Les derniers avis (9709 avis)

Couverture de la série La Partition de Flintham
La Partition de Flintham

Une bonne BD peut-elle atteindre à la "grandeur" par la seule force de son dessin ? Le sens commun suggère que non, bien sûr, puisque la dictature du scénario tout-puissant nous a depuis longtemps convaincus d'exiger aussi une bonne histoire. Mais voilà que cette "Partition de Flintham" arrive pour ébranler nos certitudes. Premier livre d'une visiblement brillante illustratrice italienne, Barbara Baldi, ce livre nous envoûte, nous enchante, nous promène, simplement (?) à l'aide de ses images sublimes, sombres aquarelles rendant régulièrement hommage aux chefs d'œuvre de la peinture classique. Le livre est construit sur de très rares dialogues, et sur une histoire qui évoque immédiatement certains clichés romantiques éternels (les Soeurs Brontë, coucou !), avec son héroïne retranchée dans un refus du monde presque arrogant, mais prête à tous les labeurs et toutes les humiliations pour sauver l’héritage de sa grand-mère bien-aimée. "La Partition de Flintham", titre français un peu absurde sans doute imposé par le caractère intraduisible du titre original en Italien ("Lucenera", lumièrenoire ?), peut également nous rappeler les réflexions socio-politiques de "Downton Abbey" sur les contraintes économiques de la noblesse et sur les rapports entre maîtres et servants... Baldi ne pousse pas toutefois pas la logique de son histoire jusqu'au bout : elle abandonne sans résolution les divers fils de son intrigue, et refuse de conclure de manière logiquement tragique le destin de Clara, la sauvant grâce à un happy end par trop improbable, en nous faisant le coup usé du Deus Ex Machina (même si les deux dernières cases, énigmatiques, laissent planer un doute salutaire)... On ne peut donc pas dire que Barbara Baldi ait vraiment misé sur son scénario, qui ne paraît jamais vraiment l'intéresser, qui relève parfois plus de la logique des rêves (des cauchemars... puisque le pire est toujours certain !) que du rationnel. Pourtant, et c'est là toute la magie de ce livre plus singulier que formaliste, il est difficile de le reposer avant de l'avoir terminé : chaque illustration nous entraîne dans le monde douloureux de son héroïne romantique sur laquelle s'abattent tous les malheurs imaginables. La chute est cruelle, longue, étourdissante, mais la manière dont Baldi injecte une petite lumière vaillante dans la nuit noire et froide qui menace sans cesse d’engloutir Clara est si belle que la jouissance du lecteur se fait de plus en plus aiguë. "La Partition de Flintham" est une expérience rare.

17/02/2019 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Horlà 2.0
Horlà 2.0

Oui, oui, oui ! Le Horlà fut une lecture un peu particulière pour moi, une première (ou de si peu) confrontation au fantastique, à l'angoisse, vie le récit de Maupassant. Celui-ci a été maintes fois adapté, mais toujours, ou presque, de manière académique. Serge Annequin a pris une trajectoire différente, à savoir inscrire son adaptation dans une sorte d'univers parallèle, où la folie du personnage principal l'amène à se retrouver dans une autre dimension... Au-délà du raisonnement et de l'environnement fruste,e t daté, de Maupassant, il lie son histoire à la physique quantique, avec un petit passage par la théorie du chat de Schrödinger. C'est tellement évident ! Cette collision lui permet d'amener le Horlà sur d'autres rivages, troublants, angoissants, avec un album qui baigne dans une ambiance d'étrangeté permanente. Il faut dire qu'avec sa tête de lapin -métaphorique, je pense-, K. détonne dans le récit. Le graphisme de l'auteur, très particulier, participe à cette ambiance. Un album fort réussit, qui réussit la prouesse de se baser sur le récit paranoïaque de Maupassant et l'enrichit par des éléments technologiques modernes. Une belle réussite.

15/02/2019 (modifier)
Couverture de la série Geisha ou Le jeu du shamisen
Geisha ou Le jeu du shamisen

Juste deux volumes pour une vie de Geisha qui défile sous notre regard. C'est beau, sensible, juste, prenant, profondément humain, dramatique. Deux aspects m'ont surpris ici. Tout d'abord la qualité des caractères dépeints. Ils ont une profondeur, une complexité et une singularité qui rend tout ce récit tellement plus concret, plus réaliste. Puis ce récit de l'intérieur d'une vie de geisha m'a finalement appris beaucoup de chose sur ce milieu. Je vous recommande cette lecture divertissante et forte soutenue par un N&B très réussi.

12/02/2019 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Charlotte et moi
Charlotte et moi

Le premier coup de coeur de mes lectures d'Angoulême, avec cette BD pour jeune qui est vraiment bien faite ! J'ai eu l'occasion de pouvoir parler avec l'auteur, auteur que je n'ai jamais vu auparavant, et c'est bien normal : il est issu de l'animation. Charlotte et moi est sa première BD, et je peux déjà vous dire que ça me plait beaucoup ! L'histoire est simple, mais d'une redoutable efficacité : c'est la complicité naissante entre Charlotte, une fille introvertie et timide, souffrant d'un handicap (mais celui-ci n'est jamais nommé), et Gus, petit garçon qui vient de déménager avec sa mère et n'a aucune envie d'être ici. Le déroulement de l'histoire est plutôt classique, mais sait rapidement nous prendre au dépourvu en sortant des sentiers battus de plusieurs façons. Ce qui semblait un cheminement classique devient rapidement original et surprenant. Et ce jusqu'à la fin. Ce qui m'a vraiment fait aimer cette BD, c'est le traitement très humain des personnages, le côté attachant et amusant de chacune des personnalités présentées. Ce n'est pas manichéen, et jusqu'au bout j'ai trouvé les réactions justifiées et crédibles. En terme de BD pour enfant, ça vaut le détour. Sans compter qu'on parle de plusieurs sujets plutôt grave au final : le terrorisme, l'abandon d'enfant, le handicap, le divorce ... Mais toujours fait de façon intelligente et douce. Le personnage de Gus est adorable, et très crédible dans ses réactions également. Le dessin est très efficace, on sent un peu le côté animation dans les décors mais c'est très expressif et ça convient à merveille au récit. En plus, j'ai beaucoup aimé la colorisation. En terme de BD jeunesse, j'ai rarement lu quelque chose de ce niveau. C'est vraiment agréable à lire, même adulte, et ça prend son temps pour faire une belle histoire, crédible et intelligente. Je vous recommande très fortement !

12/02/2019 (modifier)
Couverture de la série La Fille dans l'écran
La Fille dans l'écran

Voilà une bien jolie histoire qui met du baume au cœur ! Écrite à quatre mains par Lou Lubie et Manon Desvaux, La fille dans l’écran est l’histoire d’une rencontre par écrans interposés entre deux jeunes filles ; l’une vit en France, gère comme elle peut ses crises d’angoisses et tente de devenir illustratrice. La seconde est exilée au Canada, mène une vie banale et a laissé en chemin ses rêves de photographe. Le concept de raconter en parallèle leurs vies et leurs échanges en alternant une planche dessinée par chaque auteure est original et très bien exploité. L’utilisation des technologies modernes pour communiquer sert plutôt bien la mise en scène, notamment par le biais de trouvailles graphiques et de mises en page originales. Les deux jeunes filles sont attachantes, j’ai aimé leurs caractères et la justesse de leurs réactions. Si j’ai une préférence pour le dessin de Manon Desvaux, l’alternance des deux ne m’a pas gênée outre mesure, d’autant plus que Lou Lubie apporte de la couleur ce qui est plutôt bienvenu. Les deux dessinatrices ont un style résolument moderne ; elles se sont bien trouvées, ce que l’on peut constater dans les planches où leurs dessins se mélangent en s’accordant à la perfection. Bien entendu cette bande dessinée est destinée davantage aux romantiques qui ont envie d’une histoire un peu fleur bleue qu’aux cyniques en recherche de noirceur. Cependant, au-delà de la jolie histoire d’amour, le récit traite aussi des choix que l’on fait dans la vie, et des rêves que l’on laisse de côté ; j’ai pour ma part apprécié cet aspect qui donne du relief à ce qui aurait pu être une banale histoire d’amour. En conclusion, j’ai plongé avec beaucoup de plaisir dans cette bande dessinée que je n’avais plus envie de refermer, et que je relirai sans doute avec beaucoup de plaisir.

11/02/2019 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Will dans Spirou
Will dans Spirou

Réunir toutes les courtes histoires en BD dessinées par Will parues dans Spirou, c'est une idée absolument géniale, et ça nous promet la découverte de bon nombre de pépites inédites et délicieuses, toujours drôles et parfois même poétiques, qui nous font rentrer dans l'imaginaire malheureusement trop méconnu aujourd'hui de cet immense artiste qu'était Will. Chaque seconde passée à lire les cases de cet album est un délice... Rarement j'avais ressenti la même jubilation en tournant la page et en me disant : "Qu'est-ce qui va venir après ?" L'album est très bien fait, suivant un ordre chronologique qui permet de voir l'évolution de Will, que ce soit dans son dessin ou son humour (même s'il n'a pas scénarisé beaucoup des histoires présentes ici). J'avoue avoir une préférence pour la première partie de l'album, où on retrouve l'innocence de la BD des années 60-70 à la Spirou, et son côté très familial. Rien que la première histoire, "Le rêve de Noël de Petit Jean" est un chef-d'oeuvre dans sa maîtrise de la narration, et tout particulièrement de la couleur, qui occupe une place particulière dans ce court récit. Mais tout l'ensemble suit, et aucune histoire n'est vraiment mauvaise. Bref, un album très réussi, qui permet de découvrir plus en détail un grand auteur de bande dessinée. Essentiel.

09/02/2019 (modifier)
Couverture de la série Keko le magicien
Keko le magicien

J’avais acheté cet album il y a longtemps, à sa sortie je crois. A l’époque, je ne connaissais pas l’auteur, et c’est le feuilletage de certaines planches qui m’avait fait sauter le pas. J’ai depuis lu d’autres œuvres de cet auteur, avec plus ou moins de plaisir. Mais aucune ne m’a fait le même effet. Proposer un résumé de cet album est une gageure, et n’est pas souhaitable non plus. C’est, en effet, autour du magicien Keko et de quelques autres personnages, une longue errance, un long poème visuel, qui relève en grande partie du surréalisme. En effet, certaines planches ont une esthétique proche de celle de Dali, ont aussi les mêmes sources d’inspiration (esthétique « Modern Style » par exemple). Objets, personnages se déforment. Des objets (voire des parties de corps, comme un sein) deviennent des personnages. L’imagerie populaire est aussi détournée – comme l’est aussi Disney (une Clarabelle loufoque). C’est souvent surchargé, cela serait encore plus kitch sans le dessin et surtout la colorisation de Nine, comme tamisée, en retenue, alors même que les personnages, les dialogues (plus ou moins lyriques et « littéraires », en tout cas décalés et eux aussi loufoques) portent l’album vers des délires dans lesquels l’érotisme, l’humour et bien sûr la poésie jouent leur partition (sur un air de tango bien entendu !). C’est très particulier, mais c’est particulièrement intéressant ! J’ajoute que l’édition proposée par Rackham est vraiment de haute tenue, avec une couverture et un papier épais (un peu ce que propose Cornélius pour certains album de Blanquet par exemple). Cet effort (pas que financier) honore cette maison d’édition, qui n’a sans doute pas gagné beaucoup de sous avec cet album, mais qui a donné vie à quelque chose d’original. Que je vous encourage à découvrir, si vous êtes amateur de ce genre de publication poétique (à feuilleter avant d’acheter !).

06/02/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Célestin Gobe-la-lune
Célestin Gobe-la-lune

Envie d'une série légère et divertissante sertie de jolis dessins accessibles et de sourires coupables ? Bienvenue alors dans les tribulations de Célestin Gobe-la-lune, gentil illuminé du XVIIIème siècle promu à un noble avenir dans un futur qu'il souhaite proche mais bien plus occupé à trousser toute jolie bourgeoise et ravir enfin un titre digne de son rang et à fuir toutes les autres responsabilités de son rang actuel. Car oui, Célestin n'est qu'un gueux oisif régulièrement poursuivi par des maris cocus ou des frères voulant laver l'honneur de leur famille bafouée par les tentatives lubriques de ce vil coquin. Lupano nous sert sur un plateau une histoire pétrie de qualité dont la principale est de nous faire passer un très joli moment entremêlé de sourires et de bonne humeur. En portant son dévolu sur une princesse pimbêche, Célestin va se retrouver bien malgré lui au milieu de complots divers, de philtres magiques et pourquoi pas même d'une révolution civile ? On a souvent comparé à tort ou à raison cette aventure à celles de Garulfo ou des mousquetaires de Alain Ayroles. Si le cadre et les quelques vers détournés peuvent prêter à confusion, l'histoire se rapproche davantage d'un Fanfan la Tulipe ou des Fourberies de Scapin dont on y conserve le rythme parfait d'une vaudeville. Yannick Corboz dont on a critiqué souvent l'encrage ou même le dessin doit être réhabilité pour un dessin expressif et parfaitement découpé. Le travail s'améliore même sur le second tome mais il serait injuste de ne pas parler des décors travaillés avec de majestueuses cités détaillées ni de la jolie colorisation rappelant l'aquarelle. Le tour de force vient également de Lupano qui arrive à conclure rapidement une histoire en deux tomes par un tour de force historique et plutôt malin. Que de plaisir à lire les aventures de Célestin, un des rares héro franco-belges se promenant la plupart du temps défroqué. Mais même cela trouvera son explication. Incontournable.

06/02/2019 (modifier)
Par Gaston
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Arabe du futur
L'Arabe du futur

Je mets à jour mon avis après la lecture du quatrième tome qui est le meilleur album d'une série que je trouve de plus en plus excellente à chaque album. Sattouf raconte son enfance entre la Syrie, la Libye et la France et c'est vraiment intéressant. L'auteur sait comment raconter la vie quotidienne et j'ai particulièrement aimé comment il ne fait pas la morale. Il ne fait que montrer ce qu'il a vécu et il laisse les lecteurs juger tous seuls. Du coup les personnages semblent terriblement humains et je me suis surpris à changer d'opinion sur eux selon les scènes. Ainsi, par exemple, j'ai trouvé que le père était vraiment un gros connard durant la majeure partie du tome 4 et puis il y avait quelques pages où je trouvais qu'il faisait un peu pitié. Je pense que Sattouf est vraiment excellent pour caricaturer le genre humain. Le personnage du père de Sattouf est vraiment au centre de cette série. Il est rempli de contradictions (il veut être moderne, mais il est un peu prisonnier du coté traditionnel de sa famille et cela va empirer lorsqu'il va devenir plus religieux) et de préjugés. Disons que je suis bien content de pas l'avoir eu comme père ! La mère est effacée au début, mais elle est plus présente au fil des tomes. Vu que ce sont les souvenirs de Sattouf enfant, la situation devient plus complexe lorsqu'il grandit et qu'il comprend mieux le monde qui l'entoure, notamment que son père est moins honorable qu'il le pensait. Une bonne lecture qui montre la société arabe et française des années 80-90 vécue par un jeune enfant. Toutefois, je n'irais pas jusqu'à dire que c'est la série à lire pour comprendre la situation en Syrie. Pour moi c'est surtout le témoignage d'un auteur qui avait beaucoup de choses à dire et peut-être exorciser certains démons intérieurs. Après réflexion, je monte la note et donne le maximum. Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant apprécié une série !

11/07/2015 (MAJ le 04/02/2019) (modifier)
Couverture de la série Deux femmes
Deux femmes

Deux femmes est un manhwa coréen que je m’empresserais de conseiller à tous les amateurs de romans graphiques, et surtout aux lecteurs réticents à se lancer dans ces récits venus d’Asie ! Parce que, cornebique, c’est exactement le genre de récit qui peut permettre à un certain lectorat de passer du genre européen au genre asiatique sans ressentir aucune douleur. En fait, s’il n’y avait le contexte de cette histoire, je pense même qu’une majorité de lecteurs ne remarqueront pas de différences techniques entre cet album et un album européen. Même sens de lecture, un trait dépouillé et expressif mais sans tomber dans la caricature agressive, une ambiance générale bien posée, une lente progression narrative : c’est non seulement du beau travail, mais aussi fort similaire à celui que réalisent les auteurs du genre en Europe ou ailleurs. Le thème du livre est d’ailleurs universel puisqu’il nous parle de la situation féminine, en Corée dans le cas présent mais cette situation n’est fondamentalement pas vraiment différente de la situation en Europe ou aux Etats-Unis, sociétés traditionnellement bâties sur une dominance de l’homme et un statut de la femme active encore précaire. Et au travers de ses deux personnages, Song Aram va nous dresser un tableau réaliste et humble du statut actuel et du mal-être des jeunes femmes coréennes d’aujourd’hui. Pourtant il s’agit bien d’une œuvre asiatique, et je l’ai ressenti dans la justesse du ton employé. Song Aram analyse ses personnages avec un recul qui peut ressembler à de la froideur. Ses deux personnages, alors qu’elles sont amies, ignorent beaucoup d’aspects de la vie de l’autre. Il y a dans l’approche de l’autre et la manière de se dévoiler une pudeur, une distanciation, une réserve qui passent souvent pour de la froideur aux yeux d’un Occidental mais qui sont avant tout des marques de respect… qui ne sont pas sans conséquences puisqu’elles peuvent entraîner certaines incompréhensions entre les personnages. Ce récit est d’une grande finesse, sa lente progression et sa construction nous permettent de saisir ces deux personnages dans leurs contradictions. C’est non seulement un beau récit mais aussi une belle occasion de saisir l’état d’esprit de ces jeunes Coréennes. Bon, je m’arrête là parce que je vais finir par vous saouler. Mais si vous aimez les romans graphiques, je n’ai qu’un conseil à vous donner : foncer !

03/02/2019 (modifier)