Cette superbe création de Ramaïoli commencée en 1987 (avec son compère Durand pour les 2 premiers tomes) raconte les excès du colonialisme sauvage, ici perpétrés par les Britanniques en Afrique australe. Pour atténuer l'aspect trop didactique qui aurait pu nuire à la série, Ramaïoli conte l'épopée des Zoulous, peuple puissant et fier organisé en terribles castes militaires, à travers les destins de 2 personnages principaux : les Ecossais Kevin Stuart et John Dundee. Kevin est un soldat impulsif qui a tous les défauts de la jeunesse, sensible aux provocations, mais dont le caractère se forge au fil du récit, car être témoin si jeune de carnages abominables et de haine aveugle, bouscule ses idéaux.
De son côté, Dundee donne l'impression d'un éclaireur au coeur endurci, il a vécu longtemps parmi le peuple Zoulou et il a le respect de certains chefs ; c'est un homme complexe, dont les yeux ont vu beaucoup de sang, d'injustice et de folie humaine, et il n'approuve pas la façon dont l'Empire britannique mène cette guerre contre le "Peuple du ciel". Certes, les Anglais ne peuvent tolérer une telle menace à leurs frontières, mais leur méthode basée sur l'extermination, le mépris et le racisme (toujours le bon vieux cliché du sauvage non civilisé) rebute Dundee qui en plus, est un bourru sympathique ayant des problèmes avec l'autorité. Ce vieux briscard qui est finalement très humain sous ses dehors rageurs, a la physionomie de Kirk Douglas, ce qui n'est sûrement pas un hasard. Son rôle sera déterminant dans de nombreuses séquences.
Ramaïoli assurant seul dessin et scénario, dépeint avec talent dans le premier cycle la formidable apogée du peuple Zoulou menée par le roi Cetewayo, à la limite de la folie jusqu'à sa capitulation face à l'armée britannique. Entretemps, les Zoulous ont infligé à l'Angleterre sa pire défaite coloniale à Isandhlawna le 22 janvier 1879, et il fallut l'appoint d'une armée de renfort de 10 000 hommes et plus de 6 mois de campagne pour écraser ce peuple, régi par une discipline de fer et pratiquant la guerre d'une manière impitoyable. Cet épisode a été bien illustré en 1964 dans le film Zoulou, puis en 1979 dans le film L'Ultime attaque.
Le second cycle conte en flash-back la mise en place de la tactique guerrière des Zoulous par leur premier roi Shaka ; ces séquences sont habilement narrées par Dundee, on en apprend un peu plus sur lui plus jeune, et l'érotisme y est parfois présent.
A l'aide d'une documentation solide et d'images fortes au trait vigoureux (la violence des combats est bien réelle), Ramaïoli tient son lecteur en haleine en réussissant une saga passionnante en 3 cycles de 6 albums, totalisant ainsi 18 albums ; c'est là que le bât blesse car il aurait pu aisément la raccourcir, par endroits le récit traîne un peu, et à l'achat, même en occase, ça fait cher le kilo. Mais ça reste une belle série.
Cette histoire de détective qui met ses aptitudes de médium au service de la police m'a enthousiasmé dès la lecture du 1er album. C'est une sorte de Mentalist avant la lettre.
Le héros est bien cerné, mystérieux, solitaire, au look de routard, charismatique à souhait, il résoud des enquêtes inextricables à travers l'Amérique profonde d'aujourd'hui, tout en essayant d'élucider sa propre énigme. Ecrites par Yves Swolfs qui, après avoir ébloui en tant que dessinateur, se consacre avec un égal talent au scénario, ces aventures se composent d'un diptyque et d'un one-shot. Sa peinture des bleds bouseux de cette Amérique profonde au sein de paysages typiques de l'Ouest, est fort bien rendue, elle me rappelle beaucoup certains films où l'action se déroule lentement et prend son temps, pour créer une atmosphère ; c'est exactement ce que je retrouve dans cette série : un faux manque de rythme qui en fait, suscite un climat très spécial.
La partie graphique est somptueuse et contribue à cette ambiance lente, les dessins du jeune De Vita qui venait de réaliser le tome 2 du "Décalogue" pour Frank Giroud, sont une pure merveille, son trait fin, ses savantes mises en page sont une des clefs de la réussite de cette série pourtant peu reconnue à sa juste valeur. Elle restera d'autant plus peu connue qu'elle ne compte que 3 albums, alors que j' aurais bien voulu voir ce héros évoluer encore un peu plus longtemps, il y avait un riche potentiel avec ce personnage, mais c'est hélas improbable, De Vita étant à présent embarqué dans "les Mondes de Thorgal".
Une belle courte série, dont l'achat sera peu onéreux, facile à trouver en occase.
Marc Franval, son épouse Cathy et leur fils Didi sont des chasseurs sans armes. A bord de leur fourgon Volkswagen, ils sillonnent le monde fascinés par la découverte et surtout l'image animalière qui servira à Marc pour étoffer ses films documentaires ; une sorte de Christian Zuber avant la lettre qui se heurte à de nombreux individus dangereux, trafiquants, contrebandiers et autres criminels qui empoisonnent la nature ou se livrent à des trafics illégaux, en terrorisant parfois les populations autochtones. Marc se dresse contre ces bandits, sans violence, avec ses moyens ; il y a peu de morts, les coupables sont le plus souvent remis aux autorités locales.
Qu'est-ce que j'aimais bien cette Bd au parfum exotique ! Pour le gosse que j'étais, c'était une véritable évasion, car à cette époque (création en 1963), on voyageait encore peu, et voir des images de jungles, savanes, déserts ou villes exotiques d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique du Sud était très évocateur. Ces décors servaient de toile de fond à ces aventures passionnantes, bien dans l'esprit des sixties, à une époque où il restait encore des lieux, des peuples ou des animaux à découvrir.
Cette belle création d'Edouard Aidans sur des textes d' Yves Duval ou Jacques Acar (scénaristes piliers du journal Tintin) sera très appréciée des lecteurs, mais la reprise de Tounga obligera Aidans à abandonner progressivement cette sympathique famille dont les découvertes faisaient rêver. Graphiquement, ça se situe entre les premiers Tounga et Les Panthères, dans un style franco-belge classique et soigné.
A découvrir, même si ça peut paraître un peu vieilli pour certains.
Sympathique album que cette petite histoire ! En Noir et Blanc, elle raconte un pays où les gens mourraient jeunes avec de grises mines… Un de ces "pays noirs" déjà d’un autre temps, depuis que les mines ont fermé.
Au travers des yeux d’un enfant, l’auteur lui-même visiblement, on découvre une vie quotidienne faite d’angoisses et de plaisirs simples.
On découvre aussi un auteur, capable d’enchanter un quotidien plutôt réfractaire en la matière. Dans un langage simple – la seule difficulté pour un lecteur parisien comme moi est l’emploi de formulation "chtis" (mais sans que cela n’ait vraiment gêné ma lecture), Jean-Luc Loyer revisite la banalité, la dureté de la vie, mais aussi et surtout l’incroyable potentiel de l’imagination pour changer le charbon en or : voilà un alchimiste qui décore de merveilleux les "moments nuls de la vie".
En fait, le Noir et Blanc s’impose ici, comme s’impose l’incroyable capacité du jeune héros à croire – dans tous les sens du terme, à la vie, à ce que les adultes lui disent, alors même que tout semble n’être qu’illusion, que douleur. L’optimisme de la jeunesse, voilà ce qui est exalté ici. Et donc, au milieu de toute cette noirceur, cet album est une pépite. Issu d’un filon inépuisable, et qu’aucun principe de réalité ne saurait condamner.
Un vrai coup de cœur et une lecture grandement recommandée !
Tome 1:Tome 2:Tome 3:Tome 4:Tome 5:
Une bonne série, bien sympathique, prenante, mais qui monte assez lentement en puissance.
Après la lecture du premier tome, je n'avais pas spécialement en vie de me plonger dans la suite.
Le tome 2 est plus intéressant, mais il m'a fallu attendre le tome 3 pour être vraiment conquis et passionné par les aventures très rythmées et variées de notre peintre-pirate et de ses acolytes.
Les tomes 3 et 4 sont passionnants, on retrouve un peu la même thématique que dans une autre série phare de Blain: Gus, à savoir les pérégrinations de malfrats finalement très romantiques, à le recherche de l'amour.
Malheureusement, je fus assez déçu par le tome 5 qui prend une tournure moins intéressante, comme si l'auteur commençait à manquer d'inspiration.
Graphiquement, on retrouve le trait si particulier de Blain, très dynamique, très fluide, très agréable, avec ses gueules impayables et nez de six pieds de long.
Un vrai régal !
Une lecture très agréable, mais des tomes de qualité assez inégale.
(237)
Scénarisée par Ramaïoli (sous son pseudo de Simon Rocca), et dessinée par T. Girod, d'un trait ferme très inspiré de Giraud et de Swolfs, il est clair que cette série s'inscrit parmi la nouvelle génération de westerns de la décennie 90-2000, mais qu'elle marche ouvertement sur les plate-bandes de Durango à laquelle elle ressemble beaucoup dans son traitement : ultra violence, sadisme, héros solitaire, superbes paysages, graphisme vigoureux, réalisme sanglant...auxquels s'ajoute le sexe. Sans compter l'aspect référentiel ; la série lorgne vers le cinéma de Sam Peckinpah (la Horde Sauvage surtout) et ouvertement celui de Sergio Leone et les personnages de Clint Eastwood pour de nombreux clins d'oeil (le héros dans la baignoire, identique au plan de L'Homme des Hautes Plaines), des plans leoniens (les revolvers qui tirent en même temps sur la victime), des répliques des films de Leone (Quand on tue, on fait pas des discours), des noms de ville (Tucumcari). De même qu'au début du 3ème album, une scène reprend une séquence entière du Bon la Brute et le Truand.
Il n'est donc pas étonnant que Girod ait repris Durango. Il offre un chasseur de primes plutôt vénal mais dont la conscience lui dicte parfois de bonnes actions, puisqu'il aide un métis à se venger des ignobles salopards que sont les frères Bull. J'ai tout de suite accroché avec ce genre de western pas compliqué qui permet de passer un bon moment de lecture, j'aime ses ambiances, ses personnages pas toujours nets, et son style Mex. J'en recommande même l'achat en regrettant vivement qu'il n'y aura certainement plus d'épisodes.
Quand en 1976, la très sérieuse maison Larousse, parrainée par FR3, lance cette série de fascicules brochés grand format, j'étais encore adolescent et je n'étais pas encore passionné d'Histoire comme aujourd'hui, j'en ai lu d'un oeil distrait. Mais plus tard, j'ai acheté le tome 1 cartonné qui reprenait les chapitres par 6, depuis la Gaule de Vercingétorix jusqu'aux invasions Vikings ; le travail de Ribera, De La Fuente ou Marcello m'ont donné envie de trouver la suite, ce que j'ai réussi en dégotant les originaux en fascicules brochés (groupant 2 chapitres), jusqu'au n°13 sur le siècle de Louis XIV.
J'ai passé des heures à feuilleter ces pages en me remémorant des souvenirs d'école primaire, et je suis tombé sous le charme de cette série.
Quel coup d'éclat pour Larousse : sous la houlette d'une équipe d'historiens auxquels se sont joints d'excellents scénaristes aux qualités narratives reconnues, et les meilleurs dessinateurs du moment (Coelho, Marcello, Ribera, La Fuente, Manara, Poïvet, Bielsa, Tacconi, Buzzelli, Forton, Battaglia et d'autres...), l'éditeur nous offrait les grands épisodes de notre Histoire, de la Gaule à nos jours. Même si c'est parfois une suite de séquences anecdotiques et même si l'ensemble sacrifie à quelques clichés (notamment en utilisant des mots historiques contestés ou apocryphes), le travail accompli est remarquable, et surtout conté d'une façon aventureuse qui donne envie de s'intéresser à l'Histoire, au contraire des méthodes scolaires rébarbatives.
C'est ce que Larousse a compris en franchissant le pas et en utilisant comme support pédagogique la bande dessinée, qui enfin en cette fin d'année 70, est prise au sérieux et reconnue comme un art et un moyen d'expression.
Par cette formule, l'éditeur du Dictionnaire affichait clairement ses ambitions didactiques tout en cautionnant le support BD. Et ça fera des petits, combien de Régions françaises illustrent leur histoire de cette façon ?
La première édition de fascicules obtient un tel succès entre 1976 et 78, que Larousse lance l'édition cartonnée en 1979, suivie en 1983-84 d'une édition en 8 albums thématiques, de même qu'il lancera "la Découverte du monde en BD", Histoire du Far West etc, avec la même formule et souvent les mêmes grands pros du crayon. Un achat chaudement recommandé pour les amateurs d'Histoire et les nostalgiques.
J'avais entendu beaucoup de bien de cette vieille série et je me suis décidé à emprunter les albums parus chez Futuropolis (j'avais aussi trouvé l'album paru chez Glénat, mais c'était un récit paru en 1957 donc déjà disponible dans l'intégrale). Je ne suis pas un grand fan de la science-fiction à la Flash Gordon, mais là j'ai vraiment aimé.
Certes, il y a une certaine naïveté dans les scénarios humanistes de Roger Lécureux et si on pense trop, on va vite se rendre compte des dizaines de trucs qui ne font pas de sens (Spooky a énuméré plusieurs exemples), mais les histoires sont solides et j'étais souvent captivé du début jusqu'à la fin parce que je voulais savoir comment l'histoire se terminait. Le scénariste fait aussi preuve de beaucoup d'imagination et j'ai été surpris à plus d'une reprise.
Mais le meilleur pour moi c'est le dessin de Raymond Poivet. Au début, c'est sympa et son trait me faisait penser à du Milton Caniff et puis au fil des histoires son trait évolue pour devenir un des plus beaux dessins réalistes que j'ai vus !
Est-ce qu'il y a quelqu'un dans le monde de la BD qui n'aime pas Gaston ? Je me demande si ça existe. Ce géant de la planète BD appelle tous les superlatifs, les mots sont vains pour exprimer la joie qu'il procure au lecteur. Lorsque le 28 février 1957, André Franquin lance ce garçon distrait, il ne se doutait pas qu'il atteindrait quelques années plus tard une gloire phénoménale, qu'il deviendrait la grande vedette du journal Spirou.
Gaston évolue assez lentement, par étapes jusqu'en 1968. A partir de cette date, son graphisme est parfait, les éléments sont en place : doux rêveur, gaffeur impénitent engagé par les éditions Dupuis comme garçon de bureau, une activité mal définie où il remplit l'emploi d'homme à tout faire, mais qui s'ennuie vite ; il ne sait pourtant pas la chance qu'il a d'avoir un pied dans l'univers d'un journal de BD, beaucoup aimeraient être à sa place. Débordant d'imagination mais fainéant de la pire espèce, il occupe un bureau bordélique envahi par un chat, une mouette rieuse au cri affreux, des poissons rouges, des souris, un cactus géant... un véritable capharnaüm qu'il utilise pour ses expériences chimiques redoutables, ses bricolages, réparations et inventions mécaniques en tous genres qui finissent souvent en catastrophe, lorsqu'il n'est pas entrain de faire échouer la signature des fameux contrats de Mr De Mesmaeker, l' homme d'affaires qui ne rit jamais. Son bureau-atelier lui sert aussi pour faire de la cuisine dégageant des odeurs nauséabondes, préparer des mixtures étranges ou pour confectionner des jeux électroniques dans lesquels il entraîne ses collègues dans des parties folles. Et puis, il s'adonne à ses siestes légendaires.
Toute sa ménagerie ou ses objets hétéroclites sont des sources multiples de gags qui malgré un pitch tout simple, évitent la répétition. Mais la grande richesse de cette bande tient aussi dans ses personnages secondaires qui gravitent dans l'entourage de Gaston : outre De Mesmaeker, Fantasio en rédac-chef, un temps échappé des aventures de Spirou, remplacé ensuite par Léon Prunelle (le plus frénétique face aux mirobolantes inventions de Gaston), les secrétaires Sonia, Yvonne et Suzanne, Lebrac le plus souvent apeuré par les gadgets ahurissants du héros, Mr Boulier le comptable, les deux copains Jules et Bertrand qui subissent avec une certaine habitude les dégâts des bibelots que Gaston répare ; seule M'oiselle Jeanne, la secrétaire folâtre des Editions, amoureuse en secret de Gaston, lui voue une admiration inconditionnelle, et celui-ci l'emmène parfois se balader dans sa voiture antédiluvienne, autre source d'effets comiques avec le personnage le plus redoutable pour Gaston : Lontarin, l'agent de police borné, suspectant toujours à juste titre, le diabolique tacot. M'enfin, Gaston est aussi l'inventeur du Gaffophone, un instrument bizarroïde qu'il est prudent de regarder sans en jouer.
Bref, tout cet univers bien mis en place par Franquin, sa richesse d'invention, l'ingéniosité et le côté dévastateur de certains gags, la qualité du dessin d'une grande vivacité, aux cases toujours très remplies, ainsi que sa signature personnalisée au bas de chaque planche, ont valu un succès durable et intemporel à cette bande touchant toutes les tranches d'âge, et devenue ainsi l'un des grands best-sellers de la BD. Hoah, bin tiens !
Pour les albums, préférer la période Prunelle qui est la plus désopilante, de même que le dessin de Franquin a atteint à ce moment sa pleine maturité.
Aaaah les rubriques à brac de Gotlib. Une oeuvre qui m'a fortement marqué enfant (comme Franquin puis plus tard Loisel et Moebius). Un truc qui a véritablement révolutionné le monde du 9ème art. C'était réellement novateur. Ultra dense (un peu bordélique mais dans le bon sens du terme ), varié, satirique, libertaire, ethnologique... Un véritable regard d'auteur sur la societé des années 60, 70. Mais avec une bonne moitié de délire non-sensique (les présentations d'animaux par exemple).
On sent que Marcel Gotlib a démarré ses rubriques avec les dingodossiers, tous aussi bons mais plus sages (années 50 obligent) puis a découvert l'herbe vers la fin des années 60, Woodstock, mai 68 etc ...) avec les rubriques à brac. Et sur la fin du 4ème tome on sent que ça commence à vriller sérieusement (strip gore du " ... je te tiens par la barbichette ... " entre autres). Donc il a créé fluide glacial avec ses rahhh lovely et autres superdupont ...
Les rubriques à brac m'ont fortement interpellé à l'époque de mon enfance. Humour débile ET intelligent. Regard observateur et satirique sur la societé dans son ensemble (loisirs, habitudes et manies des Français de ces années là, musique, cinéma, télé, histoire de France revisitée, enquètes débiles ... et puis plein d'autres trucs. C'est un fourre-tout finalement incroyablement cohérent. Maintenant j'admets que certains trucs ont un peu vieilli ( les rouflaquettes, les pulls à col roulé), mais à part ça ça reste incroyablement moderne et drôle pour l'époque. Ce type d'humour "intelligent" et pré-trash est vraiment influencé par des trucs comme les Monty Python qui faisaient fureur à l'époque et a créé l'humour fluide glacial. Donc Gotlib c'est un peu Dieu le père aux côtés de Franquin et Giraud-Moebius.
Son héritage est énorme (toute l'écurie Fluide glacial mais aussi Psychopat).
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Zoulouland
Cette superbe création de Ramaïoli commencée en 1987 (avec son compère Durand pour les 2 premiers tomes) raconte les excès du colonialisme sauvage, ici perpétrés par les Britanniques en Afrique australe. Pour atténuer l'aspect trop didactique qui aurait pu nuire à la série, Ramaïoli conte l'épopée des Zoulous, peuple puissant et fier organisé en terribles castes militaires, à travers les destins de 2 personnages principaux : les Ecossais Kevin Stuart et John Dundee. Kevin est un soldat impulsif qui a tous les défauts de la jeunesse, sensible aux provocations, mais dont le caractère se forge au fil du récit, car être témoin si jeune de carnages abominables et de haine aveugle, bouscule ses idéaux. De son côté, Dundee donne l'impression d'un éclaireur au coeur endurci, il a vécu longtemps parmi le peuple Zoulou et il a le respect de certains chefs ; c'est un homme complexe, dont les yeux ont vu beaucoup de sang, d'injustice et de folie humaine, et il n'approuve pas la façon dont l'Empire britannique mène cette guerre contre le "Peuple du ciel". Certes, les Anglais ne peuvent tolérer une telle menace à leurs frontières, mais leur méthode basée sur l'extermination, le mépris et le racisme (toujours le bon vieux cliché du sauvage non civilisé) rebute Dundee qui en plus, est un bourru sympathique ayant des problèmes avec l'autorité. Ce vieux briscard qui est finalement très humain sous ses dehors rageurs, a la physionomie de Kirk Douglas, ce qui n'est sûrement pas un hasard. Son rôle sera déterminant dans de nombreuses séquences. Ramaïoli assurant seul dessin et scénario, dépeint avec talent dans le premier cycle la formidable apogée du peuple Zoulou menée par le roi Cetewayo, à la limite de la folie jusqu'à sa capitulation face à l'armée britannique. Entretemps, les Zoulous ont infligé à l'Angleterre sa pire défaite coloniale à Isandhlawna le 22 janvier 1879, et il fallut l'appoint d'une armée de renfort de 10 000 hommes et plus de 6 mois de campagne pour écraser ce peuple, régi par une discipline de fer et pratiquant la guerre d'une manière impitoyable. Cet épisode a été bien illustré en 1964 dans le film Zoulou, puis en 1979 dans le film L'Ultime attaque. Le second cycle conte en flash-back la mise en place de la tactique guerrière des Zoulous par leur premier roi Shaka ; ces séquences sont habilement narrées par Dundee, on en apprend un peu plus sur lui plus jeune, et l'érotisme y est parfois présent. A l'aide d'une documentation solide et d'images fortes au trait vigoureux (la violence des combats est bien réelle), Ramaïoli tient son lecteur en haleine en réussissant une saga passionnante en 3 cycles de 6 albums, totalisant ainsi 18 albums ; c'est là que le bât blesse car il aurait pu aisément la raccourcir, par endroits le récit traîne un peu, et à l'achat, même en occase, ça fait cher le kilo. Mais ça reste une belle série.
James Healer
Cette histoire de détective qui met ses aptitudes de médium au service de la police m'a enthousiasmé dès la lecture du 1er album. C'est une sorte de Mentalist avant la lettre. Le héros est bien cerné, mystérieux, solitaire, au look de routard, charismatique à souhait, il résoud des enquêtes inextricables à travers l'Amérique profonde d'aujourd'hui, tout en essayant d'élucider sa propre énigme. Ecrites par Yves Swolfs qui, après avoir ébloui en tant que dessinateur, se consacre avec un égal talent au scénario, ces aventures se composent d'un diptyque et d'un one-shot. Sa peinture des bleds bouseux de cette Amérique profonde au sein de paysages typiques de l'Ouest, est fort bien rendue, elle me rappelle beaucoup certains films où l'action se déroule lentement et prend son temps, pour créer une atmosphère ; c'est exactement ce que je retrouve dans cette série : un faux manque de rythme qui en fait, suscite un climat très spécial. La partie graphique est somptueuse et contribue à cette ambiance lente, les dessins du jeune De Vita qui venait de réaliser le tome 2 du "Décalogue" pour Frank Giroud, sont une pure merveille, son trait fin, ses savantes mises en page sont une des clefs de la réussite de cette série pourtant peu reconnue à sa juste valeur. Elle restera d'autant plus peu connue qu'elle ne compte que 3 albums, alors que j' aurais bien voulu voir ce héros évoluer encore un peu plus longtemps, il y avait un riche potentiel avec ce personnage, mais c'est hélas improbable, De Vita étant à présent embarqué dans "les Mondes de Thorgal". Une belle courte série, dont l'achat sera peu onéreux, facile à trouver en occase.
Les Franval
Marc Franval, son épouse Cathy et leur fils Didi sont des chasseurs sans armes. A bord de leur fourgon Volkswagen, ils sillonnent le monde fascinés par la découverte et surtout l'image animalière qui servira à Marc pour étoffer ses films documentaires ; une sorte de Christian Zuber avant la lettre qui se heurte à de nombreux individus dangereux, trafiquants, contrebandiers et autres criminels qui empoisonnent la nature ou se livrent à des trafics illégaux, en terrorisant parfois les populations autochtones. Marc se dresse contre ces bandits, sans violence, avec ses moyens ; il y a peu de morts, les coupables sont le plus souvent remis aux autorités locales. Qu'est-ce que j'aimais bien cette Bd au parfum exotique ! Pour le gosse que j'étais, c'était une véritable évasion, car à cette époque (création en 1963), on voyageait encore peu, et voir des images de jungles, savanes, déserts ou villes exotiques d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique du Sud était très évocateur. Ces décors servaient de toile de fond à ces aventures passionnantes, bien dans l'esprit des sixties, à une époque où il restait encore des lieux, des peuples ou des animaux à découvrir. Cette belle création d'Edouard Aidans sur des textes d' Yves Duval ou Jacques Acar (scénaristes piliers du journal Tintin) sera très appréciée des lecteurs, mais la reprise de Tounga obligera Aidans à abandonner progressivement cette sympathique famille dont les découvertes faisaient rêver. Graphiquement, ça se situe entre les premiers Tounga et Les Panthères, dans un style franco-belge classique et soigné. A découvrir, même si ça peut paraître un peu vieilli pour certains.
Les Mangeurs de Cailloux
Sympathique album que cette petite histoire ! En Noir et Blanc, elle raconte un pays où les gens mourraient jeunes avec de grises mines… Un de ces "pays noirs" déjà d’un autre temps, depuis que les mines ont fermé. Au travers des yeux d’un enfant, l’auteur lui-même visiblement, on découvre une vie quotidienne faite d’angoisses et de plaisirs simples. On découvre aussi un auteur, capable d’enchanter un quotidien plutôt réfractaire en la matière. Dans un langage simple – la seule difficulté pour un lecteur parisien comme moi est l’emploi de formulation "chtis" (mais sans que cela n’ait vraiment gêné ma lecture), Jean-Luc Loyer revisite la banalité, la dureté de la vie, mais aussi et surtout l’incroyable potentiel de l’imagination pour changer le charbon en or : voilà un alchimiste qui décore de merveilleux les "moments nuls de la vie". En fait, le Noir et Blanc s’impose ici, comme s’impose l’incroyable capacité du jeune héros à croire – dans tous les sens du terme, à la vie, à ce que les adultes lui disent, alors même que tout semble n’être qu’illusion, que douleur. L’optimisme de la jeunesse, voilà ce qui est exalté ici. Et donc, au milieu de toute cette noirceur, cet album est une pépite. Issu d’un filon inépuisable, et qu’aucun principe de réalité ne saurait condamner. Un vrai coup de cœur et une lecture grandement recommandée !
Isaac le pirate
Tome 1:
Tome 2:
Tome 3:
Tome 4:
Tome 5:
Une bonne série, bien sympathique, prenante, mais qui monte assez lentement en puissance.
Après la lecture du premier tome, je n'avais pas spécialement en vie de me plonger dans la suite.
Le tome 2 est plus intéressant, mais il m'a fallu attendre le tome 3 pour être vraiment conquis et passionné par les aventures très rythmées et variées de notre peintre-pirate et de ses acolytes.
Les tomes 3 et 4 sont passionnants, on retrouve un peu la même thématique que dans une autre série phare de Blain: Gus, à savoir les pérégrinations de malfrats finalement très romantiques, à le recherche de l'amour.
Malheureusement, je fus assez déçu par le tome 5 qui prend une tournure moins intéressante, comme si l'auteur commençait à manquer d'inspiration.
Graphiquement, on retrouve le trait si particulier de Blain, très dynamique, très fluide, très agréable, avec ses gueules impayables et nez de six pieds de long.
Un vrai régal !
Une lecture très agréable, mais des tomes de qualité assez inégale.
(237)
Wanted (Rocca/Girod)
Scénarisée par Ramaïoli (sous son pseudo de Simon Rocca), et dessinée par T. Girod, d'un trait ferme très inspiré de Giraud et de Swolfs, il est clair que cette série s'inscrit parmi la nouvelle génération de westerns de la décennie 90-2000, mais qu'elle marche ouvertement sur les plate-bandes de Durango à laquelle elle ressemble beaucoup dans son traitement : ultra violence, sadisme, héros solitaire, superbes paysages, graphisme vigoureux, réalisme sanglant...auxquels s'ajoute le sexe. Sans compter l'aspect référentiel ; la série lorgne vers le cinéma de Sam Peckinpah (la Horde Sauvage surtout) et ouvertement celui de Sergio Leone et les personnages de Clint Eastwood pour de nombreux clins d'oeil (le héros dans la baignoire, identique au plan de L'Homme des Hautes Plaines), des plans leoniens (les revolvers qui tirent en même temps sur la victime), des répliques des films de Leone (Quand on tue, on fait pas des discours), des noms de ville (Tucumcari). De même qu'au début du 3ème album, une scène reprend une séquence entière du Bon la Brute et le Truand. Il n'est donc pas étonnant que Girod ait repris Durango. Il offre un chasseur de primes plutôt vénal mais dont la conscience lui dicte parfois de bonnes actions, puisqu'il aide un métis à se venger des ignobles salopards que sont les frères Bull. J'ai tout de suite accroché avec ce genre de western pas compliqué qui permet de passer un bon moment de lecture, j'aime ses ambiances, ses personnages pas toujours nets, et son style Mex. J'en recommande même l'achat en regrettant vivement qu'il n'y aura certainement plus d'épisodes.
Histoire de France en Bandes Dessinées
Quand en 1976, la très sérieuse maison Larousse, parrainée par FR3, lance cette série de fascicules brochés grand format, j'étais encore adolescent et je n'étais pas encore passionné d'Histoire comme aujourd'hui, j'en ai lu d'un oeil distrait. Mais plus tard, j'ai acheté le tome 1 cartonné qui reprenait les chapitres par 6, depuis la Gaule de Vercingétorix jusqu'aux invasions Vikings ; le travail de Ribera, De La Fuente ou Marcello m'ont donné envie de trouver la suite, ce que j'ai réussi en dégotant les originaux en fascicules brochés (groupant 2 chapitres), jusqu'au n°13 sur le siècle de Louis XIV. J'ai passé des heures à feuilleter ces pages en me remémorant des souvenirs d'école primaire, et je suis tombé sous le charme de cette série. Quel coup d'éclat pour Larousse : sous la houlette d'une équipe d'historiens auxquels se sont joints d'excellents scénaristes aux qualités narratives reconnues, et les meilleurs dessinateurs du moment (Coelho, Marcello, Ribera, La Fuente, Manara, Poïvet, Bielsa, Tacconi, Buzzelli, Forton, Battaglia et d'autres...), l'éditeur nous offrait les grands épisodes de notre Histoire, de la Gaule à nos jours. Même si c'est parfois une suite de séquences anecdotiques et même si l'ensemble sacrifie à quelques clichés (notamment en utilisant des mots historiques contestés ou apocryphes), le travail accompli est remarquable, et surtout conté d'une façon aventureuse qui donne envie de s'intéresser à l'Histoire, au contraire des méthodes scolaires rébarbatives. C'est ce que Larousse a compris en franchissant le pas et en utilisant comme support pédagogique la bande dessinée, qui enfin en cette fin d'année 70, est prise au sérieux et reconnue comme un art et un moyen d'expression. Par cette formule, l'éditeur du Dictionnaire affichait clairement ses ambitions didactiques tout en cautionnant le support BD. Et ça fera des petits, combien de Régions françaises illustrent leur histoire de cette façon ? La première édition de fascicules obtient un tel succès entre 1976 et 78, que Larousse lance l'édition cartonnée en 1979, suivie en 1983-84 d'une édition en 8 albums thématiques, de même qu'il lancera "la Découverte du monde en BD", Histoire du Far West etc, avec la même formule et souvent les mêmes grands pros du crayon. Un achat chaudement recommandé pour les amateurs d'Histoire et les nostalgiques.
Les Pionniers de l'Espérance
J'avais entendu beaucoup de bien de cette vieille série et je me suis décidé à emprunter les albums parus chez Futuropolis (j'avais aussi trouvé l'album paru chez Glénat, mais c'était un récit paru en 1957 donc déjà disponible dans l'intégrale). Je ne suis pas un grand fan de la science-fiction à la Flash Gordon, mais là j'ai vraiment aimé. Certes, il y a une certaine naïveté dans les scénarios humanistes de Roger Lécureux et si on pense trop, on va vite se rendre compte des dizaines de trucs qui ne font pas de sens (Spooky a énuméré plusieurs exemples), mais les histoires sont solides et j'étais souvent captivé du début jusqu'à la fin parce que je voulais savoir comment l'histoire se terminait. Le scénariste fait aussi preuve de beaucoup d'imagination et j'ai été surpris à plus d'une reprise. Mais le meilleur pour moi c'est le dessin de Raymond Poivet. Au début, c'est sympa et son trait me faisait penser à du Milton Caniff et puis au fil des histoires son trait évolue pour devenir un des plus beaux dessins réalistes que j'ai vus !
Gaston Lagaffe
Est-ce qu'il y a quelqu'un dans le monde de la BD qui n'aime pas Gaston ? Je me demande si ça existe. Ce géant de la planète BD appelle tous les superlatifs, les mots sont vains pour exprimer la joie qu'il procure au lecteur. Lorsque le 28 février 1957, André Franquin lance ce garçon distrait, il ne se doutait pas qu'il atteindrait quelques années plus tard une gloire phénoménale, qu'il deviendrait la grande vedette du journal Spirou. Gaston évolue assez lentement, par étapes jusqu'en 1968. A partir de cette date, son graphisme est parfait, les éléments sont en place : doux rêveur, gaffeur impénitent engagé par les éditions Dupuis comme garçon de bureau, une activité mal définie où il remplit l'emploi d'homme à tout faire, mais qui s'ennuie vite ; il ne sait pourtant pas la chance qu'il a d'avoir un pied dans l'univers d'un journal de BD, beaucoup aimeraient être à sa place. Débordant d'imagination mais fainéant de la pire espèce, il occupe un bureau bordélique envahi par un chat, une mouette rieuse au cri affreux, des poissons rouges, des souris, un cactus géant... un véritable capharnaüm qu'il utilise pour ses expériences chimiques redoutables, ses bricolages, réparations et inventions mécaniques en tous genres qui finissent souvent en catastrophe, lorsqu'il n'est pas entrain de faire échouer la signature des fameux contrats de Mr De Mesmaeker, l' homme d'affaires qui ne rit jamais. Son bureau-atelier lui sert aussi pour faire de la cuisine dégageant des odeurs nauséabondes, préparer des mixtures étranges ou pour confectionner des jeux électroniques dans lesquels il entraîne ses collègues dans des parties folles. Et puis, il s'adonne à ses siestes légendaires. Toute sa ménagerie ou ses objets hétéroclites sont des sources multiples de gags qui malgré un pitch tout simple, évitent la répétition. Mais la grande richesse de cette bande tient aussi dans ses personnages secondaires qui gravitent dans l'entourage de Gaston : outre De Mesmaeker, Fantasio en rédac-chef, un temps échappé des aventures de Spirou, remplacé ensuite par Léon Prunelle (le plus frénétique face aux mirobolantes inventions de Gaston), les secrétaires Sonia, Yvonne et Suzanne, Lebrac le plus souvent apeuré par les gadgets ahurissants du héros, Mr Boulier le comptable, les deux copains Jules et Bertrand qui subissent avec une certaine habitude les dégâts des bibelots que Gaston répare ; seule M'oiselle Jeanne, la secrétaire folâtre des Editions, amoureuse en secret de Gaston, lui voue une admiration inconditionnelle, et celui-ci l'emmène parfois se balader dans sa voiture antédiluvienne, autre source d'effets comiques avec le personnage le plus redoutable pour Gaston : Lontarin, l'agent de police borné, suspectant toujours à juste titre, le diabolique tacot. M'enfin, Gaston est aussi l'inventeur du Gaffophone, un instrument bizarroïde qu'il est prudent de regarder sans en jouer. Bref, tout cet univers bien mis en place par Franquin, sa richesse d'invention, l'ingéniosité et le côté dévastateur de certains gags, la qualité du dessin d'une grande vivacité, aux cases toujours très remplies, ainsi que sa signature personnalisée au bas de chaque planche, ont valu un succès durable et intemporel à cette bande touchant toutes les tranches d'âge, et devenue ainsi l'un des grands best-sellers de la BD. Hoah, bin tiens ! Pour les albums, préférer la période Prunelle qui est la plus désopilante, de même que le dessin de Franquin a atteint à ce moment sa pleine maturité.
Rubrique-à-Brac
Aaaah les rubriques à brac de Gotlib. Une oeuvre qui m'a fortement marqué enfant (comme Franquin puis plus tard Loisel et Moebius). Un truc qui a véritablement révolutionné le monde du 9ème art. C'était réellement novateur. Ultra dense (un peu bordélique mais dans le bon sens du terme ), varié, satirique, libertaire, ethnologique... Un véritable regard d'auteur sur la societé des années 60, 70. Mais avec une bonne moitié de délire non-sensique (les présentations d'animaux par exemple). On sent que Marcel Gotlib a démarré ses rubriques avec les dingodossiers, tous aussi bons mais plus sages (années 50 obligent) puis a découvert l'herbe vers la fin des années 60, Woodstock, mai 68 etc ...) avec les rubriques à brac. Et sur la fin du 4ème tome on sent que ça commence à vriller sérieusement (strip gore du " ... je te tiens par la barbichette ... " entre autres). Donc il a créé fluide glacial avec ses rahhh lovely et autres superdupont ... Les rubriques à brac m'ont fortement interpellé à l'époque de mon enfance. Humour débile ET intelligent. Regard observateur et satirique sur la societé dans son ensemble (loisirs, habitudes et manies des Français de ces années là, musique, cinéma, télé, histoire de France revisitée, enquètes débiles ... et puis plein d'autres trucs. C'est un fourre-tout finalement incroyablement cohérent. Maintenant j'admets que certains trucs ont un peu vieilli ( les rouflaquettes, les pulls à col roulé), mais à part ça ça reste incroyablement moderne et drôle pour l'époque. Ce type d'humour "intelligent" et pré-trash est vraiment influencé par des trucs comme les Monty Python qui faisaient fureur à l'époque et a créé l'humour fluide glacial. Donc Gotlib c'est un peu Dieu le père aux côtés de Franquin et Giraud-Moebius. Son héritage est énorme (toute l'écurie Fluide glacial mais aussi Psychopat).