Zidrou et Edith nous livrent ici un drame romantique traité de façon subtile et poétique, empreint d’un charme suranné, rehaussé par le tirage original et luxueux qui en fait un véritable objet d’art. Avec ses deux collections Métamorphose et Noctambule, l’éditeur Soleil, en mettant l’accent sur la qualité de l’impression, semble avoir compris, face aux enjeux du tout numérique, que l’avenir de la BD passait par une sorte de sacralisation de l’objet : double-couverture aimantée se dépliant pour laisser apparaître l’œuvre dans sa nudité, tel un écrin dévoilant son diamant ; insertion d’une enveloppe, d’une photo et d’un ticket d’embarquement, autant de pièces d’un puzzle contribuant à insuffler une touche de mystère au récit. C’est tout à fait magnifique !
De plus, le trait élégant d’Edith reste un vrai plaisir des yeux, renforcé par ses aquarelles délicates et de jolis effets de lumière. Aucune surcharge inutile dans ce dessin qui recèle un côté intemporel convenant bien à l’atmosphère de début de XXe siècle du récit. Plusieurs fois récompensée (notamment par une Pépite BD à Montreuil avec Le Jardin de Minuit), cette auteure, qui n’en est donc pas à sa première œuvre, mériterait largement une plus large renommée, à l’instar de ses consœurs plus connues, notamment Pénélope Bagieu, Chloé Cruchaudet ou encore Marion Montaigne.
Scénariste BD très prolifique, Benoit Zidrou quant à lui nous propose une histoire en forme de quête passionnelle, celle d’une femme qui veut croire à l’amour avec un grand A, dût-elle se brûler les ailes, ou bien plutôt éteindre le feu qu’elle porte en elle dans la froidure des terres nordiques, pour reprendre la splendide parabole liée à l’expédition de son fiancé disparu. C’est bien vu et plein de justesse. Si dès le début, on devine qu’en partant à la recherche de Roald, Emma s’expose à de terribles désillusions, on comprend aussi que celle-ci, animée d’une passion aveuglante, refuse d’être consumée par une attente illusoire, car si Emma est naïve, elle n’en est pas moins combative – et féministe à sa façon en bravant le mépris et la condescendance des hommes de la société d’archéologie, ceux-ci cherchant à la dissuader de partir sur les traces de son fiancé. Emma n’est pas Pénélope. Elle préfère, plutôt que de tisser mille fois la même toile, écrire des poèmes. Ses écrits ont d’ailleurs bien souffert de l’humidité à la suite d’une chute durant sa quête, ce qui lui fera dire : « C’est comme si tout, toujours, était à réécrire »…
« Emma G. Wildford », qui a été nominé pour le Festival d’Angoulême, a de bonnes chances de décrocher le Fauve d’or, procurant ainsi à ses auteurs une légitime reconnaissance dans le milieu du neuvième art. Le comité de sélection ne s’y est pas trompé en listant cette bande dessinée, qui est d’ores et déjà une des meilleures productions de 2017.
Je suis un grand fan de Jack London, dont je collectionne les écrits (réédités pour mon plus grand plaisir) et dont je me targue d'avoir bientôt lu toute la bibliographie. Mais dans ce fouillis de plus de cinquante livres aussi divers que cohérent, il en est un que je n'ai toujours pas lu : Le loup des mers. La raison est que lorsque cette BD est sortie, je ne l'avais toujours pas lu et je me suis réservé le plaisir de découvrir en avant première l’œuvre qu'en aura tiré Riff Reb's.
Vous l'aurez compris à cette note, mais ce livre est exceptionnel. Et la liste des qualités est aussi longue que vous le souhaitez.
Le dessin ? Si ce n'est pour vous le point le plus fort, je crois qu'il faut au moins lui laisser sa maestria. Une virtuosité du trait, une noirceur métaphorique, un talent pour représenter le monde maritime ... Il est beau, précis, efficace. C'est dosé à la perfection pour faire ressentir toute l'atmosphère poisseuse d'une goélette de mer, toute la noirceur de ce navire hanté par son capitaine. Rien que le dessin mérite à coup sur qu'on s'y attarde, mais aussi qu'on le relise.
Le scénario ? Outre l'adaptation qui a été faite avec brio (Jack London, malgré tout le respect que je lui porte, est souvent un peu daté dans la façon d'écrire), je dois dire que c'est un modèle pour expliquer les passerelles entre BD et livres : la façon de rendre ces écrits, cette voix intérieure qui traverse les pages, tout autant que la coupure en chapitres. Je suis émerveillé de la façon dont il a réussi à retranscrire les idées, les propos et l'histoire, tout en reconnaissant qu'on est pris aux tripes dans cette lecture presque viscérale.
L'ambiance ? Le plus gros point fort selon moi. Une ambiance de mer, de philosophie, de mort et de noirceur. L'âme humaine dans ses plus bas niveaux, là où ni dieu ni le philosophe ne peuvent aider. C'est une parenthèse que nous ne connaitrons sans doute jamais, mais qui prend aux tripes par la façon de nous montrer des hommes dans leurs limites les plus absolues. Rien ne sera épargné au(x) héros, et ce pour notre plus grande horreur.
Les couleurs ! Une idée superbe : une couleur dominante par chapitre, envahissant toutes les cases et donnant un ton à chaque chapitre, renforçant les idées et les propos.
Et justement, finissons par cela : les propos. Les considérations de chaque homme, mais avant tout de Loup Larsen, le capitaine, sont une des raisons supplémentaires d'aimer cette BD. On y retrouve toutes les idées chères à Jack London : la sauvagerie de l'homme, le nihilisme, l'opposition entre la culture et la force, le destin inéluctable de l'homme, le bonheur dans l'accomplissement physique détaché de toute philosophie, les "dandys" contre les travailleurs, la force primitive de la nature contre laquelle l'homme ne peut rien, et l'absurdité de la vie des hommes. Comme un rappel de notre condition, cette BD se fait défenseur d'idées peu développées aujourd'hui, jugées sombres, violentes ou très peu humanistes. Mais force est de reconnaitre la qualité des arguments employés par Loup Larsen, et ce jusqu'à la fin, qui semble ironiquement lui donner raison.
Une BD belle, une BD forte, qui fit grande impression à sa sortie, et qui le mérite amplement. Du travail de ce niveau, c'est du chef-d’œuvre. Dois-je préciser que je conseille la lecture ?
Un album surprenant, qui sort des sentiers battus.
Au niveau narratif, déjà… les textes sont rares, et les planches souvent muettes et contemplatives (l’album se lit assez vite). Les personnages sont pourtant bien campés et attachants, et l’histoire bien développée. Il y est question de protectionnisme lors de la 2eme guerre mondiale… on livre l’Américain blessé aux Allemands ou on le protège au risque de se faire punir collectivement ? Un dilemme moral intéressant, et un dénouement… tellement humain.
Au niveau graphique, ensuite… le dessin semble constitué de crayonnés sur fonds « cartonnés », avec des touches de bleu pour la mer. Le rendu est original, et finalement très beau… j’ai pris beaucoup de plaisir à me promener sur les îles Chausey, en compagnie des différents protagonistes.
Une histoire pas forcément marquante, mais très belle… un moment de lecture reposant et divertissant.
Marion Montaigne est toujours très pédagogique dans ses albums, cela se confirme dans ce tome spatial!
La BD est très agréable à lire, les dessins sont sympas et collent vraiment bien au côté décalé du récit.
L'ouvrage est dense, plus de 200 pages, et est captivant!
On suit l'histoire de Thomas Pesquet, notre astronaute national, depuis son enfance (assez rapidement, c'est surtout pour montrer que son envie d'espace a toujours été très forte), jusqu'à son retour de l'ISS. On peut notamment voir le processus de recrutement, qui est la partie de l'histoire qui m'a fait le plus rire! On apprend énormément de choses : sur d'autres astronautes, sur la vie en apesanteur et ses problèmes, sur la mise en orbite, sur Thomas Pesquet lui-même, sur les missions dans l'ISS, etc...
Le ton léger utilisé permet à la fois de désacraliser ces gens (oui, les astronautes font caca, et oui globalement quand ils reviennent ils puent), tout en maintenant notre admiration en eux (ils sont quand même hyper balèzes...).
C'est tout simplement passionnant!
L'autodérision est très présente, sous forme de "je suis un astronaute, et je suis un très bon astronaute, mais j'ai des fêlures", et ça marche très bien. Derrière cette couche d'humour on sent l'amour qu'a Thomas Pesquet pour l'espace, et c'est enivrant de partager avec lui le bonheur d'avoir pu réaliser ce rêve de gosse.
Finalement j'ai autant aimé toutes les digressions scientifiques qui nous expliquent plein de choses que le parcours de Pesquet lui-même.
C'était top. Je vais le relire tiens.
Sans véritable équivalent, Yiu peut être considéré comme un OVNI dans le monde de la bande dessinée, mais un OVNI incroyablement convaincant.
Un univers sombre, marqué de fanatisme religieux qui n'est pas sans rappeler certains éléments du 3ème Testament. Un questionnement identitaire sur l'avenir de la race humaine dans un monde marqué par la technologie dont Matrix aurait pu s'inspirer. Un monde fait de cynisme et d'ultraviolence (dont on constate avec effroi qu'il fait parfois étonnamment écho à l'actualité) ... et au milieu, Yiu qui déploie toute sa rage face au chaos ambiant.
Porté par des illustrations exceptionnelles, Yiu ressemble davantage à une gigantesque fresque qu'à l'image qu'on se fait d'une bande dessinée.
Intense, profonde, au plus prêt des émotions primaires, Yiu vous prend par les tripes et vous oblige à ouvrir votre regard sur le monde. Avec au final une seule question... A la fin : que subsistera-t-il de nous?
On aime ou on déteste mais personne ne restera indifférent. Pour moi, c'est un véritable chef d'oeuvre!
J'avais envie de lire cette bande dessinée depuis que Mac Arthur l'a postée et je ne fus pas déçu.
Certes, je comprends qu'on puisse trouver le scénario léger, mais cela ne m'a pas empêché de l'apprécier. Les auteurs ont bien utilisé le thème du livre des records et proposent un scénario original qui pose des réflexions intéressantes sur les records. Je plains les pauvres types qui font tout pour être dans ce livre, surtout que la plupart des records présents dans cet album sont vraiment idiots.
L'humour m'a fait sourire et est bien sympathique, l'intrigue policière est bien trouvée et bien maîtrisée et j'ai aimé l'atmosphère qui se dégage de cet album. C'est le genre d'histoire que j'aime bien et que je relirai avec plaisir un jour !
Quant au dessin, il est pas mal sans être dans un style qui me plait totalement.
Ar-Men est un défi de l’homme lancé à la nature, un véritable bras de fer entre Bretons et (leur) Océan.
Le scénario, un peu tortueux au début, se tient finalement et Lepage nous emmène, au gré des 92 pages, dans son univers.
Côté dessin, à part les visages « simplistes » dont je ne suis pas accroc, les paysages marins sont justes fascinants car tout y est : le mouvement, les couleurs, la violence, la beauté, le mystère...
Bref une très belle BD que je recommande donc !
Ce one-shot avait tout pour me déplaire : une sélection pour Angoulême 2018, un dessin plus qu'approximatif et un titre digne d'un mauvais film de série B. Mais, étant de curieux de nature, et ayant lu de bonnes critiques dessus, je l'ai tout de même emprunté à la médiathèque.
Basée sur un scénario hautement improbable (David Niven & Peter Ustinov travaillant pour le MI5 pendant la seconde guerre mondiale), cette bande dessinée repose pourtant sur des faits réels. D'ailleurs de nombreux extraits des mémoires de David Niven, de Peter Ustinov, ainsi que de Clifton James parsèment le récit.
Et bien, je dois dire que la lecture de cette bd fut pour moi jubilatoire ! Voir nos deux acteurs de cinéma transformer Clifton James en un général Montgomery plus vrai que nature est un régal, le tout sur un ton so british ! Même si les visages sont dessinés de façon simple voire simpliste, on voit et on entend David Niven ou encore Winston Churchill dans cette histoire.
C'est un album drôle, alerte... bref une véritable farce au moment où les alliés préparaient dans le plus grand secret le débarquement en Normandie.
Une très belle découverte.
Encore un titre exhumé par Akileos dans sa grande collection EC Comics.
A priori rien ne diffère beaucoup de la série phare Tales From The Crypt mais à l'origine Haunt of Fear venait relayer une publication western du même éditeur et s'est mué en cette série d'horreur tellement voisine qu'elle en reprend les mêmes narrateurs "stars" (sorcière, gardien etc...) et que les histoires sont identiques.
Comme le rappelle Gaston, on entre en terrain vraiment connu avec ces histoires dont on devine les ficelles assez rapidement mais il ne faut pas oublier le contexte de l'époque avec la révélation de dessinateurs cultes comme Wally Wood entre autres et des intrigues vraiment culottées.
L'ensemble possède un charme kitsch et une morale hors norme. En effet, ici la justice se fait par outre tombe avec quelques surprises plutôt bien amenées (la vengeance de l'homme marié dévoué défiguré par acide ou le sort du psychopathe voulant vivre son enterrement risquent d'en choquer plus d'un par exemple) mais également quelques histoires convenues.
L'intervention des conteurs de l'histoire est souvent drôle. Brisant régulièrement le 4ème mur ou se renvoyant la balle à qui racontera l'histoire la plus horrible, ils sont constamment présents pour nous rappeler que toutes ces histoires malsaines sont avant tout ici pour nous divertir et passer un bon moment. Et en cela c'est vraiment réussi même si ma préférence va tout comme Gaston aux séries "Suspenstories", les Schock comme les Crime.
Notez que les couvs des deux premiers tomes ont été réalisée par le grand et génial Mezzo <3
Sir Arthur Benton fait partie, à coup sûr, des classiques du genre en bande dessinée. C'est le récit d'un combat de l'intérieur, d'une traque, d'une chasse à l'homme très bien menés. Mes camarades ont bien su en parler en détail. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas mettre une note plus positive ? Eh bien parce que malgré son ambition louable et son sujet plutôt bien traité (mention spéciale aux dossiers de fin d'albums), cette série souffre de menus défauts. Une narration un peu chaotique sur le premier et le troisième tome, un dessin un peu difficile dans la première moitié du tome 1... C'est dommage, parce que j'ai globalement bien apprécié cette série. En effet elle montre, au travers d'un personnage fictif, les à-côtés de la guerre, et certains de ses rouages.
La lecture du second cycle n'est intervenue que 7 ans plus tard, ayant eu personnellement du mal à réunir les trois tomes du second cycle.
Les recettes sont les mêmes, on nous montre l'arrière-cuisine de le guerre froide, au travers des opérations d'une organisation ultra-secrète dirigé par le Benton du titre. Mais... Le récit est difficile à suivre, on a une suite d'anecdotes très rapides, dont la continuité et la cohérence sont mis à mal par ce choix de narration, un Benton qui disparaît presque totalement de l'histoire, sa plus grande scène est à la toute fin, alors qu'on se penche sur ses collaborateurs et les grands acteurs de l'Histoire.
Le dessinateur a changé, Vincent Pompetti a succédé à Stéphane Perger ; une eprte de qualité à mon avis, les personnages de Pompetti étant étrangement déformés, les ambiances et les cadrages partant dans tous les sens. Le dessinateur se cherchait alors encore, mais les difficultés de lecture ne sont pas de son dû.
Dommage que la série se termine ainsi...
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Emma G. Wildford
Zidrou et Edith nous livrent ici un drame romantique traité de façon subtile et poétique, empreint d’un charme suranné, rehaussé par le tirage original et luxueux qui en fait un véritable objet d’art. Avec ses deux collections Métamorphose et Noctambule, l’éditeur Soleil, en mettant l’accent sur la qualité de l’impression, semble avoir compris, face aux enjeux du tout numérique, que l’avenir de la BD passait par une sorte de sacralisation de l’objet : double-couverture aimantée se dépliant pour laisser apparaître l’œuvre dans sa nudité, tel un écrin dévoilant son diamant ; insertion d’une enveloppe, d’une photo et d’un ticket d’embarquement, autant de pièces d’un puzzle contribuant à insuffler une touche de mystère au récit. C’est tout à fait magnifique ! De plus, le trait élégant d’Edith reste un vrai plaisir des yeux, renforcé par ses aquarelles délicates et de jolis effets de lumière. Aucune surcharge inutile dans ce dessin qui recèle un côté intemporel convenant bien à l’atmosphère de début de XXe siècle du récit. Plusieurs fois récompensée (notamment par une Pépite BD à Montreuil avec Le Jardin de Minuit), cette auteure, qui n’en est donc pas à sa première œuvre, mériterait largement une plus large renommée, à l’instar de ses consœurs plus connues, notamment Pénélope Bagieu, Chloé Cruchaudet ou encore Marion Montaigne. Scénariste BD très prolifique, Benoit Zidrou quant à lui nous propose une histoire en forme de quête passionnelle, celle d’une femme qui veut croire à l’amour avec un grand A, dût-elle se brûler les ailes, ou bien plutôt éteindre le feu qu’elle porte en elle dans la froidure des terres nordiques, pour reprendre la splendide parabole liée à l’expédition de son fiancé disparu. C’est bien vu et plein de justesse. Si dès le début, on devine qu’en partant à la recherche de Roald, Emma s’expose à de terribles désillusions, on comprend aussi que celle-ci, animée d’une passion aveuglante, refuse d’être consumée par une attente illusoire, car si Emma est naïve, elle n’en est pas moins combative – et féministe à sa façon en bravant le mépris et la condescendance des hommes de la société d’archéologie, ceux-ci cherchant à la dissuader de partir sur les traces de son fiancé. Emma n’est pas Pénélope. Elle préfère, plutôt que de tisser mille fois la même toile, écrire des poèmes. Ses écrits ont d’ailleurs bien souffert de l’humidité à la suite d’une chute durant sa quête, ce qui lui fera dire : « C’est comme si tout, toujours, était à réécrire »… « Emma G. Wildford », qui a été nominé pour le Festival d’Angoulême, a de bonnes chances de décrocher le Fauve d’or, procurant ainsi à ses auteurs une légitime reconnaissance dans le milieu du neuvième art. Le comité de sélection ne s’y est pas trompé en listant cette bande dessinée, qui est d’ores et déjà une des meilleures productions de 2017.
Le Loup des Mers
Je suis un grand fan de Jack London, dont je collectionne les écrits (réédités pour mon plus grand plaisir) et dont je me targue d'avoir bientôt lu toute la bibliographie. Mais dans ce fouillis de plus de cinquante livres aussi divers que cohérent, il en est un que je n'ai toujours pas lu : Le loup des mers. La raison est que lorsque cette BD est sortie, je ne l'avais toujours pas lu et je me suis réservé le plaisir de découvrir en avant première l’œuvre qu'en aura tiré Riff Reb's. Vous l'aurez compris à cette note, mais ce livre est exceptionnel. Et la liste des qualités est aussi longue que vous le souhaitez. Le dessin ? Si ce n'est pour vous le point le plus fort, je crois qu'il faut au moins lui laisser sa maestria. Une virtuosité du trait, une noirceur métaphorique, un talent pour représenter le monde maritime ... Il est beau, précis, efficace. C'est dosé à la perfection pour faire ressentir toute l'atmosphère poisseuse d'une goélette de mer, toute la noirceur de ce navire hanté par son capitaine. Rien que le dessin mérite à coup sur qu'on s'y attarde, mais aussi qu'on le relise. Le scénario ? Outre l'adaptation qui a été faite avec brio (Jack London, malgré tout le respect que je lui porte, est souvent un peu daté dans la façon d'écrire), je dois dire que c'est un modèle pour expliquer les passerelles entre BD et livres : la façon de rendre ces écrits, cette voix intérieure qui traverse les pages, tout autant que la coupure en chapitres. Je suis émerveillé de la façon dont il a réussi à retranscrire les idées, les propos et l'histoire, tout en reconnaissant qu'on est pris aux tripes dans cette lecture presque viscérale. L'ambiance ? Le plus gros point fort selon moi. Une ambiance de mer, de philosophie, de mort et de noirceur. L'âme humaine dans ses plus bas niveaux, là où ni dieu ni le philosophe ne peuvent aider. C'est une parenthèse que nous ne connaitrons sans doute jamais, mais qui prend aux tripes par la façon de nous montrer des hommes dans leurs limites les plus absolues. Rien ne sera épargné au(x) héros, et ce pour notre plus grande horreur. Les couleurs ! Une idée superbe : une couleur dominante par chapitre, envahissant toutes les cases et donnant un ton à chaque chapitre, renforçant les idées et les propos. Et justement, finissons par cela : les propos. Les considérations de chaque homme, mais avant tout de Loup Larsen, le capitaine, sont une des raisons supplémentaires d'aimer cette BD. On y retrouve toutes les idées chères à Jack London : la sauvagerie de l'homme, le nihilisme, l'opposition entre la culture et la force, le destin inéluctable de l'homme, le bonheur dans l'accomplissement physique détaché de toute philosophie, les "dandys" contre les travailleurs, la force primitive de la nature contre laquelle l'homme ne peut rien, et l'absurdité de la vie des hommes. Comme un rappel de notre condition, cette BD se fait défenseur d'idées peu développées aujourd'hui, jugées sombres, violentes ou très peu humanistes. Mais force est de reconnaitre la qualité des arguments employés par Loup Larsen, et ce jusqu'à la fin, qui semble ironiquement lui donner raison. Une BD belle, une BD forte, qui fit grande impression à sa sortie, et qui le mérite amplement. Du travail de ce niveau, c'est du chef-d’œuvre. Dois-je préciser que je conseille la lecture ?
Bleu amer
Un album surprenant, qui sort des sentiers battus. Au niveau narratif, déjà… les textes sont rares, et les planches souvent muettes et contemplatives (l’album se lit assez vite). Les personnages sont pourtant bien campés et attachants, et l’histoire bien développée. Il y est question de protectionnisme lors de la 2eme guerre mondiale… on livre l’Américain blessé aux Allemands ou on le protège au risque de se faire punir collectivement ? Un dilemme moral intéressant, et un dénouement… tellement humain. Au niveau graphique, ensuite… le dessin semble constitué de crayonnés sur fonds « cartonnés », avec des touches de bleu pour la mer. Le rendu est original, et finalement très beau… j’ai pris beaucoup de plaisir à me promener sur les îles Chausey, en compagnie des différents protagonistes. Une histoire pas forcément marquante, mais très belle… un moment de lecture reposant et divertissant.
Dans la combi de Thomas Pesquet
Marion Montaigne est toujours très pédagogique dans ses albums, cela se confirme dans ce tome spatial! La BD est très agréable à lire, les dessins sont sympas et collent vraiment bien au côté décalé du récit. L'ouvrage est dense, plus de 200 pages, et est captivant! On suit l'histoire de Thomas Pesquet, notre astronaute national, depuis son enfance (assez rapidement, c'est surtout pour montrer que son envie d'espace a toujours été très forte), jusqu'à son retour de l'ISS. On peut notamment voir le processus de recrutement, qui est la partie de l'histoire qui m'a fait le plus rire! On apprend énormément de choses : sur d'autres astronautes, sur la vie en apesanteur et ses problèmes, sur la mise en orbite, sur Thomas Pesquet lui-même, sur les missions dans l'ISS, etc... Le ton léger utilisé permet à la fois de désacraliser ces gens (oui, les astronautes font caca, et oui globalement quand ils reviennent ils puent), tout en maintenant notre admiration en eux (ils sont quand même hyper balèzes...). C'est tout simplement passionnant! L'autodérision est très présente, sous forme de "je suis un astronaute, et je suis un très bon astronaute, mais j'ai des fêlures", et ça marche très bien. Derrière cette couche d'humour on sent l'amour qu'a Thomas Pesquet pour l'espace, et c'est enivrant de partager avec lui le bonheur d'avoir pu réaliser ce rêve de gosse. Finalement j'ai autant aimé toutes les digressions scientifiques qui nous expliquent plein de choses que le parcours de Pesquet lui-même. C'était top. Je vais le relire tiens.
Yiu
Sans véritable équivalent, Yiu peut être considéré comme un OVNI dans le monde de la bande dessinée, mais un OVNI incroyablement convaincant. Un univers sombre, marqué de fanatisme religieux qui n'est pas sans rappeler certains éléments du 3ème Testament. Un questionnement identitaire sur l'avenir de la race humaine dans un monde marqué par la technologie dont Matrix aurait pu s'inspirer. Un monde fait de cynisme et d'ultraviolence (dont on constate avec effroi qu'il fait parfois étonnamment écho à l'actualité) ... et au milieu, Yiu qui déploie toute sa rage face au chaos ambiant. Porté par des illustrations exceptionnelles, Yiu ressemble davantage à une gigantesque fresque qu'à l'image qu'on se fait d'une bande dessinée. Intense, profonde, au plus prêt des émotions primaires, Yiu vous prend par les tripes et vous oblige à ouvrir votre regard sur le monde. Avec au final une seule question... A la fin : que subsistera-t-il de nous? On aime ou on déteste mais personne ne restera indifférent. Pour moi, c'est un véritable chef d'oeuvre!
Le Guide Mondial des Records
J'avais envie de lire cette bande dessinée depuis que Mac Arthur l'a postée et je ne fus pas déçu. Certes, je comprends qu'on puisse trouver le scénario léger, mais cela ne m'a pas empêché de l'apprécier. Les auteurs ont bien utilisé le thème du livre des records et proposent un scénario original qui pose des réflexions intéressantes sur les records. Je plains les pauvres types qui font tout pour être dans ce livre, surtout que la plupart des records présents dans cet album sont vraiment idiots. L'humour m'a fait sourire et est bien sympathique, l'intrigue policière est bien trouvée et bien maîtrisée et j'ai aimé l'atmosphère qui se dégage de cet album. C'est le genre d'histoire que j'aime bien et que je relirai avec plaisir un jour ! Quant au dessin, il est pas mal sans être dans un style qui me plait totalement.
Ar-Men - L'Enfer des enfers
Ar-Men est un défi de l’homme lancé à la nature, un véritable bras de fer entre Bretons et (leur) Océan. Le scénario, un peu tortueux au début, se tient finalement et Lepage nous emmène, au gré des 92 pages, dans son univers. Côté dessin, à part les visages « simplistes » dont je ne suis pas accroc, les paysages marins sont justes fascinants car tout y est : le mouvement, les couleurs, la violence, la beauté, le mystère... Bref une très belle BD que je recommande donc !
Opération Copperhead
Ce one-shot avait tout pour me déplaire : une sélection pour Angoulême 2018, un dessin plus qu'approximatif et un titre digne d'un mauvais film de série B. Mais, étant de curieux de nature, et ayant lu de bonnes critiques dessus, je l'ai tout de même emprunté à la médiathèque. Basée sur un scénario hautement improbable (David Niven & Peter Ustinov travaillant pour le MI5 pendant la seconde guerre mondiale), cette bande dessinée repose pourtant sur des faits réels. D'ailleurs de nombreux extraits des mémoires de David Niven, de Peter Ustinov, ainsi que de Clifton James parsèment le récit. Et bien, je dois dire que la lecture de cette bd fut pour moi jubilatoire ! Voir nos deux acteurs de cinéma transformer Clifton James en un général Montgomery plus vrai que nature est un régal, le tout sur un ton so british ! Même si les visages sont dessinés de façon simple voire simpliste, on voit et on entend David Niven ou encore Winston Churchill dans cette histoire. C'est un album drôle, alerte... bref une véritable farce au moment où les alliés préparaient dans le plus grand secret le débarquement en Normandie. Une très belle découverte.
The Haunt of Fear
Encore un titre exhumé par Akileos dans sa grande collection EC Comics. A priori rien ne diffère beaucoup de la série phare Tales From The Crypt mais à l'origine Haunt of Fear venait relayer une publication western du même éditeur et s'est mué en cette série d'horreur tellement voisine qu'elle en reprend les mêmes narrateurs "stars" (sorcière, gardien etc...) et que les histoires sont identiques. Comme le rappelle Gaston, on entre en terrain vraiment connu avec ces histoires dont on devine les ficelles assez rapidement mais il ne faut pas oublier le contexte de l'époque avec la révélation de dessinateurs cultes comme Wally Wood entre autres et des intrigues vraiment culottées. L'ensemble possède un charme kitsch et une morale hors norme. En effet, ici la justice se fait par outre tombe avec quelques surprises plutôt bien amenées (la vengeance de l'homme marié dévoué défiguré par acide ou le sort du psychopathe voulant vivre son enterrement risquent d'en choquer plus d'un par exemple) mais également quelques histoires convenues. L'intervention des conteurs de l'histoire est souvent drôle. Brisant régulièrement le 4ème mur ou se renvoyant la balle à qui racontera l'histoire la plus horrible, ils sont constamment présents pour nous rappeler que toutes ces histoires malsaines sont avant tout ici pour nous divertir et passer un bon moment. Et en cela c'est vraiment réussi même si ma préférence va tout comme Gaston aux séries "Suspenstories", les Schock comme les Crime. Notez que les couvs des deux premiers tomes ont été réalisée par le grand et génial Mezzo <3
Sir Arthur Benton
Sir Arthur Benton fait partie, à coup sûr, des classiques du genre en bande dessinée. C'est le récit d'un combat de l'intérieur, d'une traque, d'une chasse à l'homme très bien menés. Mes camarades ont bien su en parler en détail. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas mettre une note plus positive ? Eh bien parce que malgré son ambition louable et son sujet plutôt bien traité (mention spéciale aux dossiers de fin d'albums), cette série souffre de menus défauts. Une narration un peu chaotique sur le premier et le troisième tome, un dessin un peu difficile dans la première moitié du tome 1... C'est dommage, parce que j'ai globalement bien apprécié cette série. En effet elle montre, au travers d'un personnage fictif, les à-côtés de la guerre, et certains de ses rouages. La lecture du second cycle n'est intervenue que 7 ans plus tard, ayant eu personnellement du mal à réunir les trois tomes du second cycle. Les recettes sont les mêmes, on nous montre l'arrière-cuisine de le guerre froide, au travers des opérations d'une organisation ultra-secrète dirigé par le Benton du titre. Mais... Le récit est difficile à suivre, on a une suite d'anecdotes très rapides, dont la continuité et la cohérence sont mis à mal par ce choix de narration, un Benton qui disparaît presque totalement de l'histoire, sa plus grande scène est à la toute fin, alors qu'on se penche sur ses collaborateurs et les grands acteurs de l'Histoire. Le dessinateur a changé, Vincent Pompetti a succédé à Stéphane Perger ; une eprte de qualité à mon avis, les personnages de Pompetti étant étrangement déformés, les ambiances et les cadrages partant dans tous les sens. Le dessinateur se cherchait alors encore, mais les difficultés de lecture ne sont pas de son dû. Dommage que la série se termine ainsi...