(Je n'ai encore lu que le tome un)
J'adore ! Vraiment un de mes plus chouettes achats depuis longtemps. Le style est absolument génial et l'histoire rondement menée.
Vraiment du tout grand art. Chapeau aux deux auteurs !
A mon avis, les idées de scénario se basant sur la science fiction ont été tellement développées qu’il est difficile actuellement de trouver une histoire originale (ceci est valable aussi pour les autres genres de récits). Alors, aujourd’hui, pour qu’une bd de science fiction (film, romans ou autres) puisse sortir du lot, il faut que soit l’auteur expose vraiment un scénario hors du commun, soit le livre ait fait l’objet d’une offensive commerciale efficace, soit la série présente une mise en place narrative et un graphisme excellents comme vont tenter de faire les auteurs de "La Saison de la Couloeuvre"…
Il est difficile de résumer l’histoire de "La Saison de la Couloeuvre" car le lecteur est placé comme un observateur dès le début de la bd. En effet, imaginez un peu que vous prenez l’initiative tout de suite de vous embarquer dans un avion pour une destination qui vous est totalement inconnue et une fois là-bas vous vous apercevez que vous êtes parachuté en Corée du Nord (pays le plus fermé au monde actuellement) avec son lot de mystères, d’informations locales et de traditions… et bien, c’est un peu les mêmes chocs visuel et culturel que va vivre le bédéphile en lisant "La Saison de la Couloeuvre".
D’habitude, un tel traitement scénaristique (ou plutôt narratif) est voué à l’échec dès le début de la lecture car il faut de la part de l’auteur un talent fou pour capter absolument le bédéphile. Ma foi, j’ai été complètement submergé par cette histoire futuriste ! J’ai été intrigué par cet univers apparemment riche et par l’envie de savoir où les auteurs voulaient nous emmener…
Attention, ne vous attendez pas à découvrir des vaisseaux spatiaux ou des virées intergalactiques ! Ici, l’action se passe à l’intérieur d’une gigantesque métropole sur une planète imaginaire (enfin, peu importe son nom !).
Bref, le scénario est vraiment captivant et je recommande fortement aux lecteurs rebutés par le début de poursuivre impérativement la lecture d’autant plus que le dessin de Michaud m’est apparu très bon.
Le traitement de l’ambiance (mise en couleurs) au fil de la lecture semble bizarre. En effet, le lecteur pourra apercevoir des planches vivement coloriées qui tranchent avec les tons grisâtres majoritairement répandus dans l’album… sachez que ce parti-pris au niveau du dessin va se révéler pertinemment adapté aux besoins du scénario !
Graphiquement, Michaud nous propose un découpage assez inventif et des vues d’ensemble très détaillées absolument magnifiques ! De plus, j’aime beaucoup sa façon de représenter les arrière-plans, où il privilégie les coups de pinceau à la place de l’encrage noir. Cependant, il m’a été assez difficile de bien distinguer les personnages principaux au premier coup d’œil.
Ce premier tome de "La Saison de la Couloeuvre" annonce une série prometteuse… tellement prometteuse que j’ai un peu peur que le deuxième album me déçoive (un peu comme Orbital dont le second tome m’a un peu désenchanté). En effet, à mon avis, sans les énigmes disséminées en début d’album, "La Saison des Couloeuvre" aurait bien pu être un excellent one-shot d’autant plus que son dénouement très ouvert m’aurait largement convenu…
Bref, j’ai beaucoup d’attentes pour le prochain tome dont j’espère qu’il présentera des surprises narratives et que le scénario sera aussi captivant que ce premier album de la série. Wait and see !
Les anciens, voire les plus jeunes d’entre nous, se souviennent encore de la fantastique série d’animation il était une fois l’homme et ses nombreuses variations. Entre autres, sa fascinante exploration des mécanismes du corps humain, il était une fois la vie. Marion Montaigne nous convie dans sa version très personnelle, qui, en se révélant, à mon goût, bien meilleure que son illustre modèle, n’en demeure pas moins un brillant hommage.
Elle, qui m’avait déjà séduit avec sa burlesque vision d’un monde des cafards raconté par le professeur Choupsky, récidive cette fois avec une aventure intérieure biologique complètement déjantée et pourtant fraichement pédagogique. On y fait la connaissance de Pistou et Chimou (j’adore la subtilité de ces deux prénoms), deux enzymes lassées de leurs rôles ingrats dans un quotidien répétitif. Pensionnaires du système gastrique de Stiveune, un adolescent à la veille de la puberté, elles sautent sur un heureux coup du destin, quand dans sa gloutonnerie, celui-ci avale, avec son bol de céréales « Chocomiams » matinal, le sous-marin offert en cadeau avec le paquet. En route pour l’exploration !
D’organe en organe, de veine en artère, la visite s’improvise sur fond de poursuites infernales, de rencontres instructives, d’intrigues étonnantes ou d’angoisses prépubères. Un suspens anatomique qui fait la part belle à l’hilarité et, sans avoir l’air d’y toucher, nous délivre une vraie mine d’informations et incite à plus d’approfondissement. Vous vous surprendrez à sortir votre encyclopédie pour en apprendre un peu plus.
Graphiquement, c’est plus qu’honnête. Le trait est gras, spontané et possède un potentiel comique certain. Bariolé de quelques aplats de couleurs et de quelques hachures, il restitue à merveille l’esprit échevelé et drôle du récit. On notera avec quelle dextérité l’auteure se sort de la difficulté d’illustrer des décors somme toute inconnus. Une simplicité tellement évocatrice. Quelle expérience inoubliable de voir un sphincter de l’intérieur !
Un petit bijou d’inventivité et d’humour décalé à mettre entre toutes les mains. On en redemande.
Les auteurs vous convient dans leur cauchemar : bienvenue à Abraxas, « sympathique » bourgade hors du temps. Ses rues sombres et lugubres, bordées de maisons dont les façades semblent vouloir engloutir les passants et parcourues de cucurbitacées vivantes, assassins en série à la recherche de nouvelles victimes. Ses pluies acides qui rongent et gangrènent les faciès et les membres des habitants les plus imprudents. Ses récréations : le manège de monstres de foire du docteur Makabr ou les représentations du grand Mordhom, célèbre magicien cultivant de secrètes allégeances aux puissances occultes. Et enfin ses « trappes » qui, dans la légende, offriraient un accès aux entrailles de la Terre et déverseraient une fois l’an tout un lot de créatures venues d’un autre monde. C’est Halloween toute l’année !
Vagabondant de l’enquête policière au récit fantastique en passant par l’épouvante, le glauque et la sorcellerie, Corbeyran nous gratifie, encore une fois, d’un scénario efficace et divertissant. Cependant, il est partiellement éclipsé par la majesté d’un graphisme qui donne toute sa dimension à l’œuvre. Une plume distinctive et éblouissante avec laquelle le virtuose Alfred anime de disgracieuses marionnettes, dans un théâtre fantasmagorique inquiétant. Des personnages aux corps estropiés, aux visages difformes qui instaurent un sentiment de malaise dès les toutes premières pages de l’album. Tout un univers personnel et surréaliste à l’atmosphère malsaine, dérangeante, qui exerce, malgré tout, un pouvoir de fascination étrange. Un attrait hypnotique encouragé par l’esthétisme des images. Des décors somptueux, des cadrages intelligents, des contrastes magistraux, une maestria de l’artiste pour rendre beau ce qui ne l’est pas. Probablement mon dessinateur préféré.
Une série aux accents Burtoniens plus qu’évidents. Si, tout comme moi, vous adorez le cinéaste, vous aimerez Abraxas, sinon… vous aimerez quand même.
Je ne sais s’il faut réellement connaître l’univers multi-média de .Hack, franchise du géant Bandaï (devenu Namco-Bandaï), pour apprécier ce court manga.
Je le connaissais un peu avant d’aborder la lecture de ces trois tomes, et cette connaissance, indéniablement, m’a servi. Néanmoins, je n’ai jamais joué aux quatre jeux qui forment le cœur du projet .Hack, et je n’ai vu qu’une partie de .Hack Sign, la série télévisée qui précède. Cela ne m’a cependant pas empêché d’apprécier cette histoire gentillette, pleine de bonne volonté, de punch et d’humour.
Certes, ce ne sont pas ces trois mangas qui vont révolutionner le genre, mais qu’importe ? Pour moi, ce manga recèle en lui la bonne proportion de chaque élément, et je n’ai rien contre ce qui est « gentillet », pour autant que je sois touché.
Néanmoins, je ne saurais mettre cinq étoiles à ce manga, bien que je l’aie fort apprécié, car il ne s’agit pas d’une histoire indépendante, mais elle se conçoit au sein d’un ensemble (jeux, animes, livres). Enfin, il n’est pas certain que ceux qui n’auront pas un minimum de connaissances de l’univers des RPG (Role-Playing Games : Jeux de Rôles), et de l’univers assez particulier de .hack ne soient pas un peu perdus. Voilà qui constitue tout de même un sérieux bémol.
Mais, pour moi, cette petite série reste un de mes coups de cœur dans le domaine du manga.
Noter une série est toujours un problème. L’aviser ne l’est pas, car on a tout loisir de développer son point de vue, de nuancer, au sein d’un avis. Mais la note, elle, est sèche, abrupte, peu propice à la nuance pour une série qui s’étale sur une trentaine de tomes.
Alors, comment noter une série que l’on a découverte il y a bien des années, qui se développe sur plus de vingt tomes (qu’on n’a pas tous lus), et qu’on pourrait, éventuellement, vouloir noter avec notre regard contemporain ?
Ainsi, j’ai relu la majeure partie de mes albums de Yoko Tsuno, et je dois avouer qu’ils m’ont moins convaincu qu’à l’époque de leur découverte. Cependant, d’autres qui m’avaient laissé un peu froid (Le Dragon de Hong Kong, Le canon de Kra, par exemple) m’ont beaucoup plus touché. Le regard change, inévitablement. Et, de toute façon, on ne peut redécouvrir avec le même émerveillement une œuvre que l’on connaît presque par cœur.
Finalement, c’est donc cet émerveillement initial que j’ai préféré laisser parler. Peu m’importe la froide raison, et la décrue de cette série qui s’étiole. Yoko Tsuno, pour moi, aura rimé avec émerveillement. Certes point sur tous les albums initiaux, mais sur un nombre suffisant pour qu’à mes yeux elle demeure « Culte! ».
De la série initiale, qui a cessé de me convaincre à partir de l’album treize, j’ai cependant moins apprécié La frontière de la vie, Message pour l’éternité, et même La proie et l’ombre. En vérité, presque toutes les aventures terriennes de Yoko. Mais les aventures vinéennes (ou terro-vinénnes)... Que Leloup ait emprunté à des cycles connus de la SF m’importe peu, puisque à l’époque je ne les connaissais pas, et c’est toujours à peine si je les connais. Ah ! ces belles vinéennes à la peau bleue... Que Leloup considère qu’il écrit pour les filles, s’il le veut, mais il a inventé là un magnifique fantasme pour jeunes ados mâles. Et je ne saurais jamais assez le remercier pour cela.
Dans ce cycle, mention spéciale à La Forge de Vulcain (grandiose), aux Titans, qui me touchent encore par leur humanisme délicat, et à La Lumière d’Ixo, pas forcément hyper-crédible, mais assez magique.
Enfin, pour la bonne bouche, je garderai des aventures terrestres La spirale du temps, terriblement poétique, fort et puissant, et L’orgue du Diable, qui reste un de mes albums préférés, toutes séries confondues. Non seulement le Rhin y est assez magique, mais ceux qui l’ont lu savent qu’on y trouve un certain château, qui porte le nom de Katz.
Alors, est-ce que le nom de ce château m’a marqué parce que je sais qu’il signifie « le château du chat » ? Ou est-ce que le nom de Katz, outre qu’il signifie « chat », m’a marqué justement parce qu’il est le nom du fameux château de l’orgue du Diable ? Je ne sais. En tout cas, il se trouve que j’avais oublié que le Katz est situé sur la rive du Rhin, je le croyais nom du château à péage sis sur une île au milieu du Rhin (et non point le château du diable, de fait). Donc... Quoi qu’il en soit, il m’était difficile de passer sous silence ce lien, à mes yeux évident, entre mon pseudonyme d’icelieu et l’univers de Yoko Tsuno.
Pour finir, j’inviterais tous ceux qui s’intéressent à Yoko Tsuno ou qui souhaitent la découvrir, à acquérir les tomes de son intégrale. Un beau travail éditorial a été fait pour nous en apprendre plus au sujet de cette série, et c’est franchement très intéressant. Vous saurez ainsi pourquoi Vinéa s’appelle Vinéa (je l’avais deviné, mais j’étais heureux qu’on me le confirme, car il arrive souvent qu’on s’imagine des étymologies à tort), comment la série fut créée, et en quoi la dernière planche de La frontière de la vie était prophétique (l’anecdote est marquante).
Gaston Lagaffe est un monument national. Et ceux qui ne l’aiment pas devraient être déchus de leur nationalité, jetés aux requins. Car, franchement, Gaston Lagaffe c’est un monument national !
Mais, hum, j’ai un doute : c’est un monument national belge ou français ? M’enfin !
Bientôt, cependant, Gaston Lagaffe sera lu à la rentrée des classes. La belge, bien sûr. Parce qu’en France, pas sûr que ce gros flemmard, qui est pourtant diablement français dans sa paresse, soit en odeur de sainteté au Palais (de l’Élysée). Imaginez quel épouvantable exemple ce benêt (plutôt sympathique, en plus) donne à notre belle jeunesse. Je vous le demande ?
Travailler c’est la santé, ne rien faire c’est la conserver.Gaston Lagaffe illustre à merveille cette grande maxime française, qui brille au fronton de tous nos édifices publics. Plus exactement, qui devrait y briller, si notre pays ne souffrait actuellement d’un complot travailliste.
Franchement, j’espère que la droite, la vraie droite, celle des rentiers, va revenir au pouvoir, qu’on nous laisse glander en paix. M’enfin...
En attendant, planquez vos Gaston Lagaffe, que vous pourrez ressortir lorsque, m’enfin, les vents du farniente souffleront à nouveaux sur notre beau pays.
Néanmoins, ce bref trait d’humour dont j’attends d’être pardonné, car moi aussi je veux entrer au gouvernement, bref ce coupable trait d’humour navrant étant passé, il me semble qu’on aurait tort de faire de Gaston Lagaffe tout à la fois un antihéros, et un symbole politique. Du moins dans les intentions de son auteur. Est-ce parce qu’il est né dans une époque productiviste que Gaston Lagaffe serait l’anti-modèle par excellence ? Est-ce parce que ses aventures sont humoristiques qu’il faut aussitôt voir derrière cet humour une satire sociale et une belle leçon de vie, ode à la paresse et au refus des excès de la société de consommation ? On peut le voir ainsi, mais on peut aussi lire ses « aventures » comme un exemple de poésie absurde et farfelue, car ce qui m’a toujours frappé dans Gaston Lagaffe est moins son aspect corrosif que sa tendresse.
Certes, tendresse du trait n’empêche point le message du propos, néanmoins le personnage est tellement décalé (on se demande bien pourquoi Dupuis ne l’a pas viré depuis la troisième page de son premier album) que Gaston Lagaffe, avant d’être un pamphlet, est « simplement » de l’humour, tendre, burlesque, poétique, bucolique, hédoniste. Et, en tant que tel, un pur bonheur, probablement, et malheureusement, inégalable.
Érigeons-lui donc une statue. Et comptons sur Gaston Lagaffe lui-même pour qu’il la déboulonne... M’enfin !
Magie Intérieure est de ces bandes dessinées qui, quasiment dès le départ, vous posent une question de registre : à quoi avons-nous affaire ? Du fantastique ? Mais si l’on excepte les conversations oniriques (sises au milieu des rêves), de fantastique il est fort peu dans ce manga, et l’on pourrait, parfois, se demander si le fantastique n’est pas simplement rêvé par une jeune fille qui a perdu sa mère, et trouve ainsi le moyen d’affronter les difficultés de la vie d’orpheline (son père étant à l’étranger), et plus particulièrement les difficultés de l’entrée dans une nouvelle vie : celle de l’entrée au lycée, avec les difficultés d’intégration que cela suppose (car Haruko n’y connait personne), et les premiers émois (les garçons, bien entendu). Oui, le lecteur pourrait se le demander, si soudain ne surgissait une seconde sorcière, ainsi qu’un second messager des dieux. Mais, en réfléchissant bien, la première n’ayant pas plus de pouvoirs qu’Haruko, et le second tenant son statut de la mère d’Haruko, revient la question de savoir si cette histoire de sorcière n’est pas une invention de cette mère, sur son lit de mort, pour donner du courage à sa fille (ce que l’on est amené à penser dès les premières pages, au vu de cette magie qui n’a de magique que le nom, bien que la symbolique soit assez jolie). Néanmoins, le doute subsiste, car à la lecture il est difficile de trancher entre les deux interprétations.
Mais si Magie Intérieure ne peut être classé ni dans le « fantastique », ni dans le « roman graphique » du fait de ce même fantastique trop présent, il se trouve une troisième catégorie qui résout parfaitement cette ambivalence : le « conte ». En effet, Magie Intérieure est un conte. Une histoire à bien des égards réaliste (Japon d’aujourd’hui), qui emprunte au fantastique pour aborder avec plus d’aisance des sujets graves et lourds : perte d’un proche, maladie grave, solitude et ijime (phénomène d’exclusion parfois très dur que fait subir un groupe à un individu exclu du groupe pour une raison ou une autre, et qui conduit parfois ce dernier au suicide ; le sujet, qui était autrefois tabou, est aujourd’hui abordé frontalement au Japon). Mais si le fantastique désamorce un peu la dureté de ces sujets, s’ils ne sont, non plus, portés à leurs extrêmes, si ce shojo s’orne de jolies étoiles et qu’il vire quelques fois au superficiel, et se préoccupe d’un sujet moins pesant bien qu’angoissant pour certains et certaines : la quête de l’âme sœur ; il n’empêche, donc, que malgré ses aspects parfois légers, mais très rarement frivoles, Magie Intérieure sourd d’un constant malaise, qui imprègne pratiquement toutes ses pages. Les petites étoiles ne compensent guère la dureté des manipulations, de l’ijime, et des trahisons. Au fond, dans ce cas comme dans d’autres, l’apparence est trompeuse, et derrière un shojo sucré, au dessin fin et élégant, à la narration fluide, se masque une histoire souvent oppressante. Un conte, en vérité, car chacun sait, depuis Le petit chaperon rouge et Cendrillon, que les contes sont cruels.
Heureusement, il arrive aussi parfois que les contes finissent bien... Parfois.
Très bonne nouvelle série des auteurs du Tueur. Au vu des avis précédents, je m'attendais à quelque chose de vraiment bon, et je n'ai pas été déçu. Car la réflexion engagée par Matz sur le pouvoir des medias, mais aussi une nouvelle donne en matière de sécurité internationale sont vraiment intéressantes, quoique pas forcément inédite, puisqu'un auteur comme Morvan en a aussi fait le thème d'une partie de son oeuvre. De plus, cela colle plus ou moins avec l'actualité, puisque la Turquie est au centre des débats à l'Union européenne. Ceci dit, et malgré une fulgurance de la popularité du héros que je trouve un brin exagérée, reconnaissons au scénariste une maîtrise narrative assez impressionnante. Avec toujours, au dessin, un Luc Jacamon inspiré, qui n'a pas vraiment changé son trait, mais explore de nouvelles voies, notamment en matière de colorisation.
Cela donne des albums un peu étranges, dont le graphisme saute aux yeux, mais desquels on ne peut pas se détacher.
Etrange que cette série, précurseur de la vague cybernétique, n'ait pas eu de succès en son temps (1991-1995). Pourtant, tous les atouts du succès sont là : un scénario solide écrit par le touche-à-tout multimedia Smolderen, servi par le trait fin (du style de Moebius ou de celui d'Arno -Alef-Thau-) de Philippe Gauckler, également illustrateur de romans SF à ses heures perdues...
Beaucoup de rebondissements, une conceptualisation du Jeu Convoi ™ assez incroyable pour l'époque...
Une pure curiosité sous-estimée...
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Biotope
(Je n'ai encore lu que le tome un) J'adore ! Vraiment un de mes plus chouettes achats depuis longtemps. Le style est absolument génial et l'histoire rondement menée. Vraiment du tout grand art. Chapeau aux deux auteurs !
La Saison de la Couloeuvre
A mon avis, les idées de scénario se basant sur la science fiction ont été tellement développées qu’il est difficile actuellement de trouver une histoire originale (ceci est valable aussi pour les autres genres de récits). Alors, aujourd’hui, pour qu’une bd de science fiction (film, romans ou autres) puisse sortir du lot, il faut que soit l’auteur expose vraiment un scénario hors du commun, soit le livre ait fait l’objet d’une offensive commerciale efficace, soit la série présente une mise en place narrative et un graphisme excellents comme vont tenter de faire les auteurs de "La Saison de la Couloeuvre"… Il est difficile de résumer l’histoire de "La Saison de la Couloeuvre" car le lecteur est placé comme un observateur dès le début de la bd. En effet, imaginez un peu que vous prenez l’initiative tout de suite de vous embarquer dans un avion pour une destination qui vous est totalement inconnue et une fois là-bas vous vous apercevez que vous êtes parachuté en Corée du Nord (pays le plus fermé au monde actuellement) avec son lot de mystères, d’informations locales et de traditions… et bien, c’est un peu les mêmes chocs visuel et culturel que va vivre le bédéphile en lisant "La Saison de la Couloeuvre". D’habitude, un tel traitement scénaristique (ou plutôt narratif) est voué à l’échec dès le début de la lecture car il faut de la part de l’auteur un talent fou pour capter absolument le bédéphile. Ma foi, j’ai été complètement submergé par cette histoire futuriste ! J’ai été intrigué par cet univers apparemment riche et par l’envie de savoir où les auteurs voulaient nous emmener… Attention, ne vous attendez pas à découvrir des vaisseaux spatiaux ou des virées intergalactiques ! Ici, l’action se passe à l’intérieur d’une gigantesque métropole sur une planète imaginaire (enfin, peu importe son nom !). Bref, le scénario est vraiment captivant et je recommande fortement aux lecteurs rebutés par le début de poursuivre impérativement la lecture d’autant plus que le dessin de Michaud m’est apparu très bon. Le traitement de l’ambiance (mise en couleurs) au fil de la lecture semble bizarre. En effet, le lecteur pourra apercevoir des planches vivement coloriées qui tranchent avec les tons grisâtres majoritairement répandus dans l’album… sachez que ce parti-pris au niveau du dessin va se révéler pertinemment adapté aux besoins du scénario ! Graphiquement, Michaud nous propose un découpage assez inventif et des vues d’ensemble très détaillées absolument magnifiques ! De plus, j’aime beaucoup sa façon de représenter les arrière-plans, où il privilégie les coups de pinceau à la place de l’encrage noir. Cependant, il m’a été assez difficile de bien distinguer les personnages principaux au premier coup d’œil. Ce premier tome de "La Saison de la Couloeuvre" annonce une série prometteuse… tellement prometteuse que j’ai un peu peur que le deuxième album me déçoive (un peu comme Orbital dont le second tome m’a un peu désenchanté). En effet, à mon avis, sans les énigmes disséminées en début d’album, "La Saison des Couloeuvre" aurait bien pu être un excellent one-shot d’autant plus que son dénouement très ouvert m’aurait largement convenu… Bref, j’ai beaucoup d’attentes pour le prochain tome dont j’espère qu’il présentera des surprises narratives et que le scénario sera aussi captivant que ce premier album de la série. Wait and see !
Panique organique
Les anciens, voire les plus jeunes d’entre nous, se souviennent encore de la fantastique série d’animation il était une fois l’homme et ses nombreuses variations. Entre autres, sa fascinante exploration des mécanismes du corps humain, il était une fois la vie. Marion Montaigne nous convie dans sa version très personnelle, qui, en se révélant, à mon goût, bien meilleure que son illustre modèle, n’en demeure pas moins un brillant hommage. Elle, qui m’avait déjà séduit avec sa burlesque vision d’un monde des cafards raconté par le professeur Choupsky, récidive cette fois avec une aventure intérieure biologique complètement déjantée et pourtant fraichement pédagogique. On y fait la connaissance de Pistou et Chimou (j’adore la subtilité de ces deux prénoms), deux enzymes lassées de leurs rôles ingrats dans un quotidien répétitif. Pensionnaires du système gastrique de Stiveune, un adolescent à la veille de la puberté, elles sautent sur un heureux coup du destin, quand dans sa gloutonnerie, celui-ci avale, avec son bol de céréales « Chocomiams » matinal, le sous-marin offert en cadeau avec le paquet. En route pour l’exploration ! D’organe en organe, de veine en artère, la visite s’improvise sur fond de poursuites infernales, de rencontres instructives, d’intrigues étonnantes ou d’angoisses prépubères. Un suspens anatomique qui fait la part belle à l’hilarité et, sans avoir l’air d’y toucher, nous délivre une vraie mine d’informations et incite à plus d’approfondissement. Vous vous surprendrez à sortir votre encyclopédie pour en apprendre un peu plus. Graphiquement, c’est plus qu’honnête. Le trait est gras, spontané et possède un potentiel comique certain. Bariolé de quelques aplats de couleurs et de quelques hachures, il restitue à merveille l’esprit échevelé et drôle du récit. On notera avec quelle dextérité l’auteure se sort de la difficulté d’illustrer des décors somme toute inconnus. Une simplicité tellement évocatrice. Quelle expérience inoubliable de voir un sphincter de l’intérieur ! Un petit bijou d’inventivité et d’humour décalé à mettre entre toutes les mains. On en redemande.
Abraxas
Les auteurs vous convient dans leur cauchemar : bienvenue à Abraxas, « sympathique » bourgade hors du temps. Ses rues sombres et lugubres, bordées de maisons dont les façades semblent vouloir engloutir les passants et parcourues de cucurbitacées vivantes, assassins en série à la recherche de nouvelles victimes. Ses pluies acides qui rongent et gangrènent les faciès et les membres des habitants les plus imprudents. Ses récréations : le manège de monstres de foire du docteur Makabr ou les représentations du grand Mordhom, célèbre magicien cultivant de secrètes allégeances aux puissances occultes. Et enfin ses « trappes » qui, dans la légende, offriraient un accès aux entrailles de la Terre et déverseraient une fois l’an tout un lot de créatures venues d’un autre monde. C’est Halloween toute l’année ! Vagabondant de l’enquête policière au récit fantastique en passant par l’épouvante, le glauque et la sorcellerie, Corbeyran nous gratifie, encore une fois, d’un scénario efficace et divertissant. Cependant, il est partiellement éclipsé par la majesté d’un graphisme qui donne toute sa dimension à l’œuvre. Une plume distinctive et éblouissante avec laquelle le virtuose Alfred anime de disgracieuses marionnettes, dans un théâtre fantasmagorique inquiétant. Des personnages aux corps estropiés, aux visages difformes qui instaurent un sentiment de malaise dès les toutes premières pages de l’album. Tout un univers personnel et surréaliste à l’atmosphère malsaine, dérangeante, qui exerce, malgré tout, un pouvoir de fascination étrange. Un attrait hypnotique encouragé par l’esthétisme des images. Des décors somptueux, des cadrages intelligents, des contrastes magistraux, une maestria de l’artiste pour rendre beau ce qui ne l’est pas. Probablement mon dessinateur préféré. Une série aux accents Burtoniens plus qu’évidents. Si, tout comme moi, vous adorez le cinéaste, vous aimerez Abraxas, sinon… vous aimerez quand même.
.Hack
Je ne sais s’il faut réellement connaître l’univers multi-média de .Hack, franchise du géant Bandaï (devenu Namco-Bandaï), pour apprécier ce court manga. Je le connaissais un peu avant d’aborder la lecture de ces trois tomes, et cette connaissance, indéniablement, m’a servi. Néanmoins, je n’ai jamais joué aux quatre jeux qui forment le cœur du projet .Hack, et je n’ai vu qu’une partie de .Hack Sign, la série télévisée qui précède. Cela ne m’a cependant pas empêché d’apprécier cette histoire gentillette, pleine de bonne volonté, de punch et d’humour. Certes, ce ne sont pas ces trois mangas qui vont révolutionner le genre, mais qu’importe ? Pour moi, ce manga recèle en lui la bonne proportion de chaque élément, et je n’ai rien contre ce qui est « gentillet », pour autant que je sois touché. Néanmoins, je ne saurais mettre cinq étoiles à ce manga, bien que je l’aie fort apprécié, car il ne s’agit pas d’une histoire indépendante, mais elle se conçoit au sein d’un ensemble (jeux, animes, livres). Enfin, il n’est pas certain que ceux qui n’auront pas un minimum de connaissances de l’univers des RPG (Role-Playing Games : Jeux de Rôles), et de l’univers assez particulier de .hack ne soient pas un peu perdus. Voilà qui constitue tout de même un sérieux bémol. Mais, pour moi, cette petite série reste un de mes coups de cœur dans le domaine du manga.
Yoko Tsuno
Noter une série est toujours un problème. L’aviser ne l’est pas, car on a tout loisir de développer son point de vue, de nuancer, au sein d’un avis. Mais la note, elle, est sèche, abrupte, peu propice à la nuance pour une série qui s’étale sur une trentaine de tomes. Alors, comment noter une série que l’on a découverte il y a bien des années, qui se développe sur plus de vingt tomes (qu’on n’a pas tous lus), et qu’on pourrait, éventuellement, vouloir noter avec notre regard contemporain ? Ainsi, j’ai relu la majeure partie de mes albums de Yoko Tsuno, et je dois avouer qu’ils m’ont moins convaincu qu’à l’époque de leur découverte. Cependant, d’autres qui m’avaient laissé un peu froid (Le Dragon de Hong Kong, Le canon de Kra, par exemple) m’ont beaucoup plus touché. Le regard change, inévitablement. Et, de toute façon, on ne peut redécouvrir avec le même émerveillement une œuvre que l’on connaît presque par cœur. Finalement, c’est donc cet émerveillement initial que j’ai préféré laisser parler. Peu m’importe la froide raison, et la décrue de cette série qui s’étiole. Yoko Tsuno, pour moi, aura rimé avec émerveillement. Certes point sur tous les albums initiaux, mais sur un nombre suffisant pour qu’à mes yeux elle demeure « Culte! ». De la série initiale, qui a cessé de me convaincre à partir de l’album treize, j’ai cependant moins apprécié La frontière de la vie, Message pour l’éternité, et même La proie et l’ombre. En vérité, presque toutes les aventures terriennes de Yoko. Mais les aventures vinéennes (ou terro-vinénnes)... Que Leloup ait emprunté à des cycles connus de la SF m’importe peu, puisque à l’époque je ne les connaissais pas, et c’est toujours à peine si je les connais. Ah ! ces belles vinéennes à la peau bleue... Que Leloup considère qu’il écrit pour les filles, s’il le veut, mais il a inventé là un magnifique fantasme pour jeunes ados mâles. Et je ne saurais jamais assez le remercier pour cela. Dans ce cycle, mention spéciale à La Forge de Vulcain (grandiose), aux Titans, qui me touchent encore par leur humanisme délicat, et à La Lumière d’Ixo, pas forcément hyper-crédible, mais assez magique. Enfin, pour la bonne bouche, je garderai des aventures terrestres La spirale du temps, terriblement poétique, fort et puissant, et L’orgue du Diable, qui reste un de mes albums préférés, toutes séries confondues. Non seulement le Rhin y est assez magique, mais ceux qui l’ont lu savent qu’on y trouve un certain château, qui porte le nom de Katz. Alors, est-ce que le nom de ce château m’a marqué parce que je sais qu’il signifie « le château du chat » ? Ou est-ce que le nom de Katz, outre qu’il signifie « chat », m’a marqué justement parce qu’il est le nom du fameux château de l’orgue du Diable ? Je ne sais. En tout cas, il se trouve que j’avais oublié que le Katz est situé sur la rive du Rhin, je le croyais nom du château à péage sis sur une île au milieu du Rhin (et non point le château du diable, de fait). Donc... Quoi qu’il en soit, il m’était difficile de passer sous silence ce lien, à mes yeux évident, entre mon pseudonyme d’icelieu et l’univers de Yoko Tsuno. Pour finir, j’inviterais tous ceux qui s’intéressent à Yoko Tsuno ou qui souhaitent la découvrir, à acquérir les tomes de son intégrale. Un beau travail éditorial a été fait pour nous en apprendre plus au sujet de cette série, et c’est franchement très intéressant. Vous saurez ainsi pourquoi Vinéa s’appelle Vinéa (je l’avais deviné, mais j’étais heureux qu’on me le confirme, car il arrive souvent qu’on s’imagine des étymologies à tort), comment la série fut créée, et en quoi la dernière planche de La frontière de la vie était prophétique (l’anecdote est marquante).
Gaston Lagaffe
Gaston Lagaffe est un monument national. Et ceux qui ne l’aiment pas devraient être déchus de leur nationalité, jetés aux requins. Car, franchement, Gaston Lagaffe c’est un monument national ! Mais, hum, j’ai un doute : c’est un monument national belge ou français ? M’enfin ! Bientôt, cependant, Gaston Lagaffe sera lu à la rentrée des classes. La belge, bien sûr. Parce qu’en France, pas sûr que ce gros flemmard, qui est pourtant diablement français dans sa paresse, soit en odeur de sainteté au Palais (de l’Élysée). Imaginez quel épouvantable exemple ce benêt (plutôt sympathique, en plus) donne à notre belle jeunesse. Je vous le demande ? Travailler c’est la santé, ne rien faire c’est la conserver. Gaston Lagaffe illustre à merveille cette grande maxime française, qui brille au fronton de tous nos édifices publics. Plus exactement, qui devrait y briller, si notre pays ne souffrait actuellement d’un complot travailliste. Franchement, j’espère que la droite, la vraie droite, celle des rentiers, va revenir au pouvoir, qu’on nous laisse glander en paix. M’enfin... En attendant, planquez vos Gaston Lagaffe, que vous pourrez ressortir lorsque, m’enfin, les vents du farniente souffleront à nouveaux sur notre beau pays. Néanmoins, ce bref trait d’humour dont j’attends d’être pardonné, car moi aussi je veux entrer au gouvernement, bref ce coupable trait d’humour navrant étant passé, il me semble qu’on aurait tort de faire de Gaston Lagaffe tout à la fois un antihéros, et un symbole politique. Du moins dans les intentions de son auteur. Est-ce parce qu’il est né dans une époque productiviste que Gaston Lagaffe serait l’anti-modèle par excellence ? Est-ce parce que ses aventures sont humoristiques qu’il faut aussitôt voir derrière cet humour une satire sociale et une belle leçon de vie, ode à la paresse et au refus des excès de la société de consommation ? On peut le voir ainsi, mais on peut aussi lire ses « aventures » comme un exemple de poésie absurde et farfelue, car ce qui m’a toujours frappé dans Gaston Lagaffe est moins son aspect corrosif que sa tendresse. Certes, tendresse du trait n’empêche point le message du propos, néanmoins le personnage est tellement décalé (on se demande bien pourquoi Dupuis ne l’a pas viré depuis la troisième page de son premier album) que Gaston Lagaffe, avant d’être un pamphlet, est « simplement » de l’humour, tendre, burlesque, poétique, bucolique, hédoniste. Et, en tant que tel, un pur bonheur, probablement, et malheureusement, inégalable. Érigeons-lui donc une statue. Et comptons sur Gaston Lagaffe lui-même pour qu’il la déboulonne... M’enfin !
Magie Intérieure !
Magie Intérieure est de ces bandes dessinées qui, quasiment dès le départ, vous posent une question de registre : à quoi avons-nous affaire ? Du fantastique ? Mais si l’on excepte les conversations oniriques (sises au milieu des rêves), de fantastique il est fort peu dans ce manga, et l’on pourrait, parfois, se demander si le fantastique n’est pas simplement rêvé par une jeune fille qui a perdu sa mère, et trouve ainsi le moyen d’affronter les difficultés de la vie d’orpheline (son père étant à l’étranger), et plus particulièrement les difficultés de l’entrée dans une nouvelle vie : celle de l’entrée au lycée, avec les difficultés d’intégration que cela suppose (car Haruko n’y connait personne), et les premiers émois (les garçons, bien entendu). Oui, le lecteur pourrait se le demander, si soudain ne surgissait une seconde sorcière, ainsi qu’un second messager des dieux. Mais, en réfléchissant bien, la première n’ayant pas plus de pouvoirs qu’Haruko, et le second tenant son statut de la mère d’Haruko, revient la question de savoir si cette histoire de sorcière n’est pas une invention de cette mère, sur son lit de mort, pour donner du courage à sa fille (ce que l’on est amené à penser dès les premières pages, au vu de cette magie qui n’a de magique que le nom, bien que la symbolique soit assez jolie). Néanmoins, le doute subsiste, car à la lecture il est difficile de trancher entre les deux interprétations. Mais si Magie Intérieure ne peut être classé ni dans le « fantastique », ni dans le « roman graphique » du fait de ce même fantastique trop présent, il se trouve une troisième catégorie qui résout parfaitement cette ambivalence : le « conte ». En effet, Magie Intérieure est un conte. Une histoire à bien des égards réaliste (Japon d’aujourd’hui), qui emprunte au fantastique pour aborder avec plus d’aisance des sujets graves et lourds : perte d’un proche, maladie grave, solitude et ijime (phénomène d’exclusion parfois très dur que fait subir un groupe à un individu exclu du groupe pour une raison ou une autre, et qui conduit parfois ce dernier au suicide ; le sujet, qui était autrefois tabou, est aujourd’hui abordé frontalement au Japon). Mais si le fantastique désamorce un peu la dureté de ces sujets, s’ils ne sont, non plus, portés à leurs extrêmes, si ce shojo s’orne de jolies étoiles et qu’il vire quelques fois au superficiel, et se préoccupe d’un sujet moins pesant bien qu’angoissant pour certains et certaines : la quête de l’âme sœur ; il n’empêche, donc, que malgré ses aspects parfois légers, mais très rarement frivoles, Magie Intérieure sourd d’un constant malaise, qui imprègne pratiquement toutes ses pages. Les petites étoiles ne compensent guère la dureté des manipulations, de l’ijime, et des trahisons. Au fond, dans ce cas comme dans d’autres, l’apparence est trompeuse, et derrière un shojo sucré, au dessin fin et élégant, à la narration fluide, se masque une histoire souvent oppressante. Un conte, en vérité, car chacun sait, depuis Le petit chaperon rouge et Cendrillon, que les contes sont cruels. Heureusement, il arrive aussi parfois que les contes finissent bien... Parfois.
Cyclopes
Très bonne nouvelle série des auteurs du Tueur. Au vu des avis précédents, je m'attendais à quelque chose de vraiment bon, et je n'ai pas été déçu. Car la réflexion engagée par Matz sur le pouvoir des medias, mais aussi une nouvelle donne en matière de sécurité internationale sont vraiment intéressantes, quoique pas forcément inédite, puisqu'un auteur comme Morvan en a aussi fait le thème d'une partie de son oeuvre. De plus, cela colle plus ou moins avec l'actualité, puisque la Turquie est au centre des débats à l'Union européenne. Ceci dit, et malgré une fulgurance de la popularité du héros que je trouve un brin exagérée, reconnaissons au scénariste une maîtrise narrative assez impressionnante. Avec toujours, au dessin, un Luc Jacamon inspiré, qui n'a pas vraiment changé son trait, mais explore de nouvelles voies, notamment en matière de colorisation. Cela donne des albums un peu étranges, dont le graphisme saute aux yeux, mais desquels on ne peut pas se détacher.
Convoi - Les Aventures de Karen Springwell
Etrange que cette série, précurseur de la vague cybernétique, n'ait pas eu de succès en son temps (1991-1995). Pourtant, tous les atouts du succès sont là : un scénario solide écrit par le touche-à-tout multimedia Smolderen, servi par le trait fin (du style de Moebius ou de celui d'Arno -Alef-Thau-) de Philippe Gauckler, également illustrateur de romans SF à ses heures perdues... Beaucoup de rebondissements, une conceptualisation du Jeu Convoi ™ assez incroyable pour l'époque... Une pure curiosité sous-estimée...