Réécriture d’un de mes premiers avis sur un album que je viens de relire et qui mérite à mon sens davantage d’exposition.
Gilgamesh est aujourd’hui bien connu des passionnés de mythologie et autres férus de grandes gestes héroïques. Ce grand roi-guerrier ayant peut-être réellement existé, figure la plus ancienne recensée au panthéon des héros mythologiques, était forcément appelé un moment ou un autre à avoir son adaptation en bande-dessinée. Histoire fondatrice (dans sa quête d’immortalité Gilgamesh était supposé rencontrer Ziusudra, dernier survivant antédiluvien), personnages égéries (la colère de Gilgamesh a pu inspirer celle d’Achille, son frère-ami Enkidu s’attribuant le rôle de catalyseur comme Patrocle, les exploits accomplis ne sont pas sans rappeler ceux d’Héraclès et Orphée) ; il y a là le terreau propice à l’écriture d’une grande aventure de fantasy.
La Myth Fantasy est ce sous-genre nouveau pour raconter de façon romancée les récits mythologiques antiques, qu’ils soient scandinaves, grecques, assyro-babylonien, égyptiens, celtes, ou encore issus des Eddas ou du Mahabharata. Dans sa trilogie Siegfried, Alex Alice a tenté (brillamment) de revenir au parcours du héros mythologique dans sa forme la plus pure et essentielle, telle que l’avait définie Joseph Campbell dans son essai sur le monomythe, Le Héros aux mille et un visages, et on retrouve pas mal de cet aspect là ici, à la différence que L’Épopée de Gilgamesh se révèle beaucoup moins poétique et sans la musique entraînante de Richard Wagner. Julien Blondel en grand passionné de jeux de rôle, connaît son affaire, on le sent davantage inspiré par le film Conan de John Milius et, pourquoi pas, par sa bande originale de Basil Poledouris. À un récit plein de fureur, de soldats aux muscles hypertrophiés, de sang et de sexe, se déroulant à une époque archaïque, il lui fallait des images et des sons imprimant ce sentiment de brutalité primale, à la fois énergique et intrépide.
C’est pour tout cela que je pense que ce tome unique mérite le coup d’œil. Malgré le fait qu’on n’aura jamais la partie sur le voyage initiatique du héros mésopotamien, son combat contre le monstre Humbaba (que j’imaginais bien dessiné en Lammasu), la mort d’Enkidu, la descente aux enfers ou qu’importe ce que Blondel nous réservait ; Le Trône d’Uruk possède un côté hyper immersif où le lecteur est plongé sans tour de chauffe en pleine bataille, la mise en place est bonne avec un protagoniste arrogant et suffisant qui devra par la suite apprendre l’humilité, le style n’est pas lourd et pompeux comme peuvent l’être nombre de récits heroic fantasy abusant de la narration à la troisième personne, le panthéon sumérien a été allégé pour bien coller à ce côté retour aux sources, et j’ai bien aimé l’idée de confondre en une seule entité la déesse Innana et sa prêtresse Ishtar.
La BD aurait marché parce que les auteurs savent ce qu’ils font. Alain Brion est un formidable illustrateur au style immédiatement reconnaissable et qui a œuvré sur un très grand nombre de couvertures de romans SFF (Rhââ les intégrales d’Imaro et du Lion de Macédoine sans oublier Thongor ! ). Je ne saurai classifier sa technique, mais son style réaliste exécuté à l’informatique à un quelque chose de très illustratif auquel je ne suis pas fan d’habitude en bande-dessinée. Néanmoins ici cela passe formidablement bien, les plans sont larges et renforce le côté contemplatif de certaines scènes, tout en gardant de la fluidité et la sensation de lire une BD et non pas un truc figé qui vous laisse froid. Et je crois que c’est le gros point fort de cet artiste : ses couleurs très variées assorties aux différents lieux, ses ambiances où il suffit parfois d’une seule case, le côté généreux de l’artiste qui en met plein la vue au lecteur jamais rassasié, ses inspirations fantasmagoriques qu’on pourrait penser issues de l’imaginaire Warhammer ou de Frank Frazetta (les taureaux qui tirent le char de Gilgamesh, les ours de guerre) ; tout cela fait de Brion un dessinateur prédisposé à ce genre d’histoire.
Alors n’étant pas dans le secret des dieux, je ne sais pour quelle raison la série a été arrêtée (probablement les ventes…), mais c’est certainement la série fantasy sur laquelle on aura le plus de regret de ne pas avoir eu la suite. En tout cas Alain Brion n’en tiendra pas rigueur à Soleil puisqu’il dessine maintenant un autre grand espoir de la fantasy, cette fois arthurien avec Excalibur - Chroniques. Julien Blondel poursuit lui son bonhomme de chemin puisqu’il est le scénariste principal de mon plus gros coup de cœur bd fantasy de ces dernières années : Elric (Glénat).
« L’Histoire commence à Sumer ». Samuel Noah Kramer.
Voilà pas mal de temps que j’avais envie de me plonger dans cette série, dont j’avais entendu dire pas mal de bien – même si tous les avis glanés ici ou là n’étaient pas enthousiastes !
Voilà chose faite, et je dois dire que, malgré quelques petits bémols, je suis très content de ma lecture.
Pour le coup de cœur, c’est surtout le côté graphique qui m’a convaincu de le lui attribuer. En effet, le dessin est vraiment très beau, très détaillé, souvent minutieux, dans un décor mêlant le minimaliste et le grandiose (quelques accointances avec Les Cités obscures ou certains décors de MAM pour les cités nécropoles qui s’élèvent vers des cieux improbables).
Liberge réussit la plupart du temps à distinguer chacun des squelettes, grâce aux rafistolages métalliques qui décorent leurs crânes (même si je concède avoir eu parfois quelques difficultés à les différencier).
Bref, je suis conquis par l’univers visuel, très original, aux tons sombres, c’est superbe !
L’histoire est censée se dérouler au purgatoire. Elle se laisse apprivoiser plus difficilement que le dessin. Toujours intéressante, elle est parfois obscure. Les deux premiers tomes se laissent lire facilement, mais j’ai dû prendre mon temps pour entrer dans l’intrigue. De belles pages aérées fluidifient la lecture.
A partir de la deuxième partie de la série, cela me semble s’étirer en longueur, mais c’est aussi plus dense. Beaucoup plus de dialogues, et j’avoue une lecture moins fluide, l’impression que cela aurait pu être raccourci. C’est un album riche, mais l’auteur prend le risque d’y perdre ses lecteurs.
La lecture de cette série est au final bien plus exigeante pour le lecteur que l’entame ne me l’avait laissé supposer. Il faut s’accrocher à cet univers mêlant poésie, mysticisme, prophétie et dérision.
J’ai lu la série dans la très belle intégrale parue récemment, qui prolonge les albums d’origine par quelques dessins pleines pages superbes, mais aussi par un entretien avec l’auteur donnant des clefs pour son travail et cette histoire de squelettes.
Une série à découvrir, qui mérite vraiment le détour, et pour laquelle il faut prévoir d’investir du temps.
Monsieur Oliver est un jeune aristocrate gâté par la vie, sa fortune en fait un des plus beaux partis de tout le royaume. Mais au lieu de faire un beau mariage, chaque nuit il préfère se vautrer dans la luxure dans les bas quartiers de Londres. Lisbeth est une servante parmi d'autres, elle n'est pas très belle et très différente de toutes celles que Monsieur a engrossées au retour d'une soirée trop arrosée. Lord Oliver fait d'elle, non une conquête de plus mais la confidente de sa vie de débauche. A mesure que Lisbeth découvre le vide existentiel de la vie de son maitre, elle commence à craindre pour son sort car cette "promotion" attise la colère de la hiérarchie du personnel de maison et l'expose aux pires mesquineries.
Exquise peinture des mœurs et de l'hypocrisie des rapports sociaux dans la société victorienne, "Monsieur désire?" est un solide récit psychologique aux savoureux dialogues.
J'ai vraiment adoré cette bande dessinée. Tout d'abord le dessin est magnifique, il possède une élégance, un côté pictural extrêmement plaisant. Il donne dans un charme rétro un peu suranné qui pourrait évoquer l'univers des peintures d'Hopper.
Par ailleurs, l'intrigue est très romanesque, on est réellement plongé dans la psychologie du personne principal, on partage ses obsessions et ses interrogations. Je ne peux rien dire sur la chute de l'intrigue sans spoiler. Je peux juste vous dire qu'il s'agit d'une enquête passionnante et d'une expérience de lecture déroutante, moderne et délicieuse.
Avis aux posteurs précédents j'ai la chance de n'avoir pas lu la même version que vous.
Je m'explique; baguenaudant de ci de là dans la grande bulle d'Angoulême en compagnie du camarade PAco j'avise les couvertures colorisées et accrocheuses de la dite série. Le bougre m'en dit le plus grand bien et faisant quelques pas de plus je vois, sur le stand des éditions "Snorgleux",( le nom déjà est tout un programme), le dessinateur du fameux BirthRight qui dédicace l'objet mais en intégrale, grand format, et dans un somptueux noir et blanc. Du coup, après un feuilletage rapide, je m'insère subrepticement dans la file afin moi aussi de décrocher le petit dessin qui va bien.
Andrei Bressan le dessinateur est pour moi un parfait inconnu, mais quel coup de patte me dis je in petto en attendant mon tour, un trait vigoureux, dynamique qui convient parfaitement tant pour les séquences se déroulant à notre époque que celles se passant dans le monde de Terrenos. Alors attention à la vue de certaines planches quelques esprits chafouins pourraient se dire encore un truc mâtiné d'Héroic Fantasy donc réservé aux bourrins accrocs de la chose. Hop là messieurs dames, ici les chose sont bien plus malignes que ça.
Grâce à la construction du récit qui nous fait passer d'un monde à l'autre, oui l'idée n'est pas neuve mais ici fort bien agencée et la magie opère, l'ensemble est donc fluide, prenant et personnellement je n'ai pas lâché l'affaire après avoir commencé.
C'est aussi cela la magie d'Angoulême, pouvoir se laisser happer par un truc imprévisible qui au final se révèle pour moi excellent. Si comme moi vous êtes amateurs de Fantasy intelligente, n'hésitez pas un instant, les réserves des autres avis sur la colorisation de l'autre version me conforte dans mon achat coup de cœur et qui une fois la lecture achevée en devient aussi un pour cet avis.
Boisserie et Stalner se retrouvent après La Croix de Cazenac pour un sujet très fort, sur les guerres de Religion, mais au contraire de Les Chemins de Malefosse qui brassait une période plus étalée, ils centrent leur récit sur cette Saint-Barthélémy qui a ravagé les rues de Paris en aout 1572, pour l'un des plus effroyables massacres de cette période en France. La Bd aborde aussi le sujet de façon beaucoup plus construite que ce que j'ai pu lire dans la série Vécu de chez Glénat intitulée Le Chevalier, la Mort et le Diable qui bien qu'intéressante, n'était pas sans quelques défauts narratifs, mais elle vise surtout le grand début de ce massacre religieux entre papistes et huguenots, et aussi ce qui m'a intéressé, c'est que les auteurs évoquent les vrais débuts de ce conflit sanglant avec le massacre de Wassy par les Guise, ainsi que la bataille de Jarnac où Condé trouva la mort.
On sent toute la haine exacerbée par les 2 factions, et on comprend que la Saint-Barthélémy est le massacre emblématique de cette sombre période, avec une Catherine de Médicis plus dure et plus déterminée que dans d'autres Bd sur le sujet, on sent sa volonté à annihiler le parti huguenot.
Quelques épisodes célèbres sont montrés, comme l'attentat contre Coligny qui le blessa à l'épaule, puis sa mort atroce cette fameuse nuit de la Saint-Barthélémy, également les paroles choc du faible Charles IX entièrement sous le contrôle de sa mère, "Tuez-les tous pour qu'il n'en reste pas un pour me le reprocher"... de même qu'on assiste à cette vague de violence frénétique, une véritable boucherie dans les rues de Paris comme au Louvre, à peu près semblable à ce que l'on voit dans le film "la Reine Margot" en 1993 ; je ne serais pas étonné d'apprendre que Stalner s'en est inspiré pour certaines scènes.
Pour éviter le côté trop didactique de ce sujet horrible mais passionnant pour l'amateur d'Histoire que je suis, les auteurs content ce récit à travers un jeune hobereau provincial, Elie de Sauveterre, qui recherche son jeune frère et sa soeur enlevés tous deux par les papistes ; son combat se mêle à celui de la Saint-Barthélémy, et je subodore que pour lui, la quête n'est pas finie, donc rendez-vous au tome 2 qui promet d'être captivant. Quand en plus, c'est dessiné par Stalner dont j'aime beaucoup le style graphique, ayant suivi toutes ses séries, je ne peux que me réjouir. Il se surpasse littéralement ici, où son dessin d'une finesse et d'une précision impeccables, magnifie aussi bien les décors, les édifices, les costumes, les petits détails que les visages des personnages, bref un vrai régal graphique et narratif.
Le label 619 est souvent synonyme de qualité à mes yeux. Cette collection menée par Run, le créateur de Mutafukaz promet souvent des œuvres décalées et originales comme ce fut le cas avec "Rocakbilly Zombie Superstar" et surtout Freaks' Squeele sans oublier la série culte de Run.
Aussi quand Ankama laisse carte blanche aux créateurs des Lascars et que les avis positifs fusent comme des suppositoires ici même forcément ça titille ma curiosité alors que la référence des auteurs, à savoir la série télé Les Lascars me laisse de glace.
Et j’ai bien fait car ce Monkey Bizness sortant de nulle part pour atterrir sur ma bibliothèque y a tout à fait sa place tant le coté décalé, trash et second degré sont devenus des évidences à mes yeux !
Mais ça parle de quoi ? En fait imaginez un monde dévasté par la fameuse bombe nucléaire inversant les roles dans l’évolution de Darwin ! Les quelques êtres humains survivants sont revenus à l’état primitif et vivent comme des betes sauvages dans la nature alors que les animaux ont vu leur intelligence se développer et ont investi les lieux civilisés.
Ce postulat complètement foutraque peint juste le décor dont l’intérêt est ailleurs étant donné que tous les anciens habitants des zoos sont devenus aussi stupides que leurs modèles humains !!!
On va s’intéresser dans tout ça à un babouin alcoolique et un gorille aimant le cigare, hommes de main à leur compte et glandeurs reconnus vivant de menus larcins.. Ils vivent en parfaite harmonie avec eux-mêmes et n’ont aucun tabou : meurtres, magouille tout y passe dans un délicieux fumet trash sur des petites histoires courtes prêtant à rire et à sourire.
Il y a aussi cet astronaute humain qui atterrit sur terre pensant être sur une autre planète et dont les origines nous seront révélées dans un flash back hilarant ! Et l’histoire de la prison où nos deux macaques se jouent des différentes communautés dans une explosion de machoires….
Le hic c’est le dessin. A peine maîtrisé et à la main levée dans un style animalier lorgnant davantage sur les blogs que la ligne claire ou comics. Il sied finalement bien aux propos qu’il met en œuvre mais est difficile à déchiffrer au début. La colorisation est par contre magnifique avec de beaux effets bichromiques… Ce qui est incroyable c'est que dès le tome 2, le découpage est encore plus maitrisé et dynamique. On y gagne en fluidité pour se retrouver avec un film d'animation entre les mains !
Par contre et outre le dessin, la vulgarité et la violence des propos ne plairont clairement pas à tout le monde. Certaines situations vont parfois assez loin dans le scabreux mais à condition de prendre tout ceci au 3ème degré on risque davantage de passer un excellent moment de divertissement que d’en sorti horrifié ou choqué ! Après tout ce n’est pas Preacher :)
Une excellente friandise qui prouve à elle toute seule la bonne santé d’une certaine bd indépendante qui a compris et digéré les erreurs des œuvres style Echo des Savanes en y injectant une bonne dose de créativité et de sang neuf…
Tout à tour Buddy Movie, farce Trash plutôt osée, défouloir façon Tarantinesque, voyage dans le temps subtil et culotté, Eldiablo et Pozla viennent de créer sans le vouloir ce qui se fait de mieux en Franco-Belge.
Définitivement indispensable !
Quel plaisir ce fut pour moi de retrouver cet album qui m'avait marqué durant ma jeunesse. Ce fut pour longtemps la seule histoire de Spider-Man en BD que j'ai lu avant que Panini Comics édite les intégrales.
Cette histoire est deux parties est selon moi la meilleure histoire du duo qui a créé Spider-Man: Steve Ditko et Stan Lee. On retrouve le Bouffon Vert à l'époque où son identité était encore secrète. D'ailleurs, il faudra encore une dizaine de numéros avant que Norman Osborn ne soit réellement introduit (avant il faisait quelques apparitions comme un ami riche sans nom de JJJ). Le bouffon Vert s'est allié avec un autre criminel masqué le Maître du crime, mais ce dernier a décidé de faire cavalier seul. En prime, le journaliste Frederick Foswell qui a déjà été un criminel masqué à la tête d'un gang agit de manière étrange et semble cacher quelque chose.
C'est donc une histoire de Spider-Man où le mystère domine. L'intrigue m'avait tenu en haleine lorsque j'étais petit et c'est encore le cas lorsque je suis adulte et que je connais toutes les solutions. J'ai dû relire cette histoire une bonne dizaine de fois (que ce soit dans cet album ou dans l'intégrale de Spider-Man) et je ressens toujours les mêmes émotions. C'est le genre d'histoire que je peux relire en gardant mon plaisir intact. Le récit est assez peu conventionnel pour l'époque. La seconde partie commence par une bagarre qui dure quelques pages et le reste est un peu plus un récit policer où on trouve la solution aux différentes énigmes. C'est différent du récit typique de super-héros où ça se termine dans une bataille où le héros vainc le méchant.
Le dessin de Ditko est excellent. Il sait créer une ambiance parfaite pour Spider-Man. Je regrette que la couverture reprenne un dessin de Romita Sr d'une autre histoire avec le bouffon Vert. C'est complètement hors sujet et donne une fausse idée de ce que l'on retrouve à l'intérieur. La traduction peut faire peu vieillot comparé à la qualité d'aujourd'hui (Spider-Man est appelé L'araignée par exemple).
Il est à noter qu'on retrouve aussi comme bonus l'histoire sur les origines de Docteur Strange et c'est sympathique.
Voilà une éternité que j’attendais le second tome de cet opus. Le temps semblait s’écouler à un rythme aussi lent que celui des 1001 nuits. Et puis l’anonymat de ces parutions dans la horde fit que je ne vis pas le second tome. Je craignais l’abandon voire l'infini devoir d'attendre 1001 jours avant de mériter un tome 2. Ma fille de 5 ans qui avait vu le tome 1 à sa sortie avait été marqué par les images, elle me le demande régulièrement pour le feuilleter et même le montrer à ses copines. A chaque fois, il fallait expliquer que le tome 2 allait peut être sortir, et soudain au détour d’une recherche je l’ai vu.
Evidemment non disponible, il fallut commander et ré-attendre mais cette fois ci c’était une histoire de jours et plus question de douter sur un abandon.
Il arrive que trop attendre fait monter trop de pression et engendre une déception lorsque l’objet chéri apparait finalement accessible, ce fut un peu le cas ici, mais entrons dans le vif du sujet puisque je vois que même en ces lieux de qualité cette série est passé inaperçue, il faut vite réparer et cela va me faire sortir de la retraite pour prendre la plume comme au plus beau jour.
Hasib, c’est un DavidB en pleine forme et possession de sa technique qui s’approprie le Conte de Hâsib Karîm ad-Dîm. Les codes du récit initial restent présents et j’ai pu retrouver le mélange d’émerveillement, de naïveté, de simplicité, lié au mode narratif originel. Evidemment il ne faut pas chercher une intrigue contemporaine et tout ceci peut paraitre de prime abord naïf, probablement même est ce dû au choix de la collection jeunesse par l’éditeur, mais ne nous trompons pas, tout le talent de David B pour transmettre le monde intérieur d’un personnage à son lecteur déjà vu dans L'Ascension du Haut Mal se magnifie ici par une couleur extraordinaire.
Voilà la clé, évidemment qu’il n’y aura pas de surprise dans l’histoire, mais quel voyage en ouvrant l’album, quelle claque visuelle l’auteur nous met en tête. Le tome 1 m’a totalement annihilé, épuisé, vidé. Je me souviens qu’après la première lecture j’étais totalement incapable de bouger de mon fauteuil comme si c’était moi qui avait enduré les milles aventures toutes plus effrayantes, physiques, merveilleuses et épouvantables que je venais de lire. Les détails fourmillent, les références pullulent et surtout la technique narrative de la mise en page de David B trouve ici toute sa pertinence avec les djinn. Les couleurs nous explosent les pupilles et font vivre les fantasmes et mythes qu’ils représentent. La force du tome 1 réside dans le foisonnement parfaitement maitrisé pour une lecture fluide sans ennui magnifié par une mise en page extraordinaire servi par une mise en couleur envoutante. Que demander de plus ! Je mettrai sans aucun doute à ce tome 1
Et vient le tome 2 après tant d’attente, tous les ingrédients reviennent en bouche dès la couverture, un cocktail de références culturelles émaillent la lecture adulte avec des emprunts aux mythes des Amériques maya et amérindiennes. Et pourtant quelque chose manque, un petit je ne sais quoi qui a rendu ma lecture moins passionnante que le premier tome, un petit peu comme si alors que le premier tome était un ru de montagne virevoltant sortant de son lit pour aller taquiner les éléments alentours, celui-ci était maintenant plus sage et moins impertinent. Certes nous sommes toujours très au-dessus du niveau moyen de qualité des sorties hebdomadaires, mais nous ne sommes plus face à un chef d’œuvre, seulement un bon opus qui finit trop vite.
Au final comment envisager l’ensemble, le tome 1 me semble un chef d’œuvre de sensibilité et de narration grâce à un graphisme sublime qui rend une histoire classique sublime, le tome 2 poursuit le rêve mais on sent qu’il va s’achever un peu trop vite, que notre envolée si puissante et agréable va nous ramener trop vite dans notre quotidien et que la dernière page sera trop vite tournée. Encore oserais-je réclamer, nous n’en sommes qu’à la 498eme nuit pourrais on continuer le plaisir !
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L'Epopée de Gilgamesh
Réécriture d’un de mes premiers avis sur un album que je viens de relire et qui mérite à mon sens davantage d’exposition. Gilgamesh est aujourd’hui bien connu des passionnés de mythologie et autres férus de grandes gestes héroïques. Ce grand roi-guerrier ayant peut-être réellement existé, figure la plus ancienne recensée au panthéon des héros mythologiques, était forcément appelé un moment ou un autre à avoir son adaptation en bande-dessinée. Histoire fondatrice (dans sa quête d’immortalité Gilgamesh était supposé rencontrer Ziusudra, dernier survivant antédiluvien), personnages égéries (la colère de Gilgamesh a pu inspirer celle d’Achille, son frère-ami Enkidu s’attribuant le rôle de catalyseur comme Patrocle, les exploits accomplis ne sont pas sans rappeler ceux d’Héraclès et Orphée) ; il y a là le terreau propice à l’écriture d’une grande aventure de fantasy. La Myth Fantasy est ce sous-genre nouveau pour raconter de façon romancée les récits mythologiques antiques, qu’ils soient scandinaves, grecques, assyro-babylonien, égyptiens, celtes, ou encore issus des Eddas ou du Mahabharata. Dans sa trilogie Siegfried, Alex Alice a tenté (brillamment) de revenir au parcours du héros mythologique dans sa forme la plus pure et essentielle, telle que l’avait définie Joseph Campbell dans son essai sur le monomythe, Le Héros aux mille et un visages, et on retrouve pas mal de cet aspect là ici, à la différence que L’Épopée de Gilgamesh se révèle beaucoup moins poétique et sans la musique entraînante de Richard Wagner. Julien Blondel en grand passionné de jeux de rôle, connaît son affaire, on le sent davantage inspiré par le film Conan de John Milius et, pourquoi pas, par sa bande originale de Basil Poledouris. À un récit plein de fureur, de soldats aux muscles hypertrophiés, de sang et de sexe, se déroulant à une époque archaïque, il lui fallait des images et des sons imprimant ce sentiment de brutalité primale, à la fois énergique et intrépide. C’est pour tout cela que je pense que ce tome unique mérite le coup d’œil. Malgré le fait qu’on n’aura jamais la partie sur le voyage initiatique du héros mésopotamien, son combat contre le monstre Humbaba (que j’imaginais bien dessiné en Lammasu), la mort d’Enkidu, la descente aux enfers ou qu’importe ce que Blondel nous réservait ; Le Trône d’Uruk possède un côté hyper immersif où le lecteur est plongé sans tour de chauffe en pleine bataille, la mise en place est bonne avec un protagoniste arrogant et suffisant qui devra par la suite apprendre l’humilité, le style n’est pas lourd et pompeux comme peuvent l’être nombre de récits heroic fantasy abusant de la narration à la troisième personne, le panthéon sumérien a été allégé pour bien coller à ce côté retour aux sources, et j’ai bien aimé l’idée de confondre en une seule entité la déesse Innana et sa prêtresse Ishtar. La BD aurait marché parce que les auteurs savent ce qu’ils font. Alain Brion est un formidable illustrateur au style immédiatement reconnaissable et qui a œuvré sur un très grand nombre de couvertures de romans SFF (Rhââ les intégrales d’Imaro et du Lion de Macédoine sans oublier Thongor ! ). Je ne saurai classifier sa technique, mais son style réaliste exécuté à l’informatique à un quelque chose de très illustratif auquel je ne suis pas fan d’habitude en bande-dessinée. Néanmoins ici cela passe formidablement bien, les plans sont larges et renforce le côté contemplatif de certaines scènes, tout en gardant de la fluidité et la sensation de lire une BD et non pas un truc figé qui vous laisse froid. Et je crois que c’est le gros point fort de cet artiste : ses couleurs très variées assorties aux différents lieux, ses ambiances où il suffit parfois d’une seule case, le côté généreux de l’artiste qui en met plein la vue au lecteur jamais rassasié, ses inspirations fantasmagoriques qu’on pourrait penser issues de l’imaginaire Warhammer ou de Frank Frazetta (les taureaux qui tirent le char de Gilgamesh, les ours de guerre) ; tout cela fait de Brion un dessinateur prédisposé à ce genre d’histoire. Alors n’étant pas dans le secret des dieux, je ne sais pour quelle raison la série a été arrêtée (probablement les ventes…), mais c’est certainement la série fantasy sur laquelle on aura le plus de regret de ne pas avoir eu la suite. En tout cas Alain Brion n’en tiendra pas rigueur à Soleil puisqu’il dessine maintenant un autre grand espoir de la fantasy, cette fois arthurien avec Excalibur - Chroniques. Julien Blondel poursuit lui son bonhomme de chemin puisqu’il est le scénariste principal de mon plus gros coup de cœur bd fantasy de ces dernières années : Elric (Glénat). « L’Histoire commence à Sumer ». Samuel Noah Kramer.
Monsieur Mardi-Gras Descendres
Voilà pas mal de temps que j’avais envie de me plonger dans cette série, dont j’avais entendu dire pas mal de bien – même si tous les avis glanés ici ou là n’étaient pas enthousiastes ! Voilà chose faite, et je dois dire que, malgré quelques petits bémols, je suis très content de ma lecture. Pour le coup de cœur, c’est surtout le côté graphique qui m’a convaincu de le lui attribuer. En effet, le dessin est vraiment très beau, très détaillé, souvent minutieux, dans un décor mêlant le minimaliste et le grandiose (quelques accointances avec Les Cités obscures ou certains décors de MAM pour les cités nécropoles qui s’élèvent vers des cieux improbables). Liberge réussit la plupart du temps à distinguer chacun des squelettes, grâce aux rafistolages métalliques qui décorent leurs crânes (même si je concède avoir eu parfois quelques difficultés à les différencier). Bref, je suis conquis par l’univers visuel, très original, aux tons sombres, c’est superbe ! L’histoire est censée se dérouler au purgatoire. Elle se laisse apprivoiser plus difficilement que le dessin. Toujours intéressante, elle est parfois obscure. Les deux premiers tomes se laissent lire facilement, mais j’ai dû prendre mon temps pour entrer dans l’intrigue. De belles pages aérées fluidifient la lecture. A partir de la deuxième partie de la série, cela me semble s’étirer en longueur, mais c’est aussi plus dense. Beaucoup plus de dialogues, et j’avoue une lecture moins fluide, l’impression que cela aurait pu être raccourci. C’est un album riche, mais l’auteur prend le risque d’y perdre ses lecteurs. La lecture de cette série est au final bien plus exigeante pour le lecteur que l’entame ne me l’avait laissé supposer. Il faut s’accrocher à cet univers mêlant poésie, mysticisme, prophétie et dérision. J’ai lu la série dans la très belle intégrale parue récemment, qui prolonge les albums d’origine par quelques dessins pleines pages superbes, mais aussi par un entretien avec l’auteur donnant des clefs pour son travail et cette histoire de squelettes. Une série à découvrir, qui mérite vraiment le détour, et pour laquelle il faut prévoir d’investir du temps.
Monsieur désire ?
Monsieur Oliver est un jeune aristocrate gâté par la vie, sa fortune en fait un des plus beaux partis de tout le royaume. Mais au lieu de faire un beau mariage, chaque nuit il préfère se vautrer dans la luxure dans les bas quartiers de Londres. Lisbeth est une servante parmi d'autres, elle n'est pas très belle et très différente de toutes celles que Monsieur a engrossées au retour d'une soirée trop arrosée. Lord Oliver fait d'elle, non une conquête de plus mais la confidente de sa vie de débauche. A mesure que Lisbeth découvre le vide existentiel de la vie de son maitre, elle commence à craindre pour son sort car cette "promotion" attise la colère de la hiérarchie du personnel de maison et l'expose aux pires mesquineries. Exquise peinture des mœurs et de l'hypocrisie des rapports sociaux dans la société victorienne, "Monsieur désire?" est un solide récit psychologique aux savoureux dialogues.
Watertown
J'ai vraiment adoré cette bande dessinée. Tout d'abord le dessin est magnifique, il possède une élégance, un côté pictural extrêmement plaisant. Il donne dans un charme rétro un peu suranné qui pourrait évoquer l'univers des peintures d'Hopper. Par ailleurs, l'intrigue est très romanesque, on est réellement plongé dans la psychologie du personne principal, on partage ses obsessions et ses interrogations. Je ne peux rien dire sur la chute de l'intrigue sans spoiler. Je peux juste vous dire qu'il s'agit d'une enquête passionnante et d'une expérience de lecture déroutante, moderne et délicieuse.
Birthright
Avis aux posteurs précédents j'ai la chance de n'avoir pas lu la même version que vous. Je m'explique; baguenaudant de ci de là dans la grande bulle d'Angoulême en compagnie du camarade PAco j'avise les couvertures colorisées et accrocheuses de la dite série. Le bougre m'en dit le plus grand bien et faisant quelques pas de plus je vois, sur le stand des éditions "Snorgleux",( le nom déjà est tout un programme), le dessinateur du fameux BirthRight qui dédicace l'objet mais en intégrale, grand format, et dans un somptueux noir et blanc. Du coup, après un feuilletage rapide, je m'insère subrepticement dans la file afin moi aussi de décrocher le petit dessin qui va bien. Andrei Bressan le dessinateur est pour moi un parfait inconnu, mais quel coup de patte me dis je in petto en attendant mon tour, un trait vigoureux, dynamique qui convient parfaitement tant pour les séquences se déroulant à notre époque que celles se passant dans le monde de Terrenos. Alors attention à la vue de certaines planches quelques esprits chafouins pourraient se dire encore un truc mâtiné d'Héroic Fantasy donc réservé aux bourrins accrocs de la chose. Hop là messieurs dames, ici les chose sont bien plus malignes que ça. Grâce à la construction du récit qui nous fait passer d'un monde à l'autre, oui l'idée n'est pas neuve mais ici fort bien agencée et la magie opère, l'ensemble est donc fluide, prenant et personnellement je n'ai pas lâché l'affaire après avoir commencé. C'est aussi cela la magie d'Angoulême, pouvoir se laisser happer par un truc imprévisible qui au final se révèle pour moi excellent. Si comme moi vous êtes amateurs de Fantasy intelligente, n'hésitez pas un instant, les réserves des autres avis sur la colorisation de l'autre version me conforte dans mon achat coup de cœur et qui une fois la lecture achevée en devient aussi un pour cet avis.
Saint-Barthélémy
Boisserie et Stalner se retrouvent après La Croix de Cazenac pour un sujet très fort, sur les guerres de Religion, mais au contraire de Les Chemins de Malefosse qui brassait une période plus étalée, ils centrent leur récit sur cette Saint-Barthélémy qui a ravagé les rues de Paris en aout 1572, pour l'un des plus effroyables massacres de cette période en France. La Bd aborde aussi le sujet de façon beaucoup plus construite que ce que j'ai pu lire dans la série Vécu de chez Glénat intitulée Le Chevalier, la Mort et le Diable qui bien qu'intéressante, n'était pas sans quelques défauts narratifs, mais elle vise surtout le grand début de ce massacre religieux entre papistes et huguenots, et aussi ce qui m'a intéressé, c'est que les auteurs évoquent les vrais débuts de ce conflit sanglant avec le massacre de Wassy par les Guise, ainsi que la bataille de Jarnac où Condé trouva la mort. On sent toute la haine exacerbée par les 2 factions, et on comprend que la Saint-Barthélémy est le massacre emblématique de cette sombre période, avec une Catherine de Médicis plus dure et plus déterminée que dans d'autres Bd sur le sujet, on sent sa volonté à annihiler le parti huguenot. Quelques épisodes célèbres sont montrés, comme l'attentat contre Coligny qui le blessa à l'épaule, puis sa mort atroce cette fameuse nuit de la Saint-Barthélémy, également les paroles choc du faible Charles IX entièrement sous le contrôle de sa mère, "Tuez-les tous pour qu'il n'en reste pas un pour me le reprocher"... de même qu'on assiste à cette vague de violence frénétique, une véritable boucherie dans les rues de Paris comme au Louvre, à peu près semblable à ce que l'on voit dans le film "la Reine Margot" en 1993 ; je ne serais pas étonné d'apprendre que Stalner s'en est inspiré pour certaines scènes. Pour éviter le côté trop didactique de ce sujet horrible mais passionnant pour l'amateur d'Histoire que je suis, les auteurs content ce récit à travers un jeune hobereau provincial, Elie de Sauveterre, qui recherche son jeune frère et sa soeur enlevés tous deux par les papistes ; son combat se mêle à celui de la Saint-Barthélémy, et je subodore que pour lui, la quête n'est pas finie, donc rendez-vous au tome 2 qui promet d'être captivant. Quand en plus, c'est dessiné par Stalner dont j'aime beaucoup le style graphique, ayant suivi toutes ses séries, je ne peux que me réjouir. Il se surpasse littéralement ici, où son dessin d'une finesse et d'une précision impeccables, magnifie aussi bien les décors, les édifices, les costumes, les petits détails que les visages des personnages, bref un vrai régal graphique et narratif.
Monkey Bizness
Le label 619 est souvent synonyme de qualité à mes yeux. Cette collection menée par Run, le créateur de Mutafukaz promet souvent des œuvres décalées et originales comme ce fut le cas avec "Rocakbilly Zombie Superstar" et surtout Freaks' Squeele sans oublier la série culte de Run. Aussi quand Ankama laisse carte blanche aux créateurs des Lascars et que les avis positifs fusent comme des suppositoires ici même forcément ça titille ma curiosité alors que la référence des auteurs, à savoir la série télé Les Lascars me laisse de glace. Et j’ai bien fait car ce Monkey Bizness sortant de nulle part pour atterrir sur ma bibliothèque y a tout à fait sa place tant le coté décalé, trash et second degré sont devenus des évidences à mes yeux ! Mais ça parle de quoi ? En fait imaginez un monde dévasté par la fameuse bombe nucléaire inversant les roles dans l’évolution de Darwin ! Les quelques êtres humains survivants sont revenus à l’état primitif et vivent comme des betes sauvages dans la nature alors que les animaux ont vu leur intelligence se développer et ont investi les lieux civilisés. Ce postulat complètement foutraque peint juste le décor dont l’intérêt est ailleurs étant donné que tous les anciens habitants des zoos sont devenus aussi stupides que leurs modèles humains !!! On va s’intéresser dans tout ça à un babouin alcoolique et un gorille aimant le cigare, hommes de main à leur compte et glandeurs reconnus vivant de menus larcins.. Ils vivent en parfaite harmonie avec eux-mêmes et n’ont aucun tabou : meurtres, magouille tout y passe dans un délicieux fumet trash sur des petites histoires courtes prêtant à rire et à sourire. Il y a aussi cet astronaute humain qui atterrit sur terre pensant être sur une autre planète et dont les origines nous seront révélées dans un flash back hilarant ! Et l’histoire de la prison où nos deux macaques se jouent des différentes communautés dans une explosion de machoires…. Le hic c’est le dessin. A peine maîtrisé et à la main levée dans un style animalier lorgnant davantage sur les blogs que la ligne claire ou comics. Il sied finalement bien aux propos qu’il met en œuvre mais est difficile à déchiffrer au début. La colorisation est par contre magnifique avec de beaux effets bichromiques… Ce qui est incroyable c'est que dès le tome 2, le découpage est encore plus maitrisé et dynamique. On y gagne en fluidité pour se retrouver avec un film d'animation entre les mains ! Par contre et outre le dessin, la vulgarité et la violence des propos ne plairont clairement pas à tout le monde. Certaines situations vont parfois assez loin dans le scabreux mais à condition de prendre tout ceci au 3ème degré on risque davantage de passer un excellent moment de divertissement que d’en sorti horrifié ou choqué ! Après tout ce n’est pas Preacher :) Une excellente friandise qui prouve à elle toute seule la bonne santé d’une certaine bd indépendante qui a compris et digéré les erreurs des œuvres style Echo des Savanes en y injectant une bonne dose de créativité et de sang neuf… Tout à tour Buddy Movie, farce Trash plutôt osée, défouloir façon Tarantinesque, voyage dans le temps subtil et culotté, Eldiablo et Pozla viennent de créer sans le vouloir ce qui se fait de mieux en Franco-Belge. Définitivement indispensable !
Spider-Man - Ramenez-moi le Bouffon Vert
Quel plaisir ce fut pour moi de retrouver cet album qui m'avait marqué durant ma jeunesse. Ce fut pour longtemps la seule histoire de Spider-Man en BD que j'ai lu avant que Panini Comics édite les intégrales. Cette histoire est deux parties est selon moi la meilleure histoire du duo qui a créé Spider-Man: Steve Ditko et Stan Lee. On retrouve le Bouffon Vert à l'époque où son identité était encore secrète. D'ailleurs, il faudra encore une dizaine de numéros avant que Norman Osborn ne soit réellement introduit (avant il faisait quelques apparitions comme un ami riche sans nom de JJJ). Le bouffon Vert s'est allié avec un autre criminel masqué le Maître du crime, mais ce dernier a décidé de faire cavalier seul. En prime, le journaliste Frederick Foswell qui a déjà été un criminel masqué à la tête d'un gang agit de manière étrange et semble cacher quelque chose. C'est donc une histoire de Spider-Man où le mystère domine. L'intrigue m'avait tenu en haleine lorsque j'étais petit et c'est encore le cas lorsque je suis adulte et que je connais toutes les solutions. J'ai dû relire cette histoire une bonne dizaine de fois (que ce soit dans cet album ou dans l'intégrale de Spider-Man) et je ressens toujours les mêmes émotions. C'est le genre d'histoire que je peux relire en gardant mon plaisir intact. Le récit est assez peu conventionnel pour l'époque. La seconde partie commence par une bagarre qui dure quelques pages et le reste est un peu plus un récit policer où on trouve la solution aux différentes énigmes. C'est différent du récit typique de super-héros où ça se termine dans une bataille où le héros vainc le méchant. Le dessin de Ditko est excellent. Il sait créer une ambiance parfaite pour Spider-Man. Je regrette que la couverture reprenne un dessin de Romita Sr d'une autre histoire avec le bouffon Vert. C'est complètement hors sujet et donne une fausse idée de ce que l'on retrouve à l'intérieur. La traduction peut faire peu vieillot comparé à la qualité d'aujourd'hui (Spider-Man est appelé L'araignée par exemple). Il est à noter qu'on retrouve aussi comme bonus l'histoire sur les origines de Docteur Strange et c'est sympathique.
Hâsib et la reine des serpents
Voilà une éternité que j’attendais le second tome de cet opus. Le temps semblait s’écouler à un rythme aussi lent que celui des 1001 nuits. Et puis l’anonymat de ces parutions dans la horde fit que je ne vis pas le second tome. Je craignais l’abandon voire l'infini devoir d'attendre 1001 jours avant de mériter un tome 2. Ma fille de 5 ans qui avait vu le tome 1 à sa sortie avait été marqué par les images, elle me le demande régulièrement pour le feuilleter et même le montrer à ses copines. A chaque fois, il fallait expliquer que le tome 2 allait peut être sortir, et soudain au détour d’une recherche je l’ai vu. Evidemment non disponible, il fallut commander et ré-attendre mais cette fois ci c’était une histoire de jours et plus question de douter sur un abandon. Il arrive que trop attendre fait monter trop de pression et engendre une déception lorsque l’objet chéri apparait finalement accessible, ce fut un peu le cas ici, mais entrons dans le vif du sujet puisque je vois que même en ces lieux de qualité cette série est passé inaperçue, il faut vite réparer et cela va me faire sortir de la retraite pour prendre la plume comme au plus beau jour. Hasib, c’est un DavidB en pleine forme et possession de sa technique qui s’approprie le Conte de Hâsib Karîm ad-Dîm. Les codes du récit initial restent présents et j’ai pu retrouver le mélange d’émerveillement, de naïveté, de simplicité, lié au mode narratif originel. Evidemment il ne faut pas chercher une intrigue contemporaine et tout ceci peut paraitre de prime abord naïf, probablement même est ce dû au choix de la collection jeunesse par l’éditeur, mais ne nous trompons pas, tout le talent de David B pour transmettre le monde intérieur d’un personnage à son lecteur déjà vu dans L'Ascension du Haut Mal se magnifie ici par une couleur extraordinaire. Voilà la clé, évidemment qu’il n’y aura pas de surprise dans l’histoire, mais quel voyage en ouvrant l’album, quelle claque visuelle l’auteur nous met en tête. Le tome 1 m’a totalement annihilé, épuisé, vidé. Je me souviens qu’après la première lecture j’étais totalement incapable de bouger de mon fauteuil comme si c’était moi qui avait enduré les milles aventures toutes plus effrayantes, physiques, merveilleuses et épouvantables que je venais de lire. Les détails fourmillent, les références pullulent et surtout la technique narrative de la mise en page de David B trouve ici toute sa pertinence avec les djinn. Les couleurs nous explosent les pupilles et font vivre les fantasmes et mythes qu’ils représentent. La force du tome 1 réside dans le foisonnement parfaitement maitrisé pour une lecture fluide sans ennui magnifié par une mise en page extraordinaire servi par une mise en couleur envoutante. Que demander de plus ! Je mettrai sans aucun doute à ce tome 1
Et vient le tome 2 après tant d’attente, tous les ingrédients reviennent en bouche dès la couverture, un cocktail de références culturelles émaillent la lecture adulte avec des emprunts aux mythes des Amériques maya et amérindiennes. Et pourtant quelque chose manque, un petit je ne sais quoi qui a rendu ma lecture moins passionnante que le premier tome, un petit peu comme si alors que le premier tome était un ru de montagne virevoltant sortant de son lit pour aller taquiner les éléments alentours, celui-ci était maintenant plus sage et moins impertinent. Certes nous sommes toujours très au-dessus du niveau moyen de qualité des sorties hebdomadaires, mais nous ne sommes plus face à un chef d’œuvre, seulement un bon opus qui finit trop vite.
Au final comment envisager l’ensemble, le tome 1 me semble un chef d’œuvre de sensibilité et de narration grâce à un graphisme sublime qui rend une histoire classique sublime, le tome 2 poursuit le rêve mais on sent qu’il va s’achever un peu trop vite, que notre envolée si puissante et agréable va nous ramener trop vite dans notre quotidien et que la dernière page sera trop vite tournée. Encore oserais-je réclamer, nous n’en sommes qu’à la 498eme nuit pourrais on continuer le plaisir !
La Java des Gaspards
La bande dessinée qui m'a lancé dans la collection de BD, en me lançant dans la recherche de l'album 2. Dessins plaisants, avec des personnages atypiques et attachants.