Les derniers avis (9597 avis)

Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Pulp
Pulp

La couverture et les premières pages font effectivement penser à un changement de style pour le duo Brubaker/Phillips, mais on revient très vite vers quelque chose de plus habituel : un polar bien noir et remarquablement bien écrit, se déroulant à New-York en 1939 sur fond de montée du nazisme. Le protagoniste principal vend des histoires de cowboy inspirées de sa jeunesse à un magazine « pulp », mais son passé le rattrape bientôt, et les évènements s’emballent et nous entrainent vers un dénouement bien amené… L’histoire est prenante et superbement mise en image par Phillips père et fils (au dessin et à la couleur respectivement). Un one-shot de qualité, à ne pas manquer si vous êtes amateur de polars ou de ce duo d’auteurs (ou « trio » devrais-je dire - Jacob semble être un membre permanent de l’équipe).

14/06/2021 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Colt & Pepper
Colt & Pepper

Après l'excellente surprise Nous, les morts et entre deux albums de Marshal Bass, le duo Macan & Kordey s'octroie une jolie pause récréative avec un nouveau titre suffisamment surprenant et original pour attirer de nouveau l'attention du lecteur avide de curiosités que je suis. En effet Colt & Pepper est amplement barré de la première à la dernière page en proposant un univers atypique dont on survole très rapidement les règles tout en les assimilant sur un rythme plutôt effréné. De curieux évènements inexpliqués ont durablement transformé l'Amérique du XVIIème siècle en une terre de fantaisies en ouvrant la porte à de nouvelles créatures fantastiques. Fées, dragons, licornes et lycans côtoient dorénavant les humains de façon tout à fait naturelle dans un monde propice à la magie mais également aux complots politiques. C'est dans un tel contexte que l'intrépide Capitaine Culpepper, fidèle homme de l'ordre, s'apprête à trahir son maitre pour secourir son neveu Coltrayne imbriqué dans une tentative d'attentat. C'est le début des ennuis et d'une cavale pour Colt et Pepper dans un univers rocambolesque laissant place à l'imagination débridée de Macan sous le trait inspiré de Kordey. Quelle aventure ! Si on sent que la place laissée à l'improvisation est assez importante et que la page suivante peut nous amener aux antipodes de la précédente, il n'y a par contre nulle place pour l'ennui. En seulement deux tomes (qui auraient pu bénéficier sans déplaisir d'un ou de deux autres supplémentaires pour développer davantage cet univers), les auteurs vont droit au but sans fioritures et sans s'encombrer d'un postulat complexe ou d'un esprit cartésien. Ici les chats se nourrissent du sang des hommes, les nécromanciens manipulent les foules et ça tranche à tout va dans le gras. Pepper, hardi mousquetaire intrépide forme un curieux duo avec un neveu désabusé à la recherche de son âme perdue. Chaque chapitre pourrait presque se lire indépendamment tant les situations proposées sont différent du précèdent. Certains pourraient trouver l'ensemble sans queue ni tête et on peut déplorer une fin définitive tout en restant malgré tout ouverte. Place ici au fun, à un humour noir discret mais bien présent et surtout au dépaysement. Colt & Pepper cristallise tous les espoirs fondés avec Nous, les morts avec un dessin encore plus détaillé et léché par un Kordey affranchi de toute limite et la construction d'un monde encore plus taré que dans l'oeuvre précitée. En résulte un OVNI copieux mais succinct, une mise en bouche jouissive et bordélique. Une véritable petite pépite qui nous apprend de surcroit que notre cher Gaston international possède une bien mauvaise vue ! Richard Corben peut reposer tranquillement en paix, Macan et Kordey prennent le relais !

13/06/2021 (modifier)
Par Silas
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Philosophix
Philosophix

Franchement, si mes cours de philo avaient été aussi brillants que cette version en bd, j'aurais vraiment aimé la matière... Une bd au dessin soigné, plein de détails super fouillés, et des clins d'oeil marrants. On est pas dans le comique des bd de philo mais ça reste intéressant, on suit une sorte de guide qui nous facilite le voyage, et on passe de Platon à Matrix, de Thalès à Wall Street. La philo mais adaptée au public du XXIème. Et comme il y a 10 chapitres, correspondant à 10 histoires de philosophes, on n'a pas le temps de s'ennuyer. On peut les lire séparément d'ailleurs si on est plus intéressé par la liberté ou l'identité (j'aime bien le bateau de Thésée, ma préférée, je crois). Bon, donc, vraiment génial pour revenir dans la philo, se refaire une culture. De quoi attendre un "Philosophix II" pour 10 histoires de plus!!!!

13/06/2021 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Attente
L'Attente

On entend régulièrement parler de la Corée du Nord, ce pays devenu étrange et anachronique à force d’être resté sous cloche pendant tant de décennies, à la faveur d’une dictature d’opérette prétendant faire du communisme une vitrine pour le monde. Mais on entend beaucoup moins parler de la période où la Corée fut coupée en deux par une frontière extrêmement étanche que même le chant des oiseaux ne semble pas pouvoir traverser. Le récit commence en 2018. Madame Lee est nonagénaire, apparaissant courbée sous le poids des ans. La vieille dame vaque difficilement à ses occupations dans son petit appartement, à moitié aveugle en raison d’une cataracte mal soignée, constamment aux prises avec la télécommande ou le téléphone. Sa fille, accaparée par son travail qui lui rapporte peu, n’a pas toujours le temps de s’occuper d’elle, et se fait mille reproches. Mais malgré ses désagréments liés à l’âge, Madame Lee veut rester coquette et s’accroche à la vie, car elle entretient l’espoir intime de revoir son fils et son mari, qu’elle a perdus lors de l’exode pendant la guerre de Corée, au début des années 50. Le temps de s’écarter du chemin pour donner le sein à son nourrisson, ces derniers avaient disparu corps et biens, sans laisser aucune trace, au beau milieu de la cohue des civils fuyant le Nord tenu par les communistes... Cinq petites minutes qui suffirent pour séparer à tout jamais une famille. Le mystère ne sera jamais élucidé et Madame Lee passera sa vie à attendre les siens, qui vraisemblablement étaient restés du mauvais côté, captifs de cette prison à ciel ouvert qu’était devenue la Corée du nord. C’est cette histoire terrible que Keum Suk Gendry-Kim va nous narrer, une histoire qui laisse le lecteur interloqué, non seulement par les conséquences immédiates de cette guerre et notamment l’exode (avec un passage terrible et révoltant où les civils sont bombardés par l’aviation américaine), mais également par la période de silence qui s’ensuivit des décennies durant, Guerre froide oblige, et engendra un véritable traumatisme moral pour les familles séparées. En 2018, des rencontres au compte-goutte vont finalement être organisées pour ces dernières, sous la supervision extrêmement stricte, on s’en doute, de la police politique du Nord. Cela donnera lieu à la scène peut-être la plus poignante du récit, lors de laquelle une amie de Mme Lee évoque sa rencontre avec sa sœur, qu’elle n’avait jamais revue depuis soixante-huit années. Un événement qui en dit assez long sur la cruauté et la paranoïa du gouvernement nord-coréen, d’abord parce que les rencontres furent très brèves en plus d’être surveillées, et qu’en plus, on demandait aux citoyens du nord de ne pas accepter de présents de leurs proches du sud. En revanche, ceux-ci recevaient tous un cadeau semblable : un foulard bon marché de même couleur et un drap-housse distribué par Pyongyang histoire que les familles aient quelque chose à offrir, une bienveillance de façade sans doute destinée à masquer la grande misère dans laquelle le peuple est maintenu… A mille lieues de tout artifice et de toute mièvrerie, le trait en noir et blanc un peu charbonneux dégage une poésie fragile, plus douce ou plus âpre selon les passages. Certaines planches sont de toute beauté, en particulier dans les représentations de paysages, avec un leitmotiv à la symbolique pleine de sens, l’arbre, évoquant les gravures de l’art asiatique. On ignore si « L’Attente » aura permis à l’autrice (sud-)coréenne de se réconcilier avec elle-même et de dépasser la culpabilité qui la taraudait, mais indubitablement l’ouvrage est une réussite. Nous avons là un hommage magnifique et tout en émotion retenue, sans larmoiements inutiles, à une femme « forte (…) malgré une constitution d’apparence fragile (…) qui ne se plaignait jamais ». Pour réaliser cet album, Gendry-Kim s’est inspirée des témoignages de sa mère, de Mme Lee et de M. Kim en les réorganisant. La culpabilité dont elle parle est liée principalement à la promesse faite à sa mère d’intercéder auprès de la Croix rouge pour lui permettre de revoir sa sœur restée en Corée du nord, promesse qui, les années passants, ne fut pas tenue, comme l’autrice le confie courageusement. Avec « L’Attente », l’autrice a su révéler un pan de l’Histoire coréenne qui marquera le lecteur pour longtemps, et permettra d’appréhender — très modestement — l’insondable solitude des familles concernées par cette déchirure à la fois physique et morale, s’apparentant à une douleur lancinante et sans fin, d’une cruauté inhumaine, où l’espoir prend la forme d’un clown sinistre et grimaçant. A l’image de Kim Jong-il ou de son « fifils » Kim Jong-un peut-être.

12/06/2021 (modifier)
Par pol
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Suzette ou le grand amour
Suzette ou le grand amour

Quel plaisir de retrouver un nouvel album de Fabien Toulmé. C'est peu de dire que j'ai été marqué par ses précédents ouvrages, Ce n'est pas toi que j'attendais qui parle de l'arrivée dans son foyer d'un enfant trisomique et L'Odyssée d'Hakim un récit bouleversant sur les migrants. Avec l'histoire de Suzette, il délaisse les récits réalistes pour nous livrer une fiction sur la thématique de l'amour, et notamment l'amour chez les personnes âgées. Si c'est un petit moins fort que ces albums documentaire-réalistes, la barre était tellement haute, il nous propose quand même une très belle histoire, très plaisante à lire. Noémie une jeune fille dans la vingtaine est très proche de sa grand mère, Suzette, octogénaire, qui vient de perdre son mari après une existence entière de vie commune. Les deux femmes, extrêmement complices vont partager ce deuil, échanger sur les sentiments notamment ceux de la grand mère. La relation de ses grands parents a été idéalisée par la jeune femme. Et lorsqu'elle le réalise, elle se met en tête d'aider son aïeule à retrouver son premier amour, perdu de vue depuis 60 ans. Même si il y a de petites facilités par ci par là (l'aisance avec laquelle on peut plonger des rochers à 80 ans pour aller pécher des oursins en apnée est impressionnante), mais c'est anecdotique. C'est brillamment raconté, Fabien Toulmé est un conteur exceptionnel, du coup on fonce avec lui dans cette histoire. C'est tellement facile à lire, on ne voit pas passer les 340 pages de l'histoire. Les confidences échangées entre la jeune femme et sa grand mère sont l'occasion de se poser quelques questions sur le grand amour et sur la difficulté de refaire sa vie si âgée. Ne serait ce que de simplement envisager cette possibilité. Est il encore possible d'aspirer à l'amour et au bonheur ? Il y aura aussi un parallèle interessant avec l'histoire de Noémie et son copain un peu immature qui a du mal à s'engager. C'est autant un album qui fait réfléchir à tout ça, qu'un album divertissant. Le dessin est une nouvelle fois une réussite totale pour donner une ambiance joviale au récit, malgré un sujet à priori dur, ce livre respire la bonne humeur. Une nouvelle réussite signée Fabien Toulmé qui est décidément un auteur qui me touche à chacun de ses livres.

12/06/2021 (modifier)
Par Hervé
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Tentation (Dynamite)
La Tentation (Dynamite)

J'ai découvert Axel avec Une femme fidèle parue très récemment. A la lecture de ce dernier, j'ai eu envie de connaitre les autres livres d'Axel, un auteur assez surprenant. Certains m'ont conseillé La Tentation, et j'avoue de pas avoir été déçu par ce choix judicieux. On a pour habitude d'associer la bd porno à des pochades (comme le tout récent "Clémentine à la plage" d'Igor et Boccère), ou encore à des histoires courtes humoristiques ( la série des "Giovanna"), voire des adaptions de romans ou nouvelles (La Pharmacienne d'Igor & Boccère, ou Les 110 Pilules de Magnus), mais là, Axel arrive à nous livrer une histoire plausible, avec des personnages qui sont très éloignés des bimbos ou des Apollons . C'est ce côté réaliste qui donne à cette histoire le rang d'une véritable scène de la vie conjugale. Les personnages sont crédibles, on ressent même une certaine empathie avec ce couple de cinquantenaire, qui part à la dérive suite à des jeux érotiques dangereux. Outre les scènes de sexe très crues et très explicites, mais nullement gratuites, Axel a un véritable don pour camper une atmosphère. On sent le soleil, la mer et la chaleur à travers les pages. Son dessin est vraiment lumineux sur cet opus. J'ai lu ces 64 pages avec délectation, regrettant juste que la fin de l'album n'appelle pas un tome 2, tant le lecteur est plongé dans la vie de ce couple, Gérard et Françoise. Une bande dessinée de cul émouvante, touchante, ce qui n'est pas donné à tous les livres du genre dite pour adultes. Une des meilleures bd porno que j'ai lu depuis pas mal de temps

10/06/2021 (modifier)
Par montane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Banquier du Reich
Le Banquier du Reich

J'avais déjà lu Kersten, médecin d'Himmler chez Glénat, qui racontait déjà l'histoire d'un homme de l'ombre de la seconde guerre mondial. Un personnage qui a gravité dans l'entourage du 3e Reich, sans être lui-même accusé d'avoir collaboré avec le régime Nazi. Il en va de même avec cette remarquable histoire en 2 tomes parus chez Glénat qui n'avait pas fait l'objet de critiques jusqu'à ce jour. Après la première guerre mondiale, l'Allemagne est à genoux économiquement. Le traité de Versailles lui impose en effet de payer aux alliés des dommages de guerre conséquents, qui empêchent tout redémarrage économique. Le régime Nazi, dont on connait aujourd'hui les funestes projets, souhaite desserrer ce carcan économique, sans trop alerter les puissances alliées sur son funeste projet. Pour ce faire, il va alors solliciter un de ses plus brillants économistes, Président de la Deutsche Bank, pour négocier avec les puissances alliées un allégement de ces contraintes. C'est ce qu'il parviendra à faire, sans éveiller les soupçons grâce à ses talents d'économistes et de négociateur. De ce fait ce sympathisant du régime Nazi resté dans l'ombre va contribuer bien malgré lui au financement de l'effort de guerre Nazi, et donc à la mise en place de la "solution finale". Certes il ne cautionnera jamais les atrocités du régime et s'en écartera progressivement jusqu'à être démis de ses fonctions de grand argentier du Reich. Il n'en demeure pas moins qu'il sera malgré tout jugé et acquitté à Nuremberg. Dans 2 tomes de plus de 100 pages, les auteurs nous retracent dans un récit de style très classique cette passionnante histoire qui ravira les amateurs du genre. Le dessin, très classique lui aussi, renvoie à un style très en vogue dans la BD Franco-Belge des années 50/60. Le trait est précis, mais un peu figé comme pouvait l'être celui d'un Jacques Martin ou d'un Gilles Chaillet. Néanmoins, cela ne lui en rien au plaisir de la lecture de cette ouvre qui reste une vraie réussite.

10/06/2021 (modifier)
Couverture de la série La Patrie des frères Werner
La Patrie des frères Werner

La Patrie des frères Werner est une fiction qui s’enchâsse dans le fil de l’Histoire avec une telle plausibilité que je me suis longuement demandé où s’arrêtaient les faits véridiques et où commençaient les faits inventés. Le match au centre du récit a bien entendu eu lieu et, dans le dossier fouillé offert en fin d’album, plusieurs faits évoqués sont reprécisés (dont une malle qui devait permettre de rapatrier en toute discrétion tout Est-Allemand candidat à la fuite vers l’Ouest vers sa mère patrie). Par contre, ces frères et leur destin sont pures fictions. Et découvrir ce fait m’a finalement quelque peu frustré tant j’ai aimé leur histoire. Ceci dit ! Ceci dit, j’ai adoré ma lecture. L’aspect historique et le contexte politique et sportif, déjà, font partie des sujets qui naturellement m’attirent. Ensuite vient la relation entre ces deux frères, l’endoctrinement, les convictions, les aspirations –soit ce qui doucement va les séparer- les épreuves traversées ensemble, la solidarité, le soutien fraternel –soit ce qui les lie par-dessus tout- sont autant d’éléments qui nourrissent ce récit, rendant cette relation forte et poignante. Et comme j’ai bien aimé le dessin (personnages bien typés, décors riches et soignés, lisibilité jamais prise en défaut) et sa colorisation monochrome (qui simplifie encore la lisibilité de l’album), je ressors de ma lecture ravi. Il s’agit donc à mes yeux d’un très bon récit où les sentiments fraternels qui unissent les frères Werner s’opposent à leurs convictions idéologiques, reflet de ces deux Allemagnes de 1974, frères ennemis d’une coupe du monde historique.

08/06/2021 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tout ou rien
Tout ou rien

Avant toute chose sachez que les éditions Nada- Editions ne publient que des essais ou des récits ayant trait à la critique et à l’histoire sociale, à la littérature et aux arts. La question sociale, l’émancipation, les marginalités, les contre-cultures sont autant de thématiques qui sous-tendent sa ligne éditoriale. Aucune surprise donc de découvrir le parcours de vie dessiné de l’auteur. Une autobiographie touchante, émouvante et un brin désarmante. Nous suivons ainsi le chemin quelques fois tortueux de Thierry Guitard depuis son enfance jusqu’à ses 19 ans quand il est condamné à de la prison ferme. Ce garnement vit dans une cité de la région parisienne. C’est son univers. Entre les tragédies qui vont ponctuer son adolescente, ses difficultés scolaires, ses premiers larcins, la découverte de la drogue et de la musique psychédélique des punks, le jeune chenapan progresse dans la délinquance pour survivre et pour subvenir aux besoins de sa familles. La spirale est infernale. Et pourtant Thierry Guitard a déjà un rêve de dingue ! Malgré toutes les difficultés, il veut être dessinateur. Et vous savez quoi. Je crois bien que le garçon a réussi à réaliser son rêve ! La colère est en lui. Il est déterminé. Peu importe les obstacles. Il ne renoncera jamais. Son destin n’est pas écrit. Il n’est pas prédestiné à tomber dans la grande délinquance et à faire des allers et retours en prison. Il veut, il va s en sortir. Son crayon sera son salut. Belle histoire optimiste. La rudesse de son quotidien ne vient pas altérer son enthousiasme. Thierry Guitard ne tombe pas dans les clichés avec son album. Son histoire est d’une banalité affligeante tout compte fait, mais terriblement fascinante. Notre justice n’est pas la plus conciliante et juge souvent en ne prenant pas assez en compte le parcours de ses concitoyens brinquebalés entre un système scolaire non adapté et une vie sociale réduite à peau de chagrin. Le graphisme est un peu particulier. Peut-être un trait un peu gras. La colorisation par contre est magnifique. Peu de couleurs utilisées. Les nuances ne sont pas de mise. Au final c’est vraiment bien. On peut saluer et applaudir des deux mains le travail de ce dessinateur autodidacte. Un album qui ne se lit pas en coup de vent. Prenez votre temps. Par contre difficile de le lâcher avant la fin. Je vous invite chaudement à découvrir Thierry Guitard.

07/06/2021 (modifier)
Par Canarde
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Réfugiés climatiques & castagnettes
Réfugiés climatiques & castagnettes

Le pitch de cette montée des eaux sur le sud de l'Europe est finalement assez réaliste, même si le délai n'est pas facile à mesurer (mais après l'épisode "covid", on ne pourra plus jurer de rien, ma bonne dame !) et que les réfugiés pourraient aussi venir du nord. La question de devoir accueillir des étrangers chez soi pourrait se poser, à plus ou moins brève échéance ; donc cette mise en situation m'a paru assez intéressante, et pas si gratuite que ça. On s'identifie facilement à ces bourgeois parisiens qui se voient obligés d'ouvrir leur intérieur douillet à des inconnus qui ne parlent pas leur langue. Le point de vue reste humoristique, comme d'habitude chez Ratte, et je lève mon chapeau devant la justesse de ses personnages, même dans la rigolade. Il a une habileté particulière pour saisir les caractères, les liens entre les personnes, les carcans sociaux, les niveaux de langage des différents milieux et générations. C'est un auteur tout terrain qui excelle par la physionomie de ses personnages (dessin vigoureux) et la drôlerie de ses dialogues (langue parlée très actuelle). Pour mémoire : Le voyage des pères (réinterprétation biblique) ou Mamada, (aventure surnaturelle au temps du tourisme de masse) Il s'essaye ici au scénario d'anticipation. Bref cela m'est très sympathique, mais... La rançon du succès de Ratte, c'est que les éditeurs cherchent à allonger les histoires pour s'assurer des revenus. Comme pour Mamada, je pense qu'on l'a poussé à la production d'un tome supplémentaire, du coup ça sent les pages à rallonges, avec des grandes cases muettes qui n'ont rien à faire dans une BD d'humour où le rythme est capital. Par ailleurs, le format un peu plus grand que nécessaire, 24/32cm ajoute à ce sentiment de vacuité, par moments. Donc messieurs (dames ?) les éditeurs un peu de respect : l'humour, ça ne se délaye pas.

06/06/2021 (modifier)