Musique d’ambiance : Ghost in the Shell – Nightstalker
Dans le making-of, Guillaume – Blaky – Singelin évoque des films d’animations tels qu’Akira ou Ghost in the Shell entre autres, parmi ses inspirations du décorum de P.T.S.D. et c’est effectivement ce qui m’a le plus frappé à ma lecture, je voulais donc l’évoquer en premier. L’action se situe dans une ville tentaculaire, étouffante de par le climat mais aussi parce que ça grouille d’êtres humains, la pauvreté, la misère sont partout, du plus bas de la ville parmi les rats et les miséreux, jusqu’au sommet des buildings tenus par les gangs.
J’ai grandement apprécié les inspirations asiatiques sur cet aspect là, qui sont aussi présents concernant le charadesign des personnages, quasi mangagesques avec leurs grands yeux expressifs. Les scènes de bouffe également ont un côté très « Miyazaki » dans l’approche, ça réchauffe les cœurs et pense les blessures aussi bien physiques que mentales. Les proportions des corps sont parfois un peu chelou mais cela fait partie du style du dessinateur, plutôt cool. Et puis ça contraste avec le code couleurs, très chaud souvent, exotique, c’est la ville dans la jungle on a l’impression. Et comme on nous raconte l’histoire d’une soldate sniper d’élite jamais totalement revenue de la guerre (qui s’apparente à celle du Vietnam), c’est un choix assez pertinent et intelligent.
L’histoire donc, c’est la fusion de First Blood, L’échelle de Jacob et Dredd, c’est G.I. Jane à la confrontation des gangs de rue. Mais que fait la police d’ailleurs?!
Enfin ça c’est pour les apparences, il y a tout un récit sur la rédemption, qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, un discours aussi sur l’entraide, le fait qu’on est plus fort ensemble que seul dans son coin. Certains trouveront ça un peu bateau peut être, moi j’ai trouvé que c’était une bonne piqûre de rappel, et puis que c’était bougrement bien mené. C’est tour à tour touchant et violent.
À ne pas rater.
J'ai acquis Le Dernier Jour de Howard Phillips Lovecraft en début d'année à Angoulême et j'ai pu discuter avec l'éditeur. Celui-ci faisait alors la pub pour l'un de ses prochains titres dessiné par le même illustrateur Jakub Rebelka et montrait la couverture qui envoyait du lourd.
Vous l'avez deviné ce titre c'est le Judas ici présent. Je dois dire que je trouve la couverture magnifique avec le personnage de Judas qui ressort derrière la couronne d'épines et ce personnage intrigant dans le fond qui a son importance dans l'histoire. L'objet en lui-même est également très soigné comme d'habitude chez 404. Pour 22€ vous avez un bel ouvrage solide avec du papier de qualité.
Côté histoire, Jeff Loveness explique dans la préface être parti d'un rêve que les éditeurs de Boom ! (USA) ont transformé en histoire. Judas a trahi le Christ mais et si toute sa destinée était justement cette trahison. Est-ce que sans Judas le sacrifice de Jésus pour sauver les péchés de l'humanité aurait pu se faire ? C'est un axe de réflexion particulièrement intéressant et nous accompagnons l'interrogation de Judas tout au long de l'album et de ses rebondissements. Pas besoin spécialement d'être chrétien ou spécialiste de la Bible pour suivre (je ne suis pas particulièrement l'un ou l'autre) mais je pense que l'album interrogera peut-être plus les gens ayant la foi (quelque soit celle-ci d'ailleurs).
J'aime beaucoup le travail de Jakub Rebelka et je trouve qu'une nouvelle fois il rend une copie impeccable dans ses choix. Pour les personnages ont a une vision traditionnelle des personnage du nouveau testament (blancs avec cheveux longs et barbes). J'ai adoré le graphisme de l'album ainsi que sa mise en couleur. En fin d'album nous avons la galerie de couverture De Jakub Rebelka et les couvertures alternatives de Jérémy Bastian (La Fille maudite du capitaine pirate) qui valent également le détour.
Vraiment cet album est vraiment beau et bien fait ce serait péché de passer à côté.
Ah ben moi aussi j'ai bien aimé cette BD pour enfant, et avant tout parce qu'elle traite de questions a priori "adultes" en les mettant à portée des plus jeunes, en l'occurrence la catastrophe de Fukushima, principalement. Mais les auteurs traitent également de la mort des parents. Pourtant, rien n'est glauque parce que tout est mis au niveau sans pour autant édulcorer.
L'histoire est chouette : j'ai aimé suivre ces deux mômes (un frère et sa grande sœur) qui s'enfoncent dans la zone interdite et hautement contaminée pour rejoindre la demeure de leurs grand-parents afin d'y déposer les cendres de leur grand-mère qui les élevaient après la disparition de leurs parents dans la catastrophe. Tout est très crédible, si l'on veut bien faire exception de la présence des yokaïs. Mais là encore, on pourra y voir une allusion à la naïveté de l'enfance, ou bien à la réalité tangible d'un monde invisible auquel les enfants sont encore sensibles (alors que les adultes à de rares exceptions, n'y croient plus)
Le dessin est très correct, dans un style très proche du manga, la mise en couleurs n'est pas tape à l'œil mais au contraire rend au mieux les impressions de lumière des différentes parties du jour et de la nuit, et les dialogues évitent habilement de gagatiser.
C'est une très bonne BD jeunesse, avec un scénario à la fois crédible et flirtant avec le fantastique juste ce qu'il faut.
« Qui sauve une Vie sauve l'humanité entière ». Cette phrase tirée du Talmud pourrait parfaitement résumer ce diptyque.
Sauver une vie à tout prix, quitte à tout risquer: sa propre vie - pour l'Institutrice d'abord, puis celle des autres enfants de sa classe. C'est un des aspects le plus intéressant de cette BD j'ai trouvé: jusqu'où aller pour sauver une vie? Peut on risquer la vie d'une dizaine d'enfants pour n'en sauver qu'un? Il y a une fuite en avant qui va crescendo dans ces 2 tomes et qui pose très bien cette question. Et la détermination et le courage de l'institutrice virent peu à peu à l'obstination et au déni, jusqu'au moment où elle finit par prendre conscience de façon assez brutale des risques insensés qu'elle fait prendre aux autres enfants.
Le dessin est très lisible et facilite grandement une lecture qu'on veut rapide et nerveuse, vu le suspense qui traverse le récit. Seul bémol pour moi au niveau scenario: la petite partie d'acrobranche un peu facile: tout un groupe de jeunes enfants arrive à grimper facilement à un arbre à plusieurs mètres du sol et se balade d'arbre en arbre avec milice et chiens aux fesses.
Pour le reste c'est un sans faute.
Enfin, c'est une belle lecture pour les enfants. Ma fille de 10 ans a adoré autant qu'elle a été happée par l'histoire.
Encore un Lou Lubie ?! Décidément, Melle est au taquet ! Après l'excellent Racines (primé au Festival Quai des Bulles de St Malo le week-end dernier), c'est cette fois-ci en temps que scénariste que Lou Lubie nous revient. Il s'agit en fait d'un très vieux projet qu'elle avait dans les cartons et qu'elle a fini par réaliser en confiant le dessin à Solen Guivre, que je découvre avec cet album.
Lou Lubie nous propose donc une version revisitée du mythe d'Eurydice et Orphée. On est loin de ses précédents albums qui oscillaient entre le roman graphique et la BD documentaire, mais on retrouve son sens du récit, de la narration et de la mise en page (c'est elle qui a réalisé le storyboard). Sa vision du mythe est pertinente, trouvant le juste équilibre entre le récit antique et une vision plus contemporaine de nos sociétés et de la place des individus.
Et c'est là que toute la magie du dessin de Solen Guivre intervient. Si je n'aime pas vraiment la couverture de cet album, ses planches sont de véritables petits bijoux ! Derrière ce coup de crayon et cette colorisation qui font très dessin animé, l'autrice nous embarque dans des réalisations visuelles assez époustouflantes ! C'est lumineux, fluide dans les lignes autant que dans la narration et on se laisse embarquer page après page. C'est plein de bonnes trouvailles ; la représentation du chant d'Orphée en étant le meilleur exemple !
J'ai également vraiment apprécié la représentation des personnages ou des créatures ; que ce soit Calliopé (la soeur d'Orphée) toute en chair, Galatée (la créature crée par Pygmalion) polymorphe, Charon ou encore Cerbère (Wow ! Alors lui, il claque !), cette galerie de personnages est assez bluffante !
Bref, une très bonne surprise que ce mythe revisité, agrémenté d'un cahier graphique très intéressant sur le mythe d'origine et sur les recherches préparatoires de l'album.
Aucune théorie du complot ne résiste au démontage d’un mécanisme si complexe.
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, revenant sur une histoire d’espionnage britannique ayant pris la forme d’un scandale politique au Royaume-Uni en 1963. Son édition originale date de 2022. Il a été réalisé par Jean-Luc Fromental pour le scénario et par Miles Hyman pour les dessins et les couleurs. Il compte quatre-vingt-dix-huit pages de bande dessinée. Il se termine avec un texte d’une page, rédigé par le scénariste en juillet 2022, intitulé L’écheveau de la reine. Dans cette postface, il évoque l’intérêt d’évoquer cette affaire à l’âge du conspirationnisme aigu, du fake et de la post-vérité, de la masse de documents de toute forme (un dédale d’où ne peut sortir aucune vérité incontestable), et du choix d’avoir écrit ce récit avec le point de vue de l’accusé.
Old Bailey à Londres, le 30 juillet 1963. Stephen Ward sort de la Cour centrale de la Couronne britannique, où il vient d’être entendu en tant qu’accusé. Les policiers lui forment une haie qui lui permet de passer au milieu des photographes et des journalistes qui le bombardent de questions. Christine et Mandy sont-elles des prostituées ? Où sont ses amis célèbres ? Qui a payé sa caution ? Est-il un agent de l’Est ? Quel verdict espère-t-il ? En son for intérieur, il se dit que C’est le moment de vérité. Après ces mois de harcèlement, de déballages de caniveau, de mensonges plantés comme des banderilles, le monstre qu’ils ont créé attend l’estocade. Plus de sanctuaire. L’arène réclame la mise à mort. Où sont-ils les puissants, les profiteurs, les petites filles perdues qui lui mangeaient dans la main ? Plus d’ami, plus d’allié. On ne veut plus le connaître. Si on se souvient de lui, c’est seulement dans la lumière poisseuse du scandale. Maintenant la foule l’insulte : Ordure ! Pervers ! Traître ! Maquereau ! Sale rouge !
Stephen Ward monte dans la voiture qui l’attend et il regagne son dernier refuge, à Chelsea. Derrière les stores vénitiens, dans son salon, il s’assoit devant son enregistreur à bande Grundig TK-14 pour dire tout ce qu’il sait. Sa vérité est la vérité, mais il semble qu’il soit désormais le seul au monde à pouvoir l’entendre. Ce qu’il fera ensuite, dieu seul le sait. C’est son procès qu’il recommence. Il sera son juge le plus sévère. Et s’il s’avère qu’au bout du compte il est coupable… Il jette un coup d’œil à une affiche de tauromachie décorant son mur, où le torero a donné le coup de grâce à l’animal dans le dos duquel sont fichées plusieurs banderilles. Où commencent les histoires ? Il faudrait reprendre du début, mais le temps lui est compté, demain la justice aura parlé, ce sera fini. Il choisit comme point de départ de ce jeu de dupes une fin de matinée de janvier 1961, alors qu’il se trouve au volant de sa voiture, dans les rues de Londres et que la radio diffuse le hit de Julie London, puis de Cliff Richard. Il pleut sur Londres, ce crachin qui a fait la réputation de sa ville. Devant le Garrick Club, le voiturier prend sa Jaguar en charge. Il y retrouve Colin Coote, rédacteur en chef du très conservateur Telegraph, qui lui présente le capitaine Evgueni Ivanov, attaché naval de l’ambassade d’U.R.S.S.
En fonction de sa familiarité avec l’affaire relatée, le lecteur peut découvrir cette bande dessinée sans en avoir aucune connaissance, ou en avoir déjà entendu parler. Dans le premier cas, il fait connaissance avec Stephen Ward, ostéopathe de personnalités politiques et de riches citoyens, accusé par la vindicte populaire d’être une ordure, un pervers, un traître, un maquereau et un sale rouge. Il comprend que cette affaire est racontée avec le point de vue de cet homme, en toute subjectivité. Le personnage est présent dans la plupart des scènes à l’exception d’une vingtaine de pages consacrées à d’autres personnages, en particulier à Christine Keeler, et lorsqu’il se retrouve en prison. Dans la postface, le scénariste explique que : Le choix fait ici est de laisser la parole à celui qui tint le premier rôle dans un scandale entré dans les annales sous le nom d’un autre, le seul paradoxalement à ne pas avoir eu le temps de coucher par écrit sa version des faits. Il ajoute que : Stephen Ward fut la victime expiatoire, le bouc émissaire dont la fin opportune permit de cautériser dans l’urgence un certain nombre de plaies inquiétantes pour l’élite du Royaume. Le lecteur a bien conscience dès le début de lire la version des faits de Stephen Ward, avec ce qu’elle comporte de subjectif, et étant relatée à la première personne celui-ci se voit comme un être humain normal, pas comme un ignoble coupable.
Après la scène d’introduction, le récit reprend un déroulé chronologique, et le lecteur bénéficie de la présentation de Stephen Ward que fait Colin Coote au bénéfice de Evgueni Ivanov : l’ostéopathe d’hommes politiques, portraitiste d’une grande finesse, bridgeur décent, et peut-être entremetteur. Dans le même temps, il ouvre grand les yeux pour regarder autour de lui, pouvant se projeter dans chaque lieu, et ressentir l’ambiance de l’époque. L’artiste réalise un impressionnant travail descriptif. Il se nourrit de photographies d’archives pour donner à voir chaque environnement, les tenues vestimentaires de rigueur ou à la mode. Au fil des séquences, le lecteur se retrouve ainsi aux côtés des personnages dans les rues de Londres avec des voitures d’époque (dont la Jaguar de Ward), à attendre sur un banc dans Hyde Park, dans le village de Wraysbury dans le Berkshire, à circuler le long de la Tamise, dans les jardins d’un cottage luxueux proche du château de Cliveden à Taplow dans le comté de Buckinghamshire, et au bord de sa piscine, dans le quartier pas très bien fréquenté de Soho, à l’entrée du Marquee Club. Il les accompagne également dans les intérieurs : le douillet appartement de Ward au 17 Wimpole Mews, la salle à manger du luxueux Garrick Club, le Murray’s Cabaret Club et son spectacle de danseuses, différents pubs chics, un autre club de Soho avec des chanteurs noirs, un véritable manoir, une chambre miteuse de Brentford, une salle de cinéma, la salle de rédaction du Sunday Pictorial, une cellule de prison, la chambre des Communes, une salle d’audience au tribunal, une chambre d’hôpital. Pour chaque endroit, le dessinateur prend le temps de représenter les détails des murs, des décorations, des meubles, des aménagements, avec un investissement remarquable.
L’artiste fait preuve d’une aussi grande implication pour mettre en scène les différents individus : entre rendu parfois quasi photographique et simplification, sur la base d’une direction d’acteurs naturaliste. Le lecteur prend son temps pour savourer les robes de ces dames et les costumes de ces messieurs, y compris les uniformes des bobbies et la robe du juge. Il ressent pleinement la puissance de séduction de Christine Keeler, de son amie Mandy et d’une ou deux autres jeunes femmes. Il est sous le charme de la distinction des hommes, un peu distants, très chics sans ostentation. Il voit la différence de manière de se tenir entre les citoyens de la haute, et les gens du peuple, en particulier des clubs cosmopolites fréquentés par Christine. Sous le vernis de la bonne éducation, il peut ressentir l’intensité du désir des hommes, il succombe au charme de ces demoiselles qui savent très bien à quel jeu elles jouent. Sans en avoir conscience, le lecteur absorbe de nombreuses informations par les dessins : ce que font les personnages bien sûr, mais aussi le milieu dans lequel ils évoluent, les personnes qu’ils croisent et leur milieu social, leurs logements et leurs voitures qui sont révélateurs sur leurs revenus ou leurs richesses.
S’il ne connaît rien à l’affaire Profumo, le lecteur la découvre par les yeux de Stephen Ward, ne mesurant pas toujours le caractère polémique de telle rencontre, des enjeux politiques ou sociaux. Il note quelques repères historiques comme la mention du débarquement de la baie des Cochons en 1961, la crise des missiles de Cuba du 14 au 28 octobre 1962, ou des repères culturels comme le film Vie privée (1962) réalisé par Louis Malle, avec Brigitte Bardot. La scène du procès lui permet de comprendre la perception que le public a pu avoir de cette affaire, du mode de vie de Stephen Ward et de Christine Keeler. S’il connaît déjà l’affaire Profumo, il en mesure mieux les enjeux et les paramètres, et il peut comparer ce qu’il lit aux souvenirs qu’il en a. Dans sa postface, le scénariste indique que : Les fins connaisseurs du dossier ne manqueront pas de relever les libertés que s’accorde ce livre avec certains faits ou chronologie d’une telle intrication que des milliers d’articles et des douzaines d’ouvrages plus ou moins fiables ne sont jamais parvenus à les mettre au clair. Jean-Luc Fromental explicite également l’intention de son projet : montrer à quel point cette affaire résulte d’un engrenage hallucinant de hasards, d’accidents, de maladresses, de rancœurs personnelles, de conflits d’intérêt, de raisons d’État, de voyeurisme et d’autres facteurs trop ténus et imprévisibles pour les identifier tous. Il permet d’illustrer que : Aucune théorie du complot ne résiste au démontage d’un mécanisme si complexe. Le lecteur prend fait et cause pour Stephen Ward puisque c’est sa version qu’il découvre, et que les mœurs ont évolué depuis rendant son comportement normal et acceptable. Il voit une classe sociale privilégiée utiliser les moyens à sa disposition pour parvenir à une résolution qui ne les accuse pas. Dans le même temps, les Swinging Sixties prennent leur essor, remettant quand même en cause leur privilège.
S’il ne dispose pas de connaissance préalable sur l’affaire Profumo, le lecteur s’interroge sur le caractère un peu racoleur de la couverture, sur le titre cryptique. Il découvre alors une narration visuelle très fournie, avec une mise en couleurs profonde et confortable, pour un récit en apparence feutré, et sans pitié dans le fond. S’il connaît déjà l’affaire, il se remémore les faits, et les considère sous l’angle du principal condamné, avec une perspective sociale qui s’en trouve accentuée. Il prend la mesure de l’imbroglio défiant l’entendement, fruit de circonstances arbitraires, mettant en lumière l’impossibilité pour des êtres humains à concevoir ou mettre en œuvre un enchevêtrement aussi complexe pour aboutir à cette configuration. Magistral.
Un avis pour donner un habit à ces corps dépecés, désarticulés, demembrés, souillés, profanés, dénudés, niés.
Le génocide des Tutsis au Rwanda par les Hutus, du 7 avril au 17 juillet 1994, a fait un million de morts (hommes, femmes et enfants). Un million de morts en 102 jours. En seulement 102 jours, soit 9803 morts par jour. Un nombre affolant qui n'est qu'une moyenne, il faut savoir que 80% des massacres étaient accompli à la mi-mai. La machine d'extermination mise en place pour le pouvoir rwandais a été d'une efficacité mortifère. Et pendant ces crimes, la communauté internationale était dans l'inaction et la France a fermé les yeux, en raison des liens historiques entre Paris et le régime du président rwandais, sous la présidence du controversé François Mitterrand. Une France qui accueillera entre 200 à 400 de ces génocidaires en toute impunité. Et c'est justement pour cela qu'Alain et Dafroza Gauthier se battent, ils veulent faire comparaître devant les tribunaux les individus ayant joué un rôle actif dans le génocide. En 2001, ils vont créer le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR). Ils déposent des plaintes contre ces individus résidants en France, mais c'est un combat de chaque instant. ils se rendent plusieurs fois par an au Rwanda pour trouver des témoignages, ils se heurtent à la lenteur de la justice, le premier procès n'aura lieu qu'en 2014.
Je ne peux être qu'admiratif devant le courage de ce couple et de sa pugnacité à vouloir rendre justice à ce million de voix éteintes.
Un album instructif qui se lit facilement malgré la dureté du sujet. Mais surtout, un album qui questionne... sur nos politiques, sur le peu de médiatisation, sur la haine de l'autre et de la monstruosité dont l'homme est capable. Heureusement, Alain et Dafroza Gauthier sont la petite flamme qui donne espoir en un monde meilleur.
Un dessin qui ne fait pas partie de ceux qui me met des étoiles dans les yeux. Mais un dessin efficace, qui va droit à l'essentiel avec son trait charbonneux très expressif et une couleur ocre omniprésente, une couleur de désolation. Un dessin qui nous montre l'horreur sans jamais tomber dans la surenchère du sordide.
Une chronologie qui résume très bien les racines de cette haine Hutus/Tutsis en fin d'album.
Une lecture plus que recommandable.
Tome 1:Nemesis
Je lis ici ou là beaucoup d'avis réservés sur ce nouvel album de Mathieu Lauffray, car je pense que certains l'ont lu à l'aune de Long John Silver, série ô combien réussie de ces dernières années.
Pour ma part, j'ai passé un très agréable moment à la lecture de cet opus.
Avec un incipit faisant furieusement songer à la première page de "La magicienne trahie" (Thorgal), Lauffray frappe fort.
Les premières pages d'introduction, jusqu'à l'explosion du navire, font office d'un générique bien amené.
Mais ce qui fait l'intérêt de ce premier opus réside dans l'audace de l'auteur. Avec une mise en page osée et très cinématographique à plusieurs reprises, Mathieu Lauffray réussit à capter le lecteur que je suis. Mais je ne suis pas très objectif dans la mesure où je suis très fan du dessin de Lauffray (je possède d'ailleurs différentes éditions de Prophet - noir et blanc, grand format, albums et intégrale - , par exemple, sans compter les tirages de luxe grand format de Long John Silver).
Je ne me suis pas ennuyé une seconde en lisant ce premier volume, même si j'ai été frustré qu'il s'achève si vite.
Le récit, il est vrai, obéit aux codes des aventures de pirates et ne révolutionne pas le genre, mais laisse augurer de beaux affrontements entre Raven et Lady Darksee.
Si comme moi, vous aimez les histoires de pirates et de chasse au trésor, cette nouvelle série de Mathieu Lauffray est pour vous.
tome 2: les contrées infernales
Autant j'avais trouvé que le tome 1 était bien rythmé, avec un début accrocheur, autant j'ai eu du mal entamer le tome 2 où l'intrigue (la recherche du trésor) met du temps à se mettre en place. (d'où une baisse de ma note initiale )
Il faut arriver au milieu de l'album pour que l'action et l'aventure l'emportent sur des dialogues parfois inutiles.
L'auteur prend le parti de nous offrir une histoire de pirates se déroulant sur la terre ferme comme dans le film "le corsaire rouge" ou plus récemment dans la bd Barracuda(Dufaux/Jeremy), mais cela ne me dérange pas..
Le dessin de Lauffray nous fait oublier les petites faiblesses du scénario ou certaines facilités (comment le jeune Arthur a-t-il réussi à suivre le groupe de pirate dans la jungle hostile?), mais ne boudons pas notre plaisir avec cette série qui a le mérite de nous divertir.
Furies
Ce troisième tome vient clore cette histoire de pirates en beauté. Autant j'avais des réserves sur le précédent volume, autant ce dernier opus m'a passionné. Pourtant l'incipit de cet album peut à priori, désarçonner le lecteur avec des révélations sur l'enfance de Raven.
Avec une pagination plus conséquente que précédemment, Lauffray prend le temps de nous livrer une conclusion digne de ce nom.
Si le personnage de Darksee semble prendre moins de place ici, en revanche Anne fait preuve de tempérament indéniable, jusqu'à éclipser lady Darksee.
Outre, une course au trésor bien amenée, la force de cet album en particulier, et la cette série en général, réside dans le dessin enlevé, et reconnaissable entre tous, de Mathieu Lauffray .
Il nous offre ici de magnifiques planches : celles sous la pluie, par exemple, ou encore avec l'incendie du fortin.
Contrairement à certains, je pense que la fin proposée suffit en elle-même, et qu'il serait inutile de prolonger dans un nouveau cycle.
Même si elle n'égale pas à mes yeux Long John Silver, cette série est de très bonne qualité, et j'aurai grand plaisir à la relire.
L'ennemi du genre humain
Je suis assez mitigé sur cette bande dessinée. Annoncée comme l'évènement de cette rentrée (au même titre que l'avait été Les Indes fourbesdu même Ayroles ), je me suis donc précipité sur cet album, dans sa version en noir et blanc.
Si la première partie rend parfaitement hommage (même un peu trop) aux "liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos, à tel point que j'avais deviné la chute dès les toutes premières pages, la seconde partie m'a quelque peu désarçonnée. Je croyais suivre les aventures d'un libertin au sein de la cour de Louis XV, et nous sommes rapidement plongé dans des intrigues liées aux tribus du Nouveau monde, où notre divin chevalier Saint Sauveur se retrouvera en mauvaise posture.
Mais ce qui m'a dérangé le plus, c'est la forme narrative épistolaire choisie. J'ai du parfois revenir en arrière pour savoir qui parlait ou à qui s'adressait la lettre, tant j'ai trouvé peu d'adéquation entre les épistoliers et les pages censées illustrer la lettre.
Par contre, Richard Guérineau, avec ici un univers très éloigné des" stryges", tire parfaitement son épingle du jeu: personnages, costumes et décors, tout est parfait.
L'intrigue étant prévue en 3 volumes, j'espère que le tome 2 me réconciliera avec cette série dont j'attendais beaucoup.
Dentelles et Wampum
Le premier volume m'avait déçu. Mal construit, un style épistolaire déconcertant à tel point que j'ai hésité avant de me lancer dans l'achat du second tome.
Et bien, je dois dire que j'ai été très agréablement surpris par la suite donnée par Alain Ayroles à ce récit. Après une pâle copie des "liaisons dangereuses", le scénariste nous entraine là dans une aventure riche en rebondissements et péripéties , se déroulant principalement dans la Belle Province.
Notre Chevalier de Saint Sauveur, libertin du premier volume, se mue ici en un personnage pervers, manipulateur et retors à souhait. On retrouve là la patte d'Ayroles des "Indes fourbes".
Le scénario devient habile, passionnant et j'avoue de pas avoir lâché ce deuxième volume avant la fin, là où j'achevai péniblement le tome précédent.
Après avoir découvert le premier volume dans son édition n&b, je me suis contenté de la version couleur (la seule existante) et je suis d'avis que le dessin de Richard Guérineau est bien plus lisible comme ceci.
Bref, une très belle surprise pour cet opus, et là, oui je serai sans hésitation pour le tome 3, conclusion de ce récit.
D'où une hausse de ma note initiale
Enfin ! Une série dédiée à l’univers de Star Wars parvient à me convaincre. Il m’aura donc fallu attendre cette adaptation certes très conventionnelle mais soignée du roman que Claudia Gray avait consacré à la jeunesse de la princesse Leia pour qu’enfin j’accroche inconditionnellement à une série bd.
D’un point de vue technique, il s’agit de mangas, avec tous les codes qui y sont associés : un dessin très lisible en noir et blanc, un sens de lecture de droite à gauche et une petite tendance à faire sur-jouer les personnages. Haruichi nous livre vraiment du bon travail dans ce registre. La narration est fluide, le design des personnages est conforme aux attentes, les décors, même s’ils sont parfois trop peu présents à mon goût, ne sont pas oubliés, la mise en page est dynamique. C’est vraiment agréable à lire et accessible à un très large public.
Au niveau de l’histoire, Claudia Gray nous livre une vision de la jeune Leia très conforme à celle à laquelle on s’attend. La princesse nous apparait extrêmement déterminée et dotée d’un fort sens de la justice. Les expériences qu’elle va vivre vont la faire mûrir sans pour autant qu’elle perde son sens des valeurs. L’histoire en elle-même nous permet de voyager dans cette galaxie très, très, très lointaine alors que l’Empire la domine déjà par la force. La Rébellion n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements mais, progressivement, la princesse Leia va s’en rapprocher tout en continuant à œuvrer par des voies diplomatiques pour le bien des petites gens. Il y a de chouettes petites trouvailles dans le scénario. On peut ainsi s’amuser d’une astuce trouvée par la princesse Leia pour sauver une partie d’une population menacée par l’Empire puis réaliser avec elle les conséquences néfastes de sa manœuvre. Ce genre de remise en question est assez rare dans ce type de série, c’est pourtant un des gros atouts de celle-ci. Par ailleurs, l’univers est bien exploité et agréablement développé. A nouveau, et j’insiste, il n’y a rien de très original… mais c’est bien fait, dynamique et prenant.
Donc voilà, ma note oscille entre un pas mal enthousiaste et un franchement bien peut-être excessif mais, comme c’est la première série qui me convainc réellement et pour la différencier des autres, je lui accorde 4/5.
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P.T.S.D.
Musique d’ambiance : Ghost in the Shell – Nightstalker Dans le making-of, Guillaume – Blaky – Singelin évoque des films d’animations tels qu’Akira ou Ghost in the Shell entre autres, parmi ses inspirations du décorum de P.T.S.D. et c’est effectivement ce qui m’a le plus frappé à ma lecture, je voulais donc l’évoquer en premier. L’action se situe dans une ville tentaculaire, étouffante de par le climat mais aussi parce que ça grouille d’êtres humains, la pauvreté, la misère sont partout, du plus bas de la ville parmi les rats et les miséreux, jusqu’au sommet des buildings tenus par les gangs. J’ai grandement apprécié les inspirations asiatiques sur cet aspect là, qui sont aussi présents concernant le charadesign des personnages, quasi mangagesques avec leurs grands yeux expressifs. Les scènes de bouffe également ont un côté très « Miyazaki » dans l’approche, ça réchauffe les cœurs et pense les blessures aussi bien physiques que mentales. Les proportions des corps sont parfois un peu chelou mais cela fait partie du style du dessinateur, plutôt cool. Et puis ça contraste avec le code couleurs, très chaud souvent, exotique, c’est la ville dans la jungle on a l’impression. Et comme on nous raconte l’histoire d’une soldate sniper d’élite jamais totalement revenue de la guerre (qui s’apparente à celle du Vietnam), c’est un choix assez pertinent et intelligent. L’histoire donc, c’est la fusion de First Blood, L’échelle de Jacob et Dredd, c’est G.I. Jane à la confrontation des gangs de rue. Mais que fait la police d’ailleurs?! Enfin ça c’est pour les apparences, il y a tout un récit sur la rédemption, qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, un discours aussi sur l’entraide, le fait qu’on est plus fort ensemble que seul dans son coin. Certains trouveront ça un peu bateau peut être, moi j’ai trouvé que c’était une bonne piqûre de rappel, et puis que c’était bougrement bien mené. C’est tour à tour touchant et violent. À ne pas rater.
Judas
J'ai acquis Le Dernier Jour de Howard Phillips Lovecraft en début d'année à Angoulême et j'ai pu discuter avec l'éditeur. Celui-ci faisait alors la pub pour l'un de ses prochains titres dessiné par le même illustrateur Jakub Rebelka et montrait la couverture qui envoyait du lourd. Vous l'avez deviné ce titre c'est le Judas ici présent. Je dois dire que je trouve la couverture magnifique avec le personnage de Judas qui ressort derrière la couronne d'épines et ce personnage intrigant dans le fond qui a son importance dans l'histoire. L'objet en lui-même est également très soigné comme d'habitude chez 404. Pour 22€ vous avez un bel ouvrage solide avec du papier de qualité. Côté histoire, Jeff Loveness explique dans la préface être parti d'un rêve que les éditeurs de Boom ! (USA) ont transformé en histoire. Judas a trahi le Christ mais et si toute sa destinée était justement cette trahison. Est-ce que sans Judas le sacrifice de Jésus pour sauver les péchés de l'humanité aurait pu se faire ? C'est un axe de réflexion particulièrement intéressant et nous accompagnons l'interrogation de Judas tout au long de l'album et de ses rebondissements. Pas besoin spécialement d'être chrétien ou spécialiste de la Bible pour suivre (je ne suis pas particulièrement l'un ou l'autre) mais je pense que l'album interrogera peut-être plus les gens ayant la foi (quelque soit celle-ci d'ailleurs). J'aime beaucoup le travail de Jakub Rebelka et je trouve qu'une nouvelle fois il rend une copie impeccable dans ses choix. Pour les personnages ont a une vision traditionnelle des personnage du nouveau testament (blancs avec cheveux longs et barbes). J'ai adoré le graphisme de l'album ainsi que sa mise en couleur. En fin d'album nous avons la galerie de couverture De Jakub Rebelka et les couvertures alternatives de Jérémy Bastian (La Fille maudite du capitaine pirate) qui valent également le détour. Vraiment cet album est vraiment beau et bien fait ce serait péché de passer à côté.
Retour à Tomioka
Ah ben moi aussi j'ai bien aimé cette BD pour enfant, et avant tout parce qu'elle traite de questions a priori "adultes" en les mettant à portée des plus jeunes, en l'occurrence la catastrophe de Fukushima, principalement. Mais les auteurs traitent également de la mort des parents. Pourtant, rien n'est glauque parce que tout est mis au niveau sans pour autant édulcorer. L'histoire est chouette : j'ai aimé suivre ces deux mômes (un frère et sa grande sœur) qui s'enfoncent dans la zone interdite et hautement contaminée pour rejoindre la demeure de leurs grand-parents afin d'y déposer les cendres de leur grand-mère qui les élevaient après la disparition de leurs parents dans la catastrophe. Tout est très crédible, si l'on veut bien faire exception de la présence des yokaïs. Mais là encore, on pourra y voir une allusion à la naïveté de l'enfance, ou bien à la réalité tangible d'un monde invisible auquel les enfants sont encore sensibles (alors que les adultes à de rares exceptions, n'y croient plus) Le dessin est très correct, dans un style très proche du manga, la mise en couleurs n'est pas tape à l'œil mais au contraire rend au mieux les impressions de lumière des différentes parties du jour et de la nuit, et les dialogues évitent habilement de gagatiser. C'est une très bonne BD jeunesse, avec un scénario à la fois crédible et flirtant avec le fantastique juste ce qu'il faut.
L'Institutrice
« Qui sauve une Vie sauve l'humanité entière ». Cette phrase tirée du Talmud pourrait parfaitement résumer ce diptyque. Sauver une vie à tout prix, quitte à tout risquer: sa propre vie - pour l'Institutrice d'abord, puis celle des autres enfants de sa classe. C'est un des aspects le plus intéressant de cette BD j'ai trouvé: jusqu'où aller pour sauver une vie? Peut on risquer la vie d'une dizaine d'enfants pour n'en sauver qu'un? Il y a une fuite en avant qui va crescendo dans ces 2 tomes et qui pose très bien cette question. Et la détermination et le courage de l'institutrice virent peu à peu à l'obstination et au déni, jusqu'au moment où elle finit par prendre conscience de façon assez brutale des risques insensés qu'elle fait prendre aux autres enfants. Le dessin est très lisible et facilite grandement une lecture qu'on veut rapide et nerveuse, vu le suspense qui traverse le récit. Seul bémol pour moi au niveau scenario: la petite partie d'acrobranche un peu facile: tout un groupe de jeunes enfants arrive à grimper facilement à un arbre à plusieurs mètres du sol et se balade d'arbre en arbre avec milice et chiens aux fesses. Pour le reste c'est un sans faute. Enfin, c'est une belle lecture pour les enfants. Ma fille de 10 ans a adoré autant qu'elle a été happée par l'histoire.
Eurydice
Encore un Lou Lubie ?! Décidément, Melle est au taquet ! Après l'excellent Racines (primé au Festival Quai des Bulles de St Malo le week-end dernier), c'est cette fois-ci en temps que scénariste que Lou Lubie nous revient. Il s'agit en fait d'un très vieux projet qu'elle avait dans les cartons et qu'elle a fini par réaliser en confiant le dessin à Solen Guivre, que je découvre avec cet album. Lou Lubie nous propose donc une version revisitée du mythe d'Eurydice et Orphée. On est loin de ses précédents albums qui oscillaient entre le roman graphique et la BD documentaire, mais on retrouve son sens du récit, de la narration et de la mise en page (c'est elle qui a réalisé le storyboard). Sa vision du mythe est pertinente, trouvant le juste équilibre entre le récit antique et une vision plus contemporaine de nos sociétés et de la place des individus. Et c'est là que toute la magie du dessin de Solen Guivre intervient. Si je n'aime pas vraiment la couverture de cet album, ses planches sont de véritables petits bijoux ! Derrière ce coup de crayon et cette colorisation qui font très dessin animé, l'autrice nous embarque dans des réalisations visuelles assez époustouflantes ! C'est lumineux, fluide dans les lignes autant que dans la narration et on se laisse embarquer page après page. C'est plein de bonnes trouvailles ; la représentation du chant d'Orphée en étant le meilleur exemple ! J'ai également vraiment apprécié la représentation des personnages ou des créatures ; que ce soit Calliopé (la soeur d'Orphée) toute en chair, Galatée (la créature crée par Pygmalion) polymorphe, Charon ou encore Cerbère (Wow ! Alors lui, il claque !), cette galerie de personnages est assez bluffante ! Bref, une très bonne surprise que ce mythe revisité, agrémenté d'un cahier graphique très intéressant sur le mythe d'origine et sur les recherches préparatoires de l'album.
Une romance anglaise
Aucune théorie du complot ne résiste au démontage d’un mécanisme si complexe. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, revenant sur une histoire d’espionnage britannique ayant pris la forme d’un scandale politique au Royaume-Uni en 1963. Son édition originale date de 2022. Il a été réalisé par Jean-Luc Fromental pour le scénario et par Miles Hyman pour les dessins et les couleurs. Il compte quatre-vingt-dix-huit pages de bande dessinée. Il se termine avec un texte d’une page, rédigé par le scénariste en juillet 2022, intitulé L’écheveau de la reine. Dans cette postface, il évoque l’intérêt d’évoquer cette affaire à l’âge du conspirationnisme aigu, du fake et de la post-vérité, de la masse de documents de toute forme (un dédale d’où ne peut sortir aucune vérité incontestable), et du choix d’avoir écrit ce récit avec le point de vue de l’accusé. Old Bailey à Londres, le 30 juillet 1963. Stephen Ward sort de la Cour centrale de la Couronne britannique, où il vient d’être entendu en tant qu’accusé. Les policiers lui forment une haie qui lui permet de passer au milieu des photographes et des journalistes qui le bombardent de questions. Christine et Mandy sont-elles des prostituées ? Où sont ses amis célèbres ? Qui a payé sa caution ? Est-il un agent de l’Est ? Quel verdict espère-t-il ? En son for intérieur, il se dit que C’est le moment de vérité. Après ces mois de harcèlement, de déballages de caniveau, de mensonges plantés comme des banderilles, le monstre qu’ils ont créé attend l’estocade. Plus de sanctuaire. L’arène réclame la mise à mort. Où sont-ils les puissants, les profiteurs, les petites filles perdues qui lui mangeaient dans la main ? Plus d’ami, plus d’allié. On ne veut plus le connaître. Si on se souvient de lui, c’est seulement dans la lumière poisseuse du scandale. Maintenant la foule l’insulte : Ordure ! Pervers ! Traître ! Maquereau ! Sale rouge ! Stephen Ward monte dans la voiture qui l’attend et il regagne son dernier refuge, à Chelsea. Derrière les stores vénitiens, dans son salon, il s’assoit devant son enregistreur à bande Grundig TK-14 pour dire tout ce qu’il sait. Sa vérité est la vérité, mais il semble qu’il soit désormais le seul au monde à pouvoir l’entendre. Ce qu’il fera ensuite, dieu seul le sait. C’est son procès qu’il recommence. Il sera son juge le plus sévère. Et s’il s’avère qu’au bout du compte il est coupable… Il jette un coup d’œil à une affiche de tauromachie décorant son mur, où le torero a donné le coup de grâce à l’animal dans le dos duquel sont fichées plusieurs banderilles. Où commencent les histoires ? Il faudrait reprendre du début, mais le temps lui est compté, demain la justice aura parlé, ce sera fini. Il choisit comme point de départ de ce jeu de dupes une fin de matinée de janvier 1961, alors qu’il se trouve au volant de sa voiture, dans les rues de Londres et que la radio diffuse le hit de Julie London, puis de Cliff Richard. Il pleut sur Londres, ce crachin qui a fait la réputation de sa ville. Devant le Garrick Club, le voiturier prend sa Jaguar en charge. Il y retrouve Colin Coote, rédacteur en chef du très conservateur Telegraph, qui lui présente le capitaine Evgueni Ivanov, attaché naval de l’ambassade d’U.R.S.S. En fonction de sa familiarité avec l’affaire relatée, le lecteur peut découvrir cette bande dessinée sans en avoir aucune connaissance, ou en avoir déjà entendu parler. Dans le premier cas, il fait connaissance avec Stephen Ward, ostéopathe de personnalités politiques et de riches citoyens, accusé par la vindicte populaire d’être une ordure, un pervers, un traître, un maquereau et un sale rouge. Il comprend que cette affaire est racontée avec le point de vue de cet homme, en toute subjectivité. Le personnage est présent dans la plupart des scènes à l’exception d’une vingtaine de pages consacrées à d’autres personnages, en particulier à Christine Keeler, et lorsqu’il se retrouve en prison. Dans la postface, le scénariste explique que : Le choix fait ici est de laisser la parole à celui qui tint le premier rôle dans un scandale entré dans les annales sous le nom d’un autre, le seul paradoxalement à ne pas avoir eu le temps de coucher par écrit sa version des faits. Il ajoute que : Stephen Ward fut la victime expiatoire, le bouc émissaire dont la fin opportune permit de cautériser dans l’urgence un certain nombre de plaies inquiétantes pour l’élite du Royaume. Le lecteur a bien conscience dès le début de lire la version des faits de Stephen Ward, avec ce qu’elle comporte de subjectif, et étant relatée à la première personne celui-ci se voit comme un être humain normal, pas comme un ignoble coupable. Après la scène d’introduction, le récit reprend un déroulé chronologique, et le lecteur bénéficie de la présentation de Stephen Ward que fait Colin Coote au bénéfice de Evgueni Ivanov : l’ostéopathe d’hommes politiques, portraitiste d’une grande finesse, bridgeur décent, et peut-être entremetteur. Dans le même temps, il ouvre grand les yeux pour regarder autour de lui, pouvant se projeter dans chaque lieu, et ressentir l’ambiance de l’époque. L’artiste réalise un impressionnant travail descriptif. Il se nourrit de photographies d’archives pour donner à voir chaque environnement, les tenues vestimentaires de rigueur ou à la mode. Au fil des séquences, le lecteur se retrouve ainsi aux côtés des personnages dans les rues de Londres avec des voitures d’époque (dont la Jaguar de Ward), à attendre sur un banc dans Hyde Park, dans le village de Wraysbury dans le Berkshire, à circuler le long de la Tamise, dans les jardins d’un cottage luxueux proche du château de Cliveden à Taplow dans le comté de Buckinghamshire, et au bord de sa piscine, dans le quartier pas très bien fréquenté de Soho, à l’entrée du Marquee Club. Il les accompagne également dans les intérieurs : le douillet appartement de Ward au 17 Wimpole Mews, la salle à manger du luxueux Garrick Club, le Murray’s Cabaret Club et son spectacle de danseuses, différents pubs chics, un autre club de Soho avec des chanteurs noirs, un véritable manoir, une chambre miteuse de Brentford, une salle de cinéma, la salle de rédaction du Sunday Pictorial, une cellule de prison, la chambre des Communes, une salle d’audience au tribunal, une chambre d’hôpital. Pour chaque endroit, le dessinateur prend le temps de représenter les détails des murs, des décorations, des meubles, des aménagements, avec un investissement remarquable. L’artiste fait preuve d’une aussi grande implication pour mettre en scène les différents individus : entre rendu parfois quasi photographique et simplification, sur la base d’une direction d’acteurs naturaliste. Le lecteur prend son temps pour savourer les robes de ces dames et les costumes de ces messieurs, y compris les uniformes des bobbies et la robe du juge. Il ressent pleinement la puissance de séduction de Christine Keeler, de son amie Mandy et d’une ou deux autres jeunes femmes. Il est sous le charme de la distinction des hommes, un peu distants, très chics sans ostentation. Il voit la différence de manière de se tenir entre les citoyens de la haute, et les gens du peuple, en particulier des clubs cosmopolites fréquentés par Christine. Sous le vernis de la bonne éducation, il peut ressentir l’intensité du désir des hommes, il succombe au charme de ces demoiselles qui savent très bien à quel jeu elles jouent. Sans en avoir conscience, le lecteur absorbe de nombreuses informations par les dessins : ce que font les personnages bien sûr, mais aussi le milieu dans lequel ils évoluent, les personnes qu’ils croisent et leur milieu social, leurs logements et leurs voitures qui sont révélateurs sur leurs revenus ou leurs richesses. S’il ne connaît rien à l’affaire Profumo, le lecteur la découvre par les yeux de Stephen Ward, ne mesurant pas toujours le caractère polémique de telle rencontre, des enjeux politiques ou sociaux. Il note quelques repères historiques comme la mention du débarquement de la baie des Cochons en 1961, la crise des missiles de Cuba du 14 au 28 octobre 1962, ou des repères culturels comme le film Vie privée (1962) réalisé par Louis Malle, avec Brigitte Bardot. La scène du procès lui permet de comprendre la perception que le public a pu avoir de cette affaire, du mode de vie de Stephen Ward et de Christine Keeler. S’il connaît déjà l’affaire Profumo, il en mesure mieux les enjeux et les paramètres, et il peut comparer ce qu’il lit aux souvenirs qu’il en a. Dans sa postface, le scénariste indique que : Les fins connaisseurs du dossier ne manqueront pas de relever les libertés que s’accorde ce livre avec certains faits ou chronologie d’une telle intrication que des milliers d’articles et des douzaines d’ouvrages plus ou moins fiables ne sont jamais parvenus à les mettre au clair. Jean-Luc Fromental explicite également l’intention de son projet : montrer à quel point cette affaire résulte d’un engrenage hallucinant de hasards, d’accidents, de maladresses, de rancœurs personnelles, de conflits d’intérêt, de raisons d’État, de voyeurisme et d’autres facteurs trop ténus et imprévisibles pour les identifier tous. Il permet d’illustrer que : Aucune théorie du complot ne résiste au démontage d’un mécanisme si complexe. Le lecteur prend fait et cause pour Stephen Ward puisque c’est sa version qu’il découvre, et que les mœurs ont évolué depuis rendant son comportement normal et acceptable. Il voit une classe sociale privilégiée utiliser les moyens à sa disposition pour parvenir à une résolution qui ne les accuse pas. Dans le même temps, les Swinging Sixties prennent leur essor, remettant quand même en cause leur privilège. S’il ne dispose pas de connaissance préalable sur l’affaire Profumo, le lecteur s’interroge sur le caractère un peu racoleur de la couverture, sur le titre cryptique. Il découvre alors une narration visuelle très fournie, avec une mise en couleurs profonde et confortable, pour un récit en apparence feutré, et sans pitié dans le fond. S’il connaît déjà l’affaire, il se remémore les faits, et les considère sous l’angle du principal condamné, avec une perspective sociale qui s’en trouve accentuée. Il prend la mesure de l’imbroglio défiant l’entendement, fruit de circonstances arbitraires, mettant en lumière l’impossibilité pour des êtres humains à concevoir ou mettre en œuvre un enchevêtrement aussi complexe pour aboutir à cette configuration. Magistral.
Rwanda - À la poursuite des génocidaires
Un avis pour donner un habit à ces corps dépecés, désarticulés, demembrés, souillés, profanés, dénudés, niés. Le génocide des Tutsis au Rwanda par les Hutus, du 7 avril au 17 juillet 1994, a fait un million de morts (hommes, femmes et enfants). Un million de morts en 102 jours. En seulement 102 jours, soit 9803 morts par jour. Un nombre affolant qui n'est qu'une moyenne, il faut savoir que 80% des massacres étaient accompli à la mi-mai. La machine d'extermination mise en place pour le pouvoir rwandais a été d'une efficacité mortifère. Et pendant ces crimes, la communauté internationale était dans l'inaction et la France a fermé les yeux, en raison des liens historiques entre Paris et le régime du président rwandais, sous la présidence du controversé François Mitterrand. Une France qui accueillera entre 200 à 400 de ces génocidaires en toute impunité. Et c'est justement pour cela qu'Alain et Dafroza Gauthier se battent, ils veulent faire comparaître devant les tribunaux les individus ayant joué un rôle actif dans le génocide. En 2001, ils vont créer le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR). Ils déposent des plaintes contre ces individus résidants en France, mais c'est un combat de chaque instant. ils se rendent plusieurs fois par an au Rwanda pour trouver des témoignages, ils se heurtent à la lenteur de la justice, le premier procès n'aura lieu qu'en 2014. Je ne peux être qu'admiratif devant le courage de ce couple et de sa pugnacité à vouloir rendre justice à ce million de voix éteintes. Un album instructif qui se lit facilement malgré la dureté du sujet. Mais surtout, un album qui questionne... sur nos politiques, sur le peu de médiatisation, sur la haine de l'autre et de la monstruosité dont l'homme est capable. Heureusement, Alain et Dafroza Gauthier sont la petite flamme qui donne espoir en un monde meilleur. Un dessin qui ne fait pas partie de ceux qui me met des étoiles dans les yeux. Mais un dessin efficace, qui va droit à l'essentiel avec son trait charbonneux très expressif et une couleur ocre omniprésente, une couleur de désolation. Un dessin qui nous montre l'horreur sans jamais tomber dans la surenchère du sordide. Une chronologie qui résume très bien les racines de cette haine Hutus/Tutsis en fin d'album. Une lecture plus que recommandable.
Raven
Tome 1:Nemesis Je lis ici ou là beaucoup d'avis réservés sur ce nouvel album de Mathieu Lauffray, car je pense que certains l'ont lu à l'aune de Long John Silver, série ô combien réussie de ces dernières années. Pour ma part, j'ai passé un très agréable moment à la lecture de cet opus. Avec un incipit faisant furieusement songer à la première page de "La magicienne trahie" (Thorgal), Lauffray frappe fort. Les premières pages d'introduction, jusqu'à l'explosion du navire, font office d'un générique bien amené. Mais ce qui fait l'intérêt de ce premier opus réside dans l'audace de l'auteur. Avec une mise en page osée et très cinématographique à plusieurs reprises, Mathieu Lauffray réussit à capter le lecteur que je suis. Mais je ne suis pas très objectif dans la mesure où je suis très fan du dessin de Lauffray (je possède d'ailleurs différentes éditions de Prophet - noir et blanc, grand format, albums et intégrale - , par exemple, sans compter les tirages de luxe grand format de Long John Silver). Je ne me suis pas ennuyé une seconde en lisant ce premier volume, même si j'ai été frustré qu'il s'achève si vite. Le récit, il est vrai, obéit aux codes des aventures de pirates et ne révolutionne pas le genre, mais laisse augurer de beaux affrontements entre Raven et Lady Darksee. Si comme moi, vous aimez les histoires de pirates et de chasse au trésor, cette nouvelle série de Mathieu Lauffray est pour vous. tome 2: les contrées infernales Autant j'avais trouvé que le tome 1 était bien rythmé, avec un début accrocheur, autant j'ai eu du mal entamer le tome 2 où l'intrigue (la recherche du trésor) met du temps à se mettre en place. (d'où une baisse de ma note initiale ) Il faut arriver au milieu de l'album pour que l'action et l'aventure l'emportent sur des dialogues parfois inutiles. L'auteur prend le parti de nous offrir une histoire de pirates se déroulant sur la terre ferme comme dans le film "le corsaire rouge" ou plus récemment dans la bd Barracuda(Dufaux/Jeremy), mais cela ne me dérange pas.. Le dessin de Lauffray nous fait oublier les petites faiblesses du scénario ou certaines facilités (comment le jeune Arthur a-t-il réussi à suivre le groupe de pirate dans la jungle hostile?), mais ne boudons pas notre plaisir avec cette série qui a le mérite de nous divertir. Furies Ce troisième tome vient clore cette histoire de pirates en beauté. Autant j'avais des réserves sur le précédent volume, autant ce dernier opus m'a passionné. Pourtant l'incipit de cet album peut à priori, désarçonner le lecteur avec des révélations sur l'enfance de Raven. Avec une pagination plus conséquente que précédemment, Lauffray prend le temps de nous livrer une conclusion digne de ce nom. Si le personnage de Darksee semble prendre moins de place ici, en revanche Anne fait preuve de tempérament indéniable, jusqu'à éclipser lady Darksee. Outre, une course au trésor bien amenée, la force de cet album en particulier, et la cette série en général, réside dans le dessin enlevé, et reconnaissable entre tous, de Mathieu Lauffray . Il nous offre ici de magnifiques planches : celles sous la pluie, par exemple, ou encore avec l'incendie du fortin. Contrairement à certains, je pense que la fin proposée suffit en elle-même, et qu'il serait inutile de prolonger dans un nouveau cycle. Même si elle n'égale pas à mes yeux Long John Silver, cette série est de très bonne qualité, et j'aurai grand plaisir à la relire.
L'Ombre des Lumières
L'ennemi du genre humain Je suis assez mitigé sur cette bande dessinée. Annoncée comme l'évènement de cette rentrée (au même titre que l'avait été Les Indes fourbesdu même Ayroles ), je me suis donc précipité sur cet album, dans sa version en noir et blanc. Si la première partie rend parfaitement hommage (même un peu trop) aux "liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos, à tel point que j'avais deviné la chute dès les toutes premières pages, la seconde partie m'a quelque peu désarçonnée. Je croyais suivre les aventures d'un libertin au sein de la cour de Louis XV, et nous sommes rapidement plongé dans des intrigues liées aux tribus du Nouveau monde, où notre divin chevalier Saint Sauveur se retrouvera en mauvaise posture. Mais ce qui m'a dérangé le plus, c'est la forme narrative épistolaire choisie. J'ai du parfois revenir en arrière pour savoir qui parlait ou à qui s'adressait la lettre, tant j'ai trouvé peu d'adéquation entre les épistoliers et les pages censées illustrer la lettre. Par contre, Richard Guérineau, avec ici un univers très éloigné des" stryges", tire parfaitement son épingle du jeu: personnages, costumes et décors, tout est parfait. L'intrigue étant prévue en 3 volumes, j'espère que le tome 2 me réconciliera avec cette série dont j'attendais beaucoup. Dentelles et Wampum Le premier volume m'avait déçu. Mal construit, un style épistolaire déconcertant à tel point que j'ai hésité avant de me lancer dans l'achat du second tome. Et bien, je dois dire que j'ai été très agréablement surpris par la suite donnée par Alain Ayroles à ce récit. Après une pâle copie des "liaisons dangereuses", le scénariste nous entraine là dans une aventure riche en rebondissements et péripéties , se déroulant principalement dans la Belle Province. Notre Chevalier de Saint Sauveur, libertin du premier volume, se mue ici en un personnage pervers, manipulateur et retors à souhait. On retrouve là la patte d'Ayroles des "Indes fourbes". Le scénario devient habile, passionnant et j'avoue de pas avoir lâché ce deuxième volume avant la fin, là où j'achevai péniblement le tome précédent. Après avoir découvert le premier volume dans son édition n&b, je me suis contenté de la version couleur (la seule existante) et je suis d'avis que le dessin de Richard Guérineau est bien plus lisible comme ceci. Bref, une très belle surprise pour cet opus, et là, oui je serai sans hésitation pour le tome 3, conclusion de ce récit. D'où une hausse de ma note initiale
Star Wars - Leia Princesse d'Alderaan
Enfin ! Une série dédiée à l’univers de Star Wars parvient à me convaincre. Il m’aura donc fallu attendre cette adaptation certes très conventionnelle mais soignée du roman que Claudia Gray avait consacré à la jeunesse de la princesse Leia pour qu’enfin j’accroche inconditionnellement à une série bd. D’un point de vue technique, il s’agit de mangas, avec tous les codes qui y sont associés : un dessin très lisible en noir et blanc, un sens de lecture de droite à gauche et une petite tendance à faire sur-jouer les personnages. Haruichi nous livre vraiment du bon travail dans ce registre. La narration est fluide, le design des personnages est conforme aux attentes, les décors, même s’ils sont parfois trop peu présents à mon goût, ne sont pas oubliés, la mise en page est dynamique. C’est vraiment agréable à lire et accessible à un très large public. Au niveau de l’histoire, Claudia Gray nous livre une vision de la jeune Leia très conforme à celle à laquelle on s’attend. La princesse nous apparait extrêmement déterminée et dotée d’un fort sens de la justice. Les expériences qu’elle va vivre vont la faire mûrir sans pour autant qu’elle perde son sens des valeurs. L’histoire en elle-même nous permet de voyager dans cette galaxie très, très, très lointaine alors que l’Empire la domine déjà par la force. La Rébellion n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements mais, progressivement, la princesse Leia va s’en rapprocher tout en continuant à œuvrer par des voies diplomatiques pour le bien des petites gens. Il y a de chouettes petites trouvailles dans le scénario. On peut ainsi s’amuser d’une astuce trouvée par la princesse Leia pour sauver une partie d’une population menacée par l’Empire puis réaliser avec elle les conséquences néfastes de sa manœuvre. Ce genre de remise en question est assez rare dans ce type de série, c’est pourtant un des gros atouts de celle-ci. Par ailleurs, l’univers est bien exploité et agréablement développé. A nouveau, et j’insiste, il n’y a rien de très original… mais c’est bien fait, dynamique et prenant. Donc voilà, ma note oscille entre un pas mal enthousiaste et un franchement bien peut-être excessif mais, comme c’est la première série qui me convainc réellement et pour la différencier des autres, je lui accorde 4/5.