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Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Sauvages (Nadar/Julien Frey)
Les Sauvages (Nadar/Julien Frey)

Avec la pluie, leurs bouses arrivent jusqu’ici et contaminent les éléphants. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2023. Il a été réalisé par Julien Frey pour le récit, Nadar pour le dessin et la couleur, et les exposés ont été réalisés par Joanne Frey. Il s’achève avec une postface rédigée par Johan Michaux, professeur à l’Université de Liège, directeur de recherche au FNRS (Fonds national de la recherche scientifique, équivalent belge du CNRS), conseiller scientifique et chroniqueur à la RTBF pour les émissions Le jardin extraordinaire, et C’est pas fini. Il y aborde le nombre de morts causées par la pandémie de Covid-19, les hypothèses sur l’origine du virus, la destruction des forêts particulièrement en régions tropicales, le commerce d’animaux sauvages à des fins médicinales, le risque d’apparition de nouvelles maladies transmises à l’humain par les animaux, le taux d’extinction des espèces, les solutions comme la lutte contre le réchauffement climatique, contre la déforestation, contre les pollutions chimiques, la régulation des populations humaines, la gestion des espèces domestiques, l’impulsion de changements venant de la population, selon une stratégie partant du grand public vers les décideurs. Juin 2019, cela fait un an que la famille Frey a quitté Montpellier pour vivre à Sarlat dans une belle maison, avec un grand terrain. Le paradis pour les deux enfants Joanne et Benjamin, qui profitent de la balançoire pendant que Aude la mère se détend dans un transat. L’enfer pour Julien, le père, qui tond la pelouse : 3.123 mètres carrés de jardin, deux heures pour tondre le terrain. Cette année, ils récoltent trente kilos de cerises, quarante kilos de prunes, dix kilos de figues. Aude a l’impression que faire des confitures ne s’arrêtera jamais. Julien en rajoute : ça s’arrêtera en octobre avec les noix. Joanne souhaite savoir ce qu’il y a à manger le midi, son père lui demande de mettre un teeshirt, et elle trouve que ce n’est pas juste car son petit frère n’en a pas, c’est juste parce que c’est une fille. Joanne a dix ans. Elle lit, parfois elle parle à son père comme une adolescente, parfois elle lui demande un câlin encore comme une enfant. Ils se sont installés à Sarlat pour le travail de Aude : elle dirige un centre de formation pour adultes. Deux mois après son arrivée, le siège a réorganisé l’activité et a doublé son secteur. Le monde doit tourner de plus en plus vite, alors Aude, roule, roule, roule. Lui n’a pas d’atelier pour travailler à Sarlat, mais il y a pire pour écrire. Il s’installe à la terrasse d’un café pour écrire, et regarde les gens passer. Puis il va s’installer dans une pièce de leur maison mais le chien aboie et le distrait de trop. Joanne parle souvent des animaux sauvages comme les éléphants ou les orangs outans et elle s’inquiète de leur disparition. Julien décide que plutôt que laisser passer le rêve de sa fille, il pourrait en faire quelque chose : scénariste de BD et sa fille de dix ans qui aime les animaux, cherchent mission scientifique pour voir animaux en voie de disparition et faire une bande dessinée. Johan Michaux, biologiste et chercheur de l’Université de Liège leur répond. Ainsi, en février 2020 Julien et sa fille Joanne partent avec le professeur Michaux et une étudiante en mission en Indonésie. Cette bande dessinée réalisée par Julien (et illustrée par Nadar) raconte le séjour du père et de la fille à partir de Bandar Lampung, vers le parc de Way Kambas, avec un bref séjour sur l’île de Rinca. Ils commencent par voir des éléphants, mais des éléphants captifs, puis ils auront l’occasion de voir plusieurs animaux de l’île : héron pourpré (page 52), ibis (p.52), faisan (p.56), serpent liane (Ahaetulla prasina, p.57), grenouille (p.59), rhinocéros (p.61), gecko (p.66), barbu bigarré (p.67), pygargue (p.72), gibbon siamang (p.79), périophtalme (p.88), ours malais (p.97), orang-outan (p.98), raie manta (p.109), dragon de Komodo (p.114). En fonction du lieu et de la faune, Joanne peut réaliser un exposé sur le vif, pendant une page, le plus souvent interrompue par une remarque, plus moins saugrenue, de son père. Ce dernier se rend compte qu’il est beaucoup plus ignorant que sa fille sur lesdits animaux, et sur leur milieu naturel. Au fur et à mesure des environnements qu’ils découvrent, ils bénéficient des explications soit du directeur de recherche, soit de son étudiante Chloé, soit de Wishu, le collègue indonésien du professeur. Ces explications sont courtes et précises, reprises pour partie et développées pour une autre dans la postface. De prime abord, le lecteur se trouve attiré par la couverture : une jolie teinte de vert rendant bien la fraîcheur de l’ombre produite par un feuillage dense, le sympathique gecko au premier plan, et le rappel de la forêt en aquarelle dans l’arrière-plan. De fait l’artiste dose élégamment les éléments descriptifs délimités par des traits encrés, et ceux évoqués par la peinture, comme en couleur directe. Le lecteur relève les détails concrets donnant de la consistance et une impression de réel : l’abri pour mettre la voiture à l’ombre, le grand fait-tout pour les confitures, les crans sur les montants du transat pour régler son inclinaison, un recueil de Love and the Rockets, des frères Gilbert & Jaime Hernandez lu par Julien, le bazar sur le bureau d’écolière de Joanne, le portique décoré à l’entrée du parc national Way Kambas, les chaises en plastique sur la terrasse du site d’étude, le grand canot à moteur pour naviguer sur le fleuve, les serres abritant les pousses de palétuvier, le parc aquatique surdimensionné, le centre d’affaires de Jakarta, les rues plus traditionnelles alentour, etc. Par comparaison, l’évocation des milieux naturels terrestres semblent plus reposer sur la couleur directe : pour rendre compte de la verdure, des zones humides. Pour autant, ces environnements ne finissent pas tous par se ressembler, car l’artiste leur donne à chaque fois une disposition, une profondeur différente, rien à voir entre l’immense enclos pour les éléphants en captivité ou la mangrove. Le lecteur observe les personnages, et se rend compte qu’ils sont à la fois très normaux, banals mêmes, et qu’il s’y attache très rapidement. Joanne apparaît comme une jeune demoiselle bien élevée, d’une humeur quasi égale du début à la fin, sans comédie, ou simagrées, souriant la plupart du temps. Julien se montre calme, souvent réservé, régulièrement surpris par la faune, par des informations qui le désarçonnent. Les autres personnages se comportent avec naturel, bienveillants et pédagogiques. De temps à autre, un des personnages manifeste plus de curiosité, un peu de déception quand l’accès au parc naturel leur est refusé, une pointe d’agacement pour Wishnu devant les réactions des Européens. L’artiste met en œuvre une direction d’acteur des plus naturalistes, sans éclat spectaculaire, avec un respect palpable et une réelle gentillesse. Les séquences de découverte d’animaux sont mises en scène avec le même naturel et la même évidence, dans sensationnalisme, sans même l’émerveillement touristique… Jusqu’à la page cent-sept où le petit groupe effectue du snorkeling. Là, le miroitement de l’eau de la surface vue d’en-dessous, la variété des poissons exotiques, et la grâce des raies mantas suscitent tout naturellement l’émerveillement du lecteur, qu’il ait déjà pratiqué cette activité dans de tels eaux, ou non. Tout naturellement, Joanne et son père se posent des questions sur ce qu’ils vont découvrir, puis sur ce qui les entoure. Cela commence dès le voyage en avion au cours duquel le professeur Michaux et son étudiante expliquent les méthodes du laboratoire Géolab, un des premiers laboratoires européens à étudier les animaux en utilisant des techniques non invasives, c’est-à-dire qui ne perturbent pas l’animal. Il est possible d’étudier les animaux sans les voir, sans les déranger : en récupérant quelques gouttes de salive, quelques poils ou un échantillon de crotte. Au fil du séjour, le petit groupe parle de plusieurs sujets, Julien jouant souvent le rôle de béotien. Certains échanges portent sur des sujets connexes comme le sujet du mémoire de Chloé (L’impact des bruits urbains sur le chant des fauvettes à tête noire), la tâche de stimuler la prostate d’un éléphant pour recueillir son sperme, la diffusion progressive du Covid-19 en Europe, etc. La majeure partie des discussions porte sur la faune d’Indonésie et son territoire qui diminue d’année en année. Les personnages évoquent ainsi la population d’éléphants à Sumatra (entre 1.000 et 2.000), de rhinocéros à Sumatra et Bornéo (entre trente et quatre-vingts) ou de dragons de Komodo (entre 3.000 et 5.000), le besoin en nourriture d’un éléphant sauvage (150 kilos d’herbe et de fourrage par jour), la culture de l’huile de palme et l’enjeu économique, la récolte de l’hévéa et son enjeu économique, le risque de l’exploitation minière, la croissance de la population indonésienne et son besoin de logements, la possibilité du déplacement de la capitale de l’Indonésie, etc. En milieu d’ouvrage, une déclaration à l’emporte-pièce du quarante-cinquième président des États-Unis sur l’absence de Coronavirus sur le sol américain établit un contraste saisissant avec la réalité de ce que vivent les voyageurs. Emmené par une narration visuelle élégamment composée entre éléments détourés et évocations en couleur directe, le lecteur accompagne le scénariste et sa fille dans un voyage en Indonésie, pour aller voir des animaux exotiques dans leur habitat naturel, des sauvages. Il bénéficie des remarques éclairantes d’un professeur d’Université et d’une étudiante, sans pédanterie ni exposé magistral, en faisant l’expérience par lui-même de l’observation de la faune, et de la mise en perspective de l’évolution de leur environnement. Cette nature si riche et si fragile.

24/10/2024 (modifier)
Par Philippe
Note: 4/5
Couverture de la série Lefranc
Lefranc

De superbes dessins Des BD qui datent de plusieurs décennies pour les premiers tomes Une ambiance qui plonge le lecteur dans un dépaysement sympa Des belles voitures d’époque Des souvenirs de plein de régions de France de Suisse et autres Je passe d’excellents moments de divertissement

24/10/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Travailleurs de la mer
Les Travailleurs de la mer

Une lecture qui m'a transporté à une autre époque, celle du début du XIXe siècle. L'adaptation d'un roman de Victor Hugo, pas le plus connu, mais pas le moins intéressant. Un roman dédié à l'île de Guernesey et à ses habitants. Glénat a réalisé un superbe travail éditorial, une BD à grand format pour profiter des magnifiques planches de Michel Durand. Et que dire de cette couverture avec des marques en relief qui aimante l'œil. Mais voilà, tout cela se paye. Un plaisir de lecture qui doit beaucoup aux textes proposés, on parle XIXe siècle, cela risque d'en refroidir certains, mais j'ai été conquis par ce phrasé d'un autre temps, nous sommes en 1829. Un temps où la parole d'homme valait tous les contrats. La première partie de l'album nous présente les différents personnages. Gilliatt, le pêcheur de Guernesey, il n'est pas apprécié dans son village, il aurait le pouvoir de guérir les gens, d'être le fils du diable. Mess Lethierry, un homme âgé, le propriétaire de la Durande, un bateaux à vapeur (le progrès ne fait pas toujours l'unanimité). Déruchette, la Jeune et très jolie nièce de mess Lethierry, elle devra se marier à celui qui ramènera le moteur de la Durande après son naufrage. Ebenezer Caudray, jeune révérend anglican, récemment arrivé sur l'île. D'autres personnages auront aussi des rôles importants dans cette histoire teintée de mysticisme digne d'une tragédie antique. Ensuite, place au récit en lui-même, un récit sur la dure vie des îliens (le travail n'est pas un vain mot) et le milieu marin, la Manche en est un élément central. On va suivre les destins inéluctables des ces hommes et de cette jeune femme où l'amour, la révolution technologique, la persévérance et le sacrifice les accompagneront. Une histoire captivante, puissante et romanesque. Un plaisir de lecture qui doit aussi beaucoup à la proposition graphique de Michel Durand. Un somptueux noir et blanc tout en hachures, aucun contour. Chaque dessin ressemble à une gravure. Un dessin d'une grande finesse, très expressif et sachant retranscrire aussi bien la fureur des éléments que les émotions des personnages. Une mise en page cinématographique et immersive, des pleines pages succèdent à des planches où les images sont agencées sans être cloisonnées dans des cases qui elles-mêmes font place à des pages plus traditionnelles. MAGNIFIQUE ! "Il était arrivé en même temps aux rhumatismes et à l'aisance. Au moment où l'on devient riche, on est paralysé". "On l'allait croire mort, et il était riche. On l'allait croire perdu et il était sauvé ". Je termine cet avis en écoutant une chanson de circonstance : "Guernesey" de William Sheller.

24/10/2024 (modifier)
Par Hervé
Note: 4/5
Couverture de la série La 3e Kamera
La 3e Kamera

Je n'avais pas participé, bien que l'ayant lu, à l'emballement médiatique autour de La Bombe, illustré par Denis Rodier. Pourtant, là j'ai cédé à l'achat de "la 3è Kaméra", dans sa version noir & blanc, qui a retenu toute mon attention. Nous avons ici un album qui retrace avec un certain réalisme, la situation de Berlin lors de sa chute en 1945. Tout y est, le trafic,le troc , les russes triomphateurs de la Chancellerie, les Américains à la recherche de nazis en fuite, les prémices du procès de Nuremberg, sur fond d'un désordre dans l'ex capitale du III Reich où russes, américains et allemands se disputent les décombres d'un Empire qui devait durer 1000 ans. Avec cette histoire de recherche d'appareil photographique , les auteurs nous offrent une histoire où l'histoire avec un grand H rejoint l'intrigue développée dans cet album; d'ailleurs le dossier présent en fin de l'album, vient corroborer ces dires. Le scénario est habile, et m'a fait parfois songer au film "Usual suspect", Les auteurs, en outre, jouent avec nos nerfs en mettant en scène de nombreux personnages, dont les destins vont parfois se rencontrer. Cet album est un puzzle savamment illustré par Rodier, dans cette édition noir et blanc , qui rend encore plus crédible l'atmosphère d'un Berlin dévasté de 1945. Entre reportage, fiction et Histoire, les auteurs nous entrainent dans un Berlin où insécurité et désordre , tel que l'on ressent dans le livre "Une femme à Berlin", règnent par exemple. En tout cas, cet album mérite toute votre attention, tant sur le plan scénaristique que graphique.

23/10/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Sapiens (Albin Michel)
Sapiens (Albin Michel)

3.5 Adaptation d'un livre que je n'avais pas lu et qui parle de sujets qui m'intéressent. J'ai mis un certain temps à lire cette série parce que j'avais peur de revivre l'expérience que j'ai eu avec ''Et l'homme créa les dieux'', un album avec tellement d'informations que j'ai dû arrêter ma lecture parce que j'avais l'impression que mon cerveau allait exploser. Heureusement, ce n'est pas arrivé avec cette série. Les trois albums sont gros, denses et c'est clairement pas une série dont on peut lire un à la suite de l'autre durant une journée, mais cela reste une lecture facile d'accès pour le grand public. J'ai bien aimé ma lecture, même si certains passages m'ont semblé un peu trainer en longueur et au bout de 3 tomes il y a des concepts qui se répètent. L'humour présent pour détendre l'atmosphère marche bien, mais je peux comprendre que d'autres lecteurs trouvent cela un peu lourd. Le dessin est agréable à l'œil. En gros, c'est à lire si on est fan d'histoire et de sociologie et si on a beaucoup temps de lecture devant soi.

23/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Mamma mia !
Mamma mia !

J’ai beaucoup aimé, mais pas vraiment pour les raisons auxquelles j’aurais pu penser. Le nom de Trondheim, le résumé et un rapide feuilletage m’avaient vendu une série d’humour qui m’aurait fait rire aux éclats (ou tout du moins un peu sourire) et… Bah, ça a été le cas, mais pas tant que je l’aurais voulu. Tous les gags ne m’ont pas fait rire. C’est malheureusement le défaut que l’on retrouve bien souvent dans ces recueils de gags en une page. Les séries bien faites arrivent tout de même à nous faire sourire lors des gags qui ne font pas mouches. Ici ce fut le cas, j’ai souris tout du long. J’ai même plus souris que ris. Certains gags étaient très drôles, hein, et j’ai facilement ris à plus de la moitié d’entre eux, mais j’ai surtout apprécier ma lecture car je me suis rapidement attachée aux personnages et que certaines de leurs interactions étaient étonnement très touchantes. Voilà, c’est ça le truc : c’était drôle mais j’ai plus été attendrie qu’hilare. Mais bonne surprise, hein, n’allons pas croire ! Ça m’a fait énormément plaisir ! J’ai sincèrement hâte de lire la suite des aventures de cette famille ! Comme série de gags à l’intention de la jeunesse (et lisible à tout âge), je l’ajoute illico à mes recommandations. Un bon 4 étoiles (note réelle 3,5), ça me ferait mal de faire baisser sa note.

23/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Adastra in Africa
Adastra in Africa

Storm de retour en Afrique, ou une fable sur la lutte pour l'indépendance et l'autonomie - Il s'agit d'une histoire complète parue en 1999, écrite et illustrée par Barry Windsor Smith (en abrégé BWS). Adastra (un compromis entre la déesse apparaissant dans Young Gods and Friends et Storm des X-Men) revient dans un village africain frappé par la famine. Elle y a déjà séjourné une fois, il y a plusieurs années et elle n'avait pu qu'assister impuissante au sacrifice d'un ancien (Mjnari) pour qu'un nouveau né puisse survivre sur les maigres quantités de nourriture disponibles. Malgré les progrès accomplis lors de sa précédente visite, elle retrouve le village dans une famine similaire. Ses habitants l'accueillent à bras ouvert, comme la déesse qu'elle est, en attendant d'elle un miracle. Elle constate que les villageois ont abandonné la coutume conduisant au sacrifice du plus vieux lors d'une nouvelle naissance pour garder le nombre d'habitants constant. La population a augmenté mais les gens meurent de malnutrition et de famine. Est-ce qu'un nouveau miracle sera suffisant pour redonner espoir à cette tribu ? Pour bien comprendre cette histoire, il faut savoir qu'à l'origine son héroïne devait s'appeler Ororo Munroe, c'est-à-dire Storm des X-Men. Il devait s'agir de la troisième histoire intitulée Lifedeath, les deux premières correspondant aux épisodes 186 et 198 de la série Uncanny X-Men, respectivement parus en 1984 & 1985, coscénarisé par Chris Claremont. Pour cette proposition, Barry Windsor Smith avait travaillé tout seul, y compris pour le scénario. Quand il a été présenter son projet à l'éditeur responsable des comics des X-Men, ce dernier l'a refusé en jugeant les idées contenues incompatibles avec les valeurs des superhéros. Du coup BWS a repris ses planches, il les a retravaillées pour qu'elles puissent être publiées en noir & blanc. Enfin, il a changé le nom de l'héroïne pour Adastra, le personnage le plus piquant des Young Gods. Ces circonstances expliquent pourquoi Adastra fait référence à un précédent séjour dans ce village, alors qu'en fait il s'agissait de Storm. Cet historique permet aussi de comprendre que cette histoire est à aborder comme un conte (et non par à prendre de manière littérale) comme c'était déjà le cas pour Lifedeath II. Avec cette précaution en tête, le lecteur comprend que BWS n'adopte pas un ton condescendant vis-à-vis des populations indigènes d'Afrique noire. Après ces éclaircissements, il est possible de commencer à apprécier l'histoire. BWS reprend donc le point de départ du village africain dont les habitants survivent tout juste. L'homme blanc est passé par là et il a laissé des tas de machines agricoles qui ne fonctionnent plus faute de carburant, et de pièces détachées pour l'entretien. Les habitants souffrent à la fois de malnutrition aggravée, de perte de repères culturels suite au décès de leur doyen, et de perte d'espoir du fait du caractère précaire de la vie et du caractère arbitraire de la mort. À nouveau la déesse est de retour et elle va pouvoir faire un miracle pour sauver le village, ou tout du moins pour pouvoir subvenir à ses besoins de nourriture. Mais, pour le coup, la question la plus pressante est celle de l'avenir. Est-il possible de pérenniser les effets du miracle ? Est-il possible de croire en cette déesse et de reprendre le dessus sur la fatalité ? Adastra commence par se retrouver face à la mort injuste de ceux qui n'ont pas assez à manger. Comment a-t-elle pu rester si longtemps si loin de village ? N'a-t-elle par une part de responsabilité dans toutes ces morts. Et si elle accomplit un miracle, les indigènes sauront-ils retrouver la voie de l'autonomie ? Accepteront-ils ce nouveau cadeau venu des dieux ? BWS se sert donc du récit pour porter un regard curieux sur l'effet de la foi et sur les valeurs des autochtones. Malheureusement ces débats philosophiques souffrent un peu de la transposition de l'histoire de l'univers des X-Men vers celui des Young Gods. Autant il est facile d'imaginer Storm dans ce rôle de femme un peu encline à un sentiment de supériorité, en train de materner ces individus ; autant Adastra aurait une attitude plus rentre dedans, moins fleur bleue, moins illusionnée. Or tout ce conte repose sur les échanges verbaux entre Adastra/Storm et les indigènes. Et BWS perd parfois la voix de son héroïne entre ses deux facettes. Du coup certains dialogues tombent dans l'artificiel et le guindé avec un effet pesant. Cette dichotomie est abordée par BWS dans la postface qui est présentée sous forme d'une interview entre Adastra et un journaliste, comme si elle avait joué le rôle de Storm pour à l'occasion de cette histoire. Il y a même des scènes coupées au montage, comme si Adastra n'avait pas su interpréter le personnage tout du long; À l'évidence aussi, la transposition d'un projet en couleurs, à un projet en noir & blanc a occasionné quelques difficultés à BWS. Certaines cases sont vraiment chargées en nombre d'éléments, et donc de traits. Le lecteur sent bien que dans ces occasions, les couleurs auraient permis de rendre lisible ce qui fait parfois un peu fouillis surchargé. Il n'y a pas de hiérarchisation dans les différentes formes ce qui oblige le lecteur à effectuer un déchiffrage plus attentionné. Pour le reste; BWS a vraiment passé beaucoup de temps pour des illustrations très travaillées. Le lecteur retrouve avec plaisir la science du langage corporel au service des personnages. BWS se sert de la végétation comme d'un élément de décor qui sert à rehausser les sentiments de personnages et leur trouble intérieur. Comme à son accoutumé, il prête attention à des éléments qui passent pour superflu auprès des autres dessinateurs, mais qui confèrent une épaisseur et une identité spécifique à ce récit. Il y a la place de la musique tribale, les parures et les bijoux de fête, le rendu de la pluie, la présence des crânes des défunts, etc. Adastra in Africa souffre à plusieurs reprises de sa transposition d'une histoire en couleurs mettant en scène Storm des X-Men, à une histoire en noir & blanc avec une héroïne au caractère bien différent. Malgré l'implication et l'application évidentes de BWS, le récit peine à prendre son plein essor. Il n'en reste pas moins une fable étrange sur des questions existentielles complexes mettant aussi bien en jeu l'individu, que la société au sein de laquelle il évolue, un questionnement sur l'ordre établi et l'ordre naturel des choses.

23/10/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série The Good Asian
The Good Asian

Un excellent polar. C'est le deuxième comics de Pornsak Pichetshote que je lis après Infidel. Et ils ont un point commun, celui de mettre au centre de l'intrigue des discriminations. Ici, le racisme envers les asiatiques, ils n'ont pas la vie facile, en particulier ceux venant de Chine avec la loi d'exclusion des chinois adoptée par le Congrès en 1882, elle devait stopper cette immigration. En effet, Ils étaient perçus comme faisant baisser les salaires des travailleurs. Un sujet qui tient à cœur à Pornsak, étant lui-même d'origine thaïlandaise. Un sujet qui sera le fil conducteur de ce polar dense, complexe, violent et à l'intrigue intelligemment construite, elle se situe en 1936 dans le chinatown de San Francisco. Une lecture qui se mérite, les personnages sont nombreux et il faut rester concentré pour ne pas perdre le fil de l'histoire. Mais un récit passionnant qui prend le temps de se développer avec les nombreux retours dans le passé des protagonistes, sans nous en laisser deviner le dénouement final. Des personnages très bien travaillés, ils sont incontestablement un des points forts de cet ouvrage. Je découvre Alexandre Tefenkgi, un dessinateur français expatrié aux États-Unis après quelques publications chez Bamboo dans la collection Grand Angle. J'ai aimé sa composition graphique dans un style vintage, elle retranscrit merveilleusement cette période historique. Le stratagème des petits quadrilatères rouges qui apparaissent ci et là au milieu des vignettes fonctionne à merveille, il a guidé mon regard pour ne louper aucun détail. Une ambiance réussie qui doit beaucoup aux somptueuses couleurs de Lee Loughridge, elles seront dans des tons distincts pour différencier les époques, ce qui permet de ne pas se perdre pendant la lecture. Du très bon boulot. Je serai du voyage si une suite voyait le jour. Coup de cœur

22/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série The Evil Dead - Le Scénario réanimé
The Evil Dead - Le Scénario réanimé

La rancune des morts - Ce tome contient une adaptation complète du film The Evil Dead (1981) de Sam Raimi, avec Bruce Campbell. Il regroupe les quatre épisodes de la minisérie, initialement parus en 2008, écrits par Mark Verheiden, peints par John Bolton, avec un lettrage réalisé par Steve Dutro. L'édition du quarantième anniversaire du film comprend une postface de deux pages écrites par le scénariste en mars 2021, sa précédente postface écrite en juillet 2008, 14 pages d'études graphiques dont celles des couvertures, et celles correspondant aux esquisses de huit pages. Ash a du mal à croire que les faits se soient déroulés il y a si longtemps. Dans une forêt du Tennessee, une voiture est en train de rouiller à demi enfoncée dans l'eau, avec un squelette sur le siège du conducteur. Scotty avait promis à Ash un endroit reculé, un beau paysage, un endroit parfait pour passer du bon temps avec sa copine. Ça aurait pu être le cas si la copine en question était sourde, idiote et aveugle. Et si ça ne dérangeait pas son amoureux de la voir transformée en une harpie hurlante, tout droit sortie des enfers. Mais Ash anticipe. Par un beau jour d'été, Scotty vient chercher son copain Ash Williams pour qu'ils aillent prendre Linda chez elle. Ash se dit qu'il doit y avoir une loi coutumière qui veut que qu'un copain doive rester avec son pote adolescent attardé, bien après sa date d'expiration. Mais, pour être honnête, c'est Scotty qui lui avait présenté Linda. Arrivée devant chez elle, Ash sort de la voiture et l'étreint, tout en l'embrassant. Les deux copines de Linda sont déjà prêtes avec leur bagage : Cheryl & Shelly. Tout le monde embarque dans la voiture, avec Ash au volant. En faisant le trajet, Scotty explique qu'il a obtenu la baraque à un bon prix, car tout le monde en a peur du fait de la légende. Linda mord à l'hameçon et demande de quelle légende il s'agit. Un vieil homme vivant isolé qui a perdu les pédales dans les bois, une sorte de folie générée par une vie de solitaire dans une cabane isolée. Il s'en est pris à un promeneur, l'a agressé et mis à terre, puis s'est mis à l'énucléer avec les pouces. Personne n'a jamais su ce qui était vraiment arrivé. Il éclate de rire en se moquant des filles car c'est une histoire qu'il vient d'inventer. Il demande à Ash où ils en sont de la route. Son pote consulte la carte et lui répond qu'ils viennent de franchir la frontière entre le Michigan et le Tennessee. Scotty indique que le volant ne répond plus : ils manquent d'emboutir une voiture venant en sens inverse, puis la direction refonctionne. Ash assure qu'il a fait réviser sa voiture la veille. Ils franchissent un pont qui accuse le poids des ans, limité aux véhicules de moins de trois tonnes. Ils arrivent enfin devant la maison dans les bois. Avec le recul des années, Ash a du mal à croire qu'il était pressé d'arriver, et il sait maintenant que la cabane était également pressée qu'ils arrivent, et que les deadites étaient présents tout autour, dans les arbres, dans la forêt. Soit le lecteur a déjà vu le film et il sait à quoi s'attendre. Dans la postface initiale, le scénariste explique qu'il s'était fixé trois objectifs en réalisant cette adaptation : en raconter un peu plus que le film en extrapolant sur des détails comme des scènes bonus pour le fan avide, ne pas trahir l'esprit du film et conserver sa sensibilité de folie et de maniaque, enfin capturer l'atmosphère visuelle. Il se félicite que son script ait été confié à John Bolton, artiste remarquable. En fonction de ce qu'il est venu chercher, le lecteur ayant vu le film sera plus ou moins satisfait de la fidélité à l'œuvre, des ajouts mineurs, et des rares écarts par rapport aux scènes qu'il connaît. Il se dit que Verheiden connaît le film et l'a apprécié. Il reconnaît que John Bolton sait dessiner Ash de manière fidèle, et que ses deadites n'ont vraiment pas l'air frais. Il retrouve l'ambiance de claustrophobie et d'angoisse qui monte, l'horreur corporelle très charnelle, la succession d'agression, la prise de confiance progressive d'Ash pour faire face aux agresseurs. Il apprécie la tonalité de la voix intérieure d'Ash qui commente les faits a posteriori avec une forme de sarcasme bien adaptée aux agressions monstrueuses, une forme de dérision qui ne diminue en rien l'impact horrifique, qui la renforce en faisant ressortir le manque de compréhension des protagonistes, et l'inéluctabilité de leur destin. Éventuellement, il peut trouver discutable l'ajout d'une scène inédite sur la dernière page. S'il n'a pas vu le film, le lecteur découvre une histoire d'horreur dont l'intrigue lui semble assez mince. Il se dit que l'expérience dans une salle de cinéma doit être plus prenante en ce qui concerne les sensations et l'ambiance, constituant l'intérêt principal plutôt que l'histoire. Il suit donc ces pauvres jeunes gens promis à une nuit inoubliable, mais pas pour les raisons qu'ils souhaitaient. Il sourit en voyant la trappe se soulever d'un coup, et Scotty descendre au sous-sol avec une lampe à huile. Il sourit encore en voyant les objets qu'il a découvert : des accessoires dignes d'un film de série Z, ou d'un comics tellement dérivatif qu'il en devient insipide et inoffensif. Il relève la référence au Necronomicon, et ressent l'invention de ces Kardariens à nouveau comme une civilisation antique prête à l'emploi, sans aucune substance. Il a bien compris que la déclaration du scénariste reflète sa réelle intention : retranscrire l'ambiance malsaine du film dans une bande dessinée. S'il n'est pas entièrement convaincu par la couverture, le lecteur change d'avis dès la première page du premier épisode : John Bolton est l'homme de la situation. Cet artiste est arrivé à un moment de sa carrière où il maîtrise la combinaison de deux approches graphiques : le photoréalisme et des rendus oscillant entre impressionnisme et expressionnisme, avec une sensibilité pénétrante pour l'horreur corporelle. En voix off, Ash annonce qu'il aurait fallu être sourd, idiot et aveugle pour apprécier cette villégiature. En images, le lecteur voit une étrange tête avec la peau tendue sur le crâne, des yeux rougeoyants, comme intégrée dans un arbre, avec un arrière-plan délavé, puis cette voiture à demi engloutie, gorgée d''une humidité insalubre. La deuxième page est occupée par une peinture en pleine page, une jeune femme hurlant au visage du lecteur, du sang sur les dents, le corps tendu, le teeshirt taché à l'encolure. Il n'y a pas à dire : cet artiste prend l'horreur au sérieux. La scène suivante se déroule sous un soleil radieux : dans cette large avenue, la représentation oscille entre un rendu photographique et des formes plus simples. Il est difficile de savoir si Bolton travaille à l'infographie, ou peint d'abord et retouche après avec un logiciel, s'il utilise des photographies pour certains décors qu'il retouche et intègre ensuite à ses compositions. Par rapport à sa phase précédente, il est ici arrivé à un amalgame harmonieux entre ces différentes approches de représentation et le résultat est saisissant. Dès la fausse histoire vraie racontée par Scotty, le lecteur voit le sang gicler, un sang épais et visqueux, un sang qui tache. Par la suite, l'artiste s'amuse avec la convention des films d'horreur qui veut que le sang, ça gicle fort. Vient ensuite l'agression du professeur par sa compagne : le lecteur accuse le coup de la sauvagerie sans retenue de l'attaque, le teint cadavérique de la peau, le regard possédé par la folie. À nouveau Bolton ne fait pas semblant. Lorsque Cheryl est attaquée par des vrilles, le lecteur a l'impression de pouvoir toucher la viscosité des vrilles, d'entendre le tissu du teeshirt se déchirer, de voir apparaître les marques sur la peau de la jeune femme. le chapitre deux s'ouvre avec le constat qu'il est temps de cacher le reste des crayons (une remarque pince-sans-rire très drôle dans son contexte), et un dessin en pleine page de Cheryl en train de flotter au-dessus du sol, avec la chair ayant déjà pris une teinte cadavérique : un spectacle vraiment pas ragoûtant. Lorsqu'elle s'empare d'un crayon qu'elle plante dans l'arrière de la cheville de Linda, le lecteur grimace en voyant la chair ainsi déchirée, et le sang s'écouler. Dans la case adjacente, la jeune femme hurle la bouche grande ouverte, et ses dents sont représentées avec une telle justesse qu'un instant le lecteur croit voir une photographie. Un peu plus tard, c'est au tour de Shelly d'être contaminée, et d'avoir sa tête projetée dans l'âtre de la cheminée, un feu y étant allumé. Bolton passe dans un autre registre que celui photographique, avec des taches de couleur pour évoquer une chair putréfiée et brûlée : le résultat est immonde à souhait, totalement convaincant. le lecteur doit avoir le cœur bien accroché pour affronter les visions d'horreur suivantes. Adapter un film à l'intrigue aussi mince, à l'intérêt résidant dans l'expérience visuelle, l'ambiance et les prises de vue, constitue une entreprise peu raisonnable. Le scénariste doit faire en sorte de compenser la vacuité de l'histoire sans la trahir en rajoutant des ingrédients hétéroclites. L'artiste doit parvenir à retranscrire les sensations provoquées par le film, avec des images statiques, sans oublier que la vitesse de lecture est entièrement contrôlée par le lecteur. Pour un lecteur n'ayant pas fait l'expérience du film, le résultat est saisissant : une histoire prétexte s'appuyant sur des références horrifiques clairement affichées, et une narration visuelle très charnelle, avec un regard personnel porté sur ce qu'il y a à montrer, et une maîtrise impressionnante de différentes techniques pour créer des effets horrifiques impressionnants.

22/10/2024 (modifier)
Couverture de la série La Différence invisible
La Différence invisible

C’est la seconde BD sur l’autisme que je lis et celle-ci fut bien plus agréable à lire que la précédente qui n’est même pas sur le site. Contrairement à l’autrice, j’ai été diagnostiquée tôt, soit à 10 ans, ce qui est apparement assez rare dans l’autisme féminin. J’ai beaucoup apprécié le graphisme, noir et blanc avec quelques teintes de rouges et d’autres couleurs. Le thème de l’autisme est bien abordé, bien entendu c’est un spectre donc je me reconnais pas dans tout mais dans la majorité quand même. Une bonne BD pour parler d’autisme, au point de vue d’une concernée.

22/10/2024 (modifier)