Deuxième partie du diptyque entamé avec Deep Me, « Deep It » continue brillamment sur cette lancée. Cette fois, la couverture est totalement blanche, et comme l’opus précédent tout en noir, les mentions du titre, de l’auteur ou du résumé en quatrième de couverture se distinguent à peine. Une approche culottée qui n’aura assurément pas joué en faveur de sa visibilité, ce qui peut expliquer le peu de retombées lors de sa publication (du moins c’est mon ressenti), et c’est tout à fait dommage, car le moins qu’on puisse dire, c’est que l’ouvrage est audacieux (comme à peu près toutes les parutions de l’auteur) ! Ceux qui en principe ne se seront pas arrêtés à la loi des apparences — et d’autres peut-être qui auront été intrigués — sont vraisemblablement les inconditionnels de Marc-Antoine Mathieu.
C’est ainsi que l’on retrouve ici le narrateur du premier volume, « Adam », entité « post-humaine », sorte d’ « élu » vainqueur d’un jeu de réalité virtuelle après avoir survécu aux situations les plus critiques. Assemblage complexe édifié à l’aide de programmes d’intelligence artificielle, Adam a été conçu pour survivre à une apocalypse prévisible. Et désormais, si le Grand Deuil a bel et bien eu lieu, Adam se retrouve confronté à la solitude et à sa propre immortalité, n’ayant comme seul interlocuteur qu’un auxiliaire relationnel, « embarqué » tout comme lui dans cette capsule errant dans les abysses d’un monde où toute vie a disparu.
Le découpage narratif consiste en une succession de veilles numérotées, où notre entité immortelle, en attendant de distinguer la lueur hypothétique d’une vie émergente, ne dort « que d’un œil » entre chaque mise à jour et se livre à diverses réflexions métaphysiques de haut vol. A titre d’exemples : comment survivre à l’infinitude et quelles sont les raisons de son statut d’ « élu ultime » ; où se situe sa condition véritable (entre l’objet fabriqué et l’humain doté d’une conscience) ; et tout autant de questionnements sur ce qui fait notre humanité, sur le temps, la mort et la vie…
Une fois encore, Marc-Antoine Mathieu nous époustoufle en nous embarquant dans ses réflexions philosophiques auxquelles il ne fournit guère de réponse. Mais il alimente avec bonheur notre méditation dans ce qu’on pourrait qualifier de sublime et vertigineux voyage vers des espaces insondés où l’intelligence artificielle, qui est devenue une nouvelle réalité de notre époque, constitue le cœur du propos. Et l’humour n’est pas en reste, l’auteur disséminant ses saillies subtiles dont il s’est montré coutumier à travers sa production.
Réalisant une synthèse parfaite entre la philosophie, la science et la poésie, l’auteur nous propose une œuvre qui, si elle pourra en effaroucher certains par son contenu et son abstraction apparente, reste extrêmement humaine. A qui d’autre que nous-mêmes et notre âme s’adresse la voix off d’Adam, qui se fait en quelque sorte notre confident ? Le sort et la solitude éternelle à laquelle il est condamné, quand bien même il est le résultat d’un programme d’IA, ne peut manquer de nous émouvoir si tant est que l’on est doté d’empathie. Car en effet, Adam bénéficie bel et bien d’une conscience.
Comme dans la première partie, le défi pouvait consister à allier philosophie et graphisme dans un format (la bande dessinée) où le visuel représente une part incontournable. Et de ce point de vue, c’est totalement réussi. MAM nous offre un dessin tout à fait remarquable qui constitue la partie poétique du livre. Son utilisation du noir et blanc ne fait que confirmer, si besoin était, sa maîtrise totale. Un parti pris graphique dans lequel il excelle depuis ses débuts et qui n’a cessé de s’affiner au fil des années. Il suffit pour s’en convaincre d’admirer les cases où sur fond noir, l’artiste recourt au pointillisme pour faire apparaître formes et visages, nous plongeant en une sorte d’apesanteur spirituelle.
Lu les 9 tomes en deux jours, j'ai adoré. Gruizzli a parfaitement exprimé ce que je ressens après cette lecture, et bien plus encore. Je m'attendais à une lecture légère et amusante avec ce côté fantastique de l'échange des corps. Mais l'auteur a surpassé toutes mes attentes créant un véritable petit chef-d'œuvre, original et bien plus touchant que ce que j'imaginais.
Un beau dessin et contrairement à d'autres mangas, j'ai trouvé les expressions des visages magnifiques, chaque mimique transmet parfaitement l'émotion voulue.
4.5, et je vais suivre Gruizzli en lui attribuant la note maximale car c'est amplement mérité.
Une histoire touchante en seulement 9 tomes (les pages se lisent vite) qui ne s'étire jamais inutilement, captivant du début à la fin avec une conclusion parfaitement réussie.
Polar bien noir et bien tordu
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Ce tome regroupe les 4 épisodes d'une minisérie de 1998, qui forment une histoire complète et indépendante.
Jonny Double est un détective privé qui a autrefois travaillé dans la police, et il entretient encore des relations ambigües avec son ancien partenaire. Il a un gros problème avec la boisson et il passe le plus clair de son temps dans un bar à écluser des bières et quelques fois à descendre du bourbon, en papotant avec des poivrots aussi paumés que lui. Il s'exprime d'une manière assez singulière, en utilisant des tournures de phrases issues de la contre-culture des années 1960. Un jour, il retrouve un client en train de l'attendre dans la chambre d'hôtel qui lui sert d'appartement. Ce monsieur bien habillé lui demande de veiller sur Faith, sa fille d'une vingtaine d'années qui a quitté le domicile parental pour s'acoquiner avec une bande de jeunes. Jonny Double commence à fureter autour de la bande et finit par nouer un contact avec eux. Il apprend qu'ils s'apprêtent à vider un compte en banque et qu'ils ont besoin de l'aide d'une personne comme lui.
La petite histoire veut que ce récit marque la première rencontre artistique en Brian Azzarello et Eduardo Risso et que le résultat ait permis le lancement de la série 100 bullets (à commencer par Première salve). Ils déroulent ici un récit qui s'inscrit dans la veine des polars bien noirs mettant en scène des individus plus ou moins paumés, vivant d'expédients, n'ayant pas peur d'user de leurs poings et prêts à se raccrocher à n'importe quel plan leur promettant un enrichissement illicite, mais rapide, pour pouvoir changer de vie. Ils utilisent un personnage oublié de DC Comics : Jonny Double, créé en 1968 par Len Wein et Marv Wolfman et inutilisé depuis des années. Cette histoire est parue initialement dans la branche Vertigo de DC Comics.
L'expérience a prouvé que très peu de créateurs sont capables de réaliser une bande dessinée crédible qui s'inscrit dans ce genre de polar. Azzarello et RIsso évitent tous les pièges, respectent toutes les figures imposées du genre pour un récit nerveux et tendu, avec une intrigue tordue à souhait.
Première difficulté : faire exister des personnages dangereux et troubles, sans tomber dans le ridicule. Sur ce plan la réussite tient autant aux illustrations, qu'au scénario. Eduardo RIsso utilise un style à l'encrage un peu appuyé mais pas trop. Chaque personnage à une gueule bien marquée, une silhouette spécifique et un langage corporel unique. Jonny évoque régulièrement Marv (en moins imposant) de Sin City. Faith se meut comme une femme de son âge, sans exagération de sa silhouette, et avec des attitudes qui en disent plus long que ses paroles. Azzarello a l'art et la manière de dévoiler la personnalité de chacun avec quelques phrases. Il n'y a pas de bulles de pensée, mais Jonny, Faith et les autres sont tous des individus autonomes avec ce qu'il faut de caractère pour exister aux yeux du lecteur. Très vite le lecteur découvre que chaque protagoniste ne pense qu'à sa part du gâteau. Jonny ne se limite pas à quelques stéréotypes : il boit, il est costaud, mais il n'a pas de résistance surnaturelle à la douleur, il s'accommode de la dèche dans laquelle il est, il se sert de son intelligence, avant de se servir de ses poings, etc.
Deuxième difficulté : respecter les codes du genre, sans tomber dans les stéréotypes. Risso déploie beaucoup d'efforts pour conférer de la personnalité à chaque lieu : clôture en grillage, agencement particulier pour chaque bar (de par la disposition des bouteilles par exemple), différents modèles de voitures, revêtements de façades d'immeuble variés, etc. Son talent de décorateur éclate dans une scène se déroulant dans les toilettes bien glauques d'une boîte de nuit. Les auteurs ont choisi de situer leur histoire à l'époque contemporaine (fin des années 1990) et chaque lieu semble plausible, vraisemblable, unique. Azzarello inclut donc les composantes attendues : femme fatale, coups tordus, trahison, bastonnade, magot mirifique, présence de la pègre, meurtre, etc. Et il organise ces éléments pour en faire un récit concis, malin, percutant, sans que la violence ne remplace l'intrigue. Il sait rendre Jonny Double sympathique au lecteur, malgré ses défauts, sans en faire un héros. le lecteur frémit à l'idée de ce qui attend cette bande de jeunes inconscients, tout en se disant qu'ils l'ont bien cherché.
Pour un coup d'essai, ce comics est une réussite d'Azzarello et Risso. Ils entraînent le lecteur dans un monde d'adultes où chacun pense d'abord à lui dans l'espoir de s'assurer un style de vie meilleur rapidement.
Cendrillon enquête sur une série de meurtres.
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Il s'agit d'une histoire complète, pour laquelle le lecteur a besoin d'une connaissance réelle de la série Fables de Bill Willigham (premier tome de la série : Légendes en exil). Régulièrement, Willingham réalise des projets dérivés de cette série mère : 1001 nuits de neige (2006), Jack of Fables (2006, avec William Sturges), Peter & Max (2009), Cinderella (2009, écrit par Chris Roberson), Fairest (2012), Werewolves of the Heartland (2012).
Le tome commence par un texte de 8 pages dans lequel le Miroir Magique raconte comment cette histoire a commencé, alors qu'il se trouve encore dans le bureau de l'Hôtel de ville de Fabletown (toujours perdu dans une autre dimension), en compagnie des femmes grain d'orge, des têtes de pantins et de la tête de Frankenstein. Après un faux mouvement de l'une des petites grains d'orge, une tête roule vers lui et le brise en mille morceaux. Lorsqu'il reprend connaissance (après s'être reconstitué), il découvre des traces de pneus dans le bureau. La partie en bandes dessinées commence ensuite, découpée en courts chapitres. Dans le premier, Brock Blueheart (Stinky) est à bord de ladite voiture, accompagné par une femme. Old King Cole fait appel à Cinderella (Cendrillon) pour enquêter sur un meurtre qui vient de se produire : Morgane la Fey et madame Ford (2 sorcières du treizième étage). Sur les lieux du crime, Cinderella découvre une liste de 11 femmes (des Fables) qui semblent être les prochaines victimes.
Lorsque Fairest in all the land a été annoncé, le lecteur pouvait s'attendre à un recueil d'histoires courtes indépendantes, comme 1.001 nights of Snowfall du fait de la multitude d'artistes. En fait il s'agit bien d'une histoire unique et complète, faisant appel à plusieurs personnages de la série Fables. Dans la mesure où le personnage principal est Cinderella et qu'elle rencontre de nombreuses autres femmes de la série, ce tome s'inscrit bien dans le principe assez lâche de la série dérivée Fairest, mettant en avant des personnages féminins.
Finalement, Bill Willingham utilise une forme qu'il maîtrise bien, celle de l'enquête policière. Cinderella est la vedette des deux tiers de chapitres. Elle essaye de trouver un fil lui permettant de démêler l'écheveau, sans talent particulier d'enquêtrice. Elle tâtonne, se trompe, se fourvoie, n'arrive pas empêcher d'autres meurtres, trouve quelques pièces du puzzle qu'elle n'arrive pas à assembler, en trouve d'autres par hasard ou parce qu'on lui apporte, recueille des témoignages. de ce point de vue, le récit de Willingham est assez habile par ce parti pris prosaïque de montrer une personne procédant de manière empirique plus ou moins efficace.
Comme pour la toute première histoire de la série, le lecteur accompagne les démarches de l'enquêtrice en croisant moult personnages issus de contes divers et variés. Il y a quelques nouveaux personnages tels la fée Hadeon, les habitants du royaume d'Hybearnia ou Turgo de Nor. Il y a de nombreux personnages déjà croisés au fil de la centaine d'épisodes de la série Fables, des plus connus comme le maire Old King Cole, Blanche Neige, la Belle ou Lumi, aux moins connus comme Briar Rose, Bo Peep, ou Reynard, en passant par des seconds rôles réguliers comme Priscilla, Hillary et Robin Page ou Ozma, ou encore Stinky (pardon, Brock Blueheart, perdu de vue depuis quelques épisodes).
Ce qui rend cette lecture encore plus agréable, est que Willingham n'oublie une dose d'humour bon enfant, jouant sur plusieurs registres qu'il s'agisse d'un personnage comique comme Stinky, d'une situation absurde comme changer la roue d'une fée ou des têtes parlantes, de jeu sur le langage (le parler des habitants d'Hybearnia), ou encore la solution idiote au comportement irresponsable de Turgo de Nor (un amalgame étonnant entre le héros viril, le saoulard et le remède pire que le mal). Willingham joue également avec la forme du récit en introduisant un prologue et une conclusion sous forme de texte, narré par le miroir, où il se révèle un bon écrivain malicieux et capable de faire vivre le personnage du Miroir Magique.
Toujours du point de vue de la forme, le choix éditorial et conceptuel a conduit Willingham à faire appel à de nombreux artistes (21, sans compter les metteurs en couleurs, voir détail en fin de commentaire). Autant ce choix était judicieux dans 1001 nights of snowfall parce que chaque dessinateur illustrait une histoire consacrée à des personnages différents, autant ici, il ne se justifie pas puisqu'il s'agit d'une histoire continue. Mis à part les hiatus stylistiques occasionnés par le changement de dessinateurs toutes les 2 ou 4 pages, ils sont tous de bon niveau, avec certaines séquences plus savoureuses que d'autres. Parmi les pages les plus réussies, il est toujours agréable de retrouver Mark Buckingham (2 pages, dessinateur attitré de la série mère Fables), ou Adam Hughes (3 pages). Gene Ha réalise 7 pages magnifiques, comme à son habitude. Les pages de Chris Sprouse sont aisément reconnaissables, même si son encrage est un peu moins fin que d'habitude. Au milieu de ces illustrateurs issus d'horizon très différents, il est plus facile de repérer en quoi le style de Shawn McManus est hérité des comics de superhéros (avec une petite exagération très agréable pour cette scène de combat).
Si le lecteur s'attend à un recueil de type 1001 nights of snowfall, il sera un peu déçu par le changement incessant de dessinateurs dans une histoire continue qui ne justifie pas une telle alternance. Passé ce moment déconcertant, il découvrira une enquête bien troussée, avec quelques pages magnifiques, au milieu d'autres de bon niveau.
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+++ Les nombreux artistes ayant participé +++ (entre parenthèses le nombre de pages qu'ils dessinées, par séquence). Par exemple Meghan Hetrick a dessiné 3 séquences, l'une de 3 pages, une autre de 2 pages et une troisième de 4 pages).
Karl Kerschel (4 pages)
Renae de Liz (5 + 6 pages)
Fiona Meng (4 pages)
Mark Buckingham (2 pages)
Phil Noto (4 pages)
Meghan Hetrick (3 + 2 + 4 pages)
Russ Braun (7 + 5 pages)
Tony Akins (4 + 5 + 4 pages)
Gene Ha (7 pages)
Tula Lotay (3 pages)
Marley Zarcone (4 + 2 pages)
Ming Doyle (1 + 1 pages)
Chris Sprouse (9 pages)
Nimit Malavia (2 pages)
Dean Ormston (2 pages)
Kurt Huggins (4 + 1 pages)
Adam Hughes (3 pages)
Al Davison (5 pages)
Shawn McManus (7 pages)
Inaki Miranda (4 pages)
Kevin Maguire (4 pages)
Profession de foi
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Ce tome est paru d'un seul tenant, sans prépublication, initialement en 1976, écrit et dessiné par Jack Kirby, qui en a également assuré la direction éditoriale. Il est composé de cinq chapitres encrés successivement par Barry Windsor Smith pour le 1, Herb Trimpe pour les 2 & 3, Trimpe & John Romita senior pour le 4, Trimpe pour le 5. Il se termine avec 5 pin-ups de Captain America dessinés par Kirby et encrés par Romita.
En pénétrant dans la pièce, Captain America se demande encore pourquoi il a accepté l'invitation de Mister Buda. Celui-ci se tient en position du lotus dans une sorte de cage pyramidale dorée avec des parois vitrées, semblant être en transe. Captain America sursaute, pris par surprise par l'irruption de la forme astrale de Buda. Celle-ci lui adresse la parole, lui souhaitant la bienvenue dans son humble demeure. Buda ouvre les yeux et déclare que son voyage est achevé et que ça fait du bien d'être de retour. Il ouvre la porte de la pyramide et s'en extrait, supposant que son interlocuteur n'a jamais vu de pyramide d'énergie, un dispositif vital pour faciliter le processus de projection astrale. le capitaine reconnaît que c'est un tour de première, et que s'il s'agit d'un tour d'hypnotisme, il est particulièrement maîtrisé. Buda se présente : il est un maître dans l'art de la sorcellerie. Dans son pays, il a atteint le même niveau de renommée que le capitaine dans le sien. Il apprend aux gens à croire, et ainsi à comprendre tout le temps et l'espace. Les portes de l'éternité s'ouvrent en grand. Il est possible de contempler les choses avec un œil universel. Ainsi Captain America pourrait contempler le symbole de son pays comme il ne l'a jamais vu.
Le superhéros explique que son devoir est de servir sa patrie, son destin est dédié à ce boulot. Il tourne les talons et commence à partir. Dans son dos, Buda effectue des gestes qui créent un pli dans l'espace, dans lequel son hôte entre sans même s'en rendre compte. Captain America se retrouve dans une construction labyrinthique inextricable aux formes géométriques. Il comprend qu'il ne peut qu'aller de l'avant, et finit par chuter dans une trappe. Il se retrouve dans un grand hall avec une grande tenture portant une croix gammée. Il s'avance discrètement pour ne pas se faire remarquer du garde. Un autre soldat tombe nez à nez avec lui, Catpain America profite de sa surprise pour l'estourbir sans bruit. Il continue d'avancer et aboutit dans une pièce où deux officiers nazis maltraitent un prisonnier ligoté sur une chaise, sous les yeux d'un autre, tous lui tournant le dos. Ayant senti la présence de l'intrus, ils se retournent d'un coup, et Captain America reconnaît Adolf Hitler. Il fait quelques pas dans la pièce et sent quelqu'un l'attaquer par derrière. Il se retourne d'un mouvement vif et l'assomme d'un coup de bouclier. Les officiers ouvrent le feu. Il lance son bouclier.
Le personnage de Captain America a été créé en 1941, par Joe Simon & Jack Kirby, et publié par l'éditeur Timely Comics qui deviendra des décennies plus tard Marvel Comics. Ses aventures ont été publiées jusqu'en 1949. Il est revenu pour quelques aventures en 1953/1954, puis a disparu des étals. Il est revenu pour de bon en 1964, dans le numéro 4 de la série Avengers, par Jack Kirby & Stan Lee pour devenir un des superhéros les populaires de l'univers partagé Marvel. Ayant cocréé de nombreux superhéros Marvel en 1961, Jack Kirby décide d'aller travailler pour DC Comics de 1971 à 1975, puis de revenir travailler pour Marvel sur les séries Eternals, Devil Dinosaur, Machine Man, Black Panther, 2001. Il revient également à la série Captain America dont il réalise, scénario & dessins, les épisodes 193 à 214, et numéros annuels 3 & 4, ainsi que le présent numéro spécial réalisé à l'occasion du bicentenaire des États-Unis, tous regroupés dans Captain America by Jack Kirby Omnibus . C'est donc un retour en demi-teinte pour ce créateur hors norme, déçu par les pratiques éditoriales de DC Comics, obligé de revenir dans l'entreprise dont il avait claqué la porte, mais disposant d'un contrat où il est son propre responsable éditorial sur la série Captain America, personnage qu'il a cocréé plus de trente ans auparavant, et dont il n'a jamais détenu les droits de propriété intellectuelle, sur lequel il ne touche aucun pourcentage.
À l'occasion du bicentenaire de la déclaration d'indépendance, il réalise ce numéro aux dimensions hors norme (à peu près la taille de deux fois celle d'un comics ordinaire) au cours duquel Captain America se retrouve projeté à différents moments de l'histoire du pays, dans des situations critiques, à rencontrer des Américains, Mister Buda lui promettant qu'il acquerra ainsi une meilleure compréhension de sa patrie. Fort logiquement (?), pour commencer, le superhéros se retrouve en Allemagne nazie pendant la seconde guerre mondiale, face au Führer en personne, ce qui lui permet de retrouver Bucky, et de se battre contre des soldats. le lecteur retrouve les caractéristiques habituelles des dessins de l'artiste : des personnages en mouvement, courant, bondissant, frappant, des mains tendues vers le lecteur, des personnages en gros plan regardant le lecteur, des découpages de page souvent sages en 3 bandes de 2 cases de même dimension, ou 2 bandes de 2 cases de dimensions identiques. Captain America dispose d'un corps d'athlète musclé et parfait. Il ne quitte jamais son costume de superhéros, pas même son masque. Les reconstitutions historiques amalgament des éléments d'époque avec une bonne dose de licence artistique, pour un résultat tour à tour saisissant de naturel, édulcoré et quelque peu naïf, voire parfois en carton-pâte. le lecteur ne doit donc pas s'attendre à une reconstitution historique rigoureuse et académique : uniformes de l'armée allemande plus esthétiques qu'authentiques, rues de Philadelphie en 1776 pour un décor plus mythologique que réaliste, évocation romancée des mauvais quartiers de New York dans les années 1930, mise en scène très théâtrale de Geronimo, biplan de la première guerre mondiale revu et corrigé pour une esthétique plus dynamique, sans oublier un magnifique numéro musical pour un film hollywoodien.
Cette histoire se lit donc comme une histoire pour enfant, avec des dessins percutants. Captain America passe d'époque en époque au gré de la fantaisie du sigil imprimé sur son gant. D'ailleurs, le lecteur finit par se demander pour quelle raison le héros n'enlève pas tout simplement ce gant pour se débarrasser de ce signe cabalistique. Les différents lieux sont à la fois simples pour être assimilés au premier coup d'œil, et évocateurs grâce à quelques détails bien choisis dans l'inconscient collectif américain. Les éléments historiques sont faciles à identifier pour un Américain : Benjamin Franklin (1706-1790), Betsy Ross (1752-1836, supposée avoir cousu le premier drapeau américain), John L. Sullivan (1858-1918, célèbre boxeur), John Brown (1800-1859, abolitionniste), Geronimo (1829-1909). le héros surmonte les épreuves grâce à son courage, sa force, la solidité de ses valeurs morales, et sa foi dans sa patrie. le héros finit par pousser son guide dans ses derniers retranchements, et par énoncer clairement l'esprit qui caractérise les États-Unis, ce qui en fait une nation forte et puissante.
Dans le même temps, le lecteur adulte prend plaisir aux caractéristiques de la narration visuelle de Jack Kirby : le dynamisme et la puissance des personnages, leur dignité, l'énergie incroyable qui se dégage des pages, des situations. Il se dit également, qu'étant son propre responsable éditorial, le créateur a disposé d'une réelle latitude pour construire son histoire comme il l'entendait. Il perçoit la voix de l'auteur lorsque Captain America se trouve à discuter avec le chef indien Geronimo (sans barrière de langue bien sûr), et que la cavalerie commence à charger. le déroulement indique que Kirby estime que les indiens appartiennent au peuple américain comme tous les autres citoyens, et qu'il condamne la persécution dont ils ont fait l'objet. La même prise de position se retrouve avec la persécution des afro-américains. Il semble naturel d'attribuer ces valeurs à l'auteur ainsi que celles qui se dégagent des autres séquences. En fin de récit, le lecteur peut découvrir le credo de Jack Kirby concernant son pays : des individus qui essayent de réussir, la conviction qu'il est possible de devenir assez fort et assez intelligent pour surmonter des problèmes harassants. C'est l'Amérique : un pays de confiance obstinée, où les jeunes et les vieux peuvent espérer, et traverser les déceptions, le désespoir, et le fardeau des événements avec l'espoir de pouvoir donner du sens à la vie. S'il s'est déjà intéressé à la vie de l'auteur, il se rend compte que ces valeurs ne sont pas de circonstance pour le bicentenaire, mais qu'elles correspondent bien aux siennes, celles qu'il a mises en œuvre toute sa vie durant. de ce point de vue, il s'agit bien d'une œuvre d'auteur, assez intime qui plus est.
Une histoire de circonstance pour fêter le bicentenaire de la Déclaration d'Indépendance, avec un héros s'habillant littéralement avec le drapeau des États-Unis. Un récit parfois naïf avec un superhéros bon et valeureux qui sait cogner, à destination d'un public d'enfants. Une profession foi de l'auteur sur la façon dont il conçoit sa patrie, avec ses défauts, et les valeurs morales d'un citoyen, qui doivent guider son comportement dans la vie, et qu'il a mises en application à titre personnel.
L'éducation est l'arme la puissante pour changer le monde. – Nelson Mandela
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. La première édition de cet ouvrage date de 2023. Il a été réalisé par Lax (Christian Lacroix), pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il compte cent-quarante-quatre pages de bandes dessinées. Il se termine avec une postface de deux pages, rédigée par Pascal Ory, de l'Académie française. Dans celle-ci, il commence par évoquer la célèbre maxime d'Héraclite : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Il reprend les principales phases de l'intrigue en commentant sous l'angle de la vocation de l'instituteur, en consacrant la seconde moitié de son texte au paradoxe de l'école, à la fois métonymie d'une crise plus générale, à la fois lieu où cette crise pourrait trouver sa résolution. Il développe ensuite la force narrative des planches de cette bande dessinée, pour conclure sur le sens à donner au dénouement tragique du récit.
Col de la Rousse, novembre 1833. C'est par là que les colporteurs passent d'Ubaye en Durance, malgré la neige qui recouvre la trace avec obstination. Fortuné Chabert n'est pas un colporteur comme les autres. Les trois plumes d'oie glissée dans la ganse de son chapeau en sont l'attestation. Il est colporteur en écriture, autrement dit instituteur itinérant. Il transporte son savoir de village en village. Et principalement pendant les longs mois d'hiver, quand les enfants ne sont pas assujettis aux travaux des champs. Et s'il a trois plumes, Fortuné, c'est que son savoir est triple. Il n'a que dix-sept ans mais il peut enseigner lecture, écriture et chiffres. Nombre de ses collègues n'ont pas la chiffre, n'arborant que les deux plumes de l'écriture et de la lecture. Dans chaque hameau, les parents fournissent gîte, couvert et salle de classe. Les frais d'écolage sont rétribués modestement, à hauteur de cent francs maximum. Familles et fondations pieuses y pourvoient.
Fortuné Chabert progresse lentement dans la neige et il croise Seyoz, un marchand ambulant, roi de la mercerie comme il le surnomme. Seyoz se rend au Lauzet d'Ubaye et souhaite connaître l'état du col pour le passer. Fortuné lui répond, et indique qu'il est attendu au hameau des Guions, au-dessus de Saint Crépin. Les deux voyageurs se saluent et poursuivent leur chemin chacun de leur côté. L'instituteur itinérant finit par arriver aux maisons du hameau et plusieurs enfants se dirigent à sa rencontre en courant. La classe peut commencer. Dans la journée, le curé vient le trouver : il indique qu'il a appris que Fortuné garde une fille en leçon de calcul. Il ajoute que c'est lui qui décide de ce qui est nuisible ou pas pour ses paroissiens. En réponse à une remarque de l'instituteur, il ajoute que du moment que les filles savent leur catéchisme, ça suffit, catéchisme sur lequel Fortuné ne s'attarde pas outre mesure, d'ailleurs. Mais le curé se félicite que Chabert ne va pas sévir bien longtemps. Il lui demande s'il a attendu parler des lois Guizot.
Le texte de quatrième de couverture annonce le programme : des Alpes françaises aux montagnes d'Afghanistan, du XIXe siècle à nos jours, l'école a toujours été martyrisée par les obscurantistes de toute obédience. En effet, le récit commence dans les Alpes françaises au XIXe siècle, pour se continuer aux États-Unis en suivant le personnage principal qui décide d'émigrer, et la seconde partie du récit se déroule au XXe siècle en suivant Arizona Florès, arrière-arrière-petite-fille de Fortuné Chabert, travaillant comme journaliste aux États-Unis et allant effectuer un reportage en Afghanistan, le passage de l'un à l'autre personnage s'effectuant en page cinquante-neuf. le premier apparaît au lecteur alors qu'il est un instituteur itinérant, la seconde exerce la profession de journaliste. L'un et l'autre sont liés par les liens du sang en descendance directe, ainsi que par l'université des chèvres, fondée par Fortuné Chabert, et dont la pancarte subsiste dans la propriété des parents d'Arizona Florès. L'un a exercé le métier d'instituteur et de professeur à deux reprises dans sa vie ; l'autre constate l'hostilité contre le lieu d'apprentissage qu'est l'école, sous deux formes très différentes, avec des pressions exercées par deux types de fondamentalistes de nature opposée.
La narration débute avec une très belle illustration en pleine page, majoritairement blanche pour rendre compte de la neige, avec juste la minuscule silhouette de Fortuné Chabert qui progresse laborieusement, la silhouette de deux rochers, et celle d'un flanc de montagne sur la droite. Vient ensuite une illustration en double page mettant en évidence la fragilité de la silhouette de l'homme qui s'appuie sur un solide bâton, et l'immensité des montagnes enneigées en premier plan et en arrière-plan, rendant dérisoire et insignifiante cette unique présence humaine. le blanc s'impose encore dans les deux pages suivantes, avant d'être progressivement habité et supplanté par l'activité des enfants et les solides constructions humaines en pierre. le lecteur apprécie également la qualité de la reconstitution historique, en plus de l'immersion hivernale dans les Alpes : les tenues vestimentaires, les maisons de pierre, l'équipement de l‘instituteur, les ardoises des enfants, sa mule et son chargement de livres quand il devient libraire ambulant à l'été. Puis, Fortuné Chabert décide de partir pour le nouveau monde, et le lecteur prend tout autant son temps pour admirer le paysage et la reconstitution historique : les montagnes de Californie et ses ruisseaux (peut-être) aurifères, le déplacement d'une colonne de chariots en territoire indien avec une lumière caractéristique de ces déserts montagneux, la communauté de Hopis avec leurs tenues et leurs outils agraires, et même un pensionnat dans une ville de colons, destinés à accueillir de jeunes Indiens pour les éduquer.
Dans la seconde partie du récit, le plaisir du voyage se trouve multiplié par deux : la petite ville dans la banlieue de Phoenix en Arizona, ploucs compris, et les différentes régions dans lesquelles le reportage emmène Arizona Florès en Afghanistan. le lecteur passe ainsi du siège social du journal Phoenix Post avec son bel immeuble moderne, à la province désertique de Nimroz, terre frontière avec l'Iran et le Pakistan, en passant par l'école de Tommy le fils d'Arizona, ou le tunnel routier de Salang (2.700m de longueur), passant sous le col de Salang, reliant la capitale Kaboul et le nord du pays. L'artiste sait donner à voir ces endroits d'une manière pragmatique et banal, reflétant leur caractère ordinaire pour ceux qui y habitent, à l'opposé d'une vision touristique tournée vers le spectacle, mais sans minimiser ou gommer leurs singularités, leur personnalité façonnée par les caractéristiques géographiques ou historiques. Lax dessine dans un registre naturaliste, sans chercher un niveau de détail photographique, plutôt en dosant la densité d'informations visuelles en fonction de la séquence : plus de précisions dans les décors pour permettre au lecteur de s'y projeter, ou bien une impression générale pour refléter une ambiance, un état d'esprit, des visages et des tenues vestimentaires détaillées pour pouvoir faire connaissance avec ces personnes et comprendre leurs conditions de vie, ou au contraire juste des silhouettes plus ou moins mangées par l'ombre.
Le lecteur suit donc avec le plus grand naturel, ce jeune homme qui se déplace de hameau en hameau pour enseigner lecture, écriture et calcul d'abord dans les Alpes françaises, puis de manière sédentaire dans un village hopi. Il accompagne ensuite Arizona Florès en Afghanistan, prise en charge par son fixeur Sanjar dès son arrivée à l'aéroport, puis de rencontre en rencontre. L'auteur commence par montrer comment l'instruction remet en cause des traditions peu accommodantes craignant toute forme de questionnement, puis comment ce même savoir est accueilli à bras ouvert dans une autre communauté qui sait le faire coexister avec sa culture et ses croyances. Au vingt-et-unième siècle, l'école provoque les mêmes réactions : un rejet de ce qui remet en cause des valeurs fondamentales d'une communauté, aussi bien aux États-Unis qu'en Afghanistan, une avidité d'apprendre, d'acquérir des outils qui permettent de comprendre. Lax ne fait que mettre en scène des faits historiques (les terrifiantes écoles pour (ré)éduquer les Indiens), la résistance de certains curés qui craignaient la remise en cause de traditions séculaires (à commencer par la place de la femme dans la société). Au vingt-et-unième siècle, c'est du pareil au pire : les ultraconservateurs qui récusent une partie de la science, ou les intégristes religieux qui ne peuvent pas tolérer quelque questionnement que ce soit sur le dogme (en particulier, encore une fois, la place et le rôle de la femme dans la société), c'est-à-dire la réalité de la similarité de certains comportements aussi bien dans les États-Unis de Donald Trump que dans l'Afghanistan des Talibans.
Une école sanctuarisée qui émancipe et qui libère : ce récit met en scène cet enjeu essentiel de chaque société, au travers du parcours d'un instituteur itinérant, puis d'une journaliste, dans quatre sociétés différentes, plus ou moins tolérantes, plus ou moins réfractaires ou enclines à instrumentaliser l'éducation en la biaisant. La narration visuelle atteint un tel niveau de maitrise qu'elle semble secondaire, presque inconséquente, alors qu'elle assure une narration d'une qualité extraordinaire, sans jamais paraître ostentatoire.
Sean Murphy a encore frappé ! Depuis ma découverte du chef-d'oeuvre Batman - White Knight, je ne rate plus une sortie de cet auteur. C'est donc tout naturellement que quand j'ai aperçu cette couverture en magasin, j'ai acheté sans réfléchir. Achat fructueux, puisque le contenu est d'excellente qualité.
Comme toujours chez Murphy, le dessin est particulièrement immersif, valorisant parfaitement des séquences d'action musclées, et l'expression d'émotions authentiques. En effet, les personnages sont extrêmement travaillés et on s'attache à leurs émotions et à leur parcours avec beaucoup d'empathie. L'évolution des caractères est évidemment de mise et la conclusion se révèle sur ce point très satisfaisante, dans la mesure où elle donne vraiment l'impression d'avoir accompli du chemin.
Le défaut, peut-être, qu'on pourrait trouver à ce récit, est que, finalement, on reste dans une histoire de héros masqué, du poids d'un héritage trop lourd à porter, de doutes sur la légitimité du rôle de sauveur anonyme... et est-ce qu'on a pas eu tout ça en mieux dans la saga White Knight ? L'atmosphère est assez différente, mais on peut parfois avoir l'impression que Sean Murphy se contente de ressasser les mêmes thématiques, voire les mêmes ressorts scénaristiques que dans sa version de Batman. Cela reste extrêmement réussi, mais on peut trouver que l'impact émotionnel et narratif en seraient quelque peu réduit.
Malgré cet aspect, je suis toujours aussi séduit par le génie graphique de Murphy, son travail d'atmosphère formidable et son écriture subtile de personnages. Et si certains pourront s'en lasser, j'ai pour ma part l'impression de redécouvrir cet auteur génial à chaque nouvelle lecture que je fais de lui. J'ai en plus retrouvé ici le souffle des grandes épopées cinématographiques d'antan ou d'aujourd'hui, qui vont de la version Disney de Zorro à Sicario en passant par Les Sept Mercenaires. Le style de Murphy est puissamment cinématographique, et toutes les références qu'il convoque ici lui permettent de faire de ce Zorro : D'entre les morts une grande oeuvre qui relit avec un brio certain la légende de Zorro pour la moderniser sans jamais la trahir. Et ça, c'est fort.
Il va être difficile pour moi de rester un minimum rationnel et objectif dans mon propos tant j'ai vraiment adoré cette BD !
Globalement, je trouve que ce que fait Emmanuel Lepage est toujours, ou presque, de qualité. Il nous a habitué depuis quelques temps déjà à faire des sortes de reportages / documentaires / carnets de voyage (ou tout cela à la fois) dans ses précédentes productions, on pense à Voyage aux îles de la Désolation, et surtout à Un printemps à Tchernobyl (je dois avouer ne pas avoir encore lu 'La lune est blanche', ni Ar-Men ), mais là, c'est autre chose, on est bien au-delà de ça. Un vrai scénar, pour une vraie BD !
Sur un plan graphique, on retrouve toujours ce superbe travail, ce dessin, en particulier de bateaux et de la mer qui accompagne (ou donne naissance ?) au souffle épique qui traverse tout l'ouvrage.
Sur le fond, c'est fin, c'est intelligent, c'est bien senti, le lecteur plonge dans cette histoire avec plaisir, délectation, et soif de connaissances. Un vrai beau voyage dans, et devant, la BD en somme !
Si vous lisez ce petit avis en vous demandant si la BD vaut le coup d'être achetée, franchement, n'hésitez pas un seul instant, c'est beau et atypique, il serait plus qu'étonnant que cela vous laisse indifférent(e).
Peut-être dans mon top 10, ou top 15, tous styles confondus. C'est dire.... !
Bref, ne tournons pas autour du pot : chef-d'oeuvre !
Hommage à Jack Kirby : dérivatif, éhonté et distrayant
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En 2011, à la suite du crossover Flashpoint, DC Comics remet à zéro l'ensemble de son univers partagé dans une opération baptisée New 52. Parmi les 52 nouvelles séries lancées à cette occasion, se trouve celle attribuée à OMAC qui s'arrêtera au bout de 8 épisodes. Ce tome comprend donc l'intégralité de cette série, les épisodes 1 à 8 parus en 2011/2012.
L'entreprise Cadmus Industries est le leader en recherche génétique. Parmi ses employés à New York, se trouvent Kevin Kho, Jody Robbins (la petite amie de Kevin) et Tony Jay. Ce laboratoire principal est attaqué par un gros monstre bleu avec une iroquoise électrisée ; il est guidé dans son avancée par Brother Eye, une intelligence artificielle siégeant dans un satellite en orbite autour de la Terre. Après avoir récupéré les données et l'unité centrale du laboratoire secret de Cadmus, situé sous l'immeuble, Brother Eye envoie OMAC (One-Machine Attack Construct) dans d'autres missions qui s'avèrent toutes destinées à lutter contre l'organisation Cadmus.
Dès les premières pages, Dan Didio (scénario), Keith Giffen (co-scénariste et dessinateur) et Scott Koblish montrent clairement leur intention : rendre hommage à la création de Jack Kirby (8 épisodes regroupés dans O.M.A.C.), à la manière de Kirby. Ce n'est pas la première fois que Giffen s'approprie le style d'un confrère ; la critique lui avait déjà fortement reproché de plagier le style de Jose Muñoz (illustrateur par exemple de Carlos Gardel, avec Alex Sampayo). Ici il n'est pas possible de parler de plagiat. Didio et Giffen font du Kirby (en moins inspiré) de manière éhonté, pour le plaisir. C'est même tout à leur honneur (en particulier celui de Didio, alors numéro 1 de DC Comics avec Jim Lee) d'avoir choisi d'intégrer OMAC parmi les 52 nouvelles séries. Il assez ironique de constater que cette relance aura duré exactement autant de numéros que la série initiale de 1974.
Le ton de la série est donc dérivatif : rendre hommage à Kirby en donnant une nouvelle chance au personnage d'OMAC. le contexte de New 52 permet de tout reprendre à zéro, tout en incluant des références à la première incarnation, discernables par les fans, sans être indispensables à l'intrigue (ce que les anglophones appellent des easter eggs). Premier clin d'œil : Cadmus, une référence à la série Jimmy Olsen, l'une des parties du Fourth World de Jack Kirby. La deuxième référence est cette fois-ci graphique avec l'imposant OMAC en pleine page détruisant un mur de pierre dont la texture est rendue à la manière de Kirby. le titre permet également de mieux saisir l'état d'esprit des auteurs : Office Management Admist Chaos (c'est-à-dire OMAC en ne prenant que les initiales). Ils répèteront l'utilisation de l'acronyme pour les 8 épisodes en terminant par "Omit, Mutilate, And Cancel dont le dernier mot renvoie au sort de la série : annuler.
Dan Didio utilise une trame efficace : Brother Eye envoie OMAC neutraliser des agents de Cadmus. Il nourrit chaque nouvelle rencontre des créations de Kirby pour DC Comics, revues et corrigées d'une manière plus ou moins importante. À nouveau il s'agit d'un exercice dérivatif qui met surtout en avant l'inventivité de Jack Kirby, avec des emprunts tels que Dubbilex, Mokkari, et Sweet Leilani. Il y a même la mention d'un groupuscule baptisé "Command D", ce qui renvoie à la genèse du nom de Kamandi. de sont coté, Giffen singe le style de Kirby en lui empruntant surtout les poses de personnages pour des élans de vitalité débridée, et des démonstrations de force colossale.
Didio en profite pour commencer à tisser des liens avec d'autres séries du New 52, telles que Frankenstein, Agent of S.H.A.D.E., ou en incluant une apparition discrète de Pandora. Giffen se révèle très à l'aise pour représenter Frankenstein, avec son coté monstrueux et puissant, ou Father Time avec son apparence très second degré.
C'est donc dans une ambiance d'aventures premier degré et linéaire que le lecteur découvre cette nouvelle itération d'OMAC. Évidemment cette série dérivative n'égale pas l'original. Dans la mesure où Didio et Giffen recycle les idées de Kirby, il manque l'inventivité de la série originale, mais aussi sa dimension sociale a disparu. de la même manière si Giffen dessine à la manière de Kirby, il n'arrive à reproduire toutes les spécificités de son style. Il manque en particulier les effets d'abstraction par le jeu des ombres. Il est également un peu trop apparent que Giffen recopie quelques images directement sur celles de Kirby.
En fonction de votre sensibilité de lecteur, cette série peut se voir comme un hommage décomplexé à la créature de Kirby, et à son inventivité, pour des histoires amusantes et rapides. Ou alors il est également possible d'y voir un manque de créativité dans l'industrie moderne des comics, et un plagiat honteux de l'héritage des années passées, une exploitation commerciale posthume des créations de Jack Kirby spolié de droits d'auteur par le modèle économique américain en vigueur dans les comics.
Point de convergence
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Ce tome regroupe les épisodes 1 à 9 de la minisérie parue en 2011, ainsi que 2 histoires courtes parues dans la minisérie I'm an avenger. Tous les scénarios sont d'Allan Heinberg. Il vaut mieux avoir lu avant Affaires de famille la première minisérie des Youg Avengers.
Les Young Avengers (Vision, Wiccan, Hulkling, Hawkeye, Speed, Patriot et Stature) sont en train de se battre contre un groupe de terroristes (une phalange des Fils du Serpent). Iron Man, Ms. Marvel et Captain America arrivent pour les aider. Ils sont assez inquiets que le supposé lien de parenté entre Speed et Wiccan, avec Scarlet Witch puisse être réel et que Wiccan ait hérité des pouvoirs de sa mère. Ils ont encore en mémoire sa responsabilité dans les événements de House of M, et les terribles conséquences qui en ont découlé. Les Young Avengers n'ont pas l'intention de se laisser faire et ils décident de se mettre à la recherche de Wanda Maximoff, aidés malgré eux par Erik Lehnsherr (Magneto, le père de Wanda).
Avec le premier tome des Young Avengers, Allan Heinberg avait réussi le pari insensé de raconter une histoire passionnante avec des personnages dérivatifs de superhéros Marvel de premier plan, au milieu d'un paradoxe temporel. Ici il relève le défi de mettre en cohérence l'histoire de Wanda Maximoff. le lecteur retrouve avec plaisir les Young Avengers très attachants à nouveau dessinés par Jim Cheung pour la recherche d'un personnage historique de l'univers partagé Marvel, avec la participation des Avengers, de Magneto et d'encore un autre supercriminel emblématique de Marvel. Au fur et à mesure des pages, il devient évident qu'Allan Heinberg a une autre ambition que celle de développer ses personnages. Avec l'apparition de quelques Avengers, mais aussi de quelques X-Men (car Scarlet Witch a fait partie de la première équipe, mais elle a décimé la race des seconds et c'est une mutante), les Young Avengers ont peu de place pour exister. de fait Heinberg se concentre surtout sur Billy Kaplan (Wiccan) et son jumeau Thomas Sheperd (Speed). Mais au fil des dialogues, il apparaît que tous les Young Avengers s'expriment aussi bien que leurs aînés de plusieurs années et qu'ils disposent d'une connaissance encyclopédique des détails historiques de l'univers partagé Marvel que leur provenance en direct du futur ne suffit pas à expliquer complètement. Heinberg a du mal à faire croire au lecteur qu'il s'agit vraiment de jeunes adolescents.
D'ailleurs la recherche de Scarlet Witch est surtout l'occasion pour Allan Heinberg de plonger dans les recoins de son histoire compliquée. Il évoque bien sûr sa participation à la Fraternité des Mutants Maléfiques (Brotherhood of evil Mutants), sous la houlette de Magneto, alors qu'ils ignoraient leur lien de parenté, puis son incorporation aux Avengers, avec son frère Pietro (Quicksilver) sous le patronage de Captain America. Vient ensuite son mariage avec Vision (dans Vision And the Scarlet Witch), la naissance de leurs enfants dans A year in the life. Heinberg n'oublie pas rappeler les abus de pouvoir par Wanda possédée dans Knights of Wundagore et Darker than scarlet, ainsi que la disparition de son mari (dans A la recherche de la Vision). Il n'oublie ni ses liens avec Simon Williams (Wonder Man), ni le fait qu'elle a déjà fait une ou deux réapparitions plus ou moins oniriques dans l'univers Marvel 616 depuis House of M (devant Clint Barton dans Revolution, entre autres). Évidemment tous ces éléments prennent une place significative dans la narration, et additionnés aux combats de rigueur dans tout comics de superhéros qui se respecte, il finit par rester peu de place pour chaque personnage.
Au fil des pages, le lecteur se rend compte qu'Allan Heinberg a déplacé le centre d'intérêt de son histoire des Young Avengers, vers la continuité Marvel et la place occupée par Scarlet Witch dans cette continuité complexe. Il faut dire qu'il s'agit d'un personnage qui est apparu pour la première fois en mars 1964 dans l'épisode 4 de la série X-Men. Heinberg a l'art et la manière de mettre chaque événement en perspective, de redonner du sens à l'évolution du personnage et de revisiter des passages essentiels de l'histoire Marvel, même Avengers désassemblés prend logiquement sa place dans cette immense fresque. Pour le fan de Marvel, ce récit prend toute sa dimension mythique et permet même de distinguer un destin hors du commun pour Wanda. Pour caser tout ça, Heinberg a recours à de copieux dialogues et c'est un véritable tour de force qu'il réussit en chargeant chacun de ces rappels historiques d'une forte émotion grâce aux intérêts conflictuels des différents personnages. Comment Wiccan peut-il faire confiance à Magneto, ou aux Avengers, ou aux X-Men quant à ce qui se passera s'ils retrouvent Wanda ? Et d'ailleurs existe-t'il vraiment un lien de parenté ? Magneto est-il son grand-père ?
C'est un vrai plaisir que de retrouver les illustrations délicates de Jim Cheung qui a dessiné les 9 épisodes, avec un encrage de Rag Morales, aidé par Jim Cheung lui-même, John Livesay, Dave Mikis et Dexter Vines. Cheung sait conférer une apparence particulière à chaque personnage, leur donner un langage corporel expressif et nuancé. Il apporte un grand soin à chaque individu, avec un travail méticuleux sur les costumes. Les utilisations des superpouvoirs sont chatoyantes, hypnotisantes, tout autant que destructrices. Jim Cheung compose intelligemment chaque scène de foule ; les personnages ne sont jamais dessinés par couche superposées ou empilés les uns sur les autres, mais ils ont bien tous une relation spatiale sensée les uns par rapport aux autres. Chaque fois que Wanda est évoquée au travers d'un souvenir, elle est belle à croquer, à la fois fragile, féminine, puissante et mystérieuse. Dans les 2 tiers des pages, Jim Cheung prend le temps de dessiner les décors et là encore il ne se contente pas de quelques traits vite faits ; il conçoit un endroit particulier, pleinement réalisé. Sans être photoréalistes, tout en étant très détaillées, les illustrations de Cheung et Morales transportent le lecteur dans un monde empreint d'une touche de merveilleux, sans être infantile, une vraie vision artistique qui fait exister les personnages et leur personnalité dans le monde merveilleux des superhéros. Il est même possible de déceler ici ou là l'influence discrète des maîtres de Cheung de Jim Lee à Barry Windsor Smith (lors du démontage d'un robot dans la première page de l'épisode 3), en passant par Olivier Coipel.
Les courtes histoires complémentaires racontent comment les Young Avengers sont arrivés la première fois à l'Hôtel particulier des Avengers (petites difficultés avec les systèmes de sécurité, par Jim McCann et Chris Samnee), leur premier aperçu d'une arrivée de Thor (par Alan Davis et Mark Farmer). Elles sont sympathiques et anecdotiques.
Le titre de ce tome alerte le lecteur sur le contenu : il ne s'agit pas d'une histoire des Young Avengers, mais des Avengers. Allan Heinberg se focalise sur cette quête de Wanda Maximoff, sur l'histoire du personnage, sur l'impact de House of M sur les Avengers et les X-Men, sur les dilemmes insolubles, les cas de conscience si jamais Wanda Maximoff était vivante. Il donne une dimension fortement humaine à cette recherche en la racontant par les yeux de plusieurs personnages, à travers leurs sentiments, en particulier ceux de Wiccan et Speed. Cette histoire constitue à la fois l'aboutissement de celles initiées à partir de Avengers désassemblé, et le prologue à AvX . Le rythme du récit souffre par moment de cette volonté de mettre le plus de références possibles aux événements passés et tout expliquer, quitte parfois à sortir un coup de théâtre du chapeau (tel le mariage de l'épisode 4, d'une envergure telle qu'il est impossible que les Avengers n'en ait pas eu vent avant).
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Deep it
Deuxième partie du diptyque entamé avec Deep Me, « Deep It » continue brillamment sur cette lancée. Cette fois, la couverture est totalement blanche, et comme l’opus précédent tout en noir, les mentions du titre, de l’auteur ou du résumé en quatrième de couverture se distinguent à peine. Une approche culottée qui n’aura assurément pas joué en faveur de sa visibilité, ce qui peut expliquer le peu de retombées lors de sa publication (du moins c’est mon ressenti), et c’est tout à fait dommage, car le moins qu’on puisse dire, c’est que l’ouvrage est audacieux (comme à peu près toutes les parutions de l’auteur) ! Ceux qui en principe ne se seront pas arrêtés à la loi des apparences — et d’autres peut-être qui auront été intrigués — sont vraisemblablement les inconditionnels de Marc-Antoine Mathieu. C’est ainsi que l’on retrouve ici le narrateur du premier volume, « Adam », entité « post-humaine », sorte d’ « élu » vainqueur d’un jeu de réalité virtuelle après avoir survécu aux situations les plus critiques. Assemblage complexe édifié à l’aide de programmes d’intelligence artificielle, Adam a été conçu pour survivre à une apocalypse prévisible. Et désormais, si le Grand Deuil a bel et bien eu lieu, Adam se retrouve confronté à la solitude et à sa propre immortalité, n’ayant comme seul interlocuteur qu’un auxiliaire relationnel, « embarqué » tout comme lui dans cette capsule errant dans les abysses d’un monde où toute vie a disparu. Le découpage narratif consiste en une succession de veilles numérotées, où notre entité immortelle, en attendant de distinguer la lueur hypothétique d’une vie émergente, ne dort « que d’un œil » entre chaque mise à jour et se livre à diverses réflexions métaphysiques de haut vol. A titre d’exemples : comment survivre à l’infinitude et quelles sont les raisons de son statut d’ « élu ultime » ; où se situe sa condition véritable (entre l’objet fabriqué et l’humain doté d’une conscience) ; et tout autant de questionnements sur ce qui fait notre humanité, sur le temps, la mort et la vie… Une fois encore, Marc-Antoine Mathieu nous époustoufle en nous embarquant dans ses réflexions philosophiques auxquelles il ne fournit guère de réponse. Mais il alimente avec bonheur notre méditation dans ce qu’on pourrait qualifier de sublime et vertigineux voyage vers des espaces insondés où l’intelligence artificielle, qui est devenue une nouvelle réalité de notre époque, constitue le cœur du propos. Et l’humour n’est pas en reste, l’auteur disséminant ses saillies subtiles dont il s’est montré coutumier à travers sa production. Réalisant une synthèse parfaite entre la philosophie, la science et la poésie, l’auteur nous propose une œuvre qui, si elle pourra en effaroucher certains par son contenu et son abstraction apparente, reste extrêmement humaine. A qui d’autre que nous-mêmes et notre âme s’adresse la voix off d’Adam, qui se fait en quelque sorte notre confident ? Le sort et la solitude éternelle à laquelle il est condamné, quand bien même il est le résultat d’un programme d’IA, ne peut manquer de nous émouvoir si tant est que l’on est doté d’empathie. Car en effet, Adam bénéficie bel et bien d’une conscience. Comme dans la première partie, le défi pouvait consister à allier philosophie et graphisme dans un format (la bande dessinée) où le visuel représente une part incontournable. Et de ce point de vue, c’est totalement réussi. MAM nous offre un dessin tout à fait remarquable qui constitue la partie poétique du livre. Son utilisation du noir et blanc ne fait que confirmer, si besoin était, sa maîtrise totale. Un parti pris graphique dans lequel il excelle depuis ses débuts et qui n’a cessé de s’affiner au fil des années. Il suffit pour s’en convaincre d’admirer les cases où sur fond noir, l’artiste recourt au pointillisme pour faire apparaître formes et visages, nous plongeant en une sorte d’apesanteur spirituelle.
Dans l'intimité de Marie
Lu les 9 tomes en deux jours, j'ai adoré. Gruizzli a parfaitement exprimé ce que je ressens après cette lecture, et bien plus encore. Je m'attendais à une lecture légère et amusante avec ce côté fantastique de l'échange des corps. Mais l'auteur a surpassé toutes mes attentes créant un véritable petit chef-d'œuvre, original et bien plus touchant que ce que j'imaginais. Un beau dessin et contrairement à d'autres mangas, j'ai trouvé les expressions des visages magnifiques, chaque mimique transmet parfaitement l'émotion voulue. 4.5, et je vais suivre Gruizzli en lui attribuant la note maximale car c'est amplement mérité. Une histoire touchante en seulement 9 tomes (les pages se lisent vite) qui ne s'étire jamais inutilement, captivant du début à la fin avec une conclusion parfaitement réussie.
Jonny Double
Polar bien noir et bien tordu - Ce tome regroupe les 4 épisodes d'une minisérie de 1998, qui forment une histoire complète et indépendante. Jonny Double est un détective privé qui a autrefois travaillé dans la police, et il entretient encore des relations ambigües avec son ancien partenaire. Il a un gros problème avec la boisson et il passe le plus clair de son temps dans un bar à écluser des bières et quelques fois à descendre du bourbon, en papotant avec des poivrots aussi paumés que lui. Il s'exprime d'une manière assez singulière, en utilisant des tournures de phrases issues de la contre-culture des années 1960. Un jour, il retrouve un client en train de l'attendre dans la chambre d'hôtel qui lui sert d'appartement. Ce monsieur bien habillé lui demande de veiller sur Faith, sa fille d'une vingtaine d'années qui a quitté le domicile parental pour s'acoquiner avec une bande de jeunes. Jonny Double commence à fureter autour de la bande et finit par nouer un contact avec eux. Il apprend qu'ils s'apprêtent à vider un compte en banque et qu'ils ont besoin de l'aide d'une personne comme lui. La petite histoire veut que ce récit marque la première rencontre artistique en Brian Azzarello et Eduardo Risso et que le résultat ait permis le lancement de la série 100 bullets (à commencer par Première salve). Ils déroulent ici un récit qui s'inscrit dans la veine des polars bien noirs mettant en scène des individus plus ou moins paumés, vivant d'expédients, n'ayant pas peur d'user de leurs poings et prêts à se raccrocher à n'importe quel plan leur promettant un enrichissement illicite, mais rapide, pour pouvoir changer de vie. Ils utilisent un personnage oublié de DC Comics : Jonny Double, créé en 1968 par Len Wein et Marv Wolfman et inutilisé depuis des années. Cette histoire est parue initialement dans la branche Vertigo de DC Comics. L'expérience a prouvé que très peu de créateurs sont capables de réaliser une bande dessinée crédible qui s'inscrit dans ce genre de polar. Azzarello et RIsso évitent tous les pièges, respectent toutes les figures imposées du genre pour un récit nerveux et tendu, avec une intrigue tordue à souhait. Première difficulté : faire exister des personnages dangereux et troubles, sans tomber dans le ridicule. Sur ce plan la réussite tient autant aux illustrations, qu'au scénario. Eduardo RIsso utilise un style à l'encrage un peu appuyé mais pas trop. Chaque personnage à une gueule bien marquée, une silhouette spécifique et un langage corporel unique. Jonny évoque régulièrement Marv (en moins imposant) de Sin City. Faith se meut comme une femme de son âge, sans exagération de sa silhouette, et avec des attitudes qui en disent plus long que ses paroles. Azzarello a l'art et la manière de dévoiler la personnalité de chacun avec quelques phrases. Il n'y a pas de bulles de pensée, mais Jonny, Faith et les autres sont tous des individus autonomes avec ce qu'il faut de caractère pour exister aux yeux du lecteur. Très vite le lecteur découvre que chaque protagoniste ne pense qu'à sa part du gâteau. Jonny ne se limite pas à quelques stéréotypes : il boit, il est costaud, mais il n'a pas de résistance surnaturelle à la douleur, il s'accommode de la dèche dans laquelle il est, il se sert de son intelligence, avant de se servir de ses poings, etc. Deuxième difficulté : respecter les codes du genre, sans tomber dans les stéréotypes. Risso déploie beaucoup d'efforts pour conférer de la personnalité à chaque lieu : clôture en grillage, agencement particulier pour chaque bar (de par la disposition des bouteilles par exemple), différents modèles de voitures, revêtements de façades d'immeuble variés, etc. Son talent de décorateur éclate dans une scène se déroulant dans les toilettes bien glauques d'une boîte de nuit. Les auteurs ont choisi de situer leur histoire à l'époque contemporaine (fin des années 1990) et chaque lieu semble plausible, vraisemblable, unique. Azzarello inclut donc les composantes attendues : femme fatale, coups tordus, trahison, bastonnade, magot mirifique, présence de la pègre, meurtre, etc. Et il organise ces éléments pour en faire un récit concis, malin, percutant, sans que la violence ne remplace l'intrigue. Il sait rendre Jonny Double sympathique au lecteur, malgré ses défauts, sans en faire un héros. le lecteur frémit à l'idée de ce qui attend cette bande de jeunes inconscients, tout en se disant qu'ils l'ont bien cherché. Pour un coup d'essai, ce comics est une réussite d'Azzarello et Risso. Ils entraînent le lecteur dans un monde d'adultes où chacun pense d'abord à lui dans l'espoir de s'assurer un style de vie meilleur rapidement.
Fairest - Les Belles et la Bête
Cendrillon enquête sur une série de meurtres. - Il s'agit d'une histoire complète, pour laquelle le lecteur a besoin d'une connaissance réelle de la série Fables de Bill Willigham (premier tome de la série : Légendes en exil). Régulièrement, Willingham réalise des projets dérivés de cette série mère : 1001 nuits de neige (2006), Jack of Fables (2006, avec William Sturges), Peter & Max (2009), Cinderella (2009, écrit par Chris Roberson), Fairest (2012), Werewolves of the Heartland (2012). Le tome commence par un texte de 8 pages dans lequel le Miroir Magique raconte comment cette histoire a commencé, alors qu'il se trouve encore dans le bureau de l'Hôtel de ville de Fabletown (toujours perdu dans une autre dimension), en compagnie des femmes grain d'orge, des têtes de pantins et de la tête de Frankenstein. Après un faux mouvement de l'une des petites grains d'orge, une tête roule vers lui et le brise en mille morceaux. Lorsqu'il reprend connaissance (après s'être reconstitué), il découvre des traces de pneus dans le bureau. La partie en bandes dessinées commence ensuite, découpée en courts chapitres. Dans le premier, Brock Blueheart (Stinky) est à bord de ladite voiture, accompagné par une femme. Old King Cole fait appel à Cinderella (Cendrillon) pour enquêter sur un meurtre qui vient de se produire : Morgane la Fey et madame Ford (2 sorcières du treizième étage). Sur les lieux du crime, Cinderella découvre une liste de 11 femmes (des Fables) qui semblent être les prochaines victimes. Lorsque Fairest in all the land a été annoncé, le lecteur pouvait s'attendre à un recueil d'histoires courtes indépendantes, comme 1.001 nights of Snowfall du fait de la multitude d'artistes. En fait il s'agit bien d'une histoire unique et complète, faisant appel à plusieurs personnages de la série Fables. Dans la mesure où le personnage principal est Cinderella et qu'elle rencontre de nombreuses autres femmes de la série, ce tome s'inscrit bien dans le principe assez lâche de la série dérivée Fairest, mettant en avant des personnages féminins. Finalement, Bill Willingham utilise une forme qu'il maîtrise bien, celle de l'enquête policière. Cinderella est la vedette des deux tiers de chapitres. Elle essaye de trouver un fil lui permettant de démêler l'écheveau, sans talent particulier d'enquêtrice. Elle tâtonne, se trompe, se fourvoie, n'arrive pas empêcher d'autres meurtres, trouve quelques pièces du puzzle qu'elle n'arrive pas à assembler, en trouve d'autres par hasard ou parce qu'on lui apporte, recueille des témoignages. de ce point de vue, le récit de Willingham est assez habile par ce parti pris prosaïque de montrer une personne procédant de manière empirique plus ou moins efficace. Comme pour la toute première histoire de la série, le lecteur accompagne les démarches de l'enquêtrice en croisant moult personnages issus de contes divers et variés. Il y a quelques nouveaux personnages tels la fée Hadeon, les habitants du royaume d'Hybearnia ou Turgo de Nor. Il y a de nombreux personnages déjà croisés au fil de la centaine d'épisodes de la série Fables, des plus connus comme le maire Old King Cole, Blanche Neige, la Belle ou Lumi, aux moins connus comme Briar Rose, Bo Peep, ou Reynard, en passant par des seconds rôles réguliers comme Priscilla, Hillary et Robin Page ou Ozma, ou encore Stinky (pardon, Brock Blueheart, perdu de vue depuis quelques épisodes). Ce qui rend cette lecture encore plus agréable, est que Willingham n'oublie une dose d'humour bon enfant, jouant sur plusieurs registres qu'il s'agisse d'un personnage comique comme Stinky, d'une situation absurde comme changer la roue d'une fée ou des têtes parlantes, de jeu sur le langage (le parler des habitants d'Hybearnia), ou encore la solution idiote au comportement irresponsable de Turgo de Nor (un amalgame étonnant entre le héros viril, le saoulard et le remède pire que le mal). Willingham joue également avec la forme du récit en introduisant un prologue et une conclusion sous forme de texte, narré par le miroir, où il se révèle un bon écrivain malicieux et capable de faire vivre le personnage du Miroir Magique. Toujours du point de vue de la forme, le choix éditorial et conceptuel a conduit Willingham à faire appel à de nombreux artistes (21, sans compter les metteurs en couleurs, voir détail en fin de commentaire). Autant ce choix était judicieux dans 1001 nights of snowfall parce que chaque dessinateur illustrait une histoire consacrée à des personnages différents, autant ici, il ne se justifie pas puisqu'il s'agit d'une histoire continue. Mis à part les hiatus stylistiques occasionnés par le changement de dessinateurs toutes les 2 ou 4 pages, ils sont tous de bon niveau, avec certaines séquences plus savoureuses que d'autres. Parmi les pages les plus réussies, il est toujours agréable de retrouver Mark Buckingham (2 pages, dessinateur attitré de la série mère Fables), ou Adam Hughes (3 pages). Gene Ha réalise 7 pages magnifiques, comme à son habitude. Les pages de Chris Sprouse sont aisément reconnaissables, même si son encrage est un peu moins fin que d'habitude. Au milieu de ces illustrateurs issus d'horizon très différents, il est plus facile de repérer en quoi le style de Shawn McManus est hérité des comics de superhéros (avec une petite exagération très agréable pour cette scène de combat). Si le lecteur s'attend à un recueil de type 1001 nights of snowfall, il sera un peu déçu par le changement incessant de dessinateurs dans une histoire continue qui ne justifie pas une telle alternance. Passé ce moment déconcertant, il découvrira une enquête bien troussée, avec quelques pages magnifiques, au milieu d'autres de bon niveau. +++ +++ Les nombreux artistes ayant participé +++ (entre parenthèses le nombre de pages qu'ils dessinées, par séquence). Par exemple Meghan Hetrick a dessiné 3 séquences, l'une de 3 pages, une autre de 2 pages et une troisième de 4 pages). Karl Kerschel (4 pages) Renae de Liz (5 + 6 pages) Fiona Meng (4 pages) Mark Buckingham (2 pages) Phil Noto (4 pages) Meghan Hetrick (3 + 2 + 4 pages) Russ Braun (7 + 5 pages) Tony Akins (4 + 5 + 4 pages) Gene Ha (7 pages) Tula Lotay (3 pages) Marley Zarcone (4 + 2 pages) Ming Doyle (1 + 1 pages) Chris Sprouse (9 pages) Nimit Malavia (2 pages) Dean Ormston (2 pages) Kurt Huggins (4 + 1 pages) Adam Hughes (3 pages) Al Davison (5 pages) Shawn McManus (7 pages) Inaki Miranda (4 pages) Kevin Maguire (4 pages)
Captain America - Bicentenaire
Profession de foi - Ce tome est paru d'un seul tenant, sans prépublication, initialement en 1976, écrit et dessiné par Jack Kirby, qui en a également assuré la direction éditoriale. Il est composé de cinq chapitres encrés successivement par Barry Windsor Smith pour le 1, Herb Trimpe pour les 2 & 3, Trimpe & John Romita senior pour le 4, Trimpe pour le 5. Il se termine avec 5 pin-ups de Captain America dessinés par Kirby et encrés par Romita. En pénétrant dans la pièce, Captain America se demande encore pourquoi il a accepté l'invitation de Mister Buda. Celui-ci se tient en position du lotus dans une sorte de cage pyramidale dorée avec des parois vitrées, semblant être en transe. Captain America sursaute, pris par surprise par l'irruption de la forme astrale de Buda. Celle-ci lui adresse la parole, lui souhaitant la bienvenue dans son humble demeure. Buda ouvre les yeux et déclare que son voyage est achevé et que ça fait du bien d'être de retour. Il ouvre la porte de la pyramide et s'en extrait, supposant que son interlocuteur n'a jamais vu de pyramide d'énergie, un dispositif vital pour faciliter le processus de projection astrale. le capitaine reconnaît que c'est un tour de première, et que s'il s'agit d'un tour d'hypnotisme, il est particulièrement maîtrisé. Buda se présente : il est un maître dans l'art de la sorcellerie. Dans son pays, il a atteint le même niveau de renommée que le capitaine dans le sien. Il apprend aux gens à croire, et ainsi à comprendre tout le temps et l'espace. Les portes de l'éternité s'ouvrent en grand. Il est possible de contempler les choses avec un œil universel. Ainsi Captain America pourrait contempler le symbole de son pays comme il ne l'a jamais vu. Le superhéros explique que son devoir est de servir sa patrie, son destin est dédié à ce boulot. Il tourne les talons et commence à partir. Dans son dos, Buda effectue des gestes qui créent un pli dans l'espace, dans lequel son hôte entre sans même s'en rendre compte. Captain America se retrouve dans une construction labyrinthique inextricable aux formes géométriques. Il comprend qu'il ne peut qu'aller de l'avant, et finit par chuter dans une trappe. Il se retrouve dans un grand hall avec une grande tenture portant une croix gammée. Il s'avance discrètement pour ne pas se faire remarquer du garde. Un autre soldat tombe nez à nez avec lui, Catpain America profite de sa surprise pour l'estourbir sans bruit. Il continue d'avancer et aboutit dans une pièce où deux officiers nazis maltraitent un prisonnier ligoté sur une chaise, sous les yeux d'un autre, tous lui tournant le dos. Ayant senti la présence de l'intrus, ils se retournent d'un coup, et Captain America reconnaît Adolf Hitler. Il fait quelques pas dans la pièce et sent quelqu'un l'attaquer par derrière. Il se retourne d'un mouvement vif et l'assomme d'un coup de bouclier. Les officiers ouvrent le feu. Il lance son bouclier. Le personnage de Captain America a été créé en 1941, par Joe Simon & Jack Kirby, et publié par l'éditeur Timely Comics qui deviendra des décennies plus tard Marvel Comics. Ses aventures ont été publiées jusqu'en 1949. Il est revenu pour quelques aventures en 1953/1954, puis a disparu des étals. Il est revenu pour de bon en 1964, dans le numéro 4 de la série Avengers, par Jack Kirby & Stan Lee pour devenir un des superhéros les populaires de l'univers partagé Marvel. Ayant cocréé de nombreux superhéros Marvel en 1961, Jack Kirby décide d'aller travailler pour DC Comics de 1971 à 1975, puis de revenir travailler pour Marvel sur les séries Eternals, Devil Dinosaur, Machine Man, Black Panther, 2001. Il revient également à la série Captain America dont il réalise, scénario & dessins, les épisodes 193 à 214, et numéros annuels 3 & 4, ainsi que le présent numéro spécial réalisé à l'occasion du bicentenaire des États-Unis, tous regroupés dans Captain America by Jack Kirby Omnibus . C'est donc un retour en demi-teinte pour ce créateur hors norme, déçu par les pratiques éditoriales de DC Comics, obligé de revenir dans l'entreprise dont il avait claqué la porte, mais disposant d'un contrat où il est son propre responsable éditorial sur la série Captain America, personnage qu'il a cocréé plus de trente ans auparavant, et dont il n'a jamais détenu les droits de propriété intellectuelle, sur lequel il ne touche aucun pourcentage. À l'occasion du bicentenaire de la déclaration d'indépendance, il réalise ce numéro aux dimensions hors norme (à peu près la taille de deux fois celle d'un comics ordinaire) au cours duquel Captain America se retrouve projeté à différents moments de l'histoire du pays, dans des situations critiques, à rencontrer des Américains, Mister Buda lui promettant qu'il acquerra ainsi une meilleure compréhension de sa patrie. Fort logiquement (?), pour commencer, le superhéros se retrouve en Allemagne nazie pendant la seconde guerre mondiale, face au Führer en personne, ce qui lui permet de retrouver Bucky, et de se battre contre des soldats. le lecteur retrouve les caractéristiques habituelles des dessins de l'artiste : des personnages en mouvement, courant, bondissant, frappant, des mains tendues vers le lecteur, des personnages en gros plan regardant le lecteur, des découpages de page souvent sages en 3 bandes de 2 cases de même dimension, ou 2 bandes de 2 cases de dimensions identiques. Captain America dispose d'un corps d'athlète musclé et parfait. Il ne quitte jamais son costume de superhéros, pas même son masque. Les reconstitutions historiques amalgament des éléments d'époque avec une bonne dose de licence artistique, pour un résultat tour à tour saisissant de naturel, édulcoré et quelque peu naïf, voire parfois en carton-pâte. le lecteur ne doit donc pas s'attendre à une reconstitution historique rigoureuse et académique : uniformes de l'armée allemande plus esthétiques qu'authentiques, rues de Philadelphie en 1776 pour un décor plus mythologique que réaliste, évocation romancée des mauvais quartiers de New York dans les années 1930, mise en scène très théâtrale de Geronimo, biplan de la première guerre mondiale revu et corrigé pour une esthétique plus dynamique, sans oublier un magnifique numéro musical pour un film hollywoodien. Cette histoire se lit donc comme une histoire pour enfant, avec des dessins percutants. Captain America passe d'époque en époque au gré de la fantaisie du sigil imprimé sur son gant. D'ailleurs, le lecteur finit par se demander pour quelle raison le héros n'enlève pas tout simplement ce gant pour se débarrasser de ce signe cabalistique. Les différents lieux sont à la fois simples pour être assimilés au premier coup d'œil, et évocateurs grâce à quelques détails bien choisis dans l'inconscient collectif américain. Les éléments historiques sont faciles à identifier pour un Américain : Benjamin Franklin (1706-1790), Betsy Ross (1752-1836, supposée avoir cousu le premier drapeau américain), John L. Sullivan (1858-1918, célèbre boxeur), John Brown (1800-1859, abolitionniste), Geronimo (1829-1909). le héros surmonte les épreuves grâce à son courage, sa force, la solidité de ses valeurs morales, et sa foi dans sa patrie. le héros finit par pousser son guide dans ses derniers retranchements, et par énoncer clairement l'esprit qui caractérise les États-Unis, ce qui en fait une nation forte et puissante. Dans le même temps, le lecteur adulte prend plaisir aux caractéristiques de la narration visuelle de Jack Kirby : le dynamisme et la puissance des personnages, leur dignité, l'énergie incroyable qui se dégage des pages, des situations. Il se dit également, qu'étant son propre responsable éditorial, le créateur a disposé d'une réelle latitude pour construire son histoire comme il l'entendait. Il perçoit la voix de l'auteur lorsque Captain America se trouve à discuter avec le chef indien Geronimo (sans barrière de langue bien sûr), et que la cavalerie commence à charger. le déroulement indique que Kirby estime que les indiens appartiennent au peuple américain comme tous les autres citoyens, et qu'il condamne la persécution dont ils ont fait l'objet. La même prise de position se retrouve avec la persécution des afro-américains. Il semble naturel d'attribuer ces valeurs à l'auteur ainsi que celles qui se dégagent des autres séquences. En fin de récit, le lecteur peut découvrir le credo de Jack Kirby concernant son pays : des individus qui essayent de réussir, la conviction qu'il est possible de devenir assez fort et assez intelligent pour surmonter des problèmes harassants. C'est l'Amérique : un pays de confiance obstinée, où les jeunes et les vieux peuvent espérer, et traverser les déceptions, le désespoir, et le fardeau des événements avec l'espoir de pouvoir donner du sens à la vie. S'il s'est déjà intéressé à la vie de l'auteur, il se rend compte que ces valeurs ne sont pas de circonstance pour le bicentenaire, mais qu'elles correspondent bien aux siennes, celles qu'il a mises en œuvre toute sa vie durant. de ce point de vue, il s'agit bien d'une œuvre d'auteur, assez intime qui plus est. Une histoire de circonstance pour fêter le bicentenaire de la Déclaration d'Indépendance, avec un héros s'habillant littéralement avec le drapeau des États-Unis. Un récit parfois naïf avec un superhéros bon et valeureux qui sait cogner, à destination d'un public d'enfants. Une profession foi de l'auteur sur la façon dont il conçoit sa patrie, avec ses défauts, et les valeurs morales d'un citoyen, qui doivent guider son comportement dans la vie, et qu'il a mises en application à titre personnel.
L'Université des Chèvres
L'éducation est l'arme la puissante pour changer le monde. – Nelson Mandela - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. La première édition de cet ouvrage date de 2023. Il a été réalisé par Lax (Christian Lacroix), pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il compte cent-quarante-quatre pages de bandes dessinées. Il se termine avec une postface de deux pages, rédigée par Pascal Ory, de l'Académie française. Dans celle-ci, il commence par évoquer la célèbre maxime d'Héraclite : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Il reprend les principales phases de l'intrigue en commentant sous l'angle de la vocation de l'instituteur, en consacrant la seconde moitié de son texte au paradoxe de l'école, à la fois métonymie d'une crise plus générale, à la fois lieu où cette crise pourrait trouver sa résolution. Il développe ensuite la force narrative des planches de cette bande dessinée, pour conclure sur le sens à donner au dénouement tragique du récit. Col de la Rousse, novembre 1833. C'est par là que les colporteurs passent d'Ubaye en Durance, malgré la neige qui recouvre la trace avec obstination. Fortuné Chabert n'est pas un colporteur comme les autres. Les trois plumes d'oie glissée dans la ganse de son chapeau en sont l'attestation. Il est colporteur en écriture, autrement dit instituteur itinérant. Il transporte son savoir de village en village. Et principalement pendant les longs mois d'hiver, quand les enfants ne sont pas assujettis aux travaux des champs. Et s'il a trois plumes, Fortuné, c'est que son savoir est triple. Il n'a que dix-sept ans mais il peut enseigner lecture, écriture et chiffres. Nombre de ses collègues n'ont pas la chiffre, n'arborant que les deux plumes de l'écriture et de la lecture. Dans chaque hameau, les parents fournissent gîte, couvert et salle de classe. Les frais d'écolage sont rétribués modestement, à hauteur de cent francs maximum. Familles et fondations pieuses y pourvoient. Fortuné Chabert progresse lentement dans la neige et il croise Seyoz, un marchand ambulant, roi de la mercerie comme il le surnomme. Seyoz se rend au Lauzet d'Ubaye et souhaite connaître l'état du col pour le passer. Fortuné lui répond, et indique qu'il est attendu au hameau des Guions, au-dessus de Saint Crépin. Les deux voyageurs se saluent et poursuivent leur chemin chacun de leur côté. L'instituteur itinérant finit par arriver aux maisons du hameau et plusieurs enfants se dirigent à sa rencontre en courant. La classe peut commencer. Dans la journée, le curé vient le trouver : il indique qu'il a appris que Fortuné garde une fille en leçon de calcul. Il ajoute que c'est lui qui décide de ce qui est nuisible ou pas pour ses paroissiens. En réponse à une remarque de l'instituteur, il ajoute que du moment que les filles savent leur catéchisme, ça suffit, catéchisme sur lequel Fortuné ne s'attarde pas outre mesure, d'ailleurs. Mais le curé se félicite que Chabert ne va pas sévir bien longtemps. Il lui demande s'il a attendu parler des lois Guizot. Le texte de quatrième de couverture annonce le programme : des Alpes françaises aux montagnes d'Afghanistan, du XIXe siècle à nos jours, l'école a toujours été martyrisée par les obscurantistes de toute obédience. En effet, le récit commence dans les Alpes françaises au XIXe siècle, pour se continuer aux États-Unis en suivant le personnage principal qui décide d'émigrer, et la seconde partie du récit se déroule au XXe siècle en suivant Arizona Florès, arrière-arrière-petite-fille de Fortuné Chabert, travaillant comme journaliste aux États-Unis et allant effectuer un reportage en Afghanistan, le passage de l'un à l'autre personnage s'effectuant en page cinquante-neuf. le premier apparaît au lecteur alors qu'il est un instituteur itinérant, la seconde exerce la profession de journaliste. L'un et l'autre sont liés par les liens du sang en descendance directe, ainsi que par l'université des chèvres, fondée par Fortuné Chabert, et dont la pancarte subsiste dans la propriété des parents d'Arizona Florès. L'un a exercé le métier d'instituteur et de professeur à deux reprises dans sa vie ; l'autre constate l'hostilité contre le lieu d'apprentissage qu'est l'école, sous deux formes très différentes, avec des pressions exercées par deux types de fondamentalistes de nature opposée. La narration débute avec une très belle illustration en pleine page, majoritairement blanche pour rendre compte de la neige, avec juste la minuscule silhouette de Fortuné Chabert qui progresse laborieusement, la silhouette de deux rochers, et celle d'un flanc de montagne sur la droite. Vient ensuite une illustration en double page mettant en évidence la fragilité de la silhouette de l'homme qui s'appuie sur un solide bâton, et l'immensité des montagnes enneigées en premier plan et en arrière-plan, rendant dérisoire et insignifiante cette unique présence humaine. le blanc s'impose encore dans les deux pages suivantes, avant d'être progressivement habité et supplanté par l'activité des enfants et les solides constructions humaines en pierre. le lecteur apprécie également la qualité de la reconstitution historique, en plus de l'immersion hivernale dans les Alpes : les tenues vestimentaires, les maisons de pierre, l'équipement de l‘instituteur, les ardoises des enfants, sa mule et son chargement de livres quand il devient libraire ambulant à l'été. Puis, Fortuné Chabert décide de partir pour le nouveau monde, et le lecteur prend tout autant son temps pour admirer le paysage et la reconstitution historique : les montagnes de Californie et ses ruisseaux (peut-être) aurifères, le déplacement d'une colonne de chariots en territoire indien avec une lumière caractéristique de ces déserts montagneux, la communauté de Hopis avec leurs tenues et leurs outils agraires, et même un pensionnat dans une ville de colons, destinés à accueillir de jeunes Indiens pour les éduquer. Dans la seconde partie du récit, le plaisir du voyage se trouve multiplié par deux : la petite ville dans la banlieue de Phoenix en Arizona, ploucs compris, et les différentes régions dans lesquelles le reportage emmène Arizona Florès en Afghanistan. le lecteur passe ainsi du siège social du journal Phoenix Post avec son bel immeuble moderne, à la province désertique de Nimroz, terre frontière avec l'Iran et le Pakistan, en passant par l'école de Tommy le fils d'Arizona, ou le tunnel routier de Salang (2.700m de longueur), passant sous le col de Salang, reliant la capitale Kaboul et le nord du pays. L'artiste sait donner à voir ces endroits d'une manière pragmatique et banal, reflétant leur caractère ordinaire pour ceux qui y habitent, à l'opposé d'une vision touristique tournée vers le spectacle, mais sans minimiser ou gommer leurs singularités, leur personnalité façonnée par les caractéristiques géographiques ou historiques. Lax dessine dans un registre naturaliste, sans chercher un niveau de détail photographique, plutôt en dosant la densité d'informations visuelles en fonction de la séquence : plus de précisions dans les décors pour permettre au lecteur de s'y projeter, ou bien une impression générale pour refléter une ambiance, un état d'esprit, des visages et des tenues vestimentaires détaillées pour pouvoir faire connaissance avec ces personnes et comprendre leurs conditions de vie, ou au contraire juste des silhouettes plus ou moins mangées par l'ombre. Le lecteur suit donc avec le plus grand naturel, ce jeune homme qui se déplace de hameau en hameau pour enseigner lecture, écriture et calcul d'abord dans les Alpes françaises, puis de manière sédentaire dans un village hopi. Il accompagne ensuite Arizona Florès en Afghanistan, prise en charge par son fixeur Sanjar dès son arrivée à l'aéroport, puis de rencontre en rencontre. L'auteur commence par montrer comment l'instruction remet en cause des traditions peu accommodantes craignant toute forme de questionnement, puis comment ce même savoir est accueilli à bras ouvert dans une autre communauté qui sait le faire coexister avec sa culture et ses croyances. Au vingt-et-unième siècle, l'école provoque les mêmes réactions : un rejet de ce qui remet en cause des valeurs fondamentales d'une communauté, aussi bien aux États-Unis qu'en Afghanistan, une avidité d'apprendre, d'acquérir des outils qui permettent de comprendre. Lax ne fait que mettre en scène des faits historiques (les terrifiantes écoles pour (ré)éduquer les Indiens), la résistance de certains curés qui craignaient la remise en cause de traditions séculaires (à commencer par la place de la femme dans la société). Au vingt-et-unième siècle, c'est du pareil au pire : les ultraconservateurs qui récusent une partie de la science, ou les intégristes religieux qui ne peuvent pas tolérer quelque questionnement que ce soit sur le dogme (en particulier, encore une fois, la place et le rôle de la femme dans la société), c'est-à-dire la réalité de la similarité de certains comportements aussi bien dans les États-Unis de Donald Trump que dans l'Afghanistan des Talibans. Une école sanctuarisée qui émancipe et qui libère : ce récit met en scène cet enjeu essentiel de chaque société, au travers du parcours d'un instituteur itinérant, puis d'une journaliste, dans quatre sociétés différentes, plus ou moins tolérantes, plus ou moins réfractaires ou enclines à instrumentaliser l'éducation en la biaisant. La narration visuelle atteint un tel niveau de maitrise qu'elle semble secondaire, presque inconséquente, alors qu'elle assure une narration d'une qualité extraordinaire, sans jamais paraître ostentatoire.
Zorro - D'entre les morts
Sean Murphy a encore frappé ! Depuis ma découverte du chef-d'oeuvre Batman - White Knight, je ne rate plus une sortie de cet auteur. C'est donc tout naturellement que quand j'ai aperçu cette couverture en magasin, j'ai acheté sans réfléchir. Achat fructueux, puisque le contenu est d'excellente qualité. Comme toujours chez Murphy, le dessin est particulièrement immersif, valorisant parfaitement des séquences d'action musclées, et l'expression d'émotions authentiques. En effet, les personnages sont extrêmement travaillés et on s'attache à leurs émotions et à leur parcours avec beaucoup d'empathie. L'évolution des caractères est évidemment de mise et la conclusion se révèle sur ce point très satisfaisante, dans la mesure où elle donne vraiment l'impression d'avoir accompli du chemin. Le défaut, peut-être, qu'on pourrait trouver à ce récit, est que, finalement, on reste dans une histoire de héros masqué, du poids d'un héritage trop lourd à porter, de doutes sur la légitimité du rôle de sauveur anonyme... et est-ce qu'on a pas eu tout ça en mieux dans la saga White Knight ? L'atmosphère est assez différente, mais on peut parfois avoir l'impression que Sean Murphy se contente de ressasser les mêmes thématiques, voire les mêmes ressorts scénaristiques que dans sa version de Batman. Cela reste extrêmement réussi, mais on peut trouver que l'impact émotionnel et narratif en seraient quelque peu réduit. Malgré cet aspect, je suis toujours aussi séduit par le génie graphique de Murphy, son travail d'atmosphère formidable et son écriture subtile de personnages. Et si certains pourront s'en lasser, j'ai pour ma part l'impression de redécouvrir cet auteur génial à chaque nouvelle lecture que je fais de lui. J'ai en plus retrouvé ici le souffle des grandes épopées cinématographiques d'antan ou d'aujourd'hui, qui vont de la version Disney de Zorro à Sicario en passant par Les Sept Mercenaires. Le style de Murphy est puissamment cinématographique, et toutes les références qu'il convoque ici lui permettent de faire de ce Zorro : D'entre les morts une grande oeuvre qui relit avec un brio certain la légende de Zorro pour la moderniser sans jamais la trahir. Et ça, c'est fort.
Les Voyages d'Ulysse
Il va être difficile pour moi de rester un minimum rationnel et objectif dans mon propos tant j'ai vraiment adoré cette BD ! Globalement, je trouve que ce que fait Emmanuel Lepage est toujours, ou presque, de qualité. Il nous a habitué depuis quelques temps déjà à faire des sortes de reportages / documentaires / carnets de voyage (ou tout cela à la fois) dans ses précédentes productions, on pense à Voyage aux îles de la Désolation, et surtout à Un printemps à Tchernobyl (je dois avouer ne pas avoir encore lu 'La lune est blanche', ni Ar-Men ), mais là, c'est autre chose, on est bien au-delà de ça. Un vrai scénar, pour une vraie BD ! Sur un plan graphique, on retrouve toujours ce superbe travail, ce dessin, en particulier de bateaux et de la mer qui accompagne (ou donne naissance ?) au souffle épique qui traverse tout l'ouvrage. Sur le fond, c'est fin, c'est intelligent, c'est bien senti, le lecteur plonge dans cette histoire avec plaisir, délectation, et soif de connaissances. Un vrai beau voyage dans, et devant, la BD en somme ! Si vous lisez ce petit avis en vous demandant si la BD vaut le coup d'être achetée, franchement, n'hésitez pas un seul instant, c'est beau et atypique, il serait plus qu'étonnant que cela vous laisse indifférent(e). Peut-être dans mon top 10, ou top 15, tous styles confondus. C'est dire.... ! Bref, ne tournons pas autour du pot : chef-d'oeuvre !
Omac - L'Arme ultime
Hommage à Jack Kirby : dérivatif, éhonté et distrayant - En 2011, à la suite du crossover Flashpoint, DC Comics remet à zéro l'ensemble de son univers partagé dans une opération baptisée New 52. Parmi les 52 nouvelles séries lancées à cette occasion, se trouve celle attribuée à OMAC qui s'arrêtera au bout de 8 épisodes. Ce tome comprend donc l'intégralité de cette série, les épisodes 1 à 8 parus en 2011/2012. L'entreprise Cadmus Industries est le leader en recherche génétique. Parmi ses employés à New York, se trouvent Kevin Kho, Jody Robbins (la petite amie de Kevin) et Tony Jay. Ce laboratoire principal est attaqué par un gros monstre bleu avec une iroquoise électrisée ; il est guidé dans son avancée par Brother Eye, une intelligence artificielle siégeant dans un satellite en orbite autour de la Terre. Après avoir récupéré les données et l'unité centrale du laboratoire secret de Cadmus, situé sous l'immeuble, Brother Eye envoie OMAC (One-Machine Attack Construct) dans d'autres missions qui s'avèrent toutes destinées à lutter contre l'organisation Cadmus. Dès les premières pages, Dan Didio (scénario), Keith Giffen (co-scénariste et dessinateur) et Scott Koblish montrent clairement leur intention : rendre hommage à la création de Jack Kirby (8 épisodes regroupés dans O.M.A.C.), à la manière de Kirby. Ce n'est pas la première fois que Giffen s'approprie le style d'un confrère ; la critique lui avait déjà fortement reproché de plagier le style de Jose Muñoz (illustrateur par exemple de Carlos Gardel, avec Alex Sampayo). Ici il n'est pas possible de parler de plagiat. Didio et Giffen font du Kirby (en moins inspiré) de manière éhonté, pour le plaisir. C'est même tout à leur honneur (en particulier celui de Didio, alors numéro 1 de DC Comics avec Jim Lee) d'avoir choisi d'intégrer OMAC parmi les 52 nouvelles séries. Il assez ironique de constater que cette relance aura duré exactement autant de numéros que la série initiale de 1974. Le ton de la série est donc dérivatif : rendre hommage à Kirby en donnant une nouvelle chance au personnage d'OMAC. le contexte de New 52 permet de tout reprendre à zéro, tout en incluant des références à la première incarnation, discernables par les fans, sans être indispensables à l'intrigue (ce que les anglophones appellent des easter eggs). Premier clin d'œil : Cadmus, une référence à la série Jimmy Olsen, l'une des parties du Fourth World de Jack Kirby. La deuxième référence est cette fois-ci graphique avec l'imposant OMAC en pleine page détruisant un mur de pierre dont la texture est rendue à la manière de Kirby. le titre permet également de mieux saisir l'état d'esprit des auteurs : Office Management Admist Chaos (c'est-à-dire OMAC en ne prenant que les initiales). Ils répèteront l'utilisation de l'acronyme pour les 8 épisodes en terminant par "Omit, Mutilate, And Cancel dont le dernier mot renvoie au sort de la série : annuler. Dan Didio utilise une trame efficace : Brother Eye envoie OMAC neutraliser des agents de Cadmus. Il nourrit chaque nouvelle rencontre des créations de Kirby pour DC Comics, revues et corrigées d'une manière plus ou moins importante. À nouveau il s'agit d'un exercice dérivatif qui met surtout en avant l'inventivité de Jack Kirby, avec des emprunts tels que Dubbilex, Mokkari, et Sweet Leilani. Il y a même la mention d'un groupuscule baptisé "Command D", ce qui renvoie à la genèse du nom de Kamandi. de sont coté, Giffen singe le style de Kirby en lui empruntant surtout les poses de personnages pour des élans de vitalité débridée, et des démonstrations de force colossale. Didio en profite pour commencer à tisser des liens avec d'autres séries du New 52, telles que Frankenstein, Agent of S.H.A.D.E., ou en incluant une apparition discrète de Pandora. Giffen se révèle très à l'aise pour représenter Frankenstein, avec son coté monstrueux et puissant, ou Father Time avec son apparence très second degré. C'est donc dans une ambiance d'aventures premier degré et linéaire que le lecteur découvre cette nouvelle itération d'OMAC. Évidemment cette série dérivative n'égale pas l'original. Dans la mesure où Didio et Giffen recycle les idées de Kirby, il manque l'inventivité de la série originale, mais aussi sa dimension sociale a disparu. de la même manière si Giffen dessine à la manière de Kirby, il n'arrive à reproduire toutes les spécificités de son style. Il manque en particulier les effets d'abstraction par le jeu des ombres. Il est également un peu trop apparent que Giffen recopie quelques images directement sur celles de Kirby. En fonction de votre sensibilité de lecteur, cette série peut se voir comme un hommage décomplexé à la créature de Kirby, et à son inventivité, pour des histoires amusantes et rapides. Ou alors il est également possible d'y voir un manque de créativité dans l'industrie moderne des comics, et un plagiat honteux de l'héritage des années passées, une exploitation commerciale posthume des créations de Jack Kirby spolié de droits d'auteur par le modèle économique américain en vigueur dans les comics.
Avengers - La Croisade des enfants
Point de convergence - Ce tome regroupe les épisodes 1 à 9 de la minisérie parue en 2011, ainsi que 2 histoires courtes parues dans la minisérie I'm an avenger. Tous les scénarios sont d'Allan Heinberg. Il vaut mieux avoir lu avant Affaires de famille la première minisérie des Youg Avengers. Les Young Avengers (Vision, Wiccan, Hulkling, Hawkeye, Speed, Patriot et Stature) sont en train de se battre contre un groupe de terroristes (une phalange des Fils du Serpent). Iron Man, Ms. Marvel et Captain America arrivent pour les aider. Ils sont assez inquiets que le supposé lien de parenté entre Speed et Wiccan, avec Scarlet Witch puisse être réel et que Wiccan ait hérité des pouvoirs de sa mère. Ils ont encore en mémoire sa responsabilité dans les événements de House of M, et les terribles conséquences qui en ont découlé. Les Young Avengers n'ont pas l'intention de se laisser faire et ils décident de se mettre à la recherche de Wanda Maximoff, aidés malgré eux par Erik Lehnsherr (Magneto, le père de Wanda). Avec le premier tome des Young Avengers, Allan Heinberg avait réussi le pari insensé de raconter une histoire passionnante avec des personnages dérivatifs de superhéros Marvel de premier plan, au milieu d'un paradoxe temporel. Ici il relève le défi de mettre en cohérence l'histoire de Wanda Maximoff. le lecteur retrouve avec plaisir les Young Avengers très attachants à nouveau dessinés par Jim Cheung pour la recherche d'un personnage historique de l'univers partagé Marvel, avec la participation des Avengers, de Magneto et d'encore un autre supercriminel emblématique de Marvel. Au fur et à mesure des pages, il devient évident qu'Allan Heinberg a une autre ambition que celle de développer ses personnages. Avec l'apparition de quelques Avengers, mais aussi de quelques X-Men (car Scarlet Witch a fait partie de la première équipe, mais elle a décimé la race des seconds et c'est une mutante), les Young Avengers ont peu de place pour exister. de fait Heinberg se concentre surtout sur Billy Kaplan (Wiccan) et son jumeau Thomas Sheperd (Speed). Mais au fil des dialogues, il apparaît que tous les Young Avengers s'expriment aussi bien que leurs aînés de plusieurs années et qu'ils disposent d'une connaissance encyclopédique des détails historiques de l'univers partagé Marvel que leur provenance en direct du futur ne suffit pas à expliquer complètement. Heinberg a du mal à faire croire au lecteur qu'il s'agit vraiment de jeunes adolescents. D'ailleurs la recherche de Scarlet Witch est surtout l'occasion pour Allan Heinberg de plonger dans les recoins de son histoire compliquée. Il évoque bien sûr sa participation à la Fraternité des Mutants Maléfiques (Brotherhood of evil Mutants), sous la houlette de Magneto, alors qu'ils ignoraient leur lien de parenté, puis son incorporation aux Avengers, avec son frère Pietro (Quicksilver) sous le patronage de Captain America. Vient ensuite son mariage avec Vision (dans Vision And the Scarlet Witch), la naissance de leurs enfants dans A year in the life. Heinberg n'oublie pas rappeler les abus de pouvoir par Wanda possédée dans Knights of Wundagore et Darker than scarlet, ainsi que la disparition de son mari (dans A la recherche de la Vision). Il n'oublie ni ses liens avec Simon Williams (Wonder Man), ni le fait qu'elle a déjà fait une ou deux réapparitions plus ou moins oniriques dans l'univers Marvel 616 depuis House of M (devant Clint Barton dans Revolution, entre autres). Évidemment tous ces éléments prennent une place significative dans la narration, et additionnés aux combats de rigueur dans tout comics de superhéros qui se respecte, il finit par rester peu de place pour chaque personnage. Au fil des pages, le lecteur se rend compte qu'Allan Heinberg a déplacé le centre d'intérêt de son histoire des Young Avengers, vers la continuité Marvel et la place occupée par Scarlet Witch dans cette continuité complexe. Il faut dire qu'il s'agit d'un personnage qui est apparu pour la première fois en mars 1964 dans l'épisode 4 de la série X-Men. Heinberg a l'art et la manière de mettre chaque événement en perspective, de redonner du sens à l'évolution du personnage et de revisiter des passages essentiels de l'histoire Marvel, même Avengers désassemblés prend logiquement sa place dans cette immense fresque. Pour le fan de Marvel, ce récit prend toute sa dimension mythique et permet même de distinguer un destin hors du commun pour Wanda. Pour caser tout ça, Heinberg a recours à de copieux dialogues et c'est un véritable tour de force qu'il réussit en chargeant chacun de ces rappels historiques d'une forte émotion grâce aux intérêts conflictuels des différents personnages. Comment Wiccan peut-il faire confiance à Magneto, ou aux Avengers, ou aux X-Men quant à ce qui se passera s'ils retrouvent Wanda ? Et d'ailleurs existe-t'il vraiment un lien de parenté ? Magneto est-il son grand-père ? C'est un vrai plaisir que de retrouver les illustrations délicates de Jim Cheung qui a dessiné les 9 épisodes, avec un encrage de Rag Morales, aidé par Jim Cheung lui-même, John Livesay, Dave Mikis et Dexter Vines. Cheung sait conférer une apparence particulière à chaque personnage, leur donner un langage corporel expressif et nuancé. Il apporte un grand soin à chaque individu, avec un travail méticuleux sur les costumes. Les utilisations des superpouvoirs sont chatoyantes, hypnotisantes, tout autant que destructrices. Jim Cheung compose intelligemment chaque scène de foule ; les personnages ne sont jamais dessinés par couche superposées ou empilés les uns sur les autres, mais ils ont bien tous une relation spatiale sensée les uns par rapport aux autres. Chaque fois que Wanda est évoquée au travers d'un souvenir, elle est belle à croquer, à la fois fragile, féminine, puissante et mystérieuse. Dans les 2 tiers des pages, Jim Cheung prend le temps de dessiner les décors et là encore il ne se contente pas de quelques traits vite faits ; il conçoit un endroit particulier, pleinement réalisé. Sans être photoréalistes, tout en étant très détaillées, les illustrations de Cheung et Morales transportent le lecteur dans un monde empreint d'une touche de merveilleux, sans être infantile, une vraie vision artistique qui fait exister les personnages et leur personnalité dans le monde merveilleux des superhéros. Il est même possible de déceler ici ou là l'influence discrète des maîtres de Cheung de Jim Lee à Barry Windsor Smith (lors du démontage d'un robot dans la première page de l'épisode 3), en passant par Olivier Coipel. Les courtes histoires complémentaires racontent comment les Young Avengers sont arrivés la première fois à l'Hôtel particulier des Avengers (petites difficultés avec les systèmes de sécurité, par Jim McCann et Chris Samnee), leur premier aperçu d'une arrivée de Thor (par Alan Davis et Mark Farmer). Elles sont sympathiques et anecdotiques. Le titre de ce tome alerte le lecteur sur le contenu : il ne s'agit pas d'une histoire des Young Avengers, mais des Avengers. Allan Heinberg se focalise sur cette quête de Wanda Maximoff, sur l'histoire du personnage, sur l'impact de House of M sur les Avengers et les X-Men, sur les dilemmes insolubles, les cas de conscience si jamais Wanda Maximoff était vivante. Il donne une dimension fortement humaine à cette recherche en la racontant par les yeux de plusieurs personnages, à travers leurs sentiments, en particulier ceux de Wiccan et Speed. Cette histoire constitue à la fois l'aboutissement de celles initiées à partir de Avengers désassemblé, et le prologue à AvX . Le rythme du récit souffre par moment de cette volonté de mettre le plus de références possibles aux événements passés et tout expliquer, quitte parfois à sortir un coup de théâtre du chapeau (tel le mariage de l'épisode 4, d'une envergure telle qu'il est impossible que les Avengers n'en ait pas eu vent avant).