L’histoire est difficile à résumer – à appréhender aussi parfois, il faut le dire. Mais il faut faire l’effort et ne pas la lâcher, malgré quelques longueurs, et des passages obscurs et inégaux.
En tout cas, malgré quelques difficultés sur certains passages, j’ai été globalement captivé par ma lecture, car le côté graphique est vraiment emballant. J’apprécie le travail à la carte à gratter, et là, on est vraiment servi ! Dans la lignée de Thomas Ott, Orhun nous livre des planches superbes esthétiquement. Souvent chargées, baroques, avec quelques touches d’expressionnisme (je pense à Otto Dix), le fantastique s’invitant souvent dans le périple du héros que nous suivons, ces pages sont souvent très belles et justifient mon coup de cœur.
Un peu de Blanquet pour certains passages, de Caro pour une esthétique punk qui apparait au fil des pages, nous avons là quelque chose d’inclassable, un roman graphique jouant sur le fantastique qui m’a bien plu.
Je vous invite à le découvrir (à le feuilleter d’abord, car tous les lecteurs ne seront pas forcément sensibles à cette esthétique un peu underground et à ce travail très sombre et parfois glauque, mais moi, ça me touche).
Note réelle 3,5/5.
Un très joli album, à la couverture magnifique, qui interpelle et invite à la contemplation. Et le dessin de Cécile Bidault dans tout cet album est très beau. Très doux. Un plaisir à regarder.
L'histoire ne sera "pas toute seule". Une préface de l'INJS (Institut National des Jeunes Sourds) met en condition pour lire le récit. Indispensable pour le cadrer temporellement, sinon rien n'indique qu'il se passe dans les années 70. Et un bref historique de la langue des signes française (sic) en fin d'album apportera lui aussi des éléments fort intéressants pour comprendre le contexte très global autour de l'histoire.
Cette petite fille de neuf ans est sourde. On va suivre de petits extraits de son quotidien au fil des saisons qui composent les quatre chapitres de l'album. Ses parents ont choisi de déménager à la campagne, dans une maison familiale, et elle se retrouve intriguée puis "amoureuse" de cet arbre qui fait venir ses branches juste devant sa fenêtre.
Ces petits moments de vie nous mettent dans la peau d'une sourde. Ils sont en effet complètement muets, et le lecteur verra les parents parler, enfin bouger les lèvres, mais les bulles resteront désespérément muettes. Dit ainsi, cela n'a l'air de rien. Et pourtant on effleure ainsi ce que cela peut être que d'être sourd. C'est vraiment un excellent choix, et très bien réalisé.
Je dois par contre confesser avoir un peu eu envie de hurler sur la situation générale (oui, je vais digresser un peu). Cette petite fille est sourde. Ses parents déménagent à la campagne. Ils ne s'occupent (dans l'album) que peu d'elle, et un seul passage verra le papa essayer de lui faire dire des lettres. Elle ne va pas à l'école, et on ne verra jamais cette famille consulter personne, pédagogues, associations, organismes éducatifs, que sais-je... Pire encore, ils ne communiquent quasiment pas avec elle ! Cette petite fille est donc - dans la représentation que donne cet album - globalement laissée à elle-même. Et cette espèce de fatalisme mou avec pour victime cette petite fille me révolte, me donne envie de hurler. Alors certes, elle se débrouille toute seule, se trouve des activités, se construit un monde imaginaire, se trouve un copain. Mais elle est maintenue dans un état qui la prive de communiquer, et ce avec la coopération des parents.
Je me permets de citer l'article Article 371-1 du code civil sur l'autorité parentale, qu'on cite souvent lors des mariages :
L'autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l'intérêt de l'enfant.
Elle appartient aux parents jusqu'à la majorité ou l'émancipation de l'enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne.
L'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques.
Les parents associent l'enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité.
Voilà, bin là on n'y est pas. Et c'est fort triste.
La faute aux parents, la faute aux spécialistes de la surdité (cf l'historique en fin d'album), la faute à l'Etat.
Bref, voilà pour la digression.
Le dernier chapitre par contre, me laisse vraiment sur ma faim. S'agit-il d'une catastrophe naturelle ? Si c'est le cas, cela me parait tout de même vraiment énorme, et je ne comprends tout simplement pas la voiture perchée dans l'arbre, ou le petit voisin et sa mémé qui émergent en masque pile à côté de l'arbre. Elle n'a de plus aucun rapport avec le reste de l'album, si ce n'est de permettre à tout ce petit monde de se retrouver ensemble et heureux. Est-elle alors du domaine de l'imagination ? Là encore si c'est le cas, je ne comprends pas.
Un album graphiquement magnifique de douceur, qui a un peu le cul entre deux chaises de mon point de vue, donc, mais qui a le mérite de faire toucher très, très sensiblement du doigt la surdité, et dont on ne peut pas ressortir indifférent.
Là où beaucoup, sans doute, choisiraient Achille Talon, si je devais, pour ma part, choisir une seule saga pour incarner l'œuvre de Greg, j'opterais sans trop d'hésitations pour Olivier Rameau. Même si, dans la liste de mes séries préférées de Greg, elle se dispute la première place avec Comanche, je trouve qu'il s'agit de celle qui illustre le mieux l'esprit de l'auteur. Alors qu'Achille Talon est davantage tourné vers l'humour pur, Comanche plonge tout entier dans le domaine de l'aventure, mais Olivier Rameau incarne le juste milieu entre ces deux catégories.
Ce qui fait, à mon sens, la supériorité de cette saga, c'est parce que, précisément, tout y est possible. Greg peut y faire absolument tout ce dont il a envie, et pourtant, contrairement à certains tomes d'Achille Talon ou Les As, il ne fait pas n'importe quoi pour autant (même si ça en a parfois certaines apparences). Ainsi, le mécanisme de ses récits est souvent le même d'un tome à l'autre : tout va bien au pays de Rêverose, quand soudain la tranquillité est menacée par un élément extérieur qui pousse Olivier à monter une équipe pour voyager à l'autre bout du pays et découvrir de nouvelles contrées. Jusque-là, rien que de très classique, mais Greg nous montre qu'il maîtrise en tous points l'écriture d'une histoire en veillant à lui garder une cohérence interne extrême, où tous les éléments utiles à l'intrigue sont présentés avant dans le récit, y compris ce qui servira de deus ex machina.
Bref, c'est très rigoureux et en cela, ça suit parfaitement le credo d'un Lewis Carroll, tant on peut évidemment rapprocher Olivier Rameau de sa lointaine cousine Alice au pays des merveilles. Un credo d'ailleurs parfaitement résumé par un autre (très) grand auteur britannique, l'immense G.K. Chesterton, qui expliquait : "Le fou, c'est celui qui a tout perdu sauf la raison." Ici, tout est fou : rien n'a de raison d'être, tout ce qui nous fait vivre dans le monde réel (le "monde-où-l'on-s'ennuie") a disparu du pays de Rêverose, mais tout est logique. Une logique apparemment absurde, mais toujours cohérente, et finalement imparable qui nous plonge au sein d'une très jolie folie.
Cette folie, nous la connaissons finalement déjà, et les auteurs ne se privent pas de nous le rappeler régulièrement, car nous l'avons déjà visité : la nuit, au sein de nos rêves. Et de fait, Olivier Rameau, c'est cela : un rêve qui prend vie sous nos yeux, conscients et éveillés. Il se dégage alors de la saga un onirisme tout particulier, qui lui donne son sel savoureux et bannit tout ce qui aurait pu être mièvre à l'excès chez un auteur moins onirique.
Ainsi, Greg crée un univers unique, fascinant par sa capacité à nous faire vraiment rêver, tout en en profitant pour écrire des récits trop faciles ou affranchis de toute règle. Au contraire, c'est en faisant particulièrement attention aux règles qu'il réussit à porter Olivier Rameau au rang de chef-d'œuvre.
C'est aussi grâce au renfort de Dany, dont le trait n'a jamais été aussi bien utilisé qu'ici. En effet, il dessine avec un style très proche du Greg habituel et du style franco-belge classique, mais il y ajoute une touche de réalisme et même de sensualité qui apporte quelque chose en plus à la saga. En plus de dessiner avec un immense talent des paysages fascinants et très variés, ses personnages sont aussi des merveilles de dessin, d'une immense rigueur, soit caricaturaux (M. Pertinent), soit plutôt réaliste et bien proportionnés (Olivier Rameau et Colombe).
Le dessinateur crée ainsi un univers graphique à la hauteur de celui inventé par Greg, et c'est bien l'alchimie entre les deux qui permet de faire d'Olivier Rameau une si grande saga, à lire et relire sans modération, qu'on soit enfant, adolescent ou adulte. Car quel que soit notre âge, il y aura toujours une part de nous disponible à la rêverie.
Un carnet de route, un parcours initiatique et un exploit sportif (surtout quand on n’y est pas vraiment préparé !) : Americana est tout cela à la fois. Ce récit au jour le jour évolue au gré de l’humeur de notre marcheur qui en bave et râle beaucoup. Il faut dire qu’il n’a visiblement pas eu la préparation physique indispensable avant de s’embarquer dans une telle aventure. Son humeur (souvent mauvaise ou sombre), ses moments de petits bonheurs partagés avec les autres marcheurs rencontrés, perdus de vue puis retrouvés, et son autodérision nous rendent ce marcheur irlandais fort sympathique. On a un peu pitié de lui, mais on l’envie aussi beaucoup d’avoir osé se lancer dans le célèbre PCT. Mais les miles défilent, et le rythme est pris. On marche avec lui et on découvre tous les trucs du PCT (les réserves d’eau cachées, les surnoms que les marcheurs se donnent entre eux, les astuces du marcheur confirmé). Cette micro-société constituée d’hommes et de femmes, plus ou moins sportifs (mais plutôt plus que moins !) qui sont tous sur le même chemin au même moment offre un panorama intéressant de la société américaine.
Alternance de récits sous forme de textes et de bande dessinée, ce récit divisé en six chapitres nous emmène ailleurs. On marche… On monte… On descend… On remonte…
Le dessin est d’une extrême sobriété. En bichromie, petites cases, il est d’une extrême simplicité. On pourrait regretter de ne pas découvrir, par le dessin, les paysages traversés que l’on imagine incroyables, variés, inconnus. En fait, le lecteur est concentré sur le récit du marcheur, sur l’effort et la résolution des problèmes du quotidien : la météo, les douleurs, la soif, le matériel, la tente qui s’effondre tous les soirs, et surtout les relations avec les autres marcheurs. Récit introspectif et initiatique, immersif, entre le rêve et la réflexion, les doutes et la fierté d’avancer de centaines de miles en centaines de miles. A recommander chaudement aux amateurs de récits personnels et d’aventure et à ceux qui rêvent d’Amérique !!
Dans un monde oriental, qui m'a beaucoup rappelé "Aladdin", Alim un tanneur et sa fille son embarqués dans un récit rondement bien mené. Je n'ai pas envie de vous en dire plus concernant le scénario, car c'est le genre d'histoire où il est jouissif de découvrir au fur et à mesure les événements et le lore de cet univers.
Cette série est un véritable coup de coeur pour moi et selon moi, elle fait un sans faute.
Premièrement, les dessins. Ils sont fabuleux. Les auteurs nous emmènent dans un univers vaste, riche et cohérent. La faune et flore sont magnifiques, les cités sont grouillantes de vie, les peuples sont criant de vérité, et le tout, est sublimé par une qualité de dessin exceptionnelle.
Deuxièmement, les personnages sont très complexes, et donnent envie de s'y intéresser. Que ce soit les méchants, ou les héros, tous ont leurs propres objectifs. Chacun des objectifs sont justifiés tôt ou tard par un passé, un background ou autre flashback.
Ensuite, la richesse de l'univers mis en place est très cohérente. Durant les 4 tomes, on jongle entre les différents peuples et systèmes politiques, entre les différentes régions. Il fut passionnant de découvrir tout cela au fil des pages et je reverrais en savoir plus. J'aurais d'ailleurs vraiment apprécié trouver une carte de ce monde imaginaire pour mieux m'y retrouver à différents moments de l'histoire, même si tout est très compréhensible.
Enfin, le scénario est passionnant et se renouvelle sans cesse. Sans entrer dans les détails, j'ai particulièrement aimé qu'entre chaque tome, il y ait une ellipse plus ou moins grande, faisant avancer le scénario. Cela me donnait l'impression de commencer un nouveau cycle à chaque fois et j'ai beaucoup aimé cela.
Et aussi, quel bonheur de ne pas avoir de romance dans une série de BD. Dans presque toutes les séries d'aventure que j'ai pu lire jusqu'à maintenant, il y a toujours une romance, un triangle amoureux, du sexe ou que sais-je complètement inutile et pompeux. Hors ici, rien de tout cela. On ne s'encombre pas d'une romance juste pour en mettre une. Les enjeux sont bien plus importants. Nous avons tout de même le droit à une relation père-fille pour nous attendrir un petit peu.
Les auteurs parviennent à réunir toutes ces qualités en se limitant à 4 tomes. Réunir autant de richesses scénaristiques en seulement 4 tomes relève selon moi de l'exploit.
5 étoiles + un énorme coup de coeur
MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
J’avais a-do-ré les bouquins de Fabcaro publiés chez La Cafetière, à commencer par l’excellentissime « Le Steak Haché de Damoclès ». Or tout le monde semble être d’accord pour dire que ses deux albums plus récents « Et si l'amour c'était aimer ? » et « Zaï Zaï Zaï Zaï » sont absolument géniaux. J’ai toutefois hésité à investir, craignant d’être trop vieux et con pour ce genre d’humour, de trop en attendre et d’être déçu.
Et ben non : ma lecture fut douloureuse, mais dans le bon sens du terme. Le peu de muscles abdominaux qui me restent me font toujours mal, suite aux nombreux fou-rires déclenchés par l’humour saugrenu de Fabcaro. La scène du pain aux raisins m’a même fait pleurer de rire. Enfin, quand même, c’est pas possible de se mettre dans des états pareils pour une BD d’humour.
Voila, rien à rajouter. Un chef d-œuvre.
Je pourrais recopier ici mon avis sur Aldébaran car je trouve que Bételgeuse est de qualité égale. Le niveau ne baisse pas.
Les aficionados des créatures léoesques seront heureux car il me semple que Bételgeuse est le cycle qui en compte le plus.
Cette fois, la planète explorée n’est pas couverte d’océans, ça change. Les immenses canyons végétaux magnifiques entourés de désert font rêver et invitent au voyage. J’aurais d’ailleurs aimé plus d’excursions au cœur de la jungle des canyons, à la manière des marais hostiles du tome 5 d’Aldébaran.
Et puis toujours la marotte de Léo : comment vont se comporter, s’organiser des individus livrés à eux-mêmes sur une planète inconnue en étant complètement coupé de la Terre ?
Ce cycle permet aussi d’avoir des réponses sur tout un tas de questions posées dans le premier cycle Aldébaran, notamment au sujet de la Mantrisse.
Je viens d'identifier une des raisons pour lesquelles je trouvais les bd dessinées par Léo très chaleureuses, c’est qu’il met beaucoup de lumière dans son dessin, les corps humains, les créatures extra-terrestres, la végétation etc. brillent, tout brille !
Ses fins sont toujours réussies, Léo sait clôturer une histoire ; on sent qu’une page se tourne et en même temps il nous emmène déjà dans une autre direction.
Dans l’inégale collection publiée autour du musée du Louvre, de Crécy livre là un album plutôt original (mais je n’en attendais pas moins de lui), qui lui permet de nous présenter une « redécouverte » (dans tous les sens du terme) du musée et de certaines de ses œuvres.
Mêlant Science-Fiction, fantastique et aventure, de Crécy nous embarque dans une histoire simple dans son déroulé, mais riche et dense, avec une façon bien à lui de nous montrer un maximum d’œuvres exposées au Louvre (nous avons même droit à un petit historique du sauvetage des œuvres majeures durant la Seconde guerre mondiale).
Ajoutons que le dessin, et la colorisation, m’ont tout à fait convenu. On a là un traitement original et intelligent d’une commande : ou comment le talent et l’imagination peuvent faire sortir un projet de l’ornière où les conditions de départ semblaient vouloir le cantonner. Chouette lecture donc, que je vous recommande.
Deux albums débordant d’énergie, de fusillades et d’explosions ! Le premier tome est une vraie claque : le scénario – étonnant, absurde et bien maîtrisé -, le découpage – hyper efficace et intelligent -, et les dessins, superbes dans les moindres détails, et aux couleurs extrêmement bien réussies. C’est un régal de lecture, c’est plein d’humour et les pubs qui interrompent l’histoire à la manière de la pub à la télé sont subtiles et drôles. Le tome 2 m’a un peu moins plu. Le dessin et les couleurs débordent encore plus d’énergie et les couleurs s’éclatent. C’est peut-être un peu too much et malheureusement aux dépens du scénario qui marque le pas. Mais ce n’est pas grave, on retrouve les gueules des mafieux, les femmes fatales en cavales, les voitures de luxe, et notre héros, imperturbable, d’une froideur de tueur professionnel et des explosions, toujours des explosions !! Le gros clin d’œil à Tarantino est évident et franchement réussi. En attente du prochain tome en espérant qu’il tienne promesse.
Aujourd'hui 23 juin 2021, le pré-rapport du GIEC fait les gros titres. Quelles que soient les mesures prises pour atténuer la crise climatique, les conséquences dévastatrices du réchauffement vont devenir concrètes avant 2050.
La lecture de cet énorme volume sur le réchauffement climatique sorti en 2012 le disait déjà, de façon infiniment plus marquante. Après sa lecture, poster ici un avis est totalement futile.
Le dessin de Squarzoni est fidèle à lui-même, et qui a lu Garduno, en temps de paix ne sera pas surpris par la forme qui peut sembler partir un peu dans tous les sens de l'argumentation, ni par l'immixtion incongrue de membres d'ATTAC dans ces pages. Ouvrage d'un auteur de BD se renseignant sur le sujet, il ne s'agit pas d'une compilation scientifique dont les données sont à l'épreuve de toutes les critiques. Les chiffres cités provenant de différentes sources, leur disparité est même normale. Mais les mécanismes expliqués le sont clairement et le constat, lui, semble inattaquable. Et rigoureusement désespérant.
Je suis sorti de cette lecture il y a plus de 15 jours, broyé. En me demandant ce que je pouvais faire à mon échelle, humaine et personnelle, pour moins accroître ce problème tout en conservant une vie "acceptable". Le premier pas est de limiter le superflu, mais c'est déjà compliqué. La notion de superflu regroupe en effet des choses très hétérogènes. On peut se passer facilement d'une partie de ce superflu, avec quelques efforts on peut se passer d'une autre partie de superflu, et à un moment on va arriver au superflu dont on a besoin, ou tout au moins au superflu dont on a envie. Je peux par exemple très bien me passer de voyages en avion. Me passer de livres n'est pas possible. Fort heureusement les bibliothèques sont là pour ça et sont sans doute un bon moyen de réduire l'émission de gaz à effet de serre. Éliminer les gaspillages d’électricité est sans doute très facile au-dessus d'un certain seuil, en deçà duquel cependant où on commencera à générer de l'inconfort. Une alimentation plus locale est paradoxalement bien plus coûteuse. Une alimentation plus végétarienne (flexitarienne est le terme, je crois), c'est déjà le cas. Faire moins d'enfants (sujet qui n'est pas évoqué dans Saison brune, ce qui est tout de même vraiment dommage), c'est pas possible. Ils sont déjà nés, et l'IVG post-natale n'est pas une option. Et bien sûr cette notion de superflu varie d'une personne à l'autre.
Ces gestes personnels par contre, même s'ils sont entrepris par des millions d'individus, ne suffiront pas. Il faut aussi une politique globale, avec une vision, une ambition, des moyens, et sans doute de la coercition. Il faudrait déjà, de même que le nutriscore sur l'alimentation, un GES-score sur TOUS les produits et services, pour que tout le monde puisse connaître le coût écologique de sa consommation, et soit en mesure d'agir pour la réduire. Et rien que pour ça les difficultés sont énormes. Alors pour des mesures plus globales, plus politiques, je n'ai pas l'impression qu'on soit bien barrés. Déjà à notre échelle nationale, où il y a certes des choses mises en place, mais où globalement j'ai l'impression que l'écologie ne sert que de ramasse-voix électorales, mais surtout internationale. Imaginer qu'environ 200 pays avec les hommes politiques qui sont derrière vont réussir à se mettre d'accord sur un sujet qui va tâcher leurs gros égos bien boursouflés, les contraindre, les limiter, demander de partager des richesses en volume limité et donc d'accepter d'en donner à leurs voisins, générer de l'insatisfaction dans leurs populations et mettre en jeu la réélection de ces hommes politiques, oui, imaginer ça c'est du délire à l'état pur.
Mon véritable regret est l'absence d'un tome 2. En effet, Saison brune montre le problème. Un tome 2 aurait pu esquisser des solutions.
Conclusion : on va dans le mur à pleine vitesse. Personne - ou tout le monde, c'est pareil - ne tient le volant, et ceux qui freinent sont ultra-minoritaires.
Note à mon moi de dans un, cinq, dix ans : qu'as-tu fait, finalement ?
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Medley (Orhun)
L’histoire est difficile à résumer – à appréhender aussi parfois, il faut le dire. Mais il faut faire l’effort et ne pas la lâcher, malgré quelques longueurs, et des passages obscurs et inégaux. En tout cas, malgré quelques difficultés sur certains passages, j’ai été globalement captivé par ma lecture, car le côté graphique est vraiment emballant. J’apprécie le travail à la carte à gratter, et là, on est vraiment servi ! Dans la lignée de Thomas Ott, Orhun nous livre des planches superbes esthétiquement. Souvent chargées, baroques, avec quelques touches d’expressionnisme (je pense à Otto Dix), le fantastique s’invitant souvent dans le périple du héros que nous suivons, ces pages sont souvent très belles et justifient mon coup de cœur. Un peu de Blanquet pour certains passages, de Caro pour une esthétique punk qui apparait au fil des pages, nous avons là quelque chose d’inclassable, un roman graphique jouant sur le fantastique qui m’a bien plu. Je vous invite à le découvrir (à le feuilleter d’abord, car tous les lecteurs ne seront pas forcément sensibles à cette esthétique un peu underground et à ce travail très sombre et parfois glauque, mais moi, ça me touche). Note réelle 3,5/5.
L'Ecorce des choses
Un très joli album, à la couverture magnifique, qui interpelle et invite à la contemplation. Et le dessin de Cécile Bidault dans tout cet album est très beau. Très doux. Un plaisir à regarder. L'histoire ne sera "pas toute seule". Une préface de l'INJS (Institut National des Jeunes Sourds) met en condition pour lire le récit. Indispensable pour le cadrer temporellement, sinon rien n'indique qu'il se passe dans les années 70. Et un bref historique de la langue des signes française (sic) en fin d'album apportera lui aussi des éléments fort intéressants pour comprendre le contexte très global autour de l'histoire. Cette petite fille de neuf ans est sourde. On va suivre de petits extraits de son quotidien au fil des saisons qui composent les quatre chapitres de l'album. Ses parents ont choisi de déménager à la campagne, dans une maison familiale, et elle se retrouve intriguée puis "amoureuse" de cet arbre qui fait venir ses branches juste devant sa fenêtre. Ces petits moments de vie nous mettent dans la peau d'une sourde. Ils sont en effet complètement muets, et le lecteur verra les parents parler, enfin bouger les lèvres, mais les bulles resteront désespérément muettes. Dit ainsi, cela n'a l'air de rien. Et pourtant on effleure ainsi ce que cela peut être que d'être sourd. C'est vraiment un excellent choix, et très bien réalisé. Je dois par contre confesser avoir un peu eu envie de hurler sur la situation générale (oui, je vais digresser un peu). Cette petite fille est sourde. Ses parents déménagent à la campagne. Ils ne s'occupent (dans l'album) que peu d'elle, et un seul passage verra le papa essayer de lui faire dire des lettres. Elle ne va pas à l'école, et on ne verra jamais cette famille consulter personne, pédagogues, associations, organismes éducatifs, que sais-je... Pire encore, ils ne communiquent quasiment pas avec elle ! Cette petite fille est donc - dans la représentation que donne cet album - globalement laissée à elle-même. Et cette espèce de fatalisme mou avec pour victime cette petite fille me révolte, me donne envie de hurler. Alors certes, elle se débrouille toute seule, se trouve des activités, se construit un monde imaginaire, se trouve un copain. Mais elle est maintenue dans un état qui la prive de communiquer, et ce avec la coopération des parents. Je me permets de citer l'article Article 371-1 du code civil sur l'autorité parentale, qu'on cite souvent lors des mariages : L'autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l'intérêt de l'enfant. Elle appartient aux parents jusqu'à la majorité ou l'émancipation de l'enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne. L'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques. Les parents associent l'enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité. Voilà, bin là on n'y est pas. Et c'est fort triste. La faute aux parents, la faute aux spécialistes de la surdité (cf l'historique en fin d'album), la faute à l'Etat. Bref, voilà pour la digression. Le dernier chapitre par contre, me laisse vraiment sur ma faim. S'agit-il d'une catastrophe naturelle ? Si c'est le cas, cela me parait tout de même vraiment énorme, et je ne comprends tout simplement pas la voiture perchée dans l'arbre, ou le petit voisin et sa mémé qui émergent en masque pile à côté de l'arbre. Elle n'a de plus aucun rapport avec le reste de l'album, si ce n'est de permettre à tout ce petit monde de se retrouver ensemble et heureux. Est-elle alors du domaine de l'imagination ? Là encore si c'est le cas, je ne comprends pas. Un album graphiquement magnifique de douceur, qui a un peu le cul entre deux chaises de mon point de vue, donc, mais qui a le mérite de faire toucher très, très sensiblement du doigt la surdité, et dont on ne peut pas ressortir indifférent.
Olivier Rameau
Là où beaucoup, sans doute, choisiraient Achille Talon, si je devais, pour ma part, choisir une seule saga pour incarner l'œuvre de Greg, j'opterais sans trop d'hésitations pour Olivier Rameau. Même si, dans la liste de mes séries préférées de Greg, elle se dispute la première place avec Comanche, je trouve qu'il s'agit de celle qui illustre le mieux l'esprit de l'auteur. Alors qu'Achille Talon est davantage tourné vers l'humour pur, Comanche plonge tout entier dans le domaine de l'aventure, mais Olivier Rameau incarne le juste milieu entre ces deux catégories. Ce qui fait, à mon sens, la supériorité de cette saga, c'est parce que, précisément, tout y est possible. Greg peut y faire absolument tout ce dont il a envie, et pourtant, contrairement à certains tomes d'Achille Talon ou Les As, il ne fait pas n'importe quoi pour autant (même si ça en a parfois certaines apparences). Ainsi, le mécanisme de ses récits est souvent le même d'un tome à l'autre : tout va bien au pays de Rêverose, quand soudain la tranquillité est menacée par un élément extérieur qui pousse Olivier à monter une équipe pour voyager à l'autre bout du pays et découvrir de nouvelles contrées. Jusque-là, rien que de très classique, mais Greg nous montre qu'il maîtrise en tous points l'écriture d'une histoire en veillant à lui garder une cohérence interne extrême, où tous les éléments utiles à l'intrigue sont présentés avant dans le récit, y compris ce qui servira de deus ex machina. Bref, c'est très rigoureux et en cela, ça suit parfaitement le credo d'un Lewis Carroll, tant on peut évidemment rapprocher Olivier Rameau de sa lointaine cousine Alice au pays des merveilles. Un credo d'ailleurs parfaitement résumé par un autre (très) grand auteur britannique, l'immense G.K. Chesterton, qui expliquait : "Le fou, c'est celui qui a tout perdu sauf la raison." Ici, tout est fou : rien n'a de raison d'être, tout ce qui nous fait vivre dans le monde réel (le "monde-où-l'on-s'ennuie") a disparu du pays de Rêverose, mais tout est logique. Une logique apparemment absurde, mais toujours cohérente, et finalement imparable qui nous plonge au sein d'une très jolie folie. Cette folie, nous la connaissons finalement déjà, et les auteurs ne se privent pas de nous le rappeler régulièrement, car nous l'avons déjà visité : la nuit, au sein de nos rêves. Et de fait, Olivier Rameau, c'est cela : un rêve qui prend vie sous nos yeux, conscients et éveillés. Il se dégage alors de la saga un onirisme tout particulier, qui lui donne son sel savoureux et bannit tout ce qui aurait pu être mièvre à l'excès chez un auteur moins onirique. Ainsi, Greg crée un univers unique, fascinant par sa capacité à nous faire vraiment rêver, tout en en profitant pour écrire des récits trop faciles ou affranchis de toute règle. Au contraire, c'est en faisant particulièrement attention aux règles qu'il réussit à porter Olivier Rameau au rang de chef-d'œuvre. C'est aussi grâce au renfort de Dany, dont le trait n'a jamais été aussi bien utilisé qu'ici. En effet, il dessine avec un style très proche du Greg habituel et du style franco-belge classique, mais il y ajoute une touche de réalisme et même de sensualité qui apporte quelque chose en plus à la saga. En plus de dessiner avec un immense talent des paysages fascinants et très variés, ses personnages sont aussi des merveilles de dessin, d'une immense rigueur, soit caricaturaux (M. Pertinent), soit plutôt réaliste et bien proportionnés (Olivier Rameau et Colombe). Le dessinateur crée ainsi un univers graphique à la hauteur de celui inventé par Greg, et c'est bien l'alchimie entre les deux qui permet de faire d'Olivier Rameau une si grande saga, à lire et relire sans modération, qu'on soit enfant, adolescent ou adulte. Car quel que soit notre âge, il y aura toujours une part de nous disponible à la rêverie.
Americana
Un carnet de route, un parcours initiatique et un exploit sportif (surtout quand on n’y est pas vraiment préparé !) : Americana est tout cela à la fois. Ce récit au jour le jour évolue au gré de l’humeur de notre marcheur qui en bave et râle beaucoup. Il faut dire qu’il n’a visiblement pas eu la préparation physique indispensable avant de s’embarquer dans une telle aventure. Son humeur (souvent mauvaise ou sombre), ses moments de petits bonheurs partagés avec les autres marcheurs rencontrés, perdus de vue puis retrouvés, et son autodérision nous rendent ce marcheur irlandais fort sympathique. On a un peu pitié de lui, mais on l’envie aussi beaucoup d’avoir osé se lancer dans le célèbre PCT. Mais les miles défilent, et le rythme est pris. On marche avec lui et on découvre tous les trucs du PCT (les réserves d’eau cachées, les surnoms que les marcheurs se donnent entre eux, les astuces du marcheur confirmé). Cette micro-société constituée d’hommes et de femmes, plus ou moins sportifs (mais plutôt plus que moins !) qui sont tous sur le même chemin au même moment offre un panorama intéressant de la société américaine. Alternance de récits sous forme de textes et de bande dessinée, ce récit divisé en six chapitres nous emmène ailleurs. On marche… On monte… On descend… On remonte… Le dessin est d’une extrême sobriété. En bichromie, petites cases, il est d’une extrême simplicité. On pourrait regretter de ne pas découvrir, par le dessin, les paysages traversés que l’on imagine incroyables, variés, inconnus. En fait, le lecteur est concentré sur le récit du marcheur, sur l’effort et la résolution des problèmes du quotidien : la météo, les douleurs, la soif, le matériel, la tente qui s’effondre tous les soirs, et surtout les relations avec les autres marcheurs. Récit introspectif et initiatique, immersif, entre le rêve et la réflexion, les doutes et la fierté d’avancer de centaines de miles en centaines de miles. A recommander chaudement aux amateurs de récits personnels et d’aventure et à ceux qui rêvent d’Amérique !!
Alim le tanneur
Dans un monde oriental, qui m'a beaucoup rappelé "Aladdin", Alim un tanneur et sa fille son embarqués dans un récit rondement bien mené. Je n'ai pas envie de vous en dire plus concernant le scénario, car c'est le genre d'histoire où il est jouissif de découvrir au fur et à mesure les événements et le lore de cet univers. Cette série est un véritable coup de coeur pour moi et selon moi, elle fait un sans faute. Premièrement, les dessins. Ils sont fabuleux. Les auteurs nous emmènent dans un univers vaste, riche et cohérent. La faune et flore sont magnifiques, les cités sont grouillantes de vie, les peuples sont criant de vérité, et le tout, est sublimé par une qualité de dessin exceptionnelle. Deuxièmement, les personnages sont très complexes, et donnent envie de s'y intéresser. Que ce soit les méchants, ou les héros, tous ont leurs propres objectifs. Chacun des objectifs sont justifiés tôt ou tard par un passé, un background ou autre flashback. Ensuite, la richesse de l'univers mis en place est très cohérente. Durant les 4 tomes, on jongle entre les différents peuples et systèmes politiques, entre les différentes régions. Il fut passionnant de découvrir tout cela au fil des pages et je reverrais en savoir plus. J'aurais d'ailleurs vraiment apprécié trouver une carte de ce monde imaginaire pour mieux m'y retrouver à différents moments de l'histoire, même si tout est très compréhensible. Enfin, le scénario est passionnant et se renouvelle sans cesse. Sans entrer dans les détails, j'ai particulièrement aimé qu'entre chaque tome, il y ait une ellipse plus ou moins grande, faisant avancer le scénario. Cela me donnait l'impression de commencer un nouveau cycle à chaque fois et j'ai beaucoup aimé cela. Et aussi, quel bonheur de ne pas avoir de romance dans une série de BD. Dans presque toutes les séries d'aventure que j'ai pu lire jusqu'à maintenant, il y a toujours une romance, un triangle amoureux, du sexe ou que sais-je complètement inutile et pompeux. Hors ici, rien de tout cela. On ne s'encombre pas d'une romance juste pour en mettre une. Les enjeux sont bien plus importants. Nous avons tout de même le droit à une relation père-fille pour nous attendrir un petit peu. Les auteurs parviennent à réunir toutes ces qualités en se limitant à 4 tomes. Réunir autant de richesses scénaristiques en seulement 4 tomes relève selon moi de l'exploit. 5 étoiles + un énorme coup de coeur MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Et si l'amour c'était aimer ?
J’avais a-do-ré les bouquins de Fabcaro publiés chez La Cafetière, à commencer par l’excellentissime « Le Steak Haché de Damoclès ». Or tout le monde semble être d’accord pour dire que ses deux albums plus récents « Et si l'amour c'était aimer ? » et « Zaï Zaï Zaï Zaï » sont absolument géniaux. J’ai toutefois hésité à investir, craignant d’être trop vieux et con pour ce genre d’humour, de trop en attendre et d’être déçu. Et ben non : ma lecture fut douloureuse, mais dans le bon sens du terme. Le peu de muscles abdominaux qui me restent me font toujours mal, suite aux nombreux fou-rires déclenchés par l’humour saugrenu de Fabcaro. La scène du pain aux raisins m’a même fait pleurer de rire. Enfin, quand même, c’est pas possible de se mettre dans des états pareils pour une BD d’humour. Voila, rien à rajouter. Un chef d-œuvre.
Bételgeuse
Je pourrais recopier ici mon avis sur Aldébaran car je trouve que Bételgeuse est de qualité égale. Le niveau ne baisse pas. Les aficionados des créatures léoesques seront heureux car il me semple que Bételgeuse est le cycle qui en compte le plus. Cette fois, la planète explorée n’est pas couverte d’océans, ça change. Les immenses canyons végétaux magnifiques entourés de désert font rêver et invitent au voyage. J’aurais d’ailleurs aimé plus d’excursions au cœur de la jungle des canyons, à la manière des marais hostiles du tome 5 d’Aldébaran. Et puis toujours la marotte de Léo : comment vont se comporter, s’organiser des individus livrés à eux-mêmes sur une planète inconnue en étant complètement coupé de la Terre ? Ce cycle permet aussi d’avoir des réponses sur tout un tas de questions posées dans le premier cycle Aldébaran, notamment au sujet de la Mantrisse. Je viens d'identifier une des raisons pour lesquelles je trouvais les bd dessinées par Léo très chaleureuses, c’est qu’il met beaucoup de lumière dans son dessin, les corps humains, les créatures extra-terrestres, la végétation etc. brillent, tout brille ! Ses fins sont toujours réussies, Léo sait clôturer une histoire ; on sent qu’une page se tourne et en même temps il nous emmène déjà dans une autre direction.
Période Glaciaire
Dans l’inégale collection publiée autour du musée du Louvre, de Crécy livre là un album plutôt original (mais je n’en attendais pas moins de lui), qui lui permet de nous présenter une « redécouverte » (dans tous les sens du terme) du musée et de certaines de ses œuvres. Mêlant Science-Fiction, fantastique et aventure, de Crécy nous embarque dans une histoire simple dans son déroulé, mais riche et dense, avec une façon bien à lui de nous montrer un maximum d’œuvres exposées au Louvre (nous avons même droit à un petit historique du sauvetage des œuvres majeures durant la Seconde guerre mondiale). Ajoutons que le dessin, et la colorisation, m’ont tout à fait convenu. On a là un traitement original et intelligent d’une commande : ou comment le talent et l’imagination peuvent faire sortir un projet de l’ornière où les conditions de départ semblaient vouloir le cantonner. Chouette lecture donc, que je vous recommande.
Il faut flinguer Ramirez
Deux albums débordant d’énergie, de fusillades et d’explosions ! Le premier tome est une vraie claque : le scénario – étonnant, absurde et bien maîtrisé -, le découpage – hyper efficace et intelligent -, et les dessins, superbes dans les moindres détails, et aux couleurs extrêmement bien réussies. C’est un régal de lecture, c’est plein d’humour et les pubs qui interrompent l’histoire à la manière de la pub à la télé sont subtiles et drôles. Le tome 2 m’a un peu moins plu. Le dessin et les couleurs débordent encore plus d’énergie et les couleurs s’éclatent. C’est peut-être un peu too much et malheureusement aux dépens du scénario qui marque le pas. Mais ce n’est pas grave, on retrouve les gueules des mafieux, les femmes fatales en cavales, les voitures de luxe, et notre héros, imperturbable, d’une froideur de tueur professionnel et des explosions, toujours des explosions !! Le gros clin d’œil à Tarantino est évident et franchement réussi. En attente du prochain tome en espérant qu’il tienne promesse.
Saison brune
Aujourd'hui 23 juin 2021, le pré-rapport du GIEC fait les gros titres. Quelles que soient les mesures prises pour atténuer la crise climatique, les conséquences dévastatrices du réchauffement vont devenir concrètes avant 2050. La lecture de cet énorme volume sur le réchauffement climatique sorti en 2012 le disait déjà, de façon infiniment plus marquante. Après sa lecture, poster ici un avis est totalement futile. Le dessin de Squarzoni est fidèle à lui-même, et qui a lu Garduno, en temps de paix ne sera pas surpris par la forme qui peut sembler partir un peu dans tous les sens de l'argumentation, ni par l'immixtion incongrue de membres d'ATTAC dans ces pages. Ouvrage d'un auteur de BD se renseignant sur le sujet, il ne s'agit pas d'une compilation scientifique dont les données sont à l'épreuve de toutes les critiques. Les chiffres cités provenant de différentes sources, leur disparité est même normale. Mais les mécanismes expliqués le sont clairement et le constat, lui, semble inattaquable. Et rigoureusement désespérant. Je suis sorti de cette lecture il y a plus de 15 jours, broyé. En me demandant ce que je pouvais faire à mon échelle, humaine et personnelle, pour moins accroître ce problème tout en conservant une vie "acceptable". Le premier pas est de limiter le superflu, mais c'est déjà compliqué. La notion de superflu regroupe en effet des choses très hétérogènes. On peut se passer facilement d'une partie de ce superflu, avec quelques efforts on peut se passer d'une autre partie de superflu, et à un moment on va arriver au superflu dont on a besoin, ou tout au moins au superflu dont on a envie. Je peux par exemple très bien me passer de voyages en avion. Me passer de livres n'est pas possible. Fort heureusement les bibliothèques sont là pour ça et sont sans doute un bon moyen de réduire l'émission de gaz à effet de serre. Éliminer les gaspillages d’électricité est sans doute très facile au-dessus d'un certain seuil, en deçà duquel cependant où on commencera à générer de l'inconfort. Une alimentation plus locale est paradoxalement bien plus coûteuse. Une alimentation plus végétarienne (flexitarienne est le terme, je crois), c'est déjà le cas. Faire moins d'enfants (sujet qui n'est pas évoqué dans Saison brune, ce qui est tout de même vraiment dommage), c'est pas possible. Ils sont déjà nés, et l'IVG post-natale n'est pas une option. Et bien sûr cette notion de superflu varie d'une personne à l'autre. Ces gestes personnels par contre, même s'ils sont entrepris par des millions d'individus, ne suffiront pas. Il faut aussi une politique globale, avec une vision, une ambition, des moyens, et sans doute de la coercition. Il faudrait déjà, de même que le nutriscore sur l'alimentation, un GES-score sur TOUS les produits et services, pour que tout le monde puisse connaître le coût écologique de sa consommation, et soit en mesure d'agir pour la réduire. Et rien que pour ça les difficultés sont énormes. Alors pour des mesures plus globales, plus politiques, je n'ai pas l'impression qu'on soit bien barrés. Déjà à notre échelle nationale, où il y a certes des choses mises en place, mais où globalement j'ai l'impression que l'écologie ne sert que de ramasse-voix électorales, mais surtout internationale. Imaginer qu'environ 200 pays avec les hommes politiques qui sont derrière vont réussir à se mettre d'accord sur un sujet qui va tâcher leurs gros égos bien boursouflés, les contraindre, les limiter, demander de partager des richesses en volume limité et donc d'accepter d'en donner à leurs voisins, générer de l'insatisfaction dans leurs populations et mettre en jeu la réélection de ces hommes politiques, oui, imaginer ça c'est du délire à l'état pur. Mon véritable regret est l'absence d'un tome 2. En effet, Saison brune montre le problème. Un tome 2 aurait pu esquisser des solutions. Conclusion : on va dans le mur à pleine vitesse. Personne - ou tout le monde, c'est pareil - ne tient le volant, et ceux qui freinent sont ultra-minoritaires. Note à mon moi de dans un, cinq, dix ans : qu'as-tu fait, finalement ?