Les derniers avis (9705 avis)

Couverture de la série Bluebells wood
Bluebells wood

Envouté le rythme de l'histoire, le sublime des planches, l'ambiance. Que dire de plus ? Pour avoir lu pas mal de bd de Guillaume Sorrel, j'ai le sentiment qu'avec Bluebells wood le point d'équilibre entre tous ses talents est trouvé. Le dessin, la colorisation, l'atmosphère, l'histoire et son découpage, l'onirisme, aucun de ces éléments ne prend le pas sur un autre, ils se complètent dans un dosage parfait. Vivement recommandé.

09/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Les Enquêtes de Lord Harold, douzième du nom
Les Enquêtes de Lord Harold, douzième du nom

Ces deux tomes forment un cycle qui pourrait s’auto-suffire mais ce serait quand même malheureux de s’arrêter là alors que plusieurs pistes restent à être explorées. L’état d’esprit général laisse penser que ce récit se destine principalement aux jeunes lecteurs. Je pense surtout qu’il s’agit d’une œuvre « tout public ». Une œuvre capable de séduire le jeune adolescent grâce à son ton léger et certains rebondissements quelque peu naïfs. Mais aussi capable de plaire à l’adulte -voire au quinquagénaire- désireux de retrouver une série bien dans la lignée de celles publiées dans sa jeunesse. A la limite, j’ai même le sentiment que la série trouvera plus rapidement preneur du côté du jeune lecteur d’hier que de celui du jeune lecteur d’aujourd’hui. Niveau ambiance, nous nous retrouvons devant une série policière teintée de fantastique. Le cadre choisi est celui du Londres de l’époque victorienne. Le héros est un jeune Lord idéaliste et enthousiaste auquel il est facile de s’attacher. Naïf du fait de son manque d’expérience mais loin d’être idiot et plutôt débrouillard, il trace sa route avec candeur dans les bas-fonds londoniens. Cette opposition de style entre un jeune Lord bien éduqué et cultivé et des brigands roublards et sans pitié est bien entendu à l'origine de passages humoristiques et fait tout le sel de la série. Les éléments d’apparence fantastique trouvent quant à eux une explication logique en cours d’enquête. Cette première enquête est bien menée, avec ce qu'il faut de blancheur dans le fil pour garantir au lecteur une lecture 'facile', balisée. Ce qui ne l'empêche pas d'être prenante et divertissante. Franchement, ça fait vraiment bd franco-belge classique. Et le style graphique de Xavier Fourquemin accentue encore ce sentiment. Ce dont je ne me plaindrai absolument pas ! A réserver donc aux lecteurs en quête d’un récit policier léger distillant à parts égales humour, action et réflexion. Et personnellement, je fais partie du groupe !

09/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Negalyod
Negalyod

Comme à peu près tous les posteurs précédents, j'ai le cul entre deux chaises... Cet album est très beau, et assez imposant (très bon choix que d'avoir publié ce récit en un unique volume, même si la tendance semble être assez générale). Ses pages, grandioses, pleines de grands espaces, de dinosaures, de méga-constructions et même d'action palpitante, nous emportent facilement dans ce monde pas si simple. D'un autre côté, le scénario est parfois assez obscur, et d'autres fois un peu trop facile, et on se dit quand même que les hasards qui font cette aventure sont parfois un peu forts. Le rythme peut sembler hésitant, entre des lenteurs apparentes et des scènes survoltées. Et pour finir, la fin pourra laisser assez perplexe et avec un goût de trop rapide. Cet album aurait sans doute pu être plein d'autres choses que ce qu'il est. Plus creusé et intello, plus charmant avec des personnages attachants, plus aventureux, plus ceci, moins cela... Mais justement, en étant ce qu'il est, il est à la croisée de tous ces possibles. Et c'est sans doute ce mélange de trop et de trop peu, les différentes thématiques qu'il effleure sans les creuser outre mesure, les possibles qu'il laisse imaginer sans les avoir développés, qui font que j'en ressors en ayant la sensation d'avoir passé un excellent moment de lecture. Alors, au final... Est-ce l'album du siècle ? Non. Est-ce une lecture qui en met plein les yeux et qui tourne dans la tête ? Oui. Note réelle : 3,5, mais un coup de coeur.

08/03/2021 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Magritte - Ceci n'est pas une biographie
Magritte - Ceci n'est pas une biographie

Voici une bd que j'avais achetée à Bruxelles dans une librairie d'occase comme il y en a nombre là-bas. Magritte étant un artiste que ma copine aime bien, nous l'avions prise. Mais j'ai fini par oublier qu'il y avait cette bd dans ma bibliothèque, et cherchant quelque chose à lire, je suis retombé sur cet ouvrage. J'ai été au départ un peu décontenancé. En effet, j'étais un peu perdu et me suis dit que cette bd se réservait à un public de connaisseurs, et que j'allais avoir du mal à bien comprendre et à m'immerger pleinement dans la bd. J'ai vu une expo de Magritte une fois et j'avais beaucoup aimé, mais je ne me suis pas plus penché sur son oeuvre et son histoire. Mais si j'ai au tout début pu avoir cette crainte car on est immédiatement plongé dans l'univers si particulier de Magritte, j'ai vite été rassuré. La plongée dans cet univers n'a pas été trop agressive et est bien amenée. Nous suivons un homme, Singullier, qui ne connait rien à Magritte et qui va se retrouver plongé dans son univers, au départ il est rebuté puis se prend au jeu, un peu comme le lecteur. Nous suivons donc, avec Singullier, l'histoire de Magritte, le cheminement de la pensée qui l'a conduite à peindre ces tableaux. On est également en contact avec ses oeuvres tout au long de la lecture, et cette bd est finalement très pédagogique. Je ne pense pas qu'il faille la lire si on n'a jamais entendu parler de Magritte, car on serait vite perdu. Mais si on connait un peu l'artiste et qu'on a envie d'en savoir plus, comme moi, c'est parfait. Je n'ai pas été perdu, en sait maintenant plus sur l'auteur, et ça me donne envie de voir d'autres de ses tableaux. J'ai aussi aimé cette biographie car ce n'en est pas une, comme il est dit dans la dans le titre. Ou du moins ce n'est pas une biographie classique. L'histoire que l'on suit est celle de M. Singullier, qui est plongé dans l'univers de Magritte qui, lui, ne veut pas qu'on vienne fouiller chez lui, dans son œuvre et son intimité. Singullier finit par persévérer, percer les secrets de l'artiste en rencontrant divers personnages ou entités, comme des tableaux, tous liés à Magritte, qui lui expliquent, directement ou non, des concepts, des tableaux, ou l'histoire de Magritte l'homme. Les défauts de Magritte son également traités, on sent que les auteurs sont fascinés par le personnage mais restent objectifs. Le fait d'avoir une petite histoire à côté de la biographie de Magritte est très agréable car cela apporte de la légèreté ; le chapeau vissé à la tête, l'histoire avec la femme, tout cela apporte un petit plus farfelu qui s'accorde très bien à l'univers de Magritte. Le dessin est quant à lui grandement inspiré du style de Magritte et, évidemment, se prête idéalement au propos et à l'univers. J'aime les oeuvres de Magritte, j'ai donc beaucoup aimé ce dessin et la façon dont il se marie avec la narration et avec les mots, exactement comme le fait le peintre belge qui a toujours associé peinture et idées. Au final, je conseille évidemment la lecture qui, pourtant, en laissera certains de marbre. Personnellement, je tire mon chapeau (melon) aux auteurs, qui sont, ça se voit, passionnés et se sont réellement intéressés à Magritte. Et quand on est intéressés par ce qu'on fait, on est très souvent intéressant.

08/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Mojo Hand
Mojo Hand

Je suis particulièrement preneur de ce type de récit. Le Mississippi Delta, une des sources majeures du blues aux Etats-Unis, est en effet à mes yeux un terreau d’une richesse extrême. Et Arnaud Floc’h exploite parfaitement cet univers avec son récit, nous entrainant sur des pistes auxquelles on ne s’attend pas de prime abord tout en restant parfaitement pertinent et en accord avec l’image que nous avons de cet univers. Mojo Hand débute en Louisiane, dans le bayou, alors qu’un père de famille noir découvre au lendemain d’un ouragan un enfant blanc miraculé du cataclysme. En décidant de le recueillir, il sait qu’il se met en danger mais voit en cet enfant un signe du destin. Il a en effet déjà perdu un fils tandis que son propre enfant encore vivant est frappé de cécité. Sur cette base, l’auteur va construire un récit qui nous parlera du racisme ordinaire, d’amitié et de rivalité, de la difficulté de trouver sa place et sa voie. Et, bien sûr, il nous parlera du blues, de ces salles de concert minables, de ces bluesmen aux destins chaotiques, souvent guidés par l’alcool et la drogue, de ces musiciens mythiques qui nourrissaient leur musique d’un quotidien fait de souffrances, de déchirements mais aussi de petites joies éphémères. Ne vous attendez pas à un récit condescendant, Arnaud Floc’h n’épargne en rien ses personnages. Son dessin caricatural donne à ceux-ci des visages souvent déformés dans lesquels l’agressivité devient laideur. Il les dote également de défauts parfois détestables. Pas de concession, donc… et pourtant ces personnages inspirent bien plus la pitié que le mépris. Avec ce récit, j’ai passé un excellent moment de lecture. La narration est fluide, les sujets abordés m’ont parlé et le destin des personnages m’a touché. Alors, même si je ne suis pas un fan inconditionnel de ce type de dessin, je ne peux rien dire d’autre que « franchement bien ! » (Et un grand merci à l’auteur d’avoir glissé en fin d’album le nom des différent.e.s musicien.ne.s qui l’ont accompagné durant la réalisation de cet album. Cela m’a permis de faire quelques découvertes musicales bien plaisantes).

08/03/2021 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série 1984 (Coste)
1984 (Coste)

En s’emparant de ce chef d’œuvre dont aucune adaptation cinématographique n’a réussi à égaler la version originale, Xavier Coste, lui, est parvenu à se l’approprier totalement en décuplant par les images la puissance du texte de George Orwell. Visuellement, son « 1984 » est une œuvre d’art, rien de moins. Tout en restant très fidèle au fil narratif du roman, Coste a produit des images fortes et glaçantes qui risquent bien d’imprégner pour longtemps l’imaginaire du lecteur. Le point fort de cette adaptation est le rapprochement temporel du cadre de l’histoire vers notre époque (rappelons qu’Orwell a écrit le livre en 1948) par l’intégration d’un décor très contemporain. Car l’architecture représentée ici tient une place majeure. L’auteur s’est inspiré de constructions existantes, par exemple les « Espaces d’Abraxas » de Ricardo Bofill et les « Arènes de Picasso » de Yanowky, les deux situées à Noisy-le-grand, ou simplement des lieux pouvant évoquer des centres commerciaux géants, tels les Quatre Temps à la Défense. Des architectures étonnantes qui fascinent, mais qui, sous le pinceau de Coste, prennent une dimension étouffante, cloisonnante, où la nature est totalement absente. Cette nature, limitée aux jardins publics ou aux quartiers en friche, où Winston et Julia se rendent pour tenter de vivre secrètement leur amour, symbolise le refuge permettant d’échapper temporairement à la surveillance de Big Brother, de façon tout à fait illusoire bien sûr. Globalement, on pense beaucoup à l’univers ultra urbanisé et claustrophobique du « Métropolis » de Fritz Lang. L’une des images les plus fortes restera celle de ces caméras de surveillance que Coste n’aura même pas eu besoin d’inventer puisqu’elles sont déjà présentes dans bon nombre de nos villes en 2021. Ce dernier aurait presque pu insérer des drones dans le ciel, mais il a choisi de se limiter aux hélicoptères, peut-être pour ne pas dénaturer à outrance le récit d’Orwell. D’un point de vue graphique, sa démarche tient plus de la peinture que du dessin par son aspect suggestif, souvent au bord de l’esquisse. Le choix d’une bichromie différente pour accompagner le découpage des séquences est bienvenu, le rendu est juste magnifique. On reste admiratif devant ces doubles pleines pages, souvent sans textes, qui permettent au talent de Coste de s’épanouir pleinement. En reprenant le texte d’Orwell pour la narration, Xavier Coste a su sélectionner les éléments essentiels et les plus marquants, notamment lorsqu’il reproduit des bouts de pages arrachées du livre de l’ « opposant » Emmanuel Goldstein, avec des passages qui encore une fois trouvent des points de convergence troublants avec la plupart des systèmes politico-économiques actuels. Les similitudes avec notre époque évoquées plus haut concourent à faire réfléchir sur le glissement progressif de nos sociétés vers une spirale infernale, quasi-obsessionnelle, où les faits et gestes de chacun devront être consignés. On pourra relever que les autorités dirigeantes, en France ou ailleurs, sous couvert d’assurer la sécurité du citoyen apeuré par les boniments anxiogènes de certains médias, en profitent pour quadriller l’espace public d’outils de surveillance à la technologie de plus en plus sophistiquée. A ce titre, il n’est pas rare d’entendre certains de nos politiques préconiser, dans leur novlangue bien à eux, l’utilisation du terme « vidéo-protection » au lieu de « vidéo-surveillance »… Et à ceux qui oseraient encore douter des dérives potentielles de ces technologies dont les thuriféraires prétendent œuvrer pour le bien du citoyen, on pourrait leur opposer l’exemple du régime chinois, champion du contrôle des masses — si l’on exclut celui, plus archaïque, de la Corée du nord —, qui est en train de mettre en place la reconnaissance faciale à travers tout l'Empire du milieu. Mais voyons mon bon monsieur ! La Chine, c’est tout de même très loin de chez nous et ce n’est pas demain la veille que ça arrivera dans nos démocraties "exemplaires et éternelles"… En résumé, le pari des éditions Sarbacane est totalement réussi. Cet album se hisse déjà au niveau des meilleures bandes dessinées de ce début d’année, ce qui, pour l’adaptation d’une œuvre culte, est tout à fait remarquable. A la qualité éditoriale digne de ce nom, qui est un peu la caractéristique de l’éditeur, s’ajoute ce formidable pop-up en fin d’ouvrage, qui a été produit uniquement pour la première édition. Sans doute un gadget pour certains, mais qui fera la joie des collectionneurs !

06/03/2021 (modifier)
Par Ingrid
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Extases
Extases

J'ai vraiment adoré cette BD, et tout le monde à la maison, surtout les femmes, l'ont trouvé génial. Très courageux de la part de l'auteur de nous livrer son intimité avec détails et sans pudeur. Une façon de découvrir l'intimité masculine sans tabous ni gêne !

06/03/2021 (modifier)
Par Josq
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Partition de Flintham
La Partition de Flintham

Je ne vais pas être original en disant que La Partition de Flintham est une véritable claque graphique. C'est d'ailleurs son principal intérêt, à la fois sa plus grande qualité et son plus gros défaut. On ne peut que louer la magnificence des peintures (car c'est bien plus que du simple dessin) de Barbara Baldi. Chaque case ou presque est une toile à elle seule, évoquant bien sûr William Turner, mais aussi tout l'art impressionniste qui se développera le siècle suivant, à peu près à l'époque où prend place le scénario de La Partition de Flintham. C'est réellement magnifique, on aime se perdre dans les cases où Barbara Baldi représente, de manière parfois sommaire mais toujours puissamment évocatrice, les paysages de l'Angleterre. Magnifiés par le trait de la dessinatrice, qui n'hésite pas à pasticher certains tableaux d'époque (cf. l'avis d'Alix ci-dessous), ces paysages participent beaucoup à l'atmosphère sombre et mélancolique qui se dégage de l'ensemble, et séduit instantanément par sa force d'évocation. Le noir envahit la plupart des cases, renvoyant au parcours introspectif auquel on assiste durant cette bande dessinée. Le laconisme des dialogues renforce cette sensation d'isolement subi par le personnage principal, et l'empathie qu'on ressent pour elle. Néanmoins, il faut bien reconnaître que cette bande dessinée peut décevoir par la simplicité de son scénario. Renouant avec le roman victorien (on pense immédiatement aux sœurs Brontë, bien sûr), Barbara Baldi peine à donner du relief à son histoire. Les péripéties sont très peu nombreuses, mais surtout, la narration est parfois desservie par ces dialogues trop laconiques, incapables de donner aux personnages l'épaisseur qu'ils auraient pu avoir. Ce qui m'a surtout frappé et déçu, c'est l'absence brutale de transition entre certaines scènes. Il arrive qu'on passe d'une scène à une autre sans que rien ne prévienne ce passage abrupt, ce qui risque de laisser le lecteur un peu sur sa faim (moi, en tous cas). Cela donne un aspect parfois décousu à la narration (pas toujours), qui amoindrit légèrement le plaisir de lecture. Ce dernier est toutefois bien présent, grâce à la puissance graphique dont fait preuve l'auteur/dessinatrice. La mise en scène, brillante en tous points, et les choix graphiques opérés par Barbara Baldi sont vraiment ce pour quoi il faut lire La Partition de Flintham, plus qu'un scénario convenu et sans grande saveur. Il est dommage que ce dernier laisse ce petit arrière-goût d'inachevé à la fin de la lecture. Il n'empêche que cette bande dessinée est à lire au moins une fois dans sa vie. A défaut d'être un chef-d'œuvre, c'est une expérience assez mémorable.

04/03/2021 (modifier)
Couverture de la série Zaroff
Zaroff

Je crois n'avoir jamais mis de 5 étoiles à une Bd récente, mais voila c'est fait, je n'ai pu résister à cet album qui m'a en plus replongé dans des souvenirs de jeunesse exaltants ; j'ai en effet vu très jeune, alors que j'étais ado ou pré-ado le film de Shoedsack et Pichel au ciné-club de la 2 que présentait Claude-Jean Philippe à la fin d'Apostrophes chez Pivot, c'est vous dire si ça remonte. Mais le souvenir est tellement vivace, ce film m'a tellement marqué, c'est un chef-d'oeuvre du cinéma fantastique, et je me souviens que dans la semaine qui suivit je voyais aussi le Frankenstein de James Whale et le King Kong de 1933 car le ciné-club consacrait un cycle au ciné fantastique des années 30. D'un coup, je faisais mon éducation ciné avec 3 énormes classiques. Les Chasses du comte Zaroff (the Most dangerous game) a été tourné en 1932 par la même équipe que King Kong ; on y retrouvait Shoedsack à la réalisation avec Merian C. Cooper, puis la même actrice Fay Wray, et la musique était signée aussi par le légendaire Max Steiner ; les décors utilisaient le même plateau, avec des décors de jungle issus de Skull Island, les scènes de King Kong étaient tournées le jour par Cooper, et la nuit Shoedsack prenait le relais et tournait celles du Comte Zaroff qui visiblement était une petite production de la RKO devant servir de test au prestigieux projet mené par Shoedsack et Cooper : King Kong. Mais ce soi-disant petit film possédait d'indéniables qualités artistiques et techniques où la traque, la forteresse vaguement gothique, les marécages brumeux, la forêt dense constituaient une atmosphère hostile et angoissante, et qui faisait de Zaroff un aristocrate raffiné et cruel tout à fait fascinant. D'où le fait que ce film a fait date et qu'il a inspiré plusieurs remakes ; j'en citerai 2 qui présentent des qualités intéressantes : la Chasse sanglante en 1974 qui revisitait le mythe de façon plus bestiale et beaucoup plus violente, et la même année, la Comtesse perverse, un film espagnol de Jess Franco, le maître de l'érotisme et de l'horrifique bis, où sa comtesse chassait nue des vierges sur son île, un film qui je me souviens, avait émoustillé ma libido de très jeune adulte au début des années 80. On peut y ajouter Chasse à l'homme, remake moderne et premier film américain de John Woo qui lançait le cogneur belge Jean-Claude Van Damme chassé par d'horribles riches oisifs en Louisiane. Après ce cours d'histoire cinématographique, parlons de la Bd de Runberg et Miville-Deschênes, un album qui m'a entièrement ravi et où j'ai retrouvé plein de sensations. En fait, c'est une extrapolation d'un film mythique, lui-même adapté fidèlement d'une nouvelle, puisque Runberg imagine ce qui se passe après le film, c'est donc un prolongement librement interprété ; les auteurs résument le film dans les premières pages en une sorte de noir & blanc, qui permettent de comprendre la chronologie des événements précédents. Ce qui fait la force de ce scénario, c'est bien évidemment le dessin de Miville-Deschênes que j'avais déjà tellement admiré sur Reconquêtes, précedente Bd d'antic-fantasy du duo Runberg-MD. Ce dessin est toujours aussi somptueux et saisissant, MD crée un background hyper consistant qui donne une force incroyable à ce récit, à tel point que ça en devient presque immersif. Le décor de cette île maléfique constitué d'une jungle luxuriante, d'affrontements, et d'animaux sauvages (déjà MD se régalait avec ses bêtes monstrueuses dans Reconquêtes), tout ceci forme un univers extraordinaire et fantasmé. Certaines images renvoient à l'imaginaire des romans d'aventure du XIXème siècle, c'est proprement fabuleux. Au final, ce récit qui revisite le film avec 2 groupes de chasseurs qui se chassent mutuellement, et tout aussi psychopathes l'un que l'autre, est non seulement haletant, mais surtout parfaitement construit et bien conduit, quelle idée formidable de réinventer cette trame et de n'avoir pas cherché simplement à faire une banale adaptation du film, l'ambiance est parfaitement recréée, ça sera sans doute moins probant pour ceux qui n'ont pas vu le film évidemment, je pense qu'ils perdent beaucoup, mais je peux vous assurer que pour un gars comme moi qui a baigné dans cette atmosphère très jeune qui plus est, je suis tombé à la renverse devant tant d'excellence. Un album sensationnel à lire absolument !

04/03/2021 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Charly 9
Charly 9

Certes, il avait un bon fond… mais quand même ! Charly 9, ce jeune roi qui a sombré dans la folie après avoir ordonné le massacre de la Saint-Barthélemy, n’aurait pas dû régner. Il n’était pas du tout fait pour ça ! Drôle, grave et truculent, cet album offre un super bon moment de lecture. Les premières pages avec tous les efforts faits par son entourage pour convaincre Charles IX de signer l’ordre de massacrer les Huguenots sont dramatiquement drôles et le désespoir croissant du roi le rend attachant. Le drame qui se joue ensuite transpire le sang qui semble s’écouler des images sans pouvoir s’arrêter. Juste sur les enjeux historiques des guerres de religions et de succession au pouvoir, Guérineau nous livre la clef de tous ces drames avec une Catherine de Médicis déterminée et odieuse. Les textes sont très bons, les injures… un régal et les dessins en plans larges ou serrés sont parfaits pour porter le récit. A recommander sans l’ombre d’un doute !

04/03/2021 (modifier)