Waouh!! Je viens de découvrir cette superbe série à travers l'emprunt de quelques albums à ma BM rayon tous petits.
Je me retrouve complétement dans les nombreux avis élogieux précédents et surtout dans celui de karibou79 qui a noté justement à 4.5. C'est pourquoi je n'hésite pas une seconde à arrondir au 5 bien mérité à mes yeux. Le format de 30 pages est exactement celui qu'il faut pour pouvoir développer le récit sans devenir trop long pour l'attention. Il n'y a pas de texte mais le visuel parle de lui même et le découpage ainsi que la construction du récit suffisent pour avoir une compréhension facile et immédiate de l'histoire. La grande réussite des auteurs est de proposer des histoires diverses et nouvelles autour d'un canevas qui reprend des éléments fixes et sécurisants pour un très jeune lecteur. Ainsi la première page est à la fois redondante et créative comme toutes les journées d'école qui débutent pour un PS/MS/GS. Certains cadres sont incontournables le bisou, la photo, l'objet souvenir. Tout mène vers une morale douce et pleine de bon sens dans un ouvrage clairement fait pour être partagé avec son enfant. De nombreux avis soulignent la facilité d'appropriation du récit par les enfants qui ne savent pas lire. Personnellement je trouve que c'est aussi vrai pour les parents qui ne savent pas lire le français ( ou pas lire du tout). Cela permet un fort moment de partage dans le domaine de la culture pas toujours évident à trouver pour certaines familles. Cette réflexion me conduit tout droit sur le formidable choix graphique de Pierre Bailly: Petit Poilu et sa maman sont à la fois très typés et universels, comme un formidable outil pour lutter contre le racisme dès le plus jeune âge.
Pour moi une série premier âge exceptionnelle.
J'avais bien apprécié le premier album de Vera Brosgol, La Vie hantée d'Anya sur un mode fantastique. Ici l'autrice d'origine russe change de registre pour un roman qui utilise des éléments biographiques de son expérience en camp scout à l'âge de dix ans. C'est un roman pour jeunes ados ou fin primaire qui se lit très facilement. Il touchera plus particulièrement les enfants avec une double culture qui cherche à " s'intégrer" sans vouloir perdre leur culture d'origine. La jeune Vera est de plus confrontée à un entre-deux avec son âge de 10 ans trop grande pour les petites et trop petite pour les ados. La thématique n'est pas nouvelle mais Brogsol la traite avec beaucoup de justesse et de finesse. C'est souvent très drôle et touchant. De plus cette atmosphère de camp scout permet de concentrer une somme de petites anecdotes qui rend le récit très dynamique et vivant. On peut aussi retrouver une vision dédramatisée de l'abandon de sa zone de confort et un apprentissage de la difficile vie en société loin de la protection de maman.
Le trait de l'autrice est simple mais très expressif et rend bien la dynamique du récit. Il y a une certaine économie de moyen qui n'amoindrit pas la qualité de la lecture graphique. L'autrice a fait le choix d'une bichromie vert/blanc qui fait ressortir à la fois les expressions des personnages et l'ambiance du camp dans la forêt.
Une lecture détente bien sympa pour ado et plus que vous soyez fans de camps scout ou pas.
Woman of Tomorrow nous plonge dans une épopée épique, à mi-chemin entre heroic fantasy et science fiction, emmenant le personnage de Supergirl dans des contrées où l'on n'a pas l'habitude de voir des super-héros.
L'héroïne est une jeune fille originaire d'une planète médiévale fantasy dont le père vient d'être assassiné par un mercenaire au service du roi. Malgré son jeune âge, elle quitte sa famille pour entamer une quête de vengeance. Elle va suivre la trace du tueur et chercher une personne qu'elle pourra engager pour mettre fin à ses exactions. Dans une taverne, elle croisera la route de Kara Zor-El, alias Supergirl, venue sur cette planète au soleil rouge qui atténue ses pouvoirs afin de se saoûler en solitaire pour fêter ses 21 ans. Alors que Supergirl refuse la proposition d'embauche de la jeune fille et s'apprête à quitter la planète, le mercenaire les attaque et empoisonne le chien Krypto avant de s'envoler avec la fusée de la super-héroïne. Les deux jeunes femmes s'allient alors pour retrouver la trace de cet homme malfaisant qui commet atrocités sur atrocités sur son passage.
Tout le ton du récit est dans une veine fantasy notamment du fait de la narration très ampoulée, voire lyrique, de la jeune fille qui accompagne Supergirl. On y voyage bien de planètes en planètes, avec des civilisations extraterrestres dans chacune d'entre elles, mais ce pourrait aussi bien être différentes contrées d'un monde de fantasy. Et la seule super-héroïne qu'on y trouve est Supergirl, jouant le rôle de justicière sans peur et sans reproche, faisant preuve avec parcimonie de sa super-puissance.
Ce n'est pas un comics de super-héros habituel. Et d'ailleurs le rythme du récit y est bien plus lent, coulant à vitesse réduite en grande partie du fait de la narration très verbeuse de la jeune fille. Son texte tient presque du roman tant il décrit les évènements en détails, y apportant à chaque fois son opinion et son interprétation des choses. Pour les amateurs de récits d'action et de rythme enlevé, cela peut apparaitre comme un défaut et parfois donner envie de se dispenser de lire cette narration pour se focaliser sur les seuls dessins et dialogues des personnages. Et moi-même qui ait beaucoup aimé ce phrasé théatral de la narratrice, qui oscille entre épique et légèrement caricatural, je dois avouer qu'il m'a un peu lassé par moment.
Ce récit m'a permis de découvrir un personnage de Supergirl très loin de l'idée que je m'en faisais, celle d'une simple version féminine d'un Superman irréprochable et incapable de tuer. Kara Zor-El, elle, fait ici la preuve d'un état d'esprit nettement moins serein, marqué par le traumatisme de la destruction de sa planète natale et de son peuple qu'elle n'a quittés que déjà relativement âgée. Du coup, outre le fait de la rencontrer dès le départ bourrée dans une taverne, on la voit ensuite régulièrement jurer, se laisser aller à la colère voire même ne pas hésiter à tuer les mauvais... tout en cherchant en même temps en permanence à faire le bien et à faire respecter une justice si possible impartiale. Traitement intéressant pour ce personnage que je connaissais mal.
Et j'en viens maintenant à l'atout le plus puissant de ce comics : son formidable graphisme. Bilquis Evely a un style qui rappelle celui de Barry Windsor-Smith, avec une touche de Philip Craig Russell, un style très abouti, très esthétique, qui tient parfois de l'illustration mais fonctionne très bien en bande dessinée également. Les planches sont de toute beauté, véritables oeuvres d'art chacune tout en favorisant une lecture fluide et prenante. Le travail de Matheus Lopez sur les couleurs les sublime en accentuant l'ambiance de fantasy, de merveilleux et surtout de glorieusement épique qui s'en dégage.
De fait, même si l'intrigue de ce comics traine parfois un peu en longueur et ne m'a pas entièrement convaincu malgré de nombreux aspects intéressants, notamment dans ce mélange de récit de super-héros et d'heroic-fantasy ou encore dans la représentation fouillée du personnage de Supergirl, son graphisme est tellement exceptionnel que je ne peux pas mettre une note plus basse.
Moi, je suis un routard de la fantasy (lu le Seigneur des Anneaux en... 1980! Et des centaines d'autres romans du genre depuis, plus jouer de Jeux de Rôles depuis 1982 - et encore à ce jour dans ma cinquantaine bien avancée). Tout d'abord il ne faut pas bouder son plaisir, c'est sympa à lire, on se laisse porter par l'histoire, et on passe un bon moment. Et surtout, pas besoin d'attendre 20 ans et 15 tomes pour connaître l'histoire au complet. La fin est sympa et change un peu des poncifs.
Avis sur Quelques sentiments de culpabilité :
Et puis surtout, j’en ai marre de tous ces gens, autour de moi, qui ont des problèmes.
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Ce tome constitue une anthologie de scénettes et de gags, à partir de plusieurs albums précédents de l’auteur, parus entre 1962 et 1999. Sa première édition date de 2023. Il est l’œuvre de Jean-Jacques Sempé (1932-1922). Il s’agit de dessins en noir & blanc, il comprend vingt scénettes en une ou plusieurs pages.
Une femme maigre s’est allongée sur le divan de son psychothérapeute. Elle a enlevé ses chaussures qu’elle a laissées au pied du divan. Elle a les mains jointes sur le ventre. Deux des murs du cabinet sont pourvus d’étagères couvertes de livres. Le bureau comporte une pendulette, un téléphone, des calepins, un calendrier journalier et quelques papiers. Le psychologue a pris place dans un fauteuil confortable, à la tête du divan de manière que sa patiente ne puisse par le voir. Alors que la séance commence, il lui demande ce qu’elle pense de ce divan, tout d’abord. Ou lui a livré le matin même. – Dans une ville avec des gratte-ciels, dans une très large avenue, un homme rendu minuscule par les constructions, marche la tête baissée. À quelques dizaines de mètres de lui, se trouvent une église et un pavillon avec un unique étage, abritant un cabinet de psychothérapeute à l’étage. Le thérapeute s’adresse à l’homme d’église qui se tient lui aussi devant son bâtiment, en lui faisant observer : Ou il a l’impression d’avoir péché, et alors l’homme est pour le prêtre, ou il n'arrive pas à pécher et alors il est pour lui, le thérapeute. – Dans un pavillon, un homme est accoudé à la fenêtre grande ouverte, avec son épouse derrière lui, et les arbres autour de la maison, les étoiles et la Lune brillant dans le ciel. Elle s’adresse à lui en lui faisant observer : L’air est doux, il dit à l’homme : courage. Les fleurs lui disent : courage. Les oiseaux, les étoiles, le mouvement même de la vie, lui disent : courage. Et elle, elle lui dit : va voir un psychiatre.
Dans le cabinet d’un psychothérapeute, un homme est allongé sur le divan, et le thérapeute est assis sur une chaise derrière lui, son carnet à la main, en train de lui parler. Le patient est allongé et détendu, les bras le long du corps. Le thérapeute continue de parler, et soudain le patient se raidit. Le discours continue, et le patient semble comme énervé, peut-être en colère. Il se tourne vers le thérapeute, celui-ci étant toujours affable, pour lui faire comprendre qu’il se sent comme poignardé dans le dos. Le praticien lui met une main sur l’épaule pour l’apaiser, mais le patient redit qu’il se sent poignardé dans le dos. Finalement, il se lève et sort, le thérapeute continuant de lui prodiguer des paroles réconfortantes. Un ressort sort de la banquette du divan, étant passé inaperçu des deux hommes. - Dans un autre cabinet, un homme est allongé sur le divan et le psychothérapeute est assis dans un fauteuil au motif assorti à celui du canapé, les mains croisées sur ses jambes. Le patient raconte : Toujours le même rêve : Pelé feinte plusieurs adversaires, il passe le ballon à Platini qui, à son tour, le lui donne dans d’excellentes conditions pour marquer le but.
Ce recueil se compose de vingt scénettes extraites de dix recueils : Rien n’est simple (1962), Sauve qui peut (1964), La grande panique (1966), Des hauts et des bas (1971), Comme par hasard (1981), De bon matin (1983), Luxe, calme et volupté (1987), Insondables mystères (1993), Grand rêves (1997), Beau temps (1999). Treize de ces scénettes se présentent sous la forme d’un dessin en pleine page, et deux sont dépourvus de légende. Les sept autres scénettes sont toutes silencieuses et sont en quatre pages pour six d’entre elles, avec entre six et onze dessins, la septième comptant huit pages et quatorze dessins. En 2023, l’éditeur a publié seize autres recueils thématiques des dessins de Sempé : Quelques amis, Quelques artistes et gens de lettres, Quelques campagnards, […], Quelques philosophes, Quelques représentations, Quelques romantiques. Le rabat de la couverture précise que ses dessins sont piochés au travers de quatre décennies. Le lecteur qui est venu pour les gags vient à bout de cette anthologie d’une soixantaine de pages, en moins de dix minutes. Il remarque que douze des récits mettent en scène un individu en train de consulter, allongé sur un divan, cinq femmes, six hommes, un divan vide. L’absence de tout mot, tout texte dans neuf récits sur vingt permet une lecture très rapide, car les dessins sont lisibilité exemplaire. Les textes accompagnant les illustrations s’avèrent brefs et concis, pour une lecture également très rapide.
Le lecteur de passage risque donc de trouver ce recueil un peu léger. D’un autre côté, l’art de conteur de Jean-Jacques Sempé invite à prendre son temps, à respecter son propre rythme, à savourer, et aussi à se poser comme le font les personnages sur le divan du thérapeute. D’ailleurs, le premier praticien n’est pas pressé, il préfère commencer par le début, et savoir ce que la patiente pense de son nouveau divan. Le nombre de livres sur les étagères et le fauteuil confortable laisse supposer qu’il prend également le temps de la lecture. Le lecteur novice en Sempé prend le temps de s’attarder pour jeter un coup d’œil au dessin lui-même. De scénette en scénette, il se rend compte qu’il n’est pas en mesure de rattacher tel ou tel dessin à une décennie plutôt qu’à une autre. À chaque fois, l’artiste utilise une plume très fine pour tracer des traits délicats et fragiles, parfois non jointifs, laissant souvent la place pour le blanc, ajoutant à la légèreté. D’ailleurs, pour aller dans ce sens, la forme des livres dans les bibliothèques n’est qu’évoquée, sans aucun titre apparent, parfois réduite à un simple trait vertical pour rappeler un des deux côtés du dos. Tout du long de ces pages, le lecteur peut relever de nombreux autres exemples d’évocations par un simple trait fin : les étages d’un immeuble par un simple trait horizontal, le feuillage des arbres par de de petites et courtes ondulations, un dossier de canapé figuré par un simple trait arrondi derrière le buste des deux personnages assis dessus, un arbre surgissant sur la page avec juste un trait pour un côté de son tronc et des traits en fourche pour les branches, de minuscules ellipses irrégulières pour les feuilles d’une plante verte, etc.
Dans le même temps, certains dessins contiennent une multitude d’informations visuelles, tracées avec la même délicatesse. Une dame allongée sur un divan dans un magasin de meubles : une demi-douzaine de canapés de modèle différent, une douzaine de fauteuils de quatre modèles différents, une quinzaine de chaises de nombreuses lampes avec abat-jour, une quinzaine de visiteurs, une cuisine d’exposition. Le dessinateur va au-delà de l’évocation basique d’un espace d’exposition pour le représenter dans une vue générale. En fonction des cabinets de psychothérapeute, ils peuvent être représenter de quelques traits s’il s’agit d’une histoire en plusieurs dessins, ou avec un luxe de détails précis ou esquissés quand il s’agit d’un dessin en pleine page. Les personnages sont représentés avec la même légèreté, voire nonchalance de surface, et la même sensibilité engendrée par de nombreuses heures passées à observer son prochain, à s’essayer à en reproduire la richesse d’une expression de visage, jusqu’à en capturer la justesse. Le lecteur se rend compte qu’il éprouve une sensation de liberté, de pouvoir se promener, et il se rend compte que l’artiste ne trace aucune bordure à ses dessins. D’ailleurs il pense plus à chaque image en tant que dessin, plutôt qu’en tant que case. Il remarque également l’attention portée à la mise en page, une approche aérée, laissant de grandes zones blanches autour de chaque dessin, comme s’ils étaient indépendants, pour inciter le lecteur à les apprécier un par un, installant une distance entre chacun pour aboutir à une sensation de lecture notablement différente de celle d’une bande dessinée traditionnelle, un ressenti effectivement distinct.
Capturer l’indicible, les petits riens, les pensées fugaces, les états d’esprit fluctuants : le dispositif du divan s’y prête bien, avec des déclarations inattendues sur une préoccupation saugrenue, ou futile, ou à l’importance relative, parfois une obsession dérisoire. En fonction de l’histoire ou du moment, le lecteur est saisi par la justesse de l’instant montré, ou par la pantomime dont le naturel peut évoquer Sergio Aragonés en moins burlesque. Le lecteur prend la mesure du talent de l’artiste avec cette scénette en dix images : un homme et une femme sont assis côte à côte, avec un espace d’une quinzaine de centimètres entre les deux. Ils sont immobiles tout au long de ce plan fixe, cadré sur leur buste. Une expression de curiosité se lit sur son visage à elle alors qu’elle regarde son mari en coin, sans tourner la tête, alors que son front à lui se barre de rides de plus en plus nombreuses et profondes. Ses rides à lui s’effacent progressivement, et elles apparaissent avec un léger décalage sur son front à elle. Pas un mot, pas un geste, et l’esprit du lecteur se met à vagabonder, à s’interroger, à faire des suppositions, sur le lien qui unit cette femme et cet homme, sur l’investissement émotionnel de la femme qui la fait réagir par mimétisme, et par réaction son absence de réaction à lui, est-ce de l’indifférence, de l’insensibilité ? Autre chose ? Un incroyable échange inconscient présenté à la perfection qui touche le lecteur au cœur, avec de simples traits légers et fragiles.
Cette anthologie thématique des dessins de Sempé peut sembler une mise en bouche un peu frugale. D’un autre côté, le lecteur s’immerge intégralement dans la perception du monde exprimée par l’auteur. Des dessins délicats qui montrent des individus dans toute leur banalité, avec prévenance, gentillesse, sans jugement, agrémenté par une touche de poésie, une note d’absurde ou de licence artistique. Un recueil qui offre l’occasion de faire l’expérience du monde vu par Sempé, de déguster les saveurs d’instants fugaces et évanescents. Délicieux.
Ce one-shot a été l'occasion de me (re)plonger dans la courte mais prolifique carrière de Robert Capa, considéré comme l'uns des tous meilleurs photographes de tous les temps et un pionnier du photojournalisme.
La bande dessinée revient sur les 20 dernières de sa vie, c'est à dire à partir du moment où sa compagne de l'époque Gerda Taro (autre photographe de guerre de génie) a l'idée d'un pseudonyme plus vendeur. Il s'agira de Robert Capa, plutot que Endre Friedmann, cela donne une sonorité plus américain et permettra au couple de vendre plus cher leurs clichés.
Je dois reconnaitre que j'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire et je pense que ça tient surtout à la narration, assez lente. Il n'y a quasiment pas de dialogues, ce sont essentiellement les pensées de Robert Capa, retranscrites à la première personne, en voix off, en support de l'image. Sans doute l'idée de l'auteur était-elle de donner à l'oeuvre un coté journal intime ou carnet de bord. Mais j'ai trouvé que ça n'aidait pas forcément à une lecture tres fluide. Et puis au fur et à mesure que l'on tourne les pages, l'ensemble gagne en cohérence, en consistence. Cette approche intimiste nous fait mieux comprendre les sentiments de Capa, son attente surtout, quasi maladive entre les conflits, son besoin d'action, d'être au plus près des combats, d'entendre les balles qui fusent autour de lui. Le point d'orgue étant le 6 juin 1944 avec ce débarquement sur les plages de Normandie, retranscrit avec beaucoup de force et d'émotion.
J'ai trouvé le dessin tres fin et très élégant, et les couleurs majoritairement sépias, aident parfaitement à inscrire le récit dans ce contexte de photojournalisme de guerre, qui était essentiellement en noir et blanc. La seule touche de couleur arrive avec la derniere planche, évidemment pour souligner la dramaturgie du moment et on pense bien évidemment à la liste de Schindler de Spielberg.
Plus que les différents conflits connus que Capa a couverts (la guerre civile en Espagne, la deuxième guerre mondiale, la guerre d'Indochine), ça a surtout été pour moi l'occasion de prendre la mesure du destin incroyable de Capa. Il aura en moins d'une vingtaine d'années rencontré et cotoyé (entre autres) Hemingway, Picasso, Matisse, Ingrid Bergman, Hitchcock, Roosevelt, Steinbeck. Il aura vécu en Europe, aux Etats Unis, en Asie, ... Ce que montre bien finalement cette BD c'est son coté insatiable et entier: joueur de poker invétéré (et visiblement pas très bon), buveur, et surtout avec cette envie constante de se retrouver sans cesse sur la ligne de front quelle qu'elle soit, à risquer sa vie à chaque instant. On finit meme par se demander si immortaliser l'instant et informer l'interessent finalement moins que l'adrénaline et la prise de risque. L'auteur réussit vraiment bien nous faire vivre cela. Cela fait d'ailleurs écho à un film sorti cette année sur le même thème: Civil War. Dans un futur proche on y voit des journalistes tout risquer également pour une photo et on se demande surtout si leur véritable motivation n'est pas cet éternel shoot adrénaline.
Belle BD donc à découvrir sur ce type incroyable qu'a été Robert Capa.
Je vais être généreux dans ma notation car je n'ai pas tout aimé dans la série de Grégory Panaccione. Toutefois j'a trouvé le graphisme tellement séduisant qu'il se suffit presque à lui même pour porter la poésie du récit. Cela commence comme une super rando forestière d'un retour à la nature du vieux loup solitaire. A travers un épisode quasi comique de chèvres extraterrestres l'auteur nous prépare à un récit qui mêle surnaturel et mysticisme sur une thématique qui touche au plus profond de nos angoisses. Nous quittons la féerie colorée des bois pour les noirs insondables. C'est très bien maîtrisé par l'auteur même si cette thématique me perturbe profondément. Il faut peut être accepter de laisser une partie de la raison à la porte du hameau pour suivre le récit. Cela m'a demandé de la difficulté.
Une lecture troublante et assez exigeante moins par son texte que par son ambiance. 3.5
Voila une lecture qui ne laisse pas indifférent ! C'est difficile de donner une note, mais je pense que cette BD à quelque chose en elle qui ne laissera jamais indifférent.
L'objet est déjà de toute beauté, avec son dos toilé et ses couvertures travaillées, son papier épais. C'est le genre de BD que j'aime avoir en main. S'ajoute dessus ce dessin, dont la qualité est corrélée au travail demandé. Sans rire, combien de temps a-t-il passé sur chaque case ? C'est fouillé, détaillé, mais jamais je ne me suis senti perdu. C'est fluide et la narration est très vite maitrisé. Passé les deux premières planches où j'ai cherché l'ordre de lecture, je ne me suis jamais senti perdu visuellement, alors que la qualité de l'ensemble ne faiblit pas visuellement.
Maintenant, le cœur du sujet c'est bien cette audace de narration : deux façon de lire l'ouvrage, deux possibilités de comprendre cette histoire. Et si j'ai vu la première possibilité, j'ai déjà envie de voir ce que ça donne lorsqu'on est dans l'autre sens. Et cette histoire est ... riche. Disons que je ne suis pas sur d'avoir tout vu, tout compris. Il y a cette révolution en arrière-plan qui est, clairement, une intégration de toutes les révoltes de Paris en remontant dans le temps jusqu'à la Révolution. Il y a des métaphores et des subtilités, un Paris d'en-bas et les gens d'en-haut. Il y a des métaphores, c'est indéniable, mais aussi des détails qui n'en sont sans doute pas. Par exemple une seule femme semble présente dans le récit. Vu ce qu'il se passe dans l'histoire, a-t-on un commentaire sur la violence faite aux femmes ?
Clairement, la BD est riche et dense. Deux lectures semblent nécessaires à minima, mais je pense qu'une troisième ou une quatrième ne fait pas de mal non plus, tandis que des connaissances préalables sur certains aspects de Paris ou de son Histoire peuvent servir. Mais quelle lecture ! Le genre qui prend au tripes et m'a laissé en sortir après une lecture que je n'ai pas pu arrêter.
Pour l'instant, c'est un excellent 4* mais je suis sujet à augmenter ma note avec une seconde lecture. Et inutile de dire que je recommande la lecture !
L'Oiseau Rare se passe à Paris en 1898 dans ce qu'on appelait à l'époque la Zone. La Zone, c'était une surface non constructible créée en 1840 tout autour du mur d'enceinte de Paris, un no-man's land qui avait été rapidement colonisé par les baraques et autres roulottes des plus démunis, les pauvres rejetés du cœur de la ville et autres ex-paysans miséreux issus de l'exode rural. Parmi ces zoniers vit une petite communauté de 5 personnes, formée autour d'une gamine qu'ils considèrent comme leur petite-fille, leur nièce ou leur petite sœur. Le rêve de cette dernière : reconstruire le cabaret théâtre de ses parents qui a brûlé et où ils sont morts. Pour cela, outre ses talents de chanteuse et de comédienne qu'elle exerce régulièrement, elle et le groupe économisent une petite part sur chacune de leurs combines et autres larcins. Car ils se sont spécialisés dans le vol, le pickpocket et autres petites escroqueries sans grande envergure. Et quand il lui est donné la possibilité d'aller voir la vraie Sarah Bernhardt se produire à l'opéra, elle pense pouvoir toucher son rêve du doigt.
J'ai aimé le contexte de cette série. Il s'écarte de la vision classique du Paris de la fin 19e siècle, de ses beaux costumes et de ses grands boulevards. Ici la Zone est présentée comme une grande communauté, certes misérable et peuplée de nombreux criminels et autres prostituées, mais également assez soudée. Ce lieu a ici une vraie âme et il est d'autant plus intéressant qu'un petit dossier documentaire nous en apprend un peu plus en fin d'album, avec des photos d'époque à l'appui.
On s'attache assez vite à cette petite famille qui entoure l'héroïne Eugénie. Ils ont chacun leurs personnalités et le scénario évite heureusement les revers tragiques stéréotypés qu'on trouve dans trop de récits initiatiques ayant pour personnage une petite fille qui a un rêve inaccessible dans un monde trop cruel. Certes les choses ne se passent pas comme elle l'aimerait, mais les auteurs ne jouent pas la carte du mélodrame et du fatalisme. En effet dans le second tome, on voit doucement les choses tourner en la faveur des héros jusqu'à un joli final satisfaisant.
Le graphisme de Cédric Simon est très appréciable, soutenu par d'agréables couleurs intenses. J'ai eu un peu de mal sur les premières pages à me faire aux rictus dentus assez répétitif de plusieurs personnages mais j'ai fini par oublier et par me laisser porter par les images et le récit.
C'est là un diptyque de belle qualité donnant vie au Paris et à ses faubourgs de la fin XIXe siècle, ainsi qu'au monde du spectacle et de la rue. Tout est bien mené, un tout petit peu convenu sur la fin mais il s'agit tout de même d'une conclusion solide à une courte série plutôt originale et bien agréable.
En tout écrivain, il y a un espion qui sommeille.
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Sa parution initiale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Luc Fromental pour le scénario et par Miles Hyman pour les dessins et les couleurs. Il comprend quatre-vingt-douze pages de bande dessinée. Il se termine avec un dossier de onze pages intitulé Dossier Greene, écrit par le scénariste, structuré en plusieurs parties : Graham Green l’ennemi intérieur, Elizabeth Montagu l’honorable rebelle, Le troisième homme, Quatre dans une Jeep.
Au début de l’année 1948, Elizabeth Montagu arrive en voiture à l’aéroport de Vienne. Elle n’était plus une gamine quand tout ceci est arrivé, mais elle avait gardé le romantisme, l’esprit d’aventure de la débutante que la guerre avait détournée d’un avenir doré écrit d’avance. Un peu actrice, un peu espionne, elle avait mis, depuis le retour de la paix, ses talents au service de la London Films, la compagnie de Sir Alexander Korda. Hiver 1948. Le plus froid de l’après-guerre. Un front sibérien ensevelissait Vienne sous un tombeau de glace. Sir Alex l’avait chargée d’accueillir G. à son arrivée de Londres. Son rôle était de le guider dans la capitale sous occupation des Quatre Puissances et de l’assister dans ses recherches pour l’écriture du film que Korda, Carol Reed et lui projetaient d’y tourner. G. et elle s’étaient croisés aux studios de Shepperton. Grande admiratrice de son œuvre, elle se réjouissait de ma mission. Une chose l’avait troublée. Dans un câble expédié de Brighton le jeudi précédent, G. annonçait un contretemps et lui demandait de télégraphier à sa femme : Bien arrivé – baisers – Graham. Il n’en fallait pas plus pour enflammer l’imagination d’une jeune femme romanesque. En l’attendant, ce soir glacial de février, elle se demande ce qu’il avait pu faire de son week-end volé.
Dans l’aéroport, Elizabeth Montagu fait un grand geste de la main en direction de Graham Green pour attirer son attention. Il vient vers elle, lui serre la main, en s’excusant de l’avoir obligée à braver le blizzard. Un photographe aux lunettes de myope s’est approché, et prend rapidement un cliché de l’écrivain, puis il leur tourne brusquement le dos et s’en va sans mot dire. Au retour de Wien-Schwehat, le silence de Green emplit l’habitacle de la voiture et Montagu n’ose pas proférer un son. Le spectacle des ruines accapare l’écrivain. Elle sait qu’il avait vécu le Blitz, dont les hasards de la guerre l’avaient protégé. Peut-être compare-t-il les blessures de Londres à celles infligées par l’ennemi. Elle lui avait déniché une chambre à l’hôtel Sacher, un exploit dans cette ville pleine de snobs en uniforme. Ils pénètrent dans le hall de l’hôtel, et un groom prend le sac de voyage de Green pour le porter et l’amener jusqu’à sa chambre. Elle lui demande comment il trouve la chambre. Elle lui semble un peu fraîche, mais il sort une bouteille scotch de son sac : le réconfort du pèlerin. Ils trinquent, en oubliant les officiels qui attendaient Greene au Blaue Bar. Ceux-ci échangent entre eux, se demandant ce que Greene vient faire à Vienne.
En fonction de sa familiarité avec l’écrivain Graham Greene (1904-1991), son histoire personnelle, son œuvre, le lecteur peut aborder cette bande dessinée avec différents niveaux de lecture. Le premier niveau correspond à un roman d’espionnage au début de la guerre froide, une opposition entre les pays du bloc de l’Ouest et ceux de l’Est, incarnée par les États-Unis d’un côté et l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) de l’autre côté. Un écrivain est en repérage à Vienne afin de trouver des idées réalistes pour son scénario, en particulier l’activité criminelle à laquelle doit se livrer un personnage, et des lieux remarquables pour l’action, comme une discussion à haut risque et une course-poursuite. Le lecteur n’a pas accès en direct aux pensées de l’écrivain ; il se retrouve à supputer à partir des observations que fait Elizabeth Montagu, et des suppositions qu’elle-même fait. Il se retrouve à participer à cette dimension ludique, échafaudant hypothèses. Le scénariste dose admirablement bien ses ingrédients : de temps à autre, le lecteur sent qu’il perd pied faute de l’apparition d’un nouvel intrigant dans l’histoire ; tout de suite après les commentaires de Montagu ou les remarques sporadiques de Greene ou d’un autre interlocuteur viennent lui apporter une information qui lui permet de reprendre le fil de l’intrigue.
La narration visuelle s’avère douce à l’œil : des contours discrètement arrondis, peu de traits secs, aucun cassant. Des couleurs elles aussi douces et souvent chaudes, un éclairage sans agressivité avec de temps à autre comme l’impression d’un projecteur bien orienté sur un visage par exemple, évoquant une mise en lumière telle qu’elle peut se pratiquer au cinéma. Pour un peu, un feuilletage rapide donne l’impression de dessins tout public, desquels toute agressivité a été gommée, jusqu’à aboutir à une apparence inoffensive. Pour autant, dès la première page, le lecteur ressent bien une représentation de la réalité très adulte. En l’occurrence, l’artiste fait œuvre d’une reconstitution historique très minutieuse, descriptive et dense. Sur ce premier dessine en pleine page, c’est le bon modèle d’avion, de voiture, de camion, d’uniforme militaire. La simplicité de la forme des deux bâtiments correspond pour autant à leur forme globale. Avec la troisième planche, le lecteur peut prendre la mesure de l’investissement de l’artiste dans la description des lieux : il ne manque par un montant, un chambranle, un luminaire aux pièces de l’aéroport. Il en va de même pour la chambre de Greene à Vienne, les mansardes sous les combles à Prague, les murs avec boiserie des cafés de Vienne, les tentures du club l’Oriental toujours à Vienne, les décorations sculptées des balcons de l’opéra Theater an des Wien, les cordages et décors dans les coulisses dudit opéra, les piliers et l’architecture intérieure de l’église Saint-Nicolas de Prague (Malá Strana), etc.
Le lecteur ouvre également grand les yeux lors des séquences en extérieur : les ruines de bâtiments bombardés à Vienne, une allée du cimetière Zentralfriedhof où reposent Beethoven et Salieri, une collision évitée de peu entre un tramway et une voiture, une course-poursuite à pied dans des ruelles pavées de nuit, une descente dans les larges égouts de la ville, un petit tour dans la grande roue du Prater, les rues de Prague envahies par la foule, la vue de la mer depuis Anacapri, le Capitol de Washington le temps d’une case… D’un côté, ces environnements correspondent aux repérages de localisations pour tournage ; de l’autre côté, Graham Green et Elizabeth Montagu (1909-2002) s’y déplacent ou les traversent pour se rendre à leurs rendez-vous, de manière tout à fait organique. Ils séjournent à Vienne, à cette époque, elle servant de guide en fonction des endroits qu’elle connaît, lui ajoutant quelques destinations en fonction de ses contacts. Ces déplacements et ces lieux engendrent une dynamique dans la narration. Il s’agit bien d’un récit d’espionnage, dont les deux principaux protagonistes ne sont pas armés, ne servent pas d’armes. Ils se retrouvent à deux reprises mêlés à une agression physique, dont un meurtre, pour autant ce n’est pas un récit d’action, plutôt une enquête dans laquelle le rôle et les motivations de l’écrivain sont à découvrir. D’ailleurs celui-ci fait observer à Montagu que : En tout écrivain, il y a un espion qui sommeille.
Le récit sera plus parlant pour un lecteur ayant une idée même vague de la carrière de Graham Greene, et ayant déjà entendu parler, ou vu, le film Le troisième homme réalisé par Carol Reed sur un scénario de Graham Greene, tourné en 1948 à Vienne, sorti en 1949. La bande dessinée se lit alors aussi bien comme un hommage à l’auteur, qu’au film. Le lecteur retrouve des éléments biographiques de sa vie, comme sa liaison avec Catherine Walston (1916–1978) ou son véritable passé d’espion au service du MI6 pendant la seconde guerre mondiale, et sa relation avec Kim Philby (1912-1988, Harold Adrian Russell Philby), officier du renseignement britannique. Il relève également les éléments du repérage de Greene à Vienne qui seront intégrés dans son scénario et figureront dans le film Le troisième homme, comme la grande roue ou les égouts de Vienne. Le scénariste se montre fin connaisseur de la vie et du film : dans le dossier en fin d’ouvrage, il fait référence à deux biographies de l’auteur, celle officielle établie par Norman Sherry avec l’aide de Greene, celle officieuse de Michael Shelden jetant un regard derrière la légende. En s’appuyant sur le premier niveau de lecture (une intrigue d’espionnage) et le second (la biographie et les repérages du film), les auteurs développent un troisième niveau de lecture : une analyse sur l’intention du scénario du film, s’avérant des plus convaincantes.
Une très belle couverture attire l’œil du lecteur, par son élégance, et sa composition en plusieurs plans appelant différentes interprétations. Les auteurs retracent un moment très précis dans la vie du romancier Graham Greene : son exploration de Vienne en 1948 pour nourrir le scénario du film Le troisième Homme (1949). La narration visuelle séduit le lecteur par son élégance sophistiquée et la rare consistance de sa reconstitution historique. L’intrigue s’avère tout aussi sophistiquée, mêlant espionnage, découverte de différentes facettes de Vienne, et intention plus ou moins consciente de l’auteur. Élégant.
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Petit Poilu
Waouh!! Je viens de découvrir cette superbe série à travers l'emprunt de quelques albums à ma BM rayon tous petits. Je me retrouve complétement dans les nombreux avis élogieux précédents et surtout dans celui de karibou79 qui a noté justement à 4.5. C'est pourquoi je n'hésite pas une seconde à arrondir au 5 bien mérité à mes yeux. Le format de 30 pages est exactement celui qu'il faut pour pouvoir développer le récit sans devenir trop long pour l'attention. Il n'y a pas de texte mais le visuel parle de lui même et le découpage ainsi que la construction du récit suffisent pour avoir une compréhension facile et immédiate de l'histoire. La grande réussite des auteurs est de proposer des histoires diverses et nouvelles autour d'un canevas qui reprend des éléments fixes et sécurisants pour un très jeune lecteur. Ainsi la première page est à la fois redondante et créative comme toutes les journées d'école qui débutent pour un PS/MS/GS. Certains cadres sont incontournables le bisou, la photo, l'objet souvenir. Tout mène vers une morale douce et pleine de bon sens dans un ouvrage clairement fait pour être partagé avec son enfant. De nombreux avis soulignent la facilité d'appropriation du récit par les enfants qui ne savent pas lire. Personnellement je trouve que c'est aussi vrai pour les parents qui ne savent pas lire le français ( ou pas lire du tout). Cela permet un fort moment de partage dans le domaine de la culture pas toujours évident à trouver pour certaines familles. Cette réflexion me conduit tout droit sur le formidable choix graphique de Pierre Bailly: Petit Poilu et sa maman sont à la fois très typés et universels, comme un formidable outil pour lutter contre le racisme dès le plus jeune âge. Pour moi une série premier âge exceptionnelle.
Un été d'enfer !
J'avais bien apprécié le premier album de Vera Brosgol, La Vie hantée d'Anya sur un mode fantastique. Ici l'autrice d'origine russe change de registre pour un roman qui utilise des éléments biographiques de son expérience en camp scout à l'âge de dix ans. C'est un roman pour jeunes ados ou fin primaire qui se lit très facilement. Il touchera plus particulièrement les enfants avec une double culture qui cherche à " s'intégrer" sans vouloir perdre leur culture d'origine. La jeune Vera est de plus confrontée à un entre-deux avec son âge de 10 ans trop grande pour les petites et trop petite pour les ados. La thématique n'est pas nouvelle mais Brogsol la traite avec beaucoup de justesse et de finesse. C'est souvent très drôle et touchant. De plus cette atmosphère de camp scout permet de concentrer une somme de petites anecdotes qui rend le récit très dynamique et vivant. On peut aussi retrouver une vision dédramatisée de l'abandon de sa zone de confort et un apprentissage de la difficile vie en société loin de la protection de maman. Le trait de l'autrice est simple mais très expressif et rend bien la dynamique du récit. Il y a une certaine économie de moyen qui n'amoindrit pas la qualité de la lecture graphique. L'autrice a fait le choix d'une bichromie vert/blanc qui fait ressortir à la fois les expressions des personnages et l'ambiance du camp dans la forêt. Une lecture détente bien sympa pour ado et plus que vous soyez fans de camps scout ou pas.
Supergirl - Woman of Tomorrow
Woman of Tomorrow nous plonge dans une épopée épique, à mi-chemin entre heroic fantasy et science fiction, emmenant le personnage de Supergirl dans des contrées où l'on n'a pas l'habitude de voir des super-héros. L'héroïne est une jeune fille originaire d'une planète médiévale fantasy dont le père vient d'être assassiné par un mercenaire au service du roi. Malgré son jeune âge, elle quitte sa famille pour entamer une quête de vengeance. Elle va suivre la trace du tueur et chercher une personne qu'elle pourra engager pour mettre fin à ses exactions. Dans une taverne, elle croisera la route de Kara Zor-El, alias Supergirl, venue sur cette planète au soleil rouge qui atténue ses pouvoirs afin de se saoûler en solitaire pour fêter ses 21 ans. Alors que Supergirl refuse la proposition d'embauche de la jeune fille et s'apprête à quitter la planète, le mercenaire les attaque et empoisonne le chien Krypto avant de s'envoler avec la fusée de la super-héroïne. Les deux jeunes femmes s'allient alors pour retrouver la trace de cet homme malfaisant qui commet atrocités sur atrocités sur son passage. Tout le ton du récit est dans une veine fantasy notamment du fait de la narration très ampoulée, voire lyrique, de la jeune fille qui accompagne Supergirl. On y voyage bien de planètes en planètes, avec des civilisations extraterrestres dans chacune d'entre elles, mais ce pourrait aussi bien être différentes contrées d'un monde de fantasy. Et la seule super-héroïne qu'on y trouve est Supergirl, jouant le rôle de justicière sans peur et sans reproche, faisant preuve avec parcimonie de sa super-puissance. Ce n'est pas un comics de super-héros habituel. Et d'ailleurs le rythme du récit y est bien plus lent, coulant à vitesse réduite en grande partie du fait de la narration très verbeuse de la jeune fille. Son texte tient presque du roman tant il décrit les évènements en détails, y apportant à chaque fois son opinion et son interprétation des choses. Pour les amateurs de récits d'action et de rythme enlevé, cela peut apparaitre comme un défaut et parfois donner envie de se dispenser de lire cette narration pour se focaliser sur les seuls dessins et dialogues des personnages. Et moi-même qui ait beaucoup aimé ce phrasé théatral de la narratrice, qui oscille entre épique et légèrement caricatural, je dois avouer qu'il m'a un peu lassé par moment. Ce récit m'a permis de découvrir un personnage de Supergirl très loin de l'idée que je m'en faisais, celle d'une simple version féminine d'un Superman irréprochable et incapable de tuer. Kara Zor-El, elle, fait ici la preuve d'un état d'esprit nettement moins serein, marqué par le traumatisme de la destruction de sa planète natale et de son peuple qu'elle n'a quittés que déjà relativement âgée. Du coup, outre le fait de la rencontrer dès le départ bourrée dans une taverne, on la voit ensuite régulièrement jurer, se laisser aller à la colère voire même ne pas hésiter à tuer les mauvais... tout en cherchant en même temps en permanence à faire le bien et à faire respecter une justice si possible impartiale. Traitement intéressant pour ce personnage que je connaissais mal. Et j'en viens maintenant à l'atout le plus puissant de ce comics : son formidable graphisme. Bilquis Evely a un style qui rappelle celui de Barry Windsor-Smith, avec une touche de Philip Craig Russell, un style très abouti, très esthétique, qui tient parfois de l'illustration mais fonctionne très bien en bande dessinée également. Les planches sont de toute beauté, véritables oeuvres d'art chacune tout en favorisant une lecture fluide et prenante. Le travail de Matheus Lopez sur les couleurs les sublime en accentuant l'ambiance de fantasy, de merveilleux et surtout de glorieusement épique qui s'en dégage. De fait, même si l'intrigue de ce comics traine parfois un peu en longueur et ne m'a pas entièrement convaincu malgré de nombreux aspects intéressants, notamment dans ce mélange de récit de super-héros et d'heroic-fantasy ou encore dans la représentation fouillée du personnage de Supergirl, son graphisme est tellement exceptionnel que je ne peux pas mettre une note plus basse.
Yuna
Moi, je suis un routard de la fantasy (lu le Seigneur des Anneaux en... 1980! Et des centaines d'autres romans du genre depuis, plus jouer de Jeux de Rôles depuis 1982 - et encore à ce jour dans ma cinquantaine bien avancée). Tout d'abord il ne faut pas bouder son plaisir, c'est sympa à lire, on se laisse porter par l'histoire, et on passe un bon moment. Et surtout, pas besoin d'attendre 20 ans et 15 tomes pour connaître l'histoire au complet. La fin est sympa et change un peu des poncifs.
Quelques...
Avis sur Quelques sentiments de culpabilité : Et puis surtout, j’en ai marre de tous ces gens, autour de moi, qui ont des problèmes. - Ce tome constitue une anthologie de scénettes et de gags, à partir de plusieurs albums précédents de l’auteur, parus entre 1962 et 1999. Sa première édition date de 2023. Il est l’œuvre de Jean-Jacques Sempé (1932-1922). Il s’agit de dessins en noir & blanc, il comprend vingt scénettes en une ou plusieurs pages. Une femme maigre s’est allongée sur le divan de son psychothérapeute. Elle a enlevé ses chaussures qu’elle a laissées au pied du divan. Elle a les mains jointes sur le ventre. Deux des murs du cabinet sont pourvus d’étagères couvertes de livres. Le bureau comporte une pendulette, un téléphone, des calepins, un calendrier journalier et quelques papiers. Le psychologue a pris place dans un fauteuil confortable, à la tête du divan de manière que sa patiente ne puisse par le voir. Alors que la séance commence, il lui demande ce qu’elle pense de ce divan, tout d’abord. Ou lui a livré le matin même. – Dans une ville avec des gratte-ciels, dans une très large avenue, un homme rendu minuscule par les constructions, marche la tête baissée. À quelques dizaines de mètres de lui, se trouvent une église et un pavillon avec un unique étage, abritant un cabinet de psychothérapeute à l’étage. Le thérapeute s’adresse à l’homme d’église qui se tient lui aussi devant son bâtiment, en lui faisant observer : Ou il a l’impression d’avoir péché, et alors l’homme est pour le prêtre, ou il n'arrive pas à pécher et alors il est pour lui, le thérapeute. – Dans un pavillon, un homme est accoudé à la fenêtre grande ouverte, avec son épouse derrière lui, et les arbres autour de la maison, les étoiles et la Lune brillant dans le ciel. Elle s’adresse à lui en lui faisant observer : L’air est doux, il dit à l’homme : courage. Les fleurs lui disent : courage. Les oiseaux, les étoiles, le mouvement même de la vie, lui disent : courage. Et elle, elle lui dit : va voir un psychiatre. Dans le cabinet d’un psychothérapeute, un homme est allongé sur le divan, et le thérapeute est assis sur une chaise derrière lui, son carnet à la main, en train de lui parler. Le patient est allongé et détendu, les bras le long du corps. Le thérapeute continue de parler, et soudain le patient se raidit. Le discours continue, et le patient semble comme énervé, peut-être en colère. Il se tourne vers le thérapeute, celui-ci étant toujours affable, pour lui faire comprendre qu’il se sent comme poignardé dans le dos. Le praticien lui met une main sur l’épaule pour l’apaiser, mais le patient redit qu’il se sent poignardé dans le dos. Finalement, il se lève et sort, le thérapeute continuant de lui prodiguer des paroles réconfortantes. Un ressort sort de la banquette du divan, étant passé inaperçu des deux hommes. - Dans un autre cabinet, un homme est allongé sur le divan et le psychothérapeute est assis dans un fauteuil au motif assorti à celui du canapé, les mains croisées sur ses jambes. Le patient raconte : Toujours le même rêve : Pelé feinte plusieurs adversaires, il passe le ballon à Platini qui, à son tour, le lui donne dans d’excellentes conditions pour marquer le but. Ce recueil se compose de vingt scénettes extraites de dix recueils : Rien n’est simple (1962), Sauve qui peut (1964), La grande panique (1966), Des hauts et des bas (1971), Comme par hasard (1981), De bon matin (1983), Luxe, calme et volupté (1987), Insondables mystères (1993), Grand rêves (1997), Beau temps (1999). Treize de ces scénettes se présentent sous la forme d’un dessin en pleine page, et deux sont dépourvus de légende. Les sept autres scénettes sont toutes silencieuses et sont en quatre pages pour six d’entre elles, avec entre six et onze dessins, la septième comptant huit pages et quatorze dessins. En 2023, l’éditeur a publié seize autres recueils thématiques des dessins de Sempé : Quelques amis, Quelques artistes et gens de lettres, Quelques campagnards, […], Quelques philosophes, Quelques représentations, Quelques romantiques. Le rabat de la couverture précise que ses dessins sont piochés au travers de quatre décennies. Le lecteur qui est venu pour les gags vient à bout de cette anthologie d’une soixantaine de pages, en moins de dix minutes. Il remarque que douze des récits mettent en scène un individu en train de consulter, allongé sur un divan, cinq femmes, six hommes, un divan vide. L’absence de tout mot, tout texte dans neuf récits sur vingt permet une lecture très rapide, car les dessins sont lisibilité exemplaire. Les textes accompagnant les illustrations s’avèrent brefs et concis, pour une lecture également très rapide. Le lecteur de passage risque donc de trouver ce recueil un peu léger. D’un autre côté, l’art de conteur de Jean-Jacques Sempé invite à prendre son temps, à respecter son propre rythme, à savourer, et aussi à se poser comme le font les personnages sur le divan du thérapeute. D’ailleurs, le premier praticien n’est pas pressé, il préfère commencer par le début, et savoir ce que la patiente pense de son nouveau divan. Le nombre de livres sur les étagères et le fauteuil confortable laisse supposer qu’il prend également le temps de la lecture. Le lecteur novice en Sempé prend le temps de s’attarder pour jeter un coup d’œil au dessin lui-même. De scénette en scénette, il se rend compte qu’il n’est pas en mesure de rattacher tel ou tel dessin à une décennie plutôt qu’à une autre. À chaque fois, l’artiste utilise une plume très fine pour tracer des traits délicats et fragiles, parfois non jointifs, laissant souvent la place pour le blanc, ajoutant à la légèreté. D’ailleurs, pour aller dans ce sens, la forme des livres dans les bibliothèques n’est qu’évoquée, sans aucun titre apparent, parfois réduite à un simple trait vertical pour rappeler un des deux côtés du dos. Tout du long de ces pages, le lecteur peut relever de nombreux autres exemples d’évocations par un simple trait fin : les étages d’un immeuble par un simple trait horizontal, le feuillage des arbres par de de petites et courtes ondulations, un dossier de canapé figuré par un simple trait arrondi derrière le buste des deux personnages assis dessus, un arbre surgissant sur la page avec juste un trait pour un côté de son tronc et des traits en fourche pour les branches, de minuscules ellipses irrégulières pour les feuilles d’une plante verte, etc. Dans le même temps, certains dessins contiennent une multitude d’informations visuelles, tracées avec la même délicatesse. Une dame allongée sur un divan dans un magasin de meubles : une demi-douzaine de canapés de modèle différent, une douzaine de fauteuils de quatre modèles différents, une quinzaine de chaises de nombreuses lampes avec abat-jour, une quinzaine de visiteurs, une cuisine d’exposition. Le dessinateur va au-delà de l’évocation basique d’un espace d’exposition pour le représenter dans une vue générale. En fonction des cabinets de psychothérapeute, ils peuvent être représenter de quelques traits s’il s’agit d’une histoire en plusieurs dessins, ou avec un luxe de détails précis ou esquissés quand il s’agit d’un dessin en pleine page. Les personnages sont représentés avec la même légèreté, voire nonchalance de surface, et la même sensibilité engendrée par de nombreuses heures passées à observer son prochain, à s’essayer à en reproduire la richesse d’une expression de visage, jusqu’à en capturer la justesse. Le lecteur se rend compte qu’il éprouve une sensation de liberté, de pouvoir se promener, et il se rend compte que l’artiste ne trace aucune bordure à ses dessins. D’ailleurs il pense plus à chaque image en tant que dessin, plutôt qu’en tant que case. Il remarque également l’attention portée à la mise en page, une approche aérée, laissant de grandes zones blanches autour de chaque dessin, comme s’ils étaient indépendants, pour inciter le lecteur à les apprécier un par un, installant une distance entre chacun pour aboutir à une sensation de lecture notablement différente de celle d’une bande dessinée traditionnelle, un ressenti effectivement distinct. Capturer l’indicible, les petits riens, les pensées fugaces, les états d’esprit fluctuants : le dispositif du divan s’y prête bien, avec des déclarations inattendues sur une préoccupation saugrenue, ou futile, ou à l’importance relative, parfois une obsession dérisoire. En fonction de l’histoire ou du moment, le lecteur est saisi par la justesse de l’instant montré, ou par la pantomime dont le naturel peut évoquer Sergio Aragonés en moins burlesque. Le lecteur prend la mesure du talent de l’artiste avec cette scénette en dix images : un homme et une femme sont assis côte à côte, avec un espace d’une quinzaine de centimètres entre les deux. Ils sont immobiles tout au long de ce plan fixe, cadré sur leur buste. Une expression de curiosité se lit sur son visage à elle alors qu’elle regarde son mari en coin, sans tourner la tête, alors que son front à lui se barre de rides de plus en plus nombreuses et profondes. Ses rides à lui s’effacent progressivement, et elles apparaissent avec un léger décalage sur son front à elle. Pas un mot, pas un geste, et l’esprit du lecteur se met à vagabonder, à s’interroger, à faire des suppositions, sur le lien qui unit cette femme et cet homme, sur l’investissement émotionnel de la femme qui la fait réagir par mimétisme, et par réaction son absence de réaction à lui, est-ce de l’indifférence, de l’insensibilité ? Autre chose ? Un incroyable échange inconscient présenté à la perfection qui touche le lecteur au cœur, avec de simples traits légers et fragiles. Cette anthologie thématique des dessins de Sempé peut sembler une mise en bouche un peu frugale. D’un autre côté, le lecteur s’immerge intégralement dans la perception du monde exprimée par l’auteur. Des dessins délicats qui montrent des individus dans toute leur banalité, avec prévenance, gentillesse, sans jugement, agrémenté par une touche de poésie, une note d’absurde ou de licence artistique. Un recueil qui offre l’occasion de faire l’expérience du monde vu par Sempé, de déguster les saveurs d’instants fugaces et évanescents. Délicieux.
Capa - L'Etoile filante
Ce one-shot a été l'occasion de me (re)plonger dans la courte mais prolifique carrière de Robert Capa, considéré comme l'uns des tous meilleurs photographes de tous les temps et un pionnier du photojournalisme. La bande dessinée revient sur les 20 dernières de sa vie, c'est à dire à partir du moment où sa compagne de l'époque Gerda Taro (autre photographe de guerre de génie) a l'idée d'un pseudonyme plus vendeur. Il s'agira de Robert Capa, plutot que Endre Friedmann, cela donne une sonorité plus américain et permettra au couple de vendre plus cher leurs clichés. Je dois reconnaitre que j'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire et je pense que ça tient surtout à la narration, assez lente. Il n'y a quasiment pas de dialogues, ce sont essentiellement les pensées de Robert Capa, retranscrites à la première personne, en voix off, en support de l'image. Sans doute l'idée de l'auteur était-elle de donner à l'oeuvre un coté journal intime ou carnet de bord. Mais j'ai trouvé que ça n'aidait pas forcément à une lecture tres fluide. Et puis au fur et à mesure que l'on tourne les pages, l'ensemble gagne en cohérence, en consistence. Cette approche intimiste nous fait mieux comprendre les sentiments de Capa, son attente surtout, quasi maladive entre les conflits, son besoin d'action, d'être au plus près des combats, d'entendre les balles qui fusent autour de lui. Le point d'orgue étant le 6 juin 1944 avec ce débarquement sur les plages de Normandie, retranscrit avec beaucoup de force et d'émotion. J'ai trouvé le dessin tres fin et très élégant, et les couleurs majoritairement sépias, aident parfaitement à inscrire le récit dans ce contexte de photojournalisme de guerre, qui était essentiellement en noir et blanc. La seule touche de couleur arrive avec la derniere planche, évidemment pour souligner la dramaturgie du moment et on pense bien évidemment à la liste de Schindler de Spielberg. Plus que les différents conflits connus que Capa a couverts (la guerre civile en Espagne, la deuxième guerre mondiale, la guerre d'Indochine), ça a surtout été pour moi l'occasion de prendre la mesure du destin incroyable de Capa. Il aura en moins d'une vingtaine d'années rencontré et cotoyé (entre autres) Hemingway, Picasso, Matisse, Ingrid Bergman, Hitchcock, Roosevelt, Steinbeck. Il aura vécu en Europe, aux Etats Unis, en Asie, ... Ce que montre bien finalement cette BD c'est son coté insatiable et entier: joueur de poker invétéré (et visiblement pas très bon), buveur, et surtout avec cette envie constante de se retrouver sans cesse sur la ligne de front quelle qu'elle soit, à risquer sa vie à chaque instant. On finit meme par se demander si immortaliser l'instant et informer l'interessent finalement moins que l'adrénaline et la prise de risque. L'auteur réussit vraiment bien nous faire vivre cela. Cela fait d'ailleurs écho à un film sorti cette année sur le même thème: Civil War. Dans un futur proche on y voit des journalistes tout risquer également pour une photo et on se demande surtout si leur véritable motivation n'est pas cet éternel shoot adrénaline. Belle BD donc à découvrir sur ce type incroyable qu'a été Robert Capa.
La Petite Lumière
Je vais être généreux dans ma notation car je n'ai pas tout aimé dans la série de Grégory Panaccione. Toutefois j'a trouvé le graphisme tellement séduisant qu'il se suffit presque à lui même pour porter la poésie du récit. Cela commence comme une super rando forestière d'un retour à la nature du vieux loup solitaire. A travers un épisode quasi comique de chèvres extraterrestres l'auteur nous prépare à un récit qui mêle surnaturel et mysticisme sur une thématique qui touche au plus profond de nos angoisses. Nous quittons la féerie colorée des bois pour les noirs insondables. C'est très bien maîtrisé par l'auteur même si cette thématique me perturbe profondément. Il faut peut être accepter de laisser une partie de la raison à la porte du hameau pour suivre le récit. Cela m'a demandé de la difficulté. Une lecture troublante et assez exigeante moins par son texte que par son ambiance. 3.5
L'Orfèvre (Lozes)
Voila une lecture qui ne laisse pas indifférent ! C'est difficile de donner une note, mais je pense que cette BD à quelque chose en elle qui ne laissera jamais indifférent. L'objet est déjà de toute beauté, avec son dos toilé et ses couvertures travaillées, son papier épais. C'est le genre de BD que j'aime avoir en main. S'ajoute dessus ce dessin, dont la qualité est corrélée au travail demandé. Sans rire, combien de temps a-t-il passé sur chaque case ? C'est fouillé, détaillé, mais jamais je ne me suis senti perdu. C'est fluide et la narration est très vite maitrisé. Passé les deux premières planches où j'ai cherché l'ordre de lecture, je ne me suis jamais senti perdu visuellement, alors que la qualité de l'ensemble ne faiblit pas visuellement. Maintenant, le cœur du sujet c'est bien cette audace de narration : deux façon de lire l'ouvrage, deux possibilités de comprendre cette histoire. Et si j'ai vu la première possibilité, j'ai déjà envie de voir ce que ça donne lorsqu'on est dans l'autre sens. Et cette histoire est ... riche. Disons que je ne suis pas sur d'avoir tout vu, tout compris. Il y a cette révolution en arrière-plan qui est, clairement, une intégration de toutes les révoltes de Paris en remontant dans le temps jusqu'à la Révolution. Il y a des métaphores et des subtilités, un Paris d'en-bas et les gens d'en-haut. Il y a des métaphores, c'est indéniable, mais aussi des détails qui n'en sont sans doute pas. Par exemple une seule femme semble présente dans le récit. Vu ce qu'il se passe dans l'histoire, a-t-on un commentaire sur la violence faite aux femmes ? Clairement, la BD est riche et dense. Deux lectures semblent nécessaires à minima, mais je pense qu'une troisième ou une quatrième ne fait pas de mal non plus, tandis que des connaissances préalables sur certains aspects de Paris ou de son Histoire peuvent servir. Mais quelle lecture ! Le genre qui prend au tripes et m'a laissé en sortir après une lecture que je n'ai pas pu arrêter. Pour l'instant, c'est un excellent 4* mais je suis sujet à augmenter ma note avec une seconde lecture. Et inutile de dire que je recommande la lecture !
L'Oiseau Rare
L'Oiseau Rare se passe à Paris en 1898 dans ce qu'on appelait à l'époque la Zone. La Zone, c'était une surface non constructible créée en 1840 tout autour du mur d'enceinte de Paris, un no-man's land qui avait été rapidement colonisé par les baraques et autres roulottes des plus démunis, les pauvres rejetés du cœur de la ville et autres ex-paysans miséreux issus de l'exode rural. Parmi ces zoniers vit une petite communauté de 5 personnes, formée autour d'une gamine qu'ils considèrent comme leur petite-fille, leur nièce ou leur petite sœur. Le rêve de cette dernière : reconstruire le cabaret théâtre de ses parents qui a brûlé et où ils sont morts. Pour cela, outre ses talents de chanteuse et de comédienne qu'elle exerce régulièrement, elle et le groupe économisent une petite part sur chacune de leurs combines et autres larcins. Car ils se sont spécialisés dans le vol, le pickpocket et autres petites escroqueries sans grande envergure. Et quand il lui est donné la possibilité d'aller voir la vraie Sarah Bernhardt se produire à l'opéra, elle pense pouvoir toucher son rêve du doigt. J'ai aimé le contexte de cette série. Il s'écarte de la vision classique du Paris de la fin 19e siècle, de ses beaux costumes et de ses grands boulevards. Ici la Zone est présentée comme une grande communauté, certes misérable et peuplée de nombreux criminels et autres prostituées, mais également assez soudée. Ce lieu a ici une vraie âme et il est d'autant plus intéressant qu'un petit dossier documentaire nous en apprend un peu plus en fin d'album, avec des photos d'époque à l'appui. On s'attache assez vite à cette petite famille qui entoure l'héroïne Eugénie. Ils ont chacun leurs personnalités et le scénario évite heureusement les revers tragiques stéréotypés qu'on trouve dans trop de récits initiatiques ayant pour personnage une petite fille qui a un rêve inaccessible dans un monde trop cruel. Certes les choses ne se passent pas comme elle l'aimerait, mais les auteurs ne jouent pas la carte du mélodrame et du fatalisme. En effet dans le second tome, on voit doucement les choses tourner en la faveur des héros jusqu'à un joli final satisfaisant. Le graphisme de Cédric Simon est très appréciable, soutenu par d'agréables couleurs intenses. J'ai eu un peu de mal sur les premières pages à me faire aux rictus dentus assez répétitif de plusieurs personnages mais j'ai fini par oublier et par me laisser porter par les images et le récit. C'est là un diptyque de belle qualité donnant vie au Paris et à ses faubourgs de la fin XIXe siècle, ainsi qu'au monde du spectacle et de la rue. Tout est bien mené, un tout petit peu convenu sur la fin mais il s'agit tout de même d'une conclusion solide à une courte série plutôt originale et bien agréable.
Le Coup de Prague
En tout écrivain, il y a un espion qui sommeille. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Sa parution initiale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Luc Fromental pour le scénario et par Miles Hyman pour les dessins et les couleurs. Il comprend quatre-vingt-douze pages de bande dessinée. Il se termine avec un dossier de onze pages intitulé Dossier Greene, écrit par le scénariste, structuré en plusieurs parties : Graham Green l’ennemi intérieur, Elizabeth Montagu l’honorable rebelle, Le troisième homme, Quatre dans une Jeep. Au début de l’année 1948, Elizabeth Montagu arrive en voiture à l’aéroport de Vienne. Elle n’était plus une gamine quand tout ceci est arrivé, mais elle avait gardé le romantisme, l’esprit d’aventure de la débutante que la guerre avait détournée d’un avenir doré écrit d’avance. Un peu actrice, un peu espionne, elle avait mis, depuis le retour de la paix, ses talents au service de la London Films, la compagnie de Sir Alexander Korda. Hiver 1948. Le plus froid de l’après-guerre. Un front sibérien ensevelissait Vienne sous un tombeau de glace. Sir Alex l’avait chargée d’accueillir G. à son arrivée de Londres. Son rôle était de le guider dans la capitale sous occupation des Quatre Puissances et de l’assister dans ses recherches pour l’écriture du film que Korda, Carol Reed et lui projetaient d’y tourner. G. et elle s’étaient croisés aux studios de Shepperton. Grande admiratrice de son œuvre, elle se réjouissait de ma mission. Une chose l’avait troublée. Dans un câble expédié de Brighton le jeudi précédent, G. annonçait un contretemps et lui demandait de télégraphier à sa femme : Bien arrivé – baisers – Graham. Il n’en fallait pas plus pour enflammer l’imagination d’une jeune femme romanesque. En l’attendant, ce soir glacial de février, elle se demande ce qu’il avait pu faire de son week-end volé. Dans l’aéroport, Elizabeth Montagu fait un grand geste de la main en direction de Graham Green pour attirer son attention. Il vient vers elle, lui serre la main, en s’excusant de l’avoir obligée à braver le blizzard. Un photographe aux lunettes de myope s’est approché, et prend rapidement un cliché de l’écrivain, puis il leur tourne brusquement le dos et s’en va sans mot dire. Au retour de Wien-Schwehat, le silence de Green emplit l’habitacle de la voiture et Montagu n’ose pas proférer un son. Le spectacle des ruines accapare l’écrivain. Elle sait qu’il avait vécu le Blitz, dont les hasards de la guerre l’avaient protégé. Peut-être compare-t-il les blessures de Londres à celles infligées par l’ennemi. Elle lui avait déniché une chambre à l’hôtel Sacher, un exploit dans cette ville pleine de snobs en uniforme. Ils pénètrent dans le hall de l’hôtel, et un groom prend le sac de voyage de Green pour le porter et l’amener jusqu’à sa chambre. Elle lui demande comment il trouve la chambre. Elle lui semble un peu fraîche, mais il sort une bouteille scotch de son sac : le réconfort du pèlerin. Ils trinquent, en oubliant les officiels qui attendaient Greene au Blaue Bar. Ceux-ci échangent entre eux, se demandant ce que Greene vient faire à Vienne. En fonction de sa familiarité avec l’écrivain Graham Greene (1904-1991), son histoire personnelle, son œuvre, le lecteur peut aborder cette bande dessinée avec différents niveaux de lecture. Le premier niveau correspond à un roman d’espionnage au début de la guerre froide, une opposition entre les pays du bloc de l’Ouest et ceux de l’Est, incarnée par les États-Unis d’un côté et l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) de l’autre côté. Un écrivain est en repérage à Vienne afin de trouver des idées réalistes pour son scénario, en particulier l’activité criminelle à laquelle doit se livrer un personnage, et des lieux remarquables pour l’action, comme une discussion à haut risque et une course-poursuite. Le lecteur n’a pas accès en direct aux pensées de l’écrivain ; il se retrouve à supputer à partir des observations que fait Elizabeth Montagu, et des suppositions qu’elle-même fait. Il se retrouve à participer à cette dimension ludique, échafaudant hypothèses. Le scénariste dose admirablement bien ses ingrédients : de temps à autre, le lecteur sent qu’il perd pied faute de l’apparition d’un nouvel intrigant dans l’histoire ; tout de suite après les commentaires de Montagu ou les remarques sporadiques de Greene ou d’un autre interlocuteur viennent lui apporter une information qui lui permet de reprendre le fil de l’intrigue. La narration visuelle s’avère douce à l’œil : des contours discrètement arrondis, peu de traits secs, aucun cassant. Des couleurs elles aussi douces et souvent chaudes, un éclairage sans agressivité avec de temps à autre comme l’impression d’un projecteur bien orienté sur un visage par exemple, évoquant une mise en lumière telle qu’elle peut se pratiquer au cinéma. Pour un peu, un feuilletage rapide donne l’impression de dessins tout public, desquels toute agressivité a été gommée, jusqu’à aboutir à une apparence inoffensive. Pour autant, dès la première page, le lecteur ressent bien une représentation de la réalité très adulte. En l’occurrence, l’artiste fait œuvre d’une reconstitution historique très minutieuse, descriptive et dense. Sur ce premier dessine en pleine page, c’est le bon modèle d’avion, de voiture, de camion, d’uniforme militaire. La simplicité de la forme des deux bâtiments correspond pour autant à leur forme globale. Avec la troisième planche, le lecteur peut prendre la mesure de l’investissement de l’artiste dans la description des lieux : il ne manque par un montant, un chambranle, un luminaire aux pièces de l’aéroport. Il en va de même pour la chambre de Greene à Vienne, les mansardes sous les combles à Prague, les murs avec boiserie des cafés de Vienne, les tentures du club l’Oriental toujours à Vienne, les décorations sculptées des balcons de l’opéra Theater an des Wien, les cordages et décors dans les coulisses dudit opéra, les piliers et l’architecture intérieure de l’église Saint-Nicolas de Prague (Malá Strana), etc. Le lecteur ouvre également grand les yeux lors des séquences en extérieur : les ruines de bâtiments bombardés à Vienne, une allée du cimetière Zentralfriedhof où reposent Beethoven et Salieri, une collision évitée de peu entre un tramway et une voiture, une course-poursuite à pied dans des ruelles pavées de nuit, une descente dans les larges égouts de la ville, un petit tour dans la grande roue du Prater, les rues de Prague envahies par la foule, la vue de la mer depuis Anacapri, le Capitol de Washington le temps d’une case… D’un côté, ces environnements correspondent aux repérages de localisations pour tournage ; de l’autre côté, Graham Green et Elizabeth Montagu (1909-2002) s’y déplacent ou les traversent pour se rendre à leurs rendez-vous, de manière tout à fait organique. Ils séjournent à Vienne, à cette époque, elle servant de guide en fonction des endroits qu’elle connaît, lui ajoutant quelques destinations en fonction de ses contacts. Ces déplacements et ces lieux engendrent une dynamique dans la narration. Il s’agit bien d’un récit d’espionnage, dont les deux principaux protagonistes ne sont pas armés, ne servent pas d’armes. Ils se retrouvent à deux reprises mêlés à une agression physique, dont un meurtre, pour autant ce n’est pas un récit d’action, plutôt une enquête dans laquelle le rôle et les motivations de l’écrivain sont à découvrir. D’ailleurs celui-ci fait observer à Montagu que : En tout écrivain, il y a un espion qui sommeille. Le récit sera plus parlant pour un lecteur ayant une idée même vague de la carrière de Graham Greene, et ayant déjà entendu parler, ou vu, le film Le troisième homme réalisé par Carol Reed sur un scénario de Graham Greene, tourné en 1948 à Vienne, sorti en 1949. La bande dessinée se lit alors aussi bien comme un hommage à l’auteur, qu’au film. Le lecteur retrouve des éléments biographiques de sa vie, comme sa liaison avec Catherine Walston (1916–1978) ou son véritable passé d’espion au service du MI6 pendant la seconde guerre mondiale, et sa relation avec Kim Philby (1912-1988, Harold Adrian Russell Philby), officier du renseignement britannique. Il relève également les éléments du repérage de Greene à Vienne qui seront intégrés dans son scénario et figureront dans le film Le troisième homme, comme la grande roue ou les égouts de Vienne. Le scénariste se montre fin connaisseur de la vie et du film : dans le dossier en fin d’ouvrage, il fait référence à deux biographies de l’auteur, celle officielle établie par Norman Sherry avec l’aide de Greene, celle officieuse de Michael Shelden jetant un regard derrière la légende. En s’appuyant sur le premier niveau de lecture (une intrigue d’espionnage) et le second (la biographie et les repérages du film), les auteurs développent un troisième niveau de lecture : une analyse sur l’intention du scénario du film, s’avérant des plus convaincantes. Une très belle couverture attire l’œil du lecteur, par son élégance, et sa composition en plusieurs plans appelant différentes interprétations. Les auteurs retracent un moment très précis dans la vie du romancier Graham Greene : son exploration de Vienne en 1948 pour nourrir le scénario du film Le troisième Homme (1949). La narration visuelle séduit le lecteur par son élégance sophistiquée et la rare consistance de sa reconstitution historique. L’intrigue s’avère tout aussi sophistiquée, mêlant espionnage, découverte de différentes facettes de Vienne, et intention plus ou moins consciente de l’auteur. Élégant.