Alors là mesdames et messieurs, je dis oui ! Oui tout de suite et sans concession à cette BD merveilleuse qui a su ENFIN établir quelque chose de beau et de poétique sur la question du travestissement ou du transgenre. Et nom d'un chien ça fait du bien de lire ça !
Je ne serais absolument pas objectif sur cette BD parce que j'ai été ému jusqu'aux larmes lors de ma lecture ET de la fin, donc autant dire que niveau ressenti j'ai été dedans à pieds joints. Alors tout est fait pour : le style de narration qui emprunte le chemin du conte pour pouvoir faire de temps en temps des petites incartades particulièrement bien senties (comme cette énorme réflexion que fait le roi sur le changement du monde et la nécessité d'accepter ce qui paraissait encore impensable hier). Le trait en rondeur, en douceur même, avec ses couleurs chatoyantes et douces en même temps ... Et bien sûr, tout le message qui en est dégagé ! Je dirais bien qu'il y a une belle histoire d'amour en plus, mais en vrai le propos n'est pas tant sur la romance que sur le regard, et à cet égard je suis subjugué par la justesse du propos.
En fait, je crois bien que c'est la première fois que je lis une BD aussi joliment faite et aussi assumé dans son propos : le travestissement est accepté par le protagoniste, qui ne se remet pas en question en tant que "déviant" de la norme, et toute l'histoire tourne autour du regard des autres là-dessus. Et c'est foutrement bien joué : pas de questionnement sur ce qu'il est ou ce qu'il ressent. Il le sait, il l'assume et la seule personne qui partage son secret en fait de même. Voila le genre de message positif qu'on devrait lire bien plus souvent. Surtout quand c'est aussi bien mis en scène ...
Et je ne peux même pas parler de tout ! Emile, le majordome, qui sait tout et se contente de dire "ça ne me concerne pas", comme beaucoup devraient le faire dans la vie; les discours de certaines personnes (notamment sur la fin) qui sont d'une sacrée pertinence ... Oui, je suis vraiment ébloui par la beauté de ce conte et la justesse de son ton. Ni moralisateur, ni dénonciateur, il se contente de faire une histoire belle et tendre sur un fait qui est vu comme normal. Et en lisant ce genre d'histoire, je me dis que j'ai vraiment hâte que ce soit la norme sociétale également.
Je ne veux même pas épiloguer sur le dessin, qui rehausse l'ensemble par un trait totalement adapté au conte, une colorisation magique et des magnifiques costumes. C'est simple et beau, efficace, ... Je ne sais quoi en dire.
Oui, encore une fois je m'emporte, je lâche des grands mots, je suis sous le charme. Mais quand une BD est aussi simple et belle, aussi merveilleuse de ton et aussi touchante, avec une portée quasi-universelle, je crois bien que je n'ai même pas besoin de justifier ma note. C'est beau, diablement beau, et j'en ai encore une humidité au coin de l’œil après cette critique. Quand la BD est capable de nous toucher autant, il est parfois nécessaire de se taire et de simplement apprécier. Ce que je retourne faire en espérant que vous irez vite en faire de même.
Extrêmement marqué par ma lecture de Il était une fois en France, c’est avec une impatience non feinte que je me suis jeté sur Katanga, nouveau fait d’armes de l’incroyable tandem Nury/Vallée. Il me faut concéder que je ne me serais probablement pas intéressé à cette série si ces deux noms n’y avaient pas été accolés. Cependant, je ne regrette pas un instant la confiance que j’ai accordée aux auteurs.
Comme les posteurs qui m’ont précédé l’ont justement rappelé, Katanga raconte une histoire de chasse aux diamants dans un contexte de sécession, juste après la déclaration d’indépendance du Congo. Sous des latitudes pour le moins troublées se rencontrent, s’associent ou se trahissent des personnages plus antipathiques les uns que les autres, aux motivations plus ou moins "moralement justifiables". Politiciens cruels et avides de pouvoir, mercenaires désœuvrés en quête de sensations fortes, autochtones exprimant leur révolte par une grande violence… Bref, le lecteur fait connaissance avec toute une galerie de personnages finement croqués par le trait souple, dynamique, vivant et remarquablement expressif de Sylvain Vallée, parfaitement à l’aise dans l’exercice.
Si l’on n'éprouve qu’une sympathie très limitée pour la grande majorité des protagonistes, Katanga impressionne et captive grâce à une mise en scène absolument remarquable et un sens du rythme confondant. Une fois happé, il est impossible de lâcher les albums tant les rouages de la narration sont maîtrisés. Autre ingrédient particulièrement important à mes yeux, tout sonne de façon parfaitement crédible, tant dans les attitudes des héros que dans leur manière de s’exprimer. Cela facilite grandement l’immersion et donne une vraie force au récit. Si cela n’avait pas été le cas, il est d’ailleurs clair que cette débauche de massacre et de violence aurait eu raison de mon plaisir de lecture et m’aurait ôté l’envie d’aller jusqu’au bout – ou d’enrichir ma bibliothèque avec ces albums, véritables manifestes de cynisme, de corruption et de cupidité.
Étrangement, aussi dépourvus de moralité soient-ils, il arrive que l’on éprouve un soupçon d’empathie pour ces personnages qui cherchent à survivre dans cet univers âpre et dur. A ce titre, j’ai ressenti de la peine pour Félix, Charlie et Alicia. La fin de l’histoire, abjecte et sordide comme il convient, donne un sentiment d’inéluctabilité, de « tout ça pour ça » qui laisse un goût amer en bouche après la lecture et frappe d'autant plus juste. Je suis sûr que c’est ce que le duo d’auteur – accompagné par l’excellent Jean Bastide aux couleurs – souhaitait accomplir, et cela fonctionne. Impossible de sortir indemne de cette trilogie.
Jouissive dans sa débauche, mise en scène de façon véritablement cinématographique, riche dans sa psychologie, très sanglante mais passionnante de bout en bout, Katanga est une vraie réussite. Même si son registre est un peu trop violent pour moi, j’encourage chaleureusement sa découverte et son acquisition, ayant rarement eu la chance de tomber sur des séries d’action d’une telle qualité. Bravo aux auteurs !
Série marquante que celle-là, série très clivante – que ce soit pour le fond ou pour la forme –, au point que j’ai plus de mal à comprendre les 3 étoiles que les 1 ou les 5 étoiles.
Malgré quelques bémols épars, je n’étais, pour ce qui me concerne, pas loin de lui accorder l’entrée dans la catégorie culte.
Cela part sur de la Science-Fiction relativement classique (avec quelques touches d’humour), autour d’un personnage bien falot, plutôt minable même, John Difool. Un pauvre type qui donnait d’ailleurs son nom à la série, au départ.
Puis, disons surtout à partir du troisième tome, cela part dans un gros délire de Jodorowsky (comme souvent chez lui !), dans un space opera foutraque, dans lequel Difool perd complètement son rôle central originel : les rééditions et intégrales en ont d'ailleurs pris acte, puisque désormais la série se nomme « L’Incal ».
Délire de Jodo donc (mais quelle imagination quand même!!!), avec pas mal d’envolées mystico-philosophiques – même si c’est quand même un peu plus « retenu » que ce qu’il fera ensuite ailleurs.
Et je ne peux m’empêcher de penser que Jodo improvisait largement la trame, étant donnés la fuite en avant, le délire plus ou moins lyrique, la surenchère de termes, d’actions, qui ne sont pas tous aisément « compréhensibles », loin s’en faut. Même si Jodo retombe sur ses pattes en fin de sixième album, bouclant ainsi sa boucle improbable.
Dans ce gros délire, autour d’un Difool assez transparent – mais que Jodo prend plaisir à multiplier (voire à humilier !) dans le dernier album –, gravite un groupe plutôt hétéroclite (dont Deepo, un oiseau de béton, Kill, personnage à tête de loup, etc.).
Pour faire de cette série une sorte d’immanquable, il fallait être deux. Et là – comme toujours aux côtés de Jodo ! –, on a un grand dessinateur, un génie à double face, Moebius.
Certes, on est très loin ici du trait foisonnant, très précis et réaliste de Giraud (que j’avoue globalement préférer), mais on a là un bon aperçu du travail SF de Moebius, avec un trait bien plus épuré – presque de plus en plus au fur et à mesure de l’avancée de la série.
En tout cas j’aime aussi beaucoup ce dessin, très caractéristique, et qui a influencé beaucoup de monde, en BD ou au cinéma.
Quant à la colorisation, très datée (mais aussi « signant » Moebius), parfois kitsch ou psychédélique, je l’aime bien aussi. En tout cas, préférez les albums d’origine ou la dernière intégrale (fidèle aux originaux dans ce domaine) aux premières rééditions, qui avaient un peu « trahi » cette colorisation.
Jodo et Moebius inspirés, qui se lâchent, on aime ou pas – affaire de goût –, on comprend ou pas (esprit cartésien s’abstenir), mais si l’on est sensible et ouvert à ce genre d’œuvre – certes marquée par son époque et la rencontre de deux grands créateurs –, force est de reconnaître qu’on tient là un petit (un grand ?) chef d’œuvre.
C’est planant, et la fin nous permet un atterrissage – pas forcément en douceur d’ailleurs.
Note réelle 4,5/5.
"Je suis venu en paix, ben tu vas nous la foutre la paix !" C'est déjà par le rappel de la seule tirade intéressante du film Z Dark Angel avec Dolph Lundgren que Griffon a interpellé mes sens... Et voilà la réussite formelle de ce feuilleton : extraire tout le coté ringard de ces récits d'outre tombe pour n'en garder que le meilleur !!!
N'y allons pas par 4 chemins : Carson City est un pur chef d'oeuvre de culture geek, pulp et pop !
Je m'en explique rapidement tant l'empressement de faire apprécier ce qui est devenu à mes yeux aussi indispensable qu'un Mutafukaz voire plus est grand !
Griffon est le dessinateur talentueux et déjà unique d'un Billy Wild de grande envergure par des dessins en noir et blanc de toutes beautés. Son style est parfaitement inimitable et unique à ma connaissance. Il s'agit de dessins uniquement noir & blanc présentant des personnages difformes extrêmement détaillés et finement ciselés dans des décors qui ne sont pas en reste...
Là où "Bill Wild" n'était qu'un essai réussi sur fond de western spaghetti/ambiance fantastique, j'avais déjà noté que le bonhomme ne pouvait que progresser affranchi d'un scénario somme toute classique et Carson City vient remettre de l'ordre dans tout cela car Griffon ose enfin passer la seconde et exposer son amour tarantinesque des codes narratifs (histoire décomposée en plusieurs chapitres et autant de protagonistes, allers & retours dans le temps ménageant suspens et tension, unité de lieu etc...) pour nous offrir un maestria de purs bonheurs adolescents coupables comme je les aime et dont chaque dialogue est amené à devenir culte.
Sur base d'un postulat vaguement Z avec invasions zombies et expérimentations de scientifique fou, Griffon rend hommage à toutes les oeuvres ayant excité son imaginaire en y ayant parfaitement compris ce qui rendait à la fois populaire et captivants les oeuvres de Tarantino citant à la fois Pulp Fiction et Une nuit en enfer. Les deux tomes déjà écrits et publiés en un temps record dénotent davantage d'un travail de perfectionniste soucieux d'offrir le meilleur et rien que le meilleur à ses lecteurs que d'un travail baclé sans queue ni tête car la force justement de l'auteur est de nous prouver qu'il sait parfaitement vers où il se dirige sans balbutiements inutiles. Ici on rentre dans le lard et chaque chapitre peut presque se lire de façon individuelle, le tout s'imbriquant parfaitement dans la trame principale.
Alors il s'agit d'une ènième série de zombies, de portraits de petites frappes sans grande envergure et sans héros principal ? Certes mais à aucun moment on a envie de décrocher de la lecture se délectant à la fois de tirades vraiment poilantes ou de s'extasier sur un découpage quasi parfait et de planches qui savent attiser l'oeil.
Dieu reconnaîtra les siens paraît-il ? Après avoir lu l'intégralité des 7 tomes, les amateurs de bisseries eighties vont totalement se reconnaître dans cette série qui utilise les artifices cinématographiques (présentation désopilante des protagonistes/acteurs sous forme d'arrêt sur l'image et à l'avenir incertain et ironique) et qui restera dans les annales de la bande dessinée européenne underground, à n'en pas douter...
L'ajout de quelques personnages savoureusement kitch et populaires et pas mal de sous intrigues continuent d'enrichir constamment les quelques 600 pages. En se réappropriant des lieux et situations déjà vues et revues mille fois ailleurs mais sous un oeil avisé, Griffon renouvelle le genre par une maîtrise hors norme des scènes d'action mais surtout de dialogues amenés à devenir cultes.
Hilarant et rythmé tout en ne ressemblant à aucune autre oeuvre, Carson City devrait faire date tout en exposant la générosité d'un auteur qui n'aura cessé d'évoluer.
Recommandé et recommandable ? Non indispensable !!! ;-)
Un nouveau Trondheim ne se refuse pas…
Euh mais comme tous mes avis sur ses œuvres commencent toujours par ce même et unique dicton, il va sans dire qu’il faudrait un peu étayer ce genre d’arguments. En plus Trondheim n’aide pas à la transparence puisqu’un coup d’œil sur la seule couverture suffit à nous en rappeler le bon souvenir des Donjon !
Passé cette fausse impression, on entre comme toujours chez Trondheim vers un univers dont lui seul possède la saveur avec ses codes de l’absurde et de l’ordinaire dans un univers d’Heroic Fantasy dont pas mal d’éléments sont absents.
Ralph est un paria au sein de sa communauté et dont le seul tort est de ne pas être l’élu tant désiré du village qui les aidera à repousser une horde d’étrangers belliqueux. Non en lieu et place d’un super pouvoir qui pourrait rebouter les vilains, Ralph a le seul don de connaître si la personne en face de lui va avoir des enfants ou non. Une piètre qualité pour un supposé sauveur que les notables ne vont guère lui pardonner… pour notre plus grand plaisir !
Trondheim se lâche et nous sort un florilège de corniauds bien pensants… et si le premier opus a un peu de mal à décoller il pose parfaitement la base de tout ce joli monde par le truchement de flashbacks bien mis en scène aux moments clés qui nous en révèlent un peu plus…
La couleur est un peu plus travaillée qu'à son habitude avec de très jolis rendus pastels par Brigitte Findakly et sans sortir des registres du label Trondheim, cela apporte un peu de diversité et de nouveauté…
Par un mélange d'improvisation mais tout en conservant une grande maîtrise des évènements, Trondheim surprend et mène son récit sur l'ascension d'un loser tout en en développant un "lore" aussi conséquent que cohérent sur l'origine des Bleuis (ces personnages dotés d'un don après la conjonction des deux lunes de cet univers) ou des artefacts magiques.
Ce mélange inhabituel de poésie et de fantasie condense l'humour absurde et l'évolution particulière d'un exclu cynique dans le style unique d'un auteur prolifique.
Ralph Azham ne fait que monter en puissance au fil de ses cycles et synthétise peut être enfin ce qu'on apprécie le plus chez Trondheim, seul maître à bord de cet univers qui lui ressemble et nous plait tant. La recette de la maturité sans aucun doute.
Depuis le début du "Clan des Chimères", je suis de près le parcours de Michel Suro. Continuant son exploration de l'univers des Stryges, il se lance également dans cette série, avec un féru de paranormal, Richard D. Nolane.
Il est vrai que l'introduction, avec ces personnages qui posent les pieds sur ce qui semble être la légendaire Atlantide, est assez prometteuse, et disons-le, inattendue. Le récit fait ensuite un bond dans le temps et l'espace, et nous sommes dans le sud de la France, au sein d'un comté aux prises avec le Mal des damnés... Pas de lien apparent entre ces deux fils narratifs, et même si la fin de l'album laisse apparaître quelques éléments, elle laisse le lecteur un peu frustré. Bizarrement cette structure narrative -et les sujets abordés- m'ont fait penser à la série Nicolas Eymerich Inquisiteur. Cependant c'est plutôt bien construit, on sent que le personnage d'Alaric a du potentiel.
Au tome 2, qui est sorti plus de 5 ans après le premier, l'intérêt s'est un peu émoussé, même s'il se passe pas mal de choses, avec la résolution du Mal des Esprits et une alliance entre le Vatican et le Diable lui-même. Cela va vite, trop vite. On a la nette impression que Richard D. Nolane a dû boucler sa série en deux tomes plutôt qu'en trois, et du coup tout m'a semblé un peu artificiel... J'espère toutefois revoir Alaric de Rhedae revenir dans d'autres aventures...
Pour en revenir au dessin, je trouve que Michel Suro a encore franchi un cran. Son trait est beaucoup plus assuré, il a perdu quelques tics graphiques qu'il avait encore sur Le Siècle des Ombres, et cette progression fait de lui l'un des meilleurs dessinateurs de l'époque médiévale à l'heure actuelle. On sent qu'il s'éclate à dessiner des châteaux nimbés de brume, des costumes de chevaliers ou des culs-de-basse-fosse. Ca fait plaisir.
Griffon avait marqué le monde de la BD avec son Billy Wild, véritable révélation d'un maître du noir et blanc. Il récidive ici, en accentuant le côté parodique de ses personnages (notamment en surdimensionnant leurs têtes et raccourcissant leurs membres).
Visiblement Guillaume Griffon a voulu s'amuser avec tout un tas de références débiles des années 80, en termes de séries TV et de séries Z, pour construire son propre récit bien décalé. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les zombies ne sont pas très présents sur le premier tome, qui est une sorte d'introduction avec présentation des personnages. C'est vraiment très drôle, et je me suis surpris à sourire comme un niais à certaines références. La suite continue sur le même ton, décalé, avec des personnages dingues, et c'est assez jouissif.
Au tome 5 je pensais atteindre la conclusion de la série, mais ce n'est pas le cas. Ca continue à être à la fois très drôle et délicieusement gore. Les références à la pop culture des années 80-90 continuent, même si c'est parfois un peu fugace (Supercopter...) Je lirai donc la suite (et fin ?) avec plaisir.
Voici une très bonne série, que j'ai enfin pu terminer grâce à l'acquisition du dernier album, et après l'avoir débutée il y a maintenant trois ans.
D'ailleurs, après ma première lecture, je n'avais pas été convaincu. C'est après l'avoir prêtée à mon frère qui m'en a fait une critique élogieuse que je m'y suis replongé. Et je ne vois toujours pas ce que diable j'ai pu reprocher à Wonderball lors de ma première lecture. Tout y est : l'histoire, le dessin, les personnages.
Le dessin tout d'abord. Il est de belle facture et colle très bien à l'atmosphère et à l'époque : les années 80 dans un San Francisco (mais pas seulement) résolument heighties, entre nouveaux riches, développement, pauvreté et toxicomanie. Les traits des personnages sont parfois durs, et parfois brouillons, mais ils sont tous aisément reconnaissables. Le dessin pose l'ambiance de la série, et celle-ci est terriblement prenante.
L'histoire suit un inspecteur de police, Spadaccini, surnommé Wonderball, rapport à une marque de chocolats, qu'il engloutit régulièrement car elle calme ses sautes d'humeur spectaculaires. Il est amené à enquêter sur un tueur de masse, aux réflexes et aptitudes extraordinaires. Il va peu à peu sombrer dans une enquête le reliant à un "collège occulte" aux activités plus que douteuses et trouver des liens avec son propre passé. Devenu suspect à son tour, il va se lancer dans une quête de vérité, notamment sur lui même. L'histoire mêle des éléments de polars classiques, avec notamment la quête du héros pour retrouver son passé et faire éclater la vérité, avec des éléments plus "fantastiques", surnaturels. En effet, le fameux collège permettrait d'augmenter les capacités de ses membres.
Le résultat est très bon, après ma lecture en deux temps du premier album, je n'ai pu me décoller des autres.
Cela est aussi dû aux personnages.
L'inspecteur Spadaccini est une brute épaisse, un flic aux méthodes détestables, grossier et violent, mais qui, toute sa vie durant, mène un combat contre lui même pour rester du côté du "bien". Cela donne un personnage principal très intéressant et captivant.
Dans les personnages secondaires, les "méchants" sont tous bien construits et développés, quand les "gentils" remplissent bien leurs rôles, sans prendre trop de place. Ainsi de la famille de Spadaccini.
Mais deux sortent du lot. Tout d'abord, Le Fantôme est un personnage mystérieux, somme toute assez classique, mais il est développé de telle manière qu'il reste mystérieux de bout en bout, et aucune de ses actions ne le décrédibilise, il reste ce "badass" mystérieux tout du long.
Mais la grande réussite de cette bd est pour moi l'inspecteur Maggie Osterberg, chargée d'enquêter sur l'affaire une fois Spadaccini devenu incontrôlable. Enfin un personnage féminin secondaire dans la veine "je me débrouille aussi bien voire mieux que les hommes" réussi. D'habitude, je trouve toujours que ces personnages finissent par être un peu gâchés, car toujours mis en dessous du personnage principal, qui est un homme. Ainsi de Méjai dans Le Scorpion, des multiples personnages féminins de XIII par exemple. A chaque fois, j'avais un arrière gout désagréable. Ici, je n'ai à aucun moment ressenti cela, alors que j'en avais très peur. L'inspecteur Osterberg est l'un des meilleurs personnages féminins que j'ai pu rencontrer. Elle n'est pas très originale, n'a pas un rôle démesuré, mais elle est sacrément bien construite. Et ça fait la différence.
De façon plus générale, "Wonderball" est une série sacrément bien construite, sans fausse note, et qui m'a intéressé de bout en bout.
Je ne mets pas la note maximale même si ça m'a fortement titillé. Il manque un peu d'originalité et la fin, même si elle n'est pas mauvaise, ne m'a pas transcendé.
Note réelle : 4,5/5. J'ai l'habitude d'arrondir, mais le "culte" se mérite, et "Wonderball" y était presque.
Pendant que le public amateur de bons mots et d'Héroic Fantasy déjantée se réjouit du retour improbable de Donjon, d'autres récits du même acabit arrivent sans crier gare et pourraient même tirer la couverture à eux.
Cette "Boule de feu" réalisée à 4 mains en est un excellent exemple. Qui aurait pu jauger d'une collaboration improbable entre deux auteurs aux univers distincts et aux techniques si différentes ? Et pourtant on tient ici un petit bijou d'humour absurde dont le contraste des personnages rigolos d'Anouk Ricard se fond parfaitement dans les décors lumineux et inspirés créent une atmosphère hypnotique unique.
En partant d'un pitch relativement simple où il est question de rapatrier du monde des humains un Magicien capable de sauver une contrée lointaine d'envahisseurs par la fameuse Boule de Feu du titre, Anouk Ricard développe une jolie bande de bras cassés pour le plus grand plaisir du lecteur.
Fernando n'est guère motivé par sa quête et le Mage Patrix proclamé comme grand sauveur a tout oublié de ses origines ésotériques. L'équipe est bien mal barrée pour sauver le village d'autant plus que le retour ne se fera pas au bon endroit et qu'il leur faudra braver différentes contrées inhospitalières dans un délai imparti.
La suite ne sera qu'une succession de fous rires et de réparties hilarantes tout au long de leurs rencontres hasardeuses.
Et si on rit souvent des bons mots des personnages grotesques d'Anouk Ricard, nos rétines s'attardent souvent sur les décors travaillés d'Etienne Chaize qui renvoient directement à son magnifique travail sur sa précédente oeuvre Hélios.
La technique n'est pas nouvelle et a déjà été employée en incrustant personnages dessinés sur décors photoshopés avec beaucoup moins de succès que par cette Boule de Feu. Ici tout se mêle dans un naturel confondant sans oublier de développer une histoire drôle mais également parfaitement équilibrée.
Il est également à noter que si le prix pour 70 pages reste élevé, les éditions 2024 ont une fois de plus réalisé un livre de grand format et de grande qualité qui ne risquera pas de prendre la poussière dans votre bibliothèque.
Boule de feu est un excellent antidote contre la morosité et en tous points un pari réussi. Incontournable.
Ro a écrit :
"Et là j'ai réalisé que je m'étais fait avoir comme un bleu ! Le retournement final est tel que je suis allé vérifier toutes les planches précédentes pour voir s'il y avait une incohérence. Mais non ! Tout est réalisé à la perfection, et je suis complètement tombé dans le panneau. C'est fait de manière excellente, impeccable !"
Je suis entièrement d'accord avec sa chronique et j'ai eu exactement la même sensation de m'être fait avoir (pour mon plus grand plaisir) et j'ai eu le même réflexe de vérifier la cohérence des planches précédentes... sans faute !
Mise en scène maline, intelligente et subtile avec de superbes dessins et décors sublimes de Cassegrain.
Bref, gros coup de cœur chaudement recommandé.
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Le Prince et la Couturière
Alors là mesdames et messieurs, je dis oui ! Oui tout de suite et sans concession à cette BD merveilleuse qui a su ENFIN établir quelque chose de beau et de poétique sur la question du travestissement ou du transgenre. Et nom d'un chien ça fait du bien de lire ça ! Je ne serais absolument pas objectif sur cette BD parce que j'ai été ému jusqu'aux larmes lors de ma lecture ET de la fin, donc autant dire que niveau ressenti j'ai été dedans à pieds joints. Alors tout est fait pour : le style de narration qui emprunte le chemin du conte pour pouvoir faire de temps en temps des petites incartades particulièrement bien senties (comme cette énorme réflexion que fait le roi sur le changement du monde et la nécessité d'accepter ce qui paraissait encore impensable hier). Le trait en rondeur, en douceur même, avec ses couleurs chatoyantes et douces en même temps ... Et bien sûr, tout le message qui en est dégagé ! Je dirais bien qu'il y a une belle histoire d'amour en plus, mais en vrai le propos n'est pas tant sur la romance que sur le regard, et à cet égard je suis subjugué par la justesse du propos. En fait, je crois bien que c'est la première fois que je lis une BD aussi joliment faite et aussi assumé dans son propos : le travestissement est accepté par le protagoniste, qui ne se remet pas en question en tant que "déviant" de la norme, et toute l'histoire tourne autour du regard des autres là-dessus. Et c'est foutrement bien joué : pas de questionnement sur ce qu'il est ou ce qu'il ressent. Il le sait, il l'assume et la seule personne qui partage son secret en fait de même. Voila le genre de message positif qu'on devrait lire bien plus souvent. Surtout quand c'est aussi bien mis en scène ... Et je ne peux même pas parler de tout ! Emile, le majordome, qui sait tout et se contente de dire "ça ne me concerne pas", comme beaucoup devraient le faire dans la vie; les discours de certaines personnes (notamment sur la fin) qui sont d'une sacrée pertinence ... Oui, je suis vraiment ébloui par la beauté de ce conte et la justesse de son ton. Ni moralisateur, ni dénonciateur, il se contente de faire une histoire belle et tendre sur un fait qui est vu comme normal. Et en lisant ce genre d'histoire, je me dis que j'ai vraiment hâte que ce soit la norme sociétale également. Je ne veux même pas épiloguer sur le dessin, qui rehausse l'ensemble par un trait totalement adapté au conte, une colorisation magique et des magnifiques costumes. C'est simple et beau, efficace, ... Je ne sais quoi en dire. Oui, encore une fois je m'emporte, je lâche des grands mots, je suis sous le charme. Mais quand une BD est aussi simple et belle, aussi merveilleuse de ton et aussi touchante, avec une portée quasi-universelle, je crois bien que je n'ai même pas besoin de justifier ma note. C'est beau, diablement beau, et j'en ai encore une humidité au coin de l’œil après cette critique. Quand la BD est capable de nous toucher autant, il est parfois nécessaire de se taire et de simplement apprécier. Ce que je retourne faire en espérant que vous irez vite en faire de même.
Katanga
Extrêmement marqué par ma lecture de Il était une fois en France, c’est avec une impatience non feinte que je me suis jeté sur Katanga, nouveau fait d’armes de l’incroyable tandem Nury/Vallée. Il me faut concéder que je ne me serais probablement pas intéressé à cette série si ces deux noms n’y avaient pas été accolés. Cependant, je ne regrette pas un instant la confiance que j’ai accordée aux auteurs. Comme les posteurs qui m’ont précédé l’ont justement rappelé, Katanga raconte une histoire de chasse aux diamants dans un contexte de sécession, juste après la déclaration d’indépendance du Congo. Sous des latitudes pour le moins troublées se rencontrent, s’associent ou se trahissent des personnages plus antipathiques les uns que les autres, aux motivations plus ou moins "moralement justifiables". Politiciens cruels et avides de pouvoir, mercenaires désœuvrés en quête de sensations fortes, autochtones exprimant leur révolte par une grande violence… Bref, le lecteur fait connaissance avec toute une galerie de personnages finement croqués par le trait souple, dynamique, vivant et remarquablement expressif de Sylvain Vallée, parfaitement à l’aise dans l’exercice. Si l’on n'éprouve qu’une sympathie très limitée pour la grande majorité des protagonistes, Katanga impressionne et captive grâce à une mise en scène absolument remarquable et un sens du rythme confondant. Une fois happé, il est impossible de lâcher les albums tant les rouages de la narration sont maîtrisés. Autre ingrédient particulièrement important à mes yeux, tout sonne de façon parfaitement crédible, tant dans les attitudes des héros que dans leur manière de s’exprimer. Cela facilite grandement l’immersion et donne une vraie force au récit. Si cela n’avait pas été le cas, il est d’ailleurs clair que cette débauche de massacre et de violence aurait eu raison de mon plaisir de lecture et m’aurait ôté l’envie d’aller jusqu’au bout – ou d’enrichir ma bibliothèque avec ces albums, véritables manifestes de cynisme, de corruption et de cupidité. Étrangement, aussi dépourvus de moralité soient-ils, il arrive que l’on éprouve un soupçon d’empathie pour ces personnages qui cherchent à survivre dans cet univers âpre et dur. A ce titre, j’ai ressenti de la peine pour Félix, Charlie et Alicia. La fin de l’histoire, abjecte et sordide comme il convient, donne un sentiment d’inéluctabilité, de « tout ça pour ça » qui laisse un goût amer en bouche après la lecture et frappe d'autant plus juste. Je suis sûr que c’est ce que le duo d’auteur – accompagné par l’excellent Jean Bastide aux couleurs – souhaitait accomplir, et cela fonctionne. Impossible de sortir indemne de cette trilogie. Jouissive dans sa débauche, mise en scène de façon véritablement cinématographique, riche dans sa psychologie, très sanglante mais passionnante de bout en bout, Katanga est une vraie réussite. Même si son registre est un peu trop violent pour moi, j’encourage chaleureusement sa découverte et son acquisition, ayant rarement eu la chance de tomber sur des séries d’action d’une telle qualité. Bravo aux auteurs !
L'Incal
Série marquante que celle-là, série très clivante – que ce soit pour le fond ou pour la forme –, au point que j’ai plus de mal à comprendre les 3 étoiles que les 1 ou les 5 étoiles. Malgré quelques bémols épars, je n’étais, pour ce qui me concerne, pas loin de lui accorder l’entrée dans la catégorie culte. Cela part sur de la Science-Fiction relativement classique (avec quelques touches d’humour), autour d’un personnage bien falot, plutôt minable même, John Difool. Un pauvre type qui donnait d’ailleurs son nom à la série, au départ. Puis, disons surtout à partir du troisième tome, cela part dans un gros délire de Jodorowsky (comme souvent chez lui !), dans un space opera foutraque, dans lequel Difool perd complètement son rôle central originel : les rééditions et intégrales en ont d'ailleurs pris acte, puisque désormais la série se nomme « L’Incal ». Délire de Jodo donc (mais quelle imagination quand même!!!), avec pas mal d’envolées mystico-philosophiques – même si c’est quand même un peu plus « retenu » que ce qu’il fera ensuite ailleurs. Et je ne peux m’empêcher de penser que Jodo improvisait largement la trame, étant donnés la fuite en avant, le délire plus ou moins lyrique, la surenchère de termes, d’actions, qui ne sont pas tous aisément « compréhensibles », loin s’en faut. Même si Jodo retombe sur ses pattes en fin de sixième album, bouclant ainsi sa boucle improbable. Dans ce gros délire, autour d’un Difool assez transparent – mais que Jodo prend plaisir à multiplier (voire à humilier !) dans le dernier album –, gravite un groupe plutôt hétéroclite (dont Deepo, un oiseau de béton, Kill, personnage à tête de loup, etc.). Pour faire de cette série une sorte d’immanquable, il fallait être deux. Et là – comme toujours aux côtés de Jodo ! –, on a un grand dessinateur, un génie à double face, Moebius. Certes, on est très loin ici du trait foisonnant, très précis et réaliste de Giraud (que j’avoue globalement préférer), mais on a là un bon aperçu du travail SF de Moebius, avec un trait bien plus épuré – presque de plus en plus au fur et à mesure de l’avancée de la série. En tout cas j’aime aussi beaucoup ce dessin, très caractéristique, et qui a influencé beaucoup de monde, en BD ou au cinéma. Quant à la colorisation, très datée (mais aussi « signant » Moebius), parfois kitsch ou psychédélique, je l’aime bien aussi. En tout cas, préférez les albums d’origine ou la dernière intégrale (fidèle aux originaux dans ce domaine) aux premières rééditions, qui avaient un peu « trahi » cette colorisation. Jodo et Moebius inspirés, qui se lâchent, on aime ou pas – affaire de goût –, on comprend ou pas (esprit cartésien s’abstenir), mais si l’on est sensible et ouvert à ce genre d’œuvre – certes marquée par son époque et la rencontre de deux grands créateurs –, force est de reconnaître qu’on tient là un petit (un grand ?) chef d’œuvre. C’est planant, et la fin nous permet un atterrissage – pas forcément en douceur d’ailleurs. Note réelle 4,5/5.
Apocalypse sur Carson City
"Je suis venu en paix, ben tu vas nous la foutre la paix !" C'est déjà par le rappel de la seule tirade intéressante du film Z Dark Angel avec Dolph Lundgren que Griffon a interpellé mes sens... Et voilà la réussite formelle de ce feuilleton : extraire tout le coté ringard de ces récits d'outre tombe pour n'en garder que le meilleur !!! N'y allons pas par 4 chemins : Carson City est un pur chef d'oeuvre de culture geek, pulp et pop ! Je m'en explique rapidement tant l'empressement de faire apprécier ce qui est devenu à mes yeux aussi indispensable qu'un Mutafukaz voire plus est grand ! Griffon est le dessinateur talentueux et déjà unique d'un Billy Wild de grande envergure par des dessins en noir et blanc de toutes beautés. Son style est parfaitement inimitable et unique à ma connaissance. Il s'agit de dessins uniquement noir & blanc présentant des personnages difformes extrêmement détaillés et finement ciselés dans des décors qui ne sont pas en reste... Là où "Bill Wild" n'était qu'un essai réussi sur fond de western spaghetti/ambiance fantastique, j'avais déjà noté que le bonhomme ne pouvait que progresser affranchi d'un scénario somme toute classique et Carson City vient remettre de l'ordre dans tout cela car Griffon ose enfin passer la seconde et exposer son amour tarantinesque des codes narratifs (histoire décomposée en plusieurs chapitres et autant de protagonistes, allers & retours dans le temps ménageant suspens et tension, unité de lieu etc...) pour nous offrir un maestria de purs bonheurs adolescents coupables comme je les aime et dont chaque dialogue est amené à devenir culte. Sur base d'un postulat vaguement Z avec invasions zombies et expérimentations de scientifique fou, Griffon rend hommage à toutes les oeuvres ayant excité son imaginaire en y ayant parfaitement compris ce qui rendait à la fois populaire et captivants les oeuvres de Tarantino citant à la fois Pulp Fiction et Une nuit en enfer. Les deux tomes déjà écrits et publiés en un temps record dénotent davantage d'un travail de perfectionniste soucieux d'offrir le meilleur et rien que le meilleur à ses lecteurs que d'un travail baclé sans queue ni tête car la force justement de l'auteur est de nous prouver qu'il sait parfaitement vers où il se dirige sans balbutiements inutiles. Ici on rentre dans le lard et chaque chapitre peut presque se lire de façon individuelle, le tout s'imbriquant parfaitement dans la trame principale. Alors il s'agit d'une ènième série de zombies, de portraits de petites frappes sans grande envergure et sans héros principal ? Certes mais à aucun moment on a envie de décrocher de la lecture se délectant à la fois de tirades vraiment poilantes ou de s'extasier sur un découpage quasi parfait et de planches qui savent attiser l'oeil. Dieu reconnaîtra les siens paraît-il ? Après avoir lu l'intégralité des 7 tomes, les amateurs de bisseries eighties vont totalement se reconnaître dans cette série qui utilise les artifices cinématographiques (présentation désopilante des protagonistes/acteurs sous forme d'arrêt sur l'image et à l'avenir incertain et ironique) et qui restera dans les annales de la bande dessinée européenne underground, à n'en pas douter... L'ajout de quelques personnages savoureusement kitch et populaires et pas mal de sous intrigues continuent d'enrichir constamment les quelques 600 pages. En se réappropriant des lieux et situations déjà vues et revues mille fois ailleurs mais sous un oeil avisé, Griffon renouvelle le genre par une maîtrise hors norme des scènes d'action mais surtout de dialogues amenés à devenir cultes. Hilarant et rythmé tout en ne ressemblant à aucune autre oeuvre, Carson City devrait faire date tout en exposant la générosité d'un auteur qui n'aura cessé d'évoluer. Recommandé et recommandable ? Non indispensable !!! ;-)
Ralph Azham
Un nouveau Trondheim ne se refuse pas… Euh mais comme tous mes avis sur ses œuvres commencent toujours par ce même et unique dicton, il va sans dire qu’il faudrait un peu étayer ce genre d’arguments. En plus Trondheim n’aide pas à la transparence puisqu’un coup d’œil sur la seule couverture suffit à nous en rappeler le bon souvenir des Donjon ! Passé cette fausse impression, on entre comme toujours chez Trondheim vers un univers dont lui seul possède la saveur avec ses codes de l’absurde et de l’ordinaire dans un univers d’Heroic Fantasy dont pas mal d’éléments sont absents. Ralph est un paria au sein de sa communauté et dont le seul tort est de ne pas être l’élu tant désiré du village qui les aidera à repousser une horde d’étrangers belliqueux. Non en lieu et place d’un super pouvoir qui pourrait rebouter les vilains, Ralph a le seul don de connaître si la personne en face de lui va avoir des enfants ou non. Une piètre qualité pour un supposé sauveur que les notables ne vont guère lui pardonner… pour notre plus grand plaisir ! Trondheim se lâche et nous sort un florilège de corniauds bien pensants… et si le premier opus a un peu de mal à décoller il pose parfaitement la base de tout ce joli monde par le truchement de flashbacks bien mis en scène aux moments clés qui nous en révèlent un peu plus… La couleur est un peu plus travaillée qu'à son habitude avec de très jolis rendus pastels par Brigitte Findakly et sans sortir des registres du label Trondheim, cela apporte un peu de diversité et de nouveauté… Par un mélange d'improvisation mais tout en conservant une grande maîtrise des évènements, Trondheim surprend et mène son récit sur l'ascension d'un loser tout en en développant un "lore" aussi conséquent que cohérent sur l'origine des Bleuis (ces personnages dotés d'un don après la conjonction des deux lunes de cet univers) ou des artefacts magiques. Ce mélange inhabituel de poésie et de fantasie condense l'humour absurde et l'évolution particulière d'un exclu cynique dans le style unique d'un auteur prolifique. Ralph Azham ne fait que monter en puissance au fil de ses cycles et synthétise peut être enfin ce qu'on apprécie le plus chez Trondheim, seul maître à bord de cet univers qui lui ressemble et nous plait tant. La recette de la maturité sans aucun doute.
Démon
Depuis le début du "Clan des Chimères", je suis de près le parcours de Michel Suro. Continuant son exploration de l'univers des Stryges, il se lance également dans cette série, avec un féru de paranormal, Richard D. Nolane. Il est vrai que l'introduction, avec ces personnages qui posent les pieds sur ce qui semble être la légendaire Atlantide, est assez prometteuse, et disons-le, inattendue. Le récit fait ensuite un bond dans le temps et l'espace, et nous sommes dans le sud de la France, au sein d'un comté aux prises avec le Mal des damnés... Pas de lien apparent entre ces deux fils narratifs, et même si la fin de l'album laisse apparaître quelques éléments, elle laisse le lecteur un peu frustré. Bizarrement cette structure narrative -et les sujets abordés- m'ont fait penser à la série Nicolas Eymerich Inquisiteur. Cependant c'est plutôt bien construit, on sent que le personnage d'Alaric a du potentiel. Au tome 2, qui est sorti plus de 5 ans après le premier, l'intérêt s'est un peu émoussé, même s'il se passe pas mal de choses, avec la résolution du Mal des Esprits et une alliance entre le Vatican et le Diable lui-même. Cela va vite, trop vite. On a la nette impression que Richard D. Nolane a dû boucler sa série en deux tomes plutôt qu'en trois, et du coup tout m'a semblé un peu artificiel... J'espère toutefois revoir Alaric de Rhedae revenir dans d'autres aventures... Pour en revenir au dessin, je trouve que Michel Suro a encore franchi un cran. Son trait est beaucoup plus assuré, il a perdu quelques tics graphiques qu'il avait encore sur Le Siècle des Ombres, et cette progression fait de lui l'un des meilleurs dessinateurs de l'époque médiévale à l'heure actuelle. On sent qu'il s'éclate à dessiner des châteaux nimbés de brume, des costumes de chevaliers ou des culs-de-basse-fosse. Ca fait plaisir.
Apocalypse sur Carson City
Griffon avait marqué le monde de la BD avec son Billy Wild, véritable révélation d'un maître du noir et blanc. Il récidive ici, en accentuant le côté parodique de ses personnages (notamment en surdimensionnant leurs têtes et raccourcissant leurs membres). Visiblement Guillaume Griffon a voulu s'amuser avec tout un tas de références débiles des années 80, en termes de séries TV et de séries Z, pour construire son propre récit bien décalé. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les zombies ne sont pas très présents sur le premier tome, qui est une sorte d'introduction avec présentation des personnages. C'est vraiment très drôle, et je me suis surpris à sourire comme un niais à certaines références. La suite continue sur le même ton, décalé, avec des personnages dingues, et c'est assez jouissif. Au tome 5 je pensais atteindre la conclusion de la série, mais ce n'est pas le cas. Ca continue à être à la fois très drôle et délicieusement gore. Les références à la pop culture des années 80-90 continuent, même si c'est parfois un peu fugace (Supercopter...) Je lirai donc la suite (et fin ?) avec plaisir.
Wonderball
Voici une très bonne série, que j'ai enfin pu terminer grâce à l'acquisition du dernier album, et après l'avoir débutée il y a maintenant trois ans. D'ailleurs, après ma première lecture, je n'avais pas été convaincu. C'est après l'avoir prêtée à mon frère qui m'en a fait une critique élogieuse que je m'y suis replongé. Et je ne vois toujours pas ce que diable j'ai pu reprocher à Wonderball lors de ma première lecture. Tout y est : l'histoire, le dessin, les personnages. Le dessin tout d'abord. Il est de belle facture et colle très bien à l'atmosphère et à l'époque : les années 80 dans un San Francisco (mais pas seulement) résolument heighties, entre nouveaux riches, développement, pauvreté et toxicomanie. Les traits des personnages sont parfois durs, et parfois brouillons, mais ils sont tous aisément reconnaissables. Le dessin pose l'ambiance de la série, et celle-ci est terriblement prenante. L'histoire suit un inspecteur de police, Spadaccini, surnommé Wonderball, rapport à une marque de chocolats, qu'il engloutit régulièrement car elle calme ses sautes d'humeur spectaculaires. Il est amené à enquêter sur un tueur de masse, aux réflexes et aptitudes extraordinaires. Il va peu à peu sombrer dans une enquête le reliant à un "collège occulte" aux activités plus que douteuses et trouver des liens avec son propre passé. Devenu suspect à son tour, il va se lancer dans une quête de vérité, notamment sur lui même. L'histoire mêle des éléments de polars classiques, avec notamment la quête du héros pour retrouver son passé et faire éclater la vérité, avec des éléments plus "fantastiques", surnaturels. En effet, le fameux collège permettrait d'augmenter les capacités de ses membres. Le résultat est très bon, après ma lecture en deux temps du premier album, je n'ai pu me décoller des autres. Cela est aussi dû aux personnages. L'inspecteur Spadaccini est une brute épaisse, un flic aux méthodes détestables, grossier et violent, mais qui, toute sa vie durant, mène un combat contre lui même pour rester du côté du "bien". Cela donne un personnage principal très intéressant et captivant. Dans les personnages secondaires, les "méchants" sont tous bien construits et développés, quand les "gentils" remplissent bien leurs rôles, sans prendre trop de place. Ainsi de la famille de Spadaccini. Mais deux sortent du lot. Tout d'abord, Le Fantôme est un personnage mystérieux, somme toute assez classique, mais il est développé de telle manière qu'il reste mystérieux de bout en bout, et aucune de ses actions ne le décrédibilise, il reste ce "badass" mystérieux tout du long. Mais la grande réussite de cette bd est pour moi l'inspecteur Maggie Osterberg, chargée d'enquêter sur l'affaire une fois Spadaccini devenu incontrôlable. Enfin un personnage féminin secondaire dans la veine "je me débrouille aussi bien voire mieux que les hommes" réussi. D'habitude, je trouve toujours que ces personnages finissent par être un peu gâchés, car toujours mis en dessous du personnage principal, qui est un homme. Ainsi de Méjai dans Le Scorpion, des multiples personnages féminins de XIII par exemple. A chaque fois, j'avais un arrière gout désagréable. Ici, je n'ai à aucun moment ressenti cela, alors que j'en avais très peur. L'inspecteur Osterberg est l'un des meilleurs personnages féminins que j'ai pu rencontrer. Elle n'est pas très originale, n'a pas un rôle démesuré, mais elle est sacrément bien construite. Et ça fait la différence. De façon plus générale, "Wonderball" est une série sacrément bien construite, sans fausse note, et qui m'a intéressé de bout en bout. Je ne mets pas la note maximale même si ça m'a fortement titillé. Il manque un peu d'originalité et la fin, même si elle n'est pas mauvaise, ne m'a pas transcendé. Note réelle : 4,5/5. J'ai l'habitude d'arrondir, mais le "culte" se mérite, et "Wonderball" y était presque.
Boule de Feu
Pendant que le public amateur de bons mots et d'Héroic Fantasy déjantée se réjouit du retour improbable de Donjon, d'autres récits du même acabit arrivent sans crier gare et pourraient même tirer la couverture à eux. Cette "Boule de feu" réalisée à 4 mains en est un excellent exemple. Qui aurait pu jauger d'une collaboration improbable entre deux auteurs aux univers distincts et aux techniques si différentes ? Et pourtant on tient ici un petit bijou d'humour absurde dont le contraste des personnages rigolos d'Anouk Ricard se fond parfaitement dans les décors lumineux et inspirés créent une atmosphère hypnotique unique. En partant d'un pitch relativement simple où il est question de rapatrier du monde des humains un Magicien capable de sauver une contrée lointaine d'envahisseurs par la fameuse Boule de Feu du titre, Anouk Ricard développe une jolie bande de bras cassés pour le plus grand plaisir du lecteur. Fernando n'est guère motivé par sa quête et le Mage Patrix proclamé comme grand sauveur a tout oublié de ses origines ésotériques. L'équipe est bien mal barrée pour sauver le village d'autant plus que le retour ne se fera pas au bon endroit et qu'il leur faudra braver différentes contrées inhospitalières dans un délai imparti. La suite ne sera qu'une succession de fous rires et de réparties hilarantes tout au long de leurs rencontres hasardeuses. Et si on rit souvent des bons mots des personnages grotesques d'Anouk Ricard, nos rétines s'attardent souvent sur les décors travaillés d'Etienne Chaize qui renvoient directement à son magnifique travail sur sa précédente oeuvre Hélios. La technique n'est pas nouvelle et a déjà été employée en incrustant personnages dessinés sur décors photoshopés avec beaucoup moins de succès que par cette Boule de Feu. Ici tout se mêle dans un naturel confondant sans oublier de développer une histoire drôle mais également parfaitement équilibrée. Il est également à noter que si le prix pour 70 pages reste élevé, les éditions 2024 ont une fois de plus réalisé un livre de grand format et de grande qualité qui ne risquera pas de prendre la poussière dans votre bibliothèque. Boule de feu est un excellent antidote contre la morosité et en tous points un pari réussi. Incontournable.
Nymphéas noirs
Ro a écrit : "Et là j'ai réalisé que je m'étais fait avoir comme un bleu ! Le retournement final est tel que je suis allé vérifier toutes les planches précédentes pour voir s'il y avait une incohérence. Mais non ! Tout est réalisé à la perfection, et je suis complètement tombé dans le panneau. C'est fait de manière excellente, impeccable !" Je suis entièrement d'accord avec sa chronique et j'ai eu exactement la même sensation de m'être fait avoir (pour mon plus grand plaisir) et j'ai eu le même réflexe de vérifier la cohérence des planches précédentes... sans faute ! Mise en scène maline, intelligente et subtile avec de superbes dessins et décors sublimes de Cassegrain. Bref, gros coup de cœur chaudement recommandé.