauche. Plusieurs points interpellent encore aujourd'hui, comme ces femmes qui eurent le droit à une émission sur l'avortement et les naissances, ou le parasitage des manifestations par des casseurs de la police. Le récit peut sembler parfois un peu trop fleur bleue, notamment dans la relation père-fils compliqué qui se découvre un peu au travers de la lutte qu'ils mènent. Mais je dois dire que ça permet de comprendre les combats et les motivations qui amenèrent ces gens à lutter ainsi. Bref, je pourrais être assez long (et je le suis déjà) dans ma critique, mais je voulais retransmettre ce que j'ai ressenti à ma lecture. C'est le genre de BD qui me fait dire que les combats qu'on a menés, c'est un terreau fertile pour l'apprentissage de nos luttes d'aujourd'hui. Parce que nos droits à la liberté d'expression, à la manifestation, aux réclamations légitimes à un patronat de plus en plus gavé d'argent semblent se réduire chaque jour, il est bon de se rappeler que lutter, ce n'est pas seulement pour nous, mais aussi pour les autres. Tous ensemble, nous manœuvrons dans le même bateau, et il n'appartient qu'a nous d'en récupérer le gouvernail.