Encore une Bd sur la guerre de 14-18, cette guerre n'en finit pas d'inspirer les auteurs de BD, mais on n'en voit que la fin, car le récit part ensuite dans l'immédiate après-guerre, même si cette guerre revient sans cesse hanter les esprits.
Alors, je préviens que je n'ai lu ni le livre, ni vu le film de Dupontel dont on a beaucoup parlé, j'ai vu les notes et critiques de pas mal d'amis de Sens Critique qui l'ont pour la plupart encensé, j'ignore si c'est justifié ou pas, je ne juge que la Bd et ce qu'elle m'a procuré comme satisfaction, car c'en est une. J'ai tellement lu de Bd sur la guerre de 14-18 que je m'attendais à être peu surpris, mais je me trompais.
C'est une Bd passionnante, émouvante, aux rouages assez complexes où l'on a 3 personnages principaux scindés en 2 parties : d'un côté Pradelle qui se révèle être un beau fumier, de vieille noblesse ruinée, un arriviste abject et cruel, de l'autre une paire d'amis soudés par l'épreuve de la guerre, Albert et Edouard dont l'un est une gueule cassée. Les 2 parties se rendent coupables d'escroqueries mortuaires, car après cette guerre où le patriotisme avait tourné à plein régime, chaque petit village voulait son monument aux morts avec son poilu sculpté dessus pour honorer ses morts. Quelles sont les plus ignobles ? Pour Pradelle, cette arnaque est dans sa nature, pour lui c'est un boulot comme un autre, pour les 2 amis, c'est différent, ils sont poussés par les circonstances et les infortunes de la vie. Car ce récit nous fait comprendre qu'après 4 ans de boucherie guerrière, il vaut mieux être mort au champ d'honneur que rescapé, surtout quand on est estropié ; les morts sont pleurés comme des héros alors que l'Etat français ne sait pas quoi faire des survivants, et surtout peine à leur verser de maigres pensions de guerre.
Une adaptation de film ou de livre, ça peut être très casse-gueule, il faut que l'adaptation apporte un truc en plus au matériau d'origine, et je crois que De Metter réussit cet exploit, les échos que j'ai eu sur ce roman sont tous dithyrambiques, aussi il n'a pas cherché la fidélité à outrance en reproduisant quantité de dialogues, bon faut dire que c'est le romancier qui a adapté son bouquin, de façon sobre apparemment. Le canevas narratif de base est respecté, mais les dialogues ne sont pas envahissants, il a épuré le tout pour le matériau BD, en laissant le dessinateur s'exprimer, ça permet justement de mettre au service du récit la force du dessin, l'émotion passe par le dessin, les expressions des visages, les attitudes des personnages...
Après le western Rouge comme la neige, où ce dessin m'avait surpris par son style crayonné vif, et en plus en sépia, De Metter emploie ici la couleur, c'est un dessin qui n'est pas dans mes préférences, mais je le trouve meilleur, il est très correct, créateur d'ambiance et correspond parfaitement à l'évocation de cette époque choisie, imposant une atmosphère spéciale qui d'après mes échos reçus du livre, semble déjà présente dans celui-ci. Je crois donc que c'est une excellente adaptation, en tout cas, sur le plan bande dessinée, je la trouve remarquable.
Depuis peu je découvre l’œuvre de Sergio Toppi et c'est l'excellent PAco qui m'a conseillé la lecture de ce "quintet" paru en intégrale chez Mosquito. Wouaw, quelle claque mes aïeux. Il est de ces auteurs qui ont donné au noir et blanc ses lettres de noblesse. Le style de Toppi est grandiose, à la fois épuré et d'une très grande richesse qui amène le lecteur à se perdre dans les détails de chaque case ou page entière. Peu adepte du N&B alors que je découvrais la BD, c'est avec ce genre d'auteur que je me suis réconcilié avec cette manière de faire ( merci également à M. Larcenet et son sublissime Le Rapport de Brodeck).
Outre un dessin qui est donc magnifique, le scénario n'est pas en reste. Il fait voyager le lecteur aux quatre coins de la terre à la rencontre de peuples, de cultures à mille lieues de ce que nous connaissons. Peu importe que le héros soit finalement un être assez insupportable pétri d'égoïsme et pour qui la vie humaine n'a que peu de valeur. Certains diront qu'au cours de ses pérégrinations il prend le parti des peuples opprimés fustigeant ainsi le colonialisme. Ce héros donc de prime abord un brin antipathique finit par trouver grâce à nos yeux, sans doute parce qu'il est collectionneur comme nous qui sommes parfois capables de faire beaucoup pour se procurer LA BD qui nous manque depuis des années.
Seul petit bémol dans cette saga, ce sont les raccourcis scénaristiques, les ellipses qui transportent bien aisément notre héros d'un continent à l'autre. Mais pour moi c'est le dessin qui l'emporte, qui m'emporte devrais-je dire, c'est donc un coup de cœur et nul doute que je reviendrais à ces récits.
Tillie Walden est une jeune prodige du comics américain, qui a 24 ans à peine a déjà réalisé de nombreux romans graphiques de qualité, et gagné un Eisner Award pour Spinning, devenant ainsi une des plus jeunes lauréates depuis la création de ce prix prestigieux. Je dois pourtant avouer n’avoir lu aucun de ses albums avant « Sur la route de West » (qui a également gagné un Eisner Award cette année), et bam ! grosse claque dans la gueule et gros coup de cœur.
Le récit débute de façon très banale, avec ces deux jeunes femmes qui se rencontrent un peu par hasard et embarquent dans un road trip initiatique, parlent de leurs vies… je pensais l’affaire pliée, m’attendant aux poncifs du roman graphique un peu adolescent… et puis paf, l’histoire prend un tournant inattendu vers la page 80 : des éléments de « réalisme magique » font leur apparition, et l’ambiance vire tout doucement vers un absurde onirique et inquiétant.
On peut bien entendu prendre tout ça au premier degré et se laisser porter par l’histoire (et à lire les avis de lecteurs sur internet, c’est ce que bon nombre semblent avoir fait), mais il y a selon moi un symbolisme puissant entre les évènements du bouquin et le thème de la douleur intérieure. Les deux jeunes femmes parlent de certains évènements traumatisants, ce qui fait resurgir leurs démons respectifs (les méchants poursuivants) ainsi que tous les doutes et l’incompréhension associés à ces douleurs (les évènements inexplicables de l’histoire). J’ai vu la magie comme une force intérieure qui leur permet de se battre. L’arbre, enfin, représente le passé à affronter. Mais la vraie magie de ce récit est qu’il est suffisamment abstrait pour que chacun se fasse sa propre interprétation, et je serais intrigué de lire l’avis d’autres lecteurs.
La mise en image est vraiment sublime. Le trait est léger, presque typé manga par moment, mais est subjugué par une mise en page judicieuse (avec ce dessin débordant sur les cases voisines, jusqu’à parfois faire disparaitre le gaufrier), et des couleurs pastelles sublimes.
Je suis ressorti vraiment marqué de ma lecture, et je vais de ce pas découvrir d’autres albums de cette autrice. Un coup de cœur !
J’avais 11 ans lors du procès très médiatisé de Klaus Barbie, mais je dois avouer que tout ça m’était un peu passé au-dessus de la tête (la notion de « crime contre l’humanité » étant assez abstraite pour l’enfant que j’étais).
Cet album, adapté du roman « Mémoires » de Beate et Serge Klarsfeld, raconte la vie passionnante de ces deux individus hors du commun. Beate et Serge ont passé leur vie à traquer des anciens nazis criminels de guerre (dont Klaus Barbie, donc) qui vivaient paisiblement en toute impunité, parfois même dans des rôles politiques. Ils ont sacrifié beaucoup de temps et d’argent, beaucoup douté, parfois pris des risques insensés (leur voiture explosa un jour, heureusement quelques heures trop tôt, la minuterie de la bombe ayant mal fonctionné), et subirent beaucoup d’attaques, de menaces de mort… Ils parvinrent toutefois à concilier tout ça avec une vie de famille relativement « normale ». Quel courage, quelle détermination !
L’adaptation de Pascal Bresson est réussie, les planches ne sont pas (trop) chargées en textes, ce qui n’a pas dû être chose aisée, le roman original faisant plus de 1000 pages. La lecture reste longue et dense (en particulier le tout dernier chapitre, sous forme d’entretien avec une journaliste), donc un album à lire en plusieurs fois selon moi.
La mise en image de Sylvain Dorange (que j’avais découvert dans le superbe La Plus Belle Femme du Monde - The Incredible Life of Hedy Lamarr) est sobre et efficace, et contribue positivement à la narration (avec par exemple plusieurs palettes de couleurs pour représenter les différentes époques). L’album photo en fin de récit est une excellente idée, et humanise encore plus ce couple au destin vraiment exceptionnel.
Une lecture passionnante et instructive.
Je n'ai pu lire que les 2 premiers albums qu'on m'a prêtés, je vais tenter de trouver en occase cette collection car elle m'a tapé dans l’œil, d'autant plus que les décors des 2 autres albums sont ceux de la côte des Abers et du golfe du Morbihan, cher à mon coeur, mon père était Vannetais, et lorsqu'on retournait en Morbihan en famille l'été, j'ai de suite été attaché aux îles du golfe, la fameuse "petite mer" qui a donné le seul nom de département breton dans la nomenclature française.
La part bretonne qui est en moi ne peut qu'apprécier cette Bd, que je vois dans les avis précédents, plutôt mésestimée, je veux donc redresser la barre comme dirait un marin breton. Certes, on sent qu'il y a de la bretonnitude et de la celtitude à toutes les pages, les références sont foisonnantes et peuvent paraitre envahissantes pour un non-Breton, et même pour certains Bretons authentiques qui n'aiment pas qu'on surcharge. Je peux le comprendre, mais moi ça m'est égal parce que ça me rappelle plein de coins merveilleux que j'ai vus, visités, baladés, photographiés, bref, je n'en aurais jamais assez, la Bretagne je m'en nourris et ça m'aide à surmonter des épreuves... c'est une véritable promenade touristique, les enquêtes policières paraissant presque accessoires. La côte de Granit Rose dans le premier album, endroit magique autour de Ploumanac'h et Trégastel que j'ai vu de nombreuses fois et dont j'ai photographié les gros rochers chaotiques sous toutes les coutures, est particulièrement bien reproduite, à côté, le décor malouin du second album semble moins inspiré.
Ces enquêtes en milieu breton ne sont pas sans me rappeler celles de La Brigade de l'étrange (dont le tome 1 se déroulait aussi à Ploumanac'h), je les trouve assez simples et quasi secondaires parce que les auteurs ne se focalisent pas dessus, pour eux, l'essentiel n'est pas là, le côté policier, ça donne un petit aspect de mystère lié aux mystères bretonnants, mais surtout, ça sert de fond pour raconter autre chose, en s'attachant aux personnages et à des portraits de gens du cru, avec une atmosphère mêlant quotidien, régionalisme et mystère. On peut y reconnaitre l'influence de Loisel dans la façon narrative, avec le rythme assez lent et la description quasi contemplative des personnages, un peu comme il l'a fait dans Magasin général, si bien que l'enquête dans le tome 1 ne débute qu'après 15 pages.
Le dessin est assez surprenant, avec cet aspect de crayonné, mais je trouve que ça colle parfaitement avec le ton et le décor breton, le dessinateur reproduit bien les vieilles maisons, les vieilles pierres et les décors maritimes, ça me plait bien ; je regrette un peu que les décors choisis ne soient que des décors de côtes, certes c'est toujours le plus prisé et le plus spectaculaire en Bretagne, mais j'aimerais que des histoires se déroulent aussi en Bretagne intérieure. En gros, voici une série qui m'a ravi totalement, malgré le côté un peu appuyé des éléments bretons, mais comme je l'ai dit, ça ne me dérange aucunement, au contraire, j'en redemande.
Cette série s'adresse à des enfants et aborde avec un texte simple et clair ainsi qu'une illustration sobre mais efficace la seconde guerre mondiale. Tout y est, y compris l'éducation de cette époque.
Je cherchais depuis longtemps pour mon fils quelque chose de lisible et de visible sur ce thème qui l'intéresse profondément. Il a avalé les 4 tomes, nous attendons impatiemment les suivants. Je remercie sincèrement auteur et illustrateur qui ont parfaitement su adapter leurs plumes pour les jeunes cerveaux de nos enfants. Bravo à eux et qu'ils n'hésitent pas à lancer une nouvelle série sur la 1ère guerre mondiale car sur celle-ci rien encore pour ces jeunes esprits.
Comme le dit un autre posteur, il faut ranger son esprit cartésien et se laisser porter par cette histoire loufoque au possible, qui me rappelle un peu La Nef des fous de Turf, mais aussi le roman « Alice au pays des merveilles » de Lewis Carroll.
L’histoire est remplie de symbolisme et de références à notre monde (réflexion sur le passage du temps, sur le sens que la mort donne à la vie… mais aussi sur la nature humaine, la situation des refugiés etc.) et surtout abonde en personnages plus déjantés les uns que les autres. Le scenario est (trop ?) touffu et parfois abscons, et je dois avouer avoir eu du mal à tout saisir. Je n’ai toutefois jamais complètement décroché, et je suis ressorti de ma lecture satisfait.
Il faut dire que la mise en image de Jean-Baptiste Andreae est époustouflante. Les divers mondes explorés et leur faune/flore sont originaux au possible, et superbement représentés… et puis ces couleurs !
Un excellent moment de lecture, et une série terminée (pour le moment) en 5 tomes, que je recommande aux amateurs d’aventures loufoques et de personnages extravagants. Si un nouveau cycle sort, je le lirai certainement !
Je commence cet avis par ce qui fait la grande originalité de cet album – mais qui aussi risque d’être assez clivant – c’est à dire l’aspect graphique. En effet, on a là un travail vraiment très original, que ce soit pour les décors, les personnages, la colorisation: c’est ce qui m’avait poussé à acheter cet album, qui me faisait l’effet d’une sorte d’ovni.
Le dessin est très chargé, excessivement baroque (densité, mouvements, expressivité des personnages, etc.). Certaines cases (il n’y en a pas forcément beaucoup par page, et le découpage s’éloigne lui aussi du traditionnel gaufrier) sont remplies de détails minutieux.
Les personnages sont très filiformes, la Mort la première, qui a des airs de phasme, ou plutôt de mante religieuse, tellement elle est étirée. Oxo développe dans cet album une sorte d’univers punk (les coupes de cheveux, les maquillages à la Ziggie Stardust, les vêtement cloutés, renvoient tous à cette imagerie).
Quant à la colorisation, elle alterne des passages très sombres et d’autres plus lumineux, presque psychédéliques. On n’est parfois pas très éloigné d’un certain kitsch.
Vous ajoutez à tout ça des personnages aux visages qui surjouent souvent les émotions, aux corps plus que souples, qui se retrouvent parfois dans des positions, improbables. Car Oxo – auteur espagnol que j’ai découvert avec cet album haut en couleurs – s’inspire fortement du surréalisme (tendance Dali), mais aussi de certaines Vanités de la fin du moyen-âge ou de la renaissance (je pense par exemple à celle que l’on voit en bas du tableau “Les ambassadeurs” de D’Holbein) avec ces crânes plus ou moins déformés, qui donnent un air de danse macabre à l’histoire.
L’histoire donc. Eh bien force m’est de reconnaître qu’elle est difficilement résumable. Ou alors c’est lapidaire, et ne donne pas forcément toute la mesure de l’imagination d’Oxo. Pour faire simple, nous avons la Mort, qui s’ennuie, et cherche l’amour, mais qui a, bien entendu, une manière d’assouvir ses besoins qui n’est pas celle de tout le monde.
Gros et long délire visuel – entre autre-, cet album est une curiosité, sur lequel je vous recommande de jeter un oeil, si vous avez l’occasion de le rencontrer (il n’est pas vraiment courant !). A feuilleter avant d’acheter bien sûr, car c’est franchement plus qu’atypique.
Je connaissais un peu l'histoire de Chris Kyle à cause des controverses autour du film American Sniper, mais c'est tout. Je ne me souviens même plus si j'avais appris qu'il était mort !
L'idée géniale de l'album est que c'est fait sous forme de documentaire, un vrai, avec des extraits d'interviews et tout, on dirait presque qu'on regarde un documentaire filmé au lieu d'une bande dessinée. Ce qui est fascinant est que l'ancien soldat Chris Kyle, a été adulé comme un héros pour être le sniper qui a eu le plus de victimes et au final il se fait tuer par Eddie Ray Routh, un ancien soldat lui aussi, qui n'avait tué personne durant son service et qui était le gros loser typique qui vit avec sa mère et a des problèmes de consommations. Même si on peut deviner que les auteurs ont un parti pris, le ton est neutre. On ne fait que montrer tout le délire autour de Chris Kyle et ça fait froid dans le dos. Je ne suis pas forcément anti-armes, mais voir tous ces gens réunis uniquement pour voir des gens tirer sur des cibles me semble incompréhensible.
C'est un album qui m'a apporté plusieurs réflexions sur lesquelles je ne veux pas trop m’étaler pour ne pas que cela tourne en billet politique. Je dirais simplement que j'ai trouvé choquant la différence du traitement de certains médias entre les cibles de Kyle et la mort de Kyle lui-même, le cirque autour de sa femme qui est maintenant aussi célèbre que son mari juste parce qu'elle était sa femme et le procès avec Jesse Ventura (qui est montré de manière bien pathétique dans le récit je trouve). Cela montre une société américaine un peu malade qui risque d'exploser un jour, quoique je me demande si ça ne va pas se produire bientôt...
Le dessin sobre est correct et va très bien pour un documentaire de ce genre.
Avec une telle brochette d'auteurs français il eut été dommage de se retrouver avec une série ratée, mais malgré le renom et le talent individuel, des projets ambitieux et largement mis en avant commercialement ont parfois fait des fours.
Ici rien de tout ça pour le moment avec ces deux premiers tomes qui forcent le respect par la très bonne tenu du récit qu'ils proposent en réussissant à piocher dans des registres très différents (polar noir et uchronie) mais avec le dosage parfait pour que cette tambouille improbable prenne et nous propose le meilleur.
Le premier tome plus axé sur le côté polar avec cette bande de petits malfrats nantais qui va se retrouver confrontée à un gros poisson impose un ton et une ambiance qui scotchent rapidement le lecteur tant la narration est limpide. Même les éléments uchroniques qui pourraient surprendre dans un tel registre passent comme une lettre à la poste et donnent une dimension supplémentaire au récit en piquant notre curiosité. Loin des grands chambardements que permettent les uchronies, nos deux scénaristes ont savamment dosés ces éléments pour assoir leur histoire.
Le second tome prend encore une autre dimension en mettant cette fois-ci l'accent sur le côté science fiction lié au phénomène étrange qui secoue le désert algérien. Le rythme s'emballe et les deux histoires qu'on suivaient de loin finissent par se rejoindre. Les personnages s'étoffent encore davantage, même les secondaires, pour faire de cette épopée mystérieuse une vrai réussite.
Car graphiquement, le résultat est à l'avenant. Hervé Tanquerelle, Fred Blanchard et Laurence Croix à la couleur, assurent un travail remarquable qui se fond parfaitement au spectaculaire scénario concocté par Velhmann et De Bonneval. On sent l'osmose dans cet ouvrage et le résultat est tout aussi prenant que surprenant : une réussite ! Et vivement la suite et fin dans le 3e tome annoncé !
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Au revoir là-haut
Encore une Bd sur la guerre de 14-18, cette guerre n'en finit pas d'inspirer les auteurs de BD, mais on n'en voit que la fin, car le récit part ensuite dans l'immédiate après-guerre, même si cette guerre revient sans cesse hanter les esprits. Alors, je préviens que je n'ai lu ni le livre, ni vu le film de Dupontel dont on a beaucoup parlé, j'ai vu les notes et critiques de pas mal d'amis de Sens Critique qui l'ont pour la plupart encensé, j'ignore si c'est justifié ou pas, je ne juge que la Bd et ce qu'elle m'a procuré comme satisfaction, car c'en est une. J'ai tellement lu de Bd sur la guerre de 14-18 que je m'attendais à être peu surpris, mais je me trompais. C'est une Bd passionnante, émouvante, aux rouages assez complexes où l'on a 3 personnages principaux scindés en 2 parties : d'un côté Pradelle qui se révèle être un beau fumier, de vieille noblesse ruinée, un arriviste abject et cruel, de l'autre une paire d'amis soudés par l'épreuve de la guerre, Albert et Edouard dont l'un est une gueule cassée. Les 2 parties se rendent coupables d'escroqueries mortuaires, car après cette guerre où le patriotisme avait tourné à plein régime, chaque petit village voulait son monument aux morts avec son poilu sculpté dessus pour honorer ses morts. Quelles sont les plus ignobles ? Pour Pradelle, cette arnaque est dans sa nature, pour lui c'est un boulot comme un autre, pour les 2 amis, c'est différent, ils sont poussés par les circonstances et les infortunes de la vie. Car ce récit nous fait comprendre qu'après 4 ans de boucherie guerrière, il vaut mieux être mort au champ d'honneur que rescapé, surtout quand on est estropié ; les morts sont pleurés comme des héros alors que l'Etat français ne sait pas quoi faire des survivants, et surtout peine à leur verser de maigres pensions de guerre. Une adaptation de film ou de livre, ça peut être très casse-gueule, il faut que l'adaptation apporte un truc en plus au matériau d'origine, et je crois que De Metter réussit cet exploit, les échos que j'ai eu sur ce roman sont tous dithyrambiques, aussi il n'a pas cherché la fidélité à outrance en reproduisant quantité de dialogues, bon faut dire que c'est le romancier qui a adapté son bouquin, de façon sobre apparemment. Le canevas narratif de base est respecté, mais les dialogues ne sont pas envahissants, il a épuré le tout pour le matériau BD, en laissant le dessinateur s'exprimer, ça permet justement de mettre au service du récit la force du dessin, l'émotion passe par le dessin, les expressions des visages, les attitudes des personnages... Après le western Rouge comme la neige, où ce dessin m'avait surpris par son style crayonné vif, et en plus en sépia, De Metter emploie ici la couleur, c'est un dessin qui n'est pas dans mes préférences, mais je le trouve meilleur, il est très correct, créateur d'ambiance et correspond parfaitement à l'évocation de cette époque choisie, imposant une atmosphère spéciale qui d'après mes échos reçus du livre, semble déjà présente dans celui-ci. Je crois donc que c'est une excellente adaptation, en tout cas, sur le plan bande dessinée, je la trouve remarquable.
Le Collectionneur
Depuis peu je découvre l’œuvre de Sergio Toppi et c'est l'excellent PAco qui m'a conseillé la lecture de ce "quintet" paru en intégrale chez Mosquito. Wouaw, quelle claque mes aïeux. Il est de ces auteurs qui ont donné au noir et blanc ses lettres de noblesse. Le style de Toppi est grandiose, à la fois épuré et d'une très grande richesse qui amène le lecteur à se perdre dans les détails de chaque case ou page entière. Peu adepte du N&B alors que je découvrais la BD, c'est avec ce genre d'auteur que je me suis réconcilié avec cette manière de faire ( merci également à M. Larcenet et son sublissime Le Rapport de Brodeck). Outre un dessin qui est donc magnifique, le scénario n'est pas en reste. Il fait voyager le lecteur aux quatre coins de la terre à la rencontre de peuples, de cultures à mille lieues de ce que nous connaissons. Peu importe que le héros soit finalement un être assez insupportable pétri d'égoïsme et pour qui la vie humaine n'a que peu de valeur. Certains diront qu'au cours de ses pérégrinations il prend le parti des peuples opprimés fustigeant ainsi le colonialisme. Ce héros donc de prime abord un brin antipathique finit par trouver grâce à nos yeux, sans doute parce qu'il est collectionneur comme nous qui sommes parfois capables de faire beaucoup pour se procurer LA BD qui nous manque depuis des années. Seul petit bémol dans cette saga, ce sont les raccourcis scénaristiques, les ellipses qui transportent bien aisément notre héros d'un continent à l'autre. Mais pour moi c'est le dessin qui l'emporte, qui m'emporte devrais-je dire, c'est donc un coup de cœur et nul doute que je reviendrais à ces récits.
Sur la route de West
Tillie Walden est une jeune prodige du comics américain, qui a 24 ans à peine a déjà réalisé de nombreux romans graphiques de qualité, et gagné un Eisner Award pour Spinning, devenant ainsi une des plus jeunes lauréates depuis la création de ce prix prestigieux. Je dois pourtant avouer n’avoir lu aucun de ses albums avant « Sur la route de West » (qui a également gagné un Eisner Award cette année), et bam ! grosse claque dans la gueule et gros coup de cœur. Le récit débute de façon très banale, avec ces deux jeunes femmes qui se rencontrent un peu par hasard et embarquent dans un road trip initiatique, parlent de leurs vies… je pensais l’affaire pliée, m’attendant aux poncifs du roman graphique un peu adolescent… et puis paf, l’histoire prend un tournant inattendu vers la page 80 : des éléments de « réalisme magique » font leur apparition, et l’ambiance vire tout doucement vers un absurde onirique et inquiétant. On peut bien entendu prendre tout ça au premier degré et se laisser porter par l’histoire (et à lire les avis de lecteurs sur internet, c’est ce que bon nombre semblent avoir fait), mais il y a selon moi un symbolisme puissant entre les évènements du bouquin et le thème de la douleur intérieure. Les deux jeunes femmes parlent de certains évènements traumatisants, ce qui fait resurgir leurs démons respectifs (les méchants poursuivants) ainsi que tous les doutes et l’incompréhension associés à ces douleurs (les évènements inexplicables de l’histoire). J’ai vu la magie comme une force intérieure qui leur permet de se battre. L’arbre, enfin, représente le passé à affronter. Mais la vraie magie de ce récit est qu’il est suffisamment abstrait pour que chacun se fasse sa propre interprétation, et je serais intrigué de lire l’avis d’autres lecteurs. La mise en image est vraiment sublime. Le trait est léger, presque typé manga par moment, mais est subjugué par une mise en page judicieuse (avec ce dessin débordant sur les cases voisines, jusqu’à parfois faire disparaitre le gaufrier), et des couleurs pastelles sublimes. Je suis ressorti vraiment marqué de ma lecture, et je vais de ce pas découvrir d’autres albums de cette autrice. Un coup de cœur !
Beate et Serge Klarsfeld - Un combat contre l'oubli
J’avais 11 ans lors du procès très médiatisé de Klaus Barbie, mais je dois avouer que tout ça m’était un peu passé au-dessus de la tête (la notion de « crime contre l’humanité » étant assez abstraite pour l’enfant que j’étais). Cet album, adapté du roman « Mémoires » de Beate et Serge Klarsfeld, raconte la vie passionnante de ces deux individus hors du commun. Beate et Serge ont passé leur vie à traquer des anciens nazis criminels de guerre (dont Klaus Barbie, donc) qui vivaient paisiblement en toute impunité, parfois même dans des rôles politiques. Ils ont sacrifié beaucoup de temps et d’argent, beaucoup douté, parfois pris des risques insensés (leur voiture explosa un jour, heureusement quelques heures trop tôt, la minuterie de la bombe ayant mal fonctionné), et subirent beaucoup d’attaques, de menaces de mort… Ils parvinrent toutefois à concilier tout ça avec une vie de famille relativement « normale ». Quel courage, quelle détermination ! L’adaptation de Pascal Bresson est réussie, les planches ne sont pas (trop) chargées en textes, ce qui n’a pas dû être chose aisée, le roman original faisant plus de 1000 pages. La lecture reste longue et dense (en particulier le tout dernier chapitre, sous forme d’entretien avec une journaliste), donc un album à lire en plusieurs fois selon moi. La mise en image de Sylvain Dorange (que j’avais découvert dans le superbe La Plus Belle Femme du Monde - The Incredible Life of Hedy Lamarr) est sobre et efficace, et contribue positivement à la narration (avec par exemple plusieurs palettes de couleurs pour représenter les différentes époques). L’album photo en fin de récit est une excellente idée, et humanise encore plus ce couple au destin vraiment exceptionnel. Une lecture passionnante et instructive.
Fanch Karadec
Je n'ai pu lire que les 2 premiers albums qu'on m'a prêtés, je vais tenter de trouver en occase cette collection car elle m'a tapé dans l’œil, d'autant plus que les décors des 2 autres albums sont ceux de la côte des Abers et du golfe du Morbihan, cher à mon coeur, mon père était Vannetais, et lorsqu'on retournait en Morbihan en famille l'été, j'ai de suite été attaché aux îles du golfe, la fameuse "petite mer" qui a donné le seul nom de département breton dans la nomenclature française. La part bretonne qui est en moi ne peut qu'apprécier cette Bd, que je vois dans les avis précédents, plutôt mésestimée, je veux donc redresser la barre comme dirait un marin breton. Certes, on sent qu'il y a de la bretonnitude et de la celtitude à toutes les pages, les références sont foisonnantes et peuvent paraitre envahissantes pour un non-Breton, et même pour certains Bretons authentiques qui n'aiment pas qu'on surcharge. Je peux le comprendre, mais moi ça m'est égal parce que ça me rappelle plein de coins merveilleux que j'ai vus, visités, baladés, photographiés, bref, je n'en aurais jamais assez, la Bretagne je m'en nourris et ça m'aide à surmonter des épreuves... c'est une véritable promenade touristique, les enquêtes policières paraissant presque accessoires. La côte de Granit Rose dans le premier album, endroit magique autour de Ploumanac'h et Trégastel que j'ai vu de nombreuses fois et dont j'ai photographié les gros rochers chaotiques sous toutes les coutures, est particulièrement bien reproduite, à côté, le décor malouin du second album semble moins inspiré. Ces enquêtes en milieu breton ne sont pas sans me rappeler celles de La Brigade de l'étrange (dont le tome 1 se déroulait aussi à Ploumanac'h), je les trouve assez simples et quasi secondaires parce que les auteurs ne se focalisent pas dessus, pour eux, l'essentiel n'est pas là, le côté policier, ça donne un petit aspect de mystère lié aux mystères bretonnants, mais surtout, ça sert de fond pour raconter autre chose, en s'attachant aux personnages et à des portraits de gens du cru, avec une atmosphère mêlant quotidien, régionalisme et mystère. On peut y reconnaitre l'influence de Loisel dans la façon narrative, avec le rythme assez lent et la description quasi contemplative des personnages, un peu comme il l'a fait dans Magasin général, si bien que l'enquête dans le tome 1 ne débute qu'après 15 pages. Le dessin est assez surprenant, avec cet aspect de crayonné, mais je trouve que ça colle parfaitement avec le ton et le décor breton, le dessinateur reproduit bien les vieilles maisons, les vieilles pierres et les décors maritimes, ça me plait bien ; je regrette un peu que les décors choisis ne soient que des décors de côtes, certes c'est toujours le plus prisé et le plus spectaculaire en Bretagne, mais j'aimerais que des histoires se déroulent aussi en Bretagne intérieure. En gros, voici une série qui m'a ravi totalement, malgré le côté un peu appuyé des éléments bretons, mais comme je l'ai dit, ça ne me dérange aucunement, au contraire, j'en redemande.
Le Réseau Papillon
Cette série s'adresse à des enfants et aborde avec un texte simple et clair ainsi qu'une illustration sobre mais efficace la seconde guerre mondiale. Tout y est, y compris l'éducation de cette époque. Je cherchais depuis longtemps pour mon fils quelque chose de lisible et de visible sur ce thème qui l'intéresse profondément. Il a avalé les 4 tomes, nous attendons impatiemment les suivants. Je remercie sincèrement auteur et illustrateur qui ont parfaitement su adapter leurs plumes pour les jeunes cerveaux de nos enfants. Bravo à eux et qu'ils n'hésitent pas à lancer une nouvelle série sur la 1ère guerre mondiale car sur celle-ci rien encore pour ces jeunes esprits.
Azimut
Comme le dit un autre posteur, il faut ranger son esprit cartésien et se laisser porter par cette histoire loufoque au possible, qui me rappelle un peu La Nef des fous de Turf, mais aussi le roman « Alice au pays des merveilles » de Lewis Carroll. L’histoire est remplie de symbolisme et de références à notre monde (réflexion sur le passage du temps, sur le sens que la mort donne à la vie… mais aussi sur la nature humaine, la situation des refugiés etc.) et surtout abonde en personnages plus déjantés les uns que les autres. Le scenario est (trop ?) touffu et parfois abscons, et je dois avouer avoir eu du mal à tout saisir. Je n’ai toutefois jamais complètement décroché, et je suis ressorti de ma lecture satisfait. Il faut dire que la mise en image de Jean-Baptiste Andreae est époustouflante. Les divers mondes explorés et leur faune/flore sont originaux au possible, et superbement représentés… et puis ces couleurs ! Un excellent moment de lecture, et une série terminée (pour le moment) en 5 tomes, que je recommande aux amateurs d’aventures loufoques et de personnages extravagants. Si un nouveau cycle sort, je le lirai certainement !
La Mort amoureuse
Je commence cet avis par ce qui fait la grande originalité de cet album – mais qui aussi risque d’être assez clivant – c’est à dire l’aspect graphique. En effet, on a là un travail vraiment très original, que ce soit pour les décors, les personnages, la colorisation: c’est ce qui m’avait poussé à acheter cet album, qui me faisait l’effet d’une sorte d’ovni. Le dessin est très chargé, excessivement baroque (densité, mouvements, expressivité des personnages, etc.). Certaines cases (il n’y en a pas forcément beaucoup par page, et le découpage s’éloigne lui aussi du traditionnel gaufrier) sont remplies de détails minutieux. Les personnages sont très filiformes, la Mort la première, qui a des airs de phasme, ou plutôt de mante religieuse, tellement elle est étirée. Oxo développe dans cet album une sorte d’univers punk (les coupes de cheveux, les maquillages à la Ziggie Stardust, les vêtement cloutés, renvoient tous à cette imagerie). Quant à la colorisation, elle alterne des passages très sombres et d’autres plus lumineux, presque psychédéliques. On n’est parfois pas très éloigné d’un certain kitsch. Vous ajoutez à tout ça des personnages aux visages qui surjouent souvent les émotions, aux corps plus que souples, qui se retrouvent parfois dans des positions, improbables. Car Oxo – auteur espagnol que j’ai découvert avec cet album haut en couleurs – s’inspire fortement du surréalisme (tendance Dali), mais aussi de certaines Vanités de la fin du moyen-âge ou de la renaissance (je pense par exemple à celle que l’on voit en bas du tableau “Les ambassadeurs” de D’Holbein) avec ces crânes plus ou moins déformés, qui donnent un air de danse macabre à l’histoire. L’histoire donc. Eh bien force m’est de reconnaître qu’elle est difficilement résumable. Ou alors c’est lapidaire, et ne donne pas forcément toute la mesure de l’imagination d’Oxo. Pour faire simple, nous avons la Mort, qui s’ennuie, et cherche l’amour, mais qui a, bien entendu, une manière d’assouvir ses besoins qui n’est pas celle de tout le monde. Gros et long délire visuel – entre autre-, cet album est une curiosité, sur lequel je vous recommande de jeter un oeil, si vous avez l’occasion de le rencontrer (il n’est pas vraiment courant !). A feuilleter avant d’acheter bien sûr, car c’est franchement plus qu’atypique.
L'Homme qui tua Chris Kyle
Je connaissais un peu l'histoire de Chris Kyle à cause des controverses autour du film American Sniper, mais c'est tout. Je ne me souviens même plus si j'avais appris qu'il était mort ! L'idée géniale de l'album est que c'est fait sous forme de documentaire, un vrai, avec des extraits d'interviews et tout, on dirait presque qu'on regarde un documentaire filmé au lieu d'une bande dessinée. Ce qui est fascinant est que l'ancien soldat Chris Kyle, a été adulé comme un héros pour être le sniper qui a eu le plus de victimes et au final il se fait tuer par Eddie Ray Routh, un ancien soldat lui aussi, qui n'avait tué personne durant son service et qui était le gros loser typique qui vit avec sa mère et a des problèmes de consommations. Même si on peut deviner que les auteurs ont un parti pris, le ton est neutre. On ne fait que montrer tout le délire autour de Chris Kyle et ça fait froid dans le dos. Je ne suis pas forcément anti-armes, mais voir tous ces gens réunis uniquement pour voir des gens tirer sur des cibles me semble incompréhensible. C'est un album qui m'a apporté plusieurs réflexions sur lesquelles je ne veux pas trop m’étaler pour ne pas que cela tourne en billet politique. Je dirais simplement que j'ai trouvé choquant la différence du traitement de certains médias entre les cibles de Kyle et la mort de Kyle lui-même, le cirque autour de sa femme qui est maintenant aussi célèbre que son mari juste parce qu'elle était sa femme et le procès avec Jesse Ventura (qui est montré de manière bien pathétique dans le récit je trouve). Cela montre une société américaine un peu malade qui risque d'exploser un jour, quoique je me demande si ça ne va pas se produire bientôt... Le dessin sobre est correct et va très bien pour un documentaire de ce genre.
Le Dernier Atlas
Avec une telle brochette d'auteurs français il eut été dommage de se retrouver avec une série ratée, mais malgré le renom et le talent individuel, des projets ambitieux et largement mis en avant commercialement ont parfois fait des fours. Ici rien de tout ça pour le moment avec ces deux premiers tomes qui forcent le respect par la très bonne tenu du récit qu'ils proposent en réussissant à piocher dans des registres très différents (polar noir et uchronie) mais avec le dosage parfait pour que cette tambouille improbable prenne et nous propose le meilleur. Le premier tome plus axé sur le côté polar avec cette bande de petits malfrats nantais qui va se retrouver confrontée à un gros poisson impose un ton et une ambiance qui scotchent rapidement le lecteur tant la narration est limpide. Même les éléments uchroniques qui pourraient surprendre dans un tel registre passent comme une lettre à la poste et donnent une dimension supplémentaire au récit en piquant notre curiosité. Loin des grands chambardements que permettent les uchronies, nos deux scénaristes ont savamment dosés ces éléments pour assoir leur histoire. Le second tome prend encore une autre dimension en mettant cette fois-ci l'accent sur le côté science fiction lié au phénomène étrange qui secoue le désert algérien. Le rythme s'emballe et les deux histoires qu'on suivaient de loin finissent par se rejoindre. Les personnages s'étoffent encore davantage, même les secondaires, pour faire de cette épopée mystérieuse une vrai réussite. Car graphiquement, le résultat est à l'avenant. Hervé Tanquerelle, Fred Blanchard et Laurence Croix à la couleur, assurent un travail remarquable qui se fond parfaitement au spectaculaire scénario concocté par Velhmann et De Bonneval. On sent l'osmose dans cet ouvrage et le résultat est tout aussi prenant que surprenant : une réussite ! Et vivement la suite et fin dans le 3e tome annoncé !