Les derniers avis (9598 avis)

Par Hervé
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série New York cannibals
New York cannibals

J'ai hésité un moment avant d'acheter, non pas l'album en tant que tel, mais cette version proposée par les éditions du Lombard, une version grand format, noir et blanc ou plutôt en bichromie. Et j'avoue ne pas avoir été déçu. Je ne dirai qu'un seul mot après la lecture de cet opus : sublime ! Avant de me lancer dans la lecture de "New York Cannibals", j'ai naturellement relu Little Tulip, véritable petit bijou de la bande dessinée. Avec cette suite, Boucq et Charyn nous offrent un album flamboyant, encore meilleur que Little Tulip. Ici, nous retrouvons Pavel/Paul avec sa fille adoptive Azami qui s'est bien transformée. Mais les souvenirs de Goulag vont rapidement le rattraper. Le rythme est bien soutenu, j'ai littéralement dévoré les 168 pages de l'album. Certes on va retrouver des personnages de Little Tulip mais aussi découvrir d'autres personnages attachants, comme l'étonnant Albatros qui joue un rôle important. Pourtant le personnage principal ici ce n'est pas Pavel, Azami ou d'autres mais bien la ville de New York, ou plutôt ses bas-fonds, parfaitement illustrés par un Boucq très inspiré. D'ailleurs dans le dossier présent dans la version n&b, Charyn écrit : "le New York que nous présentons ici est une image miroir déformée du New York moderne... la ville s'est détraquée et plonge dans l'ombre des ténèbres..." Évidemment, côté scénario, nous n'échappons pas aux références chamaniques, parfaitement assumées par Charyn et Boucq mais cela colle au scénario de manière éclatante. Et que dire du dessin de Boucq. Avec le noir et blanc de cette édition, je suis resté époustouflé devant les planches. Le grand format permet d'admirer toute la beauté du trait de Boucq, dessinateur que j'ai pourtant mis beaucoup de temps à apprécier. Il faut ajouter qu'il s'agit d'un superbe objet éditorial, avec dos toilé. Il aura fallu la série Bouncer pour que je puisse me familiariser à son style. Avec cet album, la rentrée débute bien. Un véritable coup de cœur en tout cas pour "New York Cannibals".

02/09/2020 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tif et Tondu
Tif et Tondu

Ayant relu les intégrales parues chez Dupuis (la première, qui avait la mauvaise habitude de sortir les histoires dans un certain désordre au début) deux-trois fois depuis que j'ai posté ce très vieil avis, j'ai décidé d'écrire un avis plus profond. Tif et Tondu a la particularité d'appartenir, comme Spirou, à l'éditeur, ce qui explique pourquoi il y a eu autant d'auteurs différents. Le peu que j'ai lu de la période de Will avant que Rosy ne devienne son scénariste et les extraits du Tif et Tondu de Dineur que j'ai vus sur internet ne me donnent pas envie de mieux connaitre les premières années du duo. C'est de la bande dessinée qui a mal vieilli. L'arrivée de Rosy au scénario et la création du grand Choc marque le début où la série devient intéressante, sauf que je trouve que les récits des années 50 ont aussi mal vieilli. En dehors de l'album 'Le retour de Choc' qui se laisse lire, je trouve la qualité moyenne et même mauvaise. C'est du feuilleton écrit à la petite semaine où il y a plein de péripéties et c'est parfois décousu. Le dessin de Will est pas mal, mais il a pas encore son style personnel que j'aime tant. Heureusement, lorsque Will revient à la série au milieu des années 60 après quelques années d'absence, son dessin a évolué et il a ce style si particulier qui le place parmi les plus grands des dessinateurs de Spirou de l'âge d'or. Les scénarios de Rosy se sont améliorés et les albums avec Choc sont très bons. Vient ensuite Tillieux au scénario qui donne la plupart du temps un très bon scénario. Même les albums que j'aime le moins de lui sont pas mal à mes yeux. Le dessin de Will est toujours excellent et il sait comment créer d'excellentes atmosphères aux récits. Vient ensuite Desberg qui était un scénariste débutant à l'époque et ça se voit. Ses premiers albums sont moyens voire même mauvais. Il n'y a que 'Métamorphoses' que j'aime bien pour son atmosphère étrange. Il y aussi le fait qu'à l'époque Desberg semble avoir de la difficulté à écrire un scénario de 44 pages et le dernier tiers de l'album est souvent différent du reste. Il ne devient vraiment bon selon moi que lorsque Choc revient et les 3 derniers albums de ce duo sont les meilleurs de leurs collaborations. Puis Will abandonne la série et de nouveaux auteurs prennent le relais et... ça ne marche pas pour moi. La série devient plus réaliste et les histoires sont toutes du polar. Le résultat est pas mal, mais ce n'est plus le Tif et Tondu que j'aime. Une des qualités de la série est qu'il y avait un mélange de genres. Si un album était du polar, le suivant pouvait être de l'aventure pure ou même être de la science-fiction. Là il y a un genre et c'est tout. Ce sont des polars bien ciselés qui se laissent lire, mais la série devient banale. Il n'y a plus la fantaisie qui se dégageait parfois du trait de Will. Donc voilà pour moi la série est un peu inégale sur la qualité, mais globalement c'est bon. La période Will-Tillieux est ma préférée, Rosy et Desberg ayant commis des albums que je n'aime pas tout en ayant aussi écrit des albums qui font partie des meilleurs de la série selon moi. La période de Will est à découvrir si on est fan de vieilles séries franco-belges.

04/10/2007 (MAJ le 01/09/2020) (modifier)
Couverture de la série Harleen
Harleen

Je ne suis pas spécialement attiré par les récits de super-héros mais, devant une telle couverture, ma curiosité ne pouvait qu’être aiguisée. Parce que, pute borgne, elle en jette, cette couverture !! Beauté, folie, fragilité… Directement, ces trois termes s’imposent à moi et je ne pouvais que vouloir vérifier si ce récit tiendrait la promesse d’un tel visuel. Au niveau du dessin, on est un cran en dessous. Très clairement, la couverture (et d’autres illustrations visibles dans les bonus notamment) est plus soignée, mieux fignolée, autrement aguichante que les planches de l’album. Mais ce n’est pas rédhibitoire pour autant car le style de Stjepan Sejic reste toujours agréable à l’œil. Il est lisible, dynamique, expressif et du coup je lui pardonne facilement son aspect synthétique consécutif à un travail via ordinateur trop évident. Au niveau du scénario, j’ai vraiment beaucoup aimé. Tout d’abord parce que plus qu’un récit de genre ‘super-héros’ (ou ‘super-vilains’ dans le cas présent), l’auteur nous propose un portrait de femme. Une femme jeune, belle, peu sûre d’elle, fragile, instable, passionnée… Voilà le profil psychologique intéressant qui nous est détaillé dans ce récit à la première personne, Harleen Quinzel étant la narratrice de sa propre histoire. La progression dramatique est bien dosée et l’auteur nous permet de suivre Harleen dans cet enchaînement de petites choses et de moments chocs qui vont finalement la faire basculer, par amour, dans la folie. L’ensemble est prenant, cohérent, agréable à lire, touchant par moments. C’est franchement une belle histoire d’amour toxique et de folie, d’une jeune femme qui aurait pu n’être qu’insignifiante si elle n’avait été si passionnée. Un très bel album qui apporte quelque chose que je retrouve rarement dans ce genre de récit de super-héros : l’humanité dans sa fragilité.

01/09/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ting tang sap sap
Ting tang sap sap

Je trouve que la dernière phrase du texte de l’éditeur résume parfaitement cet album : « Un beau voyage, dépaysant et drôle, servi par un trait d'une rare finesse. » L’auteure explique dans la postface qu’elle prit envie d’écrire cette histoire après avoir passé quelques mois à Ouagadougou (capitale et plus grande ville du Burkina Faso), séduite par la bonhommie ambiante, et plus particulièrement par la « parenté à plaisanterie » (pratique sociale qui autorise des membres de certaines ethnies à s’insulter copieusement pour rigoler). Il en ressort un album qui déborde de bonne humeur, et qui m’a fait passer un excellent moment de lecture (accompagné d’une bonne bière, boisson dont il est beaucoup question dans la BD !) Le dessin et les couleurs contribuent grandement au dépaysement. Mention spéciale pour la représentation des paysages, villes, maisons etc. qui fourmillent de détails. Voilà, un chouette voyage géographique et culturel, et un excellent moment passé en compagnie de Hippolyte et de sa quête amoureuse imaginative.

01/09/2020 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Révolution (Locard / Grouazel)
Révolution (Locard / Grouazel)

Une vraie plongée dans la vie des français au cœur des événements de la Révolution Française ! Cette BD s'éloigne des récits historiques classiques car elle n'a rien des standards académiques habituels et encore moins d'un documentaire. De même, si on assiste aux moments clés qui ont marqué la Révolution, Prise de la Bastille et autres Abolition des Privilèges, on y assiste comme quelqu'un pouvait les vivre à l'époque, parfois simplement en en ayant entendu parler après coup alors que ça s'est passé finalement à quelques rues de là, ou alors en étant sur place mais absolument pas prévenu qu'une telle chose allait se dérouler et en en ressentant la surprise après coup là encore. J'ai vraiment aimé la vie que les auteurs donnent à la France de 1789. On sent un intense travail de documentation restitué aux lecteurs avec un parfait naturel. Dès les premières pages, j'ai été transporté par ce voyage en malle-poste que réalise l'un des protagonistes principaux, de relais en relais, permettant de ressentir l'état d'esprit de la France et des Français provinciaux avant d'arriver enfin à Paris où va se dérouler la majorité de l'intrigue. Et là encore, j'ai adoré le réalisme et cette impression de cité fourmillante de vie de la capitale qui est si bien rendue. Et j'avoue que s'y sont mêlés des souvenirs agréables de mêmes balades dans ces rues et sur ces toits dans le jeu Assassin's Creed qui lui est dédié, même si justement j'ai trouvé que la BD livrait ici davantage d'humanité et de variété. Le graphisme est énorme de soin et de détails. Il offre une vraie âme et une vraie personnalité. C'en est parfois presque frustrant parce qu'on sent qu'il y a énormément à voir et à découvrir dans ces si nombreuses planches mais certaines cases manquent de contraste et les traits s'y embrouillent rendant les scènes et détails pas toujours bien discernables. Ceci étant dit la majorité des planches sont très belles, et là encore très vivantes, et il y en a beaucoup qui sortent vraiment du lot en étant simplement superbes, notamment les grandes fresques en une page ou en double page. Les personnages aussi sont bons. Ce ne sont clairement pas des héros au sens classique du terme. Ils sont très humains, avec de vrais défauts et quelques qualités, juste ce qu'il faut pour intéresser le lecteur et finir par s'y attacher. C'est avant tout à quel point ils nous permettent de découvrir les nombreux aspects de cette époque complexe et intense qui fait leur intérêt. Avec eux, j'ai réalisé que tous ces événements ne se sont pas passés comme je croyais l'avoir appris dans les livres d'histoire, avec des dates clés et des faits clairs et marquants, mais bien par toute une accumulation, une évolution, des oppositions et des courants d'action et de pensées qui ont finalement abouti à des états de faits qui ont fini par s'imposer d'eux-mêmes. C'est bigrement instructif et surtout on apprend cela en étant plongé dedans comme un récit d'aventure parfaitement éloigné d'un fastidieux documentaire historique. Vraiment de l'excellent boulot !

30/08/2020 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Vermeilles
Les Vermeilles

Je ne saurais classer de manière objective cette BD. Elle s'apparente à une série jeunesse, elle en partage de nombreux critères : le graphisme qui est tout mignon et tout en couleurs pastels, l'héroïne qui doit avoir moins de 10 ans, les personnages secondaires également mignons comme dans les contes pour enfants, et des protagonistes qui s'y expriment parfois comme des gamins qui s'inventeraient une histoire. Et pourtant j'ai été emporté par le récit, comme par une belle histoire qui remue des souvenirs d'enfance, des instincts ludiques et des rêves d'aventures où on joue à se faire peur. Parle-t-elle davantage aux enfants ou plutôt aux adultes ? Je n'en sais rien mais toujours est-il que j'ai été charmé. C'est une longue aventure où il se passe beaucoup de choses. Cela commence comme un Voyage de Chihiro avec une jeune fille qui traverse un tunnel qui l'amène dans un monde de fantasy et puis cela continue comme dans un rêve ou plutôt comme dans une histoire qu'un parent raconterait à son enfant le soir puis que l'enfant guiderait lui-même pour l'amener là où ça lui fait plaisir. Elle est parsemée de petits éléments loufoques, à la manière de ces vermeilles, des petits poneys arc-en-ciel gourmands, insouciants et têtus, ou de ce jeu des Petits Chevaux grandeur réelle façon Alice au pays des Merveilles, mais aussi d'éléments plus cruels comme cette mère emprisonnée ou ce chat tyran qui griffe jusqu'au sang des enfants. Il y a de l'humour, un peu de frayeur, de l'aventure pas très sérieuse et d'autres fois de vrais dangers. C'est un beau melting-pot complètement dépaysant, entraînant comme une grande aventure qu'on prend plaisir à vivre et emplie aussi d'une jolie part de poésie, surtout sur la fin. Pour une fois, je suis d'accord avec un prix d'Angoulême de ces dernières années ! Cet album là est vraiment chouette, et clairement pas destiné uniquement à la jeunesse.

26/08/2020 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Planète des singes par Rod Serling
La Planète des singes par Rod Serling

Quel coup de poing en pleine face mes amis, cette BD ! Et je n’hésite pas à la plébisciter comme l’album de l’été ! oui oui rien que ça. Un moment de lecture exquis et déroutant. Si vous vous ne rappelez plus exactement la version de la planète des singes de 1968, vous vous souvenez bien évidemment de la dernière scène du film, avec un magnifique Charlton Heston accablé de chagrin en découvrant les vestiges de la statue de la liberté. Ce n’est que l’un des seuls éléments que nous retrouvons dans la première version du scénario de Rod Serling. Dana Gould et Chad Lewis nous livrent avec cet album une version radicalement différente que celle que nous connaissons tous. Thomas – astronaute de son état – atterri après une longue hibernation sur une nouvelle planète, la fameuse planète des singes. Et dans cette version originale, les primates ne sont pas des êtres primitifs mais des êtres évolués. Nous découvrons ainsi la ville de New-York au milieu des années 60 dans laquelle, nos chers singes, portent des costumes, des chapeaux et sont véhiculés avec des voitures puissantes qui roulent entre les nombreux gratte-ciels. Ici dans cette première version de la planète des singes, point d’évasions. Notre héros raconte notre monde à cette civilisation simiesque qu’il découvre. L’arrivée de cet homme va permettre de reconsidérer la façon dont les singes et les humains se perçoivent. En parallèle les hommes que Thomas croise n’ont pas évolué. Pire, ce sont des êtres primitifs qui ne connaissent pas l’usage de la parole, ne s’exprimant que par des grognements. Voilà donc une diatribe contre l’intolérance et la différence. Cette histoire est une réussite incontestable. Le dessin de Chad Lewis est magnifique. Thomas a un petit air de … Luke la main froide. Vous avez trouvé à qui je fais allusion ? ? Mais oui je parle de Paul Newman, en personnage un peu moins costaux que celui de Charlton Heston mais avec une belle apparence héroïque, avec l’air dur et sensible. La guenon Zira quant à elle, est très humaine. Avec de grands yeux noisette pétillants. Tout est dans le regard. Admirables crayonnés. L’orang outan Zaïus est lui aussi une réussite. La banalité du mal incarné représenté en un professeur maladroit et colérique. Le découpage est juste prodigieux (entre 4 et 6 cases par page), ce qui permet de donner du rythme à l’histoire et l’effet esthétique est assuré. C’est bluffant même si certaines couleurs acidulées utilisées auraient pu être un peu moins vives, mais je vous rassure cela ne gâchera pas votre plaisir. Les gouttières (la marge qui sépare deux cases) sont imposantes mais cela matérialise bien le laps de durée d’une case à l’autre. Belle idée. Une petite merveille cet album, trouvé un peu par hasard dans une librairie spécialisée il y a quelques jours. Cette BD n’était pourtant pas mise en avant comme elle le mériterait. Je recommande vivement.

24/08/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Dans un rayon de soleil
Dans un rayon de soleil

J’avais eu un gros coup de foudre pour le dernier album en date de Tillie Walden, Sur la route de West. Je me suis donc mis en tête de découvrir le reste de son œuvre, à commencer par ce pavé de plus de 500 pages… et nouveau coup de cœur ! « Dans un rayon de soleil » est sur le fond un roman graphique traditionnel, qui parle de relations adolescentes, d’amours perdus… mais la maturité et la justesse du propos sont incroyables pour une autrice aussi jeune. La narration est parfaitement maitrisée, et alterne habilement deux époques, sans jamais perdre le lecteur. Les 200 dernières pages sont super scotchantes, je les ai avalées d’une traite ! Tillie Walden enveloppe son histoire dans un univers science-fiction diablement original. Le boulot de l’équipe (restaurer des structures architecturales du passé) est intriguant et permet une réflexion intéressante. Et surtout l’autrice a crée SON idée d’une histoire de science-fiction, sans se soucier de son réalisme ou des codes établis, ou de justifier quoi que ce soit. Le côté « science » passe tout de suite à la trappe, et la représentation de l’espace « selon Walden » est approximative, presque abstraite : planètes improbables, vaisseaux organiques ressemblant à des poissons, personnages respirant sans combinaisons ou oxygène... et puis l’univers semble peuplé uniquement de personnages féminins (l’unique exception étant un membre de l’équipage). Où sont les hommes ? Comment les femmes (toutes lesbiennes, donc) font elles des enfants sans eux ? Tout cela est volontairement passé sous silence. Il en ressort un ton très féminin rempli de tendresse. Je ne sais pas comment Walden fait pour pondre autant de pages à ce rythme (elle a avoué avoir bossé assez vite sur cet album) mais la qualité est au rendez-vous. Les passages « roman graphique » peuvent sembler un peu austères, mais des éclats créatifs çà et là laissent entrevoir une brillance graphique qui explose littéralement en fin de récit, lors de l’arrivée sur la planète « Escalier ». Le découpage se débride, la représentation des méandres insondables de la planète mystère est jubilatoire, et les couleurs rouge/orange/bleu sont hypnotisantes… je vous ai mis quelques pages de la VO en fin de galerie pour illustrer mon propos. Une histoire dépaysante, poétique et remplie de mystère, et une brochette de personnages à laquelle je me suis terriblement attaché. Un coup de cœur !

24/08/2020 (modifier)
Couverture de la série Gunnm
Gunnm

Un titre énigmatique pour un manga culte. Gunnm est pour moi l'énième démonstration de la suprématie des Japonais dans le genre du cyberpunk. Les chefs-d’œuvre sont légions : Ergo Proxy, Ghost in the Shell, Tehnolyze, Serial Experiment Lain, et bien évidemment l'indétrônable Akira. Parue à la toute fin du siècle dernier, c'est l'une des premières séries nippones à s'être exportée avec succès en Occident : en parallèle avec Dragon Ball par exemple, on peut dire sans trop se tromper qu'elle a contribué à démocratiser le manga, et on ne lui en saurait trop gré ! Dans cette dystopie la Terre n'est plus qu'un immense no man's land infâme, dévasté par quelque catastrophe naturelle (il me semble) qui a laissé une population humaine affaiblie et misérable, qui en est réduit à survivre et vivoter dans des conditions miteuses et précaires comme de vulgaires ilotes. Au dessus de cet océan ininterrompu de déchéance, flotte Zalem, une sorte de cité mystérieuse et inaccessible , à la forme d'une toupie, ou d'autres humains vivent sans contact avec ceux d'en bas. Deux mondes qui se regardent sans se côtoyer : l'un avec envie et émerveillement, l'autre avec morgue et dédain. En haut l'élite technocratique aisée, en bas le lumpenprolétariat. Vraiment pas réjouissant... A kuzuetsu, l'une des innombrables favelas du monde d'en bas, un cybernéticien va trouver dans une décharge le corps mutilé d'une cyborg. Il va la réparer entièrement , lui donner un nom et la prendre sous son aile comme sa propre fille. cependant Gally, puisque c'est ainsi qu'elle s'appelle désormais, se questionne sur elle même, sur son passé, et les circonstances impromptues vont l'amener à partir loin, dans une quête existentielle et identitaire. Derrière cette superbe série se dessine en filigrane une subtile critique sociale et écologiste ou se mélangent pêle-mêle les inégalités, le darwinisme social et le struggle for life. Une satire, un miroir ou se reflètent toutes les tares de notre société contemporaine, ou les plus riches, les happy few, pètent dans la soie, dégradent l'environnement pour maintenir leur niveau de vie tout en abandonnant les plus pauvres dans leur fange où la pègre règne en shérif et ou le chaos et la violence sont le pain quotidien. D'ailleurs le sport favori à Kuzuetsu est emblématique de cette violence : le motorball, ou les cyborgs s'affrontent dans des joutes impitoyables et sanglantes sur des patins à roulettes. L'intrigue est captivante, suffisamment rythmée pour que l'ennui ne pointe pas le bout de son nez même s'il y a quelques trous d'air , en particulier vers les tomes du milieu quand Gally s'aventure au dehors de la décharge. L'auteur arrive à insuffler un dynamisme qui s'exprime dans les scènes de combat, dans la violence graphique, toujours impressionnante mais jamais gratuite, dans les dessins vivants et les visages si expressifs, humains comme cyborgs. Le dernier tome est génial et reste mon préféré d'entre tous : tout prend enfin sens, tous les fils du scénario se dénouent et les révélations s'enchaînent les unes après les autres : on se prend une succession d'uppercuts comme un boxeur groggy sur le ring. Magistral. Un vrai coup de coeur pour ce manga, je suis tombé amoureux de cette androïde féminine (et féministe), cette femme à poigne à la recherche de son identité et de son humanité, qui grandira et avancera dans sa quête à chaque épreuve que le destin dressera devant elle. Japanese cyberpunk is the fuck..g shit !

22/08/2020 (modifier)
Couverture de la série Au revoir là-haut
Au revoir là-haut

Encore une Bd sur la guerre de 14-18, cette guerre n'en finit pas d'inspirer les auteurs de BD, mais on n'en voit que la fin, car le récit part ensuite dans l'immédiate après-guerre, même si cette guerre revient sans cesse hanter les esprits. Alors, je préviens que je n'ai lu ni le livre, ni vu le film de Dupontel dont on a beaucoup parlé, j'ai vu les notes et critiques de pas mal d'amis de Sens Critique qui l'ont pour la plupart encensé, j'ignore si c'est justifié ou pas, je ne juge que la Bd et ce qu'elle m'a procuré comme satisfaction, car c'en est une. J'ai tellement lu de Bd sur la guerre de 14-18 que je m'attendais à être peu surpris, mais je me trompais. C'est une Bd passionnante, émouvante, aux rouages assez complexes où l'on a 3 personnages principaux scindés en 2 parties : d'un côté Pradelle qui se révèle être un beau fumier, de vieille noblesse ruinée, un arriviste abject et cruel, de l'autre une paire d'amis soudés par l'épreuve de la guerre, Albert et Edouard dont l'un est une gueule cassée. Les 2 parties se rendent coupables d'escroqueries mortuaires, car après cette guerre où le patriotisme avait tourné à plein régime, chaque petit village voulait son monument aux morts avec son poilu sculpté dessus pour honorer ses morts. Quelles sont les plus ignobles ? Pour Pradelle, cette arnaque est dans sa nature, pour lui c'est un boulot comme un autre, pour les 2 amis, c'est différent, ils sont poussés par les circonstances et les infortunes de la vie. Car ce récit nous fait comprendre qu'après 4 ans de boucherie guerrière, il vaut mieux être mort au champ d'honneur que rescapé, surtout quand on est estropié ; les morts sont pleurés comme des héros alors que l'Etat français ne sait pas quoi faire des survivants, et surtout peine à leur verser de maigres pensions de guerre. Une adaptation de film ou de livre, ça peut être très casse-gueule, il faut que l'adaptation apporte un truc en plus au matériau d'origine, et je crois que De Metter réussit cet exploit, les échos que j'ai eu sur ce roman sont tous dithyrambiques, aussi il n'a pas cherché la fidélité à outrance en reproduisant quantité de dialogues, bon faut dire que c'est le romancier qui a adapté son bouquin, de façon sobre apparemment. Le canevas narratif de base est respecté, mais les dialogues ne sont pas envahissants, il a épuré le tout pour le matériau BD, en laissant le dessinateur s'exprimer, ça permet justement de mettre au service du récit la force du dessin, l'émotion passe par le dessin, les expressions des visages, les attitudes des personnages... Après le western Rouge comme la neige, où ce dessin m'avait surpris par son style crayonné vif, et en plus en sépia, De Metter emploie ici la couleur, c'est un dessin qui n'est pas dans mes préférences, mais je le trouve meilleur, il est très correct, créateur d'ambiance et correspond parfaitement à l'évocation de cette époque choisie, imposant une atmosphère spéciale qui d'après mes échos reçus du livre, semble déjà présente dans celui-ci. Je crois donc que c'est une excellente adaptation, en tout cas, sur le plan bande dessinée, je la trouve remarquable.

22/08/2020 (modifier)