Je ne m'attendais vraiment à rien en prenant cette BD. Et comme cela arrive des fois, j'ai passé un très beau moment. On suit deux temps dans la narration. Celui des auteurs rapidement rejoints par les clients alentours. Et dans le passé celui de notre couple de héros romantiques. Tout cela est servi de manière vive avec pleins de louches de nostalgie saupoudré d'humour et de sentiments contraires. On navigue entre sourires et émotions tout le long. Le dessin à gros nez de F.Cestac souligne bien la farce de tout ceci... Miam.
Il y a fort à parier que la sortie d’Aliss en BD fera parler d’elle. Déjà, à son annonce, voilà 2 ans, avait fait grand bruit. Les raisons sont multiples. Patrick Senécal, le romancier d’horreur favori des Québécois sera enfin adapté en BD et pour ce faire, rien de mieux que de prendre un de ces premiers romans. Un roman culte qui a fait parler de lui et fait toujours parler de lui 20 ans plus tard. Et, cette adaptation, sera faite par Jeik Dion, un auteur de BD qui ne demandait qu’à exploser au public. La combinaison semblait parfaite, et les attentes dans le milieu étaient grandes. Le résultat est-il à la hauteur ? Il les dépasse selon moi !
L’histoire d’Aliss est simple. L’auteur fait une relecture de l’histoire d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Il transporte l’histoire à une époque contemporaine dans un milieu urbain sombre, angoissant et dangereux et transforme Aliss en une jeune femme cherchant son identité dans ce monde qui n’est pas pour elle. Et cette quête initiatique d’Aliss dans la recherche de son moi se fera dans un univers où l’interdit est inexistant, pire est encouragé par La Reine Rouge qui domine ce monde en le forgeant à son image. Les étapes de cette quête seront difficiles pour Aliss. Pour se découvrir, elle passera par la drogue, le sexe, la peur, la violence. Tout au long de l’histoire, elle ne cessera de se déguiser pour essayer de se trouver. L’auteur pour se faire ne se permet aucune censure. Ici, tout est écrit, imagé. Le sexe est sale, les lieux sont délabrés, les personnages sont tordus, la violence est crue. L’interdit n’existe pas dans le monde d’Aliss comme dans l’écriture de son auteur.
Le pari était donc grand. Comment réussir à adapter, aussi fidèlement que possible, une histoire aussi trash, imagée en BD ? Comment réussir à faire pénétrer le lecteur ou la lectrice dans ce monde malsain ? Tout cela pour le plus large public possible ! Et c’est là que la magie de Jeik Dion rentre en jeu. L’histoire d’Aliss en BD passe avant tout par le dessin magistral du dessinateur. Par sa capacité à le faire parler, à le rendre vivant sous nos yeux. Par le talent de pouvoir nous faire rentrer dans ce monde de violence, de sexe, de drogue, de terreur sans rien omettre, mais de toujours être capable de rendre ça tolérable pour les yeux sans enlever le côté malaisant de l’histoire. C’est aussi ce pouvoir de sa mise en scène avec ce cadrage qui fait sortir les images de leur case pour la création de cette ambiance terne et urbaine du roman. Jeik le fait à la perfection. Il joue tout aussi bien avec les couleurs, les ombres et les lumières pour magnifier son dessin. Pour le rendre encore plus vivant. Le pari est grandement réussi !
Ce n’est pas un secret pour les gens qui me connaissent, je suis un grand admirateur de l’œuvre de Jeik Dion. Je crie haut et fort, et cela depuis longtemps, qu’il est l’un de nos plus grands dessinateurs du Québec. Son style est une mosaïque de plusieurs influences. On ressent et l’on voit du Otomo pour cette grande capacité à faire parler son dessin comme seuls les grands savent le faire. On voit un peu de Shirow pour les personnages aux traits gros. On sent l’influence de Moebius et Druillet dans son trait, mais aussi dans l’attitude, dans la volonté de faire éclater la BD. Ses influences américaines sont bien visibles aussi, je vous laisse le plaisir de les découvrir. C’est un dessinateur complexe, brillant, qui joue avec tous les éléments possibles. C’est un artiste qui s’amuse avec le dessin et c’est probablement sa plus grande qualité. De pouvoir sentir son cœur, sa passion dans chaque coup de crayon. Et c’est aussi le seul défaut de cette BD à mes yeux. Car, comme Bone et Chair, j’ai cherché l’âme de Jeik Dion dans cette BD et je n’ai trouvé que son cœur. Tel que Verrue, Jeik est arrivé à maturité. Il est temps pour lui de construire son univers. De nous présenter ses histoires, ses émotions, son âme. De voler de ses propres ailes et faire exploser son talent de créateur. Car c’est évident que ça bouillonne en lui ce désir. Il ne lui reste, maintenant, plus qu’à saisir l’élan qu’Aliss lui donnera, pour prendre la place qu’il mérite dans la BD, celle d’un grand créateur et dessinateur.
Aliss c’est une réussite. Une adaptation fidèle et brillante. C’est pour un public averti bien entendu. Il ne vous reste qu’une seule chose à faire. Attendre sa sortie en librairie et courir l’acheter. La BD est le neuvième art et cette BD est une magnifique œuvre d’art qui laissera sa trace dans le monde de la BD.
Je n'ai lu que quelques pages du premier tome avant de m'empresser d'acheter les 7 autres. Cela va maintenant faire un an que je me suis procuré la série et je les relis régulièrement. L'histoire me fascine, elle est touchante, avec des moments cocasses qui font tourner nos émotions en bourrique, nous serrant le coeur à un moment et en nous faisant rire celui d'après. Ce Manga est désormais dans mon top 1 et il y restera sans doute pour toujours.
Arrivé à la moitié du premier volume, la collection en compte six, je m’orientais vers le premier avis tant « Spider Jérusalem » le personnage central est trivial sur la forme, alors que l’histoire peine à avoir du fond.
Mais petit à petit, on se prend à aimer suivre les enquêtes de ce journaliste indépendant et sans concession, quand on lit ses premiers articles écrits à l’acide et aux fèces (oui, oui). On comprend mieux la ville futuriste dans laquelle il évolue, qui n’est en réalité qu’une exagération de notre société médiatique actuelle.
L’information télévisuelle y est partout et intrusive (comprenez, sur tous les murs de votre logement, sur les trottoirs...), mais n’explique rien et se contente d’énoncer des faits, pour pouvoir mieux placer ses émissions de divertissement très vulgaires et ses pubs.
Ce monde est d’ailleurs fantastique, avec ses émissions pornographiques pour enfants, sa fabrication d’humains pour l’alimentation, et oh oui ! ses « faiseurs » ! Des machines capables, à partir d’un bloc de matière densifiée (ou d’ordures pour la classe moyenne), de fabriquer vos vêtements, vos repas et… leur propre drogue. Et si vous la leur retirez, une tête de cheval qu’ils placeront dans votre lit, comme menace de mort quand ils appartiennent à la mafia.
Les progrès scientifiques y sont légions, comme l’asexuation, pour ne plus à avoir de rapports sexuels, les médicaments contre le cancer, pour pouvoir énormément fumer, le remplissage de l’estomac par des bactéries, pour ne plus avoir à manger, et d’autres qui seront moins anecdotiques, comme la capacité à réveiller les personnes cryogénisées dans le passé, dont l’arrivée dans ce futur oppressant rendent fous, ou ces humains qui veulent se transformer en « faiseur » !
« Spider Jérusalem » traverse ce décor avec sa rage, sa violence et son humour, pour ouvrir les yeux de ses concitoyens lobotomisés, quitte à les secouer trop vivement et à vous faire souffrir de le lire.
Mais si vous passez la lecture du premier volume, vous devriez succomber à cet univers brutal et à son personnage féroce même si l’œuvre reste de premier abord décousue.
En seconde lecture, la personnalité surprenante du héros ne jouant plus, c'est réellement une très bonne bande dessinée !
Après avoir découvert Watchmen, que je pensais être la meilleure création de Alan Moore, j'appris qu'il en aurait écrit une autre d'un niveau au moins égal.
Plutôt sceptique je me la suis procuré et j'avoue que les couleurs fades m'ont d'abord confirmé dans mon a priori. De plus, les décors datés étaient très connotés années 80 alors que l'intrigue était censée se dérouler à la fin des années 90.
Et pourtant, malgré cela on plonge très rapidement dans l'histoire de cet anarchiste qui tente seul de renverser tout un système. On se prend d'amitié pour cet homme dont on ne verra jamais le visage, on comprend ses raisonnements et on en vient à défendre l'anarchie à coup de citations auprès de ses amis : "Anarchie veut dire « sans maître », pas « sans ordre »".
Un chef d'œuvre captivant.
J'ai découvert Alan Moore au début des années 90 par le biais de Watchmen. Et j'ai découvert "Watchmen" par le biais de son tome 4 ("le Hibou") dans la série en 6 tomes, emprunté à la médiathèque par un proche.
Pas facile de commencer une œuvre dense et complexe par le milieu, car on reste sur sa faim et on se questionne aussi beaucoup. Alors on réfléchit à partir des indices que l'on a trouvés et on essaie de savoir qui étaient les "Minutemen", qui sont les héros contemporains cités et quels sont leurs liens.
Puis on comprend que cette bande dessinée évoque non seulement des personnages, mais aussi leur passé, le contexte de celui-ci, et par là, comment les raisons de leur chanement. Bref, on apprend que des personnages dessinés peuvent avoir de l'épaisseur et qu'il me faudra à tout prix lire l'ensemble des tomes.
Cahin-caha, je parvins à lire les premiers volumes et le numéro 3 ("Rorschach") va changer ma perception de la bande dessinée (et mes exigences vis-à-vis de cet art). En une douzaine de cases dénuées de dialogue, Rorschach va résoudre une affaire horrible d'enlèvement d'enfant et le lecteur en rester pantois.
Tout le reste est à l'avenant et vous le découvrirez dès les premières pages avec la double lecture de certaines cases que l'on peut lire à raison d'une sur deux.
Un chef d’œuvre.
Je suis partagé après ma lecture de cet album.
J’ai été franchement séduit par la beauté plastique du dessin de Jorge Gonzalez. Certaines planches sont d’une fulgurance ! Très sombres, on a l’impression de redécouvrir certains peintres abstraits. Je me suis d’ailleurs parfois plu à revenir en arrière pour en admirer à nouveau la force.
Quant au dessin des personnages, avec un trait proche de de Crécy ou de Gipi, c’est atypique – mais c’est un dessin que j’apprécie, et qui je trouve se marie très bien avec les planches muettes et très belles déjà évoquées. Qui se marie très bien aussi avec ces paysages évanescents, interminables, évoquant la fin du monde, alors que ce n’est qu’un finistère. Envoûtant donc. C’est cet aspect graphique qui justifie mon coup de cœur.
Mais ce n’est pas que dans ces immensités brumeuses que je me suis perdu, mais aussi dans les histoires, que Gonzalez a compilées, avec l’aide de quelques camarades. En effet, le propos était semble-t-il de dresser un portrait amoureux de la région, au travers de quelques personnages, sur une période d’un siècle et demi environ. Mais certaines histoires me sont restées trop obscures (et là le dessin, très sombre et jouant surtout sur l’évocation, n’aide pas). Même si je reconnais que le petit dossier final donne un peu plus de corps à l’ensemble, en replaçant le contexte, en donnant du tangible, des événements réels – et souvent tristes et violents : cela fait davantage sens.
Au final, difficile de noter cet album inclassable. Même si j’ai été un peu dérouté et quelque peu déçu par certaines histoires, et ce qui pouvait en partie les lier, je ressors tout de même très satisfait de ma lecture, et arrondis donc à quatre étoiles (note réelle 3,5/5).
Cela fait un moment que je n'avais lu une BD mêlant fantastique et espionnage. J'avoue, la couverture un peu austère ainsi que le titre également austère pourraient rebuter nombre de lectrices et lecteurs potentiel(le)s. Mais après avoir rencontré et interviewé Mathieu Gabella, son scénariste, intrigué par son pitch.
Et c'est vrai que sur le papier, c'est alléchant : des agents du renseignement qui pratiquent la sorcellerie, et traquent des créatures surnaturelles... Une femme flic au fort tempérament, plutôt jolie mais sans être là seulement pour faire joli... Cela va très vite, il se passe beaucoup de choses, c'est même un peu beaucoup en termes d'information, mais nul doute que la suite de la série va "éclairer les choses, connaissant Gabella. En tous les cas, j'aime bien, il y a un potentiel pour une vraie bonne série, peut-être même un classique du genre.
j'ai pensé plusieurs fois au Chant des Stryges en lisant l'album, non seulement pour la dynamique narrative (Gabella assume dans les bonus avoir potassé de la littérature sur l'art du scénario, et pas que du scénario BD), et cela est également dû au style graphique de l'Espagnol Fernando Dagnino, qui a déjà une belle carrière chez DC, qui émarge dans le même registre dynamique et rugueux que Richard Guérineau. Ralph Meyer est un modèle déclaré par le dessinateur, par ailleurs. De belles références, qui donnent une idée de la qualité des planches, pleines de bruit et de fureur, de cette nouvelle série dont j'attends la suite.
Un manga qui commence très bien !
Cette série a attiré mon attention parce que j'aime bien les histoires où des personnages qui sortent de l'ordinaire vont finir par former une famille plus ou moins heureuse et ici je suis gâté avec un espion qui prend son métier très au sérieux, une petite fille télépathe et une jeune femme timide qui est une tueuse à gages. Ah oui, il y a que la petite fille qui est au courant de tout et les adultes ignorent le vrai visage des deux autres membres de la famille et cela entraine des quiproquos.
Les personnages sont franchement attachants et j'adore les interactions entre les membres de cette famille très spéciale. Il y a un bon mélange de thriller, d'humour et de tranches de vie mignonnes. La petite fille est particulièrement attachante et j'ai bien aimé le fait que malgré son pouvoir, elle agit comme une enfant de son âge. Cela change des personnages d'enfants avec des pouvoirs spéciaux que je connais et qui habituellement sont cyniques et parlent comme des adultes. L'intrigue est passionnante et j'ai bien envie de voir s'ils vont réussir la mission ou non.
Le dessin est très bon. Un manga que je recommande.
Eh ben merde, il sait s'y faire, le Derf Backderf. Nom de Zeus, comme diraient certains, c'est un auteur qui a un coup de crayon que j'apprécie et un talent de reporter dans ses chroniques de vies qui nous en apprennent plus sur notre société. A la lecture de sa dernière BD, je sens d'autant plus le travail de journaliste ressortir. Parce qu'au-delà d'une BD qui présente un fait divers sanglant, c'est surtout un sacré compte-rendu détaillé de quatre jours qui feront immanquablement tomber le couperet.
J'ai une grande admiration pour la façon dont Backderf nous transmet ses reportages. Entre les représentations très carrée de ses personnages et ses lieux, donnant parfois quelque chose de cartoonesque à l'ensemble, et le fouillé détaillé, méticuleux et précis du propos, on a à la fois le rendu d'une bande-dessinée lisible et plaisante, mais aussi l'histoire brute et complète. Derf Backderf va s'attacher à représenter toutes les facettes de ces évènements d'émeutes étudiantes réprimées par les forces de l'ordre, et si les personnages sont nombreux, c'est pour bien nous faire ressentir tout ce qui se joue. Chaque personnage apporte une vision différente de ce qu'il se passe. Et surtout, on comprends que l'ensemble est une grande incompréhension mâtinée de peur : la peur des communistes et de la conscription, de la révolte étudiante, des rumeurs ... Des deux côtés, l'incompréhension va gagner, et l'incompétence des dirigeants va accentuer le tout, en finissant dans le sang. Les zones d'ombres sont encore nombreuses, mais c'est une tragédie qui aurait pu être évitée. Et qui n'apporta rien à personne, strictement rien.
D'autre part, le récit est surtout porteur d'autres messages qui sont très intéressants dans le contexte actuel : l'infiltration des mouvements de gauche pour les saboter, les indics et les casseurs, la volonté politique des réélections locales ... Plusieurs d'entre eux ne sont pas sans me rappeler ce qu'on a vécu en France depuis le début des années 2000 et les révoltes des banlieues. Le récit détaille bien le fait que ce fut une période très sombre au États-Unis, dans une paranoïa de Guerre froide et de théorie des dominos qui justifiaient des interventions de plus en plus couteuses en hommes, mais ce n'est pas pour autant qu'il perd en force à la lueur des évènements d'aujourd'hui.
Décidément, je suis très fan de Derf Backderf. Son travail est toujours soigné, d'excellente qualité et porteur de message politique bien actuel. L'auteur ne cache pas des sympathies allant à gauche, mais à la lecture de ses différentes œuvres on comprend bien mieux pourquoi. Et je suis de plus en plus fan de ce qu'il me propose. Certes, le temps est nécessaire pour pondre ce genre de récit, mais pour de tels résultats je suis prêt à attendre trois ans !
Une lecture qui m'a mis une boule dans la gorge, je dois bien le dire.
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Un Amour exemplaire
Je ne m'attendais vraiment à rien en prenant cette BD. Et comme cela arrive des fois, j'ai passé un très beau moment. On suit deux temps dans la narration. Celui des auteurs rapidement rejoints par les clients alentours. Et dans le passé celui de notre couple de héros romantiques. Tout cela est servi de manière vive avec pleins de louches de nostalgie saupoudré d'humour et de sentiments contraires. On navigue entre sourires et émotions tout le long. Le dessin à gros nez de F.Cestac souligne bien la farce de tout ceci... Miam.
Aliss
Il y a fort à parier que la sortie d’Aliss en BD fera parler d’elle. Déjà, à son annonce, voilà 2 ans, avait fait grand bruit. Les raisons sont multiples. Patrick Senécal, le romancier d’horreur favori des Québécois sera enfin adapté en BD et pour ce faire, rien de mieux que de prendre un de ces premiers romans. Un roman culte qui a fait parler de lui et fait toujours parler de lui 20 ans plus tard. Et, cette adaptation, sera faite par Jeik Dion, un auteur de BD qui ne demandait qu’à exploser au public. La combinaison semblait parfaite, et les attentes dans le milieu étaient grandes. Le résultat est-il à la hauteur ? Il les dépasse selon moi ! L’histoire d’Aliss est simple. L’auteur fait une relecture de l’histoire d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Il transporte l’histoire à une époque contemporaine dans un milieu urbain sombre, angoissant et dangereux et transforme Aliss en une jeune femme cherchant son identité dans ce monde qui n’est pas pour elle. Et cette quête initiatique d’Aliss dans la recherche de son moi se fera dans un univers où l’interdit est inexistant, pire est encouragé par La Reine Rouge qui domine ce monde en le forgeant à son image. Les étapes de cette quête seront difficiles pour Aliss. Pour se découvrir, elle passera par la drogue, le sexe, la peur, la violence. Tout au long de l’histoire, elle ne cessera de se déguiser pour essayer de se trouver. L’auteur pour se faire ne se permet aucune censure. Ici, tout est écrit, imagé. Le sexe est sale, les lieux sont délabrés, les personnages sont tordus, la violence est crue. L’interdit n’existe pas dans le monde d’Aliss comme dans l’écriture de son auteur. Le pari était donc grand. Comment réussir à adapter, aussi fidèlement que possible, une histoire aussi trash, imagée en BD ? Comment réussir à faire pénétrer le lecteur ou la lectrice dans ce monde malsain ? Tout cela pour le plus large public possible ! Et c’est là que la magie de Jeik Dion rentre en jeu. L’histoire d’Aliss en BD passe avant tout par le dessin magistral du dessinateur. Par sa capacité à le faire parler, à le rendre vivant sous nos yeux. Par le talent de pouvoir nous faire rentrer dans ce monde de violence, de sexe, de drogue, de terreur sans rien omettre, mais de toujours être capable de rendre ça tolérable pour les yeux sans enlever le côté malaisant de l’histoire. C’est aussi ce pouvoir de sa mise en scène avec ce cadrage qui fait sortir les images de leur case pour la création de cette ambiance terne et urbaine du roman. Jeik le fait à la perfection. Il joue tout aussi bien avec les couleurs, les ombres et les lumières pour magnifier son dessin. Pour le rendre encore plus vivant. Le pari est grandement réussi ! Ce n’est pas un secret pour les gens qui me connaissent, je suis un grand admirateur de l’œuvre de Jeik Dion. Je crie haut et fort, et cela depuis longtemps, qu’il est l’un de nos plus grands dessinateurs du Québec. Son style est une mosaïque de plusieurs influences. On ressent et l’on voit du Otomo pour cette grande capacité à faire parler son dessin comme seuls les grands savent le faire. On voit un peu de Shirow pour les personnages aux traits gros. On sent l’influence de Moebius et Druillet dans son trait, mais aussi dans l’attitude, dans la volonté de faire éclater la BD. Ses influences américaines sont bien visibles aussi, je vous laisse le plaisir de les découvrir. C’est un dessinateur complexe, brillant, qui joue avec tous les éléments possibles. C’est un artiste qui s’amuse avec le dessin et c’est probablement sa plus grande qualité. De pouvoir sentir son cœur, sa passion dans chaque coup de crayon. Et c’est aussi le seul défaut de cette BD à mes yeux. Car, comme Bone et Chair, j’ai cherché l’âme de Jeik Dion dans cette BD et je n’ai trouvé que son cœur. Tel que Verrue, Jeik est arrivé à maturité. Il est temps pour lui de construire son univers. De nous présenter ses histoires, ses émotions, son âme. De voler de ses propres ailes et faire exploser son talent de créateur. Car c’est évident que ça bouillonne en lui ce désir. Il ne lui reste, maintenant, plus qu’à saisir l’élan qu’Aliss lui donnera, pour prendre la place qu’il mérite dans la BD, celle d’un grand créateur et dessinateur. Aliss c’est une réussite. Une adaptation fidèle et brillante. C’est pour un public averti bien entendu. Il ne vous reste qu’une seule chose à faire. Attendre sa sortie en librairie et courir l’acheter. La BD est le neuvième art et cette BD est une magnifique œuvre d’art qui laissera sa trace dans le monde de la BD.
Ken'en - Comme chien et singe
Je n'ai lu que quelques pages du premier tome avant de m'empresser d'acheter les 7 autres. Cela va maintenant faire un an que je me suis procuré la série et je les relis régulièrement. L'histoire me fascine, elle est touchante, avec des moments cocasses qui font tourner nos émotions en bourrique, nous serrant le coeur à un moment et en nous faisant rire celui d'après. Ce Manga est désormais dans mon top 1 et il y restera sans doute pour toujours.
Transmetropolitan
Arrivé à la moitié du premier volume, la collection en compte six, je m’orientais vers le premier avis tant « Spider Jérusalem » le personnage central est trivial sur la forme, alors que l’histoire peine à avoir du fond. Mais petit à petit, on se prend à aimer suivre les enquêtes de ce journaliste indépendant et sans concession, quand on lit ses premiers articles écrits à l’acide et aux fèces (oui, oui). On comprend mieux la ville futuriste dans laquelle il évolue, qui n’est en réalité qu’une exagération de notre société médiatique actuelle. L’information télévisuelle y est partout et intrusive (comprenez, sur tous les murs de votre logement, sur les trottoirs...), mais n’explique rien et se contente d’énoncer des faits, pour pouvoir mieux placer ses émissions de divertissement très vulgaires et ses pubs. Ce monde est d’ailleurs fantastique, avec ses émissions pornographiques pour enfants, sa fabrication d’humains pour l’alimentation, et oh oui ! ses « faiseurs » ! Des machines capables, à partir d’un bloc de matière densifiée (ou d’ordures pour la classe moyenne), de fabriquer vos vêtements, vos repas et… leur propre drogue. Et si vous la leur retirez, une tête de cheval qu’ils placeront dans votre lit, comme menace de mort quand ils appartiennent à la mafia. Les progrès scientifiques y sont légions, comme l’asexuation, pour ne plus à avoir de rapports sexuels, les médicaments contre le cancer, pour pouvoir énormément fumer, le remplissage de l’estomac par des bactéries, pour ne plus avoir à manger, et d’autres qui seront moins anecdotiques, comme la capacité à réveiller les personnes cryogénisées dans le passé, dont l’arrivée dans ce futur oppressant rendent fous, ou ces humains qui veulent se transformer en « faiseur » ! « Spider Jérusalem » traverse ce décor avec sa rage, sa violence et son humour, pour ouvrir les yeux de ses concitoyens lobotomisés, quitte à les secouer trop vivement et à vous faire souffrir de le lire. Mais si vous passez la lecture du premier volume, vous devriez succomber à cet univers brutal et à son personnage féroce même si l’œuvre reste de premier abord décousue. En seconde lecture, la personnalité surprenante du héros ne jouant plus, c'est réellement une très bonne bande dessinée !
V pour Vendetta
Après avoir découvert Watchmen, que je pensais être la meilleure création de Alan Moore, j'appris qu'il en aurait écrit une autre d'un niveau au moins égal. Plutôt sceptique je me la suis procuré et j'avoue que les couleurs fades m'ont d'abord confirmé dans mon a priori. De plus, les décors datés étaient très connotés années 80 alors que l'intrigue était censée se dérouler à la fin des années 90. Et pourtant, malgré cela on plonge très rapidement dans l'histoire de cet anarchiste qui tente seul de renverser tout un système. On se prend d'amitié pour cet homme dont on ne verra jamais le visage, on comprend ses raisonnements et on en vient à défendre l'anarchie à coup de citations auprès de ses amis : "Anarchie veut dire « sans maître », pas « sans ordre »". Un chef d'œuvre captivant.
Watchmen
J'ai découvert Alan Moore au début des années 90 par le biais de Watchmen. Et j'ai découvert "Watchmen" par le biais de son tome 4 ("le Hibou") dans la série en 6 tomes, emprunté à la médiathèque par un proche. Pas facile de commencer une œuvre dense et complexe par le milieu, car on reste sur sa faim et on se questionne aussi beaucoup. Alors on réfléchit à partir des indices que l'on a trouvés et on essaie de savoir qui étaient les "Minutemen", qui sont les héros contemporains cités et quels sont leurs liens. Puis on comprend que cette bande dessinée évoque non seulement des personnages, mais aussi leur passé, le contexte de celui-ci, et par là, comment les raisons de leur chanement. Bref, on apprend que des personnages dessinés peuvent avoir de l'épaisseur et qu'il me faudra à tout prix lire l'ensemble des tomes. Cahin-caha, je parvins à lire les premiers volumes et le numéro 3 ("Rorschach") va changer ma perception de la bande dessinée (et mes exigences vis-à-vis de cet art). En une douzaine de cases dénuées de dialogue, Rorschach va résoudre une affaire horrible d'enlèvement d'enfant et le lecteur en rester pantois. Tout le reste est à l'avenant et vous le découvrirez dès les premières pages avec la double lecture de certaines cases que l'on peut lire à raison d'une sur deux. Un chef d’œuvre.
Chère Patagonie
Je suis partagé après ma lecture de cet album. J’ai été franchement séduit par la beauté plastique du dessin de Jorge Gonzalez. Certaines planches sont d’une fulgurance ! Très sombres, on a l’impression de redécouvrir certains peintres abstraits. Je me suis d’ailleurs parfois plu à revenir en arrière pour en admirer à nouveau la force. Quant au dessin des personnages, avec un trait proche de de Crécy ou de Gipi, c’est atypique – mais c’est un dessin que j’apprécie, et qui je trouve se marie très bien avec les planches muettes et très belles déjà évoquées. Qui se marie très bien aussi avec ces paysages évanescents, interminables, évoquant la fin du monde, alors que ce n’est qu’un finistère. Envoûtant donc. C’est cet aspect graphique qui justifie mon coup de cœur. Mais ce n’est pas que dans ces immensités brumeuses que je me suis perdu, mais aussi dans les histoires, que Gonzalez a compilées, avec l’aide de quelques camarades. En effet, le propos était semble-t-il de dresser un portrait amoureux de la région, au travers de quelques personnages, sur une période d’un siècle et demi environ. Mais certaines histoires me sont restées trop obscures (et là le dessin, très sombre et jouant surtout sur l’évocation, n’aide pas). Même si je reconnais que le petit dossier final donne un peu plus de corps à l’ensemble, en replaçant le contexte, en donnant du tangible, des événements réels – et souvent tristes et violents : cela fait davantage sens. Au final, difficile de noter cet album inclassable. Même si j’ai été un peu dérouté et quelque peu déçu par certaines histoires, et ce qui pouvait en partie les lier, je ressors tout de même très satisfait de ma lecture, et arrondis donc à quatre étoiles (note réelle 3,5/5).
L'Agent
Cela fait un moment que je n'avais lu une BD mêlant fantastique et espionnage. J'avoue, la couverture un peu austère ainsi que le titre également austère pourraient rebuter nombre de lectrices et lecteurs potentiel(le)s. Mais après avoir rencontré et interviewé Mathieu Gabella, son scénariste, intrigué par son pitch. Et c'est vrai que sur le papier, c'est alléchant : des agents du renseignement qui pratiquent la sorcellerie, et traquent des créatures surnaturelles... Une femme flic au fort tempérament, plutôt jolie mais sans être là seulement pour faire joli... Cela va très vite, il se passe beaucoup de choses, c'est même un peu beaucoup en termes d'information, mais nul doute que la suite de la série va "éclairer les choses, connaissant Gabella. En tous les cas, j'aime bien, il y a un potentiel pour une vraie bonne série, peut-être même un classique du genre. j'ai pensé plusieurs fois au Chant des Stryges en lisant l'album, non seulement pour la dynamique narrative (Gabella assume dans les bonus avoir potassé de la littérature sur l'art du scénario, et pas que du scénario BD), et cela est également dû au style graphique de l'Espagnol Fernando Dagnino, qui a déjà une belle carrière chez DC, qui émarge dans le même registre dynamique et rugueux que Richard Guérineau. Ralph Meyer est un modèle déclaré par le dessinateur, par ailleurs. De belles références, qui donnent une idée de la qualité des planches, pleines de bruit et de fureur, de cette nouvelle série dont j'attends la suite.
Spy x Family
Un manga qui commence très bien ! Cette série a attiré mon attention parce que j'aime bien les histoires où des personnages qui sortent de l'ordinaire vont finir par former une famille plus ou moins heureuse et ici je suis gâté avec un espion qui prend son métier très au sérieux, une petite fille télépathe et une jeune femme timide qui est une tueuse à gages. Ah oui, il y a que la petite fille qui est au courant de tout et les adultes ignorent le vrai visage des deux autres membres de la famille et cela entraine des quiproquos. Les personnages sont franchement attachants et j'adore les interactions entre les membres de cette famille très spéciale. Il y a un bon mélange de thriller, d'humour et de tranches de vie mignonnes. La petite fille est particulièrement attachante et j'ai bien aimé le fait que malgré son pouvoir, elle agit comme une enfant de son âge. Cela change des personnages d'enfants avec des pouvoirs spéciaux que je connais et qui habituellement sont cyniques et parlent comme des adultes. L'intrigue est passionnante et j'ai bien envie de voir s'ils vont réussir la mission ou non. Le dessin est très bon. Un manga que je recommande.
Kent State, quatre morts dans l'Ohio
Eh ben merde, il sait s'y faire, le Derf Backderf. Nom de Zeus, comme diraient certains, c'est un auteur qui a un coup de crayon que j'apprécie et un talent de reporter dans ses chroniques de vies qui nous en apprennent plus sur notre société. A la lecture de sa dernière BD, je sens d'autant plus le travail de journaliste ressortir. Parce qu'au-delà d'une BD qui présente un fait divers sanglant, c'est surtout un sacré compte-rendu détaillé de quatre jours qui feront immanquablement tomber le couperet. J'ai une grande admiration pour la façon dont Backderf nous transmet ses reportages. Entre les représentations très carrée de ses personnages et ses lieux, donnant parfois quelque chose de cartoonesque à l'ensemble, et le fouillé détaillé, méticuleux et précis du propos, on a à la fois le rendu d'une bande-dessinée lisible et plaisante, mais aussi l'histoire brute et complète. Derf Backderf va s'attacher à représenter toutes les facettes de ces évènements d'émeutes étudiantes réprimées par les forces de l'ordre, et si les personnages sont nombreux, c'est pour bien nous faire ressentir tout ce qui se joue. Chaque personnage apporte une vision différente de ce qu'il se passe. Et surtout, on comprends que l'ensemble est une grande incompréhension mâtinée de peur : la peur des communistes et de la conscription, de la révolte étudiante, des rumeurs ... Des deux côtés, l'incompréhension va gagner, et l'incompétence des dirigeants va accentuer le tout, en finissant dans le sang. Les zones d'ombres sont encore nombreuses, mais c'est une tragédie qui aurait pu être évitée. Et qui n'apporta rien à personne, strictement rien. D'autre part, le récit est surtout porteur d'autres messages qui sont très intéressants dans le contexte actuel : l'infiltration des mouvements de gauche pour les saboter, les indics et les casseurs, la volonté politique des réélections locales ... Plusieurs d'entre eux ne sont pas sans me rappeler ce qu'on a vécu en France depuis le début des années 2000 et les révoltes des banlieues. Le récit détaille bien le fait que ce fut une période très sombre au États-Unis, dans une paranoïa de Guerre froide et de théorie des dominos qui justifiaient des interventions de plus en plus couteuses en hommes, mais ce n'est pas pour autant qu'il perd en force à la lueur des évènements d'aujourd'hui. Décidément, je suis très fan de Derf Backderf. Son travail est toujours soigné, d'excellente qualité et porteur de message politique bien actuel. L'auteur ne cache pas des sympathies allant à gauche, mais à la lecture de ses différentes œuvres on comprend bien mieux pourquoi. Et je suis de plus en plus fan de ce qu'il me propose. Certes, le temps est nécessaire pour pondre ce genre de récit, mais pour de tels résultats je suis prêt à attendre trois ans ! Une lecture qui m'a mis une boule dans la gorge, je dois bien le dire.