Les derniers avis (9705 avis)

Couverture de la série Nevada (Delcourt)
Nevada (Delcourt)

C'est vrai que la couverture fait très western, et surtout que l'album s'ouvre par une première page avec une image splendide et très Far West avec deux Indiens à cheval sur fond de mesa tabulaire à la Monument Valley. Mais on y voit aussi dans la case suivante un type en moto ! ah oui bin alors on est dans un western oui ou non ? Je réponds catégoriquement non, cette Bd joue allègrement avec les décors et les codes du western mais c'est clairement un polar, de plus l'époque est celle des Années Folles au début du 20ème siècle, ce n'est plus l'époque classique du western, les conflits indiens, la ruée vers l'Ouest et les convois de bétail, tout ça c'est fini, place à l'industrie cinématographique à Hollywood, et d'ailleurs quelques pages plus loin, on est à Beverly Hills dans un décor luxueux californien, ça tranche avec le décor de petite ville de la frontière américano-mexicaine du début. Pour faire consensuel, je dirais qu'on est dans un western contemporain, mais avec une trame de polar, le mélange est habile. Ceci étant dit, je me suis régalé dès ce premier album, qu'est-ce que j'aime ces histoires et ce genre d'ambiance. L'intrigue est classique mais très plaisante, comme quoi c'est toujours dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes, en utilisant habilement des codes westerniens auxquels se mêle une intrigue policière mouvementée, pleine de péripéties et basée sur de l'action en veux-tu en voila. Le héros, Nevada Marquez, est un anticonformiste assez charismatique, un personnage intéressant et pittoresque avec sa vieille moto, qui rappelle les privés des romans noirs mais qui se débat dans des affaires qui sentent le souffre, au sein de bandidos mexicains d'abord, puis au milieu de la mafia de Chinatown à San Francisco ensuite. Le tome 1 introduit tous ces éléments, et le niveau monte indéniablement d'un cran dans le tome 2, à chaque fois, le final est prévisible mais la bande a suffisamment de qualités graphiques, visuelles et thématiques ainsi qu'un background bien nourri, pour accrocher sans problème. Le dessin de Colin Wilson, je connais bien, ici il rend à merveille cette atmosphère poussiéreuse et ces paysages arides et grandioses, j'aime beaucoup l'ambiance créée dans ces 2 tomes qui ont le mérite en plus d'offrir à chaque fois une histoire complète ; malgré quelques visages qui ont l'air vite dessinés, le trait est très séduisant. C'est de la BD facile qui ne vise avant tout que le divertissement, il en faut.

04/03/2021 (modifier)
Par CVI
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Duke
Duke

Je viens d'acheter les tomes 4 et 5 et de relire l'ensemble. C'est une très bonne BD western, on est pris dedans et on ne veut pas la relâcher. Les tomes se suivent et l'histoire se complète habilement. Le scénario est bien fait. Les personnages sont bien travaillés. Un bémol, le dessin qui peut sembler limité, avec des approximations et des couleurs fades. On confond parfois les personnages.

03/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Traverser l'autoroute
Traverser l'autoroute

Ce n’est pas nouveau : je suis fan de Julie Rocheleau. Son style vif, expressif et dépouillé m’emballe à chacune de ses œuvres… et pourtant son trait reste avant tout au service du récit. Il ne l’écrase pas mais le sublime (oui, je sais, je m’emballe mais que voulez-vous, ma p’tite dame ? Quand on aime, on ne compte pas ses superlatifs). « Traverser l’autoroute » ne se résume donc pas à une démonstration graphique. Au contraire, même ! Le scénario est essentiel. Il porte ce récit, soutenu par le trait de Julie Rocheleau. « Mais de quoi que ça cause ? » vous demandez-vous (vu que vous n’avez pas lu le résumé, bande de feignasses !) Et bien, il s’agit d’un roman graphique qui explore les relations ‘père/fils’ et les problèmes de communications qui surgissent si fréquemment au moment où l’adolescent se mure dans un silence d’ennui tandis que le père se retrouve sans objectifs personnels, trop confortablement installé dans son boulot, sa maison, son train-train… Sophie Bienvenu opte dans les deux premiers chapitres pour une construction par angle de vue. Le père pour le premier chapitre, le fils pour le deuxième vont ainsi pouvoir nous faire partager leurs ressentis. Et dès ces deux premiers chapitres, quelques passages d’anthologie m’auront convaincu. Je ne pouvais plus lâcher l'affaire. C’est cruel et tendre à la fois, tout en dérision et en petite lâchetés du quotidien. Puis vient cet étrange road-movie en quête d’un gâteau pour le diner du dimanche et dans lequel un chien errant va permettre au père et au fils d’enfin se retrouver, de retrouver en l’autre cette part de lui-même qu’il croyait perdue. Du courage, de la détermination, du respect… Et l’album de se clore sur un ton optimiste, sans que rien n’ait fondamentalement changé sinon le regard de chacun sur l’autre… et l’arrivée d’un chien dans le foyer. C’est fin, c’est léger, c’est touchant, c’est profond, c’est drôle, c’est mordant… c’est une très chouette bande dessinée.

02/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Le Chevalier d'Eon (Glénat)
Le Chevalier d'Eon (Glénat)

Dès le tome 1, j'ai senti que cette Bd allait me plaire malgré le fait que le XVIIIème siècle n'est pas ma période historique préférée. Mais la figure singulière du chevalier d'Eon est tellement fascinante, elle a tant marqué la mémoire populaire et j'ai tellement lu d'ouvrages et vu de documentaires sur lui qu'il ne me manquait plus qu'une Bd, ne serait-ce que pour vérifier comment le sujet est traité. Et ça me plait d'autant plus que les auteurs ont opté pour la réalité historique avec une narration linéaire et avec l'aide d'un dessinateur réaliste qui est parvenu à bien retranscrire le contexte historique et les ambiances particulières du Siècle des Lumières. La reconstitution des architectures et de lieux célèbres, avec notamment dans le tome 2 le rendu graphique superbe de Saint-Petersbourg, fruit d'un bon travail de documentation, ainsi que de beaux costumes, donnent un relief indéniable à cette Bd, dont le scénario écrit à 4 mains par un duo rompu aux Bd historiques (Mogavino et Delalande ayant déjà collaboré à la collection des Reines de Sang), est fort bien ficelé. On sent qu'il y a du boulot derrière ce récit, on sent qu'ils ont fait des recherches sur la période décrite et sur le personnage du chevalier d'Eon, né à Tonnerre en Bourgogne en 1728 ; j'ai vu sa maison natale lors d'un séjour en Bourgogne, c'est un petit hôtel particulier qui est hélas occupé par une banque, je sais pas comment on a pu permettre ça, mais ça m'a plutôt déçu. Le chevalier a connu une ascension fulgurante, il a été militaire, s'est battu pendant la guerre de Sept Ans, puis est devenu agent d'ambassade à Londres, tout en entretenant l'ambiguïté sur son sexe, car en effet, on s'est longtemps posé la question de savoir si c'était un homme ou une femme. Ici, les auteurs laissent de côté le mystère de cette identité sexuelle, c'est bien un homme qui sait d'ailleurs profiter des plaisirs de la vie. La narration se concentre avant tout sur l'ascension du jeune chevalier vers de hautes fonctions, puis sur les coulisses de l'espionnage au XVIIIème siècle, sur les intrigues politiques et ses nombreuses tractations et complots à l'échelle européenne, l'ennemi de la France demeurant comme souvent l'Angleterre et accessoirement la Prusse son alliée. Le tout est vu à travers le personnage du chevalier d'Eon, véritable caméléon du déguisement, ayant joué un rôle essentiel dans la diplomatie officielle et parallèle sous l'égide de Louis XV. A côté de cette partie historique réelle, se greffent des épisodes secondaires romancés, je m'y attendais un peu, c'était en effet très tentant au regard de la vie mouvementée et si pittoresque du chevalier. Je possède un exemplaire de ses Mémoires, je n'en ai lu qu'une partie, mais je gage que les 2 scénaristes ont dû s'inspirer de certains passages trop honnêtes pour être vrais, même si on a l'impression qu'ils sont rocambolesques. Parmi ces intrigues romancées, on trouve notamment un complot au sein de la cour de Russie, et une attirance homosexuelle du prince de Conti pour le chevalier au visage si fin, surtout lorsqu'il est déguisé en femme. Ceci s'appuie quand même sur une vérité, car si l'on sait que Conti n'éprouva rien pour le chevalier, on sait par contre que d'Eon a séduit plusieurs hommes tombés sous son charme, preuve que son travestissement en femme était très convainquant. Toujours est-il que les auteurs sont doués pour développer des ramifications d'espionnage fictives et des sous-intrigues en les reliant aux faits historiques réels, opérant de telle façon qu'on les croit vrais, on s'y perd entre le vrai et le fictif, c'est très habile. D'ailleurs, le tome 2 montre bien comment la France et l'Angleterre ont tenté se signer une alliance avec la Russie, ce fait est historiquement avéré. On s'aperçoit que la politique de ce temps était une véritable foire d'empoigne où tous les coups étaient permis, même les plus bas, et que d'Eon s'est retrouvé plongé dans un vrai panier de crabes où il devait absolument garder le secret de sa véritable identité, au risque de voir échouer sa mission. Les informations sont assez denses, la narration est touffue, il faut donc être attentif à la lecture. Mais au-dela de ce jeu politique qui sans doute ennuirait le lecteur moyen, les auteurs prennent soin de s'attacher à la personnalité du chevalier d'Eon qui est le véritable moteur de cette Bd ; sans lui, ce serait moins captivant. Voici donc une Bd historique comme je les aime, au scénario travaillé et bien charpenté, à la narration claire quoique bien chargée, et au dessin précis, malgré quelques finitions de fonds de décors qui laissent à désirer ; une Bd qui se lit avec beaucoup de plaisir à travers l'un des personnages les plus ambigus de l'Histoire de France, qui a alimenté de nombreuses rumeurs, et cela même si on est peu versé dans les récits historiques.

02/03/2021 (modifier)
Par sonia
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Une vie toute tracée
Une vie toute tracée

J'ai été attirée par cet ouvrage en ayant lu une super critique dans la magazine DBD et je n'ai pas été déçue ! C'est le genre de livre qu'on garde dans sa bibliothèque pour donner une part de soi même à lire aux autres, peut être pour se rappeler aussi qui on est, ce qui nous définit... Il parait que notre bibliothèque en dit beaucoup sur nous. Le personnage de Jean, dans la BD, va emmener les livres de son père, les garder avec lui et découvrir les passages surlignés par son père disparu. Jean est étonnant, touchant, sensible et renfermé.. c'est un véritable loser mais il arrive à faire quelque chose de sa lose. Peut être que vous allez détester cette histoire si vous êtes vous même un loser et que vous n'en faites rien. Jean, lui, a le courage de suivre à l'étranger sa copine qui travaille pour une ONG. Je n'ai pas lu les précédent livres de l'auteur mais j'ai vu que dans Un Faux boulot il allait s'occuper de personnes ayant un handicap. Voilà, on y est... faire quelque chose de sa lose et ne pas garder toute sa colère au fond de soi... Un livre qui devrait être remboursé par la sécu !

02/03/2021 (modifier)
Par cac
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Walt & Skeezix
Walt & Skeezix

Walt & Skeezix, Gasoline Alley en version originale, est un classique du strip américain nous disent l'éditeur et la préface présentée par Chris Ware. Je veux bien le croire. Ware se dit d'ailleurs fortement influencé par ces strips du début du XXème siècle. Les deux personnages forment un duo atypique, d'un côté Walt gros balourd célibataire et de l'autre Skeezix un bébé abandonné sur le pas de sa porte qu'il va élever comme le sien. Pour autant celui-ci l'appelle toujours oncle Walt et jamais papa. La servante de la maison qu'on voit parfois est une vieille femme noire, au physique caricatural au possible, mais bon comme avec Tezuka, il faut replacer les choses à leur époque. De ce que j'ai compris, ces pages du dimanche comme on le faisait à l'époque dans les journaux existaient déjà dès 1918 avec Walt et des histoires de voitures, puis l'éditeur a demandé l'ajout d'un enfant sans doute pour élargir le public cible. Ce recueil commence en 1921 et s'ouvre sur l'arrivée de Skeezix tombé du ciel devant chez Walt. Celui-ci cherche d'abord à recaser le bébé à des proches puis finalement l'adopte. Aussi simple que ça. Ce qui est très original est qu'on voit les personnages vieillir au fil du temps. Dans les premières pages, Walt se débat avec cette nouvelle paternité et son sommeil perturbé, puis Squeezix commence à balbutier quelques mots et on le voit ensuite jeune enfant et jeune garçon. Le dessin est plutôt bien, je trouve juste étrange au niveau des proportions que l'auteur fasse de toutes petites têtes aux personnages adultes. Le plan est généralement du gaufrier 3 cases par 4 mais on a certaines originalités de cadrage comme quand la page représente une même grande scène découpée en 12 cases. Ainsi par exemple sur les pages de mars et avril 1934 où les enfants jouent dans une maison en construction. On note que sur la première de ces pages les fondations viennent seulement d'être creusées, les enfants imaginant en faire une piscine, quand sur l'autre la maison commence déjà à être bâtie. Encore un exemple du temps qui passe. Sur certaines pages, en gros sur une période 1931-1933, on a aussi un autre strip indépendant qui est ajouté en bas intitulé "that phoney nickel" plus anecdotique où des personnages se refilent une fausse pièce. Au niveau des histoires, elles évoluent selon leurs dates de parution, on a les classiques Halloween, Noël etc., mais aussi selon l'âge du jeune héros, qui rigole des mésaventures de Walt puis fait quelques bêtises, joue avec ses copains etc. Il y a forcément une bonne part d'anecdotes de la vie personnelle de l'auteur dans ces planches. D'ailleurs le personnage de Walt aurait les traits de son propre fils. Pas mal de pages sont assez contemplatives comme celle datant de 1926 qui illustre la couverture où les deux héros admirent la forme des nuages. Vers la fin du recueil on a aussi plusieurs planches où ils visitent différents endroits des États-Unis. On a des pages qui rappellent le Little Nemo de McCay car on vit leurs rêves, ce sont d'ailleurs parmi celles que j'ai préféré. Cet album est une sélection de pages en couleurs, car au fil des ans la production de Frank King a été abondante sur des décennies et en plus de ces pages dominicales il y avait un strip quotidien en noir et blanc. D'autres auteurs ont pris la suite et c'est une des séries qui a la plus longue longévité. Une édition intégrale est en cours chez l'éditeur Drawn et Quaterly. Très beau travail d'édition en français de 2024, éditeur que j'ai découvert il y a peu et que je vais suivre avec attention. L'ouvrage est de très grand format ce qui permet de respecter le format original des pages du journal Chicago Tribune. Très intéressant, non seulement pour le côté patrimonial mais aussi par son contenu qui n'est pas désuet. Cela permet d'avoir un bon aperçu car je crois que sur la longueur je ne serai pas plus intéressé que ça pour compulser de gros pavés faisant l'intégrale des strips quotidiens.

01/03/2021 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Faucon déniché
Le Faucon déniché

Le Faucon déniché est un roman destiné à la jeunesse sorti en 1972, et vite devenu un classique. Ces aventures d'un adolescent passionné par les faucons et déterminé à récupérer celui qu'il a déniché, au mépris des privilèges seigneuriaux, constitue un beau récit mouvementé, mais aussi une initiation à la société médiévale pour les plus jeunes. En creux, il propose une réflexion sur une question brûlante : faut-il se plier à une loi inique ? La réponse est évidente, et le jeune Martin l'illustre de façon à la fois attachante et qui suscite l'admiration. En outre l'histoire évite les écueils de l'angélisme, et sa conclusion, bien que surprenante, n'en est pas moins inéluctable. Le scénariste Maxe l'Hermenier, initiateur de la collection Pépites chez Jungle, a su à mon avis conserver tout l'esprit de ce roman. Son adaptation n'élude pas le sous-texte de l'oeuvre originale. Il a en outre trouvé en Steven Dupré un illustrateur solide, à la fois rapide et doué, qui a su affiner son style médiéval sur Kaamelott notamment. Une belle adaptation.

01/03/2021 (modifier)
Couverture de la série A Fake Story (d'après le roman de Douglas Burroughs)
A Fake Story (d'après le roman de Douglas Burroughs)

AVERTISSEMENT : Si vous voulez profiter au mieux de la lecture de cet album, ne lisez RIEN à son sujet. Faites juste confiance à ceux qui vous diront que c’est un très bon polar typé « années 40 » doublé d’une réflexion sur la crédulité du public face au pouvoir des médias. Donc, s’il vous plait, si cet album vous tente, ne lisez pas mon avis !!!! Ceci dit, les auteurs de ce récit sont de magnifiques salopards ! Je le dis avec respect et même admiration mais ce sont tout de même deux salopards magnifiques… j’y reviendrai. « A Fake Story » se présente comme un récit policier à l’ambiance typique du polar américain de l’entre-deux-guerres. Son personnage pivot, Douglas Burroughs, un ancien journaliste qui s’est tourné vers l’écriture, accepte de rempiler pour une enquête sur le terrain à la demande de son ex-patron, responsable de la chaîne de radio CBS. Douglas Burroughs, c’est aussi le nom de l’auteur du roman dont est tiré ce récit, et le personnage y gagne encore en mystère. Ce récit est-il tiré d’une histoire vraie ? Ou Douglas Burroughs s’est-il mis en scène dans une fiction ? Dès l’entame du récit, nous sommes donc plongés au cœur d’un jeu de dupe, dans lequel vérités et mensonges sont savamment associés pour créer une nouvelle réalité. C’est le principe même des fake news, d’ainsi mêler des éléments tangibles et des affirmations gratuites ou carrément fausses. Et les auteurs poussent encore le jeu plus loin puisque toute l’intrigue va se construire sur les cendres d’un des canulars les plus célèbres de la radio : l’adaptation radiophonique d’Orson Welles du livre de H.G. Wells « La Guerre des Mondes », une adaptation tellement crédible qu’elle avait créé un mouvement de panique aux Etats-Unis, les auditeurs prenant l’émission en cours de route étant convaincus que les Martiens avaient bel et bien débarqué sur notre chère planète. Sur cette base, historiquement solide (l’émission d’Orson Welles, le mouvement de panique qui en a résulté) se développe une enquête policière prenante dans laquelle Douglas Burroughs va devoir séparer le vrai du faux pour enfin découvrir la vérité. Cette enquête est également l’occasion de peindre cette Amérique de 1938, avec son racisme ordinaire, la montée en puissance des médias, la fascination pour les armes à feu. Franchement, le contexte est fabuleux, les personnages sont crédibles, l’enquête offre plus d’un rebondissement. Et le dessin de Jean-Denis Pendanx apporte toute l’atmosphère attendue. Si ces planches avaient une odeur, on humerait des effluves de vieux cuir mouillé et de cendres de cigarette. Pour un amateur de polar noir des années 40, c’est un pur régal. Et par-delà l’aspect policier du récit émerge une réflexion sur le pouvoir des média et sur la crédulité du public, prêt à prendre pour vraie n’importe quelle affirmation pourvu qu’elle vienne d’une source qui lui inspire confiance. A peine terminé cette lecture, j’ai voulu en savoir plus sur Douglas Burroughs et sur ce fameux roman. Certaines révélations offertes par la bande dessinée me paraissaient bizarres ou maladroites, ce qui ne faisait encore qu’accroître mon intérêt pour ce romancier journaliste… Et là, je me suis dit que Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx étaient deux salopards magnifiques… et je les en remercie. Franchement bien ! Et je suis très heureux d’avoir lu cet album avant même d’en avoir entendu parler. J'espère sincèrement pour vous que ce sera également votre cas et que vous ne lirez mon avis qu'a posteriori.

01/03/2021 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Une histoire de voleurs et de trolls
Une histoire de voleurs et de trolls

Je me suis fait un petit plaisir à la lecture de cette BD. J'ai eu le sentiment d'y retrouver de la fantasy à l'ancienne, celle d'avant l'ère Lanfeust qui a entrainé trop de séries similaires, une heroic-fantasy échevelée et pleine d'imagination, s'éloignant des standards et offrant un monde imaginaire excellent et surtout un graphisme exceptionnel. Je ne connaissais pas Ken Broeders mais j'ai aussitôt reconnu une réelle maîtrise dans sa narration et sa mise en page, clairement pas celle d'un débutant. En effet, même si cet auteur a publié très peu de BD, il officie tout de même depuis 1995. Faut-il en déduire qu'il prend le temps de soigner son oeuvre ? C'est ce qu'on dirait quand on voit le côté impeccable du graphisme et de la mise en scène de cette nouvelle série. Le dessin se rapproche par moment de l'illustration, un graphisme très soigné qui m'a parfois évoqué Ségur (Légendes des Contrées Oubliées) ou Civiello (La Graine de Folie), mais contrairement à ce dernier qui privilégie l'esthétisme au détriment de la clarté de la lecture, ici celle-ci est irréprochable. Dès la première page, suite à un texte introductif concis et clair, on est plongé dans un monde de fantasy à la fois simple et original, avec ses différents peuples sortant de l'ordinaire et qui évoqueront encore une fois un classique du genre, La Quête de l'Oiseau du Temps. Le scénario est agréable à lire. Il met en scène deux héros plutôt attachants. L'un est assez convenu dans son genre puisqu'il s'agit d'un voleur roublard et vantard mais finalement sympathique. L'autre est plus spéciale puisque c'est une humaine dans ce monde de créatures magiques, elle aussi envoyée en mission de cambriolage, mais en réalité manipulée et amnésique. Il y a d'autres protagonistes qui sortent eux aussi du lot et dont on sent un réel potentiel. C'est réjouissant. J'ai craint à un moment que l'histoire manque d'envergure, avec une partie adverse certes peu banale mais assez limitée en terme de développement, mais aux trois quarts du premier tome, cette adversité est plus ou moins balayée pour laisser la place à un contexte nouveau et à une menace d'un autre ordre et davantage intrigante. Coup de coeur pour moi et grosse envie de lire la suite !

28/02/2021 (modifier)
Couverture de la série L'Appel de Madame la Baronne
L'Appel de Madame la Baronne

Je tenais à donner mon avis car je constate, avec regret, que personne ne semble avoir beaucoup apprécié cet ouvrage. Il représente à mes yeux un petit chef d'œuvre de la BD belge, que je classerais au même titre que L'Ombre du Corbeau de Comès ou, dans un toute autre registre, "L'Enfant Penchée" de Schuiten. Je ne connaissais pas bien Julos Beaucarne au moment de découvrir l'œuvre (et je ne le connais pas d'avantage aujourd'hui) mais je n'ai pas eu de mal à me faire happée par l'histoire - que j'ai d'ailleurs relue plusieurs fois. Je ne me risquerais pas à une interprétation exhaustive, parce que je pense que l'art ne doit pas être toujours intellectualisé, mais je n'ai pu m'empêcher de voir de nombreuses métaphores, parfois cyniques, caustiques ou ironiques, à l'égard du monde contemporain. Tout d'abord, on remarque rapidement que seul le personnage principal vit encore en chair et en os. Les autres ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes : bustes de statues animées, personnages masqués, marionnettes de bois et de ficelles, les êtres qui gravitent autour du protagoniste sont tous, d'une certaine manière, en quête d'une humanité perdue. Il en va de même pour la bêbête, une créature un peu niaise, qui court éperdument après le dernier des hommes pour le dévorer vivant (et retrouver, ainsi, un peu de son humanité ?) Cette bêbête, d'ailleurs, est prise peu à peu en affection. Loin d'y voir la décadence de l'espèce humaine, le lecteur y reconnaît plutôt le double du dernier survivant. La bêbête représente ce que le héros pourrait devenir à tout instant du récit, s'il venait à oublier qui il est ; s'il venait à se perdre dans les 'fables', les "croyances", les "récits absurdes" qui circulent autour de lui. Ces fables sont nombreuses : elles concernent les canons esthétiques, l'existence du soleil, ou encore, l'amour. Le héros lui-même court après un amour perdu, mais son parcourt, loin d'une quête chevaleresque, ressemble à une éternelle transgression. Plutôt que de répondre aux énigmes qui lui sont adressées, il préfère lancer des calembours, s'esquiver, user de ruse ! Il s'aventure peu à peu dans une grotte qui n'est pas sans rappeler la caverne de Platon, avant de s'élever, au moyen d'un vélo solaire, vers le ciel nuageux. Là-haut, près de l'astre éternel, il retrouve ses semblables. Je donne le mot de la fin à Julos Beaucarne : "Croyez en l'extase des nuages qui traversent les grands horizons, au petit vent du soir, au cœur de l'été chaud."

28/02/2021 (modifier)