La psychologie est partout, d’une extraordinaire vivacité.
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Ce tome constitue une présentation de l’histoire de la psychologie en bande dessinée. Il a été réalisé par Jean-François Marmion pour le scénario, et par Pascal Magnat pour les dessins, la mise en couleur ayant été réalisée par Christian Lerolle. Le premier est un historien de formation psychologue, auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation sur le sujet, scénariste de Cervocomix, Les rescapés du burn-out, Dans la tête des HPI. Il comprend deux-cent-cinquante pages de bandes dessinées. Il se termine avec une bibliographie recensant quarante-six ouvrages, puis un index des noms propres (de Abraham Karl, à Zuckerman Marvin) de six pages, la liste des ouvrages du même scénariste, les douze autres ouvrages de la même collection L’incroyable histoire de…, et une table des matières listant les douze chapitres.
De la préhistoire à l’Antiquité : les prémices de la psychologie – La psychologie a sans doute vu le jour lorsque nos lointains ancêtres se sont posés des questions sur ce qui leur paraissait anormal dans leur groupe : Mais qu’est-ce qui lui prend ? Pourquoi agit-il ainsi ? Et moi-même, quand je sens quelque chose qui ne va pas : Qu’est-ce qui se passe ? En l’absence d’explication apparente, on cherche des causes invisibles : ce sont les esprits, que le chamanisme entend apaiser. Parfois aussi, on trépane : percer un trou dans la boîte crânienne, ça calme… Dans l’Antiquité, on retrouve ces deux tendances qui à notre époque encore, ne cesse de s’opposer : agir sur le corps (c’est la perspective de la médecine naissante) ou sur l’esprit (le but de la psychothérapie).
Les trois coups : le docteur Freud est assis sur un divan et il se présente au lecteur. Il a découvert l’inconscient, fondé la psychanalyse, et par voie de conséquence la psychologie. L’auteur intervient pour le contredire : le bon docteur a fondé la psychanalyse, mais pas la psychologie, et il n’a pas découvert l’inconscient. Il le met dehors, et il présente lui-même l’exposé. Au commencement : avec ses racines grecques, le mot psychologie signifie Étude de l’âme. Ou de l’esprit, si on veut éviter toute connotation religieuse. Ou du psychisme, si l’on veut reprendre le terme le commun chez les psys. Il continue : Mais depuis quand l’être humain s’intéresse-t-il à l’âme ? Les premières traces de sépulture remontent à cent mille ans. Dans l’espèce humaine comme dans Neandertal, les nécropoles apparaissent avec la sédentarisation au néolithique, voici une dizaine de milliers d’années. Quelle est la part de respect ou de crainte vis-à-vis de l’âme échappée dans l’au-delà ? En l’absence de texte, difficile à dire. En tout cas, 4?s crânes retrouvés il y a 10.000 ans portent la trace d’une trépanation… ou de plusieurs. Avec le plus souvent des marques de cicatrisation : les individus trépanés survivent ! Mais c’est l’âme avant la mort à laquelle la psychologie s’intéresse. Or, toujours au néolithique, les êtres humains pratiquent la trépanation, c’est-à-dire qu’ils percent le crâne de certains malades pour les guérir de divers comportements anormaux. Comme la possession ? Ou la folie peut-être ?
En fonction de sa familiarité avec cette collection, le lecteur peut commencer par lire la biographie succincte du scénariste pour se faire une idée du sérieux de l’ouvrage, puis la liste de ses ouvrages en fin de tome. Il peut aussi feuilleter rapidement la bande dessinée pour se faire une idée de la densité de l’exposé : une bonne quantité de texte dans chaque page, et des dessins dans un registre descriptif et réaliste qui mettent souvent en scène l’avatar de l’historien et la multitude de personnages historiques, et régulièrement une pratique thérapeutique, de nature très variable au fil des siècles. En effet, les dessins sont entièrement asservis à l’exposé : ils montrent souvent un chercheur, un docteur, un psychologue en buste ou en gros plan en train d’énoncé une version très synthétique de son modèle thérapeutique, parfois en train de discuter entre eux, parfois en présence d’un malade, et assez régulièrement des visuels moins convenus. Parmi ces derniers : la créature Alien de Hans Ruedi Giger, la reprographie du tableau La nef des fous (1500) du peintre Jérôme Bosch (v. 1450-1516), les illustrations de a plus célèbre classification des troubles sexuelles (Psychopathia sexualis, 1886, de Richard von Kraft-Ebing), le dessin en pleine page de Freud s’autoanalysant, une cartographie de l’Europe du nord pour illustrer comment se diffusent les théories freudiennes, une composition en pleine page pour la gestation de l’inconscient collectif théorise par Carl Gustav Jung, la mise en scène des boîtes de Thorndike, les lois de perception des bonnes formes (de proximité, de similarité; de continuité, de clôture, de destin commun), les différents étages de la pyramide des besoins d’Abraham Maslow, les effets psychédéliques du LSD, la présence de Terminator, de Jack Nicholson version Vol au-dessus d’un nid de coucou, etc.
Le scénariste a construit son ouvrage en onze chapitres : 1 De la préhistoire à l’Antiquité : les prémices de la psychologie, 2 Du magnétisme à l’inconscient : l’exploration de l’esprit commence vraiment, 3 La psychiatrie au XIXe siècle : l’aliénisme, 4 Les pionniers de la psychologie scientifique, 5 L’hypnose et la guerre de l’hystérie, 6 Docteur Sigmund et Mister Freud, 7 Le comportementalisme : n’ouvrez pas la boîte noire !, 8 La psychanalyse superstar, 9 La psychologie humaniste, 10 Feu sur la psychiatrie !, 11 La psychologie sociale : tu es, donc je suis, 12 Le casse-tête du cerveau et l’avènement des neurosciences. À la lecture, l’ordre chronologique fait sens, permettant de partir de suppositions relatives à l’investigation sur la vie psychique et les comportements jugés anormaux dans la société correspondante, sur la base d’observations archéologiques (par exemple les trépanations). Dans le premier chapitre, il évoque cette pratique, ainsi que celles des chamans et des prêtres pour les mauvais esprits, les fous la médecine égyptienne pour les troubles féminins, la folie dans la Grèce antique au travers du comportement des dieux de la mythologie, l’interprétation par la punition divine ou par la passion humaine, la différence d’approche entre l’âme exilée dans le corps pour Platon, et l’âme qui anime le corps pour Aristote, l’examen de conscience du stoïcisme, les limites de la connaissance de soi pour Saint Augustin, la théorie des humeurs pour la médecine, la diversification des soins, la caractérisation du fou trop loin ou trop proche de Dieu, les soins en Hôtel-Dieu, Saint Mathurin le patron de fous, la folie provoquée par la possession par le Diable, l’échec de la médecine.
Comme à chaque fois dans ce genre d’ouvrage, la narration visuelle se trouve subordonnée à l’exposé, réduite parfois à un psychologue qui s’adresse face caméra. L’artiste dispose régulièrement de la place de nourrir l’exposé avec des images variées, et souvent des scènes attestent d’une réelle coordination collaborative avec le scénariste pour créer une mise en scène intégrée. Cela commence dès la première page : Jean-François Marmion met en scène Sigmund Freud (1856-1939) sûr de lui comme étant la seule personne légitime pour présenter cet ouvrage, et Pascal Magnat met en œuvre une direction d’acteurs de type comédie en pleine cohérence avec l’intention du scénariste. Cette fibre humoristique fonctionne à chaque fois grâce à la collaboration entre les deux créateurs, avec efficacité : Freud qui se fait éconduire d’une planche, le pauvre enfant servant de cobaye à John Watson & Rosalie Rayner pour démontrer la force du conditionnement, Jeff Bridges en provenance de son rôle dans The big Lebowski (1998) pour illustrer la théorisation de la dépression par Aaron Beck (1921-2021), Salvador Dali discutant des décors de La maison du docteur Edwardes (1945), la statue de la Liberté allongée sur un divan pour être psychanalysée par Freud, Jacques Lacan (1901-1981) déroulant des phrases cryptiques, un couple passant par différents états du moi au sens de l’analyse transactionnelle au cours d’une soirée mondaine, la mise en scène burlesque de la célèbre expérience de Stanley Milgram (1933-1984), etc. Les dessins constituent également le truchement de l’incarnation de tous ces docteurs, psychologues et psychiatres qui, même lorsqu’ils défilent très vite le temps de quelques cases ou d’une page, deviennent ainsi plus concrets, plus humains.
Le lecteur constate rapidement qu’il est amené à absorber une grande quantité d’informations à chaque chapitre, et même à chaque page. Les images montrent de nombreux personnages, de nombreuses situations, des mises en situation de théories psychologiques et de thérapies. Chaque chapitre regorge d’informations, la quantité de psychologues cités allant en augmentant au fur et à mesure que la discipline se développe. Les auteurs peuvent se montrer sarcastiques ou moqueurs à l’encontre de certains psychologues, certains le méritant bien, d’autres moins, critiques quand la théorie avancée relève de l’invention pure et simple. Pour autant, l’ouvrage s’avère aussi solide que pédagogique, aussi instructif qu’éclairant. En fonction de ses connaissances préalables sur le sujet, le lecteur peut être surpris de retrouver des éléments relevant de la connaissance générale (l’hystérie, le magnétisme, le réflexe pavlovien, les antidépresseurs, etc.) ou bien contenté de voir comment une théorie ou une approche thérapeutique à laquelle il s’est déjà intéressée s’insère dans la perspective historique, dans le contexte de l’époque, a déjà révélé ses limites, quel a été son apport à cette discipline, en quoi elle constitue encore un point de vue constructif. Il est régulièrement étonné d’assister à la naissance d’une approche qui a marqué durablement la culture globale. Il peut trouver un peu rapide l’évocation de l’application de la psychologie à des individus issus de cultures autres qu’occidentales et rester un peu sur sa faim quant à l’existence d’approches non occidentales. Il apprécie que l’auteur ait abordé la question de la place de la psychanalyse en France, par comparaison à celle qu’elle occupe dans d’autres pays occidentaux, et qu’il évoque les sciences cognitives et les neurosciences.
En conclusion, les auteurs constatent que les psychologues sont partout, de l’hôpital à l’école en passant par les EHPAD et les cellules de crise. Le développement personnel est un raz-de-marée. Il devient difficile de s’y retrouver entre chercheurs crédibles, psys médiatiques consultés sur tout et n’importe quoi, et charlatans purs. La psychologie est partout, mal définie et souvent mal comprise, parfois victime de son succès, mais d’une extraordinaire vivacité. Le lecteur ressort de cet ouvrage, empli de reconnaissance pour cet exposé clair, synthétique et de grande ampleur, lui ayant permis d’envisager ce domaine du savoir dans une perspective historique, en replaçant les diverses approches dans leur contexte. Une présentation accessible, rigoureuse, et amusante.
Conrad de Marbourg, accompagné d'Elisabeth d'Elsenor, sont embarqués dans une quête mystique, à la recherche non pas du graal mais d'un troisième testament qui mettrait à mal toute la chrétienté.
Voilà pour le pitch de cette aventure au cœur du Moyen Age qui mêle religion, ésotérisme et action.
Comme souvent avec Xavier DORISON c'est bien fait, bien pensé.
Même, et cela sera mon principal bémol, s'il m'a perdu lors du tome 3, où il m'a semblé manquer d'un brin de clarté pour comprendre le cheminement de l'histoire.
Graphiquement le travail d'Alex ALICE est en tout point remarquable (je vous renvoie aux 1ère,8ème et 13ème images de la galerie) et retranscrit avec énormément de talent l'atmosphère tendue du scénario. Ses personnages sont également bien faits et leurs traits sont cohérents avec leurs rôles.
Je ne connaissais pas son travail, mais il est sûr que je vais y porter dorénavant une attention particulière.
J'ai donc pris un réel plaisir à découvrir cette série. Il faudra certainement que je me replonge dedans, afin de comprendre ce qui a pu m'échapper lors du tome 3.
Elle m'a également donné l'envie de me plonger dans son préquel Le Troisième Testament - Julius
Belle histoire qui permet de mettre en lumière cette maladie ci cachée et incomprise. Je me suis mise a la place de cette jeune fille trouvant ce journal caché. J'aurais réagi de la même manière, avec cette euphorie et cette curiosité. On traverse avec elle toute les émotions, la joie un peu malsaine d'ouvrir un secret interdit, l'amour naissant d'un héro inconnu, la soif de partir a l'aventure. Le sentiment d'être l'élu devant accomplir une mission. L'inquiétude et la tristesse de découvrir des souffrances quelle n'avait jamais croisé. Elle a rencontré grâce a ce journal l'empathie l'espoir, elle a redécouvert l'amour de ces proches, elle a mûri elle s'est ouvert au monde. En bref tout ça le temps des vacances d'été.
3.5
Je ne serais pas aussi enthousiaste que Mac Arthur, mais je trouve tout de même que c'est un bon polar.
L'histoire est au final du déjà-vu (ah le village qui cache un terrible secret et c'est bien sur une étrangère qui va venir foutre la emmerde en ayant aucun problème à déterrer une affaire du passé), mais le scénario est terriblement efficace avec notamment des révélations bien emmenés. J'ai pris un certain plaisir à lire cette adaptation d'un roman que je ne connaissais pas et je pense que c'est à lire si on est fan de polar.
Là où ça va moins bien est le dessin. Je n'aime pas trop comment sont dessinés les personnes et en particuliers leurs visages. C'est vraiment le style réaliste typique où j'aime bien les décors qui sont parfois très beaux à regarder, mais je bloque sur les personnages que je trouve moche. Ce qui n'aide pas est qu'on est censé voir l'héroïne comme étant laide suite à un accident, mais pour moi tout le monde est laid !
El Diablo est une aventure d'un ancêtre du Marsupilami à l'époque des conquistadors. Le héros est un jeune mousse qui a désobéi à son capitaine (il a refusé de se laisser manger par l'équipage, vous vous rendez compte ?) et qui subit les brimades de celui-ci maintenant qu'ils sont arrivés sur les côtes de Palombie. Envoyé récupérer le cadavre d'un singe dans un arbre, il fait la rencontre du Marsupilami. Les deux développent un étrange lien les amenant à ressentir tout ce que l'autre ressent. Ainsi, quand les marins violentent le jeune héros, le Marsupilami va systématiquement lui venir en aide et éjecter les indélicats avec fracas. Mais cela n'empêche pas le capitaine avide d'or d'utiliser tous les moyens pour atteindre le trésor d'El Dorado qu'on lui a promis.
C'est une histoire tous publics avec un scénario simple mais rondement mené. Le décor est exotique et dépaysant. On passe des vieux gréements du 16e siècle à la jungle Palombienne, puis à ses montagnes enneigées et à des temples anciens, comme dans une bonne aventure de Tintin. Le fameux Marsupilami y est traité comme une bête farouche, pas forcément gentille mais pas méchante pour autant. Ce n'est pas le Marsupilami amical, malin et joueur de Franquin, mais il remplit bien son rôle d'ancêtre plus frustre et sauvage, capable de douceur toutefois. L'histoire est plutôt dense, remplissant bien la soixantaine de pages de l'album.
Et surtout le graphisme est superbe !
Ce sont de grandes planches aux couleurs intenses, rappelant les gouaches de Masbou (De Cape et de Crocs) et l'ambiance plus enfantine de Keramidas (Alice au pays des singes). On peut largement prendre le temps de les admirer tant les détails sont fournis et les couleurs éclatantes, et en même temps elles restent bien lisibles. Seul léger regret, certains personnages sont un peu trop cartoon dans leur style, en particulier les marins et leur capitaine, ce qui tranche avec la beauté des décors. Mais dans l'ensemble, c'est tellement beau qu'on pardonne facilement ce choix probablement destiné à faciliter l'attrait du jeune public.
Un récit d'aventure dépaysant incluant le personnage du Marsupilami au milieu de nombreux autres : si l'intrigue reste simple et sans grande surprise, elle est bien menée, plaisante et elle permet surtout de profiter du superbe dessin d'Alexis Nesme pour un ensemble qui laisse le lecteur satisfait.
Interroger l’intimité de l’autre pour tenter de se comprendre soi-même.
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Ce tome contient une histoire, ou un témoignage, indépendant de toute autre. Sa première édition date de 2019. Il a été entièrement réalisé par Joub (Marc Le Grand), pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend soixante-huit pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec une introduction d’une page, un texte intitulé Les pas de côtés, rédigé par Fabien Grolleau, pour Vide Cocagne. Il évoque les albums à écrire, les commandes à exécuter, les livres à terminer, et puis il y a les pas de côté. Il continue : Pour Joub qui débutait une nouvelle vie entre Bretagne et Guyane, et qui s’interrogeait sur sa carrière d’auteur, il a été vital de faire ce pas de côté : il lui est alors venu l’idée de se confronter au corps de l’autre, d’utiliser son dessin pour emmener ses modèles à se raconter. Interroger l’intimité de l’autre pour tenter de se comprendre soi-même.
Lana : En novembre dernier, elle a posé pour la première fois à un court d’art. Là, elle a rencontré un monsieur qui lui a proposé, d’un ton grave, de faire des portraits un peu particuliers. Deux jours après elle était chez lui, nue en train de raconter sa vie sexuelle. Ça ne la dérange pas, elle aime bien parler d’elle. Elle ne comprend pas ce qui lui plaît chez elle. Elle est sûre qu’il veut coucher avec elle. – Marie : elle n’a jamais aimé son corps. Depuis son adolescence, elle s’est toujours trouvée vilaine. Après ses quarante ans, elle s’est sentie plus à l’aise. Peut-être parce que les gens lui disent qu’elle est belle. Et elle le voit dans le regard des hommes. Ce qui la rend triste, c’est que son mari ne lui ai jamais dit.
Élodie : Elle a 35 ans et elle trouve que son corps n’a pas été assez exploré. Du coup, elle se sent frustrée de contacts physiques. On n’a pas assez mordu le lobe de ses oreilles, joué avec ses seins, son corps. Elle voudrait plus de câlins, de caresses, de contacts. Aujourd’hui elle veut qu’on joue avec elle. Elle veut que son corps soit un immense terrain de jeu. – Nina : Elle trente-quatre ans. Elle est une belle femme, consciente de son pouvoir de séduction. Par contre, elle n’aime pas montrer son corps. Pour elle, ça n’a aucun intérêt. À la plage, par exemple, si elle n’est pas dans l’eau, elle ne reste pas en maillot de bain. Une fois sortie, elle se rhabille rapidement. Elle considère que son corps n’appartient pas au domaine public mais privé. Elle est plus à l’aise, plus libre dans l’intimité de son couple. - Simone : Elle perçoit son corps comme un compagnon qu’elle voit grandir, vieillir. Elle l’aime bien. Même si certaines évolutions sont plus difficiles à accepter que d’autres, comme le fait de prendre du poids. Gamine, elle était mince et musclée quand elle faisait de la danse classique. On l’appelait le haricot vert. À quarante-deux ans, elle n’est plus grassouillette. Elle a pris du poids. Par tranches de dix kilos. Ça a pu la gêner dans l’intimité de son couple, mais ça n’a jamais déplu à son compagnon. En revanche, elle est bienveillante face aux signes de vieillissement style rides ou cheveux blancs. Finalement, elle se trouve pas si mal.
Le lecteur commence par sourire au jeu de mots du titre : Très / Traits intimes. Puis il parcourt le texte d’introduction et note le principe de pages réalisées pour le plaisir, en dehors des obligations professionnelles de forme variée, l’auteur partageant son temps entre des séjours en Bretagne et des séjours en Guyane. Le court texte de la quatrième de couverture et la première histoire explicite le principe : mettre en scène le corps, souvent dénudé, d’un modèle consentant, tout en notant en de courtes phrases, son rapport au corps tel que le sujet l’expose. Chaque modèle est exposé en une page qui porte son prénom comme titre, composée de six cases de taille identique, disposées en trois bandes de deux cases chacune. Le lecteur découvre ainsi cinquante portraits réalisés avec cet angle d’approche. Trente-neuf femmes, onze hommes. Des pages réalisées à la peinture avec un trait de couleur coloré pour délimiter les formes, et un mode de couleur directe pour les zones ainsi détourées. En plus de ces portraits, l’auteur évoque plusieurs moments de sa vie : dix-sept moments, intégrés deux par deux, sauf pour le dernier, dans deux pages en vis-à-vis, page de gauche et page de droite. À chaque fois, l’auteur donne un titre composé d’un lieu et d’une date : Saint-Méloir-des-Bois 30/08/16, Saint-Méloir-des-Bois 01/09/16, Saint-Méloir-des-Bois 02/09/16, La Rochelle 03/09/16, Paris 06/08/16, Rue Victor Hugo 05/11/16, Vol TX 570 pour Cayenne 06/11/16, Cayenne 29/11/16, Copinstant 04/12/16, Cayenne 10/12/16, Corbeil 01/14/17, Cayenne 14/04/17, Cayenne 06/05/17, Copistant 04/06/17, Cayenne 26/03/18, Cayenne 30/04/18, Cayenne 02/06/18.
Le lecteur commence par découvrir le corps de Lana, entièrement nue : ses fesses, son tronc de face, à nouveau ses fesses deux fois, puis le haut de sa cuisse droite, et enfin son ventre. L’artiste ne choisit pas des cadrages ou des postures pornographiques, pas forcément d’intention érotique non plus. Le corps présente une belle couleur entre doré et brun, le visage de Lana reste invisible, en dehors du cadrage des cases. Marie porte une culotte et un soutien-gorge, ainsi que des talons hauts, son visage reste également hors cadre. Élodie est entièrement nue, son visage reste hors cadre. Au total, le lecteur pourra voir le visage de trois modèles : Zendaya, Attilia, Laurence. Pour autant, le texte qui accompagne chaque portrait apporte une touche personnelle pour chaque corps. Le point de vue du modèle sur sa relation avec son corps s’avère différent à chaque fois, portant un trait de caractère par ce qu’il raconte. Au fil des portraits, l’artiste prend de l’assurance et ne se sent pas enfermé dans son dispositif. Ainsi dix-sept modèles féminins sont habillés en tenue présentable en société, ni nues, ni en sous-vêtement, et il en va de même pour quatre modèles masculins. Les cases de la page consacrée à Milla montrent des portions de chaussée d’une route, des palettes dressées en barrière et des pneus.
Le lecteur comprend que l’artiste a discuté avec ses modèles pour travailler ensemble sur la manière dont ils souhaitent être montrés, être exposés, en fonction de leur relation avec leur corps, en fonction de la représentation qu’ils en ont, des zones qu’ils préfèrent ou non, souhaitant que le dessin évite lesdites zones ou au contraire les mettent en scène. Le choix de ladite mise en scène se fait aussi sur l’absence majoritaire de décor dans ces portraits, et sur un ou deux accessoires. Cécile se trouve dans son jardin avec son panier, manie le sécateur dans une page, caresse une fleur dans une autre. Thierry est dans sa salle de bain, en train de se raser. Antoine effectue des exercices physiques sur le sol en intérieur. Princesse achève d’ajuster sa robe et sa ceinture. Christophe se roule une clope, gratouille un peu sur sa guitare, déguste une bière. Alain change la couche de son bébé. Dès la première page, le lecteur remarque le travail de mise en couleur pour la peau de Lana : texturée, souple, captant la lumière. Dans le même temps, si son regard s’attarde un peu sur le mode d’application de la couleur, il voit l’équivalent de trait de pinceau, d’effets de texture, de grain, de nuance sans rapport avec la réalité observable à l’œil : un travail sophistiqué pour obtenir un tel résultat final. Pour Marie, la peau prend une teinte marron mâtiné de gris, peu naturelle dans sa couleur, mais organique dans l’apparence. Une dizaine de pages plus loin, il retrouve une couleur de peau similaire pour Marcel, puis pour Mary-Loo une quinzaine de pages encore plus loin. La peau de Cassandre se situe en gris et bleu. Celle de Lucie vire à l’orange-ocre. Celle Nounouz apparaît violet tendance prune, celle de Nono violet tendance aubergine. Un savoir-faire épatant de l’usage de la couleur pour des textures de peau organiques et plus vraies que nature.
Le lecteur découvre les confidences des modèles, toutes différentes de par leur personnalité, avec des thèmes variables : aimer son corps ou non, avoir un rapport affectif au corps qui évolue avec le temps, être en manque de contacts physiques (câlins, caresses, mordillages, etc.), le pouvoir de séduction, la pudeur, la prise de poids qui accompagne la prise d’âge, l’entretien du corps par l’exercice physique, la nourriture saine, ou au contraire une absence d’intérêt à s’occuper de son corps, un regain de sensualité, l’éventualité de la prostitution, la maladie, l’envie de faire des découvertes, d’expérimenter, la masturbation, le plaisir de porter des talons hauts, l’importance de l’odeur corporelle et des parfums, la fluctuation de poids en fonction de l’état émotionnel, un système pileux trop développé, les tatouages pour habiller le corps ou pour exprimer sa personnalité sur sa peau, les complexes ou leur absence, le besoin de changer d’apparence pour briser la monotonie, l’image publique de soi, l’apparition du bide, la possibilité de la chirurgie esthétique, etc. La majeure partie des modèles sont contents de leur corps, soit parce qu’ils le trouvent beau ou séduisant, parce qu’ils ont appris à l’aimer avec ses imperfections. La plupart des modèles donnent leur âge : 20 ans pour le jeune, 60 pour le plus vieux, dont dix-huit âgés de plus de quarante ans.
Dans le même temps, le lecteur découvre les intermèdes, ces séquences intercalées deux par deux qui évoquent la vie de l’auteur. Il a adopté la même mise en page que pour les portraits, six cases par page, disposées en trois bandes de deux, et des cadrages sur des éléments entre détail et décor. L’esprit de l’auteur vagabonde : profiter de moments de solitude, réfléchir aux prochains projets en cuisinant, tailler les arbres en se demandant où il sera la prochaine saison, penser à emménager à La Rochelle, glander à Saint Malo, voyager en train, effectuer un voyage en avion, se faire dorer la pilule sur la plage de Cayenne, planifier les projets à venir, attendre les coups de fils, se retrouver à Corbeil pour un festival de photographies, se retrouver seul dans sa maison, débuter un projet sur la relation au corps. D’un côté, c’est le souvenir de fil en aiguille qui a amené à débuter ce projet, et la boucle est bouclée : de l’autre, ce sont des instantanés de vie. Une vie unique et singulière de bédéiste avec une vie partagée entre métropole et département d’outre-mer, mais aussi une vie banale d’interrogations et de projets, de rapport à son existence, sans question sur son corps, ce qui produit comme un effet d’absence criante par rapport au thème de l’ouvrage.
Impossible de soupçonner ce que recèle cet ouvrage à partir de sa couverture ou du texte de quatrième de couverture, ou même en le feuilletant et en regardant des morceaux de corps, souvent dénudés. Un artiste qui regarde et restitue la personnalité d’individus, en leur consacrant une page de six cases, composés de gros plans ou de plans rapprochés sur telle ou telle partie de leur corps, en recueillant leur façon d’envisager leur corps en quelques phrases. Mais aussi des voyages en mouvement de balancier entre la métropole et la Guyane, en réfléchissant à ses projets et à sa vie de famille. Une étonnante anthologie réalisée par un seul et même artiste, entre observation de l’autre, et fragments de vie conduisant vers ce projet. Attention contient de vrais morceaux de vie, des individus véritables sans fard.
Ouch. Ça fait mal de lire une telle BD, sans doute n'étais-je pas prêt et sans doute suis-je trop sensible à la violence. Mais cette BD est dure, abominablement dure. J'ai rarement eu une BD qui m'a fait pleurer durant sa lecture, à la fin aussi, m'a donné des nausées et m'a fait l'arrêter pour ne pas briser le mental. Mais je suis allé jusqu'au bout, parce qu'il le faut. Et c'est abominable ...
J'adore Nicolas Wild pour ses BD reportages qui ajoutent de l'humour à des situations parfois dingues, permettant de comprendre un peu mieux le monde autour de nous. Et là, il fait un reportage tout simple, en région parisienne. Dans une maison pour femmes, une maison pour essayer de soigner toutes les violences qu'on leur fait.
A écrire cet avis, il me revient des scènes que la BD contient, et leur violence reste gravée en mémoire. Cette BD, c'est un étalage de ce que l'humain est capable de faire à sa propre espèce sur des critères absurdes. Quand on parle de violences faites aux femmes, c'est assez rarement décrit en détail. On entend peu de témoignages. Les voir étalés, c'est violent, mais nécessaire.
La BD est un simple reportage, mais je crois que rarement j'ai vu un reportage où l'auteur souligne à quel point il fut assommé par les informations. Nicolas Wild souligne l'impact des témoignages, qu'il encaisse parfois difficilement (et je suppose que tout ne fut pas intégré dans la BD). Il apporte parfois un simple élément qui montre de façon élégante cette empathie, comme lorsqu'au procès il dessine deux fois la même case de son carnet, où quelques larmes viennent s'ajouter dessus. Voir pleurer un homme sur la violence faite aux femmes, c'est ce que j'ai envie de retenir de ce volume.
Cette BD, c'est une claque dans la gueule qu'il faut se prendre. Nos vies semblent bien confortables et tranquilles, mais des milliers de femmes sont violentées chaque jour, et il ne faut pas hiérarchiser les souffrances. Il faut juste repenser à ces milliers de femmes dénonçant des viols chaque mois, ces procès parfois délirants lorsqu'on entend les faits reprochés. La violence envers les femmes est partout, quelque soit l'âge, l'ethnie, la religion, la richesse. C'est la violence universelle de l'humanité envers celles qui sont nées femmes.
Même si la BD porte des notes d'espoir, mais je dois bien dire que ce qu'il me reste surtout, c'est une grande noirceur. Comment l'humain peut-il être aussi violent ? Je ne le comprendrais jamais.
Derrière une couverture peu avenante selon moi, j'ai été agréablement surpris par les 3 histoires proposées ici par Aki Yamamoto dont cela semble le premier ouvrage, et le seul à ce jour en langue française. Les 3 récits ont le point commun de questionner les rapports humains et les pratiques culturelles dans des contextes très différents.
Un premier récit se déroule au coeur d'une civilisation d'Amérique du Sud où les jumeaux sont séparés à la naissance, élevés pour se battre jusqu'au jour d'un duel fatal entre les deux. Le deuxième est sur un prisonnier russe qui devient champion d'échecs et l'un des symboles de la rivalité USA-URSS lors de la guerre froide. De quel côté va-t-il basculer ? Enfin le dernier récit m'a rappelé des histoires à la Jack London. Un jeune anglais fait naufrage et est recueilli plusieurs mois par des inuits dans le Grand nord. Il est surpris de leur façon de vivre, de manger, des relations sociales et sexuelles différentes qui peuvent exister dans cette société.
Trois récits divers mais tous intéressants et bien illustrés.
Comment se fait-ce que je n'ai jamais entendu parler du travail d'Anna Sommer ? Née en 1968 aux confins de la Suisse, elle est publiée à l'Association dès les années 1990. Certes elle est peu prolifique en matière de bande dessinée et chez des éditeurs plutôt confidentiels.
Son dessin tout d'abord est propre, net et sans fioritures. Un noir et blanc sans cadre formel. Dans l'inconnu, elle raconte le jour où une femme découvre dans la cabine d'essayage de sa boutique de vêtements ni plus ni moins qu'un bébé tout juste né. Et au lieu de prévenir quiconque, elle le garde dans l'arrière-boutique réparant son désir de maternité contrarié. Elle se met par ce choix dans un engrenage duquel elle a du mal à se sortir, à l'insu même de son mari. Celui-ci a aussi des secrets, en particulier avec une de ses étudiantes Vicky.
Je le surnote un peu mais j'ai trouvé cette narration bien maîtrisée avec un double fil temporel qui finit par se recroiser sur une fin sans concession. Une lecture fluide qui s'avale d'une traite, dommage que les prix assez élevés de cet éditeur contribuent à son relatif manque de diffusion car son catalogue recèle de bonnes choses.
Waouh!! Je viens de découvrir cette superbe série à travers l'emprunt de quelques albums à ma BM rayon tous petits.
Je me retrouve complétement dans les nombreux avis élogieux précédents et surtout dans celui de karibou79 qui a noté justement à 4.5. C'est pourquoi je n'hésite pas une seconde à arrondir au 5 bien mérité à mes yeux. Le format de 30 pages est exactement celui qu'il faut pour pouvoir développer le récit sans devenir trop long pour l'attention. Il n'y a pas de texte mais le visuel parle de lui même et le découpage ainsi que la construction du récit suffisent pour avoir une compréhension facile et immédiate de l'histoire. La grande réussite des auteurs est de proposer des histoires diverses et nouvelles autour d'un canevas qui reprend des éléments fixes et sécurisants pour un très jeune lecteur. Ainsi la première page est à la fois redondante et créative comme toutes les journées d'école qui débutent pour un PS/MS/GS. Certains cadres sont incontournables le bisou, la photo, l'objet souvenir. Tout mène vers une morale douce et pleine de bon sens dans un ouvrage clairement fait pour être partagé avec son enfant. De nombreux avis soulignent la facilité d'appropriation du récit par les enfants qui ne savent pas lire. Personnellement je trouve que c'est aussi vrai pour les parents qui ne savent pas lire le français ( ou pas lire du tout). Cela permet un fort moment de partage dans le domaine de la culture pas toujours évident à trouver pour certaines familles. Cette réflexion me conduit tout droit sur le formidable choix graphique de Pierre Bailly: Petit Poilu et sa maman sont à la fois très typés et universels, comme un formidable outil pour lutter contre le racisme dès le plus jeune âge.
Pour moi une série premier âge exceptionnelle.
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L'Incroyable Histoire de la Psychologie
La psychologie est partout, d’une extraordinaire vivacité. - Ce tome constitue une présentation de l’histoire de la psychologie en bande dessinée. Il a été réalisé par Jean-François Marmion pour le scénario, et par Pascal Magnat pour les dessins, la mise en couleur ayant été réalisée par Christian Lerolle. Le premier est un historien de formation psychologue, auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation sur le sujet, scénariste de Cervocomix, Les rescapés du burn-out, Dans la tête des HPI. Il comprend deux-cent-cinquante pages de bandes dessinées. Il se termine avec une bibliographie recensant quarante-six ouvrages, puis un index des noms propres (de Abraham Karl, à Zuckerman Marvin) de six pages, la liste des ouvrages du même scénariste, les douze autres ouvrages de la même collection L’incroyable histoire de…, et une table des matières listant les douze chapitres. De la préhistoire à l’Antiquité : les prémices de la psychologie – La psychologie a sans doute vu le jour lorsque nos lointains ancêtres se sont posés des questions sur ce qui leur paraissait anormal dans leur groupe : Mais qu’est-ce qui lui prend ? Pourquoi agit-il ainsi ? Et moi-même, quand je sens quelque chose qui ne va pas : Qu’est-ce qui se passe ? En l’absence d’explication apparente, on cherche des causes invisibles : ce sont les esprits, que le chamanisme entend apaiser. Parfois aussi, on trépane : percer un trou dans la boîte crânienne, ça calme… Dans l’Antiquité, on retrouve ces deux tendances qui à notre époque encore, ne cesse de s’opposer : agir sur le corps (c’est la perspective de la médecine naissante) ou sur l’esprit (le but de la psychothérapie). Les trois coups : le docteur Freud est assis sur un divan et il se présente au lecteur. Il a découvert l’inconscient, fondé la psychanalyse, et par voie de conséquence la psychologie. L’auteur intervient pour le contredire : le bon docteur a fondé la psychanalyse, mais pas la psychologie, et il n’a pas découvert l’inconscient. Il le met dehors, et il présente lui-même l’exposé. Au commencement : avec ses racines grecques, le mot psychologie signifie Étude de l’âme. Ou de l’esprit, si on veut éviter toute connotation religieuse. Ou du psychisme, si l’on veut reprendre le terme le commun chez les psys. Il continue : Mais depuis quand l’être humain s’intéresse-t-il à l’âme ? Les premières traces de sépulture remontent à cent mille ans. Dans l’espèce humaine comme dans Neandertal, les nécropoles apparaissent avec la sédentarisation au néolithique, voici une dizaine de milliers d’années. Quelle est la part de respect ou de crainte vis-à-vis de l’âme échappée dans l’au-delà ? En l’absence de texte, difficile à dire. En tout cas, 4?s crânes retrouvés il y a 10.000 ans portent la trace d’une trépanation… ou de plusieurs. Avec le plus souvent des marques de cicatrisation : les individus trépanés survivent ! Mais c’est l’âme avant la mort à laquelle la psychologie s’intéresse. Or, toujours au néolithique, les êtres humains pratiquent la trépanation, c’est-à-dire qu’ils percent le crâne de certains malades pour les guérir de divers comportements anormaux. Comme la possession ? Ou la folie peut-être ? En fonction de sa familiarité avec cette collection, le lecteur peut commencer par lire la biographie succincte du scénariste pour se faire une idée du sérieux de l’ouvrage, puis la liste de ses ouvrages en fin de tome. Il peut aussi feuilleter rapidement la bande dessinée pour se faire une idée de la densité de l’exposé : une bonne quantité de texte dans chaque page, et des dessins dans un registre descriptif et réaliste qui mettent souvent en scène l’avatar de l’historien et la multitude de personnages historiques, et régulièrement une pratique thérapeutique, de nature très variable au fil des siècles. En effet, les dessins sont entièrement asservis à l’exposé : ils montrent souvent un chercheur, un docteur, un psychologue en buste ou en gros plan en train d’énoncé une version très synthétique de son modèle thérapeutique, parfois en train de discuter entre eux, parfois en présence d’un malade, et assez régulièrement des visuels moins convenus. Parmi ces derniers : la créature Alien de Hans Ruedi Giger, la reprographie du tableau La nef des fous (1500) du peintre Jérôme Bosch (v. 1450-1516), les illustrations de a plus célèbre classification des troubles sexuelles (Psychopathia sexualis, 1886, de Richard von Kraft-Ebing), le dessin en pleine page de Freud s’autoanalysant, une cartographie de l’Europe du nord pour illustrer comment se diffusent les théories freudiennes, une composition en pleine page pour la gestation de l’inconscient collectif théorise par Carl Gustav Jung, la mise en scène des boîtes de Thorndike, les lois de perception des bonnes formes (de proximité, de similarité; de continuité, de clôture, de destin commun), les différents étages de la pyramide des besoins d’Abraham Maslow, les effets psychédéliques du LSD, la présence de Terminator, de Jack Nicholson version Vol au-dessus d’un nid de coucou, etc. Le scénariste a construit son ouvrage en onze chapitres : 1 De la préhistoire à l’Antiquité : les prémices de la psychologie, 2 Du magnétisme à l’inconscient : l’exploration de l’esprit commence vraiment, 3 La psychiatrie au XIXe siècle : l’aliénisme, 4 Les pionniers de la psychologie scientifique, 5 L’hypnose et la guerre de l’hystérie, 6 Docteur Sigmund et Mister Freud, 7 Le comportementalisme : n’ouvrez pas la boîte noire !, 8 La psychanalyse superstar, 9 La psychologie humaniste, 10 Feu sur la psychiatrie !, 11 La psychologie sociale : tu es, donc je suis, 12 Le casse-tête du cerveau et l’avènement des neurosciences. À la lecture, l’ordre chronologique fait sens, permettant de partir de suppositions relatives à l’investigation sur la vie psychique et les comportements jugés anormaux dans la société correspondante, sur la base d’observations archéologiques (par exemple les trépanations). Dans le premier chapitre, il évoque cette pratique, ainsi que celles des chamans et des prêtres pour les mauvais esprits, les fous la médecine égyptienne pour les troubles féminins, la folie dans la Grèce antique au travers du comportement des dieux de la mythologie, l’interprétation par la punition divine ou par la passion humaine, la différence d’approche entre l’âme exilée dans le corps pour Platon, et l’âme qui anime le corps pour Aristote, l’examen de conscience du stoïcisme, les limites de la connaissance de soi pour Saint Augustin, la théorie des humeurs pour la médecine, la diversification des soins, la caractérisation du fou trop loin ou trop proche de Dieu, les soins en Hôtel-Dieu, Saint Mathurin le patron de fous, la folie provoquée par la possession par le Diable, l’échec de la médecine. Comme à chaque fois dans ce genre d’ouvrage, la narration visuelle se trouve subordonnée à l’exposé, réduite parfois à un psychologue qui s’adresse face caméra. L’artiste dispose régulièrement de la place de nourrir l’exposé avec des images variées, et souvent des scènes attestent d’une réelle coordination collaborative avec le scénariste pour créer une mise en scène intégrée. Cela commence dès la première page : Jean-François Marmion met en scène Sigmund Freud (1856-1939) sûr de lui comme étant la seule personne légitime pour présenter cet ouvrage, et Pascal Magnat met en œuvre une direction d’acteurs de type comédie en pleine cohérence avec l’intention du scénariste. Cette fibre humoristique fonctionne à chaque fois grâce à la collaboration entre les deux créateurs, avec efficacité : Freud qui se fait éconduire d’une planche, le pauvre enfant servant de cobaye à John Watson & Rosalie Rayner pour démontrer la force du conditionnement, Jeff Bridges en provenance de son rôle dans The big Lebowski (1998) pour illustrer la théorisation de la dépression par Aaron Beck (1921-2021), Salvador Dali discutant des décors de La maison du docteur Edwardes (1945), la statue de la Liberté allongée sur un divan pour être psychanalysée par Freud, Jacques Lacan (1901-1981) déroulant des phrases cryptiques, un couple passant par différents états du moi au sens de l’analyse transactionnelle au cours d’une soirée mondaine, la mise en scène burlesque de la célèbre expérience de Stanley Milgram (1933-1984), etc. Les dessins constituent également le truchement de l’incarnation de tous ces docteurs, psychologues et psychiatres qui, même lorsqu’ils défilent très vite le temps de quelques cases ou d’une page, deviennent ainsi plus concrets, plus humains. Le lecteur constate rapidement qu’il est amené à absorber une grande quantité d’informations à chaque chapitre, et même à chaque page. Les images montrent de nombreux personnages, de nombreuses situations, des mises en situation de théories psychologiques et de thérapies. Chaque chapitre regorge d’informations, la quantité de psychologues cités allant en augmentant au fur et à mesure que la discipline se développe. Les auteurs peuvent se montrer sarcastiques ou moqueurs à l’encontre de certains psychologues, certains le méritant bien, d’autres moins, critiques quand la théorie avancée relève de l’invention pure et simple. Pour autant, l’ouvrage s’avère aussi solide que pédagogique, aussi instructif qu’éclairant. En fonction de ses connaissances préalables sur le sujet, le lecteur peut être surpris de retrouver des éléments relevant de la connaissance générale (l’hystérie, le magnétisme, le réflexe pavlovien, les antidépresseurs, etc.) ou bien contenté de voir comment une théorie ou une approche thérapeutique à laquelle il s’est déjà intéressée s’insère dans la perspective historique, dans le contexte de l’époque, a déjà révélé ses limites, quel a été son apport à cette discipline, en quoi elle constitue encore un point de vue constructif. Il est régulièrement étonné d’assister à la naissance d’une approche qui a marqué durablement la culture globale. Il peut trouver un peu rapide l’évocation de l’application de la psychologie à des individus issus de cultures autres qu’occidentales et rester un peu sur sa faim quant à l’existence d’approches non occidentales. Il apprécie que l’auteur ait abordé la question de la place de la psychanalyse en France, par comparaison à celle qu’elle occupe dans d’autres pays occidentaux, et qu’il évoque les sciences cognitives et les neurosciences. En conclusion, les auteurs constatent que les psychologues sont partout, de l’hôpital à l’école en passant par les EHPAD et les cellules de crise. Le développement personnel est un raz-de-marée. Il devient difficile de s’y retrouver entre chercheurs crédibles, psys médiatiques consultés sur tout et n’importe quoi, et charlatans purs. La psychologie est partout, mal définie et souvent mal comprise, parfois victime de son succès, mais d’une extraordinaire vivacité. Le lecteur ressort de cet ouvrage, empli de reconnaissance pour cet exposé clair, synthétique et de grande ampleur, lui ayant permis d’envisager ce domaine du savoir dans une perspective historique, en replaçant les diverses approches dans leur contexte. Une présentation accessible, rigoureuse, et amusante.
Le Troisième Testament
Conrad de Marbourg, accompagné d'Elisabeth d'Elsenor, sont embarqués dans une quête mystique, à la recherche non pas du graal mais d'un troisième testament qui mettrait à mal toute la chrétienté. Voilà pour le pitch de cette aventure au cœur du Moyen Age qui mêle religion, ésotérisme et action. Comme souvent avec Xavier DORISON c'est bien fait, bien pensé. Même, et cela sera mon principal bémol, s'il m'a perdu lors du tome 3, où il m'a semblé manquer d'un brin de clarté pour comprendre le cheminement de l'histoire. Graphiquement le travail d'Alex ALICE est en tout point remarquable (je vous renvoie aux 1ère,8ème et 13ème images de la galerie) et retranscrit avec énormément de talent l'atmosphère tendue du scénario. Ses personnages sont également bien faits et leurs traits sont cohérents avec leurs rôles. Je ne connaissais pas son travail, mais il est sûr que je vais y porter dorénavant une attention particulière. J'ai donc pris un réel plaisir à découvrir cette série. Il faudra certainement que je me replonge dedans, afin de comprendre ce qui a pu m'échapper lors du tome 3. Elle m'a également donné l'envie de me plonger dans son préquel Le Troisième Testament - Julius
Journal d'un Enfant de Lune
Belle histoire qui permet de mettre en lumière cette maladie ci cachée et incomprise. Je me suis mise a la place de cette jeune fille trouvant ce journal caché. J'aurais réagi de la même manière, avec cette euphorie et cette curiosité. On traverse avec elle toute les émotions, la joie un peu malsaine d'ouvrir un secret interdit, l'amour naissant d'un héro inconnu, la soif de partir a l'aventure. Le sentiment d'être l'élu devant accomplir une mission. L'inquiétude et la tristesse de découvrir des souffrances quelle n'avait jamais croisé. Elle a rencontré grâce a ce journal l'empathie l'espoir, elle a redécouvert l'amour de ces proches, elle a mûri elle s'est ouvert au monde. En bref tout ça le temps des vacances d'été.
Surface
3.5 Je ne serais pas aussi enthousiaste que Mac Arthur, mais je trouve tout de même que c'est un bon polar. L'histoire est au final du déjà-vu (ah le village qui cache un terrible secret et c'est bien sur une étrangère qui va venir foutre la emmerde en ayant aucun problème à déterrer une affaire du passé), mais le scénario est terriblement efficace avec notamment des révélations bien emmenés. J'ai pris un certain plaisir à lire cette adaptation d'un roman que je ne connaissais pas et je pense que c'est à lire si on est fan de polar. Là où ça va moins bien est le dessin. Je n'aime pas trop comment sont dessinés les personnes et en particuliers leurs visages. C'est vraiment le style réaliste typique où j'aime bien les décors qui sont parfois très beaux à regarder, mais je bloque sur les personnages que je trouve moche. Ce qui n'aide pas est qu'on est censé voir l'héroïne comme étant laide suite à un accident, mais pour moi tout le monde est laid !
El Diablo
El Diablo est une aventure d'un ancêtre du Marsupilami à l'époque des conquistadors. Le héros est un jeune mousse qui a désobéi à son capitaine (il a refusé de se laisser manger par l'équipage, vous vous rendez compte ?) et qui subit les brimades de celui-ci maintenant qu'ils sont arrivés sur les côtes de Palombie. Envoyé récupérer le cadavre d'un singe dans un arbre, il fait la rencontre du Marsupilami. Les deux développent un étrange lien les amenant à ressentir tout ce que l'autre ressent. Ainsi, quand les marins violentent le jeune héros, le Marsupilami va systématiquement lui venir en aide et éjecter les indélicats avec fracas. Mais cela n'empêche pas le capitaine avide d'or d'utiliser tous les moyens pour atteindre le trésor d'El Dorado qu'on lui a promis. C'est une histoire tous publics avec un scénario simple mais rondement mené. Le décor est exotique et dépaysant. On passe des vieux gréements du 16e siècle à la jungle Palombienne, puis à ses montagnes enneigées et à des temples anciens, comme dans une bonne aventure de Tintin. Le fameux Marsupilami y est traité comme une bête farouche, pas forcément gentille mais pas méchante pour autant. Ce n'est pas le Marsupilami amical, malin et joueur de Franquin, mais il remplit bien son rôle d'ancêtre plus frustre et sauvage, capable de douceur toutefois. L'histoire est plutôt dense, remplissant bien la soixantaine de pages de l'album. Et surtout le graphisme est superbe ! Ce sont de grandes planches aux couleurs intenses, rappelant les gouaches de Masbou (De Cape et de Crocs) et l'ambiance plus enfantine de Keramidas (Alice au pays des singes). On peut largement prendre le temps de les admirer tant les détails sont fournis et les couleurs éclatantes, et en même temps elles restent bien lisibles. Seul léger regret, certains personnages sont un peu trop cartoon dans leur style, en particulier les marins et leur capitaine, ce qui tranche avec la beauté des décors. Mais dans l'ensemble, c'est tellement beau qu'on pardonne facilement ce choix probablement destiné à faciliter l'attrait du jeune public. Un récit d'aventure dépaysant incluant le personnage du Marsupilami au milieu de nombreux autres : si l'intrigue reste simple et sans grande surprise, elle est bien menée, plaisante et elle permet surtout de profiter du superbe dessin d'Alexis Nesme pour un ensemble qui laisse le lecteur satisfait.
Traits intimes
Interroger l’intimité de l’autre pour tenter de se comprendre soi-même. - Ce tome contient une histoire, ou un témoignage, indépendant de toute autre. Sa première édition date de 2019. Il a été entièrement réalisé par Joub (Marc Le Grand), pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend soixante-huit pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec une introduction d’une page, un texte intitulé Les pas de côtés, rédigé par Fabien Grolleau, pour Vide Cocagne. Il évoque les albums à écrire, les commandes à exécuter, les livres à terminer, et puis il y a les pas de côté. Il continue : Pour Joub qui débutait une nouvelle vie entre Bretagne et Guyane, et qui s’interrogeait sur sa carrière d’auteur, il a été vital de faire ce pas de côté : il lui est alors venu l’idée de se confronter au corps de l’autre, d’utiliser son dessin pour emmener ses modèles à se raconter. Interroger l’intimité de l’autre pour tenter de se comprendre soi-même. Lana : En novembre dernier, elle a posé pour la première fois à un court d’art. Là, elle a rencontré un monsieur qui lui a proposé, d’un ton grave, de faire des portraits un peu particuliers. Deux jours après elle était chez lui, nue en train de raconter sa vie sexuelle. Ça ne la dérange pas, elle aime bien parler d’elle. Elle ne comprend pas ce qui lui plaît chez elle. Elle est sûre qu’il veut coucher avec elle. – Marie : elle n’a jamais aimé son corps. Depuis son adolescence, elle s’est toujours trouvée vilaine. Après ses quarante ans, elle s’est sentie plus à l’aise. Peut-être parce que les gens lui disent qu’elle est belle. Et elle le voit dans le regard des hommes. Ce qui la rend triste, c’est que son mari ne lui ai jamais dit. Élodie : Elle a 35 ans et elle trouve que son corps n’a pas été assez exploré. Du coup, elle se sent frustrée de contacts physiques. On n’a pas assez mordu le lobe de ses oreilles, joué avec ses seins, son corps. Elle voudrait plus de câlins, de caresses, de contacts. Aujourd’hui elle veut qu’on joue avec elle. Elle veut que son corps soit un immense terrain de jeu. – Nina : Elle trente-quatre ans. Elle est une belle femme, consciente de son pouvoir de séduction. Par contre, elle n’aime pas montrer son corps. Pour elle, ça n’a aucun intérêt. À la plage, par exemple, si elle n’est pas dans l’eau, elle ne reste pas en maillot de bain. Une fois sortie, elle se rhabille rapidement. Elle considère que son corps n’appartient pas au domaine public mais privé. Elle est plus à l’aise, plus libre dans l’intimité de son couple. - Simone : Elle perçoit son corps comme un compagnon qu’elle voit grandir, vieillir. Elle l’aime bien. Même si certaines évolutions sont plus difficiles à accepter que d’autres, comme le fait de prendre du poids. Gamine, elle était mince et musclée quand elle faisait de la danse classique. On l’appelait le haricot vert. À quarante-deux ans, elle n’est plus grassouillette. Elle a pris du poids. Par tranches de dix kilos. Ça a pu la gêner dans l’intimité de son couple, mais ça n’a jamais déplu à son compagnon. En revanche, elle est bienveillante face aux signes de vieillissement style rides ou cheveux blancs. Finalement, elle se trouve pas si mal. Le lecteur commence par sourire au jeu de mots du titre : Très / Traits intimes. Puis il parcourt le texte d’introduction et note le principe de pages réalisées pour le plaisir, en dehors des obligations professionnelles de forme variée, l’auteur partageant son temps entre des séjours en Bretagne et des séjours en Guyane. Le court texte de la quatrième de couverture et la première histoire explicite le principe : mettre en scène le corps, souvent dénudé, d’un modèle consentant, tout en notant en de courtes phrases, son rapport au corps tel que le sujet l’expose. Chaque modèle est exposé en une page qui porte son prénom comme titre, composée de six cases de taille identique, disposées en trois bandes de deux cases chacune. Le lecteur découvre ainsi cinquante portraits réalisés avec cet angle d’approche. Trente-neuf femmes, onze hommes. Des pages réalisées à la peinture avec un trait de couleur coloré pour délimiter les formes, et un mode de couleur directe pour les zones ainsi détourées. En plus de ces portraits, l’auteur évoque plusieurs moments de sa vie : dix-sept moments, intégrés deux par deux, sauf pour le dernier, dans deux pages en vis-à-vis, page de gauche et page de droite. À chaque fois, l’auteur donne un titre composé d’un lieu et d’une date : Saint-Méloir-des-Bois 30/08/16, Saint-Méloir-des-Bois 01/09/16, Saint-Méloir-des-Bois 02/09/16, La Rochelle 03/09/16, Paris 06/08/16, Rue Victor Hugo 05/11/16, Vol TX 570 pour Cayenne 06/11/16, Cayenne 29/11/16, Copinstant 04/12/16, Cayenne 10/12/16, Corbeil 01/14/17, Cayenne 14/04/17, Cayenne 06/05/17, Copistant 04/06/17, Cayenne 26/03/18, Cayenne 30/04/18, Cayenne 02/06/18. Le lecteur commence par découvrir le corps de Lana, entièrement nue : ses fesses, son tronc de face, à nouveau ses fesses deux fois, puis le haut de sa cuisse droite, et enfin son ventre. L’artiste ne choisit pas des cadrages ou des postures pornographiques, pas forcément d’intention érotique non plus. Le corps présente une belle couleur entre doré et brun, le visage de Lana reste invisible, en dehors du cadrage des cases. Marie porte une culotte et un soutien-gorge, ainsi que des talons hauts, son visage reste également hors cadre. Élodie est entièrement nue, son visage reste hors cadre. Au total, le lecteur pourra voir le visage de trois modèles : Zendaya, Attilia, Laurence. Pour autant, le texte qui accompagne chaque portrait apporte une touche personnelle pour chaque corps. Le point de vue du modèle sur sa relation avec son corps s’avère différent à chaque fois, portant un trait de caractère par ce qu’il raconte. Au fil des portraits, l’artiste prend de l’assurance et ne se sent pas enfermé dans son dispositif. Ainsi dix-sept modèles féminins sont habillés en tenue présentable en société, ni nues, ni en sous-vêtement, et il en va de même pour quatre modèles masculins. Les cases de la page consacrée à Milla montrent des portions de chaussée d’une route, des palettes dressées en barrière et des pneus. Le lecteur comprend que l’artiste a discuté avec ses modèles pour travailler ensemble sur la manière dont ils souhaitent être montrés, être exposés, en fonction de leur relation avec leur corps, en fonction de la représentation qu’ils en ont, des zones qu’ils préfèrent ou non, souhaitant que le dessin évite lesdites zones ou au contraire les mettent en scène. Le choix de ladite mise en scène se fait aussi sur l’absence majoritaire de décor dans ces portraits, et sur un ou deux accessoires. Cécile se trouve dans son jardin avec son panier, manie le sécateur dans une page, caresse une fleur dans une autre. Thierry est dans sa salle de bain, en train de se raser. Antoine effectue des exercices physiques sur le sol en intérieur. Princesse achève d’ajuster sa robe et sa ceinture. Christophe se roule une clope, gratouille un peu sur sa guitare, déguste une bière. Alain change la couche de son bébé. Dès la première page, le lecteur remarque le travail de mise en couleur pour la peau de Lana : texturée, souple, captant la lumière. Dans le même temps, si son regard s’attarde un peu sur le mode d’application de la couleur, il voit l’équivalent de trait de pinceau, d’effets de texture, de grain, de nuance sans rapport avec la réalité observable à l’œil : un travail sophistiqué pour obtenir un tel résultat final. Pour Marie, la peau prend une teinte marron mâtiné de gris, peu naturelle dans sa couleur, mais organique dans l’apparence. Une dizaine de pages plus loin, il retrouve une couleur de peau similaire pour Marcel, puis pour Mary-Loo une quinzaine de pages encore plus loin. La peau de Cassandre se situe en gris et bleu. Celle de Lucie vire à l’orange-ocre. Celle Nounouz apparaît violet tendance prune, celle de Nono violet tendance aubergine. Un savoir-faire épatant de l’usage de la couleur pour des textures de peau organiques et plus vraies que nature. Le lecteur découvre les confidences des modèles, toutes différentes de par leur personnalité, avec des thèmes variables : aimer son corps ou non, avoir un rapport affectif au corps qui évolue avec le temps, être en manque de contacts physiques (câlins, caresses, mordillages, etc.), le pouvoir de séduction, la pudeur, la prise de poids qui accompagne la prise d’âge, l’entretien du corps par l’exercice physique, la nourriture saine, ou au contraire une absence d’intérêt à s’occuper de son corps, un regain de sensualité, l’éventualité de la prostitution, la maladie, l’envie de faire des découvertes, d’expérimenter, la masturbation, le plaisir de porter des talons hauts, l’importance de l’odeur corporelle et des parfums, la fluctuation de poids en fonction de l’état émotionnel, un système pileux trop développé, les tatouages pour habiller le corps ou pour exprimer sa personnalité sur sa peau, les complexes ou leur absence, le besoin de changer d’apparence pour briser la monotonie, l’image publique de soi, l’apparition du bide, la possibilité de la chirurgie esthétique, etc. La majeure partie des modèles sont contents de leur corps, soit parce qu’ils le trouvent beau ou séduisant, parce qu’ils ont appris à l’aimer avec ses imperfections. La plupart des modèles donnent leur âge : 20 ans pour le jeune, 60 pour le plus vieux, dont dix-huit âgés de plus de quarante ans. Dans le même temps, le lecteur découvre les intermèdes, ces séquences intercalées deux par deux qui évoquent la vie de l’auteur. Il a adopté la même mise en page que pour les portraits, six cases par page, disposées en trois bandes de deux, et des cadrages sur des éléments entre détail et décor. L’esprit de l’auteur vagabonde : profiter de moments de solitude, réfléchir aux prochains projets en cuisinant, tailler les arbres en se demandant où il sera la prochaine saison, penser à emménager à La Rochelle, glander à Saint Malo, voyager en train, effectuer un voyage en avion, se faire dorer la pilule sur la plage de Cayenne, planifier les projets à venir, attendre les coups de fils, se retrouver à Corbeil pour un festival de photographies, se retrouver seul dans sa maison, débuter un projet sur la relation au corps. D’un côté, c’est le souvenir de fil en aiguille qui a amené à débuter ce projet, et la boucle est bouclée : de l’autre, ce sont des instantanés de vie. Une vie unique et singulière de bédéiste avec une vie partagée entre métropole et département d’outre-mer, mais aussi une vie banale d’interrogations et de projets, de rapport à son existence, sans question sur son corps, ce qui produit comme un effet d’absence criante par rapport au thème de l’ouvrage. Impossible de soupçonner ce que recèle cet ouvrage à partir de sa couverture ou du texte de quatrième de couverture, ou même en le feuilletant et en regardant des morceaux de corps, souvent dénudés. Un artiste qui regarde et restitue la personnalité d’individus, en leur consacrant une page de six cases, composés de gros plans ou de plans rapprochés sur telle ou telle partie de leur corps, en recueillant leur façon d’envisager leur corps en quelques phrases. Mais aussi des voyages en mouvement de balancier entre la métropole et la Guyane, en réfléchissant à ses projets et à sa vie de famille. Une étonnante anthologie réalisée par un seul et même artiste, entre observation de l’autre, et fragments de vie conduisant vers ce projet. Attention contient de vrais morceaux de vie, des individus véritables sans fard.
À la Maison des femmes
Ouch. Ça fait mal de lire une telle BD, sans doute n'étais-je pas prêt et sans doute suis-je trop sensible à la violence. Mais cette BD est dure, abominablement dure. J'ai rarement eu une BD qui m'a fait pleurer durant sa lecture, à la fin aussi, m'a donné des nausées et m'a fait l'arrêter pour ne pas briser le mental. Mais je suis allé jusqu'au bout, parce qu'il le faut. Et c'est abominable ... J'adore Nicolas Wild pour ses BD reportages qui ajoutent de l'humour à des situations parfois dingues, permettant de comprendre un peu mieux le monde autour de nous. Et là, il fait un reportage tout simple, en région parisienne. Dans une maison pour femmes, une maison pour essayer de soigner toutes les violences qu'on leur fait. A écrire cet avis, il me revient des scènes que la BD contient, et leur violence reste gravée en mémoire. Cette BD, c'est un étalage de ce que l'humain est capable de faire à sa propre espèce sur des critères absurdes. Quand on parle de violences faites aux femmes, c'est assez rarement décrit en détail. On entend peu de témoignages. Les voir étalés, c'est violent, mais nécessaire. La BD est un simple reportage, mais je crois que rarement j'ai vu un reportage où l'auteur souligne à quel point il fut assommé par les informations. Nicolas Wild souligne l'impact des témoignages, qu'il encaisse parfois difficilement (et je suppose que tout ne fut pas intégré dans la BD). Il apporte parfois un simple élément qui montre de façon élégante cette empathie, comme lorsqu'au procès il dessine deux fois la même case de son carnet, où quelques larmes viennent s'ajouter dessus. Voir pleurer un homme sur la violence faite aux femmes, c'est ce que j'ai envie de retenir de ce volume. Cette BD, c'est une claque dans la gueule qu'il faut se prendre. Nos vies semblent bien confortables et tranquilles, mais des milliers de femmes sont violentées chaque jour, et il ne faut pas hiérarchiser les souffrances. Il faut juste repenser à ces milliers de femmes dénonçant des viols chaque mois, ces procès parfois délirants lorsqu'on entend les faits reprochés. La violence envers les femmes est partout, quelque soit l'âge, l'ethnie, la religion, la richesse. C'est la violence universelle de l'humanité envers celles qui sont nées femmes. Même si la BD porte des notes d'espoir, mais je dois bien dire que ce qu'il me reste surtout, c'est une grande noirceur. Comment l'humain peut-il être aussi violent ? Je ne le comprendrais jamais.
Humanitas
Derrière une couverture peu avenante selon moi, j'ai été agréablement surpris par les 3 histoires proposées ici par Aki Yamamoto dont cela semble le premier ouvrage, et le seul à ce jour en langue française. Les 3 récits ont le point commun de questionner les rapports humains et les pratiques culturelles dans des contextes très différents. Un premier récit se déroule au coeur d'une civilisation d'Amérique du Sud où les jumeaux sont séparés à la naissance, élevés pour se battre jusqu'au jour d'un duel fatal entre les deux. Le deuxième est sur un prisonnier russe qui devient champion d'échecs et l'un des symboles de la rivalité USA-URSS lors de la guerre froide. De quel côté va-t-il basculer ? Enfin le dernier récit m'a rappelé des histoires à la Jack London. Un jeune anglais fait naufrage et est recueilli plusieurs mois par des inuits dans le Grand nord. Il est surpris de leur façon de vivre, de manger, des relations sociales et sexuelles différentes qui peuvent exister dans cette société. Trois récits divers mais tous intéressants et bien illustrés.
L'Inconnu (Sommer)
Comment se fait-ce que je n'ai jamais entendu parler du travail d'Anna Sommer ? Née en 1968 aux confins de la Suisse, elle est publiée à l'Association dès les années 1990. Certes elle est peu prolifique en matière de bande dessinée et chez des éditeurs plutôt confidentiels. Son dessin tout d'abord est propre, net et sans fioritures. Un noir et blanc sans cadre formel. Dans l'inconnu, elle raconte le jour où une femme découvre dans la cabine d'essayage de sa boutique de vêtements ni plus ni moins qu'un bébé tout juste né. Et au lieu de prévenir quiconque, elle le garde dans l'arrière-boutique réparant son désir de maternité contrarié. Elle se met par ce choix dans un engrenage duquel elle a du mal à se sortir, à l'insu même de son mari. Celui-ci a aussi des secrets, en particulier avec une de ses étudiantes Vicky. Je le surnote un peu mais j'ai trouvé cette narration bien maîtrisée avec un double fil temporel qui finit par se recroiser sur une fin sans concession. Une lecture fluide qui s'avale d'une traite, dommage que les prix assez élevés de cet éditeur contribuent à son relatif manque de diffusion car son catalogue recèle de bonnes choses.
Petit Poilu
Waouh!! Je viens de découvrir cette superbe série à travers l'emprunt de quelques albums à ma BM rayon tous petits. Je me retrouve complétement dans les nombreux avis élogieux précédents et surtout dans celui de karibou79 qui a noté justement à 4.5. C'est pourquoi je n'hésite pas une seconde à arrondir au 5 bien mérité à mes yeux. Le format de 30 pages est exactement celui qu'il faut pour pouvoir développer le récit sans devenir trop long pour l'attention. Il n'y a pas de texte mais le visuel parle de lui même et le découpage ainsi que la construction du récit suffisent pour avoir une compréhension facile et immédiate de l'histoire. La grande réussite des auteurs est de proposer des histoires diverses et nouvelles autour d'un canevas qui reprend des éléments fixes et sécurisants pour un très jeune lecteur. Ainsi la première page est à la fois redondante et créative comme toutes les journées d'école qui débutent pour un PS/MS/GS. Certains cadres sont incontournables le bisou, la photo, l'objet souvenir. Tout mène vers une morale douce et pleine de bon sens dans un ouvrage clairement fait pour être partagé avec son enfant. De nombreux avis soulignent la facilité d'appropriation du récit par les enfants qui ne savent pas lire. Personnellement je trouve que c'est aussi vrai pour les parents qui ne savent pas lire le français ( ou pas lire du tout). Cela permet un fort moment de partage dans le domaine de la culture pas toujours évident à trouver pour certaines familles. Cette réflexion me conduit tout droit sur le formidable choix graphique de Pierre Bailly: Petit Poilu et sa maman sont à la fois très typés et universels, comme un formidable outil pour lutter contre le racisme dès le plus jeune âge. Pour moi une série premier âge exceptionnelle.