Cette BD rappelle la série X-Files dont j’étais un grand fan entre le polar et le fantastique teinté d’ésotérisme. J’ai aimé d’emblée cet univers. Comment ne pas frémir devant les terribles Stryges? C’est angoissant et très bien ficelé au niveau de l’intrigue. Très vite, cette série s’est imposée parmi mes préférées et je n’ai pas eu de mal à acquérir toutes les autres séries dérivées émanant de l’univers des Stryges à l'exception d'Asphodèle. Encore aujourd’hui, j’éprouve beaucoup de plaisir à la lecture. Il y a tout ce que j’aime dans la bande dessinée. Je dois être certainement le cœur de la cible visée parmi les lecteurs.
Cependant, il est très dommage qu’en cours de série, le format de la BD a évolué au mépris des fidèles acheteurs qui avaient commencé par un format plus petit. Delcourt ne respecte pas ses fidèles lecteurs ! C’est vraiment caractéristique de cet éditeur ! De plus, les couvertures originales sont bien moins attractives que les nouvelles. Que dire également des tranches qui ont complètement évolué ! Nous avons ici « la totale » de ce qui peut être désagréable pour un collectionneur de bd. Mais il est vrai que selon Delcourt, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse avec comme leitmotiv "il faut respecter l’œuvre de l’auteur". J'ai éprouvé un peu de regret mais je ne pouvais me permettre de tout racheter à nouveau.
Cette BD demeure toutefois indispensable dans toute collection de BD qui se respecte. Je considère le scénariste Corbeyran comme le meilleur de sa génération. C'est véritablement du grand art ! J'ai toutefois attendu la fin de la saison 2 pour décerner la note maximale à cette série. C'est tout simplement magistral dans le dénouement. Alors que les séries dérivées ont véritablement eu du mal à se conclure, voilà que le Chant des Stryges parvient à se bonifier. Une très belle réussite qui parvient à nous tenir en haleine !
La saison 3 se déroule 7 ans après les faits du remarquable tome 12 qui nous dévoile l'identité du fameux Sandor Weltman. Il était difficile d'assurer la relève pour relancer l'intrigue. Pourtant, le 13ème tome y parvient en introduisant une nouvelle problématique ainsi qu'un nouveau personnage assez psychopathe.
Le 14ème tome va encore aller plus loin avec des scènes qui font froid dans le dos. On sent bien que c'est la dernière ligne droite avant le final général de toute une saga fantastique qui a réussi le pari de la cohérence.
Au 15ème tome, on se rend compte qu'un personnage féminin introduit à la fin du précédent a totalement disparu des écrans sans en connaître la raison. Cela m'a chiffonné sur toute la lecture de cet album qui marque des retrouvailles mais qui est surtout l'occasion de faire une petite pause dans l'intrigue.
Le 16ème tome voit la disparition d'un personnage central qu'on avait plaisir à suivre notamment dans les séries dérivées de cet univers.
Le 17ème tome se termine de manière un peu abrupte. On se demande comment le scénariste va faire pour le dernier tome de la série qui va clôturer cette saga des Stryges. C'est un défi colossal à relever. S'il y parvient, la note culte sera bien justifiée.
Le dernier tome confirme le talent de l'auteur qui met un terme à cette saga commencée il y a près de 20 ans. Nul doute qu'elle aura un peu marqué le monde de la bande dessinée moderne c'est à dire celle du XXIème siècle. Il y a certes eu des hauts et des bas mais au final une belle aventure.
Note Dessin : 4.25/5 – Note Scénario : 4.75/5 – Note Globale : 4.5/5
Bourgeon a réalisé en solo trois séries superbes, que j’adore, et que j’ai relues de multiples fois. Et ce dans des univers très différents, avec la SF pour Le Cycle de Cyann, l’aventure maritime du XVIIIème siècle avec Les Passagers du vent, et donc du médiéval fantastique avec « Les compagnons du crépuscule ».
De ces trois séries, « Les compagnons du crépuscule » est sans conteste celle qui est la moins facile à appréhender, qui nécessite le plus d’efforts pour entrer – et rester ! – dedans. D’abord parce que le texte est très abondant, très riche et dense, mais aussi parce que certaines parties de l’intrigue sont un peu plus obscures : c’est avant tout le cas du deuxième album, clairement le plus complexe, avec certains passages peut-être moins fluides – et jouant davantage sur le fantastique, la poésie, l’imaginaire.
Mais, si vous vous accrochez, vous découvrirez une histoire à la fois riche et belle, prenante, que j’aime en tout cas beaucoup.
Comme pour toutes ses productions, Bourgeon s’est documenté, et cela se voit. Dans les dialogues d’abord, abondants et riches, comme signalé plus haut, mais aussi remplis de termes moyenâgeux (cette force est aussi une des difficultés déjà signalées).
En plus des dialogues, ce sont les décors qui font « que l’on s’y croit ». En effet, que ce soit les habits, les habitations (ville et châteaux), mais aussi les paysages, le dessin de Bourgeon est très bon et très beau, et en plus est très crédible. C’est une belle reconstitution de l’Europe de ces temps troublés.
En cela le dernier tome (deux fois plus épais que les précédents avec près de 130 pages !) est vraiment superbe, alliant un scénario aux petits oignons à un dessin franchement très bon.
Ajoutons que, fidèle à son habitude, Bourgeon a su créer des personnages féminins très forts - et très beaux (dans tous les sens du terme d'ailleurs), comme Mariotte.
C'est une série exigeante, mais que je vous encourage à découvrir si ce n’est pas déjà fait !
Ça démarre gentiement, presque poétiquement, avec cette histoire de deux gamins un peu livrés à eux-mêmes, dont un est complètement fondu d'un mythe français oublié... Et puis assez vite, c'est la marque de fabrique de Ducoudray qui s'installe, on voit que le social n'est pas rose, et même un peu glauque par moments. Mais ça ce n'est que le début, car au bout d'un moment on bascule carrément dans le drame. Le vrai, le fait divers qui met mal à l'aise.
Et qu'on n'a pas du tout senti venir.
Aurélien Ducoudray, pour nous conter ce drame, s'est attaché le talent de Johann Corgié, jusqu'ici connu pour son excellent travail en tant que coloriste. Et puis là, sur son premeir album officiel en tant que dessinateur, c'est une belle découverte, on sent que le bonhomme a fourbi ses armes dans son coin, attendant le moment propice pour les sortir et nous faire béer d'admiration. Il ira loin.
C'est un bon album, mais il lui manque quelque chose pour le faire basculer dans la catégorie des classiques, je ne saurais dire quoi. En tous les cas je vous le recommande.
Jens Harder est un habitué des projets atypiques, pour lesquels il mène un long travail de recherche, et qui l’amènent à traiter d’une période ancienne (voir "Alpha… directions"). Une nouvelle fois Actes Sud recueille le fruit de son travail.
Même si ce n’est pas absolument nécessaire, je vous recommande de commencer par la fin, c’est-à-dire l’important (dans tous les sens du terme) dossier de fin de volume. En plus d’une iconographie très riche, d’un lexique et d’un index des noms cités, Jens Harder y explique comment lui est venu l’idée de traiter de ce sujet, ses questionnements, et les réflexions que son travail a entrainées. Très riche, instructif, et intéressant !
L’épopée de Gilgamesh est un texte fondateur et, par-delà ses qualités « littéraires », c’est aussi une mine de renseignements sur la pensée des peuples mésopotamiens d’il y a quelques millénaires.
Jens Harder a pris le parti dans son traitement graphique, de coller au maximum au niveau du rendu à ce que l’on peut voir sur les sculptures, fresques que nous connaissons de cette époque (vues au Louvre par exemple), en particulier en représentant la plupart du temps les personnages de profil, avec un rendu proche de la sculpture : c’est vraiment original et très réussi !
Pour ce qui est de « l’histoire » en elle-même, il suit celle que les études des 12 tablettes aujourd’hui découvertes et analysées nous ont livrée (il signale juste par des pointillés lorsque le texte est lacunaire) : mais la narration ne souffre pas de cette volonté d’être fidèle à un texte assez éloigné de prime abord des canons narratifs contemporains.
Toujours est-il que les aventures du roi Gilgamesh et de son compagnon Enkidu, au milieu des dieux et des hommes, avec un Gilgamesh qui pourrait prétendre – bien avant Héraclès ! – à être le premier super-héros, se laissent lire très agréablement. Il faut juste être réceptif à ce genre de texte – mais c’est mon cas. Et je trouve que le traitement de Harder est très adapté au sujet, en ne sacrifiant pas le texte et son cheminement à une réécriture artificielle. Harder garde bien la naïveté, et la force du texte d’origine, ses « adaptations » se faisant de manière très discrète. C’est en tout cas une belle transcription de ce grand texte en BD !
Adapté librement de son propre livre "Vue imprenable sur la folie du monde" qu'il scénarise sur des dessins de Franck Biancarelli, Grand Est porte un regard avisé sur une région française bien souvent écartée des projecteurs : la Lorraine et par extension le Grand Est comme il est de coutume de l'appeler depuis quelques années.
Nul n'est besoin de connaître le remarquable travail d'investigations de Denis Robert pour en savourer les contours, cette région pourrait tout aussi bien être une autre et servir de porte étendard aux maux économiques actuels de notre société.
Oui mais voilà, cette région c'est la mienne. Celle dans laquelle je vis depuis presque 50 ans et dans laquelle je finirais également probablement mes jours. Celle de mon quotidien, de mes espoirs et une région qui porte peu d'attractivité pour qui n'y serait pas né. Car la Lorraine ce n'est pas que de la grisaille mais surtout une formidable terre d'accueil et d'espoirs pour tous les horizons qui s'est rapidement ternie au cours des années 70 avec la fermeture de grands sites sidérurgiques.
Denis Robert ne porte pas d'orientation politique à ses souvenirs qu'il nous fait vivre sous la forme d'un Road Movie avec son plus jeune fils. L'occasion idéale pour emmener le lecteur d'Alsace en Moselle sans oublier les Vosges pour croiser des gens simples mais riches de souvenirs.
Le gosse constitue la part d'innocence, lui ne se préoccupe que de savoir si tel héros Marvel est plus fort que tel héros Marvel. Il représente le présent et le futur de la région dans toute l'insouciance innocente d'un gamin d'une dizaine d'années peut avoir. Denis Robert se joue de métaphores sur des lieux touristiques ou des faits divers et sociaux en rappelant à quel point le monde actuel est malade. Le tout pourrait paraitre rébarbatif à la longue mais la mise en scène de Biancarelli est juste et agréable à l'oeil, reproduisant l'environnement si caractéristique de cette région et par une colorisation bichromique toujours alerte.
Ce livre est immense, le récit est beau et passionnant. Revisiter tout un pan de ma vie en ces quelques pages est un exercice difficile et aurait pu rapidement basculer dans la facilité et le redondant. Il n'en est rien. Ceci est un simple constat de la vie qui passe dans une région qui a beaucoup morflé et cherche toujours à se relever.
Indispensable à mes yeux en espérant que Grand Est le soit également pour vous, lecteurs de tous horizons.
Par une amusante combinaison des récits de E.P. Jacobs et des romans de Gaston Leroux, Docteur Radar est un immense hommage aux vieilles séries radiophoniques dont Simsolo s'est fortement inspiré pour donner vie à cette course poursuite sans fin entre le machiavélique Docteur Radar et une équipe de dilettantes aventuriers.
Le principal intérêt tient en deux mots : le rythme soutenu de ces aventures essentiellement nocturnes d'une part et le dessin de Frédéric Bézian d'autre part. Qu'il s'agisse du choix de couleurs restreint mais de toute beauté ou des cadrages ambitieux, le lecteur peine à s'attarder sur le charme rétro des dessins ou l'envie de poursuivre et de tourner à vive allure les pages afin d'en connaître le prochain rebondissement.
Il s'agit donc d'une grande réussite à 4 mains pour un titre qui ne révolutionnera pas le monde de la Bande Dessinée mais dont il serait difficile de s'en passer tant le plaisir est instantané pour les yeux comme le dépaysement.
Cela fait un moment que je n'avais pas été autant emballé par une BD, voilà une lecture qui fait vraiment plaisir ! C'est simple, il y a tout dans cette BD. Un dessin en tout point excellent, des cadrages dynamiques au possible, un scénario aux petits oignons, des touches d'humour, de l'action juste ce qu'il faut, un personnage principal énigmatique qui est une merveille d'originalité à lui tout seul.
Imaginez donc, le meilleur réparateur d'aspirateur de sa firme, installé dans cette ville paumée d'Arizona. Employé modèle, prêt à tout pour satisfaire les exigences de son boss, jamais un mot plus haut que l'autre... Bon normal notre bonhomme est muet :-)
Sauf que ce portrait est une façade derrière laquelle se cache un ancien homme de main de la mafia mexicaine qui n'a pas trouvé mieux comme couverture. Autant dire qu'il est hautement recherché par ses anciens collègues. Et quand 2 d'entre eux vont croiser sa route, cela va faire quelques étincelles.
Clairement j'avais l'impression de lire du très bon Tarantino. Un polar à tendance loufoque, des enchainements de scènes aux rebondissements aussi improbable que bien vu. Quelques personnages secondaires truculents pour venir compléter le décor. Une juste dose d'action, des dialogues excellentissimes qui amènent par moment une touche d'humour décalé. Un découpage efficace de l'histoire, quelques excellentes fausses pubs viennent se glisser aussi ça et là dans l'album... Bref, j'ai beau cherché je ne vois pas un défaut à cet album.
Bravo monsieur Pétrimaux pour cet univers génial, j'applaudis des deux mains et j'attend la suite avec impatience.
Philippe Valette est un auteur à part, tel Quantin Dupieux pour le cinéma.
Après le très gonflé "Georges Clooney" (culte ou à jeter, sans compromis), voici une nouvelle découverte, révélée par le précieux prix du polar (qui m'a permis de découvrir Petites coupures à Shioguni).
On suit une histoire rigolote, servie par un trio n'ayant a priori rien de comique. Le graphisme est simple et géométrique. Ok c'est rigolo mais sans plus. Et là survient la découverte de la fameuse disquette... accrochez vos ceintures ça décolle. Les plans deviennent fous, les délires s'accumulent, le rythme s'accélère et le tout dans la joie et la bonne humeur. Il y a du Indiana Jones, du Monk, du Mission impossible, du South Park etc. il n'y a qu'à se servir.
Un scénario haletant prenant place dans un open space des années 90, peu auraient tenté l'aventure. Philippe l'a fait et remporte le pari haut la main.
Gros coup de coeur !
L'histoire est malheureusement partie intégrante d'une réalité qui persiste encore... et ça fait mal à la lecture. On y repense longtemps après (pas que dans mon cas) et c'est pour moi ce qui justifie la place de ce livre chez soi, afin de le faire lire par d'autres.
Mélangeant réalité, rêve éveillé et surnaturel (mis en rapport avec l'usage imposé de la drogue à ces enfants, c'est tout à fait logique) et servi par un dessin réaliste ne choquant pour tant pas au vu des détails atroces, ce récit tient en haleine du début à la fin.
On espère une rédemption du personnage victime de la folie de chefs de guerre, que l'on sait pourtant impossible. Triste mais froidement logique.
Au-delà de la gravité du sujet, la lecture est si prenante qu'elle se fait d'un trait, les 128 pages ne sont pas de trop. Rapport qualité/prix encore une fois imbattable de la part du label 619. Merci !
"Le Château des étoiles", voilà une histoire que Jules Verne aurait certainement très appréciée, lui qui a émerveillé bon nombre de petits et grands avec ses récits imaginaires décomplexés. Une sorte de Voyage au centre de la Terre inversée, direction la conquête de l’espace au moyen de cette substance qu’on appelle l’éther et dont serait composé le vide spatial et qu’une grande majorité de scientifiques du XIXème siècle croyaient réelle. Partir du principe que dans cette époque de révolution industrielle on découvre l’existence de l’éther et que des nations colonisatrices telles que la Prusse de Bismarck vont tenter de s'approprier cette découverte, c’est le parti pris de cette nouvelle grande aventure signée Alex Alice.
Une histoire qui n’est pas tout à fait ce qu’on peut nommer comme une uchronie car Alice s’amuse à incorporer à son récit fictif des éléments historiques véridiques ainsi que des personnages ayant bien existé. Ainsi on verra apparaître furtivement le compositeur Richard Wagner, l’architecte royal Christian Jank chargé de réaliser la structure de l’astronef, Élisabeth « Sissi » impératrice d’Autriche, et dans un rôle de premier plan le roi Ludwig de Bavière. La passion de ce dernier pour les contes et le mythe du Graal et des chevaliers de la table ronde sont tout à fait authentiques. De même que le château où se déroule la grande majorité de l’intrigue n’est ni plus ni moins que le château de Neuschwanstein qui est un des mes préférés dans le monde. Il est majestueusement dépeint ici aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Quel talent de la part de l’auteur ! Il sait comment vendre du rêve (plus que celui de Disneyland qui est lui aussi inspiré de Neuschwanstein pour la petite anecdote).
Pour en revenir à la BD, on peut dire que j’ai pris mon pied pour faire court. Pour la version longue, j’ai trouvé cette BD très intéressante également pour les lecteurs fans d’Alex Alice. On arrive à déceler des points communs dans chacune de ses œuvres. Je soupçonne Alice d’avoir un gros faible pour les jolies rousses, après Elisabeth d’Elsénor dans Le Troisième Testament et la Walkyrie dans Siegfried, c’est la ravissante Sophie qui reprend le flambeau. C’est même un combo de rouquine si on y ajoute Claire Dulac et Sissi impératrice. D’ailleurs en parlant de Sissi, la ressemblance physique du duo très proche Sissi-Ludwig est quasi similaire à celle du couple la Walkyrie et Siegfried, comme si ces derniers étaient de lointains ascendants aux deux autres. Je ne sais pas si c’est voulu ou non mais je suis très tenté de le croire, c’est très cool et ça apporte une certaine profondeur. C’est comme si les œuvres d’Alice étaient imprégnées d’une continuité, l’histoire comme un éternel recommencement. Même le cadre est identique, la mythologie germanique face à la romantique Bavière.
L’histoire de cet « intégrale 1 » se veut plus qu’introductive car elle fait aussi la part belle à l’action et les complots de couloirs. L’auteur fait monter la pression petit à petit et cela devrait atteindre son point culminant dans le deuxième intégrale. C’est un peu l’équivalent d’un Objectif Lune chez Tintin.
Le dessin est majestueux comme je l’ai dit plus haut, tout en esquisse, on peut utiliser n’importe quel superlatif juste pour dire que c’est du grand art. Alice s’essaye pour la première fois à la couleur directe et je pense qu’on peut dire que le pari est gagné, on en prend plein les mirettes.
Alors, y a-t-il tout de même quelques défauts ? Personnellement rien ne m’a dérangé, si, aller, quelques situations ne paraissent pas très crédibles mais à partir du moment où on envisage la théorie de l’éther comme crédible on fait un peu fi de la crédibilité, place à la magie (ce qui est paradoxal vu que le récit se repose beaucoup sur la science).
Le physique de Hans et son aspect « cartoonesque » peut décontenancer plus d’un lecteur car il apparaît en plus assez tardivement dans l’histoire mais cela ne m’a moi pas dérangé car il apporte une caution humoristique enfantine. Le Nibelung Mime avait déjà un peu le même rôle dans Siegfried avec un rôle plus sarcastique. J’y vois là une volonté de plaire aux enfants car cette série peut tout aussi bien s’adresser à un public adulte (le langage scientifique n’est pas à la porté de tout le monde), ou de grands enfants. L’esprit « julesvernien » est donc respecté.
En attendant les prochaines aventures de Séraphin et ses amis chevaliers de l’éther, je souhaite à ce premier volume de conquérir les étagères des bédéphiles.
Le Château des étoiles – 2ème diptyque – 3ème année Les Chevaliers de Mars !
Les plus impatients peuvent d’ores et déjà embarquer à bord de la suite. Deux mois avant la sortie de la gazette numéro 7, Rue de Sèvres sort un coffret comprenant ladite gazette plus un almanach calendrier de belle facture avec des hommages de grands artistes, plus la maquette du Cygne des étoiles à monter soi-même pour ceux qui ont gardé leur âme d’enfant.
La 2ème année mettait en scène l’alunissage de nos aventuriers, leur exploration et la révélation des mystères de l’astre. La tonalité enfantine du premier livre perdait peu à peu de son innocence pour rentrer davantage dans le mythe arthurien avec cet émouvant adieu du roi Ludwig à Séraphin qui lui fît promettre de partager la connaissance de l’éther pour le bien des peuples, tel le roi Arthur désignant Perceval comme son meilleur disciple et successeur, avant de partir pour Avalon d’où il ne revint jamais. Et ainsi une fois revenu sur Terre, ce deuxième chapitre se concluait sur un formidable message d’espoir, de tolérance et d’appel à la fraternité entre les peuples.
Si je lui trouvais des allures d’Objectif Lune au tout début de l'aventure, Les Chevaliers de Mars débute sous des auspices dignes de L’Île Noire. L'intrigue prend pour cadre celui d’une Bretagne idyllique et campagnarde avec beaucoup de dessins représentants Océan, phare, plage, village typique du coin… dans une ambiance inquiétante où les personnages cherchent à se faire peur. Il se murmure de sombres rumeurs dans les tavernes parmi les pedzouilles mal débourrés dont certains auraient aperçu un albatros monstrueusement géant (ces derniers n’ayant jamais entendu parler de l’éthernef). Et lorsque se ne sont pas ces béotiens, c’est cet indécrottable trouillard d’Hans qui s’y colle, croyant dur comme fer à ces légendes celtes.
Au premier plan, nos champions vont être forcés de sortir de leur retraite : le père de Séraphin a disparu, ses modèles paternels disparaissent les uns après les autres, et le doute commence à s’installer dans son esprit, d’autant plus que les relations avec ses frères chevaliers n’est pas au beau-fixe. Le temps joue contre eux car si la publication des plans de l’éthernef a permis dans un premier temps de couper l’herbe sous le pied de Bismark, ce vampire assoiffé de conquête et qui s’imagine bien tel le dieu de la guerre, n’a pas dit son dernier mot et Mars pourrait bien être la clé de voûte ouvrant la voie à la conquête de toute la galaxie !
Admiratif des graphismes des deux premiers tomes, la suite demeure du même tonneau. Alex Alice nous offre des compositions qui laissent d’abord médusé puis rêveur : il n’y a pas de mot pour décrire le fog londonien et ce plan sur Big Ben en contre-plongée, ou cette vision fantasmagorique de Mars la rouge surplombant cette petite île de Bretagne entourée d’une eau bleue sombre où nos héros se sont installés.
Grand enfant ou vieil amateur nostalgique d’Edgar Rice Burroughs, Les Chevaliers de Mars constitue un événement à suivre et à ne surtout pas manquer.
Mise à jour 04/07/20184ème année - Fin du deuxième diptyque
Le Château des étoiles, 2ème diptyque, gazette n°12, c'est déjà fini ! Que le temps passe... on ne voit pas nos héros Séraphin, Sophie et Hans grandirent et pourtant il y a de légères nuances dans les traits faciaux, un brin plus adolescent, moins enfantins qu'aux débuts... et que d'aventures parcourus, que de dangers mortels évités !
Ces Chevaliers de Mars a tenu toutes ses promesses, c'était digne du grand Edgar Rice Burroughs. Alex Alice délaisse dans sa deuxième partie l'action pour davantage d'exploration mais comme encore 12 gazettes sont prévus à la programmation, un petit temps peut faire du bien. Je retiens surtout l'aspect graphique parce que c'est... whoua, il n'y a juste pas de mot pour décrire ces visuels époustouflants en grand format. C'est du niveau Miyazaki quoi. Avec cette série Alice rentre dans la cour des grands, des très grands (il y était déjà selon moi mais là, il n'y a plus de doute possible).
Désormais, la guerre des mondes est déclarée. Vivement la suite !
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Le Chant des Stryges
Cette BD rappelle la série X-Files dont j’étais un grand fan entre le polar et le fantastique teinté d’ésotérisme. J’ai aimé d’emblée cet univers. Comment ne pas frémir devant les terribles Stryges? C’est angoissant et très bien ficelé au niveau de l’intrigue. Très vite, cette série s’est imposée parmi mes préférées et je n’ai pas eu de mal à acquérir toutes les autres séries dérivées émanant de l’univers des Stryges à l'exception d'Asphodèle. Encore aujourd’hui, j’éprouve beaucoup de plaisir à la lecture. Il y a tout ce que j’aime dans la bande dessinée. Je dois être certainement le cœur de la cible visée parmi les lecteurs. Cependant, il est très dommage qu’en cours de série, le format de la BD a évolué au mépris des fidèles acheteurs qui avaient commencé par un format plus petit. Delcourt ne respecte pas ses fidèles lecteurs ! C’est vraiment caractéristique de cet éditeur ! De plus, les couvertures originales sont bien moins attractives que les nouvelles. Que dire également des tranches qui ont complètement évolué ! Nous avons ici « la totale » de ce qui peut être désagréable pour un collectionneur de bd. Mais il est vrai que selon Delcourt, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse avec comme leitmotiv "il faut respecter l’œuvre de l’auteur". J'ai éprouvé un peu de regret mais je ne pouvais me permettre de tout racheter à nouveau. Cette BD demeure toutefois indispensable dans toute collection de BD qui se respecte. Je considère le scénariste Corbeyran comme le meilleur de sa génération. C'est véritablement du grand art ! J'ai toutefois attendu la fin de la saison 2 pour décerner la note maximale à cette série. C'est tout simplement magistral dans le dénouement. Alors que les séries dérivées ont véritablement eu du mal à se conclure, voilà que le Chant des Stryges parvient à se bonifier. Une très belle réussite qui parvient à nous tenir en haleine ! La saison 3 se déroule 7 ans après les faits du remarquable tome 12 qui nous dévoile l'identité du fameux Sandor Weltman. Il était difficile d'assurer la relève pour relancer l'intrigue. Pourtant, le 13ème tome y parvient en introduisant une nouvelle problématique ainsi qu'un nouveau personnage assez psychopathe. Le 14ème tome va encore aller plus loin avec des scènes qui font froid dans le dos. On sent bien que c'est la dernière ligne droite avant le final général de toute une saga fantastique qui a réussi le pari de la cohérence. Au 15ème tome, on se rend compte qu'un personnage féminin introduit à la fin du précédent a totalement disparu des écrans sans en connaître la raison. Cela m'a chiffonné sur toute la lecture de cet album qui marque des retrouvailles mais qui est surtout l'occasion de faire une petite pause dans l'intrigue. Le 16ème tome voit la disparition d'un personnage central qu'on avait plaisir à suivre notamment dans les séries dérivées de cet univers. Le 17ème tome se termine de manière un peu abrupte. On se demande comment le scénariste va faire pour le dernier tome de la série qui va clôturer cette saga des Stryges. C'est un défi colossal à relever. S'il y parvient, la note culte sera bien justifiée. Le dernier tome confirme le talent de l'auteur qui met un terme à cette saga commencée il y a près de 20 ans. Nul doute qu'elle aura un peu marqué le monde de la bande dessinée moderne c'est à dire celle du XXIème siècle. Il y a certes eu des hauts et des bas mais au final une belle aventure. Note Dessin : 4.25/5 – Note Scénario : 4.75/5 – Note Globale : 4.5/5
Les Compagnons du Crépuscule
Bourgeon a réalisé en solo trois séries superbes, que j’adore, et que j’ai relues de multiples fois. Et ce dans des univers très différents, avec la SF pour Le Cycle de Cyann, l’aventure maritime du XVIIIème siècle avec Les Passagers du vent, et donc du médiéval fantastique avec « Les compagnons du crépuscule ». De ces trois séries, « Les compagnons du crépuscule » est sans conteste celle qui est la moins facile à appréhender, qui nécessite le plus d’efforts pour entrer – et rester ! – dedans. D’abord parce que le texte est très abondant, très riche et dense, mais aussi parce que certaines parties de l’intrigue sont un peu plus obscures : c’est avant tout le cas du deuxième album, clairement le plus complexe, avec certains passages peut-être moins fluides – et jouant davantage sur le fantastique, la poésie, l’imaginaire. Mais, si vous vous accrochez, vous découvrirez une histoire à la fois riche et belle, prenante, que j’aime en tout cas beaucoup. Comme pour toutes ses productions, Bourgeon s’est documenté, et cela se voit. Dans les dialogues d’abord, abondants et riches, comme signalé plus haut, mais aussi remplis de termes moyenâgeux (cette force est aussi une des difficultés déjà signalées). En plus des dialogues, ce sont les décors qui font « que l’on s’y croit ». En effet, que ce soit les habits, les habitations (ville et châteaux), mais aussi les paysages, le dessin de Bourgeon est très bon et très beau, et en plus est très crédible. C’est une belle reconstitution de l’Europe de ces temps troublés. En cela le dernier tome (deux fois plus épais que les précédents avec près de 130 pages !) est vraiment superbe, alliant un scénario aux petits oignons à un dessin franchement très bon. Ajoutons que, fidèle à son habitude, Bourgeon a su créer des personnages féminins très forts - et très beaux (dans tous les sens du terme d'ailleurs), comme Mariotte. C'est une série exigeante, mais que je vous encourage à découvrir si ce n’est pas déjà fait !
Les Lumières de l'Aérotrain
Ça démarre gentiement, presque poétiquement, avec cette histoire de deux gamins un peu livrés à eux-mêmes, dont un est complètement fondu d'un mythe français oublié... Et puis assez vite, c'est la marque de fabrique de Ducoudray qui s'installe, on voit que le social n'est pas rose, et même un peu glauque par moments. Mais ça ce n'est que le début, car au bout d'un moment on bascule carrément dans le drame. Le vrai, le fait divers qui met mal à l'aise. Et qu'on n'a pas du tout senti venir. Aurélien Ducoudray, pour nous conter ce drame, s'est attaché le talent de Johann Corgié, jusqu'ici connu pour son excellent travail en tant que coloriste. Et puis là, sur son premeir album officiel en tant que dessinateur, c'est une belle découverte, on sent que le bonhomme a fourbi ses armes dans son coin, attendant le moment propice pour les sortir et nous faire béer d'admiration. Il ira loin. C'est un bon album, mais il lui manque quelque chose pour le faire basculer dans la catégorie des classiques, je ne saurais dire quoi. En tous les cas je vous le recommande.
Gilgamesh (Harder)
Jens Harder est un habitué des projets atypiques, pour lesquels il mène un long travail de recherche, et qui l’amènent à traiter d’une période ancienne (voir "Alpha… directions"). Une nouvelle fois Actes Sud recueille le fruit de son travail. Même si ce n’est pas absolument nécessaire, je vous recommande de commencer par la fin, c’est-à-dire l’important (dans tous les sens du terme) dossier de fin de volume. En plus d’une iconographie très riche, d’un lexique et d’un index des noms cités, Jens Harder y explique comment lui est venu l’idée de traiter de ce sujet, ses questionnements, et les réflexions que son travail a entrainées. Très riche, instructif, et intéressant ! L’épopée de Gilgamesh est un texte fondateur et, par-delà ses qualités « littéraires », c’est aussi une mine de renseignements sur la pensée des peuples mésopotamiens d’il y a quelques millénaires. Jens Harder a pris le parti dans son traitement graphique, de coller au maximum au niveau du rendu à ce que l’on peut voir sur les sculptures, fresques que nous connaissons de cette époque (vues au Louvre par exemple), en particulier en représentant la plupart du temps les personnages de profil, avec un rendu proche de la sculpture : c’est vraiment original et très réussi ! Pour ce qui est de « l’histoire » en elle-même, il suit celle que les études des 12 tablettes aujourd’hui découvertes et analysées nous ont livrée (il signale juste par des pointillés lorsque le texte est lacunaire) : mais la narration ne souffre pas de cette volonté d’être fidèle à un texte assez éloigné de prime abord des canons narratifs contemporains. Toujours est-il que les aventures du roi Gilgamesh et de son compagnon Enkidu, au milieu des dieux et des hommes, avec un Gilgamesh qui pourrait prétendre – bien avant Héraclès ! – à être le premier super-héros, se laissent lire très agréablement. Il faut juste être réceptif à ce genre de texte – mais c’est mon cas. Et je trouve que le traitement de Harder est très adapté au sujet, en ne sacrifiant pas le texte et son cheminement à une réécriture artificielle. Harder garde bien la naïveté, et la force du texte d’origine, ses « adaptations » se faisant de manière très discrète. C’est en tout cas une belle transcription de ce grand texte en BD !
Grand Est
Adapté librement de son propre livre "Vue imprenable sur la folie du monde" qu'il scénarise sur des dessins de Franck Biancarelli, Grand Est porte un regard avisé sur une région française bien souvent écartée des projecteurs : la Lorraine et par extension le Grand Est comme il est de coutume de l'appeler depuis quelques années. Nul n'est besoin de connaître le remarquable travail d'investigations de Denis Robert pour en savourer les contours, cette région pourrait tout aussi bien être une autre et servir de porte étendard aux maux économiques actuels de notre société. Oui mais voilà, cette région c'est la mienne. Celle dans laquelle je vis depuis presque 50 ans et dans laquelle je finirais également probablement mes jours. Celle de mon quotidien, de mes espoirs et une région qui porte peu d'attractivité pour qui n'y serait pas né. Car la Lorraine ce n'est pas que de la grisaille mais surtout une formidable terre d'accueil et d'espoirs pour tous les horizons qui s'est rapidement ternie au cours des années 70 avec la fermeture de grands sites sidérurgiques. Denis Robert ne porte pas d'orientation politique à ses souvenirs qu'il nous fait vivre sous la forme d'un Road Movie avec son plus jeune fils. L'occasion idéale pour emmener le lecteur d'Alsace en Moselle sans oublier les Vosges pour croiser des gens simples mais riches de souvenirs. Le gosse constitue la part d'innocence, lui ne se préoccupe que de savoir si tel héros Marvel est plus fort que tel héros Marvel. Il représente le présent et le futur de la région dans toute l'insouciance innocente d'un gamin d'une dizaine d'années peut avoir. Denis Robert se joue de métaphores sur des lieux touristiques ou des faits divers et sociaux en rappelant à quel point le monde actuel est malade. Le tout pourrait paraitre rébarbatif à la longue mais la mise en scène de Biancarelli est juste et agréable à l'oeil, reproduisant l'environnement si caractéristique de cette région et par une colorisation bichromique toujours alerte. Ce livre est immense, le récit est beau et passionnant. Revisiter tout un pan de ma vie en ces quelques pages est un exercice difficile et aurait pu rapidement basculer dans la facilité et le redondant. Il n'en est rien. Ceci est un simple constat de la vie qui passe dans une région qui a beaucoup morflé et cherche toujours à se relever. Indispensable à mes yeux en espérant que Grand Est le soit également pour vous, lecteurs de tous horizons.
Docteur Radar
Par une amusante combinaison des récits de E.P. Jacobs et des romans de Gaston Leroux, Docteur Radar est un immense hommage aux vieilles séries radiophoniques dont Simsolo s'est fortement inspiré pour donner vie à cette course poursuite sans fin entre le machiavélique Docteur Radar et une équipe de dilettantes aventuriers. Le principal intérêt tient en deux mots : le rythme soutenu de ces aventures essentiellement nocturnes d'une part et le dessin de Frédéric Bézian d'autre part. Qu'il s'agisse du choix de couleurs restreint mais de toute beauté ou des cadrages ambitieux, le lecteur peine à s'attarder sur le charme rétro des dessins ou l'envie de poursuivre et de tourner à vive allure les pages afin d'en connaître le prochain rebondissement. Il s'agit donc d'une grande réussite à 4 mains pour un titre qui ne révolutionnera pas le monde de la Bande Dessinée mais dont il serait difficile de s'en passer tant le plaisir est instantané pour les yeux comme le dépaysement.
Il faut flinguer Ramirez
Cela fait un moment que je n'avais pas été autant emballé par une BD, voilà une lecture qui fait vraiment plaisir ! C'est simple, il y a tout dans cette BD. Un dessin en tout point excellent, des cadrages dynamiques au possible, un scénario aux petits oignons, des touches d'humour, de l'action juste ce qu'il faut, un personnage principal énigmatique qui est une merveille d'originalité à lui tout seul. Imaginez donc, le meilleur réparateur d'aspirateur de sa firme, installé dans cette ville paumée d'Arizona. Employé modèle, prêt à tout pour satisfaire les exigences de son boss, jamais un mot plus haut que l'autre... Bon normal notre bonhomme est muet :-) Sauf que ce portrait est une façade derrière laquelle se cache un ancien homme de main de la mafia mexicaine qui n'a pas trouvé mieux comme couverture. Autant dire qu'il est hautement recherché par ses anciens collègues. Et quand 2 d'entre eux vont croiser sa route, cela va faire quelques étincelles. Clairement j'avais l'impression de lire du très bon Tarantino. Un polar à tendance loufoque, des enchainements de scènes aux rebondissements aussi improbable que bien vu. Quelques personnages secondaires truculents pour venir compléter le décor. Une juste dose d'action, des dialogues excellentissimes qui amènent par moment une touche d'humour décalé. Un découpage efficace de l'histoire, quelques excellentes fausses pubs viennent se glisser aussi ça et là dans l'album... Bref, j'ai beau cherché je ne vois pas un défaut à cet album. Bravo monsieur Pétrimaux pour cet univers génial, j'applaudis des deux mains et j'attend la suite avec impatience.
Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle
Philippe Valette est un auteur à part, tel Quantin Dupieux pour le cinéma. Après le très gonflé "Georges Clooney" (culte ou à jeter, sans compromis), voici une nouvelle découverte, révélée par le précieux prix du polar (qui m'a permis de découvrir Petites coupures à Shioguni). On suit une histoire rigolote, servie par un trio n'ayant a priori rien de comique. Le graphisme est simple et géométrique. Ok c'est rigolo mais sans plus. Et là survient la découverte de la fameuse disquette... accrochez vos ceintures ça décolle. Les plans deviennent fous, les délires s'accumulent, le rythme s'accélère et le tout dans la joie et la bonne humeur. Il y a du Indiana Jones, du Monk, du Mission impossible, du South Park etc. il n'y a qu'à se servir. Un scénario haletant prenant place dans un open space des années 90, peu auraient tenté l'aventure. Philippe l'a fait et remporte le pari haut la main.
Doggybags - Teddy Bear
Gros coup de coeur ! L'histoire est malheureusement partie intégrante d'une réalité qui persiste encore... et ça fait mal à la lecture. On y repense longtemps après (pas que dans mon cas) et c'est pour moi ce qui justifie la place de ce livre chez soi, afin de le faire lire par d'autres. Mélangeant réalité, rêve éveillé et surnaturel (mis en rapport avec l'usage imposé de la drogue à ces enfants, c'est tout à fait logique) et servi par un dessin réaliste ne choquant pour tant pas au vu des détails atroces, ce récit tient en haleine du début à la fin. On espère une rédemption du personnage victime de la folie de chefs de guerre, que l'on sait pourtant impossible. Triste mais froidement logique. Au-delà de la gravité du sujet, la lecture est si prenante qu'elle se fait d'un trait, les 128 pages ne sont pas de trop. Rapport qualité/prix encore une fois imbattable de la part du label 619. Merci !
Le Château des étoiles
"Le Château des étoiles", voilà une histoire que Jules Verne aurait certainement très appréciée, lui qui a émerveillé bon nombre de petits et grands avec ses récits imaginaires décomplexés. Une sorte de Voyage au centre de la Terre inversée, direction la conquête de l’espace au moyen de cette substance qu’on appelle l’éther et dont serait composé le vide spatial et qu’une grande majorité de scientifiques du XIXème siècle croyaient réelle. Partir du principe que dans cette époque de révolution industrielle on découvre l’existence de l’éther et que des nations colonisatrices telles que la Prusse de Bismarck vont tenter de s'approprier cette découverte, c’est le parti pris de cette nouvelle grande aventure signée Alex Alice. Une histoire qui n’est pas tout à fait ce qu’on peut nommer comme une uchronie car Alice s’amuse à incorporer à son récit fictif des éléments historiques véridiques ainsi que des personnages ayant bien existé. Ainsi on verra apparaître furtivement le compositeur Richard Wagner, l’architecte royal Christian Jank chargé de réaliser la structure de l’astronef, Élisabeth « Sissi » impératrice d’Autriche, et dans un rôle de premier plan le roi Ludwig de Bavière. La passion de ce dernier pour les contes et le mythe du Graal et des chevaliers de la table ronde sont tout à fait authentiques. De même que le château où se déroule la grande majorité de l’intrigue n’est ni plus ni moins que le château de Neuschwanstein qui est un des mes préférés dans le monde. Il est majestueusement dépeint ici aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Quel talent de la part de l’auteur ! Il sait comment vendre du rêve (plus que celui de Disneyland qui est lui aussi inspiré de Neuschwanstein pour la petite anecdote). Pour en revenir à la BD, on peut dire que j’ai pris mon pied pour faire court. Pour la version longue, j’ai trouvé cette BD très intéressante également pour les lecteurs fans d’Alex Alice. On arrive à déceler des points communs dans chacune de ses œuvres. Je soupçonne Alice d’avoir un gros faible pour les jolies rousses, après Elisabeth d’Elsénor dans Le Troisième Testament et la Walkyrie dans Siegfried, c’est la ravissante Sophie qui reprend le flambeau. C’est même un combo de rouquine si on y ajoute Claire Dulac et Sissi impératrice. D’ailleurs en parlant de Sissi, la ressemblance physique du duo très proche Sissi-Ludwig est quasi similaire à celle du couple la Walkyrie et Siegfried, comme si ces derniers étaient de lointains ascendants aux deux autres. Je ne sais pas si c’est voulu ou non mais je suis très tenté de le croire, c’est très cool et ça apporte une certaine profondeur. C’est comme si les œuvres d’Alice étaient imprégnées d’une continuité, l’histoire comme un éternel recommencement. Même le cadre est identique, la mythologie germanique face à la romantique Bavière. L’histoire de cet « intégrale 1 » se veut plus qu’introductive car elle fait aussi la part belle à l’action et les complots de couloirs. L’auteur fait monter la pression petit à petit et cela devrait atteindre son point culminant dans le deuxième intégrale. C’est un peu l’équivalent d’un Objectif Lune chez Tintin. Le dessin est majestueux comme je l’ai dit plus haut, tout en esquisse, on peut utiliser n’importe quel superlatif juste pour dire que c’est du grand art. Alice s’essaye pour la première fois à la couleur directe et je pense qu’on peut dire que le pari est gagné, on en prend plein les mirettes. Alors, y a-t-il tout de même quelques défauts ? Personnellement rien ne m’a dérangé, si, aller, quelques situations ne paraissent pas très crédibles mais à partir du moment où on envisage la théorie de l’éther comme crédible on fait un peu fi de la crédibilité, place à la magie (ce qui est paradoxal vu que le récit se repose beaucoup sur la science). Le physique de Hans et son aspect « cartoonesque » peut décontenancer plus d’un lecteur car il apparaît en plus assez tardivement dans l’histoire mais cela ne m’a moi pas dérangé car il apporte une caution humoristique enfantine. Le Nibelung Mime avait déjà un peu le même rôle dans Siegfried avec un rôle plus sarcastique. J’y vois là une volonté de plaire aux enfants car cette série peut tout aussi bien s’adresser à un public adulte (le langage scientifique n’est pas à la porté de tout le monde), ou de grands enfants. L’esprit « julesvernien » est donc respecté. En attendant les prochaines aventures de Séraphin et ses amis chevaliers de l’éther, je souhaite à ce premier volume de conquérir les étagères des bédéphiles. Le Château des étoiles – 2ème diptyque – 3ème année Les Chevaliers de Mars ! Les plus impatients peuvent d’ores et déjà embarquer à bord de la suite. Deux mois avant la sortie de la gazette numéro 7, Rue de Sèvres sort un coffret comprenant ladite gazette plus un almanach calendrier de belle facture avec des hommages de grands artistes, plus la maquette du Cygne des étoiles à monter soi-même pour ceux qui ont gardé leur âme d’enfant. La 2ème année mettait en scène l’alunissage de nos aventuriers, leur exploration et la révélation des mystères de l’astre. La tonalité enfantine du premier livre perdait peu à peu de son innocence pour rentrer davantage dans le mythe arthurien avec cet émouvant adieu du roi Ludwig à Séraphin qui lui fît promettre de partager la connaissance de l’éther pour le bien des peuples, tel le roi Arthur désignant Perceval comme son meilleur disciple et successeur, avant de partir pour Avalon d’où il ne revint jamais. Et ainsi une fois revenu sur Terre, ce deuxième chapitre se concluait sur un formidable message d’espoir, de tolérance et d’appel à la fraternité entre les peuples. Si je lui trouvais des allures d’Objectif Lune au tout début de l'aventure, Les Chevaliers de Mars débute sous des auspices dignes de L’Île Noire. L'intrigue prend pour cadre celui d’une Bretagne idyllique et campagnarde avec beaucoup de dessins représentants Océan, phare, plage, village typique du coin… dans une ambiance inquiétante où les personnages cherchent à se faire peur. Il se murmure de sombres rumeurs dans les tavernes parmi les pedzouilles mal débourrés dont certains auraient aperçu un albatros monstrueusement géant (ces derniers n’ayant jamais entendu parler de l’éthernef). Et lorsque se ne sont pas ces béotiens, c’est cet indécrottable trouillard d’Hans qui s’y colle, croyant dur comme fer à ces légendes celtes. Au premier plan, nos champions vont être forcés de sortir de leur retraite : le père de Séraphin a disparu, ses modèles paternels disparaissent les uns après les autres, et le doute commence à s’installer dans son esprit, d’autant plus que les relations avec ses frères chevaliers n’est pas au beau-fixe. Le temps joue contre eux car si la publication des plans de l’éthernef a permis dans un premier temps de couper l’herbe sous le pied de Bismark, ce vampire assoiffé de conquête et qui s’imagine bien tel le dieu de la guerre, n’a pas dit son dernier mot et Mars pourrait bien être la clé de voûte ouvrant la voie à la conquête de toute la galaxie ! Admiratif des graphismes des deux premiers tomes, la suite demeure du même tonneau. Alex Alice nous offre des compositions qui laissent d’abord médusé puis rêveur : il n’y a pas de mot pour décrire le fog londonien et ce plan sur Big Ben en contre-plongée, ou cette vision fantasmagorique de Mars la rouge surplombant cette petite île de Bretagne entourée d’une eau bleue sombre où nos héros se sont installés. Grand enfant ou vieil amateur nostalgique d’Edgar Rice Burroughs, Les Chevaliers de Mars constitue un événement à suivre et à ne surtout pas manquer. Mise à jour 04/07/2018 4ème année - Fin du deuxième diptyque Le Château des étoiles, 2ème diptyque, gazette n°12, c'est déjà fini ! Que le temps passe... on ne voit pas nos héros Séraphin, Sophie et Hans grandirent et pourtant il y a de légères nuances dans les traits faciaux, un brin plus adolescent, moins enfantins qu'aux débuts... et que d'aventures parcourus, que de dangers mortels évités ! Ces Chevaliers de Mars a tenu toutes ses promesses, c'était digne du grand Edgar Rice Burroughs. Alex Alice délaisse dans sa deuxième partie l'action pour davantage d'exploration mais comme encore 12 gazettes sont prévus à la programmation, un petit temps peut faire du bien. Je retiens surtout l'aspect graphique parce que c'est... whoua, il n'y a juste pas de mot pour décrire ces visuels époustouflants en grand format. C'est du niveau Miyazaki quoi. Avec cette série Alice rentre dans la cour des grands, des très grands (il y était déjà selon moi mais là, il n'y a plus de doute possible). Désormais, la guerre des mondes est déclarée. Vivement la suite !