Après être arrivé à la conclusion de ce triptyque, me voilà donc obligé de pousser ma note au maximum, totalement convaincu que « Slava » marquera définitivement le neuvième art d’une pierre blanche. Non mais quel talent, ce Gomont !
Si « Après la chute » (le tome 1) m’avait laissé indécis, tout en en reconnaissant les qualités, je dois avouer que « Les Nouveaux Russes », second volet de cette trilogie, m’a définitivement rassuré. Une seconde lecture du premier tome a même été salutaire (eh oui, il arrive que parfois on ne soit pas dans le bon « mood »), du fait sans doute que j’étais déjà plus familiarisé avec le récit et les personnages.
Quant au dernier tome, « Un enfer pour un autre », il constitue l’apogée de « Slava ». Alors que toute échappatoire à la tragédie annoncée semble de plus en plus compromise, la narration va prendre une coloration de plus en plus sombre, avec pour acmé une déflagration spectaculaire, au propre comme au figuré, qui laissera peu de monde indemne. Mais comme Gomont n’a pas pour seul but de faire pleurer dans les datchas, il va conclure son histoire en nous emmenant vers des terres plus apaisées, plus lumineuses, plus poignantes aussi. Nous laissant dans un silence ému au sortir de cette lecture.
Alors que l’écroulement de l’ancien monde soviétique n’en finit pas d’entraîner la mort et la désolation, c’est captivé que l’on suit le destin de ces deux hommes, Slava et Lavrine, un destin en forme de montagnes russes, expression facile mais tellement appropriée…Il faut dire que Pierre-Henry Gomont, en plus d’être un dessinateur hors pair, sait concevoir un scénario (très peu d’auteurs ont ce double talent, il faut bien le dire) avec en prime des textes et des dialogues ciselés. La narration possède un souffle indéniable, assorti à une touche de burlesque incarné par le personnage de Volodia, l’attachant géant géniteur de la belle Nina, qui n’hésite pas à disperser façon puzzle (la diplomatie c’est pas son fort), tout particulièrement avec les vautours et les aigrefins, qu’un don particulier lui permet de repérer à dix mille lieues à la ronde.
Concernant la partie graphique, je dirais que « Slava » ne saurait être dissocié du dessin. Celui-ci apporte une vibration unique, une énergie totalement en phase avec la narration. Et puis, il y a ce sens du détail pertinent pour imprimer une ambiance, allié à un minimalisme astucieux quand il s’agit de souligner les états d’âme des personnages ou un comique de situation, avec toujours ce trait agile et élégant… Chaque coup de pinceau est une gourmandise oculaire, une sensation que personnellement je n’ai pas eu si souvent l’occasion d’éprouver. A ce titre, Gomont nous livre peut-être une partie de son secret par le biais de Tatiana, personnage secondaire mais ô combien important, conseillère artistique passagère de Slava Segarov qui ne fut pas étrangère à son revirement vers l’art. Ce qui laisserait penser que ce dernier est finalement un peu le double de Pierre-Henry…
Dans « Slava », il y a un vrai souffle, de tout ce qui peut composer une aventure, avec aussi une pincée de conscience sociale à travers l’histoire de cette mine que les ouvriers veulent maintenir en vie, à l’abri des rapaces sans foi ni loi. Car le récit parle aussi de cela, de cette avidité reptilienne caractéristique de l’être humain, poussée aujourd’hui à son paroxysme avec le capitalisme financier et qui ne cesse de conduire l’humanité vers le précipice depuis qu’elle existe. Et puis il y a tout de même, telle une jolie fleur née sur le fumier, cette magnifique histoire d’amour entre Slava et Nina, parce que oui, bien sûr, que serait ce monde de brutes sans amour…
L’autre grande originalité de ce récit, qui le distingue encore davantage, si besoin était, est d’avoir pris le contrepied des productions mainstream en situant l’action dans cette Russie postsoviétique au lieu des sempiternelles références étatsuniennes. Un peu à la manière de Serge Lehman, qui « milite » à travers son œuvre pour la réintégration de notre bonne vieille Europe dans la pop-culture.
C’est peu dire que le dernier opus conclut en beauté la saga, figurant désormais au panthéon des œuvres majeures du neuvième art. Et si on considère que PHG s’est un peu projeté dans le personnage de Slava, on ose espérer qu’il conservera comme lui une éthique plus proche des artistes galériens (mais avec le confort pécuniaire) que galeristes (ceux qui ont lu le dernier tome comprendront), afin qu’il puisse encore nous émouvoir et nous surprendre à l’avenir.
Voilà exactement une BD dont j'avais besoin.
J'ai lu quelques-uns des auteurs majeurs de son histoire, comme beaucoup de gens je pense, tels que Herman Melville, Henry James (qui était américain au départ avant de mal tourner et de devenir anglais), ou même Nathaniel Hawthorne. Mais je n'avais pas vraiment une vue d'ensemble des débuts de cette littérature, que l'autrice Catherine Mory place au début du XIXème siècle. Je pense qu'il y a eu quelques auteurs auparavant, mais qu'ils n'ont pas eu le rayonnement de la quinzaine de noms qui sont traités ici. L'enjeu est ici de nous montrer comment, à partir de James Fenimore Cooper (auteur du Dernier des Mohicans entre autres), ces femmes et ces hommes ont construit une véritable légende, une mythologie pour leur pays si disparate, si difficile à saisir. On notera au passage qu'une seule femme est présente dans ce casting, qu'à ma grande honte je ne connaissais pas, à part en ayant croisé son nom sans aller bien plus loin.
On nous présente donc la vie et l'œuvre de chacune de ces augustes personnes, en nous indiquant dans quel milieu il ou elle a grandi, comment il ou elle s'est construit(e) mais aussi les œuvres remarquables de chacun(e). Et c'est fait de façon assez accessible, didactique sans être lourdingue. Il y a des pincées d'humour, mais sans en rajouter. Catherine Mory, enseignante en littérature, est clairement dans son élément, aidée par ses éditeurs dont le nom figure en couverture. J'avoue que j'ai bien aimé ma lecture, j'ai appris énormément de choses en parcourant ce premier tome qui fait un tour d'horizon de l'autrice et de l'auteur nés au XIXème siècle, certains ayant terminé leur carrière et leur vie au début du XXème. Après chaque épisode bio-bibliographique, un arbre nous propose en un clin d'œil de voir qui sont les héritier(e)s de chaque grand nom au XXème siècle, de quoi prolonger les recherches ou piocher des idées de lecture en attendant le deuxième tome qui traitera du XXème.
Dans ce deuxième tome, on continue sur les mêmes bases, à savoir un panorama des auteurs majeurs de la littérature américaine. Je dis bien "auteurs", car malheureusement peu de femmes sont présentes : une seule sur les dix noms présentés, même si à l'issue de chaque chapitre, un arbre permet de voir quel(le)s autres auteurs/trices chacun(e) a pu influencer. C'est donc Flannery O'Connor, qui a écrit des romans noirs, empreints de son Sud profond, qui a l'honneur de représenter la gent féminine. C'est d'ailleurs celle dont la vie me semble la mieux décrite, de manière un peu moins scolaire que celle de gars comme Hemingway, Capote ou Tennessee Williams... Comme le souligne Gaston dans son avis, il est un peu dommage que l'on ait droit à des résumés entiers des œuvres, alors que la vocation d'une telle collection est plutôt de donner envie de découvrir les écrits de tel ou tel auteur... Mais cela reste pertinent, passionnant et indispensable.
Le dessin est assuré par Jean-Baptiste Hostache, qui a fait son petit bout de chemin depuis Clockwerx, et propose un style mêlant une certaine rigueur dans les costumes avec un relâchement à la Blutch dans les postures et les expressions des personnages parfois.
Bref, c'est passionnant, c'est indispensable, c'est très plaisant, je recommande évidemment.
Les couvertures de cette série m’avaient tapé dans l’œil il y a un petit moment et l’avis de bamiléké m’avait convaincu de l’essayer.
Et c’était très bien !
Une vraie bonne série d’aventure comique.
Les jeux de mots s’enchaînent à une vitesse folle tout au long de la lecture. C’est bien simple, le nom de chacun des personnages (des principaux aux tertiaires) en est un. Il y a, par exemple, la pie Lélectrique, le Chat Pristi, le serpent à sornettes et les anti-ker (dangereux commercialement).
Certaines personnes pourraient trouver l’abondance de calembours lourde, moi je l’ai trouvée parfaitement dosée à mon goût. J’aime cette explosion de loufoque qui enrobe ces histoires au fond, mine de rien, assez sérieuses.
Car oui, sous ces airs de comédie d’aventure au look bien retro se cachent aussi quelques sujets sérieux. On peut citer le totalitarisme et les sectes qui sont les plus évidents, mais on retrouve aussi du racisme (surtout envers les chats) et un paquet de petits commentaires sociaux glissés de ci de là dans les dialogues.
La série est à la fois épisodique (chaque album raconte une aventure précise) mais également filée, car les histoires s’enchaînent les unes aux autres et certains éléments qui seront importants plus tard sont introduits très tôt (notamment Dongo, mentionné dès le premier album et que l’on verra évoluer en toile de fond).
L'amour brisé et la chute
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. La première publication date de 2023. Cette bande dessinée a été réalisée entièrement par Vincent Vanoli, pour le scénario et les dessins. Elle comprend quatre-vingt-six pages. Il a été publié dans la collection Côtelette de l’Association.
Dans une vaste prairie légèrement vallonée, un cheval avance en toute liberté. Après avoir effectué un petit saut, il redresse la tête et se met à galoper. Il dévale ainsi une douce pente herbue. Il parvient à une petite mare. Il baisse la tête jusqu’au niveau de l’eau et il se met à boire. Le lieu est tranquille et totalement désert, sans autre animal visible. Le ciel se couvre et la luminosité baisse un peu, le cheval continuant à se désaltérer. Il finit par relever la tête et regarder autour de lui. Un détail retient son attention. Il remarque un peu plus loin dans la mare, un petit cheval à bascule en bois, pour enfant, incongru dans cette immensité naturelle. Il relève encore la tête, le museau pointé vers le ciel pour hennir. Il fait quelques pas dans la mare toujours en regardant le ciel, peut-être un vol d’oiseaux. Puis il reprend sa marche au pas, ou au trot, plus calmement en remontant une pente douce. Parvenu au sommet, il jette un coup d’œil alentour comme pour examiner le paysage. Il évoque une peinture rupestre de cheval, à la fois majestueux et énigmatique. Il recommence à avancer et se dirige vers l’orée d’un bois de pins, dépourvus de branche basse. Il se tient devant la première rangée d’arbres, immobile, sans pénétrer à l’intérieur du bois, entre les troncs. Il regarde devant lui, guettant peut-être un signe un mouvement entre les troncs. Il ne distingue rien, rien d’autre que ces troncs dénudés. Il finit par se cabrer dans un mouvement vers l’arrière, et il repart au galop dans la direction d’où il est venu, laissant le bois derrière lui.
Comme par enchantement, des créatures semblent sortir de derrière les troncs : des êtres humains nus des deux sexes, avec une tête de cheval montée sur un large cou. Ils marchent debout sur leurs jambes comme des hommes, se jetant un coup d’œil les uns les autres., posant parfois une main sur un tronc. Ils se mettent à courir d’un commun accord, en prenant la direction empruntée par le cheval. Ce dernier continue d’avancer au pas ou au trot, une mouette semblant le suivre à quelque distance. Il parvient à une zone dépourvue d’herbe, peut-être sablonneuse, sur laquelle se trouve une barque et un navire échoués. Le cheval ralentit l’allure et passe à côté. Il prend conscience d’une présence derrière lui, à quelques dizaines de mètres. Les hommes-chevaux l’ont suivi et se rapprochent à leur tour de deux bateaux échoués. Le cheval se tient immobile les regardant s’approcher. Ils n’ont pas perçu la présence d’une silhouette féminine en robe sur le pont du navire. Le groupe d’hommes-chevaux se tient face au cheval, cinq mètres les séparant. L’un d’eux met les mains en avant comme un signe vers le cheval. Celui-ci rapetisse jusqu’à ne plus faire qu’une dizaine de centimètres de hauteur, devenu un cheval miniature.
Un ouvrage bien curieux qui sort du moule, déjà par sa taille, moitié moindre que celle d’une bande dessinée classique. Ensuite, il est entièrement dépourvu de mots, si ce n’est pour trois unes de journaux vers la fin de l’histoire. Ensuite pour sa mise en page : chaque page comporte deux cases de la largeur de la page, souvent de même taille, parfois une un peu plus haute que l’autre de quelques millimètres. Il n’y a pas d’introduction, ni de texte sur la quatrième de couverture : tout est laissé à l’imagination du lecteur, à l’exception de ces trois titres de journaux. Par ailleurs, le récit commence manière naturaliste en suivant ce cheval qui semble tout à fait ordinaire, pas de capacité physique inattendue, pas de degré de conscience humaine. Et il prend rapidement une tournure fantastique avec ces créatures humanoïdes à tête de cheval, pas des centaures. Le lecteur ne peut pas s’y tromper car des centaures apparaissent à partir de la page trente-quatre, respectant la forme classique d’un tronc, de bras et d’une tête d’être humain sur un corps de cheval. Une dizaine de pages avant, une femme totalement humaine fait son apparition dans le récit, vêtue d’une robe et d’un chapeau d’une autre époque, avec un sac et un parapluie comme accessoires. Elle prend le car à une station-service moderne, et arrive dans une maison isolée où logent des personnes de petite taille. Entre onirisme et fantasmagorie cryptique.
Il est vraisemblable que le lecteur ait été attiré vers cet ouvrage, soit par le créateur dont il a déjà pu apprécier d’autres œuvres, soit par la collection Côtelette dont il sait qu’elle s’écarte des sentiers battus. Dans les deux cas, il est servi, en particulier pour emprunter des chemins narratifs peu fréquentés. Il retrouve aussi certaines caractéristiques des dessins de Vincent Vanoli : des traits de contour semblant parfois mal assurés, des cases qui peuvent sembler chargées, soit par les nuances de gris omniprésentes un peu estompées par un chiffon, soit par une forte densité d’informations visuelles. Ainsi le cheval galope sur la plaine : les nuances de gris dessinent ses formes, le volume de son ventre, complètent l’espace entre les traits qui figurent la forme générale de sa crinière et de sa queue, rendent compte de l’éclairement et des zones d’ombres. Les hautes herbes sont représentées par des traits de crayons plus ou moins rapprochés, à la consistance également renforcée par des zones grisées plus foncées que les parties du cheval au soleil. Dans le lointain, le lecteur distingue des petites montagnes, plus foncées que le cheval, mais plus claires que l’herbe, et dans la partie supérieure de la case le ciel grisé en dégradé, plus clair que la robe du cheval. Certaines cases peuvent également présenter un grand nombre d’informations visuelles, telle celle consacrée à l’intérieure de la gare routière. Dans une seule case, le lecteur y distingue une dizaine de personnes, entre celles debout appuyées sur une table haute pour boire une boisson chaude, la serveuse avec un plateau à la main, un voyageur qui arrive en portant sa valise, un ruban de fanions accroché au plafond, des tabourets hauts pour prendre place au comptoir, etc.
Dans un premier temps, le lecteur connaissant cet auteur se trouve fort surpris qu’il n’ait pas affublé ses personnages de ces nez à la forme si caractéristique évoquant la trompe enroulée d’un papillon. À peine l’artiste a-t-il allongé quelques nez des voyageurs dans l’autocar, même pas ceux des personnes de petite taille. La narration visuelle s’avère fort facile à suivre, avec des liens de cause à effet évidents d’une case à l’autre. Pour commencer, le récit se déroule dans un ordre chronologique du début jusqu’à la fin, avec des cases qui se succèdent à quelques secondes, certaines à plusieurs minutes d’intervalle ou quelques heures, toujours avec une continuité de lieu, ou d’action d’un personnage. La progression du cheval dans ce milieu naturel se déroule de manière linéaire, chaque déplacement s’enchaînant avec le précédent, chaque attitude du cheval se déduisant organiquement de celle de la case précédente. Le lecteur l’observe en train de bouger, se prêtant au jeu. L’absence de mots, la nature animale du personnage incitent le lecteur à s’interroger sur ce qui lui est montré, sur la raison pour laquelle l’auteur lui montre cette séquence, sur l’interprétation qu’il doit en faire, sur les éléments signifiants à retirer de chaque case, de leur succession. N’ayant que le titre pour le guider, il ne sait trop que penser de ce qu’il lit, et il accorde plus d’attention à chaque image pour ne pas rater un élément signifiant. La présence du cheval à bascule pour enfant l’incite à y voir soit un élément onirique, soit la manifestation d’un souvenir, soit encore un objet mis au rebut donnant une indication sur l’environnement. L’apparition des hommes-chevaux oriente son interprétation vers l’onirisme, car rien ne semble pointer vers un mythe ou de la science-fiction. Il s’amuse alors à imaginer des lectures possibles pour ces êtres, mais faute d’indice il se laisse porter par les actions. Il lève les sourcils encore un peu plus quand apparaît le premier personnage pleinement humain, cette femme avec un accoutrement d’un autre temps, son sac à la forme caractéristique, et son parapluie révélateur : un hommage littéral à Mary Poppins, en provenance du film de 1964, réalisé par Robert Stevenson (1905-1986). Le lecteur sourit en découvrant que cette femme, jamais nommée, prend le car, un mode de déplacement déjà évoquant une similaire quand Vincent enfant prend le bus dans La grimace (2021).
Le lecteur quitte presque à regret cette succession de scènes déconcertante avec des moments également déconcertants : la présence du cheval à bascule, l’existence des hommes-chevaux, le cheval qui rapetisse, la transformation en centaure, le franchissement d’une rivière par un canot servant de bac, le voyage en autocar, une dame baissant sa culotte pour faire pipi dans un champ… La solidité du fil narratif principal permet au lecteur de se mettre dans un état entre la lecture automatique et la transe pour favoriser les associations d’idées, pour sortir d’une lecture purement réfléchie et rationnelle, générant un ressenti très agréable, sensiblement différent de l’expérience d’une lecture classique. Dans le dernier quart du récit, il découvre le sens concret de cette balade au fil de l’eau (ou du galop), les faits concrets qui ont suscité cette rêverie. Il y perçoit un hommage à une forme bien particulière de divertissement, peut-être à un artiste spécialisé dans cette forme de création. Puis, il se dit que le plaisir qu’il a pris à laisser son esprit vagabonder était bien réel, et que cette révélation ne l’obère en rien. Voire il reparcourt tout ou partie du début du récit en se rendant compte qu’il peut faire fi de son ancrage dans l’histoire personnelle d’un individu, et y prendre à nouveau autant de plaisir.
Un titre succinct, une image de couverture cryptique avec ces deux créatures chimériques. Une lecture facile et rapide car dépourvue de mots, avec un fil directeur très solide et des liens de cause à effet immédiats d’une case à l’autre. Des dessins qui invitent à la rêverie, qui la stimule et la nourrit, mettant le lecteur dans un état d’esprit inhabituel, entre lecture ludique et rêverie éveillée. Une fin qui apporte un sens concret à la balade, sans gâcher son onirisme, sans invalider le plaisir de la fugue.
Connaissez-vous le style hakoniwa ? C'est un terme japonais signifiant "jardin miniature" et désignant ici des illustrations en 3D isométriques dans des cubes où la scène est vue en coupe permettant au lecteur d'en voir tous les détails comme une petite miniature sous verre. Ambiance un peu Minecraft et autres jeux vidéos en 3D isométrique. Eh bien l'auteur, Gozz, a décidé d'en faire une BD à raison d'une case par page et de raconter par ce biais l'histoire d'un naufragé découvrant une île mystérieuse emplie d'une faune étrange... à la manière encore une fois d'un jeu vidéo de type survival.
Le récit est structuré comme un journal de bord où le héros raconte à la première personne ce qu'il lui arrive chaque jour. Nous avons presque une case par jour, parfois davantage quand il s'y passe un peu plus d'action. Et ce du jour 1 au jour 100... ce qui nous amène environ à la moitié de l'album car, surprise, il y a un 2e récit dans la moitié restante qui permet de redécouvrir les mêmes évènements sous un nouvel angle de vue et d'en apprendre davantage sur tout ce que le naufragé a découvert.
Le dessin est charmant et ce choix de cubes en 3D isométrique attire clairement l'attention. Le rendu s'avère ludique puisque le lecteur regarde un peu tous les détails et les strates au dessus et en dessous du héros pour voir ce qu'il y a à découvrir sur cette île étrange. Et d'ailleurs une carte en début d'album spoile un peu l'histoire mais permet également de s'y retrouver pour savoir où se trouve les lieux visités. On peut regretter cependant ce choix d'un texte narratif en haut de page plutôt que des bulles de dialogues car cela éloigne l'oeil du dessin et y revenir ensuite pour le regarder plus en détails entrave le rythme de la lecture.
Quant à l'histoire, elle commence comme un récit classique de Robinson puis gagne en originalité avec les créatures géantes que le héros y cotoie. Et l'originalité se fait encore plus forte avec le second récit qui change nettement la donne tout en apportant la satisfaction de découvrir les explications aux nombreux mystères de cette île.
Ce n'est pas un chef d'oeuvre et le scénario n'est pas inoubliable mais c'est un très bel essai graphique qui apporte de la nouveauté au monde de la BD et en même temps permet une double histoire prenante, charmante et finalement enthousiasmante.
Plus le temps de finasser
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il regroupe les cinq épisodes de la minisérie, initialement parus en 2009, écrits par Robert Kirkman, dessinés et encrés par Cory Walker, et mis en couleurs par Val Staples.
Le poing de Destroyer vient de traverser le crâne d'un des mercenaires de l'organisation Horde. Destroyer ressort son poing maculé de sang et de matière cervicale du cadavre, et se retourne vers les cinq autres agresseurs, dont deux lui tirent dessus, et deux achèvent de monter la bombe sur le toit de l'immeuble. Il s'élance vers les deux tireurs, sentant à peine la piqûre des balles et fracasse la mâchoire du plus proche avec la crosse du fusil qu'il tenait dans la main gauche. Puis il décoche un violent coup de pied dans la tête du second, le fracassant. Il perfore ensuite la cage thoracique d'un troisième avec la crosse du fusil qu'il tient toujours dans la main. Les deux derniers réévaluent leur chance de survivre et commencent à paniquer. L'un balance la bombe par-dessus le rebord du toit terrasse, puis les deux lèvent les mains en l'air pour se rendre. Destroyer n'hésite pas une seule seconde : il se précipite sur eux et les trois basculent dans le vide à la suite de la bombe. L'explosion se produit, sans grand risque car tout le quartier a été évacué. L'hélicoptère de l'armée finit par arriver dans l'avenue où s'est produite l'explosion : Keene Marlow nu est assis sur le toit d'une voiture, dans la grisaille du nuage de poussière. le soldat encore agrippé au filin demande à Destroyer s'il va bien. Il répond grincheux que oui, qu'il faut l'emmener dans un supermarché, puis chez lui parce qu'il a un rendez-vous important à honorer.
Keene Marlow finit par rentrer dans son pavillon de banlieue où la fête d'anniversaire de sa petite fille Haley a déjà commencé dans le jardin. Le sourire aux lèvres, il salue sa fille Felecia, puis son mari Darius Mitchell. Ils le remercient de les avoir laissé utiliser son pavillon pour organiser la fête d'anniversaire. À l'intérieur, dans la cuisine, son épouse Harriet Marlow est interrogée par un jeune garçon invité qui lui demande si sa prothèse de bras droit peut tirer des rayons laser, tirer des missiles, s'il dispose d'une vision calorifique ou d'un effet choc pour estourbir les gens. Toutes les réponses étant négatives, il finit par sortir de la cuisine en courant. Harriet s'enquiert de savoir comment s'est passée la mission de son mari, s'il a sauvé des gens, s'il a éprouvé une douleur cardiaque. Les réponses l'ayant satisfaite, elle vérifie qu'il a toujours son rendez-vous chez le médecin le lendemain. Après les examens, le médecin lui annonce qu'il se meurt, qu'il lui reste entre un mois et un jour à vivre. Il lui suggère vivement d'arrêter ses activités de superhéros, d'autant plus qu'il déjà souffert de deux crises cardiaques. Il lui demande s'il a besoin d'une minute pour digérer ce qu'il vient de lui annoncer. Keene répond qu'il a besoin de beaucoup plus de temps. Le soir dans la chambre à coucher, il ne parvient pas à répéter le diagnostic du médecin à sa femme. Il lui redit son amour pour elle toujours aussi vivace, et son regret de ne pas avoir été assez rapide pour éviter qu'elle ne perde son bras.
En 2001, l'éditeur Marvel initie sa branche MAX, pour publier des histoires destinées à un lectorat plus adulte, souvent des versions retravaillées de certains de ses personnages, avec le succès éclatant de la version du Punisher par Garth Ennis. Cette histoire est parue avec le logo MAX, et propose une version plus brutale d'un personnage méconnu, une des premières créations de Stan Lee, avec Jack Binder, datant de 1941. Destroyer avait bénéficié d'une remise à jour en 1977, réalisée par Roy Thomas et Frank Robbins. Ici le scénariste revient à la version initiale, Keene Marlow approchant les 100 ans. Il s'agit d'un récit complet en cinq épisodes ce qui oblige Kirkman à utiliser des raccourcis : aucun rappel de la carrière de Destroyer, aucune explication sur la source de ses pouvoirs. À un moment, Turret, son ancien assistant adolescent, fait une apparition : aucune mention de leurs aventures passées, aucune explication sur le fait qu'il ait des pouvoirs similaires à Destroyer, ni de ce qu'il a fait pendant toutes ces décennies. Le récit est focalisé sur le temps présent : Keene Marlow sait que son temps est compté en jour au pire, en semaine au mieux. Il a décidé de faire le ménage, en neutralisant ses ennemis récurrents de manière définitive, en les tuant. Il bénéficie de l'assistance logistique de l'agence gouvernementale pour laquelle il travaille. Il lui reste juste à localiser lesdits ennemis.
À la date de parution de cette histoire, cela fait déjà sept ans que les auteurs travaillent ensemble, ayant en particulier créé une extraordinaire série de superhéros : Invincible en 2002. La première page établit clairement le registre graphique et l'état d'esprit du personnage principal. Cory Walker réalise des dessins descriptifs, avec un bon degré de simplification, et souvent une discrète touche d'exagération qui apporte une forme de recul, entre saveur humoristique, et second degré. La première case occupe les deux tiers de la page, et le lecteur voit un globe oculaire voler vers lui, ainsi que des petits bouts de cervelle couverts de sang. le dessin est gore, avec une simplification des formes qui relèvent de la farce macabre. Destroyer massacre froidement ses ennemis, à grands coups de poing, expression ultime d'un superhéros tout en force, dépourvu de toute finesse, avec une seule stratégie qui est de foncer dans le tas. Le lecteur aura donc droit à d'autres séquences tout aussi gore avec de la bidoche éventrée : coup de poing perforant un corps, nuque brisée à deux mains, arrachage de tête à deux mains, bras arraché puis enfoncé dans la gorge d'un ennemi cannibale pour lui faire manger, tranchage d'un avant-bras avec une serpe, crâne fracassé à coups de poing répétés. Il est visible que Cory Walker s'amuse bien à représenter cette violence hors de contrôle, pour un défouloir cathartique.
Durant chaque scène, le lecteur peut apprécier le doigté avec lequel Val Staples habille les surfaces simples détourées par l'encrage de l'artiste, leur apportant une texture, les faisant ressortir les unes par aux autres, renforçant l'effet de profondeur, se montrant parfois facétieux, comme l'effet de chair sur la silhouette de Techtronica, soulignant sa nudité partielle. Il est visible qu'il prend un grand plaisir à apporter des reflets sur le sang qui coule à flot, en ajoutant un peu de brillance, sculptant la surface avec un jeu de nuances, pour bien montrer la viscosité du liquide et la manière dont il recouvre Destroyer, l'habillant presque d'une gangue. Il est également visible que Corey Walker s'amuse bien pendant les séquences de combats physiques, et les scènes de danger (la pauvre Felecia attachée, les poignets entaillés). Il dose avec intelligence le degré de détails de ce qu'il représente case par case, allant d'un bon niveau d'informations visuelles (par exemple la salle d'examen du docteur), à des décors schématiques ou des cases sans arrière-plan pour accélérer la vitesse de lecture. La narration visuelle est donc entièrement en phase avec la nature du récit.
Robert Kirkman propose donc une version différente d'un personnage à l'importance très relative dans l'univers partagé Marvel, dont la plupart des lecteurs n'a même pas idée de l'existence. Envisager les vieux jours d'un superhéros fait tout de suite penser au Dark Knight Returns de Frank Miller, mais pas de ça ici. le scénariste propose de quelque chose différent. Avec l'âge, Keene Marlow s'est radicalisé dans ses méthodes. Assurer la sécurité des civils et de sa famille est une priorité et il n'a que faire du respect des procédures, ou des coups de semonce. Ce comportement est en cohérence avec la nature de ses capacités : foncer dans le tas, encaisser, frapper. Sachant qu'il lui reste littéralement peu de jours à vivre, il décide de mettre fin de manière définitive à des menaces clairement identifiées. Il commence par son propre frère ce qui permet au lecteur de comprendre qu'il n'y aura pas d'exception. Puis, il s'attaque au suivant sur sa liste, peu soucieux des dommages collatéraux qu'il peut occasionner parmi les autres supercriminels de moindre envergure. L'organisation gouvernementale pour laquelle il travaille le laisse faire, à la fois parce qu'ils n'ont pas forcément les moyens de l'arrêter, à la fois parce qu'il fait du nettoyage par le vide. Le risque d'une troisième crise cardiaque est bien présent, et le scénariste n'en abuse pas, la brièveté du récit faisant qu'il reste plausible. Bien sûr, cette croisade devient personnelle quand un supercriminel s'en prend à un membre de sa famille. Alors qu'il continue à bien s'amuser lui aussi (un combat sur le plan astral contre la mort), Kirkman sait donner de la consistance à son personnage principal : des regrets sur quelques-unes de ses décisions, une inquiétude pour l'état dans lequel il laissera le monde, une inquiétude pour ce qui se passera après sa mort. Le scénariste parvient à dresser le portrait d'un individu inflexible, focalisé sur les buts qu'il souhaite atteindre, conscient de sa mortalité, mais refusant de lâcher prise, figé dans un unique mode comportemental, mais encore accessible aux émotions.
Il est visible que les deux créateurs s'offrent une récréation avec ce récit gore, brutal et sans excuse. Le plaisir qu'ils y prennent est évident à la lecture et amène un sourire au lecteur. Dans le même temps, ce n'est pas juste une pochade vite lue vite oubliée. En fait, le personnage de Keene Marlow présente une grande cohérence, et plus d'épaisseur qu'une simple excuse pour se vautrer dans la violence cathartique. Il a pris de l'âge, il doit accepter de voir ses facultés décliner, même si elles restent immenses, et que quoi il ait accompli, le monde sera toujours en danger après son passage.
Gipi Gipi deux fois oui... Fan absolu de cet auteur, je me suis jeté sur les deux dernières productions publiés en France en cette fin d'été 2024, Barbarone sorti "plus anonymement" chez les rêveurs et donc Stacy destiné potentiellement à un public plus large parue chez Futuropolis.
Bon, allons-y gaiement et rentrons derechef dans le vif du sujet: STACY.
Cette BD est très difficile à cerner et apprivoiser. La couverture est frappante dans ce sens car n'invite pas forcément à l'achat et à la lecture, une grosse prise de risque (probablement une balle dans le pied pour l'éditeur) mais prévient du contenu du livre. Il est sans concession. Il est complexe dans les ressentis qu'il procure. Il est vraiment sans concession.
Un visage émacié recouvert par des lettres incandescentes, qui forment un mot, un prénom "STACY". Paraissant indélébile comme marqué aux fers rouges, le personnage, hanté ne pourra s'en défaire.
On comprendra aisément la raison de cette couverture, le dérapage verbal au travers d'une banal interview pour une émission radio à l'auditoire restraint mais qui engendrera à l'heure des réseaux sociaux un lynchage sociétal dont on ne se remet pas. L'auteur l'a vécu, il sait ce que ça fait et à la lecture on comprends qu'il ne l'a pas digéré et qu'il ne le digérera probablement jamais.
A la fois dure, caustique, cruelle, dérangeante, ironique, mordante, drôle, touchante, amère, acerbe. On ressort un peu déboussolé de la première lecture dont brille tout de même une certaine poésie dans le texte, poésie propre à l'auteur. On n'est pas non plus dépaysé par le dessin, c'est du Gipi et ça se reconnait.
Mais, avec Stacy, qu'est-ce-que veut nous dire, transmettre l'auteur (ou son double)? Quel est son message?
En fait, à tout bien réfléchir, je dirais RIEN, pas de leçons, de jugements ou de grand discours, juste un partage d'émotions (de la colère, beaucoup de colère), d'une experience et d'un constat. On en ressort pas indemne nous non plus et on s'interroge.
La marque des grands livres.
Oeuvre insaisissable, à la manière d'un Fight Club, l'épreuve du temps nous dira si ce Stacy rejoindra le pantheon des chef d'oeuvres de cet auteur: Notes pour une histoire de guerre, La Terre des fils et Moments extraordinaires sous faux applaudissements.
Du très très bon GIPI mais pas son livre le plus abordable et que je recommanderai pour un néophyte.
Pour ma part, un immanquable de 2024 de plus.
Je suis très client de ce genre de récit, alors inutile de dire que la combinaison entre le dessin de l'autrice que j'adore et ce genre d'histoire allait me plaire ! Même si je suis conscient de défauts, je trouve qu'elle se tient et qu'elle a une qualité : elle reste distrayante et légère.
En lisant la série, je lui ai reconnu des faux airs de L'Autre Monde, mais aussi des inspirations de bien des sources. Il y a un mélange des genres qui peut paraitre surprenant mais j'ai trouvé personnellement qu'il allait très bien, notamment parce que les inspirations de sources différentes se croisent plutôt bien. Après tout, science-fiction ou fantastique évoquent d'autres mondes.
C'est le genre d'histoire assez simple, même si plusieurs fois j'ai du relire attentivement ce qu'il s'était passé. Les débuts de tomes jouent parfois à faire des allers-retours dans le temps, mais le reste se lit globalement facilement. C'est linéaire dans le déroulé, inspiré des légendes irlandaises mais aussi de plusieurs théories autour d'autres mondes. Le seul écueil que j'y vois, c'est que Florence Magnin ne dessine pas de façon dynamique, ce qui tend à donner des scènes rigides lorsqu'il y a de l'action.
En dehors de ce bémol, j'ai trouvé dans ce récit ce que je venais chercher. Pour peu que vos attentes ne soient pas trop élevées, la BD ne devrait pas vous décevoir. C'est une lecture distrayante, amusante enrobant une histoire qui se permet d'aller dans plein de sens sans vraiment se perdre. Un genre que j'aime bien et que je note assez large.
J’ai vraiment bien aimé ce documentaire. Autant sur le fond que sur la forme d’ailleurs.
Le côté graphique est réussi, en mélangeant plusieurs techniques, du crayonné, du dessin « amélioré », de la photo retravaillée, de simples photographies. L’ensemble donne un résultat à la fois joli, agréable, et accompagne très bien le récit.
Les auteurs prennent le temps d’écouter les témoins/victimes (simples habitants, bergers, « responsables », etc.) des inondations dévastatrices qui ont eu lieu dans la vallée de la Roya il y a quatre ans. Pour comprendre (la fatalité n’a pas sa place) le phénomène, et constater les modifications que la nature impose à tous par la suite.
On sent que les auteurs (dont ça n’est pas le premier travail sur ce genre de projet autour de la « nature » et de son « aménagement » par les hommes) sont passionnés par le sujet et qu’ils mènent leur documentaire à hauteur d’hommes, loin des théories lointaines.
Si l’on sent bien leur fibre écolo, leur « engagement », dessin et texte insufflent de la poésie et font de ce récit autre chose qu’un reportage post-catastrophe. Les digressions sur l’évolution des paysages, sur les roches avec un guide de canyoning, celles autour de la réintroduction des loups avec un berger, donnent plus d’ampleur à leur travail, et augmentent encore l’intérêt de cette lecture, que j’ai vraiment bien aimée.
Emprunté au pifomètre, je rejoins le ressenti de Mac Arthur, une lecture qui m’a bien emballé.
Comme lui, je me suis laissé emporter par le récit. Tout d’abord, j’ai bien aimé la partie graphique, les visages des protagonistes ne me plaisent pas spécialement mais il y a un truc très agréable qui ressort de l’ensemble. Un trait qui sait à la fois se faire simple mais pas non plus avare en détails, des couleurs automnales bien réfléchies, des passages nocturnes où la technique change et qui arrive à créer autre chose.
Bref bien pensé et soigné.
Mais c’est l’histoire et la narration qui ont surtout retenu mon attention. Rien de bien sorcier ou de révolutionnaire mais je me suis laissé bercer par l’intrigue, jamais perdu dans les nombreux personnages, je suivais ce petit monde avec intérêt et puis arrive une fameuse scène qui m’a touché particulièrement. Même si le récit retombe sur ses pattes je ne m’attendais pas à cette petite noirceur bienvenue.
3,5 Au final, un chouette « petit » album et tous publics, il y a une certaine fraîcheur qui s’en dégage.
Par contre, whodunit oblige, je ne pense pas le relire spécialement un jour mais une 1ere lecture très intéressante.
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Slava
Après être arrivé à la conclusion de ce triptyque, me voilà donc obligé de pousser ma note au maximum, totalement convaincu que « Slava » marquera définitivement le neuvième art d’une pierre blanche. Non mais quel talent, ce Gomont ! Si « Après la chute » (le tome 1) m’avait laissé indécis, tout en en reconnaissant les qualités, je dois avouer que « Les Nouveaux Russes », second volet de cette trilogie, m’a définitivement rassuré. Une seconde lecture du premier tome a même été salutaire (eh oui, il arrive que parfois on ne soit pas dans le bon « mood »), du fait sans doute que j’étais déjà plus familiarisé avec le récit et les personnages. Quant au dernier tome, « Un enfer pour un autre », il constitue l’apogée de « Slava ». Alors que toute échappatoire à la tragédie annoncée semble de plus en plus compromise, la narration va prendre une coloration de plus en plus sombre, avec pour acmé une déflagration spectaculaire, au propre comme au figuré, qui laissera peu de monde indemne. Mais comme Gomont n’a pas pour seul but de faire pleurer dans les datchas, il va conclure son histoire en nous emmenant vers des terres plus apaisées, plus lumineuses, plus poignantes aussi. Nous laissant dans un silence ému au sortir de cette lecture. Alors que l’écroulement de l’ancien monde soviétique n’en finit pas d’entraîner la mort et la désolation, c’est captivé que l’on suit le destin de ces deux hommes, Slava et Lavrine, un destin en forme de montagnes russes, expression facile mais tellement appropriée…Il faut dire que Pierre-Henry Gomont, en plus d’être un dessinateur hors pair, sait concevoir un scénario (très peu d’auteurs ont ce double talent, il faut bien le dire) avec en prime des textes et des dialogues ciselés. La narration possède un souffle indéniable, assorti à une touche de burlesque incarné par le personnage de Volodia, l’attachant géant géniteur de la belle Nina, qui n’hésite pas à disperser façon puzzle (la diplomatie c’est pas son fort), tout particulièrement avec les vautours et les aigrefins, qu’un don particulier lui permet de repérer à dix mille lieues à la ronde. Concernant la partie graphique, je dirais que « Slava » ne saurait être dissocié du dessin. Celui-ci apporte une vibration unique, une énergie totalement en phase avec la narration. Et puis, il y a ce sens du détail pertinent pour imprimer une ambiance, allié à un minimalisme astucieux quand il s’agit de souligner les états d’âme des personnages ou un comique de situation, avec toujours ce trait agile et élégant… Chaque coup de pinceau est une gourmandise oculaire, une sensation que personnellement je n’ai pas eu si souvent l’occasion d’éprouver. A ce titre, Gomont nous livre peut-être une partie de son secret par le biais de Tatiana, personnage secondaire mais ô combien important, conseillère artistique passagère de Slava Segarov qui ne fut pas étrangère à son revirement vers l’art. Ce qui laisserait penser que ce dernier est finalement un peu le double de Pierre-Henry… Dans « Slava », il y a un vrai souffle, de tout ce qui peut composer une aventure, avec aussi une pincée de conscience sociale à travers l’histoire de cette mine que les ouvriers veulent maintenir en vie, à l’abri des rapaces sans foi ni loi. Car le récit parle aussi de cela, de cette avidité reptilienne caractéristique de l’être humain, poussée aujourd’hui à son paroxysme avec le capitalisme financier et qui ne cesse de conduire l’humanité vers le précipice depuis qu’elle existe. Et puis il y a tout de même, telle une jolie fleur née sur le fumier, cette magnifique histoire d’amour entre Slava et Nina, parce que oui, bien sûr, que serait ce monde de brutes sans amour… L’autre grande originalité de ce récit, qui le distingue encore davantage, si besoin était, est d’avoir pris le contrepied des productions mainstream en situant l’action dans cette Russie postsoviétique au lieu des sempiternelles références étatsuniennes. Un peu à la manière de Serge Lehman, qui « milite » à travers son œuvre pour la réintégration de notre bonne vieille Europe dans la pop-culture. C’est peu dire que le dernier opus conclut en beauté la saga, figurant désormais au panthéon des œuvres majeures du neuvième art. Et si on considère que PHG s’est un peu projeté dans le personnage de Slava, on ose espérer qu’il conservera comme lui une éthique plus proche des artistes galériens (mais avec le confort pécuniaire) que galeristes (ceux qui ont lu le dernier tome comprendront), afin qu’il puisse encore nous émouvoir et nous surprendre à l’avenir.
Il était une fois l'Amérique - Une histoire de la littérature américaine
Voilà exactement une BD dont j'avais besoin. J'ai lu quelques-uns des auteurs majeurs de son histoire, comme beaucoup de gens je pense, tels que Herman Melville, Henry James (qui était américain au départ avant de mal tourner et de devenir anglais), ou même Nathaniel Hawthorne. Mais je n'avais pas vraiment une vue d'ensemble des débuts de cette littérature, que l'autrice Catherine Mory place au début du XIXème siècle. Je pense qu'il y a eu quelques auteurs auparavant, mais qu'ils n'ont pas eu le rayonnement de la quinzaine de noms qui sont traités ici. L'enjeu est ici de nous montrer comment, à partir de James Fenimore Cooper (auteur du Dernier des Mohicans entre autres), ces femmes et ces hommes ont construit une véritable légende, une mythologie pour leur pays si disparate, si difficile à saisir. On notera au passage qu'une seule femme est présente dans ce casting, qu'à ma grande honte je ne connaissais pas, à part en ayant croisé son nom sans aller bien plus loin. On nous présente donc la vie et l'œuvre de chacune de ces augustes personnes, en nous indiquant dans quel milieu il ou elle a grandi, comment il ou elle s'est construit(e) mais aussi les œuvres remarquables de chacun(e). Et c'est fait de façon assez accessible, didactique sans être lourdingue. Il y a des pincées d'humour, mais sans en rajouter. Catherine Mory, enseignante en littérature, est clairement dans son élément, aidée par ses éditeurs dont le nom figure en couverture. J'avoue que j'ai bien aimé ma lecture, j'ai appris énormément de choses en parcourant ce premier tome qui fait un tour d'horizon de l'autrice et de l'auteur nés au XIXème siècle, certains ayant terminé leur carrière et leur vie au début du XXème. Après chaque épisode bio-bibliographique, un arbre nous propose en un clin d'œil de voir qui sont les héritier(e)s de chaque grand nom au XXème siècle, de quoi prolonger les recherches ou piocher des idées de lecture en attendant le deuxième tome qui traitera du XXème. Dans ce deuxième tome, on continue sur les mêmes bases, à savoir un panorama des auteurs majeurs de la littérature américaine. Je dis bien "auteurs", car malheureusement peu de femmes sont présentes : une seule sur les dix noms présentés, même si à l'issue de chaque chapitre, un arbre permet de voir quel(le)s autres auteurs/trices chacun(e) a pu influencer. C'est donc Flannery O'Connor, qui a écrit des romans noirs, empreints de son Sud profond, qui a l'honneur de représenter la gent féminine. C'est d'ailleurs celle dont la vie me semble la mieux décrite, de manière un peu moins scolaire que celle de gars comme Hemingway, Capote ou Tennessee Williams... Comme le souligne Gaston dans son avis, il est un peu dommage que l'on ait droit à des résumés entiers des œuvres, alors que la vocation d'une telle collection est plutôt de donner envie de découvrir les écrits de tel ou tel auteur... Mais cela reste pertinent, passionnant et indispensable. Le dessin est assuré par Jean-Baptiste Hostache, qui a fait son petit bout de chemin depuis Clockwerx, et propose un style mêlant une certaine rigueur dans les costumes avec un relâchement à la Blutch dans les postures et les expressions des personnages parfois. Bref, c'est passionnant, c'est indispensable, c'est très plaisant, je recommande évidemment.
Witchazel
Les couvertures de cette série m’avaient tapé dans l’œil il y a un petit moment et l’avis de bamiléké m’avait convaincu de l’essayer. Et c’était très bien ! Une vraie bonne série d’aventure comique. Les jeux de mots s’enchaînent à une vitesse folle tout au long de la lecture. C’est bien simple, le nom de chacun des personnages (des principaux aux tertiaires) en est un. Il y a, par exemple, la pie Lélectrique, le Chat Pristi, le serpent à sornettes et les anti-ker (dangereux commercialement). Certaines personnes pourraient trouver l’abondance de calembours lourde, moi je l’ai trouvée parfaitement dosée à mon goût. J’aime cette explosion de loufoque qui enrobe ces histoires au fond, mine de rien, assez sérieuses. Car oui, sous ces airs de comédie d’aventure au look bien retro se cachent aussi quelques sujets sérieux. On peut citer le totalitarisme et les sectes qui sont les plus évidents, mais on retrouve aussi du racisme (surtout envers les chats) et un paquet de petits commentaires sociaux glissés de ci de là dans les dialogues. La série est à la fois épisodique (chaque album raconte une aventure précise) mais également filée, car les histoires s’enchaînent les unes aux autres et certains éléments qui seront importants plus tard sont introduits très tôt (notamment Dongo, mentionné dès le premier album et que l’on verra évoluer en toile de fond).
Les Chevaux
L'amour brisé et la chute - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. La première publication date de 2023. Cette bande dessinée a été réalisée entièrement par Vincent Vanoli, pour le scénario et les dessins. Elle comprend quatre-vingt-six pages. Il a été publié dans la collection Côtelette de l’Association. Dans une vaste prairie légèrement vallonée, un cheval avance en toute liberté. Après avoir effectué un petit saut, il redresse la tête et se met à galoper. Il dévale ainsi une douce pente herbue. Il parvient à une petite mare. Il baisse la tête jusqu’au niveau de l’eau et il se met à boire. Le lieu est tranquille et totalement désert, sans autre animal visible. Le ciel se couvre et la luminosité baisse un peu, le cheval continuant à se désaltérer. Il finit par relever la tête et regarder autour de lui. Un détail retient son attention. Il remarque un peu plus loin dans la mare, un petit cheval à bascule en bois, pour enfant, incongru dans cette immensité naturelle. Il relève encore la tête, le museau pointé vers le ciel pour hennir. Il fait quelques pas dans la mare toujours en regardant le ciel, peut-être un vol d’oiseaux. Puis il reprend sa marche au pas, ou au trot, plus calmement en remontant une pente douce. Parvenu au sommet, il jette un coup d’œil alentour comme pour examiner le paysage. Il évoque une peinture rupestre de cheval, à la fois majestueux et énigmatique. Il recommence à avancer et se dirige vers l’orée d’un bois de pins, dépourvus de branche basse. Il se tient devant la première rangée d’arbres, immobile, sans pénétrer à l’intérieur du bois, entre les troncs. Il regarde devant lui, guettant peut-être un signe un mouvement entre les troncs. Il ne distingue rien, rien d’autre que ces troncs dénudés. Il finit par se cabrer dans un mouvement vers l’arrière, et il repart au galop dans la direction d’où il est venu, laissant le bois derrière lui. Comme par enchantement, des créatures semblent sortir de derrière les troncs : des êtres humains nus des deux sexes, avec une tête de cheval montée sur un large cou. Ils marchent debout sur leurs jambes comme des hommes, se jetant un coup d’œil les uns les autres., posant parfois une main sur un tronc. Ils se mettent à courir d’un commun accord, en prenant la direction empruntée par le cheval. Ce dernier continue d’avancer au pas ou au trot, une mouette semblant le suivre à quelque distance. Il parvient à une zone dépourvue d’herbe, peut-être sablonneuse, sur laquelle se trouve une barque et un navire échoués. Le cheval ralentit l’allure et passe à côté. Il prend conscience d’une présence derrière lui, à quelques dizaines de mètres. Les hommes-chevaux l’ont suivi et se rapprochent à leur tour de deux bateaux échoués. Le cheval se tient immobile les regardant s’approcher. Ils n’ont pas perçu la présence d’une silhouette féminine en robe sur le pont du navire. Le groupe d’hommes-chevaux se tient face au cheval, cinq mètres les séparant. L’un d’eux met les mains en avant comme un signe vers le cheval. Celui-ci rapetisse jusqu’à ne plus faire qu’une dizaine de centimètres de hauteur, devenu un cheval miniature. Un ouvrage bien curieux qui sort du moule, déjà par sa taille, moitié moindre que celle d’une bande dessinée classique. Ensuite, il est entièrement dépourvu de mots, si ce n’est pour trois unes de journaux vers la fin de l’histoire. Ensuite pour sa mise en page : chaque page comporte deux cases de la largeur de la page, souvent de même taille, parfois une un peu plus haute que l’autre de quelques millimètres. Il n’y a pas d’introduction, ni de texte sur la quatrième de couverture : tout est laissé à l’imagination du lecteur, à l’exception de ces trois titres de journaux. Par ailleurs, le récit commence manière naturaliste en suivant ce cheval qui semble tout à fait ordinaire, pas de capacité physique inattendue, pas de degré de conscience humaine. Et il prend rapidement une tournure fantastique avec ces créatures humanoïdes à tête de cheval, pas des centaures. Le lecteur ne peut pas s’y tromper car des centaures apparaissent à partir de la page trente-quatre, respectant la forme classique d’un tronc, de bras et d’une tête d’être humain sur un corps de cheval. Une dizaine de pages avant, une femme totalement humaine fait son apparition dans le récit, vêtue d’une robe et d’un chapeau d’une autre époque, avec un sac et un parapluie comme accessoires. Elle prend le car à une station-service moderne, et arrive dans une maison isolée où logent des personnes de petite taille. Entre onirisme et fantasmagorie cryptique. Il est vraisemblable que le lecteur ait été attiré vers cet ouvrage, soit par le créateur dont il a déjà pu apprécier d’autres œuvres, soit par la collection Côtelette dont il sait qu’elle s’écarte des sentiers battus. Dans les deux cas, il est servi, en particulier pour emprunter des chemins narratifs peu fréquentés. Il retrouve aussi certaines caractéristiques des dessins de Vincent Vanoli : des traits de contour semblant parfois mal assurés, des cases qui peuvent sembler chargées, soit par les nuances de gris omniprésentes un peu estompées par un chiffon, soit par une forte densité d’informations visuelles. Ainsi le cheval galope sur la plaine : les nuances de gris dessinent ses formes, le volume de son ventre, complètent l’espace entre les traits qui figurent la forme générale de sa crinière et de sa queue, rendent compte de l’éclairement et des zones d’ombres. Les hautes herbes sont représentées par des traits de crayons plus ou moins rapprochés, à la consistance également renforcée par des zones grisées plus foncées que les parties du cheval au soleil. Dans le lointain, le lecteur distingue des petites montagnes, plus foncées que le cheval, mais plus claires que l’herbe, et dans la partie supérieure de la case le ciel grisé en dégradé, plus clair que la robe du cheval. Certaines cases peuvent également présenter un grand nombre d’informations visuelles, telle celle consacrée à l’intérieure de la gare routière. Dans une seule case, le lecteur y distingue une dizaine de personnes, entre celles debout appuyées sur une table haute pour boire une boisson chaude, la serveuse avec un plateau à la main, un voyageur qui arrive en portant sa valise, un ruban de fanions accroché au plafond, des tabourets hauts pour prendre place au comptoir, etc. Dans un premier temps, le lecteur connaissant cet auteur se trouve fort surpris qu’il n’ait pas affublé ses personnages de ces nez à la forme si caractéristique évoquant la trompe enroulée d’un papillon. À peine l’artiste a-t-il allongé quelques nez des voyageurs dans l’autocar, même pas ceux des personnes de petite taille. La narration visuelle s’avère fort facile à suivre, avec des liens de cause à effet évidents d’une case à l’autre. Pour commencer, le récit se déroule dans un ordre chronologique du début jusqu’à la fin, avec des cases qui se succèdent à quelques secondes, certaines à plusieurs minutes d’intervalle ou quelques heures, toujours avec une continuité de lieu, ou d’action d’un personnage. La progression du cheval dans ce milieu naturel se déroule de manière linéaire, chaque déplacement s’enchaînant avec le précédent, chaque attitude du cheval se déduisant organiquement de celle de la case précédente. Le lecteur l’observe en train de bouger, se prêtant au jeu. L’absence de mots, la nature animale du personnage incitent le lecteur à s’interroger sur ce qui lui est montré, sur la raison pour laquelle l’auteur lui montre cette séquence, sur l’interprétation qu’il doit en faire, sur les éléments signifiants à retirer de chaque case, de leur succession. N’ayant que le titre pour le guider, il ne sait trop que penser de ce qu’il lit, et il accorde plus d’attention à chaque image pour ne pas rater un élément signifiant. La présence du cheval à bascule pour enfant l’incite à y voir soit un élément onirique, soit la manifestation d’un souvenir, soit encore un objet mis au rebut donnant une indication sur l’environnement. L’apparition des hommes-chevaux oriente son interprétation vers l’onirisme, car rien ne semble pointer vers un mythe ou de la science-fiction. Il s’amuse alors à imaginer des lectures possibles pour ces êtres, mais faute d’indice il se laisse porter par les actions. Il lève les sourcils encore un peu plus quand apparaît le premier personnage pleinement humain, cette femme avec un accoutrement d’un autre temps, son sac à la forme caractéristique, et son parapluie révélateur : un hommage littéral à Mary Poppins, en provenance du film de 1964, réalisé par Robert Stevenson (1905-1986). Le lecteur sourit en découvrant que cette femme, jamais nommée, prend le car, un mode de déplacement déjà évoquant une similaire quand Vincent enfant prend le bus dans La grimace (2021). Le lecteur quitte presque à regret cette succession de scènes déconcertante avec des moments également déconcertants : la présence du cheval à bascule, l’existence des hommes-chevaux, le cheval qui rapetisse, la transformation en centaure, le franchissement d’une rivière par un canot servant de bac, le voyage en autocar, une dame baissant sa culotte pour faire pipi dans un champ… La solidité du fil narratif principal permet au lecteur de se mettre dans un état entre la lecture automatique et la transe pour favoriser les associations d’idées, pour sortir d’une lecture purement réfléchie et rationnelle, générant un ressenti très agréable, sensiblement différent de l’expérience d’une lecture classique. Dans le dernier quart du récit, il découvre le sens concret de cette balade au fil de l’eau (ou du galop), les faits concrets qui ont suscité cette rêverie. Il y perçoit un hommage à une forme bien particulière de divertissement, peut-être à un artiste spécialisé dans cette forme de création. Puis, il se dit que le plaisir qu’il a pris à laisser son esprit vagabonder était bien réel, et que cette révélation ne l’obère en rien. Voire il reparcourt tout ou partie du début du récit en se rendant compte qu’il peut faire fi de son ancrage dans l’histoire personnelle d’un individu, et y prendre à nouveau autant de plaisir. Un titre succinct, une image de couverture cryptique avec ces deux créatures chimériques. Une lecture facile et rapide car dépourvue de mots, avec un fil directeur très solide et des liens de cause à effet immédiats d’une case à l’autre. Des dessins qui invitent à la rêverie, qui la stimule et la nourrit, mettant le lecteur dans un état d’esprit inhabituel, entre lecture ludique et rêverie éveillée. Une fin qui apporte un sens concret à la balade, sans gâcher son onirisme, sans invalider le plaisir de la fugue.
Journal d’un naufragé - 100 jours sur une île déserte
Connaissez-vous le style hakoniwa ? C'est un terme japonais signifiant "jardin miniature" et désignant ici des illustrations en 3D isométriques dans des cubes où la scène est vue en coupe permettant au lecteur d'en voir tous les détails comme une petite miniature sous verre. Ambiance un peu Minecraft et autres jeux vidéos en 3D isométrique. Eh bien l'auteur, Gozz, a décidé d'en faire une BD à raison d'une case par page et de raconter par ce biais l'histoire d'un naufragé découvrant une île mystérieuse emplie d'une faune étrange... à la manière encore une fois d'un jeu vidéo de type survival. Le récit est structuré comme un journal de bord où le héros raconte à la première personne ce qu'il lui arrive chaque jour. Nous avons presque une case par jour, parfois davantage quand il s'y passe un peu plus d'action. Et ce du jour 1 au jour 100... ce qui nous amène environ à la moitié de l'album car, surprise, il y a un 2e récit dans la moitié restante qui permet de redécouvrir les mêmes évènements sous un nouvel angle de vue et d'en apprendre davantage sur tout ce que le naufragé a découvert. Le dessin est charmant et ce choix de cubes en 3D isométrique attire clairement l'attention. Le rendu s'avère ludique puisque le lecteur regarde un peu tous les détails et les strates au dessus et en dessous du héros pour voir ce qu'il y a à découvrir sur cette île étrange. Et d'ailleurs une carte en début d'album spoile un peu l'histoire mais permet également de s'y retrouver pour savoir où se trouve les lieux visités. On peut regretter cependant ce choix d'un texte narratif en haut de page plutôt que des bulles de dialogues car cela éloigne l'oeil du dessin et y revenir ensuite pour le regarder plus en détails entrave le rythme de la lecture. Quant à l'histoire, elle commence comme un récit classique de Robinson puis gagne en originalité avec les créatures géantes que le héros y cotoie. Et l'originalité se fait encore plus forte avec le second récit qui change nettement la donne tout en apportant la satisfaction de découvrir les explications aux nombreux mystères de cette île. Ce n'est pas un chef d'oeuvre et le scénario n'est pas inoubliable mais c'est un très bel essai graphique qui apporte de la nouveauté au monde de la BD et en même temps permet une double histoire prenante, charmante et finalement enthousiasmante.
Destroyer - Combat à la loyale
Plus le temps de finasser - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il regroupe les cinq épisodes de la minisérie, initialement parus en 2009, écrits par Robert Kirkman, dessinés et encrés par Cory Walker, et mis en couleurs par Val Staples. Le poing de Destroyer vient de traverser le crâne d'un des mercenaires de l'organisation Horde. Destroyer ressort son poing maculé de sang et de matière cervicale du cadavre, et se retourne vers les cinq autres agresseurs, dont deux lui tirent dessus, et deux achèvent de monter la bombe sur le toit de l'immeuble. Il s'élance vers les deux tireurs, sentant à peine la piqûre des balles et fracasse la mâchoire du plus proche avec la crosse du fusil qu'il tenait dans la main gauche. Puis il décoche un violent coup de pied dans la tête du second, le fracassant. Il perfore ensuite la cage thoracique d'un troisième avec la crosse du fusil qu'il tient toujours dans la main. Les deux derniers réévaluent leur chance de survivre et commencent à paniquer. L'un balance la bombe par-dessus le rebord du toit terrasse, puis les deux lèvent les mains en l'air pour se rendre. Destroyer n'hésite pas une seule seconde : il se précipite sur eux et les trois basculent dans le vide à la suite de la bombe. L'explosion se produit, sans grand risque car tout le quartier a été évacué. L'hélicoptère de l'armée finit par arriver dans l'avenue où s'est produite l'explosion : Keene Marlow nu est assis sur le toit d'une voiture, dans la grisaille du nuage de poussière. le soldat encore agrippé au filin demande à Destroyer s'il va bien. Il répond grincheux que oui, qu'il faut l'emmener dans un supermarché, puis chez lui parce qu'il a un rendez-vous important à honorer. Keene Marlow finit par rentrer dans son pavillon de banlieue où la fête d'anniversaire de sa petite fille Haley a déjà commencé dans le jardin. Le sourire aux lèvres, il salue sa fille Felecia, puis son mari Darius Mitchell. Ils le remercient de les avoir laissé utiliser son pavillon pour organiser la fête d'anniversaire. À l'intérieur, dans la cuisine, son épouse Harriet Marlow est interrogée par un jeune garçon invité qui lui demande si sa prothèse de bras droit peut tirer des rayons laser, tirer des missiles, s'il dispose d'une vision calorifique ou d'un effet choc pour estourbir les gens. Toutes les réponses étant négatives, il finit par sortir de la cuisine en courant. Harriet s'enquiert de savoir comment s'est passée la mission de son mari, s'il a sauvé des gens, s'il a éprouvé une douleur cardiaque. Les réponses l'ayant satisfaite, elle vérifie qu'il a toujours son rendez-vous chez le médecin le lendemain. Après les examens, le médecin lui annonce qu'il se meurt, qu'il lui reste entre un mois et un jour à vivre. Il lui suggère vivement d'arrêter ses activités de superhéros, d'autant plus qu'il déjà souffert de deux crises cardiaques. Il lui demande s'il a besoin d'une minute pour digérer ce qu'il vient de lui annoncer. Keene répond qu'il a besoin de beaucoup plus de temps. Le soir dans la chambre à coucher, il ne parvient pas à répéter le diagnostic du médecin à sa femme. Il lui redit son amour pour elle toujours aussi vivace, et son regret de ne pas avoir été assez rapide pour éviter qu'elle ne perde son bras. En 2001, l'éditeur Marvel initie sa branche MAX, pour publier des histoires destinées à un lectorat plus adulte, souvent des versions retravaillées de certains de ses personnages, avec le succès éclatant de la version du Punisher par Garth Ennis. Cette histoire est parue avec le logo MAX, et propose une version plus brutale d'un personnage méconnu, une des premières créations de Stan Lee, avec Jack Binder, datant de 1941. Destroyer avait bénéficié d'une remise à jour en 1977, réalisée par Roy Thomas et Frank Robbins. Ici le scénariste revient à la version initiale, Keene Marlow approchant les 100 ans. Il s'agit d'un récit complet en cinq épisodes ce qui oblige Kirkman à utiliser des raccourcis : aucun rappel de la carrière de Destroyer, aucune explication sur la source de ses pouvoirs. À un moment, Turret, son ancien assistant adolescent, fait une apparition : aucune mention de leurs aventures passées, aucune explication sur le fait qu'il ait des pouvoirs similaires à Destroyer, ni de ce qu'il a fait pendant toutes ces décennies. Le récit est focalisé sur le temps présent : Keene Marlow sait que son temps est compté en jour au pire, en semaine au mieux. Il a décidé de faire le ménage, en neutralisant ses ennemis récurrents de manière définitive, en les tuant. Il bénéficie de l'assistance logistique de l'agence gouvernementale pour laquelle il travaille. Il lui reste juste à localiser lesdits ennemis. À la date de parution de cette histoire, cela fait déjà sept ans que les auteurs travaillent ensemble, ayant en particulier créé une extraordinaire série de superhéros : Invincible en 2002. La première page établit clairement le registre graphique et l'état d'esprit du personnage principal. Cory Walker réalise des dessins descriptifs, avec un bon degré de simplification, et souvent une discrète touche d'exagération qui apporte une forme de recul, entre saveur humoristique, et second degré. La première case occupe les deux tiers de la page, et le lecteur voit un globe oculaire voler vers lui, ainsi que des petits bouts de cervelle couverts de sang. le dessin est gore, avec une simplification des formes qui relèvent de la farce macabre. Destroyer massacre froidement ses ennemis, à grands coups de poing, expression ultime d'un superhéros tout en force, dépourvu de toute finesse, avec une seule stratégie qui est de foncer dans le tas. Le lecteur aura donc droit à d'autres séquences tout aussi gore avec de la bidoche éventrée : coup de poing perforant un corps, nuque brisée à deux mains, arrachage de tête à deux mains, bras arraché puis enfoncé dans la gorge d'un ennemi cannibale pour lui faire manger, tranchage d'un avant-bras avec une serpe, crâne fracassé à coups de poing répétés. Il est visible que Cory Walker s'amuse bien à représenter cette violence hors de contrôle, pour un défouloir cathartique. Durant chaque scène, le lecteur peut apprécier le doigté avec lequel Val Staples habille les surfaces simples détourées par l'encrage de l'artiste, leur apportant une texture, les faisant ressortir les unes par aux autres, renforçant l'effet de profondeur, se montrant parfois facétieux, comme l'effet de chair sur la silhouette de Techtronica, soulignant sa nudité partielle. Il est visible qu'il prend un grand plaisir à apporter des reflets sur le sang qui coule à flot, en ajoutant un peu de brillance, sculptant la surface avec un jeu de nuances, pour bien montrer la viscosité du liquide et la manière dont il recouvre Destroyer, l'habillant presque d'une gangue. Il est également visible que Corey Walker s'amuse bien pendant les séquences de combats physiques, et les scènes de danger (la pauvre Felecia attachée, les poignets entaillés). Il dose avec intelligence le degré de détails de ce qu'il représente case par case, allant d'un bon niveau d'informations visuelles (par exemple la salle d'examen du docteur), à des décors schématiques ou des cases sans arrière-plan pour accélérer la vitesse de lecture. La narration visuelle est donc entièrement en phase avec la nature du récit. Robert Kirkman propose donc une version différente d'un personnage à l'importance très relative dans l'univers partagé Marvel, dont la plupart des lecteurs n'a même pas idée de l'existence. Envisager les vieux jours d'un superhéros fait tout de suite penser au Dark Knight Returns de Frank Miller, mais pas de ça ici. le scénariste propose de quelque chose différent. Avec l'âge, Keene Marlow s'est radicalisé dans ses méthodes. Assurer la sécurité des civils et de sa famille est une priorité et il n'a que faire du respect des procédures, ou des coups de semonce. Ce comportement est en cohérence avec la nature de ses capacités : foncer dans le tas, encaisser, frapper. Sachant qu'il lui reste littéralement peu de jours à vivre, il décide de mettre fin de manière définitive à des menaces clairement identifiées. Il commence par son propre frère ce qui permet au lecteur de comprendre qu'il n'y aura pas d'exception. Puis, il s'attaque au suivant sur sa liste, peu soucieux des dommages collatéraux qu'il peut occasionner parmi les autres supercriminels de moindre envergure. L'organisation gouvernementale pour laquelle il travaille le laisse faire, à la fois parce qu'ils n'ont pas forcément les moyens de l'arrêter, à la fois parce qu'il fait du nettoyage par le vide. Le risque d'une troisième crise cardiaque est bien présent, et le scénariste n'en abuse pas, la brièveté du récit faisant qu'il reste plausible. Bien sûr, cette croisade devient personnelle quand un supercriminel s'en prend à un membre de sa famille. Alors qu'il continue à bien s'amuser lui aussi (un combat sur le plan astral contre la mort), Kirkman sait donner de la consistance à son personnage principal : des regrets sur quelques-unes de ses décisions, une inquiétude pour l'état dans lequel il laissera le monde, une inquiétude pour ce qui se passera après sa mort. Le scénariste parvient à dresser le portrait d'un individu inflexible, focalisé sur les buts qu'il souhaite atteindre, conscient de sa mortalité, mais refusant de lâcher prise, figé dans un unique mode comportemental, mais encore accessible aux émotions. Il est visible que les deux créateurs s'offrent une récréation avec ce récit gore, brutal et sans excuse. Le plaisir qu'ils y prennent est évident à la lecture et amène un sourire au lecteur. Dans le même temps, ce n'est pas juste une pochade vite lue vite oubliée. En fait, le personnage de Keene Marlow présente une grande cohérence, et plus d'épaisseur qu'une simple excuse pour se vautrer dans la violence cathartique. Il a pris de l'âge, il doit accepter de voir ses facultés décliner, même si elles restent immenses, et que quoi il ait accompli, le monde sera toujours en danger après son passage.
Stacy
Gipi Gipi deux fois oui... Fan absolu de cet auteur, je me suis jeté sur les deux dernières productions publiés en France en cette fin d'été 2024, Barbarone sorti "plus anonymement" chez les rêveurs et donc Stacy destiné potentiellement à un public plus large parue chez Futuropolis. Bon, allons-y gaiement et rentrons derechef dans le vif du sujet: STACY. Cette BD est très difficile à cerner et apprivoiser. La couverture est frappante dans ce sens car n'invite pas forcément à l'achat et à la lecture, une grosse prise de risque (probablement une balle dans le pied pour l'éditeur) mais prévient du contenu du livre. Il est sans concession. Il est complexe dans les ressentis qu'il procure. Il est vraiment sans concession. Un visage émacié recouvert par des lettres incandescentes, qui forment un mot, un prénom "STACY". Paraissant indélébile comme marqué aux fers rouges, le personnage, hanté ne pourra s'en défaire. On comprendra aisément la raison de cette couverture, le dérapage verbal au travers d'une banal interview pour une émission radio à l'auditoire restraint mais qui engendrera à l'heure des réseaux sociaux un lynchage sociétal dont on ne se remet pas. L'auteur l'a vécu, il sait ce que ça fait et à la lecture on comprends qu'il ne l'a pas digéré et qu'il ne le digérera probablement jamais. A la fois dure, caustique, cruelle, dérangeante, ironique, mordante, drôle, touchante, amère, acerbe. On ressort un peu déboussolé de la première lecture dont brille tout de même une certaine poésie dans le texte, poésie propre à l'auteur. On n'est pas non plus dépaysé par le dessin, c'est du Gipi et ça se reconnait. Mais, avec Stacy, qu'est-ce-que veut nous dire, transmettre l'auteur (ou son double)? Quel est son message? En fait, à tout bien réfléchir, je dirais RIEN, pas de leçons, de jugements ou de grand discours, juste un partage d'émotions (de la colère, beaucoup de colère), d'une experience et d'un constat. On en ressort pas indemne nous non plus et on s'interroge. La marque des grands livres. Oeuvre insaisissable, à la manière d'un Fight Club, l'épreuve du temps nous dira si ce Stacy rejoindra le pantheon des chef d'oeuvres de cet auteur: Notes pour une histoire de guerre, La Terre des fils et Moments extraordinaires sous faux applaudissements. Du très très bon GIPI mais pas son livre le plus abordable et que je recommanderai pour un néophyte. Pour ma part, un immanquable de 2024 de plus.
L'Héritage d'Emilie
Je suis très client de ce genre de récit, alors inutile de dire que la combinaison entre le dessin de l'autrice que j'adore et ce genre d'histoire allait me plaire ! Même si je suis conscient de défauts, je trouve qu'elle se tient et qu'elle a une qualité : elle reste distrayante et légère. En lisant la série, je lui ai reconnu des faux airs de L'Autre Monde, mais aussi des inspirations de bien des sources. Il y a un mélange des genres qui peut paraitre surprenant mais j'ai trouvé personnellement qu'il allait très bien, notamment parce que les inspirations de sources différentes se croisent plutôt bien. Après tout, science-fiction ou fantastique évoquent d'autres mondes. C'est le genre d'histoire assez simple, même si plusieurs fois j'ai du relire attentivement ce qu'il s'était passé. Les débuts de tomes jouent parfois à faire des allers-retours dans le temps, mais le reste se lit globalement facilement. C'est linéaire dans le déroulé, inspiré des légendes irlandaises mais aussi de plusieurs théories autour d'autres mondes. Le seul écueil que j'y vois, c'est que Florence Magnin ne dessine pas de façon dynamique, ce qui tend à donner des scènes rigides lorsqu'il y a de l'action. En dehors de ce bémol, j'ai trouvé dans ce récit ce que je venais chercher. Pour peu que vos attentes ne soient pas trop élevées, la BD ne devrait pas vous décevoir. C'est une lecture distrayante, amusante enrobant une histoire qui se permet d'aller dans plein de sens sans vraiment se perdre. Un genre que j'aime bien et que je note assez large.
Le Bruit de l'eau - Discussions dans la vallée de la Roya
J’ai vraiment bien aimé ce documentaire. Autant sur le fond que sur la forme d’ailleurs. Le côté graphique est réussi, en mélangeant plusieurs techniques, du crayonné, du dessin « amélioré », de la photo retravaillée, de simples photographies. L’ensemble donne un résultat à la fois joli, agréable, et accompagne très bien le récit. Les auteurs prennent le temps d’écouter les témoins/victimes (simples habitants, bergers, « responsables », etc.) des inondations dévastatrices qui ont eu lieu dans la vallée de la Roya il y a quatre ans. Pour comprendre (la fatalité n’a pas sa place) le phénomène, et constater les modifications que la nature impose à tous par la suite. On sent que les auteurs (dont ça n’est pas le premier travail sur ce genre de projet autour de la « nature » et de son « aménagement » par les hommes) sont passionnés par le sujet et qu’ils mènent leur documentaire à hauteur d’hommes, loin des théories lointaines. Si l’on sent bien leur fibre écolo, leur « engagement », dessin et texte insufflent de la poésie et font de ce récit autre chose qu’un reportage post-catastrophe. Les digressions sur l’évolution des paysages, sur les roches avec un guide de canyoning, celles autour de la réintroduction des loups avec un berger, donnent plus d’ampleur à leur travail, et augmentent encore l’intérêt de cette lecture, que j’ai vraiment bien aimée.
Sombres citrouilles
Emprunté au pifomètre, je rejoins le ressenti de Mac Arthur, une lecture qui m’a bien emballé. Comme lui, je me suis laissé emporter par le récit. Tout d’abord, j’ai bien aimé la partie graphique, les visages des protagonistes ne me plaisent pas spécialement mais il y a un truc très agréable qui ressort de l’ensemble. Un trait qui sait à la fois se faire simple mais pas non plus avare en détails, des couleurs automnales bien réfléchies, des passages nocturnes où la technique change et qui arrive à créer autre chose. Bref bien pensé et soigné. Mais c’est l’histoire et la narration qui ont surtout retenu mon attention. Rien de bien sorcier ou de révolutionnaire mais je me suis laissé bercer par l’intrigue, jamais perdu dans les nombreux personnages, je suivais ce petit monde avec intérêt et puis arrive une fameuse scène qui m’a touché particulièrement. Même si le récit retombe sur ses pattes je ne m’attendais pas à cette petite noirceur bienvenue. 3,5 Au final, un chouette « petit » album et tous publics, il y a une certaine fraîcheur qui s’en dégage. Par contre, whodunit oblige, je ne pense pas le relire spécialement un jour mais une 1ere lecture très intéressante.