"Oh non il achète le dernier Ramirez", s'est-elle exclamée quand j'ai saisi ce bouquin pour le feuilleter. J'étais venu pour ça, mais c'est toujours bon d'être conforté dans ses choix par les libraires dont j'aime les goûts.
Et oui j'ai acheté Ramirez, je l'ai lu, feuilleté, relu et encore relu. Je l'aime ce Ramirez, je l'ai savouré et c'est au moment où les glaçons fondent gentiment dans mon deuxième pastis que je prend la plume pour t'en parler un peu.
Au fil des cases on peut y voir du Tarantino, du Pekinpah ou d'autres, ouais bon, que ce soit pour la virtuosité des dialogues, pour la sécheresse ambiante, on peut y voir mille références et autres influences et même s'amuser à en chercher (y a des choses fendardes à dénicher lors des scènes en bagnole, tu verras si tu lis).
Au delà de tout ça, Ramirez c'est simplement une très bonne BD. Pour le vieux lecteur que je suis devenu, il est de plus en plus difficile de prendre du plaisir et m'extasier à chaque BD, j'ai des plaisirs bien sûr, j'en lis toujours des tonnes, mais l'extase qui est de découvrir un album auquel il ne manque rien se fait bien rare. Ramirez est de ceux-là. Le scénario captive, rien de compliqué hein, mais assez de roublardise et de fluidité pour que les farfelues fantaisies passent toutes seules, tout en nous donnant envie de plus au fil des cases. Il n'y a pas de temps mort et les ajouts d'éléments narratifs pages après pages font la maille sans jamais alourdir, pourtant Ramirez c'est du lourd.
Quant aux dessins, c'est à l'appréciation de chacun, c'est un style qui ne paye pas de mine, pas le genre à me faire vibrer quand je le découvre, mais parfois l'amour se crée sans coup de foudre, entre moi et les vignettes illustrées de Ramirez ça a été ça, ça à prit le temps... de tourner quelques feuilles entre mes doigts. Je dirais que le style est faussement froid au départ puis se révèle plein d'une belle maîtrise. Et j'aime les moustaches et les Renault 5 jaunes.
Je vais me servir un troisième pastis, je viens de poser Ramirez, j'ai hâte du tome deux. Si ce n'est déjà fait je te conseille d'acheter ou d'emprunter le premier.
Ramirez, ils veulent tous le flinguer, je te conseille de le lire.
JJJ
Une belle surprise et forcément un petit coup de cœur pour compenser mon manque de foi pour ce manga dont je n’attendais rien de spécial. Je l’avais noté dans un coin de ma tête lors de sa parution début 2018 mais sans trop y prêter attention car j’avais flairé l’aspect Harry Potter – like qui n’est pas ce que je préfère en Fantasy, pourtant mon genre de prédilection. Néanmoins, en vue de l’offrir à une de mes connaissances très fan du plus célèbre binoclard de Poudlard, je me suis dit que je pourrais le lire au passage. Et bien m’en a pris car sans révolutionner le genre, j’ai passé un super moment de détente, un plaisir un peu coupable comme sur les 3 – 4 premiers films d’Harry Potter où on ne se prenait pas la tête en se laissant porter la magie ambiante.
Déjà je ne pense pas que je l’aurai acheté si je n’avais pas été séduit par les graphismes de Kamome Shirahama au trait fin, très détaillé, découpé bien comme il faut. Il n’y a pas tous ses petits traits qui donnent un effet de vitesse, ou ces arrières plans bâclés qu’on retrouve dans pas mal de Shônen. Là c’est plutôt pausé, l’auteur prend le temps de construire son récit, du coup on a parfois de superbes planches, malgré le petit format des éditions Pika. Il existe pas mal de mangas de Fantasy, mais tomber sur une mangaka qui a suffisamment de talent pour être à la hauteur du genre (qui demande souvent une certaine maîtrise pour dessiner tout un tas de décors, créatures et costumes improbables), c’est assez rare pour être souligné.
Après au niveau de l’histoire, cela commence comme du très grand classique avec la quête de l’orpheline élue d’une prophétie, la fameuse quête du héros aux mille et un visages, le tout nappé à la sauce Harry Potter. Vite résumé cela donne : la jeune Coco rencontre un monsieur se disant sorcier et qui lui apprend qu’elle aussi est une sorcière, donc elle quitte sa famille pour entrer dans une école de... sorciers, où elle rencontre l’alter ego féminin de Ron Wesley, une clone de Luna Lovegood, et un mixe entre l'intello "mademoiselle je-sais-tout" Hermione Granger et la peste Drago Malefoy. Elle se rend même dans une ville spéciale pour y faire des achats, etc. Bref, vous avez vu les films vous aussi.
J’ai bien aimé le système de magie où les sorciers ne manipulent pas une baguette mais ont recours au pinceau, au dessin et des glyphes pour lancer des sorts. Une jolie mise en abîme car aux yeux de Shirahama le dessin représente une forme de magie. J'ai de même apprécié l'aspect Shônen au féminin dans la tonalité du récit. Ce n’est pas un Shojo, attention, mais bien une histoire qui reprend les codes du Shônen mais écrit et dessiné par une femme avec des personnages essentiellement féminins, sans être forcément pour autant destiné à un public exclusivement féminin. Il y a un humour où effectivement cela fait très fille, « girly », mais c’est plutôt un bon point, et cela permet de retrouver certains faciès humoristiques propres au style graphique japonais. J'ai trouvé qu’il y avait un bon compromis entre la légèreté du Shônen au féminin avec tous ses bons sentiments, la positivité qu’il se dégage de son héroïne, et un ton parfois plus sérieux, un fond d’intrigue dont on perçoit déjà la complexité et les futurs enjeux dramatique. Jamais on ne bascule dans la niaiserie cul-cul-la-praline.
Je ne m’y attendais vraiment pas et je me surprends à attendre impatiemment le troisième volume.
Présentée dans un format à l’italienne, « Jean Doux et le mystère de la disquette molle » se distingue aussi par d’autres aspects, tant graphiques que scénaristiques. Tout d’abord, l’histoire, qui commence dans la PME la plus ennuyeuse qui soit, avec ses employés tout aussi ennuyeux, si bien que certains boulets se sentent investis d’une mission en faisant des blagues douteuses qu’ils croient drôles pour leurs collègues… mais de façon inattendue, tout va s’emballer et prendre la forme d’une aventure extraordinaire, une fois que notre héros, Jean Doux, aura découvert dans le faux plafond d’un débarras une mallette contenant une disquette souple (ou « molle » comme le veut le titre…), relique d’un passé révolu… Armé d’un humour bien déjanté, Philippe Valette en profite au passage pour se moquer allégrement de la vie en entreprise et de cet esprit « corporate » qui frise souvent le ridicule. Comme pour mieux enfoncer le clou, tout le monde dans la société a un prénom composé commençant par « Jean » (« Jeanne » pour les femmes), jusqu’à un chien prénommé Jean-Iench ! Sans parler des tenues vestimentaires colorées (cravates fluo sur chemises flashy) qui faisaient fureur il y a une vingtaine d’années…
Et c’est cela, l’autre bonne idée, que d’avoir situé l’histoire dans les années 90 en accentuant leur désuétude par un graphisme complètement inspiré des jeux vidéo de l’époque, mais en plus de nous proposer une mise en abyme temporelle via l’apparition de la fameuse disquette (256 kilobits de stockage !) datant de cette préhistoire de l’informatique qu’étaient encore les seventies. On est toujours le ringard de quelqu’un ! Si cet album ravira probablement les geeks de tout poil, et autres pré-nerds qui ont connu ces trente naissantes et non moins glorieuses du « personal computer », avec le premier OS Windows et son démineur intégré, il évite toute nostalgie bas de gamme par son humour grinçant, les dialogues resituant clairement sa conception dans nos années 2010.
C’est une BD originale et surprenante, et c’est d’abord ce qu’on demande à une œuvre, mais en plus elle bénéficie d’un scénario cohérent qui ne nous lâche pas, parsemé de punchlines décapantes qu’un certain Michel Audiard n’aurait pas renié. Si Philippe Valette met en avant les progrès technologiques et surtout informatiques jusqu’en 2000, forme d’hommage pourrait-on penser, cet auteur, nouveau-venu dans la bande dessinée, est également un observateur fin et caustique des évolutions du quotidien (notamment des vêtements, de la déco et du mobilier de bureau !). Le dessin n’est pas vraiment joli, mais paradoxalement, ce qui peut être vu plutôt comme un parti pris sert extrêmement bien le propos. En conclusion, notre « Mario Bros de bureau » mérite amplement son Fauve polar décerné cette année à Angoulême.
Par rapport à son précédent ouvrage Voyage aux îles de la Désolation, l'auteur a fait encore plus fort !
Il aborde en terre Antarctique et se rend au cœur du continent!
Rien qu'arriver là-bas est toute une aventure, que la lecture de l'ouvrage vous permettra d'apprécier, et le bateau était à deux doigts de revenir à son point de départ pour impossibilité d'approche au vu des conditions de l'océan austral.
La BD nous raconte aussi l’histoire de la découverte de ce continent par les différents explorateurs avec leur réussite parfois douloureuse pour atteindre le pôle (l'expédition britannique menée par Robert Scott n'a pu terminer son retour du pôle et a été congelée sur place).
Emmanuel Lepage et son frère finissent par arriver sur le continent blanc, et seront pilotes d'un engin polaire dans un convoi de ravitaillement vers une base reculée à un millier de kilomètres.
Ce périple est tout simplement alunissant ; car en ce qui concerne le paysage, l'on est bien davantage sur la lune que sur la terre. Ici, comme dit le titre, la lune est blanche, blanche à s'en brûler les yeux, blanche de cette unique couleur réfléchissante quel que soit le regard porté à l'horizon, et avec des températures bassement mortelles.
Accompagné de son frère photographe, de temps à autres, nous avons dans le récit une photographie en double page ; à la lecture, cela ne choque pas, au contraire, la photo renforce le réalisme du récit.
Aventure hors du commun et découverte d'un milieu aussi dangereux et inhabituel qu'une randonnée sur mars ou la lune.
Epoustouflant !
Voilà un triptyque qui ne m'a pas laissé indifférent.
D'habitude, le mélange photo/dessin (genre à la Jean Teulé) passe très mal en BD à mes yeux.
Mais ici, comme dans La Lune est blanche de Lepage, je trouve que l'incorporation est faite intelligemment et se marie très bien au récit, en lui accentuant réalisme au côté reportage.
J'ai ainsi voyagé avec ce photographe dans un Afghanistan en plein conflit avec l'URSS, où l'on croise et accompagne, des Afghans (forcément) , des équipes de MSF, et quelques autres personnages singuliers au fil de ces trois tomes.
L'ensemble nous relate un périple à pied invraisemblable , comme les conditions de travail en brousse ahurissantes pour les chirurgiens ou infirmiers de MSF, comme le retour en solo du photographe (pour gagner du temps) et où le danger nous fait monter la tension et nous empêche de laisser tomber la lecture ...
L'auteur nous montre également le choc de culture et de civilisation entre le photographe européen et les Afghans du terroir.
Dessin assez minimaliste d'Emmanuel GUIBERT toujours très juste et très équilibré, presque à caractère d'estampe, qui montre tout le talent pour élaborer un minimalisme aussi parfait.
Un incontournable et sublime culturel et passionnant moment de lecture.
J'ai longuement hésité à acheter cette BD, apeuré par le syndrome de l'avis enthousiaste et l'engouement qu'avait provoqué le premier tome. J'ai donc patienté, et finalement, rappelé à l'ordre par les affiches du film sortant bientôt, j'ai été voir ce que valait cette série.
Ce qui fait qu'au final, j'ai lu d'une traite les quatre tomes et j'ai eu beaucoup moins d'appréhension face aux tomes suivants. Ce fut une lecture d'une traite, et donc bien moins attentive sur les tomes suivants.
Et j'ai été conquis. Oui, réellement, et sans aucune concession. Lupano, le fantastique conteur d'histoires, a encore une fois frappé juste. Il sait manier la plume pour faire des personnages profondément humains, des gens simples dans lesquels on croit et qui nous donnent envie de les aimer. Ce qui n'est pas sans risque lorsqu'on ne connait rien de leurs vies.
L'humour ressort particulièrement bien de cette BD, et j'ai beaucoup ri à la lecture. Vraiment ri aux éclats, pas simplement souri. C'est déjà bon signe !
Les albums sont très différents les uns des autres, abordant tour à tour d'autres thématiques et mettant en avant d'autres aspects des personnages. Mais surtout, je crois bien qu'il s'agit de l'album de Lupano le plus engagé. L'auteur avait toujours un message social dans ses BDs, et souvent très engagé. Mais là, j'ai l'impression de lire un message bien plus politique et bien plus engagé. Avec des petites piques sur le monde de la politique, mais surtout sur l'engagement de chacun dans une société de tous. Et le dernier tome est particulièrement bien trouvé, sur une situation assez courante et peu manichéenne : agrandir une usine d'anti-dépresseur pour refaire des emplois dans une zone à sauvegarder, avec la possibilité d'un retour des jeunes et des magouilles politiques à la clé. Rien n'est blanc ou noir, c'est une situation qu'il n'est pas facile de juger.
Et c'est là la force de ce récit, qui invite non pas à s'engager pour refaire le monde, mais qui semble inviter à s'en créer un nouveau. C'est un peu comme un souffle d'espoir qui passe dans cette BD, cette envie d'autre chose que ce qu'on a. C'est très orienté décroissance, nouvelle politique et engagement citoyen, mais ça fait du bien de voir comment cela se mêle avec des vieux combats, de vieilles idées et des vieilles aspirations.
J'en ai peu parlé, mais le dessin est d'une très bonne efficacité. En vrai, je n'aurais pas grand chose à en dire, vu que je n'ai rien noté de particulier. Ça fonctionne parfaitement.
Cette BD m'a beaucoup plu, et même si j'ai sans doute gardé une lecture très politique de l’œuvre, je trouve qu'elle mérite qu'on s'y attarde juste pour se faire plaisir. L'histoire reste très sympathique, on passe un agréable moment en compagnie de ce trio infernal de vieux. Je recommande la lecture de cette BD qui fait souffler un vent de fraicheur avec des aînés !
Le western, pour être parfaitement honnête, ne m'intéressait que très modérément auparavant. Il a fallu que je lorgne du côté des grands classiques de la bd franco-belge pour que naisse chez moi une vraie passion enthousiaste pour ce genre. Blueberry reste à mes yeux le modèle mondial et absolu, mais Comanche le talonne de très très près.
Comanche narre un far-west en pleine transition, à bascule entre l'ancien et le nouveau monde. La conquête de l'Ouest par les colons européens venus d'au-delà du Mississipi bat son plein avec le gouvernement américain pour chef d'orchestre. A côté des chemins de fer qui commencent à zébrer le paysage, les villes poussent comme des champignons. L'une d'entre elles, Greenstone Falls, voit l'arrivée d'un cow-boy pas comme les autres, Red Dust.
La série est centrée sur Red Dust et le ranch convoité, le Triple Six (666), qu'il tient en compagnie d'acolytes de circonstance. Comanche, Clem Cheveux Fous, Toby Face-Sombre, Ten Gallons...des surnoms étranges mais une troupe unie plongée dans les tourments d'un monde dur et violent ou le revolver fait la loi.
Tous les tomes sont d'une très grande qualité mais la série devient réellement passionnante à partir du tome trois, en particulier la fusillade nocturne à la fin, magistrale et oppressante, qui parvient à nous happer complètement. Le tome suivant jusqu'à la mort de Reeves est du même tonneau, elle est un superbe chef d'oeuvre ou l'on touche au sublime. Ce qui vient ensuite met en exergue les différentes évolutions des protagonistes et de l'environnement : Greenstone Falls s'agrandit, le cow-boy se range et devient shérif, Comanche s'embourgeoise. cette bd sous bien des aspects peut être perçue comme une sorte de fresque historique exposant la transfiguration de l'Ouest, ou comment un lieu sauvage et aride mute en civilisation moderne.
La réalité du Grand Ouest n'est pas enjolivée et c'est un parti pris que j'ai beaucoup apprécié de la part de Greg et d'Hermann. Ici nous sommes loin de l'univers rigolo d'un Lucky Luke : Tout se règle dans le sang, les règlements de compte trouvent leur épilogue dans la boue et l'obscurité d'un coin sordide, et les destinées personnelles s'achèvent la plupart du temps sur une note tragique. Assurément c'est ce qu'il y a à retenir de ce Grand Ouest dans Comanche : la violence. Une violence permanente, une violente ostentatoire, étouffante.
Je pose bien évidemment le cachet d"oeuvre culte" à cette magnifique bande dessinée. C'est un plaisir de suivre ce Red Dust, à califourchon sur son canasson, pourchassant entre les mesas ensoleillées les pires ordures qui peuplent les Etats-Unis et c'est un plaisir spécial du 9ème art que de pouvoir porter témoignage sur cette époque incroyable où le croisement de populations hétérogènes pouvait faire qu'un rouquin, une femme, un Cheyenne, un blondinet, un moricaud et un vieillard pêchu tissent des liens d'amitié et combattent ensemble les maîtres du crime.
Après la lecture du précédent (premier et unique) avis, j'ai pensé prendre le contre pied en citant ma propre expérience de lecture. En effet, j'ai pour ma part découvert cette BD il y a maintenant vingt ans, alors que j'héritais des numéros d'Okapi de mon grand frère. Donc je peux dire l'effet que cela fait sur un esprit d'enfant, et j'adorais...!
Ne connaissant pas les réalisations précédentes du même auteur, je ne pouvais évidemment pas comparer, ni même avoir du recul sur ma lecture (du haut de mes dix ans...).
En tout cas, l'univers que je considérai comme "bizarre" et perturbant m'a tout de suite fasciné et intrigué. Des aventures simples et énergiques, des personnages faciles à cerner, des idées farfelues, des décors familiers et étrangers en même temps.
Mon fils de sept ans s'est mis à lire les trois tomes et semble apprécier tout autant. Je n'ai pas pu m'empêcher de transmettre une de mes nombreuses BD d'enfance qui m'ont marqué.
Si même un titan de la japanimation tel Qu'Eiichiro Oda donne son satisfecit à cette oeuvre, c'est que l'on tient assurément un must-read.
The Promised Neverland (en référence au "Pays Imaginaire" de Peter Pan) fait partie de ces séries bâtardes qui naviguent entre le shônen et le seinen, à l'image d'un Full Metal Alchemist ou d'un Shingeki No Kyojin plus récemment. Elle cartonne apparemment au pays du soleil levant, en plus d'être plébiscitée par les éditeur français de façon unanime. Il ne m'en fallait pas plus pour me décider à aller jeter un coup d'oeil.
Grace Field House est un orphelinat ou vivent et grandissent en harmonie toute une marmaille tirée à quatre épingles sous l'oeil attendri de "Maman", la tutrice et l'institutrice du lieu. Un genre de Poudlard pour moldus perdu au milieu de nulle part, ou règne une ambiance joyeuse et familiale. Mais les apparences sont parfois trompeuses et un soir, Emma et Norman vont découvrir avec épouvante ce qu'ils n'auraient jamais dû découvrir : leur "maison" n'est pas le cadre idyllique qu'ils imaginaient, il est sous le contrôle discret d'êtres lucifériens aux desseins malveillants et opaques.
A partir de là, le monde va tanguer sous leurs pieds, toutes leurs certitudes vont s'évaporer comme neige au soleil. Désormais, épaulés par leur comparse et ami Ray, ils ne seront animés que d'une obsession : échafauder le plan parfait afin de s'évader de ce camp de concentration déguisé en paradis.
En lisant ces deux premiers tomes on ne voit pas le temps passer tellement on est captivés : ce sont de véritables page-turner ou rien n'est laissé au hasard et ou les changements d'ambiance, entre l'enfantin et l'oppressant, donnent la chair de poule. Dans cette intrigue brillante, qui prend la forme d'une enquête, toutes les pièces du puzzle s'emboîtent à la perfection, tout est millimétré comme une montre suisse. Un vrai travail d'orfèvre.
Ce qui est d'ailleurs rafraîchissant avec The Promised Neverland, c'est que les exploits intellectuels sont privilégiés aux exploits physiques. Ici pas de Ninjutsu, de Kaméhaméha ou de Zanpakutô, la meilleure arme des protagonistes, ce n'est rien d'autre que leur matière grise et leur capacité à anticiper. En cela la série me fait penser à une progéniture de Détective Conan et de Prison break.
Trahison, double-jeu, duplicité, manipulation: le doute est toujours de mise lorsque l'on parcours les pages de ce thriller psychologique et devant autant de dangers et d'écueils, on se met à frémir d'angoisse pour ces orphelins surdoués, engagés dans une course contre la montre qui s'apparente plus en réalité à une course contre la Mort.
C'est cru (l'hémoglobine gicle à tout va).
C'est séquentiel (l'on passe successivement d'aventures en aventures sans qu'il y ait vraiment une arche entre-elles dans le récit).
C'est binaire (bouffer son prochain ou être bouffé par son prochain, telle est la question ... de survie).
Et pourtant, l'histoire est paradoxalement humaniste (éloge des liens familiaux, du dévouement dans l'amour filial et matrimonial, le rejet de situations de dominance, de l'injustice, et du racisme, ode à la liberté individuelle et au travail d'équipe, etc...).
Je suis directement totalement entré dans l'histoire.
Et me suis très vite puissamment attaché au personnage principal, tant c'est bien narré. Et quelle claque graphiquement !
Une oeuvre qui détonne, un feu d'artifice haut en couleurs, cruel, tribal, et à la fois humaniste (c'est particulier d'employer ce vocable pour des personnages animaliers), magnifiquement croqué sur le papier, qui part dans tous les sens, et dont moi lecteur, ai été immédiatement enchaîné au récit, ... et été bien triste quand il s'est achevé au troisième tome.
Une expérience !
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Il faut flinguer Ramirez
"Oh non il achète le dernier Ramirez", s'est-elle exclamée quand j'ai saisi ce bouquin pour le feuilleter. J'étais venu pour ça, mais c'est toujours bon d'être conforté dans ses choix par les libraires dont j'aime les goûts. Et oui j'ai acheté Ramirez, je l'ai lu, feuilleté, relu et encore relu. Je l'aime ce Ramirez, je l'ai savouré et c'est au moment où les glaçons fondent gentiment dans mon deuxième pastis que je prend la plume pour t'en parler un peu. Au fil des cases on peut y voir du Tarantino, du Pekinpah ou d'autres, ouais bon, que ce soit pour la virtuosité des dialogues, pour la sécheresse ambiante, on peut y voir mille références et autres influences et même s'amuser à en chercher (y a des choses fendardes à dénicher lors des scènes en bagnole, tu verras si tu lis). Au delà de tout ça, Ramirez c'est simplement une très bonne BD. Pour le vieux lecteur que je suis devenu, il est de plus en plus difficile de prendre du plaisir et m'extasier à chaque BD, j'ai des plaisirs bien sûr, j'en lis toujours des tonnes, mais l'extase qui est de découvrir un album auquel il ne manque rien se fait bien rare. Ramirez est de ceux-là. Le scénario captive, rien de compliqué hein, mais assez de roublardise et de fluidité pour que les farfelues fantaisies passent toutes seules, tout en nous donnant envie de plus au fil des cases. Il n'y a pas de temps mort et les ajouts d'éléments narratifs pages après pages font la maille sans jamais alourdir, pourtant Ramirez c'est du lourd. Quant aux dessins, c'est à l'appréciation de chacun, c'est un style qui ne paye pas de mine, pas le genre à me faire vibrer quand je le découvre, mais parfois l'amour se crée sans coup de foudre, entre moi et les vignettes illustrées de Ramirez ça a été ça, ça à prit le temps... de tourner quelques feuilles entre mes doigts. Je dirais que le style est faussement froid au départ puis se révèle plein d'une belle maîtrise. Et j'aime les moustaches et les Renault 5 jaunes. Je vais me servir un troisième pastis, je viens de poser Ramirez, j'ai hâte du tome deux. Si ce n'est déjà fait je te conseille d'acheter ou d'emprunter le premier. Ramirez, ils veulent tous le flinguer, je te conseille de le lire. JJJ
L'Atelier des Sorciers
Une belle surprise et forcément un petit coup de cœur pour compenser mon manque de foi pour ce manga dont je n’attendais rien de spécial. Je l’avais noté dans un coin de ma tête lors de sa parution début 2018 mais sans trop y prêter attention car j’avais flairé l’aspect Harry Potter – like qui n’est pas ce que je préfère en Fantasy, pourtant mon genre de prédilection. Néanmoins, en vue de l’offrir à une de mes connaissances très fan du plus célèbre binoclard de Poudlard, je me suis dit que je pourrais le lire au passage. Et bien m’en a pris car sans révolutionner le genre, j’ai passé un super moment de détente, un plaisir un peu coupable comme sur les 3 – 4 premiers films d’Harry Potter où on ne se prenait pas la tête en se laissant porter la magie ambiante. Déjà je ne pense pas que je l’aurai acheté si je n’avais pas été séduit par les graphismes de Kamome Shirahama au trait fin, très détaillé, découpé bien comme il faut. Il n’y a pas tous ses petits traits qui donnent un effet de vitesse, ou ces arrières plans bâclés qu’on retrouve dans pas mal de Shônen. Là c’est plutôt pausé, l’auteur prend le temps de construire son récit, du coup on a parfois de superbes planches, malgré le petit format des éditions Pika. Il existe pas mal de mangas de Fantasy, mais tomber sur une mangaka qui a suffisamment de talent pour être à la hauteur du genre (qui demande souvent une certaine maîtrise pour dessiner tout un tas de décors, créatures et costumes improbables), c’est assez rare pour être souligné. Après au niveau de l’histoire, cela commence comme du très grand classique avec la quête de l’orpheline élue d’une prophétie, la fameuse quête du héros aux mille et un visages, le tout nappé à la sauce Harry Potter. Vite résumé cela donne : la jeune Coco rencontre un monsieur se disant sorcier et qui lui apprend qu’elle aussi est une sorcière, donc elle quitte sa famille pour entrer dans une école de... sorciers, où elle rencontre l’alter ego féminin de Ron Wesley, une clone de Luna Lovegood, et un mixe entre l'intello "mademoiselle je-sais-tout" Hermione Granger et la peste Drago Malefoy. Elle se rend même dans une ville spéciale pour y faire des achats, etc. Bref, vous avez vu les films vous aussi. J’ai bien aimé le système de magie où les sorciers ne manipulent pas une baguette mais ont recours au pinceau, au dessin et des glyphes pour lancer des sorts. Une jolie mise en abîme car aux yeux de Shirahama le dessin représente une forme de magie. J'ai de même apprécié l'aspect Shônen au féminin dans la tonalité du récit. Ce n’est pas un Shojo, attention, mais bien une histoire qui reprend les codes du Shônen mais écrit et dessiné par une femme avec des personnages essentiellement féminins, sans être forcément pour autant destiné à un public exclusivement féminin. Il y a un humour où effectivement cela fait très fille, « girly », mais c’est plutôt un bon point, et cela permet de retrouver certains faciès humoristiques propres au style graphique japonais. J'ai trouvé qu’il y avait un bon compromis entre la légèreté du Shônen au féminin avec tous ses bons sentiments, la positivité qu’il se dégage de son héroïne, et un ton parfois plus sérieux, un fond d’intrigue dont on perçoit déjà la complexité et les futurs enjeux dramatique. Jamais on ne bascule dans la niaiserie cul-cul-la-praline. Je ne m’y attendais vraiment pas et je me surprends à attendre impatiemment le troisième volume.
Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle
Présentée dans un format à l’italienne, « Jean Doux et le mystère de la disquette molle » se distingue aussi par d’autres aspects, tant graphiques que scénaristiques. Tout d’abord, l’histoire, qui commence dans la PME la plus ennuyeuse qui soit, avec ses employés tout aussi ennuyeux, si bien que certains boulets se sentent investis d’une mission en faisant des blagues douteuses qu’ils croient drôles pour leurs collègues… mais de façon inattendue, tout va s’emballer et prendre la forme d’une aventure extraordinaire, une fois que notre héros, Jean Doux, aura découvert dans le faux plafond d’un débarras une mallette contenant une disquette souple (ou « molle » comme le veut le titre…), relique d’un passé révolu… Armé d’un humour bien déjanté, Philippe Valette en profite au passage pour se moquer allégrement de la vie en entreprise et de cet esprit « corporate » qui frise souvent le ridicule. Comme pour mieux enfoncer le clou, tout le monde dans la société a un prénom composé commençant par « Jean » (« Jeanne » pour les femmes), jusqu’à un chien prénommé Jean-Iench ! Sans parler des tenues vestimentaires colorées (cravates fluo sur chemises flashy) qui faisaient fureur il y a une vingtaine d’années… Et c’est cela, l’autre bonne idée, que d’avoir situé l’histoire dans les années 90 en accentuant leur désuétude par un graphisme complètement inspiré des jeux vidéo de l’époque, mais en plus de nous proposer une mise en abyme temporelle via l’apparition de la fameuse disquette (256 kilobits de stockage !) datant de cette préhistoire de l’informatique qu’étaient encore les seventies. On est toujours le ringard de quelqu’un ! Si cet album ravira probablement les geeks de tout poil, et autres pré-nerds qui ont connu ces trente naissantes et non moins glorieuses du « personal computer », avec le premier OS Windows et son démineur intégré, il évite toute nostalgie bas de gamme par son humour grinçant, les dialogues resituant clairement sa conception dans nos années 2010. C’est une BD originale et surprenante, et c’est d’abord ce qu’on demande à une œuvre, mais en plus elle bénéficie d’un scénario cohérent qui ne nous lâche pas, parsemé de punchlines décapantes qu’un certain Michel Audiard n’aurait pas renié. Si Philippe Valette met en avant les progrès technologiques et surtout informatiques jusqu’en 2000, forme d’hommage pourrait-on penser, cet auteur, nouveau-venu dans la bande dessinée, est également un observateur fin et caustique des évolutions du quotidien (notamment des vêtements, de la déco et du mobilier de bureau !). Le dessin n’est pas vraiment joli, mais paradoxalement, ce qui peut être vu plutôt comme un parti pris sert extrêmement bien le propos. En conclusion, notre « Mario Bros de bureau » mérite amplement son Fauve polar décerné cette année à Angoulême.
La Lune est blanche
Par rapport à son précédent ouvrage Voyage aux îles de la Désolation, l'auteur a fait encore plus fort ! Il aborde en terre Antarctique et se rend au cœur du continent! Rien qu'arriver là-bas est toute une aventure, que la lecture de l'ouvrage vous permettra d'apprécier, et le bateau était à deux doigts de revenir à son point de départ pour impossibilité d'approche au vu des conditions de l'océan austral. La BD nous raconte aussi l’histoire de la découverte de ce continent par les différents explorateurs avec leur réussite parfois douloureuse pour atteindre le pôle (l'expédition britannique menée par Robert Scott n'a pu terminer son retour du pôle et a été congelée sur place). Emmanuel Lepage et son frère finissent par arriver sur le continent blanc, et seront pilotes d'un engin polaire dans un convoi de ravitaillement vers une base reculée à un millier de kilomètres. Ce périple est tout simplement alunissant ; car en ce qui concerne le paysage, l'on est bien davantage sur la lune que sur la terre. Ici, comme dit le titre, la lune est blanche, blanche à s'en brûler les yeux, blanche de cette unique couleur réfléchissante quel que soit le regard porté à l'horizon, et avec des températures bassement mortelles. Accompagné de son frère photographe, de temps à autres, nous avons dans le récit une photographie en double page ; à la lecture, cela ne choque pas, au contraire, la photo renforce le réalisme du récit. Aventure hors du commun et découverte d'un milieu aussi dangereux et inhabituel qu'une randonnée sur mars ou la lune. Epoustouflant !
Le Photographe
Voilà un triptyque qui ne m'a pas laissé indifférent. D'habitude, le mélange photo/dessin (genre à la Jean Teulé) passe très mal en BD à mes yeux. Mais ici, comme dans La Lune est blanche de Lepage, je trouve que l'incorporation est faite intelligemment et se marie très bien au récit, en lui accentuant réalisme au côté reportage. J'ai ainsi voyagé avec ce photographe dans un Afghanistan en plein conflit avec l'URSS, où l'on croise et accompagne, des Afghans (forcément) , des équipes de MSF, et quelques autres personnages singuliers au fil de ces trois tomes. L'ensemble nous relate un périple à pied invraisemblable , comme les conditions de travail en brousse ahurissantes pour les chirurgiens ou infirmiers de MSF, comme le retour en solo du photographe (pour gagner du temps) et où le danger nous fait monter la tension et nous empêche de laisser tomber la lecture ... L'auteur nous montre également le choc de culture et de civilisation entre le photographe européen et les Afghans du terroir. Dessin assez minimaliste d'Emmanuel GUIBERT toujours très juste et très équilibré, presque à caractère d'estampe, qui montre tout le talent pour élaborer un minimalisme aussi parfait. Un incontournable et sublime culturel et passionnant moment de lecture.
Les Vieux Fourneaux
J'ai longuement hésité à acheter cette BD, apeuré par le syndrome de l'avis enthousiaste et l'engouement qu'avait provoqué le premier tome. J'ai donc patienté, et finalement, rappelé à l'ordre par les affiches du film sortant bientôt, j'ai été voir ce que valait cette série. Ce qui fait qu'au final, j'ai lu d'une traite les quatre tomes et j'ai eu beaucoup moins d'appréhension face aux tomes suivants. Ce fut une lecture d'une traite, et donc bien moins attentive sur les tomes suivants. Et j'ai été conquis. Oui, réellement, et sans aucune concession. Lupano, le fantastique conteur d'histoires, a encore une fois frappé juste. Il sait manier la plume pour faire des personnages profondément humains, des gens simples dans lesquels on croit et qui nous donnent envie de les aimer. Ce qui n'est pas sans risque lorsqu'on ne connait rien de leurs vies. L'humour ressort particulièrement bien de cette BD, et j'ai beaucoup ri à la lecture. Vraiment ri aux éclats, pas simplement souri. C'est déjà bon signe ! Les albums sont très différents les uns des autres, abordant tour à tour d'autres thématiques et mettant en avant d'autres aspects des personnages. Mais surtout, je crois bien qu'il s'agit de l'album de Lupano le plus engagé. L'auteur avait toujours un message social dans ses BDs, et souvent très engagé. Mais là, j'ai l'impression de lire un message bien plus politique et bien plus engagé. Avec des petites piques sur le monde de la politique, mais surtout sur l'engagement de chacun dans une société de tous. Et le dernier tome est particulièrement bien trouvé, sur une situation assez courante et peu manichéenne : agrandir une usine d'anti-dépresseur pour refaire des emplois dans une zone à sauvegarder, avec la possibilité d'un retour des jeunes et des magouilles politiques à la clé. Rien n'est blanc ou noir, c'est une situation qu'il n'est pas facile de juger. Et c'est là la force de ce récit, qui invite non pas à s'engager pour refaire le monde, mais qui semble inviter à s'en créer un nouveau. C'est un peu comme un souffle d'espoir qui passe dans cette BD, cette envie d'autre chose que ce qu'on a. C'est très orienté décroissance, nouvelle politique et engagement citoyen, mais ça fait du bien de voir comment cela se mêle avec des vieux combats, de vieilles idées et des vieilles aspirations. J'en ai peu parlé, mais le dessin est d'une très bonne efficacité. En vrai, je n'aurais pas grand chose à en dire, vu que je n'ai rien noté de particulier. Ça fonctionne parfaitement. Cette BD m'a beaucoup plu, et même si j'ai sans doute gardé une lecture très politique de l’œuvre, je trouve qu'elle mérite qu'on s'y attarde juste pour se faire plaisir. L'histoire reste très sympathique, on passe un agréable moment en compagnie de ce trio infernal de vieux. Je recommande la lecture de cette BD qui fait souffler un vent de fraicheur avec des aînés !
Comanche
Le western, pour être parfaitement honnête, ne m'intéressait que très modérément auparavant. Il a fallu que je lorgne du côté des grands classiques de la bd franco-belge pour que naisse chez moi une vraie passion enthousiaste pour ce genre. Blueberry reste à mes yeux le modèle mondial et absolu, mais Comanche le talonne de très très près. Comanche narre un far-west en pleine transition, à bascule entre l'ancien et le nouveau monde. La conquête de l'Ouest par les colons européens venus d'au-delà du Mississipi bat son plein avec le gouvernement américain pour chef d'orchestre. A côté des chemins de fer qui commencent à zébrer le paysage, les villes poussent comme des champignons. L'une d'entre elles, Greenstone Falls, voit l'arrivée d'un cow-boy pas comme les autres, Red Dust. La série est centrée sur Red Dust et le ranch convoité, le Triple Six (666), qu'il tient en compagnie d'acolytes de circonstance. Comanche, Clem Cheveux Fous, Toby Face-Sombre, Ten Gallons...des surnoms étranges mais une troupe unie plongée dans les tourments d'un monde dur et violent ou le revolver fait la loi. Tous les tomes sont d'une très grande qualité mais la série devient réellement passionnante à partir du tome trois, en particulier la fusillade nocturne à la fin, magistrale et oppressante, qui parvient à nous happer complètement. Le tome suivant jusqu'à la mort de Reeves est du même tonneau, elle est un superbe chef d'oeuvre ou l'on touche au sublime. Ce qui vient ensuite met en exergue les différentes évolutions des protagonistes et de l'environnement : Greenstone Falls s'agrandit, le cow-boy se range et devient shérif, Comanche s'embourgeoise. cette bd sous bien des aspects peut être perçue comme une sorte de fresque historique exposant la transfiguration de l'Ouest, ou comment un lieu sauvage et aride mute en civilisation moderne. La réalité du Grand Ouest n'est pas enjolivée et c'est un parti pris que j'ai beaucoup apprécié de la part de Greg et d'Hermann. Ici nous sommes loin de l'univers rigolo d'un Lucky Luke : Tout se règle dans le sang, les règlements de compte trouvent leur épilogue dans la boue et l'obscurité d'un coin sordide, et les destinées personnelles s'achèvent la plupart du temps sur une note tragique. Assurément c'est ce qu'il y a à retenir de ce Grand Ouest dans Comanche : la violence. Une violence permanente, une violente ostentatoire, étouffante. Je pose bien évidemment le cachet d"oeuvre culte" à cette magnifique bande dessinée. C'est un plaisir de suivre ce Red Dust, à califourchon sur son canasson, pourchassant entre les mesas ensoleillées les pires ordures qui peuplent les Etats-Unis et c'est un plaisir spécial du 9ème art que de pouvoir porter témoignage sur cette époque incroyable où le croisement de populations hétérogènes pouvait faire qu'un rouquin, une femme, un Cheyenne, un blondinet, un moricaud et un vieillard pêchu tissent des liens d'amitié et combattent ensemble les maîtres du crime.
Les Aventures de Gil et Georges
Après la lecture du précédent (premier et unique) avis, j'ai pensé prendre le contre pied en citant ma propre expérience de lecture. En effet, j'ai pour ma part découvert cette BD il y a maintenant vingt ans, alors que j'héritais des numéros d'Okapi de mon grand frère. Donc je peux dire l'effet que cela fait sur un esprit d'enfant, et j'adorais...! Ne connaissant pas les réalisations précédentes du même auteur, je ne pouvais évidemment pas comparer, ni même avoir du recul sur ma lecture (du haut de mes dix ans...). En tout cas, l'univers que je considérai comme "bizarre" et perturbant m'a tout de suite fasciné et intrigué. Des aventures simples et énergiques, des personnages faciles à cerner, des idées farfelues, des décors familiers et étrangers en même temps. Mon fils de sept ans s'est mis à lire les trois tomes et semble apprécier tout autant. Je n'ai pas pu m'empêcher de transmettre une de mes nombreuses BD d'enfance qui m'ont marqué.
The Promised Neverland
Si même un titan de la japanimation tel Qu'Eiichiro Oda donne son satisfecit à cette oeuvre, c'est que l'on tient assurément un must-read. The Promised Neverland (en référence au "Pays Imaginaire" de Peter Pan) fait partie de ces séries bâtardes qui naviguent entre le shônen et le seinen, à l'image d'un Full Metal Alchemist ou d'un Shingeki No Kyojin plus récemment. Elle cartonne apparemment au pays du soleil levant, en plus d'être plébiscitée par les éditeur français de façon unanime. Il ne m'en fallait pas plus pour me décider à aller jeter un coup d'oeil. Grace Field House est un orphelinat ou vivent et grandissent en harmonie toute une marmaille tirée à quatre épingles sous l'oeil attendri de "Maman", la tutrice et l'institutrice du lieu. Un genre de Poudlard pour moldus perdu au milieu de nulle part, ou règne une ambiance joyeuse et familiale. Mais les apparences sont parfois trompeuses et un soir, Emma et Norman vont découvrir avec épouvante ce qu'ils n'auraient jamais dû découvrir : leur "maison" n'est pas le cadre idyllique qu'ils imaginaient, il est sous le contrôle discret d'êtres lucifériens aux desseins malveillants et opaques. A partir de là, le monde va tanguer sous leurs pieds, toutes leurs certitudes vont s'évaporer comme neige au soleil. Désormais, épaulés par leur comparse et ami Ray, ils ne seront animés que d'une obsession : échafauder le plan parfait afin de s'évader de ce camp de concentration déguisé en paradis. En lisant ces deux premiers tomes on ne voit pas le temps passer tellement on est captivés : ce sont de véritables page-turner ou rien n'est laissé au hasard et ou les changements d'ambiance, entre l'enfantin et l'oppressant, donnent la chair de poule. Dans cette intrigue brillante, qui prend la forme d'une enquête, toutes les pièces du puzzle s'emboîtent à la perfection, tout est millimétré comme une montre suisse. Un vrai travail d'orfèvre. Ce qui est d'ailleurs rafraîchissant avec The Promised Neverland, c'est que les exploits intellectuels sont privilégiés aux exploits physiques. Ici pas de Ninjutsu, de Kaméhaméha ou de Zanpakutô, la meilleure arme des protagonistes, ce n'est rien d'autre que leur matière grise et leur capacité à anticiper. En cela la série me fait penser à une progéniture de Détective Conan et de Prison break. Trahison, double-jeu, duplicité, manipulation: le doute est toujours de mise lorsque l'on parcours les pages de ce thriller psychologique et devant autant de dangers et d'écueils, on se met à frémir d'angoisse pour ces orphelins surdoués, engagés dans une course contre la montre qui s'apparente plus en réalité à une course contre la Mort.
Solo (Martin)
C'est cru (l'hémoglobine gicle à tout va). C'est séquentiel (l'on passe successivement d'aventures en aventures sans qu'il y ait vraiment une arche entre-elles dans le récit). C'est binaire (bouffer son prochain ou être bouffé par son prochain, telle est la question ... de survie). Et pourtant, l'histoire est paradoxalement humaniste (éloge des liens familiaux, du dévouement dans l'amour filial et matrimonial, le rejet de situations de dominance, de l'injustice, et du racisme, ode à la liberté individuelle et au travail d'équipe, etc...). Je suis directement totalement entré dans l'histoire. Et me suis très vite puissamment attaché au personnage principal, tant c'est bien narré. Et quelle claque graphiquement ! Une oeuvre qui détonne, un feu d'artifice haut en couleurs, cruel, tribal, et à la fois humaniste (c'est particulier d'employer ce vocable pour des personnages animaliers), magnifiquement croqué sur le papier, qui part dans tous les sens, et dont moi lecteur, ai été immédiatement enchaîné au récit, ... et été bien triste quand il s'est achevé au troisième tome. Une expérience !