Les derniers avis (9612 avis)

Couverture de la série Les Voyageurs
Les Voyageurs

De la grande aventure aux paysages sauvages magnifiques, des personnages attachants comme Kerouac et McLeod ou Grizzly... des péripéties pourtant souvent vues ailleurs ou à l'écran dans des films superbes comme le Grand Passage de King Vidor en 1940, ou la Captive aux yeux clairs de Howard Hawks en 1952... En effet, cette Bd a des points communs avec Les Pionniers du Nouveau Monde ou Bas de cuir et même Simon Francoeur, mais au contraire de ces bandes qui comportaient une grosse part de romanesque, ici il n'y a que de l'authentique, un côté documentaire historique plus poussé. Tout ceci est sublimé par de très belles images de nature, Kas dont j'avais apprécié le dessin sur ses autres Bd, dessine de nombreux animaux au détour de grandes cases où il exprime un profond amour de la nature sauvage, ça se sent, il arrive toujours à coller des oiseaux, un élan, un renard ou un castor dans un coin de case, c'est très sympathique et poétique. La représentation des forts est également très juste, comme celui de Rainy Lake qui est un archétype de ces constructions en bois, de même que les costumes indiens sont fidèles à ce que j'ai pu voir dans mes bouquins sur les tribus. L'accent est mis sur ces hommes rudes que sont ces voyageurs, ces trappeurs, sur leur mode de vie, leurs activités, leur bravoure, leur endurcissement à ces conditions extrêmes, et leur respect des tribus indiennes, car la plupart étaient d'origine française ; il n'y avait que les Anglais pour dégager une animosité, ce peuple ayant toujours méprisé les autochtones quelque soit les pays où ils ont fourré les pieds. Ce Français Kerouac et cet Ecossais McLeod m'ont aussi beaucoup rappelé les 2 principaux personnages du feuilleton TV Colorado (Centennial) dans leur relation avec les Indiens, leur amitié, leur descente en canoë et l'épouse indienne de Kerouac, on les dirait calqués sur Pasquinel et Mckeag, c'est frappant, je ne sais pas si les auteurs se sont inspiré d'eux, mais si on me le disait, ça ne m'étonnerait pas. On peut trouver les grizzlys bien timides et pas toujours crédibles, car quand ces animaux sont déchainés, ça peut faire des dégâts ; il suffit de se remémorer la séquence de The Revenant où Di Caprio se fait labourer le corps pour s'en convaincre, mais ce petit défaut n'est pas gênant. Il y a enfin un joli clin d'oeil : les 3 premières pages du tome 2 sont un petit hommage à Buddy Longway avec le personnage de MacIntyre qui lui ressemble beaucoup en visage et dans certaines postures. Au final, j'ai été complètement séduit par cette Bd parce qu'elle ressemble au feuilleton Colorado dont je suis un vieux fan, et que ce type d'aventure me plait beaucoup, surtout quand le dessin est d'une telle précision et d'une telle beauté, et c'est bien dommage qu'elle n'ait pas été poursuivie.

22/04/2016 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ainsi soit Benoîte Groult
Ainsi soit Benoîte Groult

Plus je lis Catel, et plus je suis séduite. Sa proximité avec ses personnages est rafraîchissante, le dessin toujours économe de moyens, en noir et blanc (et elle dévoile ici que sa particularité vient aussi de son feutre pinceau). Par moment elle montre des fac-similés de ses carnets de croquis au crayon, qui sont d'une simplicité pas si facile à obtenir, un côté presque objectif, très sage. Elle s'efface devant le sujet, et fait corps avec une sorte de culture commune du dessin d'observation, qui fait oublier le travail. Et son sujet : cette chère Benoîte Groult, nonagénaire multi-amoureuse, issue d'une famille qui transpire l'élégance, l’excentricité et l'aisance (dans tous les sens du terme : financier, corporel, social). C'est une vie de rêve, pleine de douleurs aussi bien sûr, mais dans un milieu qui demeure inaccessible au plus grand nombre. Et l'idée de faire parler ce monde, par la bouche d'une femme qui a dû avorter un nombre incalculable de fois, qui a été endeuillée deux fois par la guerre, d'en garder une trace est salutaire et intéressant. L'argent et l'entre-gens ne protègent personne de la mort, en revanche, ils donnent une voix plus assurée pour faire avancer les droits des femmes ! Merci Benoîte ! Bref, c'est une histoire du XXème siècle, extrêmement vivante et émouvante, bravo !

22/04/2016 (modifier)
Par Puma
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Voyages de He Pao
Les Voyages de He Pao

La suite au-delà du tome 10, et sous un autre nom, de la série Le Moine fou. Ce titre correspond mieux à l'esprit de la BD depuis le tome 5. Critique identique à celle de la série précédente Le Moine fou ; une merveille ! Et qu'il est dommage que Monsieur Vink ait déposé ses pinceaux.

19/04/2016 (modifier)
Par Puma
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Moine fou
Le Moine fou

Ayant découvert la série à son tome 3, j'ai ensuite poursuivi sa lecture avec bonheur, voire passion, au fil des albums qui arrivaient annuellement. Et que c'était long de devoir attendre un an pour connaître la suite des aventures d'He Pao. Chaque sortie d'album me faisait trépigner jusqu'à la librairie BD la plus proche, ne pouvant attendre et devant lire la nouveauté sans délai.... Aux trois premiers tomes, He Pao découvre gravé dans la roche le testament du moine fou qui lègue ainsi son art martial invincible. Elle détruit ensuite la gravure de son apprentissage, et sera la seule dépositaire de celui-ci. A peine l'art martial acquis, les événements la poussent à combattre à elle seule une armée ; victorieuse, elle en ressort néanmoins anéantie ; l'utilisation de cet art martial s'avérant être un poison pour celui qui l'utilise. Elle se remet peu à peu dans le tome 4, et ensuite, voyagera, voire déambulera, presque toujours accompagnée d'un même ami, à travers la Chine profonde d'alors. Certains les poursuivront pour essayer de lui voler son art martial ; il y aura d'autres rencontres avec des brigands ordinaires au fil du voyage, tous l'obligeant à utiliser son art invincible à contre-coeur, sachant les dégâts qu'ensuite il lui provoque. La retenue de Vink pour ne distiller qu'à compte-goutte les scènes de combat, évite l'écueil de la facilité et nous met, lecteur, également dans une attente qui renforce l'attrait à l'histoire. Cette série me fait penser au film A Touch of Zen du génial réalisateur chinois King Hu. Comme dans ledit film qui présente de sublimes éclairages, dans la BD, le graphisme réaliste à la couleur directe est tout bonnement splendide. Le film évolue sûrement mais avec calme. Presque de façon contemplative. La BD nécessite pour ma part également d'une lecture sans stress pour contempler le magnifique visuel et être au diapason d'un récit qui évolue lentement. Une lecture rapide bousillerait cette série ; elle doit se déguster à son rythme pour que son charme évanescent apparaisse. Alors, s'offrira au lecteur une merveille !

19/04/2016 (modifier)
Couverture de la série Au vent mauvais
Au vent mauvais

Que voilà un récit très littéraire ! Pourtant, on ne peut pas dire que la lecture soit copieuse, mais la narration et la calligraphie choisie font de cet objet une œuvre proche du récit illustré. Très bien illustré d’ailleurs, selon moi. Tout en ambiance, en un trait qui dévoile plus qu’il ne montre, en ombres qui ne cachent rien. Le ton est doux amer, le personnage central n’est pas exempt de défauts (loin s’en faut) mais il nous est rendu attachant par cette narration à la première personne, par la manière qu’il a de se dévoiler à nos yeux, par son humour cynique aussi. Et c’est ce personnage qui porte le récit à bout de bras ! L’intrigue est en effet des plus minces (on a droit à un road-movie dans lequel le personnage central traverse la France et l’Italie pour rapporter un gsm à une inconnue) mais le portrait qui se dessine au fil des planches est tellement touchant que j’aurais eu du mal à ne pas accompagner Abel Merian jusqu’au terme de son voyage. Un album qui m’a donc vraiment bien plu. Entre le pas mal enthousiaste et un franchement bien peut-être un peu flatteur.

18/04/2016 (modifier)
Couverture de la série Le Sang de la vigne
Le Sang de la vigne

Ces 2 albums m'ont bien plu, et certains vont sans doute croire que j'ai le coup de coeur parce que ça se passe dans ma région, aux portes de chez moi... c'est peut-être pas faux, en tout cas j'ignorais qu'il s'agissait d'une adaptation de série TV, je n'ai jamais vu cette série avec Arditi. Corbeyran replonge dans le vin, mais l'expérience acquise sur Châteaux Bordeaux lui permet de varier un peu son propos. Cette fois, il n'est plus question de suivre les affres d'une proprio d'exploitation viticole, c'est de l'investigation proche d'une enquête policière, avec toujours quelques détails techniques sans faille, ça en jette et ça rend crédible le scénario qui s'inspire de problèmes plausibles que peut rencontrer un exploitant. Cette fois, Corbeyran situe ses histoires dans d'autres cépages tout aussi prestigieux que le Médoc de Châteaux Bordeaux, puisqu'il s'agit des Graves, avec Haut-Brion, fleuron de ce cépage situé entre Bordeaux, Mérignac et Pessac, et du Sauternais, où le Yquem est probablement la Rolls Royce des vins liquoreux, et même de tous les vins de Bordeaux réunis (encore que le Pétrus n'est pas mal non plus) ; certains se damneraient pour un Yquem, je crois que c'est le vin le plus cher du monde, l'un des plus réputés en tout cas, avec sa fameuse "pourriture noble". Tout ceci m'est familier, je connais les lieux, j'ai donc pris un plaisir particulier à lire cette série qui opte pour une histoire par tome, ce qui oblige Corbeyran à condenser un peu plus son intrigue, à resserrer des trucs. Mais c'est suffisant pour capter l'attention , le tome 1 se révèle d'ailleurs un bon exercice avec une narration très linéaire, qui met bien en bouche si je puis m'exprimer ainsi, et pourvu de quelques personnages pittoresques comme ce sympathique ivrogne en péniche qui lors d'une scène assez longue, verse dans le discours ironique et réfractaire aux projets urbanistiques qui déforment le paysage ; j'ai bien apprécié ce passage où en plus, le héros oenologue se détraque l'estomac avec une vinasse en brique plastique. On se demande au départ ce que cette histoire de trumeau vient faire dans cette intrigue criminelle, pour s'apercevoir ensuite que c'est lié au fond du sujet, Corbeyran est donc très habile, tout en n'omettant pas de ci, de là de rappeler de petits détails pour typer la vie bordelaise, comme les cannelés ou les lamproies, 2 des spécialités culinaires de la ville. Comme l'a fait Espé sur Châteaux Bordeaux, Sandro (que j'avais d'ailleurs rencontré lors d'un petit festival BD axé sur le vin) a dû dessiner tous les lieux girondins d'après photos, que ce soit les rues bordelaises, avec le Noailles, l'un des restos les plus sélects de Bordeaux, les allées de Tourny, la base sous-marine, le château d'Yquem... tout est parfaitement reproduit (et même le célèbre pont Valentré de Cahors). Le château des Moniales Haut-Brion est cependant dessiné d'après un combiné de plusieurs châteaux bordelais, car je doute que ce domaine existe vraiment, Corbeyran évitant ainsi d'impliquer un vrai château. Du bon job graphique donc, dommage que sur la vue aérienne de la citadelle de Blaye, Sandro ait oublié la fameuse échauguette qui donne son nom au vignoble de l'Echauguette, mais on peut lui pardonner... L'essentiel est d'avoir une Bd au contexte crédible, avec des personnages intéressants, aux intrigues bien ficelées, et où tout est rondement mené, c'est très sympa, et je suis partant pour en lire d'autres dès qu'il y en aura, car là, la bibliothèque de Bordeaux est obligée de les avoir... mais je pourrai tout aussi bien les acheter.

18/04/2016 (modifier)
Couverture de la série Neandertal
Neandertal

Voilà ! J'hésitais un peu sur la note, parce que je réserve le 5 étoiles uniquement aux bandes dessinées exceptionnelles , mythiques ou qui ont marqué, genre Tintin, Astérix, Blueberry, Buddy Longway, Le Prince de la nuit, etc... mais dans le cas présent, je suis quand même partisan de décerner la note maximale à celle-ci qui m'a pleinement enthousiasmé ; mon vif intérêt pour la Préhistoire n'y est bien sûr pas étranger. Cette série en triptyque se présente avant tout comme un grand récit d'aventure, mais aussi comme une tentative fidèle de reconstitution de la vie de ces hommes des cavernes qui nous sont si mal connus. La Bd est en effet basée sur un important travail de documentation, Roudier tente plusieurs approches dans différents domaines : une restitution plausible du physique des Néandertaliens, respectant ainsi les connaissances archéologiques actuelles, de même que les sépultures, les postures des défunts dans les tombes sont conformes (d'après les découvertes archéologiques, on en voit au Musée d'Aquitaine à Bordeaux et au Musée National de Préhistoire aux Eyzies d'après des tombes trouvées en Dordogne), une bonne représentation du cheptel préhistorique (mammouths laineux, aurochs, bisons, hyènes, chevaux...), les techniques d'outillage ou de chasse... Tout ceci fait partie d'un travail minutieux. Les périls et les épreuves auxquels sont confrontés les protagonistes dans cette Préhistoire terrifiante, sont aussi le reflet des dangers bien réels que pouvaient rencontrer nos lointains ancêtres. Comme dans La Guerre du Feu (Delcourt), Roudier s'attache à rendre une Préhistoire crédible, avec un texte très verbeux et littéraire entrecoupé de quelques pages muettes pour reposer le lecteur de ces dialogues abondants. Mais contrairement à La Guerre du Feu (Delcourt), Roudier n'est pas tenu de suivre un roman à la lettre, il est libre et imagine ici une aventure qui aurait très bien pu se produire il y a 500 000 ans, tout en s'essayant à une tentative de vulgarisation scientifique. Ce que le roman suggère, l'image a la faculté de rendre immédiatement accessible ce qui est parfois difficile à concevoir en description. Ce qui est intéressant, c'est l'idée de véhiculer une image différente du Néandertalien longtemps considéré comme une brute émettant des borborygmes ; Roudier leur donne un langage en s'appuyant sur des découvertes scientifiques et cherche à faire évoluer l'image qu'on s'est longtemps fait de ce cousin disparu mystérieusement il y a 30 000 ans. Ces gars ont quand même décoré des cavernes de peintures rupestres, c'était loin d'être des bêtes... De plus, j'ai apprécié l'étincelle d'espoir dont ces hommes de tribus différentes font preuve pour s'entraider et partager leur savoir, plutôt que de s'affronter, c'est un premier signe de fraternité humaine ; de même que le champ du surnaturel est ici restreint, il n'y a pas de pouvoirs magiques ou d'animaux qui parlent comme dans Vo'Hounâ. Tout ceci fait de cette Bd une incontestable réussite dans son genre, par sa crédibilité, son épopée aventureuse captivante, ses personnages attachants, servie par un dessin toujours aussi impeccable qui là aussi restitue les décors sauvages de plaine, forêts, grottes, abris sous roche tels qu'ils ont pu être dans ces temps reculés. Une Bd qui a satisfait pleinement mon attente et ma passion de la Préhistoire.

18/04/2016 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Watertown
Watertown

Un polar avec une ambiance qui m'a un peu rappelé Hitchcock. L'intrigue est prenante. L'auteur reprend plusieurs codes du polar et les utilise bien (surtout que les révélations finales sont surprenantes). Le personnage principal est attachant et j'ai eu du plaisir à le regarder faire son enquête. J'ai lu l'histoire d'une traite tellement je voulais savoir la réponse du mystère. La narration est fluide et cela se lit très bien et même un peu vite pour un album avec autant de pages. Il faut dire que les cases sont grandes. J'ai bien aimé le dessin. Le style retranscrit bien une ambiance de polar et le fait que les cases soient grandes fait en sorte qu'on peut admirer facilement le dessin. Un bon polar à lire si on aime le genre et les histoires un peu différentes.

17/04/2016 (modifier)
Couverture de la série Marco Polo (Glénat)
Marco Polo (Glénat)

Les écrits de Marco Polo ont semblé tellement invraisemblables (pour son époque) qu'on eut peine à croire qu'il ait réellement vécu ce qu'ils racontaient sans avoir été enjolivés, mais après tout, peu importe, il fut le premier à décrire ce voyage fabuleux au XIIIème siècle, même s'il a fait appel à son imagination, et c'est ce qui est important. Il a donné envie à des suiveurs de l'imiter, de partir sur ses traces comme l'ont démontré de nombreuses expéditions. Et ça commence d'ailleurs dans l'exagération en ce début d'album avec ces monstres marins, tout simplement parce qu'à cette époque, l'homme était encore ignorant de beaucoup de choses et croyait au diable, donc aux bêtes fabuleuses qui symbolisaient des dangers qu'on ne savait pas expliquer et surmonter. Ces monstres, ces sirènes, ces créatures fabuleuses ont contribué à faire douter du récit de Polo. Ce qui compte dans ce diptyque, c'est la merveilleuse aventure qu'elle représente, semée de périls, avec bien des épreuves, peu importe que tout soit authentique ou non, c'est un beau livre d'images propice au support BD, comme ça a pu être déjà conté au cinéma, c'est forcément romancé pour captiver le lecteur et pour évoquer l'épopée vers Cathay, Cipango et la route de la soie... c'est le début des grandes découvertes. Le postulat des auteurs est basé là-dessus, c'est donc destiné avant tout à divertir tout en contant un parcours plausible, et ça rejoint pas mal de documentaires que j'ai pu lire ou voir en télé sur Marco Polo. De toute façon, les dossiers de fin d'albums sont suffisamment instructifs pour démêler le vrai du faux. Le dessin est plaisant, j'ai tout de suite accroché car j'aime ce type de graphisme sur ce genre de Bd historique, qui met bien en valeur les temps anciens par la richesse des décors et le trait précis. J'ai apprécié aussi quelques belles double pages. Je n'ai relevé qu'une petite erreur anachronique, lorsque Marco dit "A coeur vaillant, rien d'impossible" ; c'était la devise de Jacques Coeur, grand argentier de Charles VII, qui était un proverbe courant mais apparu seulement au XVème siècle. Voici donc une belle réussite dans cette collection Explora, qui à défaut d'être vraiment d'une certaine véracité, est très divertissante.

15/04/2016 (modifier)
Couverture de la série Cet été-là
Cet été-là

J’ai trouvé le propos de cet album d’une finesse extrême. Via ce qui pourrait paraître n’être que de simples souvenirs de vacances, ce sont des questions délicates qui sont abordées au fil des planches. La copine retrouvée le temps des vacances et ce sont l’identité sexuelle et l’image de soi qui sont abordés. Le sympathique loueur de vidéo permettra d’observer la subjectivité du regard amoureux tout en créant une intrigue autour du déni de sale gueule. Une tension palpable dans la famille permettra d’aborder les dégâts causés par l’absence de communication. Une attirance pour les films d'épouvante, et ce sont les étranges fascinations de l'adolescence qui ressortent (et une bonne manière d'apporter un peu d'humour et de légèreté supplémentaire au récit... qui n'en manque pourtant jamais malgré les sujets abordés). Chaque thème est traité sans précipitation aucune, ni manichéisme. Les personnages sont vrais et il nous faudra du temps pour bien les cerner. Les non-dits sont nombreux et le lecteur devra souvent s'interroger sur les raisons d'un silence, d'un regard, d'une fuite. Heureusement, l’album est copieux (320 pages) et permet donc aux deux auteures d’opérer par petites touches. Du coup, certains auront le sentiment qu’il ne se passe rien. Pourtant, à titre personnel, j’ai trouvé que chaque page apportait un élément nouveau au récit. Rien n’est gratuit mais rien n’est spectaculaire. Cet album, c’est simple et beau comme un bourgeon qui éclot. A vous de voir si vous êtes prêts à passer le temps nécessaire pour assister à l’épanouissement (et cette image de me rappeler que le thème central du livre est la perte d’innocence). Le dessin, dans son style réaliste et épuré, est d’une grande efficacité. Le trait est net, les personnages sont bien typés. Les décors sont facilement identifiables. Les cadrages visent l’efficacité plutôt que l’effet de manche. Tout contribue à une lecture fluide et plaisante. Du pur roman graphique… mais du roman graphique de très grande qualité ! Et puis bon ! Quand on mentionne 'Rush' dans le récit et dans les remerciements, on touche une corde sensible à mon coeur (et oui, cela a peut-être influencé ma note... c'est con mais c'est comme ça... et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si j'ai attendu mon 2112ème avis pour dire tout le bien que je pensais de cet album ;) )

14/04/2016 (modifier)