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Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Avengers - La Croisade des enfants
Avengers - La Croisade des enfants

Point de convergence - Ce tome regroupe les épisodes 1 à 9 de la minisérie parue en 2011, ainsi que 2 histoires courtes parues dans la minisérie I'm an avenger. Tous les scénarios sont d'Allan Heinberg. Il vaut mieux avoir lu avant Affaires de famille la première minisérie des Youg Avengers. Les Young Avengers (Vision, Wiccan, Hulkling, Hawkeye, Speed, Patriot et Stature) sont en train de se battre contre un groupe de terroristes (une phalange des Fils du Serpent). Iron Man, Ms. Marvel et Captain America arrivent pour les aider. Ils sont assez inquiets que le supposé lien de parenté entre Speed et Wiccan, avec Scarlet Witch puisse être réel et que Wiccan ait hérité des pouvoirs de sa mère. Ils ont encore en mémoire sa responsabilité dans les événements de House of M, et les terribles conséquences qui en ont découlé. Les Young Avengers n'ont pas l'intention de se laisser faire et ils décident de se mettre à la recherche de Wanda Maximoff, aidés malgré eux par Erik Lehnsherr (Magneto, le père de Wanda). Avec le premier tome des Young Avengers, Allan Heinberg avait réussi le pari insensé de raconter une histoire passionnante avec des personnages dérivatifs de superhéros Marvel de premier plan, au milieu d'un paradoxe temporel. Ici il relève le défi de mettre en cohérence l'histoire de Wanda Maximoff. le lecteur retrouve avec plaisir les Young Avengers très attachants à nouveau dessinés par Jim Cheung pour la recherche d'un personnage historique de l'univers partagé Marvel, avec la participation des Avengers, de Magneto et d'encore un autre supercriminel emblématique de Marvel. Au fur et à mesure des pages, il devient évident qu'Allan Heinberg a une autre ambition que celle de développer ses personnages. Avec l'apparition de quelques Avengers, mais aussi de quelques X-Men (car Scarlet Witch a fait partie de la première équipe, mais elle a décimé la race des seconds et c'est une mutante), les Young Avengers ont peu de place pour exister. de fait Heinberg se concentre surtout sur Billy Kaplan (Wiccan) et son jumeau Thomas Sheperd (Speed). Mais au fil des dialogues, il apparaît que tous les Young Avengers s'expriment aussi bien que leurs aînés de plusieurs années et qu'ils disposent d'une connaissance encyclopédique des détails historiques de l'univers partagé Marvel que leur provenance en direct du futur ne suffit pas à expliquer complètement. Heinberg a du mal à faire croire au lecteur qu'il s'agit vraiment de jeunes adolescents. D'ailleurs la recherche de Scarlet Witch est surtout l'occasion pour Allan Heinberg de plonger dans les recoins de son histoire compliquée. Il évoque bien sûr sa participation à la Fraternité des Mutants Maléfiques (Brotherhood of evil Mutants), sous la houlette de Magneto, alors qu'ils ignoraient leur lien de parenté, puis son incorporation aux Avengers, avec son frère Pietro (Quicksilver) sous le patronage de Captain America. Vient ensuite son mariage avec Vision (dans Vision And the Scarlet Witch), la naissance de leurs enfants dans A year in the life. Heinberg n'oublie pas rappeler les abus de pouvoir par Wanda possédée dans Knights of Wundagore et Darker than scarlet, ainsi que la disparition de son mari (dans A la recherche de la Vision). Il n'oublie ni ses liens avec Simon Williams (Wonder Man), ni le fait qu'elle a déjà fait une ou deux réapparitions plus ou moins oniriques dans l'univers Marvel 616 depuis House of M (devant Clint Barton dans Revolution, entre autres). Évidemment tous ces éléments prennent une place significative dans la narration, et additionnés aux combats de rigueur dans tout comics de superhéros qui se respecte, il finit par rester peu de place pour chaque personnage. Au fil des pages, le lecteur se rend compte qu'Allan Heinberg a déplacé le centre d'intérêt de son histoire des Young Avengers, vers la continuité Marvel et la place occupée par Scarlet Witch dans cette continuité complexe. Il faut dire qu'il s'agit d'un personnage qui est apparu pour la première fois en mars 1964 dans l'épisode 4 de la série X-Men. Heinberg a l'art et la manière de mettre chaque événement en perspective, de redonner du sens à l'évolution du personnage et de revisiter des passages essentiels de l'histoire Marvel, même Avengers désassemblés prend logiquement sa place dans cette immense fresque. Pour le fan de Marvel, ce récit prend toute sa dimension mythique et permet même de distinguer un destin hors du commun pour Wanda. Pour caser tout ça, Heinberg a recours à de copieux dialogues et c'est un véritable tour de force qu'il réussit en chargeant chacun de ces rappels historiques d'une forte émotion grâce aux intérêts conflictuels des différents personnages. Comment Wiccan peut-il faire confiance à Magneto, ou aux Avengers, ou aux X-Men quant à ce qui se passera s'ils retrouvent Wanda ? Et d'ailleurs existe-t'il vraiment un lien de parenté ? Magneto est-il son grand-père ? C'est un vrai plaisir que de retrouver les illustrations délicates de Jim Cheung qui a dessiné les 9 épisodes, avec un encrage de Rag Morales, aidé par Jim Cheung lui-même, John Livesay, Dave Mikis et Dexter Vines. Cheung sait conférer une apparence particulière à chaque personnage, leur donner un langage corporel expressif et nuancé. Il apporte un grand soin à chaque individu, avec un travail méticuleux sur les costumes. Les utilisations des superpouvoirs sont chatoyantes, hypnotisantes, tout autant que destructrices. Jim Cheung compose intelligemment chaque scène de foule ; les personnages ne sont jamais dessinés par couche superposées ou empilés les uns sur les autres, mais ils ont bien tous une relation spatiale sensée les uns par rapport aux autres. Chaque fois que Wanda est évoquée au travers d'un souvenir, elle est belle à croquer, à la fois fragile, féminine, puissante et mystérieuse. Dans les 2 tiers des pages, Jim Cheung prend le temps de dessiner les décors et là encore il ne se contente pas de quelques traits vite faits ; il conçoit un endroit particulier, pleinement réalisé. Sans être photoréalistes, tout en étant très détaillées, les illustrations de Cheung et Morales transportent le lecteur dans un monde empreint d'une touche de merveilleux, sans être infantile, une vraie vision artistique qui fait exister les personnages et leur personnalité dans le monde merveilleux des superhéros. Il est même possible de déceler ici ou là l'influence discrète des maîtres de Cheung de Jim Lee à Barry Windsor Smith (lors du démontage d'un robot dans la première page de l'épisode 3), en passant par Olivier Coipel. Les courtes histoires complémentaires racontent comment les Young Avengers sont arrivés la première fois à l'Hôtel particulier des Avengers (petites difficultés avec les systèmes de sécurité, par Jim McCann et Chris Samnee), leur premier aperçu d'une arrivée de Thor (par Alan Davis et Mark Farmer). Elles sont sympathiques et anecdotiques. Le titre de ce tome alerte le lecteur sur le contenu : il ne s'agit pas d'une histoire des Young Avengers, mais des Avengers. Allan Heinberg se focalise sur cette quête de Wanda Maximoff, sur l'histoire du personnage, sur l'impact de House of M sur les Avengers et les X-Men, sur les dilemmes insolubles, les cas de conscience si jamais Wanda Maximoff était vivante. Il donne une dimension fortement humaine à cette recherche en la racontant par les yeux de plusieurs personnages, à travers leurs sentiments, en particulier ceux de Wiccan et Speed. Cette histoire constitue à la fois l'aboutissement de celles initiées à partir de Avengers désassemblé, et le prologue à AvX . Le rythme du récit souffre par moment de cette volonté de mettre le plus de références possibles aux événements passés et tout expliquer, quitte parfois à sortir un coup de théâtre du chapeau (tel le mariage de l'épisode 4, d'une envergure telle qu'il est impossible que les Avengers n'en ait pas eu vent avant).

07/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Hypericon
Hypericon

J'ai été très séduit par cette lecture de Manuele Fior comme je l'avais été par Les Variations d'Orsay. Une fois encore l'auteur nous renvoie dans le monde des musées et des érudits. Il introduit ainsi une réflexion sur des êtres "passerelles" qui sont capables de rapprocher ce que tout sépare. "Un vrai trip" (p99) comme le souligne Ruben dans une ville de Berlin qui ne peut pas être mieux choisie pour illustrer cette thématique. A travers la complexité du personnage de Teresa, brillantissime étudiante, toujours première dans les 100 m universitaires ou professionnels auxquels elle a participé, nous montre qu'il manque une part de chaos indispensable à un épanouissement total. Cette érudite en culture ancienne devra faire de la place à Dionysos dans son vécu. Fior en abuse surement en multipliant les scènes de sexe souvent explicites mais cela s'inscrit dans la logique du récit. Le final qui nous remet face à la tragédie du 9/11 invite aussi le lecteur à penser "la fin de l'Histoire" comme la chute du Mur l'avait fait entrevoir ou la mort de Toutankhamon il y a 3000 ans. J'ai trouvé ce récit vraiment très bien construit avec ce parallèle très équilibré entre les deux situations. Fior y ajoute une remarque sur le temps et la perception du passé et du futur chez les Egyptiens que je ne connaissais pas et "qui demande réflexion" comme le dit Ruben. Le très beau graphisme de Fior illustre à merveille l'intelligence du récit. Fior excelle dans le travail pictural qui renvoie aux époques évoquées. Le contraste des lumières et des dynamismes entre les deux époques est saisissant et participe totalement à la puissance narrative de l'histoire. Une très belle lecture au titre énigmatique qui invite à voir plus loin.

07/08/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Échecs
Échecs

Alors ce récit, je ne m'attendais pas à autant l'aimer ! C'est bien simple, j'ai fini la dernière page sur un grand éclat de rire. Parce qu'il y avait une pleine planche qui semblait être la chute, puis une chute excellente et surtout cette dernière leçon, que je trouve juste, hilarante et parfaitement bien amenée ! Une réussite, cette fin, une vraie réussite ! J'ai un faible pour les belles histoires d'amour, je ne m'en cache pas, et là c'est de la comédie romantique chorale qui se développe petit à petit, croisant les personnages nombreux dans un ballet qui finit par tresser le motif global. Et franchement, j'ai été carrément conquis ! Je suis partisan de ce genre d'histoires très feel good dans lequel plusieurs couples évoluent et changent, apportant progressivement leur petite pierre à l'histoire globale. On voit les interactions entre chacun, les petits moments où ils se croisent, mais c'est véritablement le final qui montre la façon dont chacun a influencé sur l'autre. Et franchement, j'ai été grandement surpris par la force du lien qui avait été tissé doucement, notamment dans le cas de Samir et son fameux "Tu ne sais pas observer" qui permet un tour de passe-passe qui m'a beaucoup amusé. L'ensemble est servi par un bon dessin, parfaitement en accord avec l'ambiance. Je n'avais encore rien lu de Pinel, mais cette lecture ne sera pas la dernière. Quel plaisir de lecture ! Je n'en reviens pas d'être passé à côté alors que mon libraire l'avait en vitrine pendant un mois complet. Recommandé !

07/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Foucauld - Une tentation dans le désert
Foucauld - Une tentation dans le désert

La haine se répand comme la peste, mais elle attaque l’âme, pas le corps. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il s’inscrit dans un cycle thématique des auteurs, commencé avec Vincent - Un saint au temps des mousquetaires (2016). Sa première publication date de 2019. Il a été réalisé par Jean Dufaux pour le scénario, Martin Jamar pour les dessins et les couleurs, avec un lettrage réalisé par Joëlle François. Il s’ouvre avec une introduction d’une page, écrite par le scénariste dans laquelle il évoque la réputation de Charles de Foucault, ainsi que la tentation qui fut la sienne dans le désert algérien. Il conclut avec ces phrases : Car l’autre, le frère d’en face, n’est qu’un enrichissement de notre moi. Il dédie ensuite cet ouvrage à ses amis musulmans, à ses amis juifs. Il y a une table où il partagera le pain et le vin avec eux. Vœu pieu ? Ainsi vont ses croyances, en tout cas. I. Temps des extravagances. En France, dans la petite commune de Pont-à-Mousson, en 1880. La fête bat son plein, avec un bal organisé par l'école spéciale militaire de Saint-Cyr. Philippe Pétain demande à trois officiers s’ils savent où se trouve Charles, car il le cherche depuis une demi-heure. L’un d’eux répond qu’il est entré à l’intérieur, avec la petite Joséphine Gillain. Pétain se dit qu’il ne devrait pas le déranger, mais le Dom Pérignon manque, à rendre la situation intenable. Dans le grand salon, la jeune femme demande à Charles pour quelle raison, il ne veut pas d’elle. Elle l’aime, que doit-elle faire pour l’en convaincre ? Il lui répond qu’il ne connaît pas personne plus adorable, plus exquise qu’elle, mais il ne pourrait que la décevoir. Là où elle ne met que de la vie, de la gaieté, de la beauté, lui ne ressent que de la lassitude. Il se sent vide, sans consistance, comme ces épouvantails qui grincent au vent. Les convenances n’encombrent guère la vie qu’il mène, et il lui arrive parfois de le regretter. Charles de Foucauld décide de partir de la fête et il enlève sa veste. Le régisseur le prend pour un assistant de cuisine et le charge de tâches de manutention. Il s’en acquitte, puis décide de suivre une jeune chanteuse juive dont le régisseur vient de refuser l’offre de service. II. Vipère à cornes. Dans le désert proche de Tamanrasset en Algérie, en 1916. Un groupe de bédouins montant des dromadaires s’arrêtent en découvrant un homme couché sur le sol, le visage tourné vers le sable. L’un d’eux descend de sa monture en dégainant son épée. Il tranche en deux la vipère à cornes qui vient de mordre Charles de Foucauld. Kaocen, de la tribu des Ikaskazen, demande à Saïd, de ramener le marabout au fortin. Le soir, Saïd a brûlé la plaie au fer rouge, mais le blessé ne réagit pas. Kaocen lui ordonne de lui brûler la plante des pieds : il réagira. Effectivement, Charles pousse un cri de douleur. Kaocen ordonne qu’on lui apporte du lait de chèvre, même si un de ses hommes lui répond qu’il ne comprend pas pour quelle raison sauver cet homme, vu que c’est un Français. Pendant plusieurs jours, la vie de Charles de Foucauld, le marabout, ne tient qu’à un fil. Avec Vincent de Paul (1581-1660), les auteurs mettaient en scène un homme pieux dans une enquête qui lui faisait rencontrer des individus de tout horizon social, et le montrait pratiquer sa Foi au quotidien. Avec ce deuxième tome consacré à un saint homme, ils s’aventurent un peu plus loin en mettant en scène la tentation dans le désert, celle de l’orgueil. Dans l’introduction, le scénariste prévient que l’ouvrage ne constitue ni une biographie, ni une hagiographie de Charles de Foucauld (1858-1916), mais quelques moments de la vie d’un homme, pas d’un saint, la marche vers la lumière, le dépouillement. Il précise également qu’il y a eu plusieurs Foucauld, comme il y a eu plusieurs Philippe Pétain, et que le premier est parvenu à dépasser certains stéréotypes colonialistes de son époque, pour devenir un défricheur, un frère universel. Après s’être ainsi justifié, il commence son récit en rappelant ce lien entre Foucauld et Pétain, avec la scène introductive en 1880 : voici d’où vient le religieux, il fut un officier de cavalerie de l'armée française, il est sorti de Saint Cyr. C’est un homme de son époque. Après cette scène de six pages, le récit passe en 1916, pour les derniers jours de la vie de Charles de Foucauld, et sa tentation dans le désert. Comme pour le premier tome, la narration visuelle appartient au registre descriptif et réaliste. Pour la scène introductive, Martin Jamar nage dans son élément : une reconstitution historique dans avec uniformes, belles toilettes de soirée pour les dames, un magnifique bâtiment, etc. C’est un vrai plaisir pour le lecteur de pouvoir ainsi se projeter dans ces lieux, de suivre Pétain passer du bal en extérieur à l’atmosphère plus feutrée à l’intérieur, de prendre le temps de regarder la multitude de détails : les violons, les boutons d’uniforme, les décorations florales, le modèle des verres en cristal, les cageots de légumes, les plans de travail en cuisine, etc. Puis vient le temps du désert, des bédouins, de fort Motylinski, situé à Taghaouhaout, à cinquante kilomètres environ à l'est de Tamanrasset. En fin de tome, l’artiste remercie deux membres de sa famille pour leurs photographies d’Algérie qui l’ont aidé plus qu’ils ne le pensent. Beaucoup de sable à perte de vue, de ciel bleu et quelques dunes, mais pas seulement. Le dessinateur se montre tout autant investi dans la représentation des costumes, des harnachements des dromadaires et des selles avec leur tapis, des armes et bien sûr des sandales. Il représente avec le même souci du détail authentique les constructions et le fort Motylinski, ou encore la tente de la Damassine et le festin qui s’y déroule. Le lecteur sait qu’il regarde des visuels fiables sur le plan historique. Il observe des êtres humains normaux en train d’interagir. Il peut croire pleinement et sans réserve à ce qui lui est montré. Ces dernières semaines de la vie de Charles de Foucauld ne se limitent pas à une sortie dans le désert pour se confronter à la tentation de l’orgueil, à l’instar des quarante jours passés dans le désert par Jésus où il fut soumis à la tentation par le Diable. La vie de ce religieux s’inscrit dans un contexte historique : celui de confrontations entre tribus du désert, de la colonisation, de la cohabitation entre les Algériens et les blancs. La vie de cet homme est tributaire de la réalité géopolitique. Dans l’introduction, le scénariste indique qu’il a choisi de montrer un homme qui est parvenu à dépasser les stéréotypes de son époque : Charles de Foucauld parvient à mettre en œuvre la charité telle qu’elle est définie dans la théologie chrétienne, c’est-à-dire l'amour de l'homme envers son prochain en tant que créature de Dieu. Comme pour le tome consacré à Vincent de Paul, les auteurs ne font pas acte de prosélytisme, ils ne cherchent pas à convertir qui que ce soit. Ils souhaitent montrer un homme de Foi vivant conformément aux préceptes moraux de sa Foi, sans le dissocier de sa croyance. Ainsi, une fois passée la scène introductive à Pont-à-Mousson, Charles de Foucauld porte la bure blanche ornée du cœur surmonté de la croix. Il se livre à la prière à deux ou trois reprises. Il fait preuve de tolérance, de refus de combattre, d’acceptation des conséquences de s’en remettre à Dieu, d’amour envers son prochain quelles que soient son origine et ses croyances. Par ailleurs, lors d’une discussion avec Elizabeth Archer journaliste au San Francisco Chronicle, la discussion revient sur son parcours : cartes des pistes au Maroc (de par ses études et son investissement, il a étendu de plus de 2.250 kilomètres les itinéraires connus dans le pays), commentaires de poèmes touareg, éléments de grammaire sur le Coran, notes sur Les élévations sur les mystères, de Bossuet, dictionnaire français-touareg, etc. Ce à quoi, de Foucauld répond qu’on ne peut pas aimer son prochain sans le comprendre. Le lecteur perçoit donc d’abord Charles de Foucauld comme un officier, puis comme un moine itinérant dans une région désertique de l’Algérie colonisée, étant la proie de guerres entre tribus, et parfois contre la présence française. Puis, il le voit accepter le dialogue avec tout le monde, officiers de l’armée française, comme bédouins. Ce n’est qu’ensuite qu’il perçoit la tentation qui donne son nom au titre du récit. En réponse à une remarque de la journaliste, il répond qu’il reste une proie pour l’ombre, l’ombre qui danse, qui invite l’individu à la rejoindre, une ombre prête à l’engloutir. L’ombre des facilités, des leurres, de l’orgueil de la lumière fausse, une ombre qu’il doit affronter. Il décide alors de s’éloigner, de s’avancer dans le désert pour se confronter à des convictions qu’il ne peut pas maîtriser. Le voilà confronté à un mirage, ou à des hallucinations dans une scène de quatre pages, planches trente-et-un à trente-quatre, entre manifestation de l’inconscient et expérience mystique, les auteurs laissant le choix de l’interprétation au lecteur. D’un côté, celui-ci peut n’y voir qu’élucubrations induites par une forme d’auto-persuasion, ou un moment de grâce divine. Dans un cas comme dans l’autre, ce moment participe à décrire un individu animé par une Foi qui connaît le doute, et par voie de conséquence la remise en question, et ayant un comportement guidé par des valeurs morales admirables. Pour la deuxième fois, les auteurs ont réussi leur pari : mettre en scène un croyant digne d’admiration qu’on partage sa Foi ou non. Mettre en scène la vie d’un saint homme, ou même une partie de sa vie, voilà une gageure singulière, la proposition d’un récit générant des a priori irrépressibles, et les critiques qui vont avec, avant même d’avoir lu la première page. Comme d’habitude, le sérieux et la solidité de la narration visuelle de Martin Jamar désamorcent toute forme de moquerie ou de mépris, attestant de l’investissement d’un professionnel de très haut niveau. Ensuite, l’investissement de Jean Dufaux est indéniable : il a fait le choix de réaliser ce récit qui a de l’importance pour lui. Il s’en suit une lecture qui sort de l’ordinaire, qui ose mettre en scène un homme religieux, sans questionner le dogme qu’il vénère et ses pratiques, la réalité des actions guidées par une Foi, un être humain qui mérite le respect quelles que soient les convictions du lecteur.

07/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Daredevil / Echo - Quête de Vision (Daredevil - Echo)
Daredevil / Echo - Quête de Vision (Daredevil - Echo)

Que faire de ma vie ? - Ce tome regroupe les épisodes 51 à 55 de la série de Daredevil débutée en 1998. Il vaut mieux avoir lu Tranche de vide avant. Maya Lopez est sourde. Elle a revêtu pendant une courte période un costume et porté le nom d'Echo. Wilson Fisk l'avait envoyé se battre contre Daredevil et elle était tombé amoureuse de Matt Murdock. Avec ce tome, David Mack revient au personnage pour une histoire complète qu'il écrit et illustre. Sous la forme d'une introspection, Maya Lopez cherche sa voie. Elle se souvient de son père, des histoires qu'il lui racontait grâce au langage des signes quand elle était encore enfant. Elle se rappelle du temps qu'il a fallu pour que son entourage se rende compte qu'elle était sourde, et non pas attardé. Elle se remémore sa découverte des œuvres d'art picturales et du sens qu'elle leur a accordé. Elle repense à la manière dont sa surdité innée a façonné sa vision et sa compréhension du monde et de la question qu'elle se posait sur le son provoqué par les nuages ou par la queue d'un chien en train de remuer. En fait Maya Lopez est à un moment de sa vie où elle ne sait plus que faire. Sa liaison avec Matt Murdock est arrivée à son terme. Les liens qui l'unissaient à Wilson Fisk se sont révélés faux et artificiels. Elle décide donc de se rendre dans la réserve indienne où son père l'emmenait parfois passer quelques jours. Elle y retrouve un vieil indien, un homme médecine avec qui son père entretenait des relations amicales. Elle le retrouve à peine plus âgé que dans son souvenir et elle lui demande comment accomplir une quête de la vision, un rite de passage indien. David Mack est un créateur complet (scénario et illustration) qui évolue dans une classe où il n'y a que lui. Il a acquis une maîtrise sans pareille de tous les styles graphiques de l'esquisse la plus pure à la peinture abstraite. Il aborde des thèmes philosophiques et spirituels. Il marie les deux aspects de son art (histoire et illustration) dans une fusion où la forme compte autant que le fond et transmet également autant d'information. Son œuvre principale est la série Kabuki et parfois son génie produit des pages tellement denses en information, complexes en structure et intellectuelles que le lecteur peut se sentir perdu. Pour cette histoire, il utilise toutes ces techniques au service d'un récit accessible, sans rien perdre de sa profondeur. Il a franchi un nouveau palier pour atteindre un mode de communication qui n'appartient qu'à lui, mais qui est accessible à tous. Par contre, Daredevil n'apparaît que le tant d'une poignée de pages et les autres superhéros n'ont qu'un rôle secondaire (sauf Logan) ; il s'agit avant tout de l'histoire d'un moment charnière de la vie de Maya Lopez, jeune femme sourde et surdouée, artiste géniale. Je suis tombé en pamoison devant la beauté et la richesse de certaines pages. J'ai été transporté par cette quête de sens à donner à sa vie, de recherche de direction et de repères qui m'a éclairé d'un point de vue que j'ai trouvé valide et intelligent. Et j'ai été diverti par ce conte pour adultes qui ne repose ni sur la violence, ni sur la provocation, et encore moins sur une gratification sexuelle immédiate. David Mack déroule un conte, presqu'une légende dans laquelle une femme capable de tout faire, une artiste exceptionnelle, un individu qui a surmonté son handicap (sa surdité) au point de mieux comprendre son prochain que les bien-entendants ne sait pas à quoi utiliser tous ces dons. David Mack aborde des thèmes complexes sans jamais perdre son lecteur, ni paraître pédant ou présenter son point de vue comme une vérité universelle. Il traite de la manière dont le langage forme la réalité et la limite, de la transmission de sens des parents aux enfants, d'une approche du sens de l'histoire de l'art pictural, de la fonction des contes pour les enfants, de la forme des mythologies modernes, du développement intérieur de chacun, de la relation à autrui, de mes obligations d'être humain, des conséquences de mon agressivité, etc. David Mack ne révolutionne pas la philosophie, il ne propose une pensée unique miraculeuse, il donne à voir son cheminement intérieur, ses propres interrogations et l'orientation qu'il a donné à sa vie après avoir acquis une maîtrise quasi-parfaite des techniques picturales qui s'offraient à lui. Ces différentes thématiques s'imbriquent les unes dans les autres pour constituer un gestalt lumineux, intelligent et simple. Il n'y a finalement que lorsque qu'il satisfait à ses obligations contractuelles de lier son héroïne à l'univers Marvel que la narration retombe ; heureusement cela ne concerne que 13 pages. En fait aussi improbable que cela puisse paraître, seule l'apparition de Wolverine s'intègre harmonieusement au récit. David Mack est un créateur complet et ses illustrations racontent aussi bien les actions de Maya Lopez et les lieux dans lesquels elle évolue, que ses états d'âme, ses sensations, sa façon de penser, sa vision du monde et les sentiments qu'elle éprouve. David Mack est à l'opposé du dessinateur cherchant à épater le lecteur en étalant un catalogue de tous les styles qu'il sait imiter. Au contraire, chaque style n'apparaît qu'en fonction de la narration. Chaque style sert à évoquer un état d'âme, conjurer une ambiance, refléter l'état d'esprit de Maya Lopez. Il est facile de se focaliser sur les hommages à Picasso à Vincent van Gogh ou à Gustav Klimt. Mais il ne s'agit pas pour Mack de dresser un catalogue de sa culture picturale, il s'agit de montrer comment Maya Lopez a cherché à comprendre des langages autres que parlés en étudiant les arts. Chaque planche est une composition sophistiquée étudiée pour refléter un amalgame du monde extérieur et du monde intérieur de l'héroïne. Chaque page est d'une beauté confondante, chaque image apporte une myriade d'informations que le langage écrit est incapable de transcrire. C'est la raison pour laquelle (malheureusement, je m'en rends compte) ce piètre commentaire est incapable de faire honneur à cet incroyable voyage intérieur doté de visuels d'une richesse extraordinaire et d'une spiritualité intelligente, à mille lieux d'un new-age de pacotille. Je suis ressorti de cette lecture, plus intelligent et plus sensible à ce qui m'entoure, avec une proposition constructive et pertinente de quoi faire d'une partie de ma vie (proposition qui me parle et dont j'ai déjà pu apprécier la richesse). Merci monsieur David Mack.

06/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Spider-Man - Bleu
Spider-Man - Bleu

Séduction graphique - Le tandem Jeph Loeb + Tim Sale s'est rendu célèbre pour avoir réalisé de mémorables histoires de Batman (par exemple Catwoman à Rome, même s'il s'agit plus de Catwoman). Après ces histoires chez DC, ils viennent mettre en œuvre leur magie chez Marvel. Cela donnera 3 histoires : Daredevil jaune (en 2001), Spider-Man bleu (en 2002) et Hulk gris (en 2003). Puis plus tard, Captain America Blanc (2015/2016). Peter Parker est en train de confier ses pensées à un magnétophone à cassettes. Il explique qu'il va parler de sa relation avec Gwen Stacy, et comment elle s'inscrit dans une thématique illustrant que dans sa vie les choses doivent vraiment se dégrader et empirer, avant de pouvoir s'améliorer. Tout commence avec une rencontre décisive contre Green Goblin (Norman Osborn) qui a appris l'identité secrète de Spider-Man. Fort heureusement, à l'issue du combat contre son ennemi juré, il est victime d'une amnésie qui lui fait oublier cette information cruciale. Peter Parker est encore à la fac et il cachetonne pour le Daily Bugle qui le paye à la semaine. Comme Peter tire le diable par la queue, il préfèrerait être payé dès ses clichés remis à J. Jonah Jameson. Peter va rendre visite à Norman Osborn sur son lit d'hôpital où il commence à se lier d'amitié avec son fils et où il rencontre une blonde sublime dans les couloirs Gwen Stacy. Dans l'ombre un de ses ennemis non identifié s'arrange pour libérer ou faire échapper plusieurs supercriminels, à commencer par Rhino (Aleksei Mikhailovich Sytsevich). Ah, oui, il y a aussi une rousse flamboyante, fille d'Anna Watson, un déménagement à New York et un copain qui s'engage dans l'armée pour faire quelque chose de sa vie, etc. Alors que pour Hulk et Daredevil, Jeph Loeb revenait sur les premiers épisodes de leur série respective, pour Peter Parker, il commence un peu plus tard. le combat décisif contre Green Goblin se déroule pendant les épisodes 39 et 40 de la série, publiés en 1966. Loeb se complait à évoquer cette époque du tisseur, en utilisant toutes les caractéristiques correspondantes, qui sont devenues autant de clichés au fil des années. Bizarrement, il évite de citer Betty Brant (l'amour précédent de Peter), certainement pour ne pas alourdir la narration. Si vous avez lu les épisodes originaux de cette période, l'aspect nostalgique confine au copiage, plus qu'à l'hommage. Contrairement à Jaune et à Gris, Loeb semble tellement impressionné et respectueux des originaux qu'il n'arrive pas à les dépasser pour leur donner plus de sens ou plus d'émotion, pour dégager une nouvelle thématique avec le recul des années. Loeb reprend la relation entre Parker et Jameson en l'état, sans la développer ou l'approfondir. Jonah est juste irascible et impatient devant ce jeune dans le besoin, mais rien de plus. Peter est de nouveau tiraillé entre la rousse et la bonde, comme l'écrivait Stan Lee, dépassé par la situation. Les ennemis croisés ont une personnalité aussi épaisse qu'une feuille de papier à cigarette. Et tout semble juste une resucée de l'original, avec la même fibre naïve un peu irritante, un peu enfantine. Par contre, Tim Sale s'est surpassé. Il écrit dans les brèves notes de fin de volume qu'il souhaitait retrouver l'élégance du trait de John Romita senior, tout en y incorporant son propre style. Et il a parfaitement réussi. Il capture le style graphique des années 1960, en particulier en copiant le style vestimentaire. Mais les personnages ont acquis une dimension supplémentaire qui les sort de la naïveté des illustrations de l'époque en leur conférant une part d'ombre suggérée. Comme à son habitude, Tim Sale adopte une mise en page aérée de 3 ou 4 cases par page en moyenne, pour pouvoir réaliser de plus grands dessins. Il insère évidemment quelques pleines pages, voire doubles pages, mais en nombre raisonnable : Spider-Man se balançant au bout de sa toile, Gwen en passagère sur la moto de Peter, Spider-Man en train de prendre connaissance de la une du Daily Bugle, la tête en bas à hauteur du kiosque de journaux, ..., et bien sûr celle que tout le monde attend, à savoir la première apparition de MJ déclarant : Face it, tiger. You've just hit the jackpot. Elle est absolument magnifique car elle combine cette innocence propre aux comics des années 1960, avec une présence extraordinaire et une sensualité torride. Certes, Tim Sale évoque avec talent l'élégance de John Romita senior pour les scènes en civil, et il capture un petit peu de la spécificité de Steve Ditko pour les scènes de Spider-Man en costume. Mais le vrai spectacle, les visuels irrésistibles sont ceux où apparaissent Gwen ou MJ, ou les 2. Il faut voir la subtilité avec laquelle il met en scène l'inimitié de bon aloi entre les deux, alors qu'elles rendent visite en même temps à un pauvre Peter alité par un bon rhume. Tim Sale renoue avec la sophistication des meilleures comédies romantiques de l'âge d'or du cinéma américain. Du point de vue du scénario, ce tome n'est pas le meilleur car Jeph Loeb reste trop fidèle au modèle original. Par contre du point de vue graphique, Tim Sale marie les styles de l'époque avec ses encrages un peu appuyés pour mettre en images une comédie sentimentale subtile et magnifique. Il transforme un scénario nostalgique à l'excès en un tour de force graphique au pouvoir de séduction ravageur.

06/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Ironwolf
Ironwolf

Science-fiction baroque 'n' roll - Il s'agit d'une histoire complète en 1 tome initialement parue en 1992. Quelque part dans une autre galaxie, loin dans le futur (61ème siècle), les êtres humains ont conquis l'espace et trouvé le secret de l'immortalité. L'histoire commence sur l'un des 3 mondes de la Triad qui a été coupé du reste de la civilisation il y a des décennies de cela. Il y a des années ces planètes avaient été achetées par de riches propriétaires ayant réinstitué un gouvernement fondé sur une classe de nobles et une classe de paysans. Au début du récit, Brian Ironwolf participe à des actes révolutionnaires ayant pour objectif de renverser le système politique en place. Une escarmouche à bord d'un vaisseau spatial tourne mal et il plonge dans le coma pendant 8 ans. À son réveil, la révolution a fait long feu, mais il se replace rapidement au milieu d'intrigues complexes pour une lutte du pouvoir acharnée. À la lecture de ce tome, il est possible que vous soyez déconcerté par l'un des personnages : Homer Glint et ses allusions à une déesse appelée Karen Sorensen. En fait cette histoire d'Ironwolf prend sa source à la fois dans le fait qu'Howard Chaykin avait créé ce personnage (Ironwolf) des années auparavant pour DC Comics, et dans une autres histoire appelée Twilight (illustrée par Jose Garcia Lopez) dans laquelle Chaykin s'amusait avec tous les personnages du futur de l'univers DC pour décrire une grande fresque de l'évolution de la race humaine. Il est toutefois possible de comprendre ce récit, sans rien savoir de tout cela. La forêt détruite au début a une grande importance car c'est à partir de ces arbres (dont le bois présente des propriétés neutralisant la gravité) qu'il est possible de construire des vaisseaux spatiaux. Évidemment ce qui a fait que Fires of revolution reste dans les mémoires, c'est le nom de son dessinateur : Mike Mignola. Il s'agit là de l'un de ses derniers travaux pour DC, avant d'aller créer Hellboy en 1993, chez Dark Horse. Ses dessins sont encrés par Philip Craig Russel avec il avait déjà travaillé sur Batman : Gotham au XIXe siècle. Mignola se cale sur les visuels que Chaykin avait créés en 1973. Il y a des tartans écossais, des robes de bal du dix-huitième siècle, de très beaux bâtiments haussmanniens, ces vaisseaux spatiaux particuliers qui mélangent les structures métalliques de Gustave Eiffel, avec des planches de bois, des vampires très ténébreux, des lions anthropomorphes, etc. Il y a aussi le style de Mike Mignola qui transforme toutes ces bizarreries. le lecteur retrouve sa forte propension à omettre les décors qui n'est pas encore contrebalancée par son utilisation magistrale de la couleur noir qui n'apparaîtra qu'à partir d'Hellboy. Passés ces deux défauts de jeunesse, Mignola crée des visuels d'un autre monde, d'une autre époque, au charme fou. Il y a l'apparence des vampires nimbés d'une aura de mystère impénétrable. Il y a les scènes de foules qui évoquent tour à tour la révolution française et le bal du 14 juillet, et une incroyable scène de bal masqué. Il y a quelques gags visuels discrets comme ce rétiaire qui combat un poulet géant. Il y a le museau des créatures léonines. Il y les hommes de main armés en train de massacrer la foule, etc. Déjà, Mike Mignola dose parfaitement ce qu'il montre et ce qu'il suggère pour une efficacité subtile. L'encrage de Philip Craig Russell et d'une délicatesse extrême et il complète quelques éléments de costumes (les cols de robes de bal) ou de décors en apportant un degré de finesse exquis. Pour cette histoire, Howard Chaykin a fourni la trame (et visiblement la structure un peu alambiquée de distillation d'informations éparses). À cette époque, il travaillait avec John Francis Moore qu'il avait pris comme assistant et dont il a lancé la carrière dans le monde des comics. Il est facile de reconnaître la patte de Chaykin dans la thématique politique (la lutte des classes) et dans la touche de science-fiction. Il est vraisemblable que John Francis Moore a rédigé les dialogues et les commentaires. Il a chois un style assez écrit avec des exposés quasi-systématiques sur les tenants et les aboutissants politiques de chaque situation. Ce n'est pas vraiment désagréable, ça aboutit à une science-fiction légèrement politisée (pas trop quand même, ce n'est pas du Toqueville), mais aussi à une narration parfois un peu pesante avec des dialogues assez artificiels. En particulier la scène se déroulant sur la planète Omicron ne reste digeste que grâce aux visuels de Mike Mignola. Alors cette histoire constitue une bonne aventure de science-fiction qui cultive intelligemment son coté rétro par les thèmes abordés et par le style des illustrations, avec une vraie volonté de proposer des scènes visuellement intéressantes et séduisantes.

06/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Bal des folles
Le Bal des folles

Je n'ai pas lu le roman source de Victoria Mas ni vu le film qui en a été adapté. Mon avis porte donc uniquement sur les qualités de la série indépendamment de ces œuvres. J'ai été séduit par ce personnage d'Eugénie, jeune fille intelligente et insoumise. Les autrices positionnent l'action du récit dans le contexte de la fin du XIXème siècle où le spiritisme venu des USA connait une forte attraction. La pauvre Eugénie va donc être coincée entre un monde scientifique matérialiste et un ordre bourgeois tous les deux dirigés d'une main de fer par les hommes imbus de leurs positions dominantes. Les autrices nous replongent avec brutalité et justesse dans une société où la parole du père de famille suffisait pour vous envoyer en détention (asile ou maison de correction). Le récit est prenant et se lit très facilement malgré la lourdeur de la thématique. Les belles aquarelles d'Arianna Melone donnent beaucoup de rythme et d'expressivité à la narration. L'accent est donné sur les comportements des patientes et l'ambiance d'enfermement injuste vécue par ces jeunes femmes. Cela touche souvent plus au cœur qu'à la raison puisque l'élément fantastique du spiritisme est très présent. Toutefois comme je l'ai déjà dit l'époque crédibilise le contexte de cette croyance (Victor Hugo en fut adepte un moment). Une belle lecture qui ne s'adresse pas seulement aux femmes bien au contraire.

06/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Feuilles volantes
Feuilles volantes

C'est le premier ouvrage d'Alexandre Clerisse que je lis et j'ai été bien séduit par sa créativité. En premier lieu la construction " en Chifoumi" interpelle par sa technicité. Trois personnages à trois époques qui se répondent dans une narration en boucle pas toujours simple à suivre. De plus l'auteur introduit une réflexion sur la création et son positionnement face à la technique. Les trois personnages sont face à un inconnu majeur pour le futur de leur passion : l'imprimerie pour Léon, l'ordinateur pour Max et la dématérialisation complète pour Suzie. Il faut pourtant aller de l'avant et franchir ces portes pleines d'inconnues voire de dangers. "Sais-tu où tu vas ?" est une réplique clé du récit et comme le souligne dans son avis Mac Arthur sur le final proposé, la réponse n'est pas si évidente. Le graphisme de Clérisse fait à la fois preuve d'originalité et renvoie comme un hommage au travail des enluminures des moines copistes du Moyen-Âge. La composition très travaillée de certaines planches rappelle Bosch ou Dürer. J'ai lu donc cet ouvrage comme une œuvre originale et ambitieuse, peut-être pas aussi aboutie que le souhaiteraient certains lecteurs mais vraiment digne d'intérêt. 3.5

06/08/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Jusqu'au dernier
Jusqu'au dernier

Excellent mais trop court ! C’est dommage de voir des intrigues de cette qualité condensées en un seul tome, ce qui oblige à avancer trop rapidement dans l'histoire. Cela dit, c’est tout de même très bon. J’aime beaucoup être surpris et voir des choses qui sortent du schéma classique où tout est presque parfait pour nous satisfaire dans nos émotions. Ici, l’originalité est au rendez-vous. Le dessin est superbe, on passe un bon moment de lecture, mais, comme beaucoup je suis un peu frustré par le manque de développement de certains personnages et de l’intrigue, qui auraient pu être plus approfondis. M'enfin bon, la BD mérite tout de même sa bonne note.

06/08/2024 (modifier)