Bernie Wrightson donc, alors que dire? Magnifique! vraiment magnifique, ce gars a tout simplement de l'or dans ses doigts. Cet album en noir et blanc lui offre une nouvelle fois la possibilité de donner libre cours à son talent dans un style où il excelle, un style dans lequel on peut dire qu'il fait partie des maitres. Au début de cette histoire nous retrouvons la créature créée par le Baron Victor Frankenstein dans un cirque du genre de Barnum and Bailey. C'est tout l'univers du film de Tod Browning "Freaks", la parade des monstres, que Wrightson nous dépeint. Au delà d'une galerie de monstres le dessinateur nous montre en quelques cases hallucinantes, la joie de vivre mais aussi la profonde solitude de personnages fracassés par la vie, des difformes, l'homme grenouille, le garçon crapaud.
Au scénario Steve Niles, auteur de Big foot, 28 jours plus tard, etc..., il offre ici une suite intelligente au Frankenstein originel. La créature souffre, consciente de sa condition, elle sait que le monde dans lequel l'a propulsé son créateur n'est pas fait pour elle, mais même la mort ne veut pas d'elle. C'est donc à un enfer sur la terre qu'elle est condamnée. Dans cette vie non choisie, il existe quelques moments de répit et grâce à un médecin qui l'a recueilli, le monstre découvre le savoir, la connaissance. Mais l'on sait d'avance que cet état ne peut durer, le monstre attire le malheur, en tout cas d'autres monstruosités.
Les nombreuse scènes qui se déroulent dans la maison du docteur, sorte d'immense cabinet de curiosité, donne l'occasion à Wrightson de nous donner des doubles pages proprement hallucinantes, vertigineuses. Observez les détails, les perspectives et surtout le travail sur les ombres!
Alors oui le dessin est une oeuvre d'art à part entière, mais comme je le disais il y a aussi un scénario malin qui pose quelques questions sur la condition humaine, mais surtout l'Autre. L'autre différent, celui qui nous dérange. Ici le propos est poussé à son paroxysme, mais le message est là, emballé dans les codes propres a ce type d'histoire, mais tout de même évident et rudement efficace.
Si vous croisez la route de cet album il ne faut surtout pas hésiter, Wrightson est un très grand artiste finalement assez rare par chez nous, il a ici un scénariste à la hauteur de son talent. Grande oeuvre dont j'attends la suite avec impatience.
Dès le début, on est plongé dans un univers visuel encore très inspiré par le Seigneur des Anneaux (on y retrouve des répliques de Minas Tirith et de la Porte Noire, sans oublier les statues géantes qui rappellent celles des rois d'Argonath). Visuellement, c'est magnifique, le dessinateur se complait à multiplier grandes cases en hauteur, pleines pages ou double-pages au relief vigoureux, sa mise en page participe à la dynamique de cette série, son dessin est sublime sur les reptiles et les créatures, ainsi que sur les visages. Ce combiné des styles de Swolfs et d'Aouamri donne une force indéniable à cette fantasy fascinante aux décors grandioses. Les couvertures d'albums sont également très belles.
Les seuls défauts viennent d'un scénario un peu faible et un peu trop usé ; de plus, les personnages n'ont pas de charisme, or dans ce genre de série très codifiée, le lecteur a impérativement besoin de se rattacher à un personnage-clé (que serait le Seigneur des Anneaux sans Aragorn ?). Bec doit se reprendre pour le final de cette série qu'il serait dommage de saborder, s'il n'y a pas quelque chose de plus solide derrière la beauté graphique. On se demande quand même comment la race humaine parviendra à vaincre ou repousser les créatures tant celles-ci sont puissantes, le combat semble perdu d'avance, mais qui sait ? on peut voir un espoir comme dans le film Starship Troopers de Paul Verhoeven, où les humains en ont chié pour combattre les Arachnides (et avec des armes modernes).
Le tome 4 change radicalement : c'est toujours aussi beau graphiquement, le décorum est éblouissant, les visages de femmes sont superbes, les architectures grandioses, notamment la forteresse du roi Ti-Harnog, mais le charisme des personnages qui manquait tant au début, semble apparaître enfin avec la figure du roi Ti-Harnog, ainsi que Ioen au physique de beau gosse et qui manie une arme étrange ; sa rivalité latente avec Arzamas, autre figure intéressante de la saga, risque d'exploser dans le dernier tome. Il y a donc un peu plus de place pour les relations humaines, il y a un peu moins de créatures, tout en gardant un bon rythme, cet épisode décrivant un exode semé d'embûches. Je me réserve pour le tome 5 dont l'issue sera décisive, dans un genre pourtant extrêmement rebattu.
Une série hynoptique dont j'attends beaucoup pour le final. Serai-je déçu ? sincèrement, j'espère pas, je ne vise pas les 5 étoiles, mais si je pouvais conserver 4/5, j'en serais ravi.
Dans la même lignée que Le Voyage des Pères où Jonas, le père de Pierre et André, essayait de ramener ses fils sur le "droit" chemin et les faire sortir de l'influence de Jésus de Nazareth, cet exode de Yona nous plonge dans l'univers biblique.
Figurez vous que l'on retrouve un lointain aïeul de Jonas, prénommé Yona, mener paisiblement sa barque en Égypte au temps de Moïse.
La relation entre Égyptiens et Hébreux est au cœur de l'intrigue, et va rapidement embarquer Yona dans tout un tas d'aventures aussi désopilantes que celles de son lointain descendant!
Ici encore les dessins de Ratte servent magnifiquement l'histoire, les expressions des visages sont criantes de talent, les couleurs sublimes.
Quant au scénario, on rit beaucoup pendant les deux premiers tomes, le troisième est un peu en retrait et le quatrième m'a personnellement déçu... Je trouve la fin un peu précipitée...
C'est un peu comme chez Stendhal, où l'on peut se dire que l'auteur en a assez de ses personnages au bout d'un certain temps, et qu'il les fait mourir coup sur coup à quelques pages d'intervalle (lisez La Chartreuse de Parme), David Ratte a précipité la sortie de son héros, allant un peu trop vite à mon goût vers la conclusion.
En résumé, encore un très bon travail de Ratte, mais la fin aurait pu (du) être traitée avec plus de soin.
Cet album c'est du Batman à son meilleur ! Il contient plusieurs histoires signées Steve Englehart qui a marqué l'histoire de Batman.
Cela commence avec une histoire qu'il a écrite en 1972 et qui met en scène de vulgaires criminels. Je préfère lorsque Batman affronte des super-criminels, mais ici c'est bien fait et cela peut être vu comme un prologue de ce qui va venir. Le scénario est déjà dynamique, la narration n'est pas lourde du tout et Englehart a déjà cerné la psychologie de Batman. En prime, le dessin est superbe.
Puis, viennent les 8 épisodes qu'Englehart a écrits dans les années 1977-1978 et qui font partie des meilleures histoires de Batman selon plusieurs fans. En seulement 8 épisodes, ce génial scénariste crée une révolution avec cette saga qui introduit le personnage de Rupert Thorne, un de mes méchants préférés dans le dessin animé des années 90 ainsi que le Docteur Phosphorus, moins intéressant, mais tout de même un bon adversaire. On retrouve aussi quelques vilains connus comme le Joker dont j'avais déjà lu l'histoire et franchement cela ne me dérange pas de lire cette histoire à nouveau tellement c'est bon !
Parmi les personnages, il y a aussi Silver St Cloud qui est un personnage féminin très réussi. À la fois belle et intelligente. J'aimerais la voir plus souvent. Les scénarii sont vraiment prenants et c'est le genre de Batman sérieux que j'aime. Le scénariste crée plusieurs intrigues parallèles franchement réussies.
J'aime aussi comment Englehart semble connaitre parfaitement l'oeuvre de Batman, faisant même revenir un méchant qui n'était paru qu'une fois en 1950 ! Le dessin de Walt Simonson et ensuite de Marshall Rogers est superbe. La seule chose que je n'aime pas c'est que les histoires se terminent un peu brutalement. J'aurais aimé qu'il y ait plus de pages que 17 par numéro.
Ensuite, on tombe dans une période plus moderne. Il y a tout d'abord une petite histoire sympathique et ensuite une mini-série en 6 épisodes (qui donne son titre à l'album) où Englehart et Rogers se retrouvent pour raconter une nouvelle histoire de Batman. C'est toujours aussi bon quoique un peu inférieur aux épisodes des années 70. C'est l'occasion de retrouver St Cloud ainsi que le Joker avec d'autres personnages comme Double Face. Le seul défaut est que la fin du dernier épisode est un peu rapide. Peut-être aurait-il fallu un septième épisode pour conclure en beauté ?
Un album de Batman que tout le monde doit posséder. J'espère ensuite que cet éditeur va sortir le travail du duo Neal Adams-Denny O'Neil, le passage de Gerry Consway dans les années 80 (et qui est un peu la suite des épisodes d'Englehart), et le travail d' Alan Grant. Du peu que j'ai lu de ces périodes, je suis sûr d'adorer !
Dans une belle adaptation d'un excellent roman de G. Darien, "Le voleur", Belmondo, qui joue le rôle titre du voleur affirme, en matière d'auto-justification: " Je fais un sale métier. Mais j'ai une excuse, je le fais salement !".
C'est un peu cette phrase qui me permet d'expliquer pourquoi je mets 4 étoiles à ce petit album plein de défauts, avec un dessin plutôt laid. C'est que justement, pour les horreurs sorties ici le plus froidement du monde, non seulement cela ne gêne pas, mais je trouve plutôt que cela enlève toute espèce d'excuse, de mauvaise interprétation...
Ici, on est d'emblée dans une série de strips très trash, qui prennent un malin plaisir à révulser tout lecteur ayant gardé souvenir de limites à ne pas franchir dans l'expression: plus une valeur est haut placée, plus elle sera piétinée, et le racisme, l'intolérance, pour ne pas parler de l'impolitesse sont incarnés par les deux héros dont on se demande quand on aura le temps de les juger, tant la surenchère d'humour noir nous empêche de "faire le point".
C'est souvent très con, mais c'est souvent très drôle. Pas toujours, bien sûr. D'abord parce que l'overdose guette. Aussi parce que les gags sont inégaux. Enfin, l'histoire plus longue en fin d'album ne m'a pas trop accroché. De trop pour moi, trop longue, moins drôle, peut-être parce que l’œuvre de démolition du bon goût entreprise par Paf et Hencule (on peut au moins dire qu'ils ne cachent pas leur jeu à l'acheteur/lecteur !) n'est assimilable que par petites touches, fussent-elles sismiques.
A noter que certains gags ne sont QUE de l'humour noir, sans être totalement trash (celui du drive-in au Macdo est pas mal !).
Bref, je sur-note peut-être, mais j'ai beaucoup ri, et le mauvais goût est ici tellement assumé jusqu'au bout, sans aucun alibi, fut-il esthétique, que je suis prêt à faire un effort pour les encourager !
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Bon, ben voilà, la suite de "Paf et Hencule" est enfin parue, après avoir été retardée par je ne sais quels soucis.
Le deuxième tome de cette série culturelle confirme qu'elle restera très clivante (on l'aime ou on la déteste, mais les sans opinions seront rares).
Si je ne change pas ma note d'origine, je trouve que cet album est un peu en deçà du premier. Je l'ai trouvé un peu moins trash. C'est peut-être aussi que l'effet de surprise ne joue plus, je ne sais pas.
Mais bon, je vous rassure, Paf et Hencule ne sont pas devenus moines, ils sont toujours extrêmement racistes, misogynes, s'attaquent aux enfants et aux animaux. Peut-être moins trash, mais la barre était placée haut, donc ça reste quand même pour amateur du genre. C'est donc toujours trash, con, absurde, et souvent drôle (là aussi un chouia moins que le précédent opus) !
Pas de longue histoire cette fois-ci pour contre balancer les strips de trois cases, mais des dessins pleine page (dont une parodie de Pif Gadget). Le dessin est encore hideux, mais on s'en fout ici (c'est même sûrement volontaire pour être raccord avec les propos).
Jamais deux sans trois j'espère !
Que dire à part que passer à côté de ce petit bijou serait vraiment dommage.
L'édition est belle, on sent qu'on a dans les mains autre chose qu'on ouvrage qui sent le plastoc, ça sent plutôt le vieux fût de chêne, la rouille et la poudre.
C'est une sacrée prouesse artistique. Il faut savoir que Bastian a passé parfois une semaine entière pour une planche, et quelles planches !!! C'est du travail d'orfèvre, une multitude de détails vous oblige en quelque sorte à contempler cet ouvrage, on ne passe pas d'une page à l'autre rapidement ou alors c'est se gâcher le plaisir. Faut prendre le temps, entrer dans cet atmosphère particulier que Bastian a su créer.
L'humour décalé est omniprésent, les dessins jouent le jeu à fond. Tout semble prétexte à s'écarter des sentiers battus. Des personnages complètement loufoques mais inquiétants, ça fait sourire, mais le fond de l'histoire reste une affaire sérieuse. Le tout est bien enrubanné par des dialogues croquignolets avec un mélange de vieux français...
Amoureux des belles planches, foncez !
Amoureux des beaux mots, foncez !
Bref si vous aimez la BD, foncez !!
(Pour les cinéphiles, j'ai trouvé un côté Pirates de Polansky 1986. Effet "madeleine de proust".)
Il y a aussi une ambiance Baron de Münchhausen de Terry gilliam, complétement bargot !
De mon point de vue, un des meilleurs albums 2014.
Franchement magnifique. Quel dessin! Pour de la maitrise c'est de la maitrise. Les animaux sont fabuleux, le décor se prête idéalement à de grandes lignes de fuites, le reste est du même tonneau, qu'il s'agisse de la couleur ou du cadrage. Après effectivement on pourrait reprocher un petit poil de lenteur dans le déroulé de l'histoire mais c'est juste pour pinailler.
Je ferais donc court pour redire que nous avons là une magnifique trilogie, jamais ennuyante et visuellement superbe. Quand c'est du tout bon, point n'est besoin de s'appesantir.
Très sympathique cette série jeunesse venue de chez nos cousins les caribous...
Au départ je pensais qu'il s'agissait d'une série jeunesse comme on en voit tant, avec des gags d'une page, des vannes récurrentes, et... en fait, non. Benoît-Olivier a 13 ans, est secrètement amoureux de sa meilleure amie, et aimerait avoir un chien pour son anniversaire. Mais bien sûr, il va avoir... autre chose, ce qui va l'embarquer dans de drôles d'histoires. En fait tout le tome est une seule aventure, ou du moins un seul récit, qui se pose avec un certain réalisme, même si les situations décrites sont parfois très drôles. mention spéciale à la scène où un gamin, pour s'essuyer le visage aspergé d'urine de mouffette, utilise de la neige où une autre personne a préalablement vomi... Cela reste toutefois dans les limites du crédible, et j'avoue m'être bien marré en lisant certaines situations.
Et puis il ne faut pas oublier cette savoureuse langue québécoise, avec ses expressions fleuries qui sont traduites, ou plutôt expliquées en fin d'album, un vrai plus, même si après Magasin général on commence à en comprendre certaines.
Alcante s'est adjoint les services graphiques de Steven Dupré, artiste polymorphe de la franco-belge, qui fait de l'excellent boulot sur Midgard et Kaamelott.
Bref, une chouette BD jeunesse, à recommander aux pré-ados :)
Très jolie surprise. Une bd contemplative, ça ne court pas les rues !
Les personnages sont dessinées de manières étranges mais s'intègrent parfaitement dans ces décors somptueux, aux perspectives peut être trop justes qui leur donnent quelque chose d'un peu faux, de trop étiré.
On a le sentiment que l'auteur est dans son univers, qu'il aime dessiner ce qu'il dessine, qu'il se fait plaisir que ça en est communicatif.
Cette bd ne satisfaira pas je pense bien du monde tant le le scénario n'est qu'une longue promenade. Si vous aimez paresser en regardant ce héros immortel en promenade, dans un univers aux décors somptueux, étranges car aux perpectives peu être trop juste, peuplés de personnages aux design à la fois créatifs/classiques, alors cette bd est pour vous.
Moi je vous la conseille vivement, j'ai adoré !
Je connais Anatole Le Braz de réputation, mais étrangement, je n'ai jamais eu l'occasion de lire ses écrits, alors qu'il a abordé les chansons, légendes et contes d'une Bretagne populaire que pourtant j'apprécie beaucoup. Son influence littéraire a d'ailleurs été importante parce que sa relation à la Bretagne n'exclut pas une allégeance sincère à la France. Je dis ça pour ceux qui ne savent pas que la Bretagne, région très particulariste, a mis très longtemps à digérer son intégration au royaume de France en 1532. En tout cas, les descriptions de Le Braz sur une Bretagne rurale et secrète ont intéressé un public qui y voyait un reste d'exotisme bretonnant sur le sol de la métropole.
Il y a un dialogue significatif en page 10 de cet album : "De quelle Bretagne êtes-vous donc, monsieur Le Braz ?". Effectivement, il y avait encore au début du 20ème siècle plusieurs Bretagne (Trégor, Penthièvre, Léon, Goëlo, Cornouaille, Retz...), et dans cette Bretagne compartimentée, les îles sont encore plus différentes des autres pays bretonnants, la mentalité des îliens s'est forgée au gré des rudes hivers venteux et des naufrages tragiques. Les Sénans et les Ouessantins surtout ont cette mentalité très spéciale, différente d'un Quimpérois, d'un Malouin ou d'un Vannetais.
Et ici, les auteurs ont su parfaitement la retranscrire, avec une vraie atmosphère propre à Ouessant, c'est le souffle d'une Bretagne très authentique et attachée à des traditions séculaires, comme on en voit dans cette Bd, avec notamment les proëlla (les croix de cire) et tout ce qui se rattache aux cérémonies des défunts.
Je ne connais pas encore Ouessant, et je rêve d'y aller, mais on dit que c'est une île fascinante ; je crois que les auteurs ont très bien cerné l'environnement, avec un dessin bien adapté, qui laisse voir de beaux paysages sauvages, mais aussi un folklore pittoresque constitué de calvaires, de petites maisons en granit, de clochers bretons hérissés typiques et de lande nue rappée par le vent...
Il ne se passe rien de spectaculaire, la narration s'écoule lentement et saisit subtilement l'essence de ce qu'avait su capter Anatole Le Braz dans son oeuvre régionaliste.
Une jolie Bd au ton mélancolique et nostalgique.
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Frankenstein - Le monstre est vivant
Bernie Wrightson donc, alors que dire? Magnifique! vraiment magnifique, ce gars a tout simplement de l'or dans ses doigts. Cet album en noir et blanc lui offre une nouvelle fois la possibilité de donner libre cours à son talent dans un style où il excelle, un style dans lequel on peut dire qu'il fait partie des maitres. Au début de cette histoire nous retrouvons la créature créée par le Baron Victor Frankenstein dans un cirque du genre de Barnum and Bailey. C'est tout l'univers du film de Tod Browning "Freaks", la parade des monstres, que Wrightson nous dépeint. Au delà d'une galerie de monstres le dessinateur nous montre en quelques cases hallucinantes, la joie de vivre mais aussi la profonde solitude de personnages fracassés par la vie, des difformes, l'homme grenouille, le garçon crapaud. Au scénario Steve Niles, auteur de Big foot, 28 jours plus tard, etc..., il offre ici une suite intelligente au Frankenstein originel. La créature souffre, consciente de sa condition, elle sait que le monde dans lequel l'a propulsé son créateur n'est pas fait pour elle, mais même la mort ne veut pas d'elle. C'est donc à un enfer sur la terre qu'elle est condamnée. Dans cette vie non choisie, il existe quelques moments de répit et grâce à un médecin qui l'a recueilli, le monstre découvre le savoir, la connaissance. Mais l'on sait d'avance que cet état ne peut durer, le monstre attire le malheur, en tout cas d'autres monstruosités. Les nombreuse scènes qui se déroulent dans la maison du docteur, sorte d'immense cabinet de curiosité, donne l'occasion à Wrightson de nous donner des doubles pages proprement hallucinantes, vertigineuses. Observez les détails, les perspectives et surtout le travail sur les ombres! Alors oui le dessin est une oeuvre d'art à part entière, mais comme je le disais il y a aussi un scénario malin qui pose quelques questions sur la condition humaine, mais surtout l'Autre. L'autre différent, celui qui nous dérange. Ici le propos est poussé à son paroxysme, mais le message est là, emballé dans les codes propres a ce type d'histoire, mais tout de même évident et rudement efficace. Si vous croisez la route de cet album il ne faut surtout pas hésiter, Wrightson est un très grand artiste finalement assez rare par chez nous, il a ici un scénariste à la hauteur de son talent. Grande oeuvre dont j'attends la suite avec impatience.
Ténèbres
Dès le début, on est plongé dans un univers visuel encore très inspiré par le Seigneur des Anneaux (on y retrouve des répliques de Minas Tirith et de la Porte Noire, sans oublier les statues géantes qui rappellent celles des rois d'Argonath). Visuellement, c'est magnifique, le dessinateur se complait à multiplier grandes cases en hauteur, pleines pages ou double-pages au relief vigoureux, sa mise en page participe à la dynamique de cette série, son dessin est sublime sur les reptiles et les créatures, ainsi que sur les visages. Ce combiné des styles de Swolfs et d'Aouamri donne une force indéniable à cette fantasy fascinante aux décors grandioses. Les couvertures d'albums sont également très belles. Les seuls défauts viennent d'un scénario un peu faible et un peu trop usé ; de plus, les personnages n'ont pas de charisme, or dans ce genre de série très codifiée, le lecteur a impérativement besoin de se rattacher à un personnage-clé (que serait le Seigneur des Anneaux sans Aragorn ?). Bec doit se reprendre pour le final de cette série qu'il serait dommage de saborder, s'il n'y a pas quelque chose de plus solide derrière la beauté graphique. On se demande quand même comment la race humaine parviendra à vaincre ou repousser les créatures tant celles-ci sont puissantes, le combat semble perdu d'avance, mais qui sait ? on peut voir un espoir comme dans le film Starship Troopers de Paul Verhoeven, où les humains en ont chié pour combattre les Arachnides (et avec des armes modernes). Le tome 4 change radicalement : c'est toujours aussi beau graphiquement, le décorum est éblouissant, les visages de femmes sont superbes, les architectures grandioses, notamment la forteresse du roi Ti-Harnog, mais le charisme des personnages qui manquait tant au début, semble apparaître enfin avec la figure du roi Ti-Harnog, ainsi que Ioen au physique de beau gosse et qui manie une arme étrange ; sa rivalité latente avec Arzamas, autre figure intéressante de la saga, risque d'exploser dans le dernier tome. Il y a donc un peu plus de place pour les relations humaines, il y a un peu moins de créatures, tout en gardant un bon rythme, cet épisode décrivant un exode semé d'embûches. Je me réserve pour le tome 5 dont l'issue sera décisive, dans un genre pourtant extrêmement rebattu. Une série hynoptique dont j'attends beaucoup pour le final. Serai-je déçu ? sincèrement, j'espère pas, je ne vise pas les 5 étoiles, mais si je pouvais conserver 4/5, j'en serais ravi.
Le Voyage des Pères - L'Exode selon Yona
Dans la même lignée que Le Voyage des Pères où Jonas, le père de Pierre et André, essayait de ramener ses fils sur le "droit" chemin et les faire sortir de l'influence de Jésus de Nazareth, cet exode de Yona nous plonge dans l'univers biblique. Figurez vous que l'on retrouve un lointain aïeul de Jonas, prénommé Yona, mener paisiblement sa barque en Égypte au temps de Moïse. La relation entre Égyptiens et Hébreux est au cœur de l'intrigue, et va rapidement embarquer Yona dans tout un tas d'aventures aussi désopilantes que celles de son lointain descendant! Ici encore les dessins de Ratte servent magnifiquement l'histoire, les expressions des visages sont criantes de talent, les couleurs sublimes. Quant au scénario, on rit beaucoup pendant les deux premiers tomes, le troisième est un peu en retrait et le quatrième m'a personnellement déçu... Je trouve la fin un peu précipitée... C'est un peu comme chez Stendhal, où l'on peut se dire que l'auteur en a assez de ses personnages au bout d'un certain temps, et qu'il les fait mourir coup sur coup à quelques pages d'intervalle (lisez La Chartreuse de Parme), David Ratte a précipité la sortie de son héros, allant un peu trop vite à mon goût vers la conclusion. En résumé, encore un très bon travail de Ratte, mais la fin aurait pu (du) être traitée avec plus de soin.
Batman - Dark Detective
Cet album c'est du Batman à son meilleur ! Il contient plusieurs histoires signées Steve Englehart qui a marqué l'histoire de Batman. Cela commence avec une histoire qu'il a écrite en 1972 et qui met en scène de vulgaires criminels. Je préfère lorsque Batman affronte des super-criminels, mais ici c'est bien fait et cela peut être vu comme un prologue de ce qui va venir. Le scénario est déjà dynamique, la narration n'est pas lourde du tout et Englehart a déjà cerné la psychologie de Batman. En prime, le dessin est superbe. Puis, viennent les 8 épisodes qu'Englehart a écrits dans les années 1977-1978 et qui font partie des meilleures histoires de Batman selon plusieurs fans. En seulement 8 épisodes, ce génial scénariste crée une révolution avec cette saga qui introduit le personnage de Rupert Thorne, un de mes méchants préférés dans le dessin animé des années 90 ainsi que le Docteur Phosphorus, moins intéressant, mais tout de même un bon adversaire. On retrouve aussi quelques vilains connus comme le Joker dont j'avais déjà lu l'histoire et franchement cela ne me dérange pas de lire cette histoire à nouveau tellement c'est bon ! Parmi les personnages, il y a aussi Silver St Cloud qui est un personnage féminin très réussi. À la fois belle et intelligente. J'aimerais la voir plus souvent. Les scénarii sont vraiment prenants et c'est le genre de Batman sérieux que j'aime. Le scénariste crée plusieurs intrigues parallèles franchement réussies. J'aime aussi comment Englehart semble connaitre parfaitement l'oeuvre de Batman, faisant même revenir un méchant qui n'était paru qu'une fois en 1950 ! Le dessin de Walt Simonson et ensuite de Marshall Rogers est superbe. La seule chose que je n'aime pas c'est que les histoires se terminent un peu brutalement. J'aurais aimé qu'il y ait plus de pages que 17 par numéro. Ensuite, on tombe dans une période plus moderne. Il y a tout d'abord une petite histoire sympathique et ensuite une mini-série en 6 épisodes (qui donne son titre à l'album) où Englehart et Rogers se retrouvent pour raconter une nouvelle histoire de Batman. C'est toujours aussi bon quoique un peu inférieur aux épisodes des années 70. C'est l'occasion de retrouver St Cloud ainsi que le Joker avec d'autres personnages comme Double Face. Le seul défaut est que la fin du dernier épisode est un peu rapide. Peut-être aurait-il fallu un septième épisode pour conclure en beauté ? Un album de Batman que tout le monde doit posséder. J'espère ensuite que cet éditeur va sortir le travail du duo Neal Adams-Denny O'Neil, le passage de Gerry Consway dans les années 80 (et qui est un peu la suite des épisodes d'Englehart), et le travail d' Alan Grant. Du peu que j'ai lu de ces périodes, je suis sûr d'adorer !
Paf & Hencule
Dans une belle adaptation d'un excellent roman de G. Darien, "Le voleur", Belmondo, qui joue le rôle titre du voleur affirme, en matière d'auto-justification: " Je fais un sale métier. Mais j'ai une excuse, je le fais salement !". C'est un peu cette phrase qui me permet d'expliquer pourquoi je mets 4 étoiles à ce petit album plein de défauts, avec un dessin plutôt laid. C'est que justement, pour les horreurs sorties ici le plus froidement du monde, non seulement cela ne gêne pas, mais je trouve plutôt que cela enlève toute espèce d'excuse, de mauvaise interprétation... Ici, on est d'emblée dans une série de strips très trash, qui prennent un malin plaisir à révulser tout lecteur ayant gardé souvenir de limites à ne pas franchir dans l'expression: plus une valeur est haut placée, plus elle sera piétinée, et le racisme, l'intolérance, pour ne pas parler de l'impolitesse sont incarnés par les deux héros dont on se demande quand on aura le temps de les juger, tant la surenchère d'humour noir nous empêche de "faire le point". C'est souvent très con, mais c'est souvent très drôle. Pas toujours, bien sûr. D'abord parce que l'overdose guette. Aussi parce que les gags sont inégaux. Enfin, l'histoire plus longue en fin d'album ne m'a pas trop accroché. De trop pour moi, trop longue, moins drôle, peut-être parce que l’œuvre de démolition du bon goût entreprise par Paf et Hencule (on peut au moins dire qu'ils ne cachent pas leur jeu à l'acheteur/lecteur !) n'est assimilable que par petites touches, fussent-elles sismiques. A noter que certains gags ne sont QUE de l'humour noir, sans être totalement trash (celui du drive-in au Macdo est pas mal !). Bref, je sur-note peut-être, mais j'ai beaucoup ri, et le mauvais goût est ici tellement assumé jusqu'au bout, sans aucun alibi, fut-il esthétique, que je suis prêt à faire un effort pour les encourager ! ****************************************************************************** Bon, ben voilà, la suite de "Paf et Hencule" est enfin parue, après avoir été retardée par je ne sais quels soucis. Le deuxième tome de cette série culturelle confirme qu'elle restera très clivante (on l'aime ou on la déteste, mais les sans opinions seront rares). Si je ne change pas ma note d'origine, je trouve que cet album est un peu en deçà du premier. Je l'ai trouvé un peu moins trash. C'est peut-être aussi que l'effet de surprise ne joue plus, je ne sais pas. Mais bon, je vous rassure, Paf et Hencule ne sont pas devenus moines, ils sont toujours extrêmement racistes, misogynes, s'attaquent aux enfants et aux animaux. Peut-être moins trash, mais la barre était placée haut, donc ça reste quand même pour amateur du genre. C'est donc toujours trash, con, absurde, et souvent drôle (là aussi un chouia moins que le précédent opus) ! Pas de longue histoire cette fois-ci pour contre balancer les strips de trois cases, mais des dessins pleine page (dont une parodie de Pif Gadget). Le dessin est encore hideux, mais on s'en fout ici (c'est même sûrement volontaire pour être raccord avec les propos). Jamais deux sans trois j'espère !
La Fille maudite du capitaine pirate
Que dire à part que passer à côté de ce petit bijou serait vraiment dommage. L'édition est belle, on sent qu'on a dans les mains autre chose qu'on ouvrage qui sent le plastoc, ça sent plutôt le vieux fût de chêne, la rouille et la poudre. C'est une sacrée prouesse artistique. Il faut savoir que Bastian a passé parfois une semaine entière pour une planche, et quelles planches !!! C'est du travail d'orfèvre, une multitude de détails vous oblige en quelque sorte à contempler cet ouvrage, on ne passe pas d'une page à l'autre rapidement ou alors c'est se gâcher le plaisir. Faut prendre le temps, entrer dans cet atmosphère particulier que Bastian a su créer. L'humour décalé est omniprésent, les dessins jouent le jeu à fond. Tout semble prétexte à s'écarter des sentiers battus. Des personnages complètement loufoques mais inquiétants, ça fait sourire, mais le fond de l'histoire reste une affaire sérieuse. Le tout est bien enrubanné par des dialogues croquignolets avec un mélange de vieux français... Amoureux des belles planches, foncez ! Amoureux des beaux mots, foncez ! Bref si vous aimez la BD, foncez !! (Pour les cinéphiles, j'ai trouvé un côté Pirates de Polansky 1986. Effet "madeleine de proust".) Il y a aussi une ambiance Baron de Münchhausen de Terry gilliam, complétement bargot ! De mon point de vue, un des meilleurs albums 2014.
Zoo
Franchement magnifique. Quel dessin! Pour de la maitrise c'est de la maitrise. Les animaux sont fabuleux, le décor se prête idéalement à de grandes lignes de fuites, le reste est du même tonneau, qu'il s'agisse de la couleur ou du cadrage. Après effectivement on pourrait reprocher un petit poil de lenteur dans le déroulé de l'histoire mais c'est juste pour pinailler. Je ferais donc court pour redire que nous avons là une magnifique trilogie, jamais ennuyante et visuellement superbe. Quand c'est du tout bon, point n'est besoin de s'appesantir.
L'Incroyable Histoire de Benoît-Olivier
Très sympathique cette série jeunesse venue de chez nos cousins les caribous... Au départ je pensais qu'il s'agissait d'une série jeunesse comme on en voit tant, avec des gags d'une page, des vannes récurrentes, et... en fait, non. Benoît-Olivier a 13 ans, est secrètement amoureux de sa meilleure amie, et aimerait avoir un chien pour son anniversaire. Mais bien sûr, il va avoir... autre chose, ce qui va l'embarquer dans de drôles d'histoires. En fait tout le tome est une seule aventure, ou du moins un seul récit, qui se pose avec un certain réalisme, même si les situations décrites sont parfois très drôles. mention spéciale à la scène où un gamin, pour s'essuyer le visage aspergé d'urine de mouffette, utilise de la neige où une autre personne a préalablement vomi... Cela reste toutefois dans les limites du crédible, et j'avoue m'être bien marré en lisant certaines situations. Et puis il ne faut pas oublier cette savoureuse langue québécoise, avec ses expressions fleuries qui sont traduites, ou plutôt expliquées en fin d'album, un vrai plus, même si après Magasin général on commence à en comprendre certaines. Alcante s'est adjoint les services graphiques de Steven Dupré, artiste polymorphe de la franco-belge, qui fait de l'excellent boulot sur Midgard et Kaamelott. Bref, une chouette BD jeunesse, à recommander aux pré-ados :)
Adrastée
Très jolie surprise. Une bd contemplative, ça ne court pas les rues ! Les personnages sont dessinées de manières étranges mais s'intègrent parfaitement dans ces décors somptueux, aux perspectives peut être trop justes qui leur donnent quelque chose d'un peu faux, de trop étiré. On a le sentiment que l'auteur est dans son univers, qu'il aime dessiner ce qu'il dessine, qu'il se fait plaisir que ça en est communicatif. Cette bd ne satisfaira pas je pense bien du monde tant le le scénario n'est qu'une longue promenade. Si vous aimez paresser en regardant ce héros immortel en promenade, dans un univers aux décors somptueux, étranges car aux perpectives peu être trop juste, peuplés de personnages aux design à la fois créatifs/classiques, alors cette bd est pour vous. Moi je vous la conseille vivement, j'ai adoré !
Le Sang de la Sirène
Je connais Anatole Le Braz de réputation, mais étrangement, je n'ai jamais eu l'occasion de lire ses écrits, alors qu'il a abordé les chansons, légendes et contes d'une Bretagne populaire que pourtant j'apprécie beaucoup. Son influence littéraire a d'ailleurs été importante parce que sa relation à la Bretagne n'exclut pas une allégeance sincère à la France. Je dis ça pour ceux qui ne savent pas que la Bretagne, région très particulariste, a mis très longtemps à digérer son intégration au royaume de France en 1532. En tout cas, les descriptions de Le Braz sur une Bretagne rurale et secrète ont intéressé un public qui y voyait un reste d'exotisme bretonnant sur le sol de la métropole. Il y a un dialogue significatif en page 10 de cet album : "De quelle Bretagne êtes-vous donc, monsieur Le Braz ?". Effectivement, il y avait encore au début du 20ème siècle plusieurs Bretagne (Trégor, Penthièvre, Léon, Goëlo, Cornouaille, Retz...), et dans cette Bretagne compartimentée, les îles sont encore plus différentes des autres pays bretonnants, la mentalité des îliens s'est forgée au gré des rudes hivers venteux et des naufrages tragiques. Les Sénans et les Ouessantins surtout ont cette mentalité très spéciale, différente d'un Quimpérois, d'un Malouin ou d'un Vannetais. Et ici, les auteurs ont su parfaitement la retranscrire, avec une vraie atmosphère propre à Ouessant, c'est le souffle d'une Bretagne très authentique et attachée à des traditions séculaires, comme on en voit dans cette Bd, avec notamment les proëlla (les croix de cire) et tout ce qui se rattache aux cérémonies des défunts. Je ne connais pas encore Ouessant, et je rêve d'y aller, mais on dit que c'est une île fascinante ; je crois que les auteurs ont très bien cerné l'environnement, avec un dessin bien adapté, qui laisse voir de beaux paysages sauvages, mais aussi un folklore pittoresque constitué de calvaires, de petites maisons en granit, de clochers bretons hérissés typiques et de lande nue rappée par le vent... Il ne se passe rien de spectaculaire, la narration s'écoule lentement et saisit subtilement l'essence de ce qu'avait su capter Anatole Le Braz dans son oeuvre régionaliste. Une jolie Bd au ton mélancolique et nostalgique.