Une bien belle série des non moins belles et glorieuses années 80. Cette série transpire ou plutôt suinte les années 80, en tout cas par son coté sombre, belge et rock and roll. L'auteur Daniel Hulet fut fortement inspiré par la scène musicale gothique et industrielle de ces années là (Virgin Prunes, Siouxie and the Banheee, EINSTUERZENDE NEUBAUTEN, The Neon Judgement ... pour les connaisseur). Cela se ressent fortement.
Charles un jeune dessinateur de bd (plus dans le genre artiste solitaire punk gothique que gang mazda ) s'installe dans un vieil appartement GLAUQUISSIME du centre ville de Bruxelles. Cet appartement se situe dans un vieil immeuble sorte de bâtiment industriel d’Allemagne de l'Est et tenu par une mystérieuse sorte de concierge non moins glauquissime. Cet endroit l'inspire. Je le comprends, dans le genre c'est magnifique. Bref il s'installe contre l'avis de ses proches. Sa petite amie et ses 2, 3 pot...2 potes c'est un goth associal. De vrais crétins au look assez atroce et démodé qui eux flairent l'entourloupe au premier coup d'oeil (et de nez ). Mais lui il kiffe !
Une semaine après il commence effectivement à être épuisé et tout bizarre, comme happé et sucé par l'énergie négative qui émane de cet endroit maléfique. De plus, la concierge est vraiment étrange, voire très flippante et il y a les mystérieux autres locataires de l’immeuble, curieusement invisibles ...
Après une nuit d’inactivité, de non-inspiration et de "cloportisation" il découvre un mystérieux motif peint sur le plancher tel un tapis et découvre un journal écrit par l'ancien locataire de cet appartement ...
Je n'en dirai pas plus mais sachez qu'il y a des souterrains en dessous de l'immeuble, qu'on aura droit à des visions hallucinatoires dantesques et que la concierge de l'immeuble est une sacrée bonne femme.
Après coup cette bd m'a fortement faites penser au film " Le locataire " de Polanski , mais avec une touche gothique belge absolument unique dans le monde de la bd. Hulet a mis toutes ses tripes dans cette œuvre. Les cadrages sont novateurs pour l'époque, les couleurs magnifiques (à part quelques pages assez fades dans le 1er album ). Il y a un changement de graphisme à un moment dans le 3ème tome mais ça passes plutôt bien et c'est justifié dans le scénario.
Cette bd ne plaira sûrement pas au jeune public ou aux fans de bd actuels car cela peut passer pour démodé mais "L’État Morbide" c'est tout une époque.
Et puis cette bd m'est très chère car je suis moi même dessinateur de bd (amateur) et je ressent bien ce besoin de solitude et d'ambiance délétère recherché par le héros (ce qui doit être le cas de Hulet, paix à son âme). De plus le parallèle entre les planches qu'il dessine (une obscure série de SF horrifique) et le récit qui se déroule sous nos yeux, donc la bd que nous tenons entre les mains est assez vertigineux.
Bref immense série : 5/5 !
Il me tarde de découvrir son autre série Immondys, que je ne trouve nulle part.
Un de mes mangas préférés (avec Akira). Je ne suis pas expert en manga et excepté les plus connus comme celui-ci je n'y connais rien.
Mais cette série a bercé mon enfance, rien à jeter. C'est violent, bouleversant, avec des personnages hauts en couleur (robots et mutants plus terrifiants les uns que les autres). Une superbe fresque cyberpunk, cruelle, lyrique et passionnée et passionnante.
En BD, la grande épopée des Albigeois et autres cathares en Occitanie (où l'on parlait la langue d'Oc), c'est ici et je dirais même qu’ici, qu'on la découvrira !
Rien avoir avec l'ersatz au titre pompeux de « Cathares » dessinée par Bono qui, en trois tomes, ne nous raconte qu’une course poursuite romancée entre deux groupes pour retrouver le trésor de cette communauté, et clore cette trilogie de façon la plus invraisemblable qui soit, et en la démarrant de façon historiquement assez douteuse, avec également graphiquement un château de Montségur peu réaliste ne ressemblant en rien au nid d’aigle quasi imprenable qu’il était ! Quelques photos sur google images rappelleront ce qu’était Montségur, ce pic vertigineux qui flirte avec les nuages, et couvert de son château.
Dans Mémoire de Cendres, Jarbinet, historien de son état, nous sert un scénario documenté en béton avec toutes les implications des pays ou régions limitrophes (Angleterre – Italie - France d'alors) dans ce qui va être in fine un génocide d’une population au nom de la papauté avec un comté de Toulouse offert sur un plateau par les armées dirigées par le pape, au bien chanceux roi de France.
Jarbinet s’est certainement très fortement impliqué pour nous servir un pareil pan d’histoire en cette époque tumultueuse du début du 13ème siècle, rendue vivante comme si cela se passait hier, avec des personnage des plus attachants, … certains également des plus repoussants (c’est selon …), mais qui ne laissent pas indifférents.
La couleur directe de l’auteur est sublime, une des plus belles qui soient ! Et son graphisme de grande qualité qui semble réalisé avec une facilité déconcertante n’est pas en reste.
Même si les personnages sont romancés, ce n’est pas souvent que l’on peut se targuer de lire dans l’univers de la BD une si riche et prenante épopée historiquement documentée, avec un graphisme de si haut vol, de ceux des plus réussis.
Un incontournable en BD historique … comme en BD réaliste !
Excellent ! Cynique à souhait. Satouf tire sur tout ce qui bouge, les jeunes de banlieue, les bobos, les noirs, les arabes, les blancs, les bourgeois, les ados mais aussi les jeunes parents. En fait sur toutes les personnes abruties et dieu sait qu'elles sont nombreuses sur cette planète. Bon là on est concentré sur Paris principalement et en plus je connais bien les lieux visités (métro, parcs, Chatelet les halles, supermarché ...). C'est à mourir de rire quoique un peu trop cynique car, quitte à être aussi cynique, Satouf devrait rire aussi de lui même. Et puis ses cibles ne liront jamais sa bd donc c'est un peu leur tirer dans le dos. C'est lâche. D'ailleurs il met en scène une jeune femme se faisant agresser (une gifle sans raison sur un escalator) et pointe le doigt sur l'immobilisme des passants. Mais si il a vu cette scène, c'est qu'il n'a lui même pas réagi.
Donc ce Satouf est plutôt antipathique. Il n'empêche que ce travail d'observation méticuleux sur la bêtise humaine en milieu urbain est jubilatoire. Les trognes et expressions sont criantes de vérité (et tout cela avec 3 traits ). Ce n'est pas à proprement parler de la grande bd, c'est plus de l'ethnologie des jeunes de classes moyenne. On évalue l'étendue des dégats qui nous attendent en 2020 ( je ne suis pas raciste !!! )
Dans un certain sens je pourrais mettre 5 tellement c'est drôle mais j'ai des valeurs. Ce n'est pas ce que j'appelle de la bd avec un grand B. C'est plus du charlie hebdo. Se moquer des autres à longueur de temps ( les riches comme les pauvres ) ça rend petit.
Mais c'est quand même très drôle niark niark niark ...
Je vais essentiellement parler du 1er cycle. Le 2ème est bon mais nettement moins fort et le 3ème, je ne l'ai pas lu.
Cette série est une pure merveille, un chef d'œuvre de féerie et de mystère. Les 2 premiers tomes sont les plus sombres, étranges. Les marais mystérieux puis la "prison". Le suspense est proprement insoutenable. Mais où se trouve Arthis, pourquoi est-il là ? le dessin de Vicompte n'est certes pas parfait mais il dégage une formidable intensité et l'architecture labyrinthique de la "prison" est proprement ahurissante.
Puis le dessin s'améliore de pages en pages. C’est très délicat, très féminin dans les visages. Très "princes et princesses" mais cela s'accorde parfaitement au récit très fort de Makyo avec de vrais moments d'intensité dramatique, essentiellement en ce qui concerne les tourments amoureux des personnages (de vrais fleurs bleues Makyo et Vicomte :)) Les couleurs plutôt pales s'accordent également à merveille avec la tonalité romantique de ce récit.
J'ai également beaucoup aimé les passages du roi perdant la mémoire ou du nain avec la pierre de folie cousue sous sa peau. Le final avec ce nain est également très beau, très fort.
Pour ce qui est du 2ème cycle je l'avais beaucoup aimé lorsque j'étais jeune, moins quelques années après. Le 1er album est très bon (autant que le 1er cycle) puis après cela devient plus banal. On a l'impression d'avoir déjà vu ça (l'état morbide transposé en Inde, en moins fort). Les dessins d'Herenguel sont plutôt bons, dans la même veine classique que Vicomte mais moins marquants. Mais bon rien de honteux.
Cette bd j'ai mis longtemps à la lire. Des années ! Tellement célébrée partout comme un chef d'œuvre que cela ne me disait rien du tout. Et puis un jour je me suis mis à la lire et là le choc ! Un chef d'œuvre. J'ai été transporté par cette poésie douce-amère, cet univers poétique et plutôt triste où le pauvre héros vit dans une maison minuscule (un placard) construite sur un mur labyrinthique autour d'une propriété qu'il prétend posséder (ou qui lui revient de droit, je ne sais plus). Il ne peut descendre car il y a les chiens en bas. Il reluque la fille des voisins le soir après avoir mangé sa boite de conserve et téléphoné à sa mère (qui est morte). C'est triiiiiste ...
Les dessins sont magnifiques (superbe noir et blanc). L'intrigue n'est jamais ennuyeuse. Ce monde surréaliste est un enchantement. LE roman graphique culte (avec Silence).
Un chef d'oeuvre de la bd ! Tout a été dit sur cette très grande série mêlant enquêtes policières et fantastique avec un génie rarement égalé. Mélange de policier et de fantastique ne lésinant pas sur le gore parfois (momie en folie, une boucherie ! ) le tout dans un Paris très finement reconstitué (Tardi étant un spécialiste sûrement incollable sur le sujet).
Quand je vois l'avis général de 3 étoiles je ne comprends vraiment pas !
De plus les personnages sont vraiment hauts en couleurs. Adèle tout d’abord: belle et sévère, tirant constamment la gueule avec un humour pince sans rire et fumant clopes sur clopes. Les affreux sont également toujours géniaux avec leurs gueules déformées. Absolument pathétiques sous ces allures de savants fous.
Les intrigues sont toujours palpitantes et mènent presque toujours à d'obscures rites sataniques la nuit dans les endroits célèbres de Paris comme le musée du Louvres, le cimetière du père Lachaise ou les catacombes. Et il y a toujours ce second degré et cet humour noir typique de Tardi.
Nette préférence pour « Le démon de la tour Eiffel » et surtout « Momie en folie ».
Une série que j'ai découverte par hasard et j'ai immédiatement été soufflé devant l'originalité et la qualité du dessin de Das Pastoras (que je ne connaissais pas; je me suis rattrapé par la suite avec le 1er tome de Castaka). J'achète très peu de fantasy car les scénarios m'ennuient le plus souvent. Je suis resté sur les vieux classiques (La Quête de l'Oiseau du Temps en tête). Il faut vraiment que je sois subjugué par le dessin et là c'était le cas.
C'est un graphisme plutôt étrange, très impressionnant mais aussi très fin et délicat (les traits de contour sont minuscules, plus gris que noirs) et cela donne un effet étrange. Pour faire simple, imaginez du Michel Plessix qui ferait de l'heroic fantasy jodorowskyienne. De plus les gros plans de visages (très étranges et presque déformés) sont dessinés également très finement avec le même trait que le reste du décor. Cela peut donc rebuter ceux qui préfèrent un graphisme "parfait", mais je trouve que c'est justement cette étrangeté et donc cette originalité qui fait sortir cette série du tout venant de l'heroic-fantasy.
Pour ce qui est de l'histoire, c'est pas mal. Pas transcendant mais efficace avec de bonnes idées souvent originales. Bon les textes et dialogues ne sont pas très profonds et aussi puissants que le dessin mais cela passe très bien.
Donc pour conclure excellente découverte !
Comme beaucoup, j’avais entendu parler des tragiques incidents survenus durant le G8 de juillet 2001 en Italie, des incidents qui allaient coûter la vie à un manifestant décrit comme un activiste d’extrême-gauche ultra-violent.
Ce livre a un double objectif. Tout d’abord, et principalement donner la parole à la défense, c’est-à-dire aux parents de Carlo Giuliani pour décrire le garçon qui se cachait derrière le terroriste sans attaches décrit par les médias. Ensuite, revenir sur les évènements survenus durant les manifestations de Gênes et tâcher de comprendre comment pareil drame a pu arriver.
Je l’avoue, dès le début du récit je me suis méfié. Je me suis méfié car j’avais peur de tomber sur une œuvre trop militante. Les auteurs sont ouvertement des sympathisants des mouvements gauchistes et le risque de faire de Carlo Giuliani une victime des autorités par pures convictions politiques était réel. Or, je n’aurais pas été plus enclin à croire une version manipulée par la gauche que je ne l’étais à gober tout cru les explications des autorités. En définitive, je craignais de sortir de cet album avec le sentiment que tout le monde manipule tout le monde, que cette mort était malheureuse mais que, en définitive, c’était « leurs problèmes » puisqu’aucun ne voulait s’exprimer avec totale franchise.
Seulement voilà, ce livre est très bien conçu. Et alors que le sujet aurais pu se révéler ardu à mettre en images, les auteurs m’ont au contraire donné à lire une œuvre fluide et prenante. Bien sûr, le parti pris est manifeste, il n’empêche que les auteurs soulèvent des questions légitimes. De plus, grâce aux témoignages familiaux, ils parviennent à éclairer la personnalité de Carlo Giuliani sous un angle différent. De l’extrémiste violent, on passe à un jeune garçon parfois déraisonné ou impulsif mais surtout incapable de supporter ce qu’il considère comme une injustice.
La mise en image du père, de la mère et de la sœur de Carlo est construite sur une mode symbolique. Chacun nous livre son témoignage avec comme seul accessoire la cagoule, le ruban adhésif ou l’extincteur que portait le fils ou le frère au moment de sa mort. Cette originale manière de procéder permet de centrer totalement l’attention du lecteur sur les propos tenus tout en conservant une structure dessinée. De plus, la symbolique est forte puisque cet objet fait office de lien entre Carlo et ses parents, cassant ainsi l’image d’un homme en pleine rupture sociale. Par ailleurs, la majeure partie du livre est composée de cases qui illustrent Carlo dans ses actes, ce qui assure le dynamisme de l’ensemble. Cette double articulation narrative est la source d’un récit aisé à lire, non rébarbatif, bien structuré… et de plus bien illustré. Le trait de Manuel de Carli est, en effet, très précis pour ce genre de mise en images. Je ne m’attendais pas à une telle qualité pour un aspect de l’album qui aurait pu n’être considéré que comme secondaire, tant l’important ici se situait dans les propos tenus. Cela reste avant tout simple et efficace, mais le trait est fin et bien plus séduisant que celui de bien d’autres œuvres du genre.
A titre personnel, je regrette que Francesco Barilli passe rapidement en fin d’album sur l’un ou l’autre évènement qui aurait pu desservir Carlo Giuliani. J’ai alors ressenti une approche trop militante et donc manquant d’objectivité, ce qui, par effet de contamination, pourrait inciter plus d’un lecteur à ne plus croire en rien dans l’histoire telle qu’elle est décrite. C’était le danger, comme je le disais plus haut… et le scénariste ne l’évite pas complètement.
Et alors, en définitive, que penser de cet album ?
D’un strict point de vue conceptuel, cet album est très bien fait. Les auteurs parviennent à faire d’un sujet délicat et d’une enquête somme toute très statique un récit vivant et non rébarbatif.
Au niveau de l’émotion ressentie, il faut bien comprendre que cet album se centre sur les faits. Je n’ai jamais eu de pincement au cœur durant ma lecture mais ce n’est pas le but recherché par cet album, je pense. Ici, on est dans l’analyse, pas dans l’émotionnel.
Au niveau du contenu, je serai plus nuancé. Je pense sincèrement que si vous êtes sympathisant des mouvements altermondialistes et de leurs manifestants, vous allez adorer ce bouquins et vous vous exclamerez à la fin de celui-ci : « vous voyez ! Nous sommes victimes des autorités, victimes de complots !! ». Si, au contraire, vous êtes plus du côté des autorités, vous refermerez ce livre en vous exclamant « vous voyez ! Comment faire confiance à ces gauchistes alors qu’ils occultent dans leur enquête ce qui aurait pu déranger ? Comment croire à des propos tenus par des sympathisants ? » Enfin, si comme moi, vous ne vous sentez pas plus d’affinités avec un côté que l’autre, vous vous direz que ce livre soulève quand même de bonnes questions. Tout n’y est sans doute pas à prendre pour argent comptant mais il n’empêche que ce tragique événement aurait mérité une enquête plus approfondie et surtout menée avec la plus profonde neutralité.
Quoiqu’il en soit, cet album est plutôt bien réalisé et mérite votre attention. A lire au moins une fois. L’achat dépendra, lui, de vos convictions politiques. Un franc 7/10 traduit ici par un « pas mal » enthousiaste et un coup de cœur pour avoir réussi à rendre vivants cette enquête et ces témoignages.
Pas la meilleure série de Jodorowsky mais un univers vraiment original, beau et sauvage à la fois (plus sauvage que beau après réflexion), voire trash. Jodorowsky s'est lâché !
Tout le monde est horrible physiquement (le graphisme de Boucq n'aidant pas à refléter la beauté, magnifique mais pas spécialement "agréable" à l'oeil). Tout le monde est mauvais, bête ou cruel en dehors des deux héros. L'innocence de Face de Lune ne l'empêche pas de déclencher des vagues gigantesques qui balaient tout sur leur passage, les bons comme les mauvais. Le moment ou la cathédrale invisible se construit est proprement hallucinant, sublime. Un des rares moments poétiques de cette série, ce qui en amplifie l'intensité. On rêverait de voir cela en film.
Des moments hallucinants, cette série n'en manque pas : la mise à mort de l'orc (horrible), la grotte de la monstrueuse reine mère avec cet espèce de gang-bang mystique, la bande de terroristes punks dans les égouts, j'en passe et des meilleurs ... Jodorowsky est fou.
Après je peux reconnaitre que ces excès peuvent lasser. On connait son univers, cela finit par se ressembler d'albums en albums. Et puis cette série est extrêmement nihiliste et trash et peut écoeurer. Moi j'adore !
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L'Etat morbide
Une bien belle série des non moins belles et glorieuses années 80. Cette série transpire ou plutôt suinte les années 80, en tout cas par son coté sombre, belge et rock and roll. L'auteur Daniel Hulet fut fortement inspiré par la scène musicale gothique et industrielle de ces années là (Virgin Prunes, Siouxie and the Banheee, EINSTUERZENDE NEUBAUTEN, The Neon Judgement ... pour les connaisseur). Cela se ressent fortement. Charles un jeune dessinateur de bd (plus dans le genre artiste solitaire punk gothique que gang mazda ) s'installe dans un vieil appartement GLAUQUISSIME du centre ville de Bruxelles. Cet appartement se situe dans un vieil immeuble sorte de bâtiment industriel d’Allemagne de l'Est et tenu par une mystérieuse sorte de concierge non moins glauquissime. Cet endroit l'inspire. Je le comprends, dans le genre c'est magnifique. Bref il s'installe contre l'avis de ses proches. Sa petite amie et ses 2, 3 pot...2 potes c'est un goth associal. De vrais crétins au look assez atroce et démodé qui eux flairent l'entourloupe au premier coup d'oeil (et de nez ). Mais lui il kiffe ! Une semaine après il commence effectivement à être épuisé et tout bizarre, comme happé et sucé par l'énergie négative qui émane de cet endroit maléfique. De plus, la concierge est vraiment étrange, voire très flippante et il y a les mystérieux autres locataires de l’immeuble, curieusement invisibles ... Après une nuit d’inactivité, de non-inspiration et de "cloportisation" il découvre un mystérieux motif peint sur le plancher tel un tapis et découvre un journal écrit par l'ancien locataire de cet appartement ... Je n'en dirai pas plus mais sachez qu'il y a des souterrains en dessous de l'immeuble, qu'on aura droit à des visions hallucinatoires dantesques et que la concierge de l'immeuble est une sacrée bonne femme. Après coup cette bd m'a fortement faites penser au film " Le locataire " de Polanski , mais avec une touche gothique belge absolument unique dans le monde de la bd. Hulet a mis toutes ses tripes dans cette œuvre. Les cadrages sont novateurs pour l'époque, les couleurs magnifiques (à part quelques pages assez fades dans le 1er album ). Il y a un changement de graphisme à un moment dans le 3ème tome mais ça passes plutôt bien et c'est justifié dans le scénario. Cette bd ne plaira sûrement pas au jeune public ou aux fans de bd actuels car cela peut passer pour démodé mais "L’État Morbide" c'est tout une époque. Et puis cette bd m'est très chère car je suis moi même dessinateur de bd (amateur) et je ressent bien ce besoin de solitude et d'ambiance délétère recherché par le héros (ce qui doit être le cas de Hulet, paix à son âme). De plus le parallèle entre les planches qu'il dessine (une obscure série de SF horrifique) et le récit qui se déroule sous nos yeux, donc la bd que nous tenons entre les mains est assez vertigineux. Bref immense série : 5/5 ! Il me tarde de découvrir son autre série Immondys, que je ne trouve nulle part.
Gunnm
Un de mes mangas préférés (avec Akira). Je ne suis pas expert en manga et excepté les plus connus comme celui-ci je n'y connais rien. Mais cette série a bercé mon enfance, rien à jeter. C'est violent, bouleversant, avec des personnages hauts en couleur (robots et mutants plus terrifiants les uns que les autres). Une superbe fresque cyberpunk, cruelle, lyrique et passionnée et passionnante.
Mémoire de cendres
En BD, la grande épopée des Albigeois et autres cathares en Occitanie (où l'on parlait la langue d'Oc), c'est ici et je dirais même qu’ici, qu'on la découvrira ! Rien avoir avec l'ersatz au titre pompeux de « Cathares » dessinée par Bono qui, en trois tomes, ne nous raconte qu’une course poursuite romancée entre deux groupes pour retrouver le trésor de cette communauté, et clore cette trilogie de façon la plus invraisemblable qui soit, et en la démarrant de façon historiquement assez douteuse, avec également graphiquement un château de Montségur peu réaliste ne ressemblant en rien au nid d’aigle quasi imprenable qu’il était ! Quelques photos sur google images rappelleront ce qu’était Montségur, ce pic vertigineux qui flirte avec les nuages, et couvert de son château. Dans Mémoire de Cendres, Jarbinet, historien de son état, nous sert un scénario documenté en béton avec toutes les implications des pays ou régions limitrophes (Angleterre – Italie - France d'alors) dans ce qui va être in fine un génocide d’une population au nom de la papauté avec un comté de Toulouse offert sur un plateau par les armées dirigées par le pape, au bien chanceux roi de France. Jarbinet s’est certainement très fortement impliqué pour nous servir un pareil pan d’histoire en cette époque tumultueuse du début du 13ème siècle, rendue vivante comme si cela se passait hier, avec des personnage des plus attachants, … certains également des plus repoussants (c’est selon …), mais qui ne laissent pas indifférents. La couleur directe de l’auteur est sublime, une des plus belles qui soient ! Et son graphisme de grande qualité qui semble réalisé avec une facilité déconcertante n’est pas en reste. Même si les personnages sont romancés, ce n’est pas souvent que l’on peut se targuer de lire dans l’univers de la BD une si riche et prenante épopée historiquement documentée, avec un graphisme de si haut vol, de ceux des plus réussis. Un incontournable en BD historique … comme en BD réaliste !
La Vie secrète des jeunes
Excellent ! Cynique à souhait. Satouf tire sur tout ce qui bouge, les jeunes de banlieue, les bobos, les noirs, les arabes, les blancs, les bourgeois, les ados mais aussi les jeunes parents. En fait sur toutes les personnes abruties et dieu sait qu'elles sont nombreuses sur cette planète. Bon là on est concentré sur Paris principalement et en plus je connais bien les lieux visités (métro, parcs, Chatelet les halles, supermarché ...). C'est à mourir de rire quoique un peu trop cynique car, quitte à être aussi cynique, Satouf devrait rire aussi de lui même. Et puis ses cibles ne liront jamais sa bd donc c'est un peu leur tirer dans le dos. C'est lâche. D'ailleurs il met en scène une jeune femme se faisant agresser (une gifle sans raison sur un escalator) et pointe le doigt sur l'immobilisme des passants. Mais si il a vu cette scène, c'est qu'il n'a lui même pas réagi. Donc ce Satouf est plutôt antipathique. Il n'empêche que ce travail d'observation méticuleux sur la bêtise humaine en milieu urbain est jubilatoire. Les trognes et expressions sont criantes de vérité (et tout cela avec 3 traits ). Ce n'est pas à proprement parler de la grande bd, c'est plus de l'ethnologie des jeunes de classes moyenne. On évalue l'étendue des dégats qui nous attendent en 2020 ( je ne suis pas raciste !!! ) Dans un certain sens je pourrais mettre 5 tellement c'est drôle mais j'ai des valeurs. Ce n'est pas ce que j'appelle de la bd avec un grand B. C'est plus du charlie hebdo. Se moquer des autres à longueur de temps ( les riches comme les pauvres ) ça rend petit. Mais c'est quand même très drôle niark niark niark ...
Balade au bout du monde
Je vais essentiellement parler du 1er cycle. Le 2ème est bon mais nettement moins fort et le 3ème, je ne l'ai pas lu. Cette série est une pure merveille, un chef d'œuvre de féerie et de mystère. Les 2 premiers tomes sont les plus sombres, étranges. Les marais mystérieux puis la "prison". Le suspense est proprement insoutenable. Mais où se trouve Arthis, pourquoi est-il là ? le dessin de Vicompte n'est certes pas parfait mais il dégage une formidable intensité et l'architecture labyrinthique de la "prison" est proprement ahurissante. Puis le dessin s'améliore de pages en pages. C’est très délicat, très féminin dans les visages. Très "princes et princesses" mais cela s'accorde parfaitement au récit très fort de Makyo avec de vrais moments d'intensité dramatique, essentiellement en ce qui concerne les tourments amoureux des personnages (de vrais fleurs bleues Makyo et Vicomte :)) Les couleurs plutôt pales s'accordent également à merveille avec la tonalité romantique de ce récit. J'ai également beaucoup aimé les passages du roi perdant la mémoire ou du nain avec la pierre de folie cousue sous sa peau. Le final avec ce nain est également très beau, très fort. Pour ce qui est du 2ème cycle je l'avais beaucoup aimé lorsque j'étais jeune, moins quelques années après. Le 1er album est très bon (autant que le 1er cycle) puis après cela devient plus banal. On a l'impression d'avoir déjà vu ça (l'état morbide transposé en Inde, en moins fort). Les dessins d'Herenguel sont plutôt bons, dans la même veine classique que Vicomte mais moins marquants. Mais bon rien de honteux.
Ici même
Cette bd j'ai mis longtemps à la lire. Des années ! Tellement célébrée partout comme un chef d'œuvre que cela ne me disait rien du tout. Et puis un jour je me suis mis à la lire et là le choc ! Un chef d'œuvre. J'ai été transporté par cette poésie douce-amère, cet univers poétique et plutôt triste où le pauvre héros vit dans une maison minuscule (un placard) construite sur un mur labyrinthique autour d'une propriété qu'il prétend posséder (ou qui lui revient de droit, je ne sais plus). Il ne peut descendre car il y a les chiens en bas. Il reluque la fille des voisins le soir après avoir mangé sa boite de conserve et téléphoné à sa mère (qui est morte). C'est triiiiiste ... Les dessins sont magnifiques (superbe noir et blanc). L'intrigue n'est jamais ennuyeuse. Ce monde surréaliste est un enchantement. LE roman graphique culte (avec Silence).
Adèle Blanc-Sec
Un chef d'oeuvre de la bd ! Tout a été dit sur cette très grande série mêlant enquêtes policières et fantastique avec un génie rarement égalé. Mélange de policier et de fantastique ne lésinant pas sur le gore parfois (momie en folie, une boucherie ! ) le tout dans un Paris très finement reconstitué (Tardi étant un spécialiste sûrement incollable sur le sujet). Quand je vois l'avis général de 3 étoiles je ne comprends vraiment pas ! De plus les personnages sont vraiment hauts en couleurs. Adèle tout d’abord: belle et sévère, tirant constamment la gueule avec un humour pince sans rire et fumant clopes sur clopes. Les affreux sont également toujours géniaux avec leurs gueules déformées. Absolument pathétiques sous ces allures de savants fous. Les intrigues sont toujours palpitantes et mènent presque toujours à d'obscures rites sataniques la nuit dans les endroits célèbres de Paris comme le musée du Louvres, le cimetière du père Lachaise ou les catacombes. Et il y a toujours ce second degré et cet humour noir typique de Tardi. Nette préférence pour « Le démon de la tour Eiffel » et surtout « Momie en folie ».
Les Hérésiarques
Une série que j'ai découverte par hasard et j'ai immédiatement été soufflé devant l'originalité et la qualité du dessin de Das Pastoras (que je ne connaissais pas; je me suis rattrapé par la suite avec le 1er tome de Castaka). J'achète très peu de fantasy car les scénarios m'ennuient le plus souvent. Je suis resté sur les vieux classiques (La Quête de l'Oiseau du Temps en tête). Il faut vraiment que je sois subjugué par le dessin et là c'était le cas. C'est un graphisme plutôt étrange, très impressionnant mais aussi très fin et délicat (les traits de contour sont minuscules, plus gris que noirs) et cela donne un effet étrange. Pour faire simple, imaginez du Michel Plessix qui ferait de l'heroic fantasy jodorowskyienne. De plus les gros plans de visages (très étranges et presque déformés) sont dessinés également très finement avec le même trait que le reste du décor. Cela peut donc rebuter ceux qui préfèrent un graphisme "parfait", mais je trouve que c'est justement cette étrangeté et donc cette originalité qui fait sortir cette série du tout venant de l'heroic-fantasy. Pour ce qui est de l'histoire, c'est pas mal. Pas transcendant mais efficace avec de bonnes idées souvent originales. Bon les textes et dialogues ne sont pas très profonds et aussi puissants que le dessin mais cela passe très bien. Donc pour conclure excellente découverte !
Bello Ciao
Comme beaucoup, j’avais entendu parler des tragiques incidents survenus durant le G8 de juillet 2001 en Italie, des incidents qui allaient coûter la vie à un manifestant décrit comme un activiste d’extrême-gauche ultra-violent. Ce livre a un double objectif. Tout d’abord, et principalement donner la parole à la défense, c’est-à-dire aux parents de Carlo Giuliani pour décrire le garçon qui se cachait derrière le terroriste sans attaches décrit par les médias. Ensuite, revenir sur les évènements survenus durant les manifestations de Gênes et tâcher de comprendre comment pareil drame a pu arriver. Je l’avoue, dès le début du récit je me suis méfié. Je me suis méfié car j’avais peur de tomber sur une œuvre trop militante. Les auteurs sont ouvertement des sympathisants des mouvements gauchistes et le risque de faire de Carlo Giuliani une victime des autorités par pures convictions politiques était réel. Or, je n’aurais pas été plus enclin à croire une version manipulée par la gauche que je ne l’étais à gober tout cru les explications des autorités. En définitive, je craignais de sortir de cet album avec le sentiment que tout le monde manipule tout le monde, que cette mort était malheureuse mais que, en définitive, c’était « leurs problèmes » puisqu’aucun ne voulait s’exprimer avec totale franchise. Seulement voilà, ce livre est très bien conçu. Et alors que le sujet aurais pu se révéler ardu à mettre en images, les auteurs m’ont au contraire donné à lire une œuvre fluide et prenante. Bien sûr, le parti pris est manifeste, il n’empêche que les auteurs soulèvent des questions légitimes. De plus, grâce aux témoignages familiaux, ils parviennent à éclairer la personnalité de Carlo Giuliani sous un angle différent. De l’extrémiste violent, on passe à un jeune garçon parfois déraisonné ou impulsif mais surtout incapable de supporter ce qu’il considère comme une injustice. La mise en image du père, de la mère et de la sœur de Carlo est construite sur une mode symbolique. Chacun nous livre son témoignage avec comme seul accessoire la cagoule, le ruban adhésif ou l’extincteur que portait le fils ou le frère au moment de sa mort. Cette originale manière de procéder permet de centrer totalement l’attention du lecteur sur les propos tenus tout en conservant une structure dessinée. De plus, la symbolique est forte puisque cet objet fait office de lien entre Carlo et ses parents, cassant ainsi l’image d’un homme en pleine rupture sociale. Par ailleurs, la majeure partie du livre est composée de cases qui illustrent Carlo dans ses actes, ce qui assure le dynamisme de l’ensemble. Cette double articulation narrative est la source d’un récit aisé à lire, non rébarbatif, bien structuré… et de plus bien illustré. Le trait de Manuel de Carli est, en effet, très précis pour ce genre de mise en images. Je ne m’attendais pas à une telle qualité pour un aspect de l’album qui aurait pu n’être considéré que comme secondaire, tant l’important ici se situait dans les propos tenus. Cela reste avant tout simple et efficace, mais le trait est fin et bien plus séduisant que celui de bien d’autres œuvres du genre. A titre personnel, je regrette que Francesco Barilli passe rapidement en fin d’album sur l’un ou l’autre évènement qui aurait pu desservir Carlo Giuliani. J’ai alors ressenti une approche trop militante et donc manquant d’objectivité, ce qui, par effet de contamination, pourrait inciter plus d’un lecteur à ne plus croire en rien dans l’histoire telle qu’elle est décrite. C’était le danger, comme je le disais plus haut… et le scénariste ne l’évite pas complètement. Et alors, en définitive, que penser de cet album ? D’un strict point de vue conceptuel, cet album est très bien fait. Les auteurs parviennent à faire d’un sujet délicat et d’une enquête somme toute très statique un récit vivant et non rébarbatif. Au niveau de l’émotion ressentie, il faut bien comprendre que cet album se centre sur les faits. Je n’ai jamais eu de pincement au cœur durant ma lecture mais ce n’est pas le but recherché par cet album, je pense. Ici, on est dans l’analyse, pas dans l’émotionnel. Au niveau du contenu, je serai plus nuancé. Je pense sincèrement que si vous êtes sympathisant des mouvements altermondialistes et de leurs manifestants, vous allez adorer ce bouquins et vous vous exclamerez à la fin de celui-ci : « vous voyez ! Nous sommes victimes des autorités, victimes de complots !! ». Si, au contraire, vous êtes plus du côté des autorités, vous refermerez ce livre en vous exclamant « vous voyez ! Comment faire confiance à ces gauchistes alors qu’ils occultent dans leur enquête ce qui aurait pu déranger ? Comment croire à des propos tenus par des sympathisants ? » Enfin, si comme moi, vous ne vous sentez pas plus d’affinités avec un côté que l’autre, vous vous direz que ce livre soulève quand même de bonnes questions. Tout n’y est sans doute pas à prendre pour argent comptant mais il n’empêche que ce tragique événement aurait mérité une enquête plus approfondie et surtout menée avec la plus profonde neutralité. Quoiqu’il en soit, cet album est plutôt bien réalisé et mérite votre attention. A lire au moins une fois. L’achat dépendra, lui, de vos convictions politiques. Un franc 7/10 traduit ici par un « pas mal » enthousiaste et un coup de cœur pour avoir réussi à rendre vivants cette enquête et ces témoignages.
Face de Lune
Pas la meilleure série de Jodorowsky mais un univers vraiment original, beau et sauvage à la fois (plus sauvage que beau après réflexion), voire trash. Jodorowsky s'est lâché ! Tout le monde est horrible physiquement (le graphisme de Boucq n'aidant pas à refléter la beauté, magnifique mais pas spécialement "agréable" à l'oeil). Tout le monde est mauvais, bête ou cruel en dehors des deux héros. L'innocence de Face de Lune ne l'empêche pas de déclencher des vagues gigantesques qui balaient tout sur leur passage, les bons comme les mauvais. Le moment ou la cathédrale invisible se construit est proprement hallucinant, sublime. Un des rares moments poétiques de cette série, ce qui en amplifie l'intensité. On rêverait de voir cela en film. Des moments hallucinants, cette série n'en manque pas : la mise à mort de l'orc (horrible), la grotte de la monstrueuse reine mère avec cet espèce de gang-bang mystique, la bande de terroristes punks dans les égouts, j'en passe et des meilleurs ... Jodorowsky est fou. Après je peux reconnaitre que ces excès peuvent lasser. On connait son univers, cela finit par se ressembler d'albums en albums. Et puis cette série est extrêmement nihiliste et trash et peut écoeurer. Moi j'adore !