"Modeste et Pompon" sont-ils les enfants adultérins et peu appréciés de Franquin?
La série produite lors de l'escapade de Franquin chez Tintin a pourtant beaucoup de qualités, à mon avis.
Je viens de terminer l'intégrale des 183 planches de Franquin complétée par les cinq articles qui décortiquent la genèse et les atouts de la série.
C'est un excellent ouvrage, à la fois de BD , d'histoire de la BD et de son intérêt sur la vision d'un moment charnière de notre société.
Tout d'abord je renvoie à l'excellent avis de Agecanonix sur les éléments purement gags et graphismes de la série.
Monsieur Harcq,alors comptable chez Dupuis et futur Ducrin et futur Boulier, en agissant mesquinement de telle sorte que Franquin excédé signe chez Tintin a-t-il rendu involontairement service à l'histoire de la BD?
Peut-être.
Modeste préfigure le personnage familial qui va éclore la décénie suivante. Vite considéré comme un fardeau par Franquin, Modeste ne développe pas des qualités extraordinaires.
Ni aventurier, ni charmeur, ni engagé il est le stéréotype de la middle-class petite bourgeoise confortablement installée dans son pavillon de banlieue.
Son couple avec Pompon, pourtant très séduisante avec ses soquettes, est le plus platonique et le plus sage que je connaisse dans l'univers de la BD
- lecture et TV à bonne distance l'un de l'autre, seules quelques promenades installent un peu de romantisme sans oublier le bébé qui apparait en fin de cycle-
Franquin ira même jusqu'à pendre Modeste lors d'un safari photo dans la forêt.
Alors quoi!
" C'est le détail esthétique qui rehausse le schéma sommaire de la vie quotidienne!" dit Modeste en nettoyant sa chaudière.
C'est à une aspiration au beau et à la modernité réfléchie auxquelles nous invite Franquin.
Ses vases, peintures,sculptures, meubles ou élégances vestimentaires sont pourtant à défendre contre l'inculture de Felix,le sans-gène de Dubruit ou l'irascibilité de Ducrin.
Une autre remarque pour finir, chez Tintin Franquin a découvert une autre ambiance de travail qui lui convenait beaucoup moins que la camaraderie qu'il connaissait chez Spirou.
Peut être une prise de conscience de la valeur de cette ambiance chaude et amicale que l'on retrouvera chez "Gaston".
Comme toutes les oeuvres des grands maîtres, celles qui semblent mineures ont toujours beaucoup de choses à nous apprendre.
Je trouve dommage que cette série soit restée si peu connue. Giroud et Brahy se penchent sur un thème délicat: la colonisation du Congo.
A travers un scénario très bien documenté, c'est surtout un hommage rendu à Pierre Savorgnan de Brazza, aristocrate Italien devenu Français.
C'est l'un des rares aventuriers-colonisateurs qui utilisera des méthodes non brutales pour porter les intérêts français en Afrique.
Bellec, le héros, est de cette trempe respectueuse des natifs. Il doit remonter le fleuve pour le compte de son oncle,lui, symbole du colonialisme capitaliste.
Il devra gérer ses contradictions philosophiques et sentimentales dans une aventure à rebondissements.
Les dessins sont à la hauteur du scénario que ce soit dans les abattoirs de Marseille ou dans les villages de la forêt équatoriale.
Koumé est un beau personnage d'une belle et jeune Africaine moderne mais aussi attachée à son pays (et parlant un français impeccable,merci).
Je suis un peu moins fan de certaines couleurs un peu violentes à mon goût.
Un beau récit d'aventure mâtiné d'histoire. Bien agréable.
Mon troisième Toppi, après Tanka et Sharaz-De, toujours aussi délectable.
Donc après le conte et le Japon médiéval me voici plongé entre monstres et machines aux rouages bien huilés.
Neuf histoires courtes aux thèmes très différents. Toppi sous des récits fantastiques nous dévoile la face noire de l'homme avec des sujets toujours d'actualité : virus, médicaments, pass vaccinal, guerre et migrant.
J'ai particulièrement aimé l'histoire qui revisite l'enfer et le mythe de Sisyphe.
J'adore sa narration singulière et particulièrement l'humour décalé qu'il emploie tout le long de l'album.
Toutes les planches sont d'une beauté renversante. Le summum du noir et blanc, toujours son trait hachuré d'une précision chirurgical. Il sait tout représenter avec justesse et brio, une inventivité hors norme.
Je crois que je n'ai jamais vu un hélicoptère aussi réaliste (page 79).
A lire évidemment mais surtout à contempler.
Note réelle : 4,5.
Contrairement à l’avis du lecteur précédent, je m’inscris totalement en faux en regard de cette opinion: au contraire, autant sur le fond que sur la forme, j’ai apprécié sans réserve ce chef d’œuvre de la ligne claire qui m’a fait renouer avec un certain âge d’or de la bd classique. De l’aventure, un peu de fantastique, de l’ésotérisme original qui tranche avec un certain conformisme actuel qui n’a d’intérêt que pour les récits à vocation « progressistes », et le plus souvent, sans saveur, et avec un dessin qui se veut « novateur » et qui n’a que cet alibi « bien pensant »pour en dissimuler la laideur. Alors oui, je suis un amateur de la ligne « claire » qui ne voulait que distraire et faire rêver ses lecteurs avec des scenarii qui se tenaient. Cet album est une authentique réussite qui a ravi le lecteur sexagénaire qui a gardé l’illumination de sa jeunesse.
Avis suite à la redécouverte d'un tome perdu dans le rayon manga adulte de la bibliothèque.
Adulte, ado... dur à classer car ça fait marrer tout le monde (attention au flot d'insultes, à ne pas mettre dans les mains de petits). Imaginez Orelsan qui, tout en traînant avec des irrécupérables, essaierait de faire dans le sérieux pour faire tomber les minettes, qui ne tombent pas si facilement dans le panneau.
Aucune lassitude et en plus, les personnages prennent en épaisseur au fur et à mesure des publications tout en restant attachants au possible.
Great Teacher Onizuka... rien que le nom est immense. Le gars que l'on aimerait comme grand frère. Tiens, je vais voir si un autre tome ne traînerait pas à proximité.
Mais mais mais, c'est quoi tous ces 3/5 ?
Sans doute que Lepage met la barre graphique à chaque fois plus haute et les attentes des lecteurs n'en sont que plus aiguisés, l'erreur épiée.
Cette vision de la mer, ces rendus de rochers balayés par la houle, à se damner de beauté.
Un sujet qui a sans doute toujours traîné dans un coin du cerveau de l'auteur, une passion qui tourne presque au culte. La mer, l’océan, les éléments naturels bigger than life, encore et toujours.
Belle idée d'alterner une histoire à vue d'homme et un documentaire sur la construction de ce phare (j'ai encore du mal à m'imaginer ces travailleurs en sabot tapant la roche à coup de barre à mine).
Et maintenant j'attends de voir la prochaine claque visuelle que m'infligera Monsieur.
Réaliste, mystique, onirique.
L'Afrique est à portée avec ses bonheurs et ses malheurs, dans un cadre baigné de couleurs. Certaines pages figeant une situation ou une sentiment sont vibrantes.
L'auteur y a-t-il vécu? Je ne sais pas mais je veux y croire. Et si ce n'est pas le cas, tant pis car cette histoire lui a fait prendre forme.
Les destins et histoires se croisent et se décroisent dans un endroit où le temps n'a pas la même définition que dans notre monde qui me praît bien fade une fois ce beau récit terminé.
La BD, l'illustration ou la littérature de divertissement sont des médias très puissants.
Ils s'adressent à un très large public souvent jeune ou malléable qui peut manquer de discernement.
"Le stéréotype constitue un outil essentiel du langage narratif de la bande dessinée, c'est aux auteurs qu'il incombe de reconnaître son impact sur le regard porté par la société." écrit le professeur Eisner dans sa préface.
Dickens (excusez du peu mais il égratigne aussi Shakespeare !) a eu beau s'en défendre, le vocabulaire et les illustrations qui ont accompagné son célébrissime Oliver Twist ont contribué à fixer une image fausse et discriminatoire des personnes de religion juive dans l'inconscient collectif de nombreuses générations.
Il faut bien l'immense talent graphique et narratif de Will Eisner pour pouvoir faire entendre la voix de la raison face à l'affective dévotion des fans de Dickens.
"Fagin" m'a remué. Je n'ai pas lu Oliver Twist et je le découvre avec un oeil neuf. Mais quelle logique narrative, quelle ambiance de ce Londres miséreux du XIXème siècle. Pas une fausse note à mon avis dans cette implacable démonstration (par l'absurde) contre ces paradigmes qui peuvent devenir vite criminels.
La démonstration est d'autant plus forte que le graphisme est à un niveau solaire. Fluidité des lignes, enchaînement des situations, regards, langage corporel, éclairages et décors, il ne manque rien pour ajouter l'émotif au raisonnable.
A mon avis un ouvrage de référence pour sa préface et sa postface et la démonstration du récit.
Un vrai livre de chevet pour tous les créateurs tellement chaque mot utilisé ou chaque dessin délivré peut influencer en bien ou en mal le public.
Cet album me faisait de l’œil depuis sa sortie, mais ce n’est que récemment que j’ai pu en faire la lecture.
Il possède énormément de qualités et un défaut.
Déjà bravo à l’auteur, il officie ici en tant qu’auteur complet, et c’est je trouve son œuvre la plus aboutie.
Graphiquement comme narrativement, on sent que le sujet lui tient à coeur, Sylvain Savoia y amène tout son art, il a rendu la meilleure copie possible,
La lecture est dense mais fluide avec l’alternance entre les 2 époques, le dessin est soigné (même si pas ma tasse de thé).
C’est la (re)mise en lumière de cet événement terrifiant qui est à saluer, je ne le connaissais pas, édifiant et instructif il m’a fait froid dans le dos. C’est vraiment une histoire à faire connaître. Content de l’avoir découverte via le médium bd.
Par contre et c’est là son « défaut » à mes yeux, maintenant que ce fait oublié de l’histoire française est ancré dans ma mémoire, je ne pense pas relire l’album.
A lire oui, à posséder à vous de voir.
Ce petit ouvrage au format poche reprend l'intégralité du texte de Pierre Corneille sans aucune digression ni adaptation.
Le travail de découpage d'Olivier Petit est donc primordial pour rendre la BD intelligible. Je trouve que c'est une réussite bien que le dessin soit très basique. Mais n'est-ce pas justement fait exprès pour laisser toute sa place au texte ?
En effet nous sommes en noir et blanc avec un trait assez simple. De plus comme certains personnages se ressemblent et que les costumes sont semblables, il est parfois difficile de s'y retrouver surtout dans l'acte I.
Les décors de Séville et les combats sont minimalistes quelquefois assez enfantins. Mais ce que j'ai le plus apprécié, c'est le rythme et l'intensité du récit.
Evidemment le texte de Corneille est magnifique au point que plusieurs tirades sont devenues immortelles. Encore fallait-il lui donner sa cadence. Un texte de théâtre doit chanter dans votre tête surtout avec des alexandrins comme ici.
De plus j'ai redécouvert une intrigue vraiment bien mise en scène. Les thèmes proposés de la justice, de l'amour en conflit avec l'intérêt général ou de l'obéissance aux lois sont toujours modernes.
Cet ouvrage peut représenter une véritable aide pour les élèves qui ont du mal devant des textes qui alignent des vers sans discernement.
De plus il y a quelques pages pédagogiques en fin d'ouvrage pour situer Corneille et son oeuvre, puis une page pour l'adaptation en BD avec une explication rapide du découpage et du story-board.
Que n'ai-je eu ce type d'ouvrage à mon époque ! 3.5
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Modeste et Pompon
"Modeste et Pompon" sont-ils les enfants adultérins et peu appréciés de Franquin? La série produite lors de l'escapade de Franquin chez Tintin a pourtant beaucoup de qualités, à mon avis. Je viens de terminer l'intégrale des 183 planches de Franquin complétée par les cinq articles qui décortiquent la genèse et les atouts de la série. C'est un excellent ouvrage, à la fois de BD , d'histoire de la BD et de son intérêt sur la vision d'un moment charnière de notre société. Tout d'abord je renvoie à l'excellent avis de Agecanonix sur les éléments purement gags et graphismes de la série. Monsieur Harcq,alors comptable chez Dupuis et futur Ducrin et futur Boulier, en agissant mesquinement de telle sorte que Franquin excédé signe chez Tintin a-t-il rendu involontairement service à l'histoire de la BD? Peut-être. Modeste préfigure le personnage familial qui va éclore la décénie suivante. Vite considéré comme un fardeau par Franquin, Modeste ne développe pas des qualités extraordinaires. Ni aventurier, ni charmeur, ni engagé il est le stéréotype de la middle-class petite bourgeoise confortablement installée dans son pavillon de banlieue. Son couple avec Pompon, pourtant très séduisante avec ses soquettes, est le plus platonique et le plus sage que je connaisse dans l'univers de la BD - lecture et TV à bonne distance l'un de l'autre, seules quelques promenades installent un peu de romantisme sans oublier le bébé qui apparait en fin de cycle- Franquin ira même jusqu'à pendre Modeste lors d'un safari photo dans la forêt. Alors quoi! " C'est le détail esthétique qui rehausse le schéma sommaire de la vie quotidienne!" dit Modeste en nettoyant sa chaudière. C'est à une aspiration au beau et à la modernité réfléchie auxquelles nous invite Franquin. Ses vases, peintures,sculptures, meubles ou élégances vestimentaires sont pourtant à défendre contre l'inculture de Felix,le sans-gène de Dubruit ou l'irascibilité de Ducrin. Une autre remarque pour finir, chez Tintin Franquin a découvert une autre ambiance de travail qui lui convenait beaucoup moins que la camaraderie qu'il connaissait chez Spirou. Peut être une prise de conscience de la valeur de cette ambiance chaude et amicale que l'on retrouvera chez "Gaston". Comme toutes les oeuvres des grands maîtres, celles qui semblent mineures ont toujours beaucoup de choses à nous apprendre.
Zoltan
Je trouve dommage que cette série soit restée si peu connue. Giroud et Brahy se penchent sur un thème délicat: la colonisation du Congo. A travers un scénario très bien documenté, c'est surtout un hommage rendu à Pierre Savorgnan de Brazza, aristocrate Italien devenu Français. C'est l'un des rares aventuriers-colonisateurs qui utilisera des méthodes non brutales pour porter les intérêts français en Afrique. Bellec, le héros, est de cette trempe respectueuse des natifs. Il doit remonter le fleuve pour le compte de son oncle,lui, symbole du colonialisme capitaliste. Il devra gérer ses contradictions philosophiques et sentimentales dans une aventure à rebondissements. Les dessins sont à la hauteur du scénario que ce soit dans les abattoirs de Marseille ou dans les villages de la forêt équatoriale. Koumé est un beau personnage d'une belle et jeune Africaine moderne mais aussi attachée à son pays (et parlant un français impeccable,merci). Je suis un peu moins fan de certaines couleurs un peu violentes à mon goût. Un beau récit d'aventure mâtiné d'histoire. Bien agréable.
Futur antérieur
Mon troisième Toppi, après Tanka et Sharaz-De, toujours aussi délectable. Donc après le conte et le Japon médiéval me voici plongé entre monstres et machines aux rouages bien huilés. Neuf histoires courtes aux thèmes très différents. Toppi sous des récits fantastiques nous dévoile la face noire de l'homme avec des sujets toujours d'actualité : virus, médicaments, pass vaccinal, guerre et migrant. J'ai particulièrement aimé l'histoire qui revisite l'enfer et le mythe de Sisyphe. J'adore sa narration singulière et particulièrement l'humour décalé qu'il emploie tout le long de l'album. Toutes les planches sont d'une beauté renversante. Le summum du noir et blanc, toujours son trait hachuré d'une précision chirurgical. Il sait tout représenter avec justesse et brio, une inventivité hors norme. Je crois que je n'ai jamais vu un hélicoptère aussi réaliste (page 79). A lire évidemment mais surtout à contempler. Note réelle : 4,5.
Le Musée de l'étrange
Contrairement à l’avis du lecteur précédent, je m’inscris totalement en faux en regard de cette opinion: au contraire, autant sur le fond que sur la forme, j’ai apprécié sans réserve ce chef d’œuvre de la ligne claire qui m’a fait renouer avec un certain âge d’or de la bd classique. De l’aventure, un peu de fantastique, de l’ésotérisme original qui tranche avec un certain conformisme actuel qui n’a d’intérêt que pour les récits à vocation « progressistes », et le plus souvent, sans saveur, et avec un dessin qui se veut « novateur » et qui n’a que cet alibi « bien pensant »pour en dissimuler la laideur. Alors oui, je suis un amateur de la ligne « claire » qui ne voulait que distraire et faire rêver ses lecteurs avec des scenarii qui se tenaient. Cet album est une authentique réussite qui a ravi le lecteur sexagénaire qui a gardé l’illumination de sa jeunesse.
GTO - Great Teacher Onizuka
Avis suite à la redécouverte d'un tome perdu dans le rayon manga adulte de la bibliothèque. Adulte, ado... dur à classer car ça fait marrer tout le monde (attention au flot d'insultes, à ne pas mettre dans les mains de petits). Imaginez Orelsan qui, tout en traînant avec des irrécupérables, essaierait de faire dans le sérieux pour faire tomber les minettes, qui ne tombent pas si facilement dans le panneau. Aucune lassitude et en plus, les personnages prennent en épaisseur au fur et à mesure des publications tout en restant attachants au possible. Great Teacher Onizuka... rien que le nom est immense. Le gars que l'on aimerait comme grand frère. Tiens, je vais voir si un autre tome ne traînerait pas à proximité.
Ar-Men - L'Enfer des enfers
Mais mais mais, c'est quoi tous ces 3/5 ? Sans doute que Lepage met la barre graphique à chaque fois plus haute et les attentes des lecteurs n'en sont que plus aiguisés, l'erreur épiée. Cette vision de la mer, ces rendus de rochers balayés par la houle, à se damner de beauté. Un sujet qui a sans doute toujours traîné dans un coin du cerveau de l'auteur, une passion qui tourne presque au culte. La mer, l’océan, les éléments naturels bigger than life, encore et toujours. Belle idée d'alterner une histoire à vue d'homme et un documentaire sur la construction de ce phare (j'ai encore du mal à m'imaginer ces travailleurs en sabot tapant la roche à coup de barre à mine). Et maintenant j'attends de voir la prochaine claque visuelle que m'infligera Monsieur.
Kililana Song
Réaliste, mystique, onirique. L'Afrique est à portée avec ses bonheurs et ses malheurs, dans un cadre baigné de couleurs. Certaines pages figeant une situation ou une sentiment sont vibrantes. L'auteur y a-t-il vécu? Je ne sais pas mais je veux y croire. Et si ce n'est pas le cas, tant pis car cette histoire lui a fait prendre forme. Les destins et histoires se croisent et se décroisent dans un endroit où le temps n'a pas la même définition que dans notre monde qui me praît bien fade une fois ce beau récit terminé.
Fagin le Juif
La BD, l'illustration ou la littérature de divertissement sont des médias très puissants. Ils s'adressent à un très large public souvent jeune ou malléable qui peut manquer de discernement. "Le stéréotype constitue un outil essentiel du langage narratif de la bande dessinée, c'est aux auteurs qu'il incombe de reconnaître son impact sur le regard porté par la société." écrit le professeur Eisner dans sa préface. Dickens (excusez du peu mais il égratigne aussi Shakespeare !) a eu beau s'en défendre, le vocabulaire et les illustrations qui ont accompagné son célébrissime Oliver Twist ont contribué à fixer une image fausse et discriminatoire des personnes de religion juive dans l'inconscient collectif de nombreuses générations. Il faut bien l'immense talent graphique et narratif de Will Eisner pour pouvoir faire entendre la voix de la raison face à l'affective dévotion des fans de Dickens. "Fagin" m'a remué. Je n'ai pas lu Oliver Twist et je le découvre avec un oeil neuf. Mais quelle logique narrative, quelle ambiance de ce Londres miséreux du XIXème siècle. Pas une fausse note à mon avis dans cette implacable démonstration (par l'absurde) contre ces paradigmes qui peuvent devenir vite criminels. La démonstration est d'autant plus forte que le graphisme est à un niveau solaire. Fluidité des lignes, enchaînement des situations, regards, langage corporel, éclairages et décors, il ne manque rien pour ajouter l'émotif au raisonnable. A mon avis un ouvrage de référence pour sa préface et sa postface et la démonstration du récit. Un vrai livre de chevet pour tous les créateurs tellement chaque mot utilisé ou chaque dessin délivré peut influencer en bien ou en mal le public.
Les Esclaves oubliés de Tromelin
Cet album me faisait de l’œil depuis sa sortie, mais ce n’est que récemment que j’ai pu en faire la lecture. Il possède énormément de qualités et un défaut. Déjà bravo à l’auteur, il officie ici en tant qu’auteur complet, et c’est je trouve son œuvre la plus aboutie. Graphiquement comme narrativement, on sent que le sujet lui tient à coeur, Sylvain Savoia y amène tout son art, il a rendu la meilleure copie possible, La lecture est dense mais fluide avec l’alternance entre les 2 époques, le dessin est soigné (même si pas ma tasse de thé). C’est la (re)mise en lumière de cet événement terrifiant qui est à saluer, je ne le connaissais pas, édifiant et instructif il m’a fait froid dans le dos. C’est vraiment une histoire à faire connaître. Content de l’avoir découverte via le médium bd. Par contre et c’est là son « défaut » à mes yeux, maintenant que ce fait oublié de l’histoire française est ancré dans ma mémoire, je ne pense pas relire l’album. A lire oui, à posséder à vous de voir.
Le Cid en bandes dessinées
Ce petit ouvrage au format poche reprend l'intégralité du texte de Pierre Corneille sans aucune digression ni adaptation. Le travail de découpage d'Olivier Petit est donc primordial pour rendre la BD intelligible. Je trouve que c'est une réussite bien que le dessin soit très basique. Mais n'est-ce pas justement fait exprès pour laisser toute sa place au texte ? En effet nous sommes en noir et blanc avec un trait assez simple. De plus comme certains personnages se ressemblent et que les costumes sont semblables, il est parfois difficile de s'y retrouver surtout dans l'acte I. Les décors de Séville et les combats sont minimalistes quelquefois assez enfantins. Mais ce que j'ai le plus apprécié, c'est le rythme et l'intensité du récit. Evidemment le texte de Corneille est magnifique au point que plusieurs tirades sont devenues immortelles. Encore fallait-il lui donner sa cadence. Un texte de théâtre doit chanter dans votre tête surtout avec des alexandrins comme ici. De plus j'ai redécouvert une intrigue vraiment bien mise en scène. Les thèmes proposés de la justice, de l'amour en conflit avec l'intérêt général ou de l'obéissance aux lois sont toujours modernes. Cet ouvrage peut représenter une véritable aide pour les élèves qui ont du mal devant des textes qui alignent des vers sans discernement. De plus il y a quelques pages pédagogiques en fin d'ouvrage pour situer Corneille et son oeuvre, puis une page pour l'adaptation en BD avec une explication rapide du découpage et du story-board. Que n'ai-je eu ce type d'ouvrage à mon époque ! 3.5