Pour mes appréciations de BDs, ce qui a le plus le poids, c'est l'histoire.
Lorsqu'une BD possède un bon scénario mais un dessin plutôt médiocre, je la noterais mieux qu'une BD au dessin exceptionnel mais à l'histoire vraiment naze.
Cependant, lorsque le scénario est bon, mais que le dessin le surpasse largement, j'accorde un bonus dans ma note. Et c'est ce qui se passe lorsque je donne un 4/5 à "Le cadavre et le sofa", c'est pour remercier l'auteur de m'avoir fait passer un merveilleux moment en regardant les planches, disons-le, magnifiques de son album.
Tony Sandoval, je connaissais son travail de réputation, mais après avoir lu cet album, je vais m’intéresser de près à ce qu'il fait, car son style est vraiment magnifique.
Il y a deux styles graphiques bien distincts dans l'album ; des planches avec une magnifique colorisation informatique, avec des personnages aux traits ronds, aux expressions très caricaturées et un encrage pas très franc ; l'ambiance donnée par ces planches à l'album est une réussite.
Et puis, aléatoirement, il y a des planches beaucoup plus lâchées, anguleuses, hachurées, fourmillant de mille traits, en bichromie, avec un encrage plus appuyé et des perspectives et proportions moins précises.
Si vous aimez les dessins soignés, recherchés qui vont vous happer dans le récit, je vous conseille "Le cadavre et le sofa" qui en plus d'un dessin exceptionnel, n'a pas une histoire mauvaise.
Elle m'a juste paru plus classique, l'album parle de mal de vivre, d'amour adolescente pendant l'été... La mort d'un camarade des héros et l’omniprésence de son cadavre rajoute une touche de glauque à cette jolie fable, mais ce n'est pas vraiment malsain.
Bref, une réussite (essentiellement graphique, mais une réussite quand même) !!!
Longtemps assimilé à la sous-culture popcorn US, le genre zombie, cette branche du fantastique a proliféré dans les domaines du cinéma, du jeu vidéo et de la BD. Et pourtant, le cinéaste Georges Romero, héritier de la culture contestataire des années 60, depuis sa cultissime « Nuit des morts-vivants » et les suites qui en avaient découlé, avait justement utilisé les zombies pour dénoncer le système consumériste de nos sociétés capitalistes. Avec Walking Dead, Robert Kirkman et Charlie Adlard transcendent le genre avec un format qui s’apparenterait plus au roman graphique qu’au comics typique à la Marvel, conférant à ses personnages (les vivants bien entendu…) une profondeur psychologique assez surprenante, aucun ne possédant les caractéristiques du héros classique. Le personnage central, Rick Grimes, censé endosser cette position, a lui-même ses failles et ses zones d’ombre.
Si le trait, nerveux, est assez classique, il est toutefois bien adapté à ce « survival horror comics », dont le scénario, très bien construit est si captivant qu’on oublie totalement que le dessin est en noir et blanc. Sur le plan de la mise en page et du cadrage, rien à dire, c’est parfait. Les personnages sont attachants et bien campés psychologiquement, ce qui, on pourrait le concevoir, est la moindre des choses face à des hordes de zombies hargneux et décervelés ! On se dit que décidément, les Ricains sont toujours très forts en la matière. Le récit est émaillé de multiples rebondissements mais le dosage entre scènes d’action et scènes plus calmes est équilibré, De façon générale, à peine a-t-on déposé le livre qu’on a déjà envie de le rouvrir pour découvrir la suite. Certaines scènes sont dignes de l’Enfer de Dante, et même si faire peur n’est pas le but premier des auteurs, certains risquent tout de même de faire quelques cauchemars… Mais cela serait oublier le vrai talent du dessinateur qui reproduit avec réalisme et sensibilité les différentes attitudes des personnages, sachant révéler avec justesse leurs états d’âme d’un simple coup de crayon… car la saga est aussi et surtout une aventure humaine, où les auteurs explorent les recoins de l’âme humaine, des plus nobles aux plus sombres. Avec cette question lancinante : jusqu’où peut-on aller pour assurer sa survie et celle de ses proches dans une situation difficile ?
Pendant une bonne partie de la série, aucun indice n’est fourni sur les raisons d’une catastrophe qui semble avoir touché le monde entier. Inutile d’allumer le poste pour avoir des informations ou d’attendre d’hypothétiques secours, il n’y a plus rien, seulement la mort qui rôde et ses charognards sans sommeil. Depuis Romero, le genre zombie est un mythe qui correspond complètement au Zeitgeist de la fin du XXème siècle et est repris avec brio par les auteurs qui en font une espèce de télé-réalité sombre et post-apocalyptique, avec ses maillons faibles, où les valeurs de l’Occident, du tout confort, de l’hyperconsommation, du « fun of life », sont réduites en charpie… Un mythe qui ne peut que fasciner, lié aux grandes épidémies et à la terreur qu’elles suscitent, de la Peste noire au Sida, en passant par la grippe espagnole… mais également au cannibalisme qui nous renvoie avec effroi à nos origines les plus primitives…
Toute américaine qu’elle soit, cette œuvre n’a rien d’une production typique US avec ses « happy ends » et ses héros invincibles sortant indemnes de toutes les chausse-trappes. Elle réussit à briser quelques conventions, notamment celle du manichéisme poisseux hérité d’Hollywood. Et à bien des égards, je peux vraiment dire que j’ai été scotché par cette série, qui, en recourant à des procédés parfois « bourrins » ou trash dans la forme, ne s’interdit rien pour mettre à jour les aspects les moins glorieux de l’âme humaine. C’est peut-être ce que permet la BD par rapport au cinéma, car quand on compare à la série TV qui en a été inspirée, on voit bien que cette dernière, malgré ses qualités, a été largement édulcorée par rapport à l’œuvre originale, sans doute dans le but de toucher un plus large public.
En résumé, Walking Dead est une bédé puissante, qui prend… aux tripes. C’est facile, je sais, mais c’est la meilleure définition….
1. Passé Décomposé
2. Cette Vie derrière nous...
3. Sains et saufs
4. Amour et mort –
5. Monstrueux
6. Vengeance –
7. Dans l’œil du cyclone -
8. Une vie de souffrance
9. Ceux qui restent
10. Vers quel avenir ?
11. Les Chasseurs
12. Un monde parfait
13. Point de non-retour
14. Piégés !
15. Deuil et espoir
16. Un vaste monde
17. Terrifiant
18. Lucille...
19. Ezéchiel
20. Sur le sentier de la guerre
Allez, petite réecriture de cet avis que j'avais laissé lorsque j'étais encore un jeune innocent, loin du monde la bande-dessinée et ignorant des références en la matière.
Maintenant que le temps à passé, je dois reconnaitre que cette BD me plait tout de même moins que d'autres dans le même genre.
Ici l'histoire est sympathique dans le genre (amour adolescent au Japon), avec des petites originalités bienvenues (le sport, la vitesse du récit de temps à autre, quelques thèmes abordés), mais dans l'ensemble on retrouve une trame assez "classique", et un humour potache assez commun à ce genre de récit.
On peut noter cependant un dessin vraiment bien fait, je l'ai personnellement assez bien aimé, et de plus on peut remarquer une certaine recherche dans le caractère des personnages : ils ne sont pas "coincés" dans un genre particulier sans jamais en sortir.
Cependant je noterais un défaut assez gros : une fin assez abrupte, et qui me semble peu crédible. Surtout qu'elle conclut rapidement un récit qui se trainait un tantinet dans les tomes précédent. Du coup c'est un peu frustrant.
Il n'empêche, Suzuka reste un manga qui, sans renouveler le genre, offre une série avec de belles particularités, très fraiche et sympathique. On la réservera à un public adolescent, mais elle plaira sans doute.
Un 3.5/5 pour une BD qui reste dans ma mémoire tout de même.
Ma note paraît en retrait du concert de louanges qui s'est abattu jusque-là sur "Namibia", mais disons que pour l'heure je préfère rester prudent.
On ne peut parler de cette série sans passer par Kenya, une belle réussite du duo Leo-Rodolphe. Ici le duo est devenu trio, Marchal s'occupant de peaufiner le storyboard réalisé par Leo. Leurs styles étant très proches depuis plusieurs années, l'amalgame se fait sans problème, et l'on se replonge sans problème dans l'ambiance de la première série. Il y a bien sûr quelques différences, le dessin de Marchal étant moins "rond", plus serré que celui de Léo. Mais il parvient, avec l'aide de Sébastien Bouët, à installer de belles ambiances sur les pages du désert namibien...
C'est une réussite également sur le plan narratif, car on a du mal à lâcher l'album avant son terme, et l'ajout de plusieurs péripéties savamment placées permet de tenir le lecteur en haleine, même s'il y a aussi de longs moments de calme comme lors de l'arrivée de Katie. Ce personnage "humaniste" nous permet aussi de nous plonger dans l'ambiance de l'époque, très particulière...
La suite continue sur le même mode, on vole de mystères en énigmes, et à l'issue du tome 3 cela reste aussi nébuleux que prenant.
Quelle claque ! Et quelle déprime en même temps…
J'ai trouvé dans cette "Saison Brune" et dans son auteur Philippe Squarzoni le parfait écho de ma sensibilité, de mon optimisme et de mon pessimisme en matière d'environnement, de réchauffement climatique, de petites solutions individuelles indispensables mais quasi vaines et de grands bouleversements socio-économiques nécessaires mais utopiques.
Le constat dressé ici est tiré de tout un tas d'ouvrages que l'auteur a lus afin de se cultiver en la matière lorsqu'il a dû écrire le chapitre "environnement" de Dol. Il entremêle habilement statistiques, interviews, réflexions personnelles et souvenirs d'enfance ce qui évite la lassitude par un rythme de lecture tout sauf monotone.
Servie par un dessin en noir et blanc clair, sobre et efficace, cette "Saison brune" tente de nous ouvrir les yeux sur le côté quasi inéluctable de la catastrophe climatique qui nous attend si nous continuons à vivre comme nous le faisons, tout en faisant en même temps la triste démonstration que, vue la mentalité des individus qui dirigent le monde, on va droit dans le mur et que c'est uniquement quand on se sera encastré dedans qu'on (qu'ils) se décidera (se décideront) à faire quelque chose, contraints et forcés, donc trop tard.
La notion de rétroaction évoquée dans un des chapitres du livre est assez effrayante, c'est à dire qu'à un moment donné, c'est la nature elle-même qui va contribuer à l'augmentation de la production des gaz à effet de serre, du fait de la fonte des glaciers ou de la calotte polaire, de la disparition de certains courants marins ou de l'augmentation de la température des océans par exemple. Dans un sens la nature a bien raison de se venger ainsi, mais peut-on laisser à nos enfants et aux générations futures un tel héritage ? Et que penser des conséquences sur les inégalités dans le monde ? L'écart va encore s'aggraver, les plus riches sauront sans doute s'adapter un minimum, mais leur mode de vie inconscient causera encore plus de souffrances chez les plus pauvres, cette partie de l'humanité déjà bien mal lotie.
Comme le dit Philippe Squarzoni, il y a de quoi devenir schizophrène ! Qui, même l'écologiste le plus convaincu, accepterait de vivre dans les conditions qui seraient nécessaires au désemballement de la machine ? Au niveau individuel, et selon la personnalité de chacun, on est tiraillé entre l'envie/le besoin d'un minimum de confort et le sentiment que chaque écart de conduite est un grain de sable qui vient s'ajouter à ce tas sur le point de s'écrouler sous son propre poids.
Et puis on finit invariablement par se dire "A quoi bon ? A quoi bon faire quelque chose dans mon coin ? Ca me donne bonne conscience et après ? Si ça reste individuel et ponctuel, ça ne suffit pas."
Cette BD ne se lit pas, elle se dévore malgré soi et malgré sa noirceur et son pessimisme. Certaines notions sont abordées et ré-abordées comme pour mieux imprégner notre cerveau et lui faire bien prendre conscience de la gravité de la situation. Bien que certains passages d'interviews soient parfois un peu longuets, le contenu est tellement intéressant qu'on reste scotché aux propos malgré tout. Je me dis que le chapitre sur le nucléaire aurait trouvé un sacré complément si le livre avait été terminé 3 ou 4 mois plus tard, Philippe Squarzoni aurait certainement évoqué le désastre de Fukushima !
Si vous n'avez pas peur de voir la vérité en face et d'égratigner votre bonne conscience, lisez ce documentaire, il est édifiant autant qu'instructif ! Il faudrait également songer à le distribuer à tous les grands de ce monde, politiques ou grands patrons, mais je pense malheureusement que seul un état d'esprit déjà ouvert sur le sujet peut y être sensible avant l'impact et c'est bien ça le problème.
« Toby mon ami » ou la vie heureuse d’un chien heureux, ça fait plaisir, un peu de douceur dans ce monde où la grande majorité des animaux domestiques ne vivent que pour remplir des ventres et faire plaisir à des bouches trop gourmandes, certes c‘est hors sujet, mais il faut bien le rappeler de temps en temps, c’est l’occasion.
Donc, Toby est un chien qui vit sa vie de chien avec son maître qu’il adore et qui l’aime en retour. Les expressions et attitudes canines sont extrêmement bien rendues et la manière dont Gregory Panaccione fait « s’exprimer » le toutou est bien pensée et souvent drôle. L’histoire est d’une grande simplicité, une vie de chien n’est pas bien compliquée en soi, mais c‘est prenant et d’une grande douceur, pourvu qu’on aime les bêtes à poils.
Toby comme son nom l’indique est un petit gars, je serais curieuse de voir le même genre d’histoire mais avec une petite femelle, une « Sally ma copine » par exemple, car les deux sexes n’ont pas les mêmes attitudes dans beaucoup de situations.
Le dessin met bien en valeur les petites aventures de Toby, même si la planche de la galerie n’est pas des plus parlantes. Par contre, la couverture souple n’est pas très solide, mais bon, cela vaut bien cet instant de pure détente duquel on ressort joyeux et totalement détendus.
J'ai oublié de dire que c'est une B.D. muette, certainement parce que les "discours" de Toby ont été largement suffisants.
Hercule, tout le monde connaît. Il s’agit d’une des plus belles épopées de la mythologie grecque à l’instar de l’odyssée d’Ulysse, de la guerre de Troie avec Achille ou de la Toison d’Or avec les Argonautes.
Afin d’expier certaines de ses erreurs, Hercule ou Herakles dans sa langue d’origine, doit passer certaines épreuves irréalisables pour le commun des mortels. Mais cet Herakles là possède un statut de demi-dieu sous une apparente bonhomie et un humour latent.
Car si ses aventures ont été moult fois déjà relatées, le nouveau et talentueux Edouard Cour n’hésite pas à porter cet ambitieux projet par un regard aussi malin que contemporain.
Dès lors les chapitres s’enchaînent avec tout autant d’épreuves à réaliser. Le ton dynamique de l’ensemble confère un rythme soutenu et d’approche facile. On est tout de suite fasciné par sa traque du lion de Némée où le trait mi-rond mi-anguleux confère une impression de vitesse et de mouvement comme seul un Christophe Blain peut s’en vanter (tiens tiens, inspiration du demi-chien ? :) ).
Les perspectives sont parfois impressionnantes me rappelant les effets déformants du petit monde de Terada mais Edouard Cour possède un style propre fort agréable dont la palette jaune et rougeâtre emporte l’adhésion.
Son Herakles est aussi invulnérable et imposant qu’il est maladroit et attachant. La traque de la biche de Cérynie est un modèle hilarant du genre avec des trouvailles « montypytesques » hilarantes comme la méthode bien particulière pour notre héros de se nourrir.
Ajoutez à cela une narration éclatée mais fluide et un ton de plus en plus sombre au fil des pages (les « ombres » offrent à ce titre une belle répartie verbale à notre héros).
Le découpage s’apparente à autant de levels d’un jeu video mais les situations sont suffisamment variées pour qu’on ne suscite l’ennui à aucun moment. Le second tome qui conclura cette aventure apportera je l’espère des réponses à un passé que l’on devine trouble et j’aurais préféré une couverture rigide et un format un peu plus conséquent pour mettre en valeur les splendides planches.
Néanmoins en l’état, l’auteur dont c'est la première œuvre rentre directement dans la Cour des grands en nous offrant une relecture d’une légende qui a tout sauf du traditionnel. Bravo et vivement la suite !
Je pourrais faire bien des éloges sur cette série, les trois premiers tomes sont excellents et je leur accorde facilement la note de culte, tant au dessin qu'au scénario ; mais je ne vais pas m'éterniser sur tant de perfection, d'originalité, de beauté, d'humour fin et de noirceur, pour ne citer que les principales qualités, je vais aller droit au but et dire ce qui ne va pas.
Les tomes 4 et 5 auraient pu facilement fusionner en un seul tome, on sent l'appât du gain et le rallongement artificiel de la série. Dans le tome 4 il y a moult batailles qui diluent un peu la densité du scénario, bon… passe encore… juste pour le plaisir de se retrouver dans cet univers.
Le pire c'est le tome 5 qui comporte aussi pas mal de courses poursuites et de batailles, mais où les auteurs ont ajouté une scène de cul - de 5 planches tout de même ! - que je trouve totalement déplacée.
Autant j'ai apprécié l'humour léger et extrêmement bien dosé des tomes précédents concernant le lamineur, homme herculéen dirigé par l'esprit d'une femme, Splata, et qui induit des situations bien cocasses ; autant dans la scène de cul présentée, les auteurs se prennent tout à coup au sérieux, ce qui tranche avec l'esprit de la série.
Lorsque par exemple l'un des personnages dit à l'autre : "Tu as joui avec elle… avec cette salope…" Était-ce bien nécessaire ? ! D'un coup on a la sensation de lire une B.D. qui se déroule à l'époque actuelle, sortant totalement de son univers de fantasy. S'ils voulaient caser cette scène à tout prix, - bien que totalement dispensable - il fallait la faire plus discrète.
Il est aussi dommage que la fin du 5ème tome n'ait pas été plus développée, le peuple des brumes est très intéressant et pourtant est trop éludé.
Final
Le dernier tome est en accord avec l'histoire et la clôt honorablement, il s'y passe pas mal de choses et l'action est bien présente, tout avance à cent à l'heure. Le graphisme est de même qualité que les tomes précédents, il n'y a dans ce tome aucune fausse note.
Il ne me reste plus qu'à la relire dans son entier pour voir si mes impressions sont les mêmes, bien que les quelques désagréments du tome 5 ne m'en donne pas l'envie pour l'instant.
Série qui nous pousse à nous attacher à un personnage aux activités "à priori" immorales.
L'interprétation de ses actes nous amène également à remettre en question certains de nos jugements, quant à différents thèmes de la société, au point de nous faire parfois honte.
Contrairement aux apparences c'est une oeuvre de fond qui ne pousse pas à se torturer l'esprit en ce qui concerne le scénario, mais plutôt à prendre du recul et envisager un autre regard sur certaines réalités.
Nkodem vient du milieu de la musique, du rap et des slameurs ; il se lance dans la bd avec ce petit bijou, une étonnante première production tout à fait réussie. Le graphisme est parfait, le découpage des cases original, les couleurs suaves sont belles ; des dégradés de gris, marron, jaune et vert, déclinés tout en douceur. Visuel en opposition totale avec ce monde où la violence et la pauvreté ont une place prépondérante, mais dont l'alliance est une pure merveille. La bd est chapitrée et le lettrage est fort joli.
Concernant le scénario, on est immergé dans une société futuriste, bien que toute proche de la nôtre et essentiellement dans la tête du personnage principal, le dénommé Manioka. Celui-ci décortique cette société, sans aucun tabou et de son point de vue de dealer. J'ai beaucoup apprécié ce côté intimiste du récit et le ton désabusé des textes.
Dans cette société un réseau organise des combats pour recruter des tueurs de dealers, ils sont considérés comme des super-héros. Manioka devient leur cible, mais lui n'a pas l'intention de laisser écraser comme un vulgaire puceron. Il y a une touche de fantastique savamment dosée et tout à fait surprenante. Quelques touches d'humour viennent se greffer par-ci, par-là, et font mouche à chaque fois. Une histoire relativement inclassable.
Le seul reproche que je ferai concerne le tout début du récit, que j'ai trouvé un poil moralisateur, qui met trop en avant les magouilles politiciennes et la misère des gens, mais ce n'est finalement qu'une petite introduction qui nous introduit dans le monde de Manioka.
J'ai aussi eu la chance d'avoir le CD offert lors d'une séance de dédicaces, et même si ce n'est pas spécialement mon genre de musique, j'ai su tout de même l'apprécier.
Le monde de Nkodem est forcément à découvrir et à suivre…
Tome 2
Ma grande joie a été de découvrir un second tome à cette série, car si le premier tome peut se lire tel quel, celui-ci répond à toutes nos questions et clôt l'histoire comme toute histoire devrait l'être. Par ailleurs, j'avais imputé certaines choses inexpliquées à du fantastique, mais c’est bel et bien de la S.-F.
Cette suite est peut-être un poil plus légère que le premier opus car un peu moins bavarde, mais l'équilibre entre les deux est sauf.
Les personnages sont toujours aussi attachants, et même si l’histoire est finie j'aurais aimé savoir ce que devient la gamine, avec un récit bien à elle dans ce monde décadent.
Graphiquement le travail de l'auteur est exactement le même que précédemment, beau et foutrement immersif. Avec cette belle réussite je suis maintenant curieuse de voir de qu'il nous offrira à l'avenir.
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Le Cadavre et le Sofa
Pour mes appréciations de BDs, ce qui a le plus le poids, c'est l'histoire. Lorsqu'une BD possède un bon scénario mais un dessin plutôt médiocre, je la noterais mieux qu'une BD au dessin exceptionnel mais à l'histoire vraiment naze. Cependant, lorsque le scénario est bon, mais que le dessin le surpasse largement, j'accorde un bonus dans ma note. Et c'est ce qui se passe lorsque je donne un 4/5 à "Le cadavre et le sofa", c'est pour remercier l'auteur de m'avoir fait passer un merveilleux moment en regardant les planches, disons-le, magnifiques de son album. Tony Sandoval, je connaissais son travail de réputation, mais après avoir lu cet album, je vais m’intéresser de près à ce qu'il fait, car son style est vraiment magnifique. Il y a deux styles graphiques bien distincts dans l'album ; des planches avec une magnifique colorisation informatique, avec des personnages aux traits ronds, aux expressions très caricaturées et un encrage pas très franc ; l'ambiance donnée par ces planches à l'album est une réussite. Et puis, aléatoirement, il y a des planches beaucoup plus lâchées, anguleuses, hachurées, fourmillant de mille traits, en bichromie, avec un encrage plus appuyé et des perspectives et proportions moins précises. Si vous aimez les dessins soignés, recherchés qui vont vous happer dans le récit, je vous conseille "Le cadavre et le sofa" qui en plus d'un dessin exceptionnel, n'a pas une histoire mauvaise. Elle m'a juste paru plus classique, l'album parle de mal de vivre, d'amour adolescente pendant l'été... La mort d'un camarade des héros et l’omniprésence de son cadavre rajoute une touche de glauque à cette jolie fable, mais ce n'est pas vraiment malsain. Bref, une réussite (essentiellement graphique, mais une réussite quand même) !!!
Walking Dead
Longtemps assimilé à la sous-culture popcorn US, le genre zombie, cette branche du fantastique a proliféré dans les domaines du cinéma, du jeu vidéo et de la BD. Et pourtant, le cinéaste Georges Romero, héritier de la culture contestataire des années 60, depuis sa cultissime « Nuit des morts-vivants » et les suites qui en avaient découlé, avait justement utilisé les zombies pour dénoncer le système consumériste de nos sociétés capitalistes. Avec Walking Dead, Robert Kirkman et Charlie Adlard transcendent le genre avec un format qui s’apparenterait plus au roman graphique qu’au comics typique à la Marvel, conférant à ses personnages (les vivants bien entendu…) une profondeur psychologique assez surprenante, aucun ne possédant les caractéristiques du héros classique. Le personnage central, Rick Grimes, censé endosser cette position, a lui-même ses failles et ses zones d’ombre. Si le trait, nerveux, est assez classique, il est toutefois bien adapté à ce « survival horror comics », dont le scénario, très bien construit est si captivant qu’on oublie totalement que le dessin est en noir et blanc. Sur le plan de la mise en page et du cadrage, rien à dire, c’est parfait. Les personnages sont attachants et bien campés psychologiquement, ce qui, on pourrait le concevoir, est la moindre des choses face à des hordes de zombies hargneux et décervelés ! On se dit que décidément, les Ricains sont toujours très forts en la matière. Le récit est émaillé de multiples rebondissements mais le dosage entre scènes d’action et scènes plus calmes est équilibré, De façon générale, à peine a-t-on déposé le livre qu’on a déjà envie de le rouvrir pour découvrir la suite. Certaines scènes sont dignes de l’Enfer de Dante, et même si faire peur n’est pas le but premier des auteurs, certains risquent tout de même de faire quelques cauchemars… Mais cela serait oublier le vrai talent du dessinateur qui reproduit avec réalisme et sensibilité les différentes attitudes des personnages, sachant révéler avec justesse leurs états d’âme d’un simple coup de crayon… car la saga est aussi et surtout une aventure humaine, où les auteurs explorent les recoins de l’âme humaine, des plus nobles aux plus sombres. Avec cette question lancinante : jusqu’où peut-on aller pour assurer sa survie et celle de ses proches dans une situation difficile ? Pendant une bonne partie de la série, aucun indice n’est fourni sur les raisons d’une catastrophe qui semble avoir touché le monde entier. Inutile d’allumer le poste pour avoir des informations ou d’attendre d’hypothétiques secours, il n’y a plus rien, seulement la mort qui rôde et ses charognards sans sommeil. Depuis Romero, le genre zombie est un mythe qui correspond complètement au Zeitgeist de la fin du XXème siècle et est repris avec brio par les auteurs qui en font une espèce de télé-réalité sombre et post-apocalyptique, avec ses maillons faibles, où les valeurs de l’Occident, du tout confort, de l’hyperconsommation, du « fun of life », sont réduites en charpie… Un mythe qui ne peut que fasciner, lié aux grandes épidémies et à la terreur qu’elles suscitent, de la Peste noire au Sida, en passant par la grippe espagnole… mais également au cannibalisme qui nous renvoie avec effroi à nos origines les plus primitives… Toute américaine qu’elle soit, cette œuvre n’a rien d’une production typique US avec ses « happy ends » et ses héros invincibles sortant indemnes de toutes les chausse-trappes. Elle réussit à briser quelques conventions, notamment celle du manichéisme poisseux hérité d’Hollywood. Et à bien des égards, je peux vraiment dire que j’ai été scotché par cette série, qui, en recourant à des procédés parfois « bourrins » ou trash dans la forme, ne s’interdit rien pour mettre à jour les aspects les moins glorieux de l’âme humaine. C’est peut-être ce que permet la BD par rapport au cinéma, car quand on compare à la série TV qui en a été inspirée, on voit bien que cette dernière, malgré ses qualités, a été largement édulcorée par rapport à l’œuvre originale, sans doute dans le but de toucher un plus large public. En résumé, Walking Dead est une bédé puissante, qui prend… aux tripes. C’est facile, je sais, mais c’est la meilleure définition…. 1. Passé Décomposé
2. Cette Vie derrière nous...
3. Sains et saufs
4. Amour et mort –
5. Monstrueux
6. Vengeance –
7. Dans l’œil du cyclone -
8. Une vie de souffrance
9. Ceux qui restent
10. Vers quel avenir ?
11. Les Chasseurs
12. Un monde parfait
13. Point de non-retour
14. Piégés !
15. Deuil et espoir
16. Un vaste monde
17. Terrifiant
18. Lucille...
19. Ezéchiel
20. Sur le sentier de la guerre 
Suzuka
Allez, petite réecriture de cet avis que j'avais laissé lorsque j'étais encore un jeune innocent, loin du monde la bande-dessinée et ignorant des références en la matière. Maintenant que le temps à passé, je dois reconnaitre que cette BD me plait tout de même moins que d'autres dans le même genre. Ici l'histoire est sympathique dans le genre (amour adolescent au Japon), avec des petites originalités bienvenues (le sport, la vitesse du récit de temps à autre, quelques thèmes abordés), mais dans l'ensemble on retrouve une trame assez "classique", et un humour potache assez commun à ce genre de récit. On peut noter cependant un dessin vraiment bien fait, je l'ai personnellement assez bien aimé, et de plus on peut remarquer une certaine recherche dans le caractère des personnages : ils ne sont pas "coincés" dans un genre particulier sans jamais en sortir. Cependant je noterais un défaut assez gros : une fin assez abrupte, et qui me semble peu crédible. Surtout qu'elle conclut rapidement un récit qui se trainait un tantinet dans les tomes précédent. Du coup c'est un peu frustrant. Il n'empêche, Suzuka reste un manga qui, sans renouveler le genre, offre une série avec de belles particularités, très fraiche et sympathique. On la réservera à un public adolescent, mais elle plaira sans doute. Un 3.5/5 pour une BD qui reste dans ma mémoire tout de même.
Namibia
Ma note paraît en retrait du concert de louanges qui s'est abattu jusque-là sur "Namibia", mais disons que pour l'heure je préfère rester prudent. On ne peut parler de cette série sans passer par Kenya, une belle réussite du duo Leo-Rodolphe. Ici le duo est devenu trio, Marchal s'occupant de peaufiner le storyboard réalisé par Leo. Leurs styles étant très proches depuis plusieurs années, l'amalgame se fait sans problème, et l'on se replonge sans problème dans l'ambiance de la première série. Il y a bien sûr quelques différences, le dessin de Marchal étant moins "rond", plus serré que celui de Léo. Mais il parvient, avec l'aide de Sébastien Bouët, à installer de belles ambiances sur les pages du désert namibien... C'est une réussite également sur le plan narratif, car on a du mal à lâcher l'album avant son terme, et l'ajout de plusieurs péripéties savamment placées permet de tenir le lecteur en haleine, même s'il y a aussi de longs moments de calme comme lors de l'arrivée de Katie. Ce personnage "humaniste" nous permet aussi de nous plonger dans l'ambiance de l'époque, très particulière... La suite continue sur le même mode, on vole de mystères en énigmes, et à l'issue du tome 3 cela reste aussi nébuleux que prenant.
Saison brune
Quelle claque ! Et quelle déprime en même temps… J'ai trouvé dans cette "Saison Brune" et dans son auteur Philippe Squarzoni le parfait écho de ma sensibilité, de mon optimisme et de mon pessimisme en matière d'environnement, de réchauffement climatique, de petites solutions individuelles indispensables mais quasi vaines et de grands bouleversements socio-économiques nécessaires mais utopiques. Le constat dressé ici est tiré de tout un tas d'ouvrages que l'auteur a lus afin de se cultiver en la matière lorsqu'il a dû écrire le chapitre "environnement" de Dol. Il entremêle habilement statistiques, interviews, réflexions personnelles et souvenirs d'enfance ce qui évite la lassitude par un rythme de lecture tout sauf monotone. Servie par un dessin en noir et blanc clair, sobre et efficace, cette "Saison brune" tente de nous ouvrir les yeux sur le côté quasi inéluctable de la catastrophe climatique qui nous attend si nous continuons à vivre comme nous le faisons, tout en faisant en même temps la triste démonstration que, vue la mentalité des individus qui dirigent le monde, on va droit dans le mur et que c'est uniquement quand on se sera encastré dedans qu'on (qu'ils) se décidera (se décideront) à faire quelque chose, contraints et forcés, donc trop tard. La notion de rétroaction évoquée dans un des chapitres du livre est assez effrayante, c'est à dire qu'à un moment donné, c'est la nature elle-même qui va contribuer à l'augmentation de la production des gaz à effet de serre, du fait de la fonte des glaciers ou de la calotte polaire, de la disparition de certains courants marins ou de l'augmentation de la température des océans par exemple. Dans un sens la nature a bien raison de se venger ainsi, mais peut-on laisser à nos enfants et aux générations futures un tel héritage ? Et que penser des conséquences sur les inégalités dans le monde ? L'écart va encore s'aggraver, les plus riches sauront sans doute s'adapter un minimum, mais leur mode de vie inconscient causera encore plus de souffrances chez les plus pauvres, cette partie de l'humanité déjà bien mal lotie. Comme le dit Philippe Squarzoni, il y a de quoi devenir schizophrène ! Qui, même l'écologiste le plus convaincu, accepterait de vivre dans les conditions qui seraient nécessaires au désemballement de la machine ? Au niveau individuel, et selon la personnalité de chacun, on est tiraillé entre l'envie/le besoin d'un minimum de confort et le sentiment que chaque écart de conduite est un grain de sable qui vient s'ajouter à ce tas sur le point de s'écrouler sous son propre poids. Et puis on finit invariablement par se dire "A quoi bon ? A quoi bon faire quelque chose dans mon coin ? Ca me donne bonne conscience et après ? Si ça reste individuel et ponctuel, ça ne suffit pas." Cette BD ne se lit pas, elle se dévore malgré soi et malgré sa noirceur et son pessimisme. Certaines notions sont abordées et ré-abordées comme pour mieux imprégner notre cerveau et lui faire bien prendre conscience de la gravité de la situation. Bien que certains passages d'interviews soient parfois un peu longuets, le contenu est tellement intéressant qu'on reste scotché aux propos malgré tout. Je me dis que le chapitre sur le nucléaire aurait trouvé un sacré complément si le livre avait été terminé 3 ou 4 mois plus tard, Philippe Squarzoni aurait certainement évoqué le désastre de Fukushima ! Si vous n'avez pas peur de voir la vérité en face et d'égratigner votre bonne conscience, lisez ce documentaire, il est édifiant autant qu'instructif ! Il faudrait également songer à le distribuer à tous les grands de ce monde, politiques ou grands patrons, mais je pense malheureusement que seul un état d'esprit déjà ouvert sur le sujet peut y être sensible avant l'impact et c'est bien ça le problème.
Toby mon Ami
« Toby mon ami » ou la vie heureuse d’un chien heureux, ça fait plaisir, un peu de douceur dans ce monde où la grande majorité des animaux domestiques ne vivent que pour remplir des ventres et faire plaisir à des bouches trop gourmandes, certes c‘est hors sujet, mais il faut bien le rappeler de temps en temps, c’est l’occasion. Donc, Toby est un chien qui vit sa vie de chien avec son maître qu’il adore et qui l’aime en retour. Les expressions et attitudes canines sont extrêmement bien rendues et la manière dont Gregory Panaccione fait « s’exprimer » le toutou est bien pensée et souvent drôle. L’histoire est d’une grande simplicité, une vie de chien n’est pas bien compliquée en soi, mais c‘est prenant et d’une grande douceur, pourvu qu’on aime les bêtes à poils. Toby comme son nom l’indique est un petit gars, je serais curieuse de voir le même genre d’histoire mais avec une petite femelle, une « Sally ma copine » par exemple, car les deux sexes n’ont pas les mêmes attitudes dans beaucoup de situations. Le dessin met bien en valeur les petites aventures de Toby, même si la planche de la galerie n’est pas des plus parlantes. Par contre, la couverture souple n’est pas très solide, mais bon, cela vaut bien cet instant de pure détente duquel on ressort joyeux et totalement détendus. J'ai oublié de dire que c'est une B.D. muette, certainement parce que les "discours" de Toby ont été largement suffisants.
Héraklès
Hercule, tout le monde connaît. Il s’agit d’une des plus belles épopées de la mythologie grecque à l’instar de l’odyssée d’Ulysse, de la guerre de Troie avec Achille ou de la Toison d’Or avec les Argonautes. Afin d’expier certaines de ses erreurs, Hercule ou Herakles dans sa langue d’origine, doit passer certaines épreuves irréalisables pour le commun des mortels. Mais cet Herakles là possède un statut de demi-dieu sous une apparente bonhomie et un humour latent. Car si ses aventures ont été moult fois déjà relatées, le nouveau et talentueux Edouard Cour n’hésite pas à porter cet ambitieux projet par un regard aussi malin que contemporain. Dès lors les chapitres s’enchaînent avec tout autant d’épreuves à réaliser. Le ton dynamique de l’ensemble confère un rythme soutenu et d’approche facile. On est tout de suite fasciné par sa traque du lion de Némée où le trait mi-rond mi-anguleux confère une impression de vitesse et de mouvement comme seul un Christophe Blain peut s’en vanter (tiens tiens, inspiration du demi-chien ? :) ). Les perspectives sont parfois impressionnantes me rappelant les effets déformants du petit monde de Terada mais Edouard Cour possède un style propre fort agréable dont la palette jaune et rougeâtre emporte l’adhésion. Son Herakles est aussi invulnérable et imposant qu’il est maladroit et attachant. La traque de la biche de Cérynie est un modèle hilarant du genre avec des trouvailles « montypytesques » hilarantes comme la méthode bien particulière pour notre héros de se nourrir. Ajoutez à cela une narration éclatée mais fluide et un ton de plus en plus sombre au fil des pages (les « ombres » offrent à ce titre une belle répartie verbale à notre héros). Le découpage s’apparente à autant de levels d’un jeu video mais les situations sont suffisamment variées pour qu’on ne suscite l’ennui à aucun moment. Le second tome qui conclura cette aventure apportera je l’espère des réponses à un passé que l’on devine trouble et j’aurais préféré une couverture rigide et un format un peu plus conséquent pour mettre en valeur les splendides planches. Néanmoins en l’état, l’auteur dont c'est la première œuvre rentre directement dans la Cour des grands en nous offrant une relecture d’une légende qui a tout sauf du traditionnel. Bravo et vivement la suite !
Zorn & Dirna
Je pourrais faire bien des éloges sur cette série, les trois premiers tomes sont excellents et je leur accorde facilement la note de culte, tant au dessin qu'au scénario ; mais je ne vais pas m'éterniser sur tant de perfection, d'originalité, de beauté, d'humour fin et de noirceur, pour ne citer que les principales qualités, je vais aller droit au but et dire ce qui ne va pas. Les tomes 4 et 5 auraient pu facilement fusionner en un seul tome, on sent l'appât du gain et le rallongement artificiel de la série. Dans le tome 4 il y a moult batailles qui diluent un peu la densité du scénario, bon… passe encore… juste pour le plaisir de se retrouver dans cet univers. Le pire c'est le tome 5 qui comporte aussi pas mal de courses poursuites et de batailles, mais où les auteurs ont ajouté une scène de cul - de 5 planches tout de même ! - que je trouve totalement déplacée. Autant j'ai apprécié l'humour léger et extrêmement bien dosé des tomes précédents concernant le lamineur, homme herculéen dirigé par l'esprit d'une femme, Splata, et qui induit des situations bien cocasses ; autant dans la scène de cul présentée, les auteurs se prennent tout à coup au sérieux, ce qui tranche avec l'esprit de la série. Lorsque par exemple l'un des personnages dit à l'autre : "Tu as joui avec elle… avec cette salope…" Était-ce bien nécessaire ? ! D'un coup on a la sensation de lire une B.D. qui se déroule à l'époque actuelle, sortant totalement de son univers de fantasy. S'ils voulaient caser cette scène à tout prix, - bien que totalement dispensable - il fallait la faire plus discrète. Il est aussi dommage que la fin du 5ème tome n'ait pas été plus développée, le peuple des brumes est très intéressant et pourtant est trop éludé. Final Le dernier tome est en accord avec l'histoire et la clôt honorablement, il s'y passe pas mal de choses et l'action est bien présente, tout avance à cent à l'heure. Le graphisme est de même qualité que les tomes précédents, il n'y a dans ce tome aucune fausse note. Il ne me reste plus qu'à la relire dans son entier pour voir si mes impressions sont les mêmes, bien que les quelques désagréments du tome 5 ne m'en donne pas l'envie pour l'instant.
Le Tueur
Série qui nous pousse à nous attacher à un personnage aux activités "à priori" immorales. L'interprétation de ses actes nous amène également à remettre en question certains de nos jugements, quant à différents thèmes de la société, au point de nous faire parfois honte. Contrairement aux apparences c'est une oeuvre de fond qui ne pousse pas à se torturer l'esprit en ce qui concerne le scénario, mais plutôt à prendre du recul et envisager un autre regard sur certaines réalités.
Manioka
Nkodem vient du milieu de la musique, du rap et des slameurs ; il se lance dans la bd avec ce petit bijou, une étonnante première production tout à fait réussie. Le graphisme est parfait, le découpage des cases original, les couleurs suaves sont belles ; des dégradés de gris, marron, jaune et vert, déclinés tout en douceur. Visuel en opposition totale avec ce monde où la violence et la pauvreté ont une place prépondérante, mais dont l'alliance est une pure merveille. La bd est chapitrée et le lettrage est fort joli. Concernant le scénario, on est immergé dans une société futuriste, bien que toute proche de la nôtre et essentiellement dans la tête du personnage principal, le dénommé Manioka. Celui-ci décortique cette société, sans aucun tabou et de son point de vue de dealer. J'ai beaucoup apprécié ce côté intimiste du récit et le ton désabusé des textes. Dans cette société un réseau organise des combats pour recruter des tueurs de dealers, ils sont considérés comme des super-héros. Manioka devient leur cible, mais lui n'a pas l'intention de laisser écraser comme un vulgaire puceron. Il y a une touche de fantastique savamment dosée et tout à fait surprenante. Quelques touches d'humour viennent se greffer par-ci, par-là, et font mouche à chaque fois. Une histoire relativement inclassable. Le seul reproche que je ferai concerne le tout début du récit, que j'ai trouvé un poil moralisateur, qui met trop en avant les magouilles politiciennes et la misère des gens, mais ce n'est finalement qu'une petite introduction qui nous introduit dans le monde de Manioka. J'ai aussi eu la chance d'avoir le CD offert lors d'une séance de dédicaces, et même si ce n'est pas spécialement mon genre de musique, j'ai su tout de même l'apprécier. Le monde de Nkodem est forcément à découvrir et à suivre… Tome 2 Ma grande joie a été de découvrir un second tome à cette série, car si le premier tome peut se lire tel quel, celui-ci répond à toutes nos questions et clôt l'histoire comme toute histoire devrait l'être. Par ailleurs, j'avais imputé certaines choses inexpliquées à du fantastique, mais c’est bel et bien de la S.-F. Cette suite est peut-être un poil plus légère que le premier opus car un peu moins bavarde, mais l'équilibre entre les deux est sauf. Les personnages sont toujours aussi attachants, et même si l’histoire est finie j'aurais aimé savoir ce que devient la gamine, avec un récit bien à elle dans ce monde décadent. Graphiquement le travail de l'auteur est exactement le même que précédemment, beau et foutrement immersif. Avec cette belle réussite je suis maintenant curieuse de voir de qu'il nous offrira à l'avenir.