Ce n’est pas du Lewis Trondheim mais ça y ressemble furieusement ! Et c’est du très bon. A travers une clique de personnages en apparence loufoques, David de Thuin nous plonge dans le quotidien de deux maisons d’édition et propose une critique plutôt acerbe de leur fonctionnement. On y perçoit une réalité que l’on imagine mais qu’on n’a pas forcément envie de découvrir : la rentabilité des titres, la concurrence acharnée, les coups bas... Loin de la magie de l’éditeur découvrant des manuscrits et révélant des auteurs, le personnage principal, un auteur de BD nommé Zola, va se confronter à l’indifférence, au mépris et aux paroles blessantes. Cette histoire de super héros qui n’en n’est pas une est une pépite aux trouvailles scénaristiques excellentes, aux rebondissements incessants et aux dialogues croustillants. Jusqu’à la dernière page, on est tenus en haleine, prêts à de nouvelles révélations sur le roi de Bourdons. Par pleins de petits détails, de postures, de rapports entre les personnages : ça sent le vécu !!! Le dessin n’est pas en reste et cette clique de personnages zoomorphiques dont on apprend aussi les histoires personnelles sont autant de clins d’œil à des typologies d’acteurs du milieu du 9e art. Une excellente surprise ! Un vrai coup de cœur !
C'est purement par hasard que j'ai feuilleté quelques pages chez le libraire, et que je suis tombé dedans, puisque je reste un fondu de science-fiction. C'est de la bonne science-fiction, avec de nouveaux regards, et un régal de visuels. Vous ne connaissez rien aux Transformers ? C'est sans importance, je ne connaissais pour ma part que les deux robots principaux.
Aucun être humain, action jamais gratuite, rebondissements et détails à foison, c'est une BD à grande durée de vie, à nombreuses relectures, ce qui d'ailleurs ne plaira pas à tout le monde. Les personnages sont très nombreux, on se perd tant qu'on ne les a pas appris. J'apprécie justement tous ces indices qu'on ne comprend pas tout de suite et qui auront un sens plus tard, car la force de cet auteur c'est que tout ce qui est semé sera réutilisé. Il n'y a pas plus grand plaisir que de s'apercevoir qu'un récit préexiste à tout le reste, et que les personnages et l'action ne font que servir le déroulement d'une idée.
On connaît Asimov et le lointain futur des Robots, mais que serait une société de robots qui n'aurait pas connu autre chose ? Comment se voient-ils par rapport aux êtres vivants organiques pensants ? Quels seraient leurs motivations ? Et ce Transformer schizophrène qui dialogue avec ses compatriotes morts et zombifiés ?
Un autre plaisir personnel, pas forcément partagé, c'est le format unique de ces éditions Vestron : le format comics US souple, mais de la largeur plus importante du silver age.
Mais la plus grande force de ce récit, ce qui me rend impatient de lire la suite, c'est le refus du manichéisme, des comportements simplistes. Les "méchants" Décepticons sont ici plutôt ambigus, ils ne veulent pas autodétruire leur planète, ce serait idiot, ils veulent à la fois moins de consensus, et aller plus vite plus loin, et même à eux la situation va leur échapper, tandis que les Autobots luttent pour la paix sociale. Un antagonisme connu par ailleurs, mais très appréciable dans ce contexte.
Pour autant, malgré cette vision philosophique qui peut paraître assommante, cette BD fonctionne à tous les niveaux (un autre signe de talent), et les lecteurs qui adorent voir des robots transformables (j'en suis aussi), qui adorent retrouver les personnages des films (que j'ai renoncé à voir après le 1er), et ceux qui aiment la franchise seront aux anges.
J'ai posté cette série car la science-fiction qui se renouvelle, c'est rare, et aussi parce que je ne sais pas si elle pourra trouver son public. Elle est à la fois trop complexe pour des enfants, et trop "licence Hasbro" pour avouer la lire. De plus, sa diffusion reste assez faible, j'ai souvent acheté le dernier exemplaire sur le rayon.
Le tome 2 continue d'approfondir le sujet avec autant de qualité, attendons de voir la suite.
[Edit]
Je descends à 4 pour respecter l'échelle, mais je penche pour 4,5
Pour ceux qui ont été déçus par les précédents séries Transformers, sachez qu'elles sont à des années lumières de celle-ci.
Si vous l'aimez, je vous conseille le spin-off Transformers Galaxies : Constructicons. C'est du même bois, et donne d'autres clés importantes pour comprendre l'ensemble.
Sur un autre ton, le Transformers contre Terminator est d'un abord plus facile, et s'est fendu de bonnes idées aussi, ce qui est excessivement rare dans ce genre de rencontres.
Un récit de sciences fictions et d'anticipations pure et dure qui en vaut le détour.
Le premier et principal atout de cette BD est la partie graphique. Chaque planche a été travaillé, les décors sont vraiment très détaillés et favorisent l'immersion. J'ai particulièrement apprécié contempler les séquences en dehors du vaisseau, dans l'espace. Cette BD m'a rappelé à quelque point notre planète bleue est magnifique. En revanche, gros bémol concernant les visages des personnages. Tout comme dans Carbonne et Silicium", je n'y adhère pas. Ils sont difformes et tout le monde se ressemble au point de parfois nous perturber et nous confondre dans le récit.
Concernant le scénario, c'est l'histoire d'un groupuscule voulant se rebeller contre le gouvernement en place, qui nous rappelle le fameux "Big Brother" de 1984. Assez classique, mais bien amené, avec plusieurs autres thématiques abordées, qui elles, m'ont de suite fait penser à la série "Black Mirror".
Je ne vous en dit pas plus, car mon plaisir dans cet album, a été de tout découvrir sans rien avoir été teasé et cela a grandement contribué à mon plaisir de lecture. Plus d'une fois, je me suis arrêté dans ma lecture pour me poser et méditer sur ce que je lisais, en faisant le parallèle avec notre société actuelle.
Un grand chapeau pour l'auteur, dont je ne manquerai plus aucune sortie.
4,5 étoiles
MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Contrapaso est une grande oeuvre. Grande en terme de taille car l'album qui n'est que le premier tome d'une série est de bonne taille et fait plus de 150 pages pour un récit très dense, presque romanesque. Grande aussi en terme de somme de travail et de soin qui lui a été apportée par son auteure, une Teresa Valero dont je découvre ici le talent.
Cela se passe à Madrid, sous la dictature de Franco dans les années 1950. Les deux héros sont journalistes, spécialisés dans les faits divers. L'un est un vieux de la vieille, ancien phalangiste désabusé qui se dédie désormais à la recherche de la vérité, notamment sur la mort de femmes tuées par ce qui ressemble à un tueur en série, chose qui n'existe officiellement pas dans l'Espagne Franquiste. L'autre est un jeune homme qui vient de revenir en Espagne après avoir fui en France pour échapper à un passé familial et romantique compliqué. Aussi novice soit-il dans le domaine journalistique, il se révèle lui aussi très motivé par la recherche de la vérité, quitte à braver les interdits, et sa forte personnalité va faire des étincelles face à celle de son collègue imposé.
Si ce couple de personnages que tout oppose et qui va finalement apprendre à s'apprécier a des airs de déjà-vu (on pense par exemple au film Seven avec qui il partage une ambiance similaire), on apprécie très vite les personnalités complexes et profondes de ces deux là qui sont loin d'être des stéréotypes et qui ont bien des choses à nous faire découvrir sur leurs origines et motivations.
Graphiquement, j'ai aussi très vite été séduit. Le cadre, les décors détaillés, les costumes, la mise en scène et les couleurs m'ont fait penser à Blacksad, avec de vrais humains. Je n'irais pas jusqu'à les comparer pour de bon car Teresa Valero n'atteint pas la virtuosité de Guarnido, mais c'est pour vous dire à quel point son dessin reste admirable, et surtout agréable à lire. Et maintenir ce niveau de qualité sur plus de 150 pages par album, c'est remarquable.
L'histoire est complexe et surtout très mature. Nous y sommes dans l'ambiance d'un polar noir, avec une bonne part d'historique en sus. Plusieurs trames narratives s'entremêlent. Au cœur de l'intrigue, il y a l'enquête policière menée par nos deux journalistes puis une femme venue à leur aide, portant sur une série de morts suspectes visiblement en lien avec le milieu médical et notamment le traitement réservé aux lesbiennes durant les débuts de la dictature, puisque évidemment dans l'Espagne de Franco, le lesbianisme est une maladie qui doit se soigner en toute discrétion. En parallèle, nous en apprenons davantage sur le passé de nos héros, et notamment sur les relations familiales du plus jeune des deux, ainsi que sur une ancienne relation tristement avortée.
Et surtout, ce qui m'a le plus intéressé ici, c'est la mise en scène et la découverte de l'intérieur de la vie sous la dictature franquiste. J'avais eu une vision assez ample de celle-ci grâce à Carlos Gimenez et ses fameux Paracuellos, Barrio et Les Temps Mauvais, auteur à qui Teresa Valero rend d'ailleurs hommage le temps d'un chapitre. Ici, c'est une autre facette qui m'a été présentée, à la fois plus adulte et moins étouffante, et en même temps toujours pleine d'hypocrisie et de contradictions. On y découvre des espagnols divisés et hésitants, ni totalement dans un camp ni totalement dans l'autre, certains d'entre eux passant même radicalement de l'un à l'autre. On y découvre surtout une Espagne lasse de sa dictature et où l'on sent que l'élite gouvernementale est en train de perdre ses marques. C'est bigrement intéressant et surtout présenté avec beaucoup d'intelligence.
L'auteure s'est beaucoup documentée sur le sujet et elle en profite pour mettre en scène de nombreux personnages certes fictifs mais inspirés de personnes et de situations ayant existé. Cela offre un panel de protagonistes très originaux et qui mériteraient presque tous une histoire rien qu'à eux.
En même temps, cet aspect adulte et riche en informations du récit se ressent dans la narration qui est parfois intense. Le lecteur doit garder son esprit aux aguets pour bien suivre le déroulement du récit et les nombreuses révélations qui ne se font qu'à demi-mot. D'ordinaire, moi qui ne suis pas amateur de polars, j'ai tendance à m'y perdre quand une enquête complexe accumule les non-dits, mais j'ai trouvé ici que cela passait bien et je m'étais suffisamment bien attaché aux personnages et au contexte pour bien comprendre l'intrigue, et même pour fortement apprécier sa mise en scène parfois cinématographique, avec quelques ellipses surprenantes et pourtant claires et logiques.
Comme je le disais en introduction, c'est du grand art, tant sur le plan du dessin que de la narration et de l'intérêt de l'intrigue et des personnages. Et ce qui achève de me surprendre, c'est qu'il ne s'agit que du premier tome d'une série. Il est tellement dense qu'il ferait déjà à lui seul un épais one-shot, et d'ailleurs il contient bien une histoire complète qui se suffit à elle-même. Mais la fin de l'album ouvre la porte vers une suite et je retrouverai avec plaisir ses héros et son cadre si particulier pour de nouvelles aventures et enquêtes.
Enfin sorti en français ce manga qui est devenu très populaire ces dernières années.
Ça commence comme une comédie romantique ordinaire avec deux ados qui sont trop fiers pour avouer leurs sentiments et sont donc dans une sorte de guerre perpétuelle. L'humour fonctionne bien si on est fan de gags à base de quiproquos et de personnages qui pensent un peu trop. On aurait peur au début de voir une suite de sketchs basés sur le même concept qui risque de se répéter rapidement même si l'auteur va bien sur ajouter des personnages au fil du temps, mais heureusement c'est le genre de comédie romantique qui mélange des chapitres humoristiques avec des arcs narratifs plus sérieux qui permettent de mieux développer les personnages. Et de plus ils vont aussi évoluer au fil des tomes, mais je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher la lecture de ceux qui ne connaissent pas la série.
C'est donc une des meilleures comédies romantiques pour moi. Les personnages sont attachants, l'humour fonctionne bien et le coté dramatique est bien géré. En revanche, si après la lecture des deux premiers tomes (j'écris ces lignes la journée où ils sortent), on n'accroche pas, je pense que ça serait inutile d'essayer de continuer plus loin.
Il y a des livres sur lesquels on tombe, et dont on a l'impression qu'ils sortent de nulle part, mais dont on sent qu'on va tomber amoureux.
Mégafauna en est un bon exemple. Alliant uchronie et fantasy, cet album fait se regarder Homo Sapiens et Homme de Néandertal en chiens de faïence par-dessus une frontière qui n'a pas grand-chose à envier au mur de Game of Thrones.
L'histoire, elle, est vue par les yeux du jeune Timoléon de Veyres. Médecin en formation, il est dépêché par son oncle et pour le compte du roi du Dombrak dans un royaume des Nors, auprès du dimaraal Vorel pour une mission diplomatique (et un peu d'espionnage, peut-être, mais ne le répétez pas).
Cette mission, et la découverte de cette autre civilisation, vont être l'objet de bien des remises en question. Ce qui paraît naturel à Timoléon ne l'est absolument pas pour les Nors, et réciproquement bien sûr. On ressent très bien les incompréhensions, cette altérité, et on comprend de façon très naturelle que l'autre est bizarre, quel que soit cet autre.
Outre cette thématique très présente, il y aura la religion, l'environnement, le rapport hommes / femmes. Le sud de la muraille est en effet une contrée chaude, où les animaux ont été chassés jusqu'à disparition et les arbres coupés jusqu'à épuisement, alors que le nord est au contraire une immense forêt verdoyante, peuplée d'une faune gigantesque allant jusqu'aux mammouths. Et hommes et femmes n'ont pas les mêmes rapports au nord et au sud, proposant des visions fort différentes de la société.
Toutes ces thématiques, intrigues politiques, religion, environnement, altérité, rapport hommes / femmes, loin d'être pesantes et didactiques, parviennent à tisser une histoire fraîche, dépaysante et très agréable à lire. Et pourtant elles créent une richesse sous-jacente très intéressante. En 92 pages, ce one-shot a le temps de se développer, sans bien sûr pour autant être en mesure d'exploiter tous ces thèmes autant qu'on pourrait le souhaiter
Le dessin et la colorisation ne sont pas en reste, qui participent à créer cet univers très particulier, et dont je ressors charmé.
Cette bande-dessinée s'impose d'emblée comme une candidate très sérieuse au titre de Meilleure BD de l'année. Et pour plusieurs raisons.
Le dessin tout d'abord : sans être bouleversifiant, le trait est fluide et vif, un peu "à la Blain". Il retranscrit parfaitement le souffle épique qui agita les années 60 et 70.
Le scénario est mené de main de maitre. Mais aussi tambour battant ! Le moins que l'on puisse dire est que Yann Le Quellec ménage ses effets. On commence ainsi par un petit flashback (l'incendie qui ravagea les studios), pour suivre le fil des années effervescentes des studios créés par Michel Magne à partir de sa rencontre avec Marie-Claude, sa seconde femme de vingt ans sa cadette. Ca et là, on découvre plusieurs pages, sortes de poses narratives largement composées de textes et de photos, qui permettent au fil du livre de raccrocher les wagons. Y sont racontées les années de jeunesse de Michel Magne que l'on découvre donc petit à petit et qui viennent éclairées certains passages du récit. C'est un montage très habile. Les photographies sont parfaitement incluses dans les pages. ATTENTION SPOIL !!! Le récit s'achève d'ailleurs par une série de clichés poignantes présentant l'actuel château (en ruine) où déambulent les auteurs en compagnie de Marie-Claude qui tient le rôle de guide touristique. Cette BD toute emprunte de vérité déborde d'émotions.
Mais l'intérêt principal des Amants d'Hérouville est de nous introduire dans l'intimité de Michel Magne, touche à tout de génie. De lui, je connaissais uniquement son œuvre de composition pour le cinéma. Ici, on découvre tour à tour son génie visionnaire (il s'intéressa à la musique électronique bien avant la lettre), sa générosité illimitée (il est présenté comme un monstre d'humanité) et le lien viscérale qu'il entretenait avec la création artistique (il dépensa sans compter pour donner une âme à ce lieu et aux artistes de s'exprimer sans limite), le talent sauvage d'un homme qui s'essaya à la peinture, aux arts du cirque... Bref ! Un homme qui semble avoir eu à cœur de constamment faire advenir ce qui le traversait.
L'immersion dans les années 60 et 70 est complète. Le souffle libérateur de ces années de cocagne nous parvient aux yeux et aux oreilles aussi surement que si l'on avait ouvert un échantillon de parfum. On assiste à des scènes mythiques (le concert de Grateful Dead au bord de la piscine, avec flics et pompiers sous LSD. Grandiose !...) que les moins de vingt ans ne pourront que difficilement croire, pour paraphraser Aznavour... Un aperçu de la vie d'avant le libéralisme triomphant qui a sacrifié tous les aspects de la vie sur l'autel de la rentabilité !
Michel Magne (du verbe se magner, se dépêcher) semble avoir été touché par la grâce dès son plus jeune âge. Le genre de type qui avance vers la lumière comme le papillon de nuit, au risque de se brûler les ailes. Le genre de type qui sacrifie tout pour "la cause". Le genre de type qui a vécu en dévorant la vie par les deux bouts. Le genre de type conscient qui a suivi sa bille coute que coute...
Voilà une histoire absolument passionnante. Impossible de lâcher un tel livre avant de l'avoir terminé. Les anecdotes y sont légions (et vraies), l'émotion est là, palpable, y compris dans les témoignages écrits figurant en annexe. Quand on est mélomane, il parait difficile de s'affranchir de cette lecture que l'on ne manquera pas de retrouver dans toutes les palmarès de fin d'année.
Cool, voilà une bonne série de space opéra, ce qui n’est pas si fréquent.
Elle mêle space opéra et robotique comme cela a déjà été cité.
Nombre de personnages & d’intrigues parallèles qui se croisent, s’entremêlent, se séparent pour finir par se regrouper en un beau bouquet final au 6ème et dernier tome.
Je me suis presque plus attaché aux personnages robotisés principaux qu’aux êtres carboniques comme ils les appellent.
J’ai bien aimé les dessins en aquarelle avec des couleurs chatoyantes, des beaux contrastes couleur chaude, couleur froide. On sent que l’aquarelle a permis une totale liberté de trait à Jeff Lemire. En tout cas, de l’aquarelle pour du space opera, je n’avais pas encore vu, là ça fonctionne bien, c’est très original.
En avant-propos de chaque tome, la présentation des personnages, des planètes, des organismes à laquelle on peut se reporter, facilite la lecture et évite de s’y perdre car il y a de nombreuses ellipses et séquençages dans l’intrigue.
Et le plaisir continue avec la saison 2 ! Ascender (Note 4/5), (3 tomes sortis au moment ou j’écris ces lignes) qui renouvelle très bien la série en incorporant de la dark fantasy.
Je fus agréablement surpris par ce one-shot parce que je l'avais emprunté sans trop savoir de quoi était le sujet.
Ça commence avec un auteur de bande dessinée dont les œuvres intimistes ne marchent pas et son éditeur lui commande une BD de super-héros. Au début il n'est pas emballé, mais au fil des pages il commence à trouver des idées et à prendre du plaisir avec le projet. Tout va basculer quand son héroïne va soudainement prendre vie. Le récit est vraiment captivant du début jusqu'à la fin. J'ai adoré voir le processus créatif de Greg qui ne sait plus quoi faire et qui après des discussions avec ses copains va finalement trouver l'idée qui va faire en sorte qu'il va finir par avoir du plaisir sur un travail qui n'était qu'une commande au départ. Et puis tout va s'emballer lorsque son héroïne va prendre vie. J'ai bien aimé comment le scénario était intelligent. Les réactions de notre monde normal face à l'arrivée d'une super-héroïne et aussi de l'auteur et de son entourage sont crédibles et j'ai bien aimé comment évoluait le récit.
C'est une des meilleures bandes dessinées de l'année 2020 que j'ai lues et je suis triste qu'elle ne semble pas avoir été populaire. Le scénario est très bien fait et on est loin du récit de super-héros "normal". Les personnages sont attachants, l'humour fonctionne bien, les dialogues sont savoureux et le dessin est excellent. Une pépite à lire absolument !
A chaque fois que je relis cette série, à chaque fois je la savoure différemment. Manhattan, 416 Church Avenue, 23e étage, c’est là que vivent Soda et Mary, sa maman. Entre la rue et le 23e étage, heureusement qu’il y a l’ascenseur qui, matin et soir, donne le temps à Soda de se changer pour passer de son uniforme de pasteur à celui de flic et vice versa. Eh oui ! La gentille et attentionnée maman du lieutenant ne sait pas qu’il est flic. Pas étonnant : elle ne sort jamais (la rue est si dangereuse !) et ne regarde pas les News (on n’y voit tant de violence !) Profondément croyante, elle est fermement convaincue que son fils adoré exerce son ministère dans une paroisse des environs. Cette rupture entre ces deux mondes que tout oppose est la base du récit. C’est aussi son principal ressort humoristique.
Soda est lieutenant de police à New York. Il est courageux et n’hésite pas à utiliser son arme pour défendre la vie de ses collègues. Tous les jours, il côtoie la mort, la violence, la pauvreté des clochards, l’errance des jeunes paumés. A chaque album, on se replonge dans l’ambiance des rues de Manhattan, de Harlem ou du Bronx : une toile de fond de circulation infernale, de foules de personnages hétéroclites qui arpentent les trottoirs de la ville (ça vaut le coup de les regarder en détails), de haute criminalité où la frontière entre le Bien et le Mal reste floue. On y retrouve la vie du commissariat avec les remontées de bretelles mémorables des supérieurs, les blagues à deux balles des collègues mais aussi, ses blessés… et ses morts en intervention.
Un polar sombre, des scénarios bien rythmés, des dialogues ciselés et grinçants, un dessin semi réaliste qui gagne en qualité d’albums en albums. Sous l’apparence d’une comédie noire, Soda est un concentré des grandes questions qui traversent la société new yorkaise. Que du bon…
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Le Roi des bourdons
Ce n’est pas du Lewis Trondheim mais ça y ressemble furieusement ! Et c’est du très bon. A travers une clique de personnages en apparence loufoques, David de Thuin nous plonge dans le quotidien de deux maisons d’édition et propose une critique plutôt acerbe de leur fonctionnement. On y perçoit une réalité que l’on imagine mais qu’on n’a pas forcément envie de découvrir : la rentabilité des titres, la concurrence acharnée, les coups bas... Loin de la magie de l’éditeur découvrant des manuscrits et révélant des auteurs, le personnage principal, un auteur de BD nommé Zola, va se confronter à l’indifférence, au mépris et aux paroles blessantes. Cette histoire de super héros qui n’en n’est pas une est une pépite aux trouvailles scénaristiques excellentes, aux rebondissements incessants et aux dialogues croustillants. Jusqu’à la dernière page, on est tenus en haleine, prêts à de nouvelles révélations sur le roi de Bourdons. Par pleins de petits détails, de postures, de rapports entre les personnages : ça sent le vécu !!! Le dessin n’est pas en reste et cette clique de personnages zoomorphiques dont on apprend aussi les histoires personnelles sont autant de clins d’œil à des typologies d’acteurs du milieu du 9e art. Une excellente surprise ! Un vrai coup de cœur !
Transformers (Vestron)
C'est purement par hasard que j'ai feuilleté quelques pages chez le libraire, et que je suis tombé dedans, puisque je reste un fondu de science-fiction. C'est de la bonne science-fiction, avec de nouveaux regards, et un régal de visuels. Vous ne connaissez rien aux Transformers ? C'est sans importance, je ne connaissais pour ma part que les deux robots principaux. Aucun être humain, action jamais gratuite, rebondissements et détails à foison, c'est une BD à grande durée de vie, à nombreuses relectures, ce qui d'ailleurs ne plaira pas à tout le monde. Les personnages sont très nombreux, on se perd tant qu'on ne les a pas appris. J'apprécie justement tous ces indices qu'on ne comprend pas tout de suite et qui auront un sens plus tard, car la force de cet auteur c'est que tout ce qui est semé sera réutilisé. Il n'y a pas plus grand plaisir que de s'apercevoir qu'un récit préexiste à tout le reste, et que les personnages et l'action ne font que servir le déroulement d'une idée. On connaît Asimov et le lointain futur des Robots, mais que serait une société de robots qui n'aurait pas connu autre chose ? Comment se voient-ils par rapport aux êtres vivants organiques pensants ? Quels seraient leurs motivations ? Et ce Transformer schizophrène qui dialogue avec ses compatriotes morts et zombifiés ? Un autre plaisir personnel, pas forcément partagé, c'est le format unique de ces éditions Vestron : le format comics US souple, mais de la largeur plus importante du silver age. Mais la plus grande force de ce récit, ce qui me rend impatient de lire la suite, c'est le refus du manichéisme, des comportements simplistes. Les "méchants" Décepticons sont ici plutôt ambigus, ils ne veulent pas autodétruire leur planète, ce serait idiot, ils veulent à la fois moins de consensus, et aller plus vite plus loin, et même à eux la situation va leur échapper, tandis que les Autobots luttent pour la paix sociale. Un antagonisme connu par ailleurs, mais très appréciable dans ce contexte. Pour autant, malgré cette vision philosophique qui peut paraître assommante, cette BD fonctionne à tous les niveaux (un autre signe de talent), et les lecteurs qui adorent voir des robots transformables (j'en suis aussi), qui adorent retrouver les personnages des films (que j'ai renoncé à voir après le 1er), et ceux qui aiment la franchise seront aux anges. J'ai posté cette série car la science-fiction qui se renouvelle, c'est rare, et aussi parce que je ne sais pas si elle pourra trouver son public. Elle est à la fois trop complexe pour des enfants, et trop "licence Hasbro" pour avouer la lire. De plus, sa diffusion reste assez faible, j'ai souvent acheté le dernier exemplaire sur le rayon. Le tome 2 continue d'approfondir le sujet avec autant de qualité, attendons de voir la suite. [Edit] Je descends à 4 pour respecter l'échelle, mais je penche pour 4,5 Pour ceux qui ont été déçus par les précédents séries Transformers, sachez qu'elles sont à des années lumières de celle-ci. Si vous l'aimez, je vous conseille le spin-off Transformers Galaxies : Constructicons. C'est du même bois, et donne d'autres clés importantes pour comprendre l'ensemble. Sur un autre ton, le Transformers contre Terminator est d'un abord plus facile, et s'est fendu de bonnes idées aussi, ce qui est excessivement rare dans ce genre de rencontres.
Shangri-La
Un récit de sciences fictions et d'anticipations pure et dure qui en vaut le détour. Le premier et principal atout de cette BD est la partie graphique. Chaque planche a été travaillé, les décors sont vraiment très détaillés et favorisent l'immersion. J'ai particulièrement apprécié contempler les séquences en dehors du vaisseau, dans l'espace. Cette BD m'a rappelé à quelque point notre planète bleue est magnifique. En revanche, gros bémol concernant les visages des personnages. Tout comme dans Carbonne et Silicium", je n'y adhère pas. Ils sont difformes et tout le monde se ressemble au point de parfois nous perturber et nous confondre dans le récit. Concernant le scénario, c'est l'histoire d'un groupuscule voulant se rebeller contre le gouvernement en place, qui nous rappelle le fameux "Big Brother" de 1984. Assez classique, mais bien amené, avec plusieurs autres thématiques abordées, qui elles, m'ont de suite fait penser à la série "Black Mirror". Je ne vous en dit pas plus, car mon plaisir dans cet album, a été de tout découvrir sans rien avoir été teasé et cela a grandement contribué à mon plaisir de lecture. Plus d'une fois, je me suis arrêté dans ma lecture pour me poser et méditer sur ce que je lisais, en faisant le parallèle avec notre société actuelle. Un grand chapeau pour l'auteur, dont je ne manquerai plus aucune sortie. 4,5 étoiles MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Contrapaso
Contrapaso est une grande oeuvre. Grande en terme de taille car l'album qui n'est que le premier tome d'une série est de bonne taille et fait plus de 150 pages pour un récit très dense, presque romanesque. Grande aussi en terme de somme de travail et de soin qui lui a été apportée par son auteure, une Teresa Valero dont je découvre ici le talent. Cela se passe à Madrid, sous la dictature de Franco dans les années 1950. Les deux héros sont journalistes, spécialisés dans les faits divers. L'un est un vieux de la vieille, ancien phalangiste désabusé qui se dédie désormais à la recherche de la vérité, notamment sur la mort de femmes tuées par ce qui ressemble à un tueur en série, chose qui n'existe officiellement pas dans l'Espagne Franquiste. L'autre est un jeune homme qui vient de revenir en Espagne après avoir fui en France pour échapper à un passé familial et romantique compliqué. Aussi novice soit-il dans le domaine journalistique, il se révèle lui aussi très motivé par la recherche de la vérité, quitte à braver les interdits, et sa forte personnalité va faire des étincelles face à celle de son collègue imposé. Si ce couple de personnages que tout oppose et qui va finalement apprendre à s'apprécier a des airs de déjà-vu (on pense par exemple au film Seven avec qui il partage une ambiance similaire), on apprécie très vite les personnalités complexes et profondes de ces deux là qui sont loin d'être des stéréotypes et qui ont bien des choses à nous faire découvrir sur leurs origines et motivations. Graphiquement, j'ai aussi très vite été séduit. Le cadre, les décors détaillés, les costumes, la mise en scène et les couleurs m'ont fait penser à Blacksad, avec de vrais humains. Je n'irais pas jusqu'à les comparer pour de bon car Teresa Valero n'atteint pas la virtuosité de Guarnido, mais c'est pour vous dire à quel point son dessin reste admirable, et surtout agréable à lire. Et maintenir ce niveau de qualité sur plus de 150 pages par album, c'est remarquable. L'histoire est complexe et surtout très mature. Nous y sommes dans l'ambiance d'un polar noir, avec une bonne part d'historique en sus. Plusieurs trames narratives s'entremêlent. Au cœur de l'intrigue, il y a l'enquête policière menée par nos deux journalistes puis une femme venue à leur aide, portant sur une série de morts suspectes visiblement en lien avec le milieu médical et notamment le traitement réservé aux lesbiennes durant les débuts de la dictature, puisque évidemment dans l'Espagne de Franco, le lesbianisme est une maladie qui doit se soigner en toute discrétion. En parallèle, nous en apprenons davantage sur le passé de nos héros, et notamment sur les relations familiales du plus jeune des deux, ainsi que sur une ancienne relation tristement avortée. Et surtout, ce qui m'a le plus intéressé ici, c'est la mise en scène et la découverte de l'intérieur de la vie sous la dictature franquiste. J'avais eu une vision assez ample de celle-ci grâce à Carlos Gimenez et ses fameux Paracuellos, Barrio et Les Temps Mauvais, auteur à qui Teresa Valero rend d'ailleurs hommage le temps d'un chapitre. Ici, c'est une autre facette qui m'a été présentée, à la fois plus adulte et moins étouffante, et en même temps toujours pleine d'hypocrisie et de contradictions. On y découvre des espagnols divisés et hésitants, ni totalement dans un camp ni totalement dans l'autre, certains d'entre eux passant même radicalement de l'un à l'autre. On y découvre surtout une Espagne lasse de sa dictature et où l'on sent que l'élite gouvernementale est en train de perdre ses marques. C'est bigrement intéressant et surtout présenté avec beaucoup d'intelligence. L'auteure s'est beaucoup documentée sur le sujet et elle en profite pour mettre en scène de nombreux personnages certes fictifs mais inspirés de personnes et de situations ayant existé. Cela offre un panel de protagonistes très originaux et qui mériteraient presque tous une histoire rien qu'à eux. En même temps, cet aspect adulte et riche en informations du récit se ressent dans la narration qui est parfois intense. Le lecteur doit garder son esprit aux aguets pour bien suivre le déroulement du récit et les nombreuses révélations qui ne se font qu'à demi-mot. D'ordinaire, moi qui ne suis pas amateur de polars, j'ai tendance à m'y perdre quand une enquête complexe accumule les non-dits, mais j'ai trouvé ici que cela passait bien et je m'étais suffisamment bien attaché aux personnages et au contexte pour bien comprendre l'intrigue, et même pour fortement apprécier sa mise en scène parfois cinématographique, avec quelques ellipses surprenantes et pourtant claires et logiques. Comme je le disais en introduction, c'est du grand art, tant sur le plan du dessin que de la narration et de l'intérêt de l'intrigue et des personnages. Et ce qui achève de me surprendre, c'est qu'il ne s'agit que du premier tome d'une série. Il est tellement dense qu'il ferait déjà à lui seul un épais one-shot, et d'ailleurs il contient bien une histoire complète qui se suffit à elle-même. Mais la fin de l'album ouvre la porte vers une suite et je retrouverai avec plaisir ses héros et son cadre si particulier pour de nouvelles aventures et enquêtes.
Kaguya-sama - Love is War
Enfin sorti en français ce manga qui est devenu très populaire ces dernières années. Ça commence comme une comédie romantique ordinaire avec deux ados qui sont trop fiers pour avouer leurs sentiments et sont donc dans une sorte de guerre perpétuelle. L'humour fonctionne bien si on est fan de gags à base de quiproquos et de personnages qui pensent un peu trop. On aurait peur au début de voir une suite de sketchs basés sur le même concept qui risque de se répéter rapidement même si l'auteur va bien sur ajouter des personnages au fil du temps, mais heureusement c'est le genre de comédie romantique qui mélange des chapitres humoristiques avec des arcs narratifs plus sérieux qui permettent de mieux développer les personnages. Et de plus ils vont aussi évoluer au fil des tomes, mais je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher la lecture de ceux qui ne connaissent pas la série. C'est donc une des meilleures comédies romantiques pour moi. Les personnages sont attachants, l'humour fonctionne bien et le coté dramatique est bien géré. En revanche, si après la lecture des deux premiers tomes (j'écris ces lignes la journée où ils sortent), on n'accroche pas, je pense que ça serait inutile d'essayer de continuer plus loin.
Mégafauna
Il y a des livres sur lesquels on tombe, et dont on a l'impression qu'ils sortent de nulle part, mais dont on sent qu'on va tomber amoureux. Mégafauna en est un bon exemple. Alliant uchronie et fantasy, cet album fait se regarder Homo Sapiens et Homme de Néandertal en chiens de faïence par-dessus une frontière qui n'a pas grand-chose à envier au mur de Game of Thrones. L'histoire, elle, est vue par les yeux du jeune Timoléon de Veyres. Médecin en formation, il est dépêché par son oncle et pour le compte du roi du Dombrak dans un royaume des Nors, auprès du dimaraal Vorel pour une mission diplomatique (et un peu d'espionnage, peut-être, mais ne le répétez pas). Cette mission, et la découverte de cette autre civilisation, vont être l'objet de bien des remises en question. Ce qui paraît naturel à Timoléon ne l'est absolument pas pour les Nors, et réciproquement bien sûr. On ressent très bien les incompréhensions, cette altérité, et on comprend de façon très naturelle que l'autre est bizarre, quel que soit cet autre. Outre cette thématique très présente, il y aura la religion, l'environnement, le rapport hommes / femmes. Le sud de la muraille est en effet une contrée chaude, où les animaux ont été chassés jusqu'à disparition et les arbres coupés jusqu'à épuisement, alors que le nord est au contraire une immense forêt verdoyante, peuplée d'une faune gigantesque allant jusqu'aux mammouths. Et hommes et femmes n'ont pas les mêmes rapports au nord et au sud, proposant des visions fort différentes de la société. Toutes ces thématiques, intrigues politiques, religion, environnement, altérité, rapport hommes / femmes, loin d'être pesantes et didactiques, parviennent à tisser une histoire fraîche, dépaysante et très agréable à lire. Et pourtant elles créent une richesse sous-jacente très intéressante. En 92 pages, ce one-shot a le temps de se développer, sans bien sûr pour autant être en mesure d'exploiter tous ces thèmes autant qu'on pourrait le souhaiter Le dessin et la colorisation ne sont pas en reste, qui participent à créer cet univers très particulier, et dont je ressors charmé.
Les Amants d'Hérouville - Une histoire vraie
Cette bande-dessinée s'impose d'emblée comme une candidate très sérieuse au titre de Meilleure BD de l'année. Et pour plusieurs raisons. Le dessin tout d'abord : sans être bouleversifiant, le trait est fluide et vif, un peu "à la Blain". Il retranscrit parfaitement le souffle épique qui agita les années 60 et 70. Le scénario est mené de main de maitre. Mais aussi tambour battant ! Le moins que l'on puisse dire est que Yann Le Quellec ménage ses effets. On commence ainsi par un petit flashback (l'incendie qui ravagea les studios), pour suivre le fil des années effervescentes des studios créés par Michel Magne à partir de sa rencontre avec Marie-Claude, sa seconde femme de vingt ans sa cadette. Ca et là, on découvre plusieurs pages, sortes de poses narratives largement composées de textes et de photos, qui permettent au fil du livre de raccrocher les wagons. Y sont racontées les années de jeunesse de Michel Magne que l'on découvre donc petit à petit et qui viennent éclairées certains passages du récit. C'est un montage très habile. Les photographies sont parfaitement incluses dans les pages. ATTENTION SPOIL !!! Le récit s'achève d'ailleurs par une série de clichés poignantes présentant l'actuel château (en ruine) où déambulent les auteurs en compagnie de Marie-Claude qui tient le rôle de guide touristique. Cette BD toute emprunte de vérité déborde d'émotions. Mais l'intérêt principal des Amants d'Hérouville est de nous introduire dans l'intimité de Michel Magne, touche à tout de génie. De lui, je connaissais uniquement son œuvre de composition pour le cinéma. Ici, on découvre tour à tour son génie visionnaire (il s'intéressa à la musique électronique bien avant la lettre), sa générosité illimitée (il est présenté comme un monstre d'humanité) et le lien viscérale qu'il entretenait avec la création artistique (il dépensa sans compter pour donner une âme à ce lieu et aux artistes de s'exprimer sans limite), le talent sauvage d'un homme qui s'essaya à la peinture, aux arts du cirque... Bref ! Un homme qui semble avoir eu à cœur de constamment faire advenir ce qui le traversait. L'immersion dans les années 60 et 70 est complète. Le souffle libérateur de ces années de cocagne nous parvient aux yeux et aux oreilles aussi surement que si l'on avait ouvert un échantillon de parfum. On assiste à des scènes mythiques (le concert de Grateful Dead au bord de la piscine, avec flics et pompiers sous LSD. Grandiose !...) que les moins de vingt ans ne pourront que difficilement croire, pour paraphraser Aznavour... Un aperçu de la vie d'avant le libéralisme triomphant qui a sacrifié tous les aspects de la vie sur l'autel de la rentabilité ! Michel Magne (du verbe se magner, se dépêcher) semble avoir été touché par la grâce dès son plus jeune âge. Le genre de type qui avance vers la lumière comme le papillon de nuit, au risque de se brûler les ailes. Le genre de type qui sacrifie tout pour "la cause". Le genre de type qui a vécu en dévorant la vie par les deux bouts. Le genre de type conscient qui a suivi sa bille coute que coute... Voilà une histoire absolument passionnante. Impossible de lâcher un tel livre avant de l'avoir terminé. Les anecdotes y sont légions (et vraies), l'émotion est là, palpable, y compris dans les témoignages écrits figurant en annexe. Quand on est mélomane, il parait difficile de s'affranchir de cette lecture que l'on ne manquera pas de retrouver dans toutes les palmarès de fin d'année.
Descender
Cool, voilà une bonne série de space opéra, ce qui n’est pas si fréquent. Elle mêle space opéra et robotique comme cela a déjà été cité. Nombre de personnages & d’intrigues parallèles qui se croisent, s’entremêlent, se séparent pour finir par se regrouper en un beau bouquet final au 6ème et dernier tome. Je me suis presque plus attaché aux personnages robotisés principaux qu’aux êtres carboniques comme ils les appellent. J’ai bien aimé les dessins en aquarelle avec des couleurs chatoyantes, des beaux contrastes couleur chaude, couleur froide. On sent que l’aquarelle a permis une totale liberté de trait à Jeff Lemire. En tout cas, de l’aquarelle pour du space opera, je n’avais pas encore vu, là ça fonctionne bien, c’est très original. En avant-propos de chaque tome, la présentation des personnages, des planètes, des organismes à laquelle on peut se reporter, facilite la lecture et évite de s’y perdre car il y a de nombreuses ellipses et séquençages dans l’intrigue. Et le plaisir continue avec la saison 2 ! Ascender (Note 4/5), (3 tomes sortis au moment ou j’écris ces lignes) qui renouvelle très bien la série en incorporant de la dark fantasy.
La Femme Papillon
Je fus agréablement surpris par ce one-shot parce que je l'avais emprunté sans trop savoir de quoi était le sujet. Ça commence avec un auteur de bande dessinée dont les œuvres intimistes ne marchent pas et son éditeur lui commande une BD de super-héros. Au début il n'est pas emballé, mais au fil des pages il commence à trouver des idées et à prendre du plaisir avec le projet. Tout va basculer quand son héroïne va soudainement prendre vie. Le récit est vraiment captivant du début jusqu'à la fin. J'ai adoré voir le processus créatif de Greg qui ne sait plus quoi faire et qui après des discussions avec ses copains va finalement trouver l'idée qui va faire en sorte qu'il va finir par avoir du plaisir sur un travail qui n'était qu'une commande au départ. Et puis tout va s'emballer lorsque son héroïne va prendre vie. J'ai bien aimé comment le scénario était intelligent. Les réactions de notre monde normal face à l'arrivée d'une super-héroïne et aussi de l'auteur et de son entourage sont crédibles et j'ai bien aimé comment évoluait le récit. C'est une des meilleures bandes dessinées de l'année 2020 que j'ai lues et je suis triste qu'elle ne semble pas avoir été populaire. Le scénario est très bien fait et on est loin du récit de super-héros "normal". Les personnages sont attachants, l'humour fonctionne bien, les dialogues sont savoureux et le dessin est excellent. Une pépite à lire absolument !
Soda
A chaque fois que je relis cette série, à chaque fois je la savoure différemment. Manhattan, 416 Church Avenue, 23e étage, c’est là que vivent Soda et Mary, sa maman. Entre la rue et le 23e étage, heureusement qu’il y a l’ascenseur qui, matin et soir, donne le temps à Soda de se changer pour passer de son uniforme de pasteur à celui de flic et vice versa. Eh oui ! La gentille et attentionnée maman du lieutenant ne sait pas qu’il est flic. Pas étonnant : elle ne sort jamais (la rue est si dangereuse !) et ne regarde pas les News (on n’y voit tant de violence !) Profondément croyante, elle est fermement convaincue que son fils adoré exerce son ministère dans une paroisse des environs. Cette rupture entre ces deux mondes que tout oppose est la base du récit. C’est aussi son principal ressort humoristique. Soda est lieutenant de police à New York. Il est courageux et n’hésite pas à utiliser son arme pour défendre la vie de ses collègues. Tous les jours, il côtoie la mort, la violence, la pauvreté des clochards, l’errance des jeunes paumés. A chaque album, on se replonge dans l’ambiance des rues de Manhattan, de Harlem ou du Bronx : une toile de fond de circulation infernale, de foules de personnages hétéroclites qui arpentent les trottoirs de la ville (ça vaut le coup de les regarder en détails), de haute criminalité où la frontière entre le Bien et le Mal reste floue. On y retrouve la vie du commissariat avec les remontées de bretelles mémorables des supérieurs, les blagues à deux balles des collègues mais aussi, ses blessés… et ses morts en intervention. Un polar sombre, des scénarios bien rythmés, des dialogues ciselés et grinçants, un dessin semi réaliste qui gagne en qualité d’albums en albums. Sous l’apparence d’une comédie noire, Soda est un concentré des grandes questions qui traversent la société new yorkaise. Que du bon…